Guide du Sénégal : Mode de vie

<p>Femmes pilant le mil.</p>

Femmes pilant le mil.

Vie sociale

Naissance et âge. Avec un indice de fécondité de 4,3 enfants par femme, le Sénégal se situe dans la moyenne régionale. L'espérance de vie est de 61,7 ans.

Education. Le taux d'alphabétisme est modérément élevé (57,7 % au plan national), avec un décalage entre hommes (69,7 %) et femmes (46,6 %). Dans l'enseignement, les taux de scolarisation atteignaient 96 % au primaire en 2014, grâce au financement du Partenariat Mondial pour l'Education, mais ces taux tombent à 42 % au secondaire et à 7 % au supérieur.

Dans ce dernier cas, la gent féminine représente une partie infinitésimale du pourcentage, surtout en milieu rural.

Il existe cependant une véritable élite sénégalaise, particulièrement à Dakar. La capitale abrite l'université Cheikh Anta Diop (UCAD), avec différentes facultés (Sciences humaines, Médecine et Pharmacie, Sciences économiques, sociales, etc.). Créée en 1957, c'est la plus ancienne des universités d'Afrique noire francophone.

La deuxième université publique, l'université Gaston-Berger (UGB), a ouvert ses portes en 1990 à une dizaine de kilomètres de la ville de Saint-Louis (la première pierre avait été posée en janvier 1975 par le président Léopold Sédar Senghor !). Enfin, la faculté de Ziguinchor est une nouvelle porte vers l'éducation.

De nombreuses écoles supérieures attirent les étudiants de toute la sous-région : le Centre d'études pour les techniques de l'information et de la communication (CESTI) ; l'Ecole inter-Etats des sciences et médecine vétérinaires (EISMV) ou l'Ecole nationale d'économie appliquée (ENEA) notamment. Le Sénégal propose également nombre de formations supérieures (nouvelles technologies, commerce, communication ou marketing) dans des établissements privés de renom.

Famille. Le Sénégal offre beaucoup de choses à apprendre aux Européens. Ici, sauf à de très rares exceptions, la famille est soudée au sein de la concession familiale, les enfants devenus grands subvenant aux besoins des parents trop âgés pour travailler. Ainsi, les Africains en général et les Sénégalais en particulier sont très étonnés (et le mot est faible) d'apprendre qu'en France certains anciens terminent leur vie dans des maisons de retraite. A l'identique, vivre seule pour une femme (mais cela s'applique aussi aux hommes) est bien souvent inimaginable dans la société sénégalaise. Même si, avec la globalisation, la solidarité familiale et les liens d'inter-dépendance aînés-cadets a tendance à se perdre.

Habitat. Hormis à Dakar, les familles sénégalaises vivent généralement dans une concession où tout est géré et organisé, bien souvent, par les femmes.

Retraite. Comme dans tous les pays émergents, l'accès à la santé, la protection sociale et la retraite sont réservés à une élite, seule en mesure d'en assurer le coût. En brousse, les plantes médicinales remplacent bien souvent les antibiotiques de la médecine occidentale.

Marabout. La société sénégalaise est à la fois complexe et hiérarchisée. Sans rentrer dans les détails, on peut estimer que les deux extrémités de cette échelle sont représentées par les marabouts en haut et les griots en bas.

Un bon marabout est digne d'estime. Il sert à tout, car l'espace est dangereux. En pays sérère par exemple, au moins trois types de sorts peuvent expliquer un envoûtement : le sort porté par de mauvais vents, le sort jeté par un marabout (ce qui ne se traite pas de la même façon) ou le sort jeté par un esprit mécontent parce qu'on a marché sur son ombre (invisible). Mieux vaut donc faire attention à l'endroit où vous posez les pieds (et sortir couvert).

Le marabout est celui vers qui l'on va en cas d'envoûtement (ou pour envoûter quelqu'un). Mais c'est aussi (ces derniers marabouts sont différents des marabouts sorciers) un acteur important du paysage religieux sénégalais. Ces marabouts-là jouent un rôle économique et politique important, habilités qu'ils sont à décider du vrai et du faux, du juste et de l'injuste pour une cour de fidèles leur devant l'obéissance absolue. Pour ces pouvoirs, ils furent utilisés comme administrateurs par les colons pendant le développement de l'arachide et acquirent, par la subordination qu'ils induisaient, un rôle considérable dans cette économie.

