Guide du Sénégal : Arts et culture

Au Sénégal, on a toujours eu les idées larges, l'esprit ouvert, l'oeil vif, la main habile.

Un plongeon dans l'histoire remet en question l'évidence. A l'inverse de ses voisins, le pays est bien pauvre en art figuratif, islam oblige. Au moment où le pays dogon (Mali) imaginait ses plus beaux masques, où le Bénin s'immergeait dans le vaudou et ses représentations mystiques, le Sénégal s'évertuait tant bien que mal à convertir à coups de sabre : une foi vers l'islam, une autre vers l'animisme. L'art premier (ou la copie d'art premier) des étals de Soumbédioune, de Sandaga, des galeries est tout sauf d'inspiration sénégalaise. Il faut attendre le XIXe siècle pour qu'on ose se représenter à plat sur souwèr (sous-verre). On se demande alors d'où viennent ces sculptures issues d'objets de tous les jours retravaillés, les mélanges de matières, de genre artistique. La recette est simple : on expérimente. Puis la mode suit ce qui marche. Le mercantile est moteur et la copie légion. Des plagiaires, les artistes sénégalais ? Oui, non, pas tous, bien sûr, que les " artidéalistes " se rassurent ! Des courants naissent chaque jour ; de toute façon, il existe les " hors normes ", les inclassables, marginaux compris. En retour, le public est fanatique. Exemple : le mbalax (ou mbalakh), le son très percussif et dit " traditionnel wolof " qui déchaîne les passions d'une majorité au pays. Aujourd'hui, Dakar est en pleine " mbalaxmania " : salsa-mbalax, rock-mbalax, reggae-mbalax, jazz-mbalax, mbalax-mbalax. Pourtant, avant que Youssou N'dour ne se lance dans ce créneau qui s'est révélé si porteur, les années 1970 avaient plutôt glorifié le jazz. Qui s'en souvient ? Parlez-en à de vieux Dakarois et vous verrez à quel point leur culture jazz est étoffée.

Un public passionné, des créateurs à l'imagination débordante (ou aux réflexes commerciaux rapides), c'est finalement un bon et particulier équilibre qui s'est installé dans ce milieu riche qu'est l'art sénégalais.

Que ramener du Sénégal ?

Le marché. Une femme passe. Sur elle, une étoffe aux mille feux. Exactement celle que vous voulez. Impossible d'abord de la dénicher dans la multitude de boubous que l'on vous présente. Vous finirez peut-être par la trouver, sur le stand voisin, mais ce sera pour vous rendre compte que le tissu n'a rien de plus extraordinaire qu'un autre.

Peut-être alors étaient-ce ses colliers de coquillages superposés ou alors ses boucles d'oreilles en pierre qui donnaient à cette femme son port de reine ? Devant le comptoir à bijoux, c'est-à-dire des nattes posées à même le sol sur lesquelles s'exposent au soleil et aux regards chaînes, colliers, bracelets, or, argent, toc ou pierres, il faut bien se rendre à l'évidence : tout cela n'est qu'artifice. L'aura des femmes ne résulte pas tant de leur coquetterie que d'une certaine dignité, d'un charisme naturel qu'il sera difficile de mettre dans vos bagages.

Il est cependant vrai que les tissus africains redynamisent les décors intérieurs, qu'on est vraiment bien assis sur ces chaises traditionnelles, deux morceaux de bois qui s'encastrent et se ramènent si facilement ! Comment ne pas être séduit par les djembés, koras et autres instruments aux sons et à la forme si beaux, et ne parlons pas des poteries, tissages et bijoux qui sont légion.

Architecture
<p>Village de brousse peul.</p>

Village de brousse peul.

Par Xavier Ricou

En matière d'architecture, le Sénégal est une exception. Pas de souverain bâtisseur ni de château luxueux, pas de palais royal comme au Bénin ni d'empire tout puissant comme au Mali, pas de vestiges monumentaux comme au Zimbabwe, ni même de pyramides devant lesquelles les touristes prennent la pose et s'extasient. Non, au Sénégal, qu'elle soit vernaculaire, métisse, coloniale ou contemporaine, l'architecture est modeste. Pourtant, le visiteur pourra constater que cette modestie ne limite pas son intérêt, bien au contraire.

L'architecture vernaculaire. Etouffées par la puissance coloniale et les rivalités intestines, les sociétés traditionnelles n'ont jamais utilisé ni considéré l'architecture comme une marque de pouvoir. Néanmoins, le génie et l'intelligence autochtone se sont manifestés à travers un habitat strictement fonctionnel, admirablement beau par sa sobriété et privilégiant l'usage des matériaux locaux : la pierre, la terre, le bois et la paille principalement. Ce génie s'est manifesté indistinctement dans toutes les régions du Sénégal, depuis les cases de terre du Sénégal oriental, naturellement climatisées et parfaitement adaptées aux rigueurs du climat, jusqu'aux magnifiques cases à impluvium casamançaises, dont les toitures en forme d'entonnoir permettent de recueillir l'eau de pluie, en passant par les étonnantes cases à étages de cette même région, sans oublier les cases peules sahéliennes, dont la légèreté et la facilité de montage conviennent au mode de vie nomade de leurs constructeurs. Chez les peuples d'agriculteurs, les greniers à grains qui accompagnent les maisons sont une constante, quels que soient les matériaux avec lesquels ils sont fabriqués, on les retrouve toujours surélevés par rapport au sol, afin de préserver leur précieux contenu des rongeurs. Cependant, au-delà des apparences, l'architecture vernaculaire peut être savante.

Elle répond dans tous ses détails, à l'instar de la cosmogonie dogon, à des impératifs mystiques et ancestraux, que l'on peut deviner dans l'organisation fractale de l'habitat et la forme organique des concessions.

L'architecture métisse et coloniale. Les îles de Gorée et de Saint-Louis, classées toutes deux Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, sont considérées comme des chefs-d'oeuvre de l'architecture coloniale. Si elle n'est pas totalement inexacte, cette appréciation doit être nuancée. Il convient, en effet, de distinguer l'architecture " métisse " de l'architecture coloniale. En effet, si elles se sont bien développées à l'époque coloniale, ces deux villes ont été bâties par la bourgeoisie métisse qui a monopolisé le pouvoir économique et politique au Sénégal pendant près de trois siècles. Cet habitat si caractéristique, avec ses arcades, ses vérandas et ses cours ombragées, a été conçu et construit par les signares et leurs descendants, qui s'opposaient souvent vivement à l'autorité coloniale. Mais, entre elles, ces villes se distinguent également : Saint-Louis a été édifiée en brique de terre cuite, Gorée en pierre de basalte et Rufisque en pierre de Rufisque. Quelques matériaux importés complètent le tableau : poutrelles métalliques, tuiles de Marseille et pitchpin du Canada. Leurs fonctions d'origine ont également façonné leur physionomie et les différencient : fonctions commerciales des quais de Saint-Louis sur le fleuve, fonctions défensives qui expliquent les meurtrières des maisons goréennes construites sur la ligne des anciens remparts. Pour leur part, les colons produisaient dans ces villes une architecture monumentale destinée à impressionner les autochtones et à marquer leur pouvoir, militaire tout d'abord, administratif par la suite. Ainsi, alors que s'apaisaient les rivalités entre les nations, l'ancien fort de Saint-Louis, fondé en 1659, est-il devenu palais du gouverneur au cours du XIXe siècle. Celui édifié plus tard à Dakar par le gouverneur Roume inspirera toute une série d'ouvrages surchargés au style néoclassique, tels que la Chambre de commerce ou la mairie. Heureusement, celui-ci sera plus tard remanié et revêtira des lignes plus épurées. Quelques édifices dakarois se distinguent par leur originalité, comme la cathédrale, construite en 1931, synthèse des styles soudanais et byzantin, la gare des voyageurs et le marché Kermel, en métal et entièrement reconstruit en 1997 à la suite d'un incendie, ou le marché Sandaga, dentelle de béton armé, aujourd'hui menacé de démolition. A Dakar et à Saint-Louis, outre le style néoclassique ou le style d'inspiration sahélo-soudanais, l'observateur avisé remarquera sous la poussière de très beaux exemples d'architecture Art déco ou saura découvrir un patrimoine industriel tout à fait digne d'intérêt. Grâce à l'usage du béton et de la climatisation, les principes constructifs évoluent et les bâtiments prennent de la hauteur. A Dakar toujours, une architecture dite " moderne " émerge progressivement. Les immeubles qui entourent la place de l'Indépendance, le building administratif, l'université Cheikh Anta Diop ou encore le grand hôtel de Ngor, en sont des exemples représentatifs.

