Guide de PORTO : Arts et culture

Architecture

Au cours de ses millénaires d'existence, le pays a accumulé un impressionnant patrimoine architectural qui va de l'époque préromaine à l'art contemporain.

Roman. Le style roman n'a jamais atteint un fort niveau de développement au Portugal qui, entre le Xe et le XIIe siècles, était en très grande partie dominé par des forces musulmanes. A noter néanmoins, les cathédrales massives de Porto et de Lisbonne, uniques dans leur genre, qui ressemblent bien plus à des forteresses qu'à des lieux saints.

Art manuélin. A cheval entre le gothique et les temps modernes, c'est l'époque artistique sans doute la plus spécifiquement portugaise qui a fait naître quelques-uns des plus beaux monuments du patrimoine culturel européen. Même s'il tient son nom du roi Manuel Ier (1495-1521), c'est à un architecte, probablement d'origine française, du nom de Boytac que l'on doit le premier édifice manuélin : le cloître du monastère de Batalha (Extremadura), classé au patrimoine mondial. Au début du XVIe siècle, Boytac introduit dans ses créations des détails architecturaux qui évoquent la richesse que les grandes découvertes ont donnée au Portugal, en combinant un style médiéval et des motifs naturels et marins.

Ce mélange est insolite et d'une grande élégance : les piliers ne sont plus droits, mais en spirale, les moulures des portes et des fenêtres sont ornées de motifs de cordages, d'ancres, de globes terrestres, de fleurs exotiques et puis, surtout, de la croix du Christ. Ce style, marqué par les détails évoquant la passion de la mer et la prospérité du pays, va disparaître à la mort du roi Manuel Ier.

Renaissance. En général peu présent dans la péninsule Ibérique, le style Renaissance s'est nettement moins développé que l'art manuélin au début du XVIe siècle. La très belle place purement Renaissance de Viana de Castelo (Minho) constitue pourtant une exception louable à cette règle.

Baroque. Le terme " baroque " vient quand même du terme portugais barroco (rocher côtier aux formes irrégulières), on s'attendra donc à de nombreux monuments de style baroque rococo lors de son séjour. En effet, nombreuses sont les églises construites à des époques antérieures qui ont été " baroquisées " par la suite et on pourra en trouver sur tout le territoire portugais, dans un style très tape-à-l'oeil : dorures omniprésentes, sculptures complexes et richesse ostentatoire sont les maîtres mots de ce style témoignant de l'abondance d'un pays en pleine expansion coloniale. Les monuments les plus remarquables : l'église São Francisco à Porto et le château de Vila Viçosa. C'est également à cette époque que les carreaux de faïences, les fameux azulejos, entrèrent dans les moeurs architecturales.

Architecture contemporaine. Porto est reconnue internationalement pour ses grands architectes et ses édifices emblématiques qui ont marqué le paysage urbain de la ville. De la Fondation Serralves à la " Casa da musica " on peut découvrir le travail d'architectes modernes.

Álvaro Siza Viera est sans doute le plus fameux d'entre eux, reconnu bien au-delà des frontières du pays. Formé à l'école des Beaux-Arts de Porto, il suit un enseignement pluridisciplinaire aux croisées de la peinture, la sculpture et du dessin. Siza Viera est reconnu pour utiliser des matériaux locaux et pour développer une sensibilité particulière avec le lieu. On peut parler d'une architecture d'auteur. Son idée maîtresse est de puiser dans les traditions et les ressources locales tout en les intégrant dans une approche moderniste. Il travaille sur des projets à Berlin, Barcelone, La Haye... Après la révolution du 25 avril 1974, il participera à des projets participatifs et de construction d'habitats sociaux dans la ville de Porto. En 1992, il gagne le prix Pritzker, équivalent du Nobel pour l'architecture, l'aboutissement de la reconnaissance internationale de son travail. Siza Viera a marqué le paysage architectural de la ville de Porto autant grâce à ses oeuvres que par sa philosophie. Il reste un grand maître à penser aujourd'hui pour les étudiants et les nouveaux architectes.