Le phénomène ndaanaan. Selon un dictionnaire wolof-français, un ndaanaan est une " personne de culture et de comportement ancrés dans la tradition ". Plus couramment, le terme évoque un " grand maître de la parole ", d'après l'universitaire sénégalais Momar Coumba Diop. S'opposant farouchement, mais pacifiquement, aux Français pendant l'époque coloniale, les ndaanaan portaient haut et fort leur identité culturelle spécifique. D'origine wolof, ces hommes critiquaient l'administration assujettie aux colons et plus globalement l'élite citadine à qui ils reprochaient son manque d'enracinement et son oubli des valeurs traditionnelles.

Bénéficiant d'une belle prestance, ils séduisaient les femmes tant par leur allure altière que par leur fréquentation de lieux huppés, champs de courses et salons.

Vêtus élégamment de caftan, arborant fièrement un casque colonial et se déplaçant d'une démarche lente et assurée, il faut reconnaître qu'ils ne manquaient pas d'allure. De plus, ils étaient en permanence escortés d'une suite de courtisans entièrement dévoués. On n'observe pratiquement plus ce genre de phénomène, excepté lors de festivités.

Griots. Les griots sont le verbe de l'Afrique, son histoire, sa bibliothèque. C'est entendu. Seulement, ces conteurs d'importance, conviés aux cours royales pour les plus grands, ces " réécrivains " de l'histoire sur commande étaient à la fois craints et méprisés. Leurs tombes furent traditionnellement des baobabs en pays wolof et sérère parce qu'ils n'étaient pas jugés dignes d'être inhumés. Au Sénégal, il fut dit qu'un griot inhumé faisait baisser le rendement de la terre où avait lieu la cérémonie. Les griots occupaient le bas de l'échelle sociale. Leurs cadavres étaient placés dans le tronc du baobab, revêtu de leurs plus beaux habits, mais sans autre forme de cérémonie. On bouchait toutefois l'ouverture du trou pour les préserver des chacals et des hyènes.

Mœurs et faits de société

Polygamie. Polygamie ou monogamie, c'est à l'homme de faire un choix irrévocable le jour de son premier mariage. L'islam permet en effet aux musulmans de prendre jusqu'à quatre épouses. Aussi l'obsession d'une femme est-elle de garder tout l'intérêt de son mari pour éviter dans la mesure du possible qu'il aille voir ailleurs et, surtout, pour n'avoir pas à partager ses privilèges avec une autre épouse. Les jeunes citadines désapprouvent de plus en plus la polygamie. Les hommes vous diront qu'elles deviennent intraitables !

Place de la femme. La situation des Sénégalaises (officiellement 50,2 % de la population) reste peu enviable selon les critères occidentaux, tant au niveau de l'accès à l'éducation qu'à son statut de coépouse. Chez les jeunes Dakaroises, les femmes sont loin d'être aussi soumises qu'on a tendance à le croire.

Excision. L'excision est interdite par une loi au Sénégal depuis 1999 et peut être punie d'emprisonnement, mais elle est toujours pratiquée dans le pays, et le sujet y est tabou en certains endroits. D'un point de vue occidental, elle est barbare et d'un autre temps. La pratique est faite par des femmes plus âgées sur les plus jeunes. De nombreux gouvernements ont tenté de l'interdire purement et simplement, avec pour seul résultat une pratique qui perdurait dans leur dos. La tendance actuelle est à la vulgarisation et à l'ouverture par l'éducation. En ville, la coutume périclite. Mais dans les villages elle reste très pratiquée. Le taux actuel de pratique de l'excision dans des régions comme Kolda et Tambacounda est encore de 87 %.

Homosexualité. L'homosexualité est fortement dénigrée dans la culture sénégalaise et reste interdite par la loi. La pratique d'actes homosexuels peut entraîner un à cinq ans d'emprisonnement, et 100 000 à 1 500 000 FCFA d'amende. Très rares sont les établissements de Dakar qui osent l'afficher. Elle existe cependant et se manifeste parfois à travers les goor djiguène, littéralement " hommes-femmes ". Des soirées sont organisées dans la capitale, mais il est difficile d'en être informé.