L'architecture moderne. Mais considérons par principe comme " moderne " l'architecture qui débute dans les années 1960, à l'indépendance du Sénégal. Le président Senghor, qui vient d'héritier des rênes du pouvoir, souhaite un renouveau esthétique de l'architecture, qui puiserait son inspiration dans la tradition africaine. Il redéfinit les canons du style soudano-sahélien et invente le " parallélisme asymétrique ", dont l'obligation d'utilisation par les architectes figure encore aujourd'hui dans la loi. Le concept s'exprimera essentiellement dans les programmes immobiliers de la périphérie destinés aux classes moyennes. Mais les exemples qui se revendiquent clairement du parallélisme asymétrique sont la foire de Dakar, appelée CICES, et sa propre maison sur la Corniche, devenue le musée Senghor.

En centre-ville, quelques grands buildings tenteront de reproduire la forme du baobab ou s'inspireront en façade de la forme et des couleurs des masques africains ou des tissages traditionnels.

L'apparition de la climatisation électrique marque l'abandon de la prise en compte des critères climatiques dans le vocabulaire architectural et la disparition des grandes hauteurs sous plafond, des vérandas, des persiennes, des claustras et des brise-soleil. Cela se remarque particulièrement dans les faubourgs de Dakar, où le modèle architectural dominant s'apparente à un cube entièrement recouvert de carrelage, flanqué de loggias aux formes improbables. Pour sa part, Dakar, la vieille ville blanche sur son cap vert, est désormais en pleine mutation. Si elle a bien conservé ses larges avenues ombragées, les arbres centenaires disparaissent peu à peu, les chantiers se multiplient à tous les angles de rues. La corniche en bordure de l'océan se densifie à mesure que les terrains prennent de la valeur.

D'élégants immeubles modernes à l'architecture " internationale " répondent aux édifices au style épuré des décennies précédentes. Les petites villas aux lambrequins ouvragés et aux épis de faîtage, choisies sur catalogue par les colons, disparaissent progressivement, victimes de la spéculation foncière et de la pression urbaine. Quelques-unes résistent encore, témoins anachroniques d'une époque révolue.

Un patrimoine architectural en péril. Mal protégé par des règlements inadaptés, l'absence de crédits et une insuffisante prise de conscience, c'est l'ensemble du patrimoine architectural sénégalais qui est menacé de disparition. Partout, avec l'exode rural, l'occidentalisation des modes de vie et les facilités de circulation, la perte des valeurs traditionnelles est tangible. La tôle ondulée remplace progressivement la paille et le parpaing de ciment se substitue à la brique de terre crue. Autant d'hérésies architecturales, pourtant considérées comme des progrès de la civilisation. En bordure du désert, les bergers peuls se sédentarisent dans des maisons au confort incertain mais assurément moderne, tandis qu'en Casamance, les cases à impluvium se comptent désormais sur les doigts d'une seule main. Les atteintes au patrimoine sont irréversibles et les architectes, " hommes de l'art " chers au coeur de Senghor, en sont parfois les principaux acteurs. Au reste, l'école d'architecture de Dakar a fermé ses portes en 1991. La protection de l'Unesco, quant à elle, reste dérisoire et il est désormais fortement question de placer Saint-Louis sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Artisanat
<p>Artisanat de Joal-Fadiouth.</p>

Artisanat de Joal-Fadiouth.

L'artisanat sénégalais est très riche et vous vous en rendrez compte sur les marchés, dans les villages artisanaux ou encore dans les boutiques de souvenirs. Le côté répétitif de l'artisanat sénégalais pourra vous lasser, mais sachez que certains artisans se démarquent du lot par des touches créatives originales, tout en conservant les savoir-faire traditionnels.

Sculptures. Silhouettes africaines, pirogues ou encore animaux, les Sénégalais ont un don prononcé pour la création de sculptures en bois. Elles sont généralement fabriquées en bois précieux comme l'ébène ou le teck. Attention, il se peut que les sculptures en ébène soient d'un autre bois. Il se repère à ses deux couleurs, l'une marron clair, l'autre noire et pèse assez lourd, contrairement au teck.

Bijoux. Cet artisanat appartient particulièrement à la caste sénégalaise des forgerons, les Niénois, dont le métier de bijoutier se transmet de père en fils. Colliers, bracelets et boucles d'oreilles sont réalisés en or, en argent, en bois ou encore en corne de phacochère. Vous trouverez de nombreux bijoutiers dans les villages artisanaux. De nombreux Mauritaniens ont également ouvert leur boutique, proposant de jolis bijoux touaregs en argent ou en alliage.

Batik. Cette technique artisanale de teinture de tissu avec de la cire est l'affaire des femmes. Sur des tissus en lin, en coton ou en soi, elles marquent les motifs à reproduire puis enduisent de cire les parties à protéger. Le tissu est ensuite trempé dans la couleur. Une étape répétée plusieurs fois jusqu'à ce que le tissu obtienne l'aspect désiré.

Tissage. Coutume ancestrale en Afrique, le tissage est un travail minutieux réalisé en duo sur de grands métiers traditionnels. Originaires de Guinée ou de Casamance, les tisserands du Sénégal appartiennent en général aux ethnies Mandiak et Pélépe. Vous pourrez apprécier cet artisanat à l'atelier de Tësss à Saint-Louis, à la galerie Tisserand Dakar ou encore à l'atelier de Johanna Bramble.

Poteries. Objets avant tout du quotidien, ces céramiques sont réalisées principalement par les femmes. On distingue deux types de créations : les canaris et les " andes ". Les canaris sont des récipients où est stockée l'eau pour la tenir au frais et les " andes ", des brûleurs d'encens destinés à réchauffer la maison et parfumer les vêtements. En Casamance, Edioungou est prisée pour ses poteries où chaque maison possède son atelier. Si vous passez par là, allez découvrir les différentes techniques de création.

Cinéma

7e art en péril ? Le cinéma sénégalais avait pourtant bien commencé. Pas le cinéma des Français au Sénégal des années 1930 qui, de la Cérémonie du 2 novembre aux Travaux du port de Dakar, n'avait finalement rien proposé de précieux. Une exception toutefois : mention spéciale pour Bouboule Ier, Roi nègre qui, outre la production, impliquait une poignée de Sénégalais dans le lot des techniciens et aides (manoeuvres) et mettait en scène un singulier acteur principal, G. Milton, Blanc, au visage peint en noir pour jouer le Nègre.