Quelques-unes des réalisations qui ont marqué la ville de Porto :

La Casa de Cha (construite entre 1958- 1963)

La faculté d'architecture (1987-1993)

La piscine Leiça da Palmeira (1961-1966)

La Fondation Serralves (1996-99)

Un des autres bâtiments qui marque incontestablement le paysage urbain de Porto est la " Casa da musica ", l'oeuvre de Rem Koolhaas. Construite à l'occasion de l'élection de Porto comme capitale européenne de la culture en 2001, elle n'a été ouverte au public qu'en 2005. Cet imposant édifice donne l'impression d'une météorite au milieu de la ville. D'une architecture très contemporaine, la " Casa da musica " est marquée par l'utilisation de deux matériaux, le béton et le verre. De nombreux espaces viennent s'imbriquer les uns dans les autres, offrant aux visiteurs une multitude de parcours possibles. Par son style plus risqué, le bâtiment vient rompre avec la tradition de l'architecture de Porto. Ressemblant de l'extérieur à un grand LEGO inversé, il présente à l'intérieur, outre les caractéristiques techniques indispensables à un bâtiment consacré à la musique, celle d'être l'un des rares lieux au monde où la scène principale peut être éclairée par la lumière naturelle, grâce à d'immenses baies vitrées, occultées si besoin par d'épais rideaux. L'édifice n'est pas forcément en adéquation avec le quartier. Conçu pour accueillir des concerts, il abrite deux salles dont la plus grande (1 200 personnes) est parée de bois, et de feuilles d'or afin d'offrir une acoustique exceptionnelle. La variété des matériaux utilisés et leur combinaison sont incontestablement une marque et une volonté de l'architecte. Du verre au métal, en passant par les azulejos et le bois orné de feuilles d'or, les assemblages sont risqués mais audacieux. Le travail de ces deux grands architectes a participé à développer une conscience et une tradition autour de cette discipline. L'école d'architecture de Porto, a gagné de la visibilité et de la reconnaissance à l'internationale. Porto est une des villes européennes réputée et reconnue pour son architecture moderne et ses édifices emblématiques.

Partez à leur découverte : vous y retrouverez les oeuvres architecturales qui en ont formé le singulier portrait.

A Escola do Porto (L'école de Porto)

L'école de Porto est un courant de l'architecture contemporaine du Portugal. Réputée par son dynamisme et la place importante du dessin, cette école est reconnue aussi internationalement. Ses lignes pures qui s'intègrent harmonieusement à l'environnement sont une des ses marques.

Fernando Tavora et Alvaro Siza sont les premiers grands représentants de cette école. C'est Tavora (1923-2005) qui introduit dans les années 1950, une réflexion sur le rôle social de l'architecture et une nouvelle logique de construction intégrant le paysage dans ses projets.

Siza (1933) aussi intègre les aspects sociaux et une liberté poétique dans son travail. Le maître a signé plusieurs monuments et maisons à Porto, et la qualité de son travail dépasse les frontières portugaises.

D'autres architectes de renom contribuent aussi au succès de cette école. C'est le cas de Souto Moura. Le métro de Porto, le stade de Braga, la reconversion du bâtiment de la douane sont des grands projets signés par l'architecte.

Voici une petite liste des bâtiments à voir à Porto et dans la région pour mieux saisir cette architecture :

Musée de Serralves (Siza)

Casa de Chá da Boa Nova à Matosinhos (Siza)

Casa da arquitectura (Siza)

Casa do cinema Manoel de Oliveira (Souto Moura)

Stade de Braga (Souto Moura)

Mairie de Matosinhos (Alcino Soutinho)

Station du métro Brito Capelo (Alcino Soutinho)

Station du métro Casa da Musica (Souto Moura)

Artisanat

On peinera à trouver en Europe un pays d'une taille aussi modeste que le Portugal qui offre cependant une telle variété de produits artisanaux, très différents selon les régions. Il suffit de parcourir n'importe quel marché pour se rendre compte de la richesse de l'artisanat portugais (poterie, vannerie, céramique, broderie...).