Prostitution et tourisme sexuel. La prostitution et le tourisme sexuel sont malheureusement très présents au Sénégal. Occidentaux et Occidentales viennent maintenant s'adonner à leur pratique à Dakar et, plus encore, sur la Petite Côte. Il n'est donc pas rare de voir, sur les terrasses ou au bar des hôtels plus ou moins luxueux, un homme blanc avec une jeune fille sénégalaise, parfois extrêmement jeune. Ou un jeune Sénégalais avec une Occidentale d'un âge avancé. Sujet sensible, notamment lorsque les relations s'inscrivent sur le moyen-long terme sous des formes contractuelles contournant les rétributions pécuniaires habituelles, donnant alors à qui veut bien se leurrer des faux-semblants de relations conjugales.

Caractère et identité. Négritude... Qu'est-ce que ce mot ? " Une négation " ou, " plus précisément, l'affirmation d'une négation. C'est le moment nécessaire d'un mouvement historique : le refus de l'autre, le refus de s'assimiler, de se perdre dans l'autre " ou encore " le refus de l'autre, c'est l'affirmation de soi ". La négritude est " l'ensemble des valeurs culturelles négro-africaines ", sa " personnalité collective ", " la chaleur émotionnelle qui donne la vie aux mots ". Ces extraits de textes de Léopold Sédar Senghor définissent une attitude, bien plus que littéraire, qui va dans le même sens que les travaux d'un autre Sénégalais : Cheikh Anta Diop. Senghor et Diop fournirent les bases de la redéfinition d'une matrice africaine, noire dans sa culture et sa politique (la négritude du poète-président) et son histoire (l'origine de la civilisation est africaine dans le discours de Diop). C'est une couleur qui, souvent assimilée à l'esclavage ou au retard dans l'avancement industriel mondial, est enfin érigée en dignité.

Religion
<p>Femmes devant la Grande Mosquée de Touba.</p>

Femmes devant la Grande Mosquée de Touba.

Vous rencontrerez très peu de non-croyants au Sénégal. Et il est difficile de rencontrer des fidèles d'un seul dogme. La magie, les fétiches pimentent tous les cultes, ce qui rend bien particulières les manifestations de la foi dans ce pays.

L'islam au Sénégal, c'est marcher dans les ruelles de Touba ou être assis tranquillement à déguster une glace à Dakar, et tout à coup se laisser surprendre par la mélopée de l'appel à la prière (souvent une cassette passée dans un magnétophone posé face à un micro). Quand l'Afrique noire prend des reflets de Moyen-Orient... Cette religion n'en est pas à ses premiers pas dans le pays.

A son apparition dans le Tekrour au XIe siècle, on ne peut pas dire qu'on lui ait tressé des couronnes. Il faut attendre le XIXe siècle pour que se répande la voix de Mahomet. Raison qui a son importance, à cette époque l'islam incarnait, par l'intermédiaire de personnages fortement charismatiques tels que Lat Dior Diop ou El-Hadj Omar Tall, la résistance à la colonisation française et à ses dérives. Les Sénégalais avait-il besoin d'être " civilisés " par cette culture venue d'ailleurs ? Sous le choc des prétentions territoriales françaises, l'islam tomba à pic pour redorer le blason de l'ego national.

Aujourd'hui, la population est musulmane à environ 94 % officiellement, et nombreux sont les jeunes séduits par la parole du prophète - ou presque. Car l'islam tel qu'il est pratiqué dans le pays est assez éloigné de celui prêché par Mahomet. Les confréries sont une dérive plus avenante, un intermédiaire plus rassurant que la confrontation directe et solitaire avec Allah, implicite dans le Coran. Les compromis avec la religion des origines foisonnent. La musique de l'islam, par laquelle, depuis le minaret, le marabout incite les fidèles à venir prier en une langue (l'arabe) qu'ils ne comprennent pas, n'est qu'un des nombreux paradoxes de cette religion qui a parcouru tant de chemin, subi tant de réajustements avant de trouver sa place au Sénégal.

Ne comptez pas enrichir votre arabe littéraire ici, car, à part les Salamalékoum, le commun des Sénégalais ne pratique guère la langue de Mahomet.

Les confréries ne sont pas, à proprement dit, rivales. Ce sont finalement des manières différentes d'aborder la même écriture.

Cependant, chacune correspond à une identité propre, différenciation non négligeable quand on sait la portée de l'islam dans la vie quotidienne.