Les origines. L'écran et les acteurs ne se sont réellement teintés du noir d'Afrique qu'en 1955, lorsqu'un collectif de cinéastes africains dirigés par les Sénégalais Paulin Soumanou Vieyra et Mamadou Sarr a réalisé Afrique-sur-Seine. Un petit succès, qui commence avec des images d'enfants insouciants, des " petits Noirs " qui jouent et s'ébrouent dans le fleuve avant de transporter les spectateurs à Paris, les y promenant en bus ou à Vespa, sur de grandes artères reconnaissables sur les cartes postales. On prend un verre à la terrasse d'un café, on finit la soirée en dansant la salsa, tout en s'interrogeant et en commentant la vie des Africains dans cette " capitale du monde, de l'Afrique noire ", comme le commentait Vieyra lui-même. Deux ans plus tard, le groupe récidivait en signant Un homme, une vie, un idéal. Les jalons étaient posés, les envies ciné-sénégalaises provoquées.

Restait tout de même à faire du cinéma africain sur l'Afrique. Le bouillon de production des années 1960, celui qui donna au pays nouvellement indépendant son titre de Saint-Germain du continent, y a pourvu. Chantres du 7e art, Paulin Soumanou Vieyra et d'autres futures figures tels Abacar Samb Makharam, Yves Badara Diagne et Momar Thiam allaient progressivement entrer dans la danse. Blaise Senghor, fondateur de l'Union cinématographique africaine (UCINA), coproduisit, entre autres, Grand Magal à Touba, récit du pèlerinage annuel dû par tout bon mouride, un film qui obtint l'Ours d'argent à Berlin. Ces brillantes années 1960, c'est quand même aussi et surtout la révélation du talent cinématographique de l'écrivain Ousmane Sembène. Sembène et sa Noire de... marquent incontestablement cette décennie des débuts, et son " meyotage " (la débrouille du réalisateur pour financer ses films) fut le lot de nombreux amateurs qui commençaient à se faire un nom.

Des années 1970 à nos jours. Les années 1970 marquèrent un tournant. L'école Sembène céda le pas à des visions nouvelles, telles celle de Djibril Diop Mambéty, dont Touki Bouki laissa une forte empreinte. Des structures sont apparues. Le petit monde des réalisateurs s'organisa : naquirent les Cinéastes sénégalais associés (CINESEAS) et le Bureau de la cinématographie. Et enfin, l'Etat lui-même lança un certain nombre d'élans visant à booster les productions nationales. La Société nationale de la cinématographie (SNC) vit le jour en 1972 ; puis vint le tour de la Société d'importation, de distribution et d'exploitation cinématographique (SIDEC, 1973).

Autant de noms reflétant une volonté de bien faire, mais qui n'ont pas directement mené au paradis. Dans la durée, toutes ces institutions ont péché et fini par rendre l'âme. En 1978, le Fonds de soutien à l'industrie cinématographique (FOSIC) veut remplacer la SNC, puis, en 1984, c'est au tour de la Société nouvelle de production cinématographique (SNPC) de tenter de prendre le relais, en vain.

L'Etat se désengage en 1990, propose un plan de relance en 1994, et le motif semble se reproduire une fois encore. Désormais, les réalisateurs se tournent vers les fonds internationaux, notamment le fonds panafricain pour le cinéma et l'audiovisuel, lancé en 2010 par la Fédération panafricaine de cinéma, avec le soutien de l'OIF.

Les cinémas de la périphérie de Dakar, jadis empanachés, ont progressivement mis la clef sous la porte. Le Plaza et Le Paris, qui avaient tenu tête à la vague de transformation de salles obscures en salles dévouées au négoce jusqu'à l'aube de l'an 2000, ont fini par céder : Le Plaza a baissé rideau puis a été détruit dans un incendie, le Paris a été rasé. A Dakar, où le cinéphile avait le choix entre une quarantaine de sites au début des années 1980, seuls quelques lieux diffusent des films : l'Institut français, le Goethe Institut ou encore Au cinéma ce soir, une association qui projette au théâtre Sorano, quelques jours par mois, les mêmes films, à quelques semaines près, que ceux que l'on peut voir à Paris. Après 25 ans d'absence dans le paysage sénégalais, la capitale s'est dotée récemment de deux complexes cinématographiques, Canal Olympia Teranga, près du Grand Théâtre, et le cinéma Sembène Ousmane, boulevard Martin Luther King, qui propose des projections en 2, 3 et 5D. Privés du 7e art trop longtemps, les Sénégalais affluent à nouveau dans les salles. Par ailleurs, quelques séances en plein air sont organisées çà et là.

Les temps sont durs donc, mais la page ne semble pas être définitivement tournée car malgré le manque de moyens, de visibilités, des noms ont émergé : Moussa Sène Absa, Mansour Sora Wade, Joseph Gaï Ramaka, Alain Gomis, Moussa Touré... L'année 2012 a été marquée par le retour de ces deux derniers sur la scène internationale : Alain Gomis au Festival de Berlin, avec son long-métrage Aujourd'hui, film qui a remporté l'Etalon d'Or au FESPACO l'année suivante et Moussa Touré au Festival de Cannes, catégorie " Un certain regard ", où il a présenté La Pirogue. Tout récemment, la réalisatrice franco-sénégalaise, Mati Diop a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes, en mai 2019, pour son long-métrage Atlantique, un film bouleversant sur l'immigration.

Mais on est loin des espoirs d'un Ousmane Sembène nommé membre du jury du festival de Cannes en 1967 et qui a abandonné définitivement son inséparable pipe sur un coin de son lit. Malade, alité depuis près de six mois, l' " aîné des anciens " du cinéma africain - comme il aimait à se faire appeler - est décédé le 9 juin 2007 à Dakar.

Alain Gomis, une relève pour le cinéma sénégalais

Alain Gomis est né en France en 1972 d'un père sénégalais et d'une mère française. Après des études d'histoire de l'Art et une maîtrise d'études cinématographiques (Paris I Panthéon Sorbonne), il a été animateur d'ateliers vidéo pour la ville de Nanterre. Il a réalisé dans ce cadre de nombreux reportages consacrés aux jeunes issus de l'immigration. Mais c'est avec son premier long-métrage L'Afrance, réalisé en 2001, qu'il se révèle véritablement. L'histoire d'El-Hadj, un étudiant sénégalais à Paris. Son titre de séjour étant arrivé à terme, il se trouve confronté à un dilemme : retourner au Sénégal ou demeurer clandestinement en France ? Gomis, grand jeune homme aux longues dreadlocks, a aussi fait un petit bijou de poésie cinématographique, hélas, trop court ! Petite lumière (2003). Fatima, 8 ans, une petite fille espiègle, se demande qui éteint le courant du réfrigérateur lorsqu'on ferme la porte ou si les choses existent quand elle décide de ne plus les voir. Le jeune réalisateur a également fait une incursion dans les tourments d'un ex-tirailleur sénégalais retiré du monde avec Ahmed (2006), puis il sort, en 2008, Andalucía, portrait d'un jeune trentenaire, enthousiaste et marginal, en quête d'identité. Son troisième long-métrage Tey en wolof (Aujourd'hui en français), en compétition officielle au Festival du Berlin 2012, marque une étape dans la reconnaissance internationale du réalisateur, car, même s'il n'a pas eu de prix, il a rencontré beaucoup de succès auprès des festivaliers. Il a remporté l'or au festival Fespaco 2013 pour ce même film. En 2017, il gravit une marche de plus dans sa carrière de cinéaste en remportant le Grand prix du jury lors de la 67e Berlinale avec son dernier opus, Félicité. Sorti en salle fin mars 2017, ce long métrage raconte le combat d'une mère, chanteuse dans un bar à Kinshasa, pour payer l'opération de son fils, victime d'un accident de moto.