Azulejos. Comment les ignorer au Portugal ? Ces carreaux peints à la main et vernissés recouvrent façades et murs intérieurs de leurs coloris chatoyants et de leurs dessins sophistiqués ou naïfs. C'est vrai que c'est pratique : frais l'été, inaltérable en milieu humide.

Le mot ne vient pas du portugais azul, mais de l'arabe az-zulaïj qui signifie " pierre polie " et se prononce " azoulejouch ". Au XIVe siècle, dans le but de décorer palais et mosquées, les Maures ont apporté les azulejos dans leurs bagages (ou, du moins, la technique de fabrication, parce que cela pèse le poids d'un âne mort).
Ce n'est qu'au XVIe siècle que les Portugais vont produire leurs propres carreaux de faïence : bleus et blancs à l'origine ; à partir du XVIIe siècle, les azulejos deviennent polychromes. Après avoir utilisé les motifs mauresques géométriques et colorés, les Portugais deviennent les maîtres de la polychromie avec le style majolique. Plus tard, ils réalisent de véritables tableaux puis développent, à partir du XVIIIe siècle, des motifs plus spécifiques. Les azulejos étant de plus en plus demandés pour décorer les quintas d'été, les Portugais font appel aux Hollandais (Delft), dont les techniques permettaient de réaliser des panneaux plus complexes.
L'azulejo peut tout imiter. Simple et monochrome au XVIIe siècle, sous la domination espagnole, il se pare de couleurs et de motifs figuratifs dès le retour des Portugais sur le trône. L'art de l'azulejo se développe alors de façon extraordinaire. C'est la grande époque des panneaux décoratifs inspirés des gravures françaises et hollandaises, et bordés de cadres en trompe-l'oeil, et aussi des convites, ces silhouettes de gardes plaquées sur les murs.
Les Portugais, de retour sur leur terre natale après l'indépendance du Brésil en 1822, utilisent fréquemment les azulejos pour recouvrir les façades de leur maison. A la fin du XIXe siècle, l'amélioration des conditions économiques stimule encore plus la construction et la rénovation de nombreux édifices pour lesquels il est nécessaire de produire des milliers d'azulejos. A la polychromie traditionnelle sont substitués, sous l'influence chinoise, des motifs bleus sur fond blanc. Ces motifs orneront alors les maisons, les administrations et les lieux publics. A voir absolument la gare São Bento à Porto où d'immenses tableaux en azulejos ornent le lieu.
Depuis, le genre s'est renouvelé, et des artistes contemporains continuent à le réinventer, mais la technique demeure inchangée.

Dans le Nord : articles de vannerie, objets en fer forgé, tissages et tapisseries, orfèvrerie et filigrane (Viana do Castelo), maroquinerie, sculpture sur bois... Et plus spécifiquement, le coq de Barcelos, les broderies à Guimarães, objets en perles et dentelles à Viana do Castelo, le bois sculpté du Minho. Et si vous avez envie de faire un cadeau romantique typique de la région do Minho, ramenez des Lenços dos Namorados, des petits mouchoirs brodés avec des mots d'amour...

Que ramener de son voyage ?

Une bouteille de porto, sans aucun doute ! Porto réserva, 10 ans, 20 ans, LBV... le choix est multiple, les amateurs en profiteront pour choisir les vins les plus difficilement trouvables en France.

Doces de ovos. Les gourmands pourront se régaler aussi en ramenant des sucreries portugaises à base d'oeuf comme le papo de anjo, le toucinho do céu ou encore le pastel de nata. Bien emballés, les gâteaux pourront tenir dans le bagage à main et rappelleront le goût du voyage, une fois de retour à la maison.