A la tête des confréries se trouvent des cheikhs ou grands serignes, hommes de culture et de savoir, détenteurs de la baraka, bonne fortune et réussite, personnages dont la sagesse rayonne la manière d'approcher celle du prophète. Leur pouvoir est immense, pour ne pas dire total.

Puis viennent les marabouts ou serignes, assurant la médiation entre la règle venue d'en haut et le commun des fidèles. De ce contact avec la population, certains marabouts tirent une grande notoriété et un pouvoir à ne pas sous-estimer.

La confrérie tidjane (la tidjaniya), originaire du XIIe siècle et qui vient de la quadiria de Bagdad, entre au Sénégal au XIXe siècle par l'intermédiaire d'El-Hadj Omar Tall. Formé aux préceptes de l'islam dès son plus jeune âge, Omar Tall est investi khalife de l'Afrique de l'Ouest par les plus grands khalifes tidjanes arabes.

Il donnera un tournant à la confrérie en interprétant à sa manière le coranique droit des musulmans de se défendre par les armes.

Il lance un djihad (guerre sainte) contre les hérétiques de tous bords, convertit par les armes et finit bien sûr par s'opposer aux colons. Partout, il répand le message tidjane.

Dans cette cosmogonie, l'obéissance au cheikh se doit d'être totale, et toute une série d'étapes pratiques ponctue la vie des fidèles dans l'imitation des comportements de Mahomet. A la clef, la connaissance intuitive et l'illumination. Si El-Hadj Omar Tall donne ses premières lettres de noblesse à la confrérie, c'est son successeur, Malick Sy, qui, au début du XXe siècle, tisse véritablement la toile de l'ordre qui est aujourd'hui parmi les premiers du Sénégal.

Il est à noter qu'un ordre réformiste obéissant aux mêmes préceptes tidjanes a été créé par l'imam de Dakar. Il a pour but à la fois d'adapter la confrérie aux modes de vie de la société moderne et de la dépolluer du pouvoir croissant exercé par les marabouts locaux.

La confrérie mouride (mouridisme) est l'héritage spirituel d'un homme sénégalais et noir. Dans sa quête d'absolu, cheikh Ahmadou Bamba fut d'abord initié au travers de la tidjaniya et d'autres mouvements musulmans avant, disent ses disciples, de voir l'apparition du prophète. Celui-ci lui donna la permission de fonder sa propre voie spirituelle. Cheikh Ahmadou Bamba fut avant tout réputé pour ses qualités de saint homme, non seulement parce qu'il était fils du marabout ayant converti Lat Dior Diop et qu'il a épousé sa fille, mais aussi parce qu'à toutes les méfiances et accusations du gouvernement colonial, il a toujours opposé une résistance pacifique.

En 1885 à Berlin, les grandes puissances se partagèrent entre elles les régions de l'Afrique. L'histoire ayant prouvé que l'islam pouvait être synonyme de danger et Lat Dior Diop un récalcitrant dur à maîtriser, le pouvoir colonial vit dans la popularité de cheikh Ahmadou Bamba une descendance de résistances passées.

Il fallait déstabiliser cette force politique d'opposition. Mais, en le forçant à déménager dans le Djolof, en le déportant au Gabon, puis en Mauritanie, les Français accrurent encore sa popularité tout en lui donnant une étiquette d'anticolonialiste.

Sa philosophie fut essentiellement pragmatique et liée au travail. Outre les devoirs du Coran, il recommanda un contact fort avec le réel. Faire avec ses mains le plus de bien possible devait mener à la stabilité, et de la stabilité découlait l'équilibre.

Le personnage rayonnant était déjà adulé des foules et suivi par d'importantes figures de la vie politique et économique pour ses idées. La persistance du gouvernement à voir en lui un opposant, son calme et son charisme naturel, tout cela lui valut de rallier des fidèles par milliers, y compris de riches hommes d'affaires. Un peu plus tard, pour mieux élargir son emprise sur la production d'arachide dont les principaux acteurs étaient mourides, le pouvoir français finit par tolérer cheikh Ahmadou Bamba.

La confrérie khadre (khadria ou qadria), qui met en avant le mysticisme, a été fondée en Mauritanie et implantée en premier au Cayor au XIXe siècle. Elle fait partie des plus anciennes confréries musulmanes du pays, mais elle demeure minoritaire.