Danse

Lorsqu'on nous dit " danse sénégalaise ", on pense sans conteste au sabar, nom qui désigne à la fois la danse, l'instrument et la fête organisée à l'occasion d'un mariage ou d'un baptême. Le déroulement des danses et des gestes y est alors extrêmement codifié et donne un ensemble spectaculaire, fascinant.

Le répertoire traditionnel du sabar, ses lieux de représentation et ses fonctions évoluent. La danse, comme la musique, a ses modes, ses nouveautés. Certains rythmes disparaissent peu à peu et laissent place à de nouvelles danses chaque année. Dans les boîtes de nuit se côtoient sans vergogne mbalax, rap, hip-hop, sabar ou coupé-décalé venu de la Côte d'Ivoire voisine !

Mais n'oublions pas la danse contemporaine. La 11e édition du festival Duo Solo Danse qui s'est tenue à Saint-Louis en juin 2019 est à l'image du dynamisme de la jeune création sénégalaise, extrêmement ouverte sur la scène artistique africaine et internationale. La danse contemporaine au Sénégal, c'est aussi l'Ecole des Sables, à Toubab Dialaw, petit village situé à une soixantaine de kilomètres au sud de Dakar. Aussi appelée Centre international en danses traditionnelles et contemporaines africaines, l'école a été fondée par Germaine Acogny et son mari, Helmut Vogt avec pour objectif principal la formation professionnelle des danseurs chorégraphes de toute l'Afrique. Une référence incontournable au niveau continental et international.

La " technique Acogny " (une synthèse des danses traditionnelles d'Afrique de l'Ouest et des danses classique et moderne occidentales) a formé toute une génération de danseurs au Sénégal et ailleurs. Ils tissent aujourd'hui de nouveaux liens avec l'espace, questionnant les identités, interrogeant le monde contemporain, dialoguant avec l'histoire, à travers ces lignes et courbes corporelles... entre tradition et modernité.

Littérature

La littérature sénégalaise est pleine d'auteurs talentueux. Parmi eux, bien entendu, Léopold Sédar Senghor, dont L'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française a fait le tour du monde (mot de passe : négritude). Birago Diop, autre nom célébrissime, a, lui aussi, publié un livre de poèmes, Leurres et lueurs, et surtout ses fameux Contes d'Amadou Koumba. On retiendra également, entre autres : Aminata Sow Fall, auteur de La Grève des battù, Le Revenant et Douceurs du bercail ; Mariama Bâ, qui a écrit Une si longue lettre et Un chant écarlate ; Cheikh Aliou Ndao, auteur des Mogariennes, de L'Exil d'Alboury ; Abdoulaye Sadji, dont Nini, mulâtresse du Sénégal et Maïmouna ne sont pas passés inaperçus ; Ousmane Sembène, auteur du très bon livre Les Bouts de bois de Dieu et Boubacar Boris Diop, qui a signé notamment Le Temps de Tamango, Les Tambours de la mémoire, Murambi, le livre des ossements ou Les Petits de la guenon, dont la particularité fut qu'il fut d'abord écrit en wolof puis traduit en français. Plus récemment, Fatou Diome s'est fait connaître grâce à son roman, mettant en scène avec ironie " le rêve français " d'un jeune sénégalais : Le Ventre de l'Atlantique.

Léopold Sédar Senghor, poète avant d'être président. La poésie senghorienne est marquée par un dualisme qui découle de la double appartenance du poète, son origine sénégalaise et sa formation française. Esprit modelé par la puissance coloniale française, Léopold Sédar Senghor garde cependant des rapports profonds avec ses racines africaines.

Elles sont plutôt comme une intimité sensuelle et mythique que le poète communique au lecteur à travers des notations concernant sa flore, sa faune, sa toponymie, son coloris, et par des allusions historiques et ethnologiques, comme si le lecteur partageait avec l'auteur la connaissance de l'objet, dans une connivence d'un savoir préalable de la réalité africaine.

Les Contes d'Amadou Koumba, Birago Diop, Ed. Présence africaine. Voyage dans le temps, dans les thèmes, dans les mots. Thèmes traditionnels et originaux, bestiaire cruel et tendre aux multiples aventures, univers des hommes, immuable.

Amadou Koumba, griot, conteur, chanteur, celui qui transmet la parole, le message au fil des générations. C'est lui qui relate à Birago Diop des histoires, des contes et des légendes, rythmés par le tam-tam ou la calebasse. Une profusion de sentiments saisit le lecteur : la frayeur, la gaieté, l'émotion se relaient. Golo, le singe, est à l'origine de la réputation de Koumba qui, avec son ancien mari, ira à Maka-Kouli pour entendre la sentence du marabout. Sagesse, humour et réalisme : " On ne connaît l'utilité des fesses que quand vient l'heure de s'asseoir ! " Jeux des souvenirs, poésie des saisons, nostalgie des retours au pays, interventions de génies malicieux... Les bêtes donnent parfois des leçons aux humains, mais souvent la cruauté des hommes prend le pas sur l'innocence de l'animal. Les défauts ne sont pas l'apanage de l'homme, et les animaux - acteurs, personnages - apparaissent avec leurs travers, ruse, paresse, débauche ; tel Golo le singe, encore lui, mauvais sujet, querelleur, malicieux, menteur. Au fil des récits, Amadou Koumba, conteur, magicien, poète, nous emmène dans un monde proche et lointain à la fois, celui de l'histoire des hommes et des bêtes, toujours recommencée... S'il ne faut en lire qu'un avant de partir, c'est celui-là.

Médias locaux

Télévision. Longtemps décriée, surnommée par les Sénégalais " Rien tous les soirs ", la première chaîne publique - la RTS pour Radiodiffusion télévision sénégalaise - fut longtemps dénigrée car l'essentiel de ses programmes tournait autour de l'ancien président et de sa famille. Engagée dans un processus de modernisation, elle tente de changer la donne. Par ailleurs, depuis les années 2000, le paysage audiovisuel sénégalais (PAS) s'est progressivement ouvert aux chaînes privées. Douze ans après, huit chaînes se partagent les faveurs d'un public friand d'informations, de divertissements et de télénovelas sud-américaines ou bollywoodiennes. Pour ceux qui ne veulent rien perdre de l'actualité française et internationale, TV5 Monde (TV5 Afrique au Sénégal) est accessible dans tous les hôtels qui proposent la télévision : reprenant les journaux télévisés des principales chaînes du monde francophone avec une demi-heure de décalage, elle diffuse également séries, films et documentaires liés au continent africain. De plus en plus d'hôtels, à Dakar comme dans les grandes villes, proposent les programmes diffusés par satellite (Canal Horizons ou Escaff). Il n'est également pas rare de trouver dans les bars ou les restaurants une télévision branchée sur France 24.