Vêtements. Les fans de shopping en profiteront pour s'acheter des vêtements et des chaussures dans les grandes enseignes (Zara, Bershka, H&M), car au Portugal certains articles se vendent jusqu'à 50 % moins cher qu'en France !

Lenço dos Namorados. Un cadeau typique de la région du Minho, de belles broderies colorées avec des mots d'amour.

Cinéma

Un constat s'impose au sujet du cinéma portugais : il n'est pas une réelle industrie et reste artisanal. Peu connu, il paraît être réservé à un cercle d'initiés. Dans le même temps, des films portugais comme ceux de Manoel de Oliveira, La Lettre (prix du Jury à Cannes), et de l'iconoclaste João César Monteiro, Les Noces de Dieu, ont connu, malgré leur austérité, leur lenteur et leur esthétisme, de francs succès dans les festivals internationaux.

Le cinéma portugais tourne actuellement autour de quelques noms.

Manoel de Oliveira (1908-2015), LE grand maître portugais du cinéma originaire de Porto, est connu pour son style dépouillé et méditatif (les deux mots sont faibles) qu'on retrouve dans Le Soulier de satin ou La Lettre. On se rappellera aussi du Couvent avec Catherine Deneuve et John Malkovich. En 2008, lors de son centenaire, il reçoit une Palme d'or à Cannes pour l'ensemble de son oeuvre. En 2010, il réalise le film L'Etrange affaire Angélica, en 2012 Gebo et l'ombre. De Oliveira décède en avril 2015, à l'âge très respectable de 106 ans. Il était en train de préparer, comme toujours, son prochain film.

Au-delà d'Oliveira, connu dans le monde entier, il existe d'autres talents, d'autres regards, qui forment un cinéma plutôt riche et concentré dans la capitale. Pedro Costa (prix France-Culture du cinéaste de l'année 2002) filme l'humanité de la misère. Dans La Chambre de Vanda (2001), il décrit le microcosme pauvre et méconnu du quartier lisboète de Fontaínhas. En 2006, il réalise En avant jeunesse ! Pour son septième long-métrage, le cinéaste plonge dans les quartiers pauvres de la banlieue de Lisbonne, sa ville natale, en mettant en scène Ventura, un ouvrier capverdien quitté par sa compagne.

Joaquim de Almeida est l'autre grand nom du cinéma portugais. Il est, avec Maria de Medeiros, le plus international des acteurs portugais. Il a notamment joué avec António Banderas dans Desperado. L'un de ses titres de gloire est d'avoir joué aux côtés de Harrison Ford (le méchant dans Clear and Present Danger). Plus récemment, nous l'avons vu dans la série 24h Chrono, dans la saison 3, incarnant le rôle de Ramon Salazar. Il a aussi joué pour les plus grands, et quand il ne tourne pas à Hollywood ou en France, il s'emploie à soutenir les jeunes réalisateurs portugais. En 2013, il a notamment joué dans La Cage dorée de Ruben Alves.

Pour voir ces oeuvres, on pourra aller au Cinema Trindade, dans la Baixa, rouvert récemment après une grande cure de réhabilitation. Quelques rares salles défendent le cinéma d'auteur même si le paysage audiovisuel est principalement dominé par les majors américaines (toujours en VO sous-titrée), qui proposent, à Porto comme ailleurs, de fort belles salles à la pointe du progrès.

Pour bien préparer sa visite de la ville de Porto, on pourra voir l'admirable film de l'atypique Paulo Rocha, O Rio do Ouro (Le Fleuve d'or, 1998). Conseillé aux amateurs de poésie, il éclairera ceux qui souhaitent avoir un petit aperçu du fleuve Douro et de son influence sur toute la population du Nord.

Littérature

Peu connue à l'étranger (à tort !), la littérature portugaise est fortement marquée par la nostalgie du passé, la saudade, mais aussi par l'onirique, de longues réflexions sur le sens de la vie et surtout par la question : qu'est-ce que cela veut dire d'être portugais ?
Nous proposons de découvrir