La confrérie des Layènes est localisée principalement à Yoff, à Ngor et à Cambérène ainsi qu'à Rufisque, anciens villages de pêcheurs. Egalement confrérie minoritaire, elle se veut tenante de " l'orthodoxie musulmane " et, selon ses adeptes, bannit les " pratiques magiques s'adressant à une sorte de divinité capable d'intervenir en bien ou en mal dans les affaires des hommes ".

Christianisme. Le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, élu avec 90 % des suffrages, n'était pas musulman. Il faisait partie des quelques 5 % de chrétiens que compte le pays et qui sont principalement originaires des pays diola (sud) et sérère (centre-ouest) ainsi que des grandes villes d'implantations libanaise et française. Les chrétiens au Sénégal sont pour la plupart catholiques, mais on note ces dernières années l'installation de mouvements protestants.

Animisme et religions traditionnelles. L'animisme attribue une âme à toute partie de l'univers : êtres et objets, nature et univers. Aussi se retrouve-t-on dans un monde où esprits et génies cohabitent avec les hommes au quotidien. Mieux vaut donc s'attirer leur sympathie, les bichonner, les ménager... Nombreux sont les Sénégalais, musulmans ou chrétiens, qui adoptent des éléments de ces religions traditionnelles dans leurs pratiques. On fait souvent un raccourci en attribuant un pourcentage bien délimité d'animistes à un pays, aux côtés des grandes religions monothéistes. En fait, l'animisme s'entremêle aux religions monothéistes, créant des syncrétismes religieux, des croyances nouvelles qui s'ajustent et se redéfinissent. Ensuite, c'est la balance qui joue : les Bassaris et les Diolas, sur lesquels les grandes religions ont eu moins d'emprise, seront dits " animistes ". Pourtant, ils jonglent bien souvent, aujourd'hui, avec deux religions !

Chez beaucoup de chrétiens, la messe du dimanche cohabite avec les fétiches ; et chez les musulmans, les fêtes de l'Aïd côtoient les gris-gris.

Les talibés

Vous ne pourrez manquer d'être sensibilisé par ces enfants dont l'âge moyen est inférieur à 12 ans, qui mendient en tenant dans leurs mains une boîte de conserve, un peu partout dans le pays, principalement dans les grandes villes. Ces gamins sont " protégés " par un marabout, protection qui consiste à être nourris et logés par le dit marabout en échange de pièces ramenées le soir. Normalement et en théorie, le marabout devrait enseigner le Coran à ces enfants issus de familles défavorisées. Dans les faits, l'enseignement du Coran est bien souvent occulté par l'obligation faite de ramener un minimum d'argent sous peine de châtiments corporels. Des organisations internationales et non gouvernementales s'en émeuvent, tout autant que des associations nationales, d'autant que le phénomène a pris une grande ampleur ces dernières années et certains de ceux qui travaillent sur la question estiment que quelque 50 000 talibés triment à travers le pays. En mars 2013, 9 talibés ont péri dans un incendie de leur école coranique à Médina, un " daara ", et l'enquête a révélé que 40 d'entre eux étaient entassés dans des conditions de vie déplorables. Le président Macky Sall s'est rendu sur place pour rendre hommage aux victimes et a annoncé des mesures fortes afin de lutter contre l'exploitation des enfants au nom de l'Islam. " Nous allons intervenir et identifier les sites comme celui-ci, les fermer. Les enfants seront récupérés et remis soit à leurs parents quand ils ont la possibilité de les garder, soit à l'Etat qui les gardera. Pour les enfants venus de la sous-région, nous prendrons des mesures, au besoin de concert avec les autorités de leur pays, afin de les ramener chez eux ", a-t-il ajouté. Plus de trois ans après le drame, aucune mesure n'avait été prise et il a fallu attendre une nouvelle tragédie début 2016 où au moins cinq enfants furent battus à mort dans des écoles coraniques pour que Macky Sall prenne des dispositions fermes. Fin juin 2016, il ordonne " le retrait d'urgence des enfants des rues ". Un mois plus tard, plus de 300 enfants sont retirés des rues de Dakar, placés ensuite dans des centres d'accueil ou renvoyés vers leurs pays d'origine. D'autres régions auraient commencé à appliquer cette initiative mais il reste encore de gros efforts à faire pour endiguer ce phénomène. D'autres mesures devraient être prises, notamment pour réglementer la gestion des écoles coraniques et garantir le droit des enfants à l'éducation.

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