Presse. La presse est pour ainsi dire libre au Sénégal, même si Reporters sans frontières (RSF) relève chaque année quelques manquements. Outre les chaînes de télévision, le paysage médiatique se compose d'une floraison de titres, avec une vingtaine de quotidiens, des dizaines d'hebdomadaires et de mensuels ainsi qu'une centaine de radios privées commerciales et communautaires, sans compter les sites d'informations exclusivement en ligne. Dakar est une capitale africaine où la presse écrite foisonne et où l'on peut se procurer facilement la plupart des journaux et magazines internationaux (certains avec quelques jours de retard), consultables dans les Instituts culturels français présents dans le pays (ex-centres culturels français, CCF).

Principaux quotidiens, pour ceux qui voudraient avoir une vue d'ensemble de la qualité de la plume sénégalaise sans se ruiner : Le Soleil (étatique), Sud Quotidien, Walfadjri, Le Matin, Le Quotidien, L'Observateur, Vox Populi. Côté hebdo, La Gazette, offre un regard plus critique sur les actions gouvernementales tandis que Week-end aborde la vie des people, une sorte de Voici local, qui a beaucoup de succès.

Les articles peuvent y être dithyrambiques ou très critiques sur les discours du président et les actions qu'il entreprend. La politique et les faits divers ont une place prédominante. La déontologie n'est pas toujours de rigueur même si de nombreux efforts sont entrepris en ce sens ! Le Cafard libéré ou Cocorico, journaux satiriques, ont longtemps griffé l'orgueil et la fierté des dirigeants en toute quiétude. Malheureusement, ces titres n'ont pas résisté à la crise de la presse, une réalité aussi au Sénégal.

Les Sénégalais plébiscitent les magazines réalisés depuis Paris avec des correspondants locaux dans tous les pays du continent tels Jeune Afrique, hebdomadaire généraliste panafricain, Continental pour la politique, l'économie et la culture, Afrique Magazine, plus people ou encore le féminin Amina. Ils se tournent également vers la presse internationale, française (Le Monde, Le Figaro, Les Echos) ou anglo-saxonne (Herald Tribune, New York Times, The Guardian).

Il se peut qu'au détour d'une promenade vous dénichiez de vieux invendus de magazines qui n'ont plus cours. A ce propos paraissait en 2007, le premier roman-photo " made in Senegal ", Coeurs d'Afrique. Idéal pour se familiariser avec les réalités quotidiennes, si vous en trouvez un, n'hésitez-pas à vous l'offrir (1 000 FCFA au maximum), vous allez adorer !

A noter que la plupart des journaux sénégalais, généralement d'informations courantes, ont des versions électroniques. Nombreuses références et liens sur les sites d'actualité comme www.rewmi.com

Fréquences de RFI au Sénégal

En relais

Bakel : 98.2 FM

Dakar : 92.0 FM

Kaolack : 91.4 FM

Richard-Toll : 94.3 FM

Saint-Louis : 99.7 FM

Tambacounda : 88.9 FM

Thiès : 100.2 FM

Ziguinchor : 87.6 FM

En reprises

Fatick : 102.5 FM (sur Radio Dunyaa)

Kédougou : 98.6 FM (sur Radio Dunyaa)

Kolda : 98.7 FM (sur Radio Dunyaa)

Louga : 91.8 FM (sur Radio Dunyaa)

Matam : 99.5 FM (sur Radio Dunyaa)

Mbour : 102.8 FM (sur Radio Dunyaa)

Fréquences de la RTS et des autres radios à Dakar

Couverture nationale

Dakar : 94.5 FM

Diourbel : 100.0 FM

Fatick : 92.8 FM

Kaolack : 97.9 FM

Kolda : 92.2 FM

Louga : 88.7 FM

Matam : 89.1 FM

Saint-Louis : 96.3 FM

Thiès : 100.6 FM

Tambacounda : 92.0 FM

Ziguinchor : 98.9 FM

(Sources : www.rts.sn)

Autres radios à Dakar

BBC Afrique : 105.6 FM

Nostalgie : 90.3 FM

RFM : 94.0 FM

Sud FM : 98.5 FM

Walf-FM : 99.0 FM

Les huit chaînes principales de télévision sénégalaises

RTS : première chaîne publique. Généraliste, étatique, très orientée sur l'action du gouvernement.

SN2 : seconde chaîne publique, dédiée aux grands événements, retransmis en direct.

2STV : première chaîne privée autorisée à émettre en 2003. Culture, cinéma, talk-show, sports.

CANAL INFO NEWS : chaîne d'information continue panafricaine.

RDV : émanation de la radio éponyme, musique et cinéma.

TFM : en 2010, après d'âpres négociations, Youssou N'Dour obtient l'autorisation d'émettre pour une chaîne à vocation culturelle.

AFRICA 7 : septième chaîne privée lancée en 2011, la chaîne du groupe Citizen Media Group est une télévision généraliste, à vocation panafricaine.

SEN TV : huitième chaîne privée lancée en 2012, propriété du groupe DMédias (propriétaire de la radio Zik FM, du journal La Tribune et du magazine Dakar Life).

Musique

Tradition et modernité, l'éternelle diagonale : difficile d'établir une frontière. L'art est un reflet de la société contemporaine. Dans le même temps, les inspirations sont souvent puisées dans l'héritage, ce qui donne à l'art son caractère afro-sénégalais. La musique est un exemple particulièrement représentatif. Les instruments traditionnels et une certaine sonorité ont été gardés et mélangés avec des styles plus modernes. Le résultat est le plus souvent un métissage de genre ; ainsi Seven Seconds, le tube que Youssou N'Dour a enregistré avec Neneh Cherry en wolof et en anglais.

Le mbalax (mbalakh). En matière de modernité, cette musique très percussive chantée en wolof - la plus populaire du pays incarnée par le maître Youssou N'Dour - assure le lien entre musique d'hier et d'aujourd'hui. Son ancêtre est le Njuup, une musique sérère traditionnelle utilisant tama et sabarn dont le Nder, l'instrument leader. Le style fusionne instruments traditionnels acoustiques et électriques (guitare, basse, clavier, batterie...), et le chant est un mélange d'influences africaines et arabes. Si, au départ, le Mbalax puisait ses influences dans les musiques latines, cubaines, funk et jazz, il est davantage orienté vers le coupé-décalé, la pop et le hip hop aujourd'hui. La danse associée est très gracieuse et sensuelle, et vous n'arriverez sans doute pas à l'exécuter en quelques semaines passées au Sénégal !

Le rap. Le hip hop a converti une jeunesse urbaine qui a besoin de s'exprimer, et qui s'est créé un courant fertile de rap sénégalais. On retrouve dans ce genre des mélodies en wolof, bien construites, chez des figures de la scène dakaroise. Parmi les pionniers, Didier Awadi et Amadou Barry alias Duggy Tee et leur groupe Positive Black Soul (PBS), désormais séparé. Plus récemment, le trio Daara-J, dont les concerts sont très populaires. Les textes, truffés de jeux de mots puisés dans la sagesse populaire ou dénonçant les torts, les tares et les travers de la société et de ses dirigeants, chantés en wolof, français ou anglais, sur des mélodies rythmées, ne laissent pas indifférents. Aux mots et aux rythmes se sont greffés ces dernières années plusieurs aspects de la culture urbaine : slam, breakdance, rolleurs, graffiti... Enfin, de nouveaux groupes mêlant tous types de musiques actuelles : électro, reggae, hip hop, soul... se créent, à l'image de l'excellent " I Science ", né de l'effervescence artistique des Petites Pierres, à Dakar.

Instruments traditionnels

La kora est une harpe-luth monde mandingue à 21 cordes, dont on retrouve les premières traces dès la fin du XVe siècle en Afrique sahélienne (Sénégal, Mali, Gambie, Guinée, Sierra Leone...). Depuis quelques années, elle devient un instrument soliste n'hésitant pas à se confronter à différents genres musicaux. A ne pas confondre avec d'autres harpes-luths, le Bolon (à trois cordes) et le N'Goni (de 4 à 7 cordes). La facture de l'instrument se constitue d'une calebasse, caisse de résonance sur laquelle est fixé un manche central cylindrique en bois de santal ou en acajou. Les cordes de nylon sont réparties en deux rangées parallèles sur un chevalet perpendiculaire à la table d'harmonie en peau de vache. Deux baguettes situées de part et d'autre du manche permettent au musicien de tenir l'instrument dont les cordes sont jouées avec le pouce et l'index de chaque main. Un trou, jouant le même rôle que l'ouïe du violon, est percé dans la caisse de résonance souvent décorée de petits clous ou de tatouages. Les joueurs de kora les plus célèbres sont Lamine Konté, un des griots les plus populaires de la culture mandingue, et dans une veine traditionnelle Toumani Diabaté, Ballaké Sissoko. Dans une perspective plus moderniste, Ali Boulo Santo et surtout le grand Djeli Moussa Diawara, qui fusionnent les genres et usent des effets de réverbe et de pédale d'instruments électro-acoustiques. Le compositeur Jacques Burtin a également introduit la kora dans l'univers orchestral de la musique contemporaine.

L'abbaye (ou monastère) de Keur Moussa, dans les environs de Dakar, a un atelier de fabrication de kora, qui produit depuis le début des années 1970 des instruments respectant les traditions de la confection tout en portant les améliorations de la modernité. L'abbaye est célèbre pour les instruments africains de musique utilisés pour les messes et ses moines réputés à travers le monde pour leur musique, avec près d'une vingtaine de CD dans leur discographie et des distinctions internationales (prix de musique Albert Schweitzer 2003, prix des Académies pontificales 2004) - www.abbaye-keur-moussa.org

Le balafon est un xylophone composé d'un support en bois ou en bambou, sur lequel sont disposées des calebasses (caisse de résonance) surmontées de lattes de bois de tailles croissantes. Les calebasses, de tailles croissantes également, sont percées d'un ou plusieurs trous recouverts traditionnellement d'une toile d'araignée ou plus couramment d'un petit film plastique ou de papier à cigarettes.

Le nombre de lattes du balafon varie en fonction de la région où il est joué, et de l'accord qu'on veut lui donner. Il est généralement accordé en pentatonique (une gamme de cinq notes) mais il peut l'être aussi bien en diatonique (une gamme de sept notes). Concernant l'accord pentatonique, il existe le dioula bala (le modèle le plus couramment joué) et le bamanagame. Les lattes de bois du balafon diatonique sont plus épaisses mais moins larges que celles du balafon pentatonique, la note devant être plus haute. En Afrique de l'Ouest, plus particulièrement au pays mandingue d'où il est originaire, le balafon est joué par des griots.

Le tam-tam est un idiophone à son indéterminé, contrairement au gong. Les tam-tam les plus réputés au Sénégal sont le sabar (popularisé par le célèbre batteur Doudou N'Diaye Rose), le tama et le djembé. Depuis l'époque coloniale, le vocable tam-tam est abusivement utilisé pour désigner n'importe quel tambour, surtout s'il vient ou est censé venir d'Afrique. Le Sabar est un nom d'origine sérère qui désigne percussion, on s'en servait dans le delta pour communiquer entre village (le fameux tam-tam téléphone). C'est aussi une fête et une danse traditionnelle au Sénégal et en Gambie. Le tama, également sérère, a une connotation plus religieuse. On l'appelle aussi le " tambour parlant " (ou doum doum) car il se joue avec une baguette qui peut moduler les sons comme une voix, et joue un rôle important dans les rythmiques de basses.

Quelques artistes célèbres

Orchestra Baobab (rumba). Ses membres viennent d'ethnies différentes et se portent en étendard de l'unification du pays. Dans les années 1960, Orchestra Baobab se fait connaître dans toute l'Afrique de l'Ouest, mais les années 1980 arrivent. De nouvelles icônes apparaissent. Youssou N'Dour, Xalam, la vague du mbalax modernisé emporte tout sur son passage.

La formation risquait de disparaître à jamais, mais c'était sans compter sur un certain Nick Gold, directeur de World Circuit, spécialisé dans le retour sur le devant de la scène de papys musiciens. Il part à leur recherche et les retrouve non sans difficultés ; certains sont griots, d'autres avocats. Il organise leur retour en 2001, comme il l'a déjà fait avec succès pour le Buena Vista Social Club. Nick Gold écoute de vieux enregistrements et réédite l'album Pirates Choice.

Puis le groupe reconstitué part en tournée et enregistre cette fois avec l'aide de Youssou N'Dour, le live Specialist in all styles. La musique de l'Orchestra Baobab est incroyablement chaloupée et métissée, les chants sont en wolof, en français ou en espagnol et les influences latines y sont flagrantes. Rythmes de pachanga ou encore de cha-cha-cha se mêlent à l'essence de la musique africaine. Il se produit parfois à Dakar, guettez leur agenda, c'est à ne pas manquer !

Djeli Moussa Diawara. Joueur de kora sur un instrument de 32 cordes, il est aussi un excellent joueur de balafon et de guitare. Issu d'une famille de griots (" Djeli " signifie griot en mandingue), son père est balafoniste, sa mère choriste, et il n'est autre que le demi-frère de Mory Kanté (chanteur et joueur de kora guinéen). Dans les années 1970, il s'installe à Abidjan où il composera en 1983 son album phare de joueur de kora et chanteur soliste, Yasimika. Comme beaucoup de musiciens africains, il rejoint Paris après de nombreux périples, où sa musique est reconnue. Il sort, en 1988, un passionnant album Flamenkora, mêlant flamenco et musique traditionnelle. Il s'allie souvent avec des musiciens occidentaux pour créer leur musique, fusionnant leurs influences. Il a notamment joué avec Ali Farka Touré, Cheick Tidiane Seck, mais aussi Carlos Santana, Manu Dibango, Stephan Eicher... Il a sorti un album enregistré à Paris en 2010 et baptisé Yékéké.

Baaba Maal (folk, mbalax). Voilà un artiste que vous pourriez voir dans une salle de Paname-sur-Seine, place payée au prix fort, sans le regretter un seul instant. Le qualificatif d'international prend toute sa dimension quand il s'agit de Baaba Maal.

Au Sénégal, on le surnomme " roi du yéla ", le yéla étant une musique de l'ethnie toucouleur dont il est membre, ou " le prince du Fouta ", région de la vallée du Sénégal (nord) dont il est originaire (il est né à Podor, ce qui lui vaut aussi quelque fois le surnom de " fils de Podor "). Il est adulé tant au sein du public que dans le milieu des professionnels de la musique. La panoplie de ses surnoms comprend aussi " le musicien intellectuel ", parce que le petit garçon qui a commencé à chanter à l'âge de 6 ans est passé par la case enseignement. Il a été professeur d'histoire et de géographie avant de devenir ce qu'il est aujourd'hui : un professionnel confirmé de la musique.

Didier Awadi (rap). A l'origine était le Positive Black Soul (PBS) formé par deux ex-leaders de groupes : Didier Awadi, qui se fait appeler DJ Awadi, et Amadou Barry, qui choisit le pseudonyme Doug-E-Tee. Avec des amis danseurs, ils organisent des animations dans les quartiers dits " SICAP ", du nom de la Société immobilière du Cap-Vert qui a bâti en plusieurs endroits des cités de maisons modestes.

Le PBS prend racine à SICAP Amitié 2, et de soirées de rap en clôtures de tournois sportifs à des tournées internationales en passant par des soirées en boîte de nuit et des premières parties d'artistes de renom, ils n'ont pas chômé (le rappeur français d'origine tchadienne MC Solaar, de passage à Dakar en 1992, les a remarqués et invités à partager sa scène à l'Olympia). Le temps a passé, le groupe n'a pas résisté, Doug-E-Tee (maintenant Duggy Tee) évolue en solo ; Awadi continue avec une partie de l'équipe, le PBS Radikal, devenue aujourd'hui une pépinière de talents : Carlou D. (Carlou Di), Baye Soulèye, Noumoucounda Sissoko, Thaïs Diarra... Resté à SICAP Amitié 2, Didier Awadi a créé Studio Sankara, une société de production phonographique et audiovisuelle dont est issu son dernier album Présidents d'Afrique, une compilation étonnante des discours d'anciens présidents et de textes engagés. Artiste multiple, il s'essaie également au documentaire, son film, Le Point de vue du lion, a été sélectionné pour être présenté au Marché du Film, dans le cadre du Festival de Cannes 2011. En 2013, il sort l'album Ma Révolution, puis laisse un temps la composition pour aller à la recherche de jeunes talents. En août 2018, il surprend tout le monde avec son nouvel opus, Made in Africa.

Ismaël Lô (folk, mbalax, rythm'n'blues). On ose à peine présenter Ismaël Lô. Il est un véritable coup de griffe à la musique africaine, et certainement parmi les musiciens les plus médiatisés d'Afrique de ces dernières années. Son style épuré et sensible séduit. Le cocktail fait recette aussi.

Né sur les rives du fleuve Niger, de père sénégalais et de mère nigérienne, il grandit à Rufisque, près de Dakar. Versé dans la peinture, il quitte les beaux-arts pour la musique, un choix qui lui a, somme toute, porté chance. Ses - trop rares - concerts au Sénégal sont une bouffée d'énergie devant un public acquis à sa cause. Parmi les albums qu'on aime : Iso (1994), Natt (1996), Jammu Africa (2003), Sénégal (2006) et son dernier Best Of, accompagné de la chanteuse Algérienne Souad Massi.

Ablaye Cissoko (jazz). Ablaye Cissoko se définit lui-même comme " un jeune griot mandingue "...

Ce qu'il est effectivement. Mais il est aussi un chanteur-musicien reconnu comme jazzman, qui fait résonner sa kora d'accents du monde entier, à condition qu'il les " sente ". La kora, il la " taquine " depuis l'âge de 2 ou 3 ans entre des jeux d'enfants à Kolda, en Casamance (sud) où il est né sous le nom de Kimitang Mohamadou Cissoko.

Aujourd'hui, il est une célébrité à Saint-Louis (nord) où il s'est installé vers mi-1980 et où il dirige la formation de jazz de la région, le Saint-Louis Jazz Orchestra.

Sa réputation à l'extérieur du pays dépasse malheureusement sa renommée au plan national, malgré deux albums solo (Diam La paix, Le Griot rouge) et plusieurs collaborations. Beaucoup de Sénégalais l'ont (re) découvert à l'occasion du Saint-Louis Jazz Festival 2007, au cours duquel il a séduit un des aînés dans le style, et pas n'importe lequel : Randy Weston.

Et les autres... Les grands de la musique sénégalaise ne se résument pas à une dizaine de noms. Tous styles confondus, citons pêle-mêle Omar Pène, Ceddo, Alioune Kassé, Coumba Gawlo Seck, Cheikh Lô, Alioune Mbaye Nder, Pape Niang, Thione Ballago Seck, Wasis Diop, Yandé Codou Sène, Touré Kunda, Viviane Ndour, Waflash (un groupe que certains mélomanes réduisent souvent à sa chanteuse, Ma Sané), Xuman, Gaston, Abdou Guité Seck...

Aux sons des tam-tams

Le tam-tam servait à communiquer. Aujourd'hui, c'est un ingrédient des cérémonies. Son rythme, qu'on a souvent qualifié de " monotone ", est basé sur la répétition des sons. En s'y accordant, la danse devient transe (c'est d'ailleurs le principe de la musique techno). Notez en passant que l'instrument de percussion le plus traditionnel du Sénégal n'est pas le djembé, qui se retrouve partout ailleurs, mais le sabar, plus fin, plus en longueur, qui se joue à la main et avec une baguette. Une troupe complète de sabars ne comprend pas moins de sept musiciens jouant de sabars différents s'accordant tous sur le nder, le sabar leader. Parmi les grands instrumentistes de la percussion, retenez avant tout Doudou Ndiaye Rose, dont la réputation est sans bornes. Ce serait lui qui aurait créé le gorong yéguel, un sabar dont on joue assis, caractéristique non négligeable quand il est question de jouer pendant plusieurs heures. En 2006, il fut classé Trésor Humain Vivant par l'Unesco. Il meurt en août 2015, à Dakar.

Discographie indispensable

Djeli Moussa Diawara, Yasimika, 1982.

Youssou N'Dour, Set, Virgin Record, 1990.

Ismaël Lo, Iso, Mango, 1994.

Wasis Diop, Toxu, Mercury, 1999.

Omar Pène, 25 ans, autoproduction, 2001.

Baaba Maal, Early years, ULM, 2005.

Orchestra Baobab, Classic titles, Cantos, 2006.

Daara J Family, School of life, Wrasse, 2010

Didier Awadi, Présidents d'Afrique, Studio Sankara, 2010.

Peinture et arts graphiques

Années 1960, renaissance à la sénégalaise : Dakar est affublé du surnom de Saint-Germain de l'Afrique.

Le premier festival des arts nègres s'y déroule en 1966, mettant en scène l'ébauche d'une plastique à la sénégalaise avec des acteurs tels que Mor Faye ou Moussa Babacar Sy. Le courant est porteur, et de l'ébauche s'échafaudent en une vingtaine d'hivernages une peinture et une sculpture contemporaines. Les noms apparaissent au fil des années, entre 1970 et 1980 : Amadou Bâ et ses vaches peules, la Gorée de Souleymane Keïta et de Moustapha Dimé, les géants d'Ousmane Sow, avec un petit faible pour l'abstrait, celui de Serigne Mbaye Camara, de Viyé Diba, de Seyni Gadiaga ou de Djibril Ndiaye : quatre révolutionnaires en leur temps, devenus fers de lance. La constante est dans le ton, chaud, celui des rouges, des ocres sahéliens et du bleu fertilité, femme ou eau. Une peinture qui s'exporte vers l'Europe froide, celle du nord, et aux Etats-Unis où la nostalgie des racines noires oubliées fait recette.

Un style qui fait autorité dans le " créer " africain et une biennale contemporaine des arts de Dakar (Dak'Art) soufflent le chaud et le froid sur le continent. Plus récemment, une nouvelle vague a quelque peu remis en question l'héritage de ses pères-professeurs, une vague plus urbaine, plus graphique, toujours aussi abstraite, et qui se démarque tant dans la peinture (Ndoye Douts, Soly Cissé, Modou Dieng) que dans la sculpture (Ndary Lô). Encore un coup des avant-gardistes !

Les galeries se trouvent principalement à Dakar. Que ce soit à la Galerie nationale des arts, au musée d'Art africain de l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN) ou dans les espaces privés, il est possible d'avoir un aperçu de la création du pays. Si vous êtes un grand amateur, la meilleure solution reste de rendre visite aux artistes directement dans leur atelier.

De la peinture partout et pour tout. Depuis les devantures des boutiques jusqu'aux placards qui annoncent les programmes, en passant par les bus, les affiches publicitaires, au Sénégal tout est peint, et beaucoup s'improvisent artistes. Le dessin naïf est partout. Là sur un salon de coiffure, une femme aux très belles nattes, ici, sur un garage, une voiture, des essieux, des boulons. Plus loin un troquet arbore fièrement une belle Gazelle, la bière locale. Par souci d'esthétisme ? Pas seulement. De nombreux Sénégalais et Sénégalaises sont aujourd'hui encore illettrés. Et ces peintures sur les façades permettent de contourner le problème.

De l'art de la récup' au design. Les artistes africains, mais peut-être encore plus les Sénégalais, ont l'art et la manière de faire revivre les objets dans leurs oeuvres. Et à tous les niveaux. Des artisans qui proposent au marché Sandaga des miniatures de cars rapides, minibus de transport bariolé reproduits avec de la tôle récupérée sur une décharge ou des chaises faites de capsules de sodas aux artistes les plus reconnus. A l'instar d'un Ousmane Mbaye, artisan-designer, qui crée toutes sortes d'objets design à partir de bidons recyclés et qui transporte le design sénégalais en Afrique, Europe et Asie. Désormais, la récup' est un art à part entière, véritable oeuvre de fabrique des artistes du pays.

Stylisme. Les Sénégalaises sont d'une coquetterie remarquable. La mode concerne la coupe des boubous, les tresses, les bijoux et le maquillage, bref, toutes ces " choses de bonne femme ", comme les appellent de nombreux hommes !

Mais il existe aussi un réseau de créateurs de couture, loin du prêt-à-porter, qui façonnent des modèles originaux, d'inspiration souvent africaine mais en toute modernité. Un grand événement de la mode à Dakar : la Dakar Fashion Week.

La photographie est arrivée en Afrique avec les explorateurs puis les colons européens. Il est alors important de pouvoir témoigner de ses découvertes en ramenant sur le Vieux Continent des images prouvant ses exploits.

Une fois installés, les colons souhaitent pouvoir immortaliser leur vie sur place. Des studios européens s'ouvrent donc au début du XXe siècle à Saint-Louis, capitale administrative du pays. Certains jeunes sénégalais embauchés en tant qu'assistants sont ainsi formés à l'usage de l'appareil photographique. D'autres apprendront à l'utiliser durant leur service militaire en France, ou sur des bateaux de commerce.

L'essor de la photographie à destination des classes aisées sénégalaises aura lieu durant l'entre-deux-guerres. Le premier photographe sénégalais, Meïssa Gaye, né en 1892, intègre le métier en 1923 à Dakar, à la même époque que d'autres grands noms de la photographie sénégalaise, tels que Mama Casset et Amadou Gueye dit " Mix Gueye ". Il est alors de bon ton de se faire photographier chez soi paré de ses plus beaux atours, ou de se rendre dans un studio renommé pour se faire tirer le portrait un jour de fête ou au retour d'une pêche fructueuse. La religion musulmane, pratiquée par une grande majorité de la population sénégalaise, n'a pas été un frein à la propagation de ce médium. Bien au contraire, il est bien vu de se faire photographier pendant la prière à la mosquée.

Au fil des décennies, les studios se font de plus en plus nombreux à Dakar comme à Saint-Louis, et permettent aux classes populaires d'accéder à cette pratique. L'âge d'or des portraitistes sénégalais s'étend alors des années 1950 aux années 1980. On peut faire la queue pendant plusieurs heures pour prendre la pose au " Studio Diop ", à l' " African Studio " ou encore au " Tropical Photo ". Un photographe de renom ne sera alors plus loué uniquement pour sa maîtrise technique, mais bien pour son talent artistique. Le bouquet de fleurs tendu par le photographe avant le clic, les quelques chaises disposées de manière à prendre une pose bien pensée, la toile de fond, tout ce décor participe à donner une dimension artistique au tirage.

Peu de photographes promenaient alors leurs objectifs en dehors des studios et des scènes de la vie quotidienne. Adama Sylla fait parti des quelques artistes réputés pour s'être aventurés en dehors des sentiers battus, en immortalisant son quartier de Guet N'Dar à Saint-Louis, et les paysages de sa région.

De jeunes artistes s'inspirent aujourd'hui de cette tradition des portraitistes. Omar Victor Diop réalise par exemple des portraits hyper modernes, reflet d'une Afrique urbaine, fashion et contemporaine. Ses photographies rencontrent un succès phénoménal dans les foires internationales. Et sa série " le studio des vanités " est une source d'information particulièrement pertinente pour qui s'intéresse à la scène culturelle artistique africaine d'aujourd'hui. Des photographes venant d'autres contrées s'installent aussi à Dakar, pour venir y développer leurs pratiques artistiques, preuve de la place centrale qu'occupe la capitale sénégalaise en Afrique de l'Ouest. Pour ne citer qu'eux : Elise Fitte-Duval, Antoine Tempé, et Fabrice Monteiro.

Les fixés, art de la peinture sous verre

Si les représentations religieuses (masques compris) ont souvent posé un problème eu égard à l'islam, depuis le XIXe siècle, les artistes sénégalais ont connu un engouement pour les images naïves de la vie quotidienne figées sur une matrice en verre, qui se trouvent toujours sur les marchés, les souwèr (sous-verre), ou fixés.

Le principe de la peinture sous verre demande d'étaler les couches dans l'ordre inverse de la hiérarchie temporelle classique d'une toile. Ainsi l'artiste commence par signer, continue par les personnages et termine par le fond ou le décor.

Les fixés ont longtemps joué le rôle de photographie à moindre coût, et nombreux sont ceux à s'être fait tirer le portrait de cette façon-là. Cherchez la griffe du défunt Gora Mbengue, parmi les plus populaires des " souwéristes " traditionnels. Ou alors, dans la catégorie des générations montantes, celles de Serigne Diagne et de Germaine Anta Gaye, qui proposent des oeuvres plus abstraites apportant, aux dires des connaisseurs, un réel changement dans la conception naïve du souwèr classique. Ce n'est très généralement pas dans la rue que vous trouverez les oeuvres des artistes connus, mais plutôt dans le cadre d'expositions dans des galeries.

Les tableaux en sous verre sont particulièrement visibles à Dakar le long des avenues André-Peytavin et Georges-Pompidou, dans le centre-ville. Ce sont généralement des copies faites au calque, puis reproduites au Rotring sur le verre, mais le prix des fixés de qualité peut paraître prohibitif si vous ne pensez qu'à un cadeau de voyage. Vous changerez sûrement d'avis (sur le prix et la destination de l'objet) lorsque vous verrez des sous-verre version " Naaj ". La Française Véronique Janvier, fondatrice du label, en fait de l'art de la table, et ses personnages aux couleurs d'été illuminent la vaisselle et lui donnent un air de fête.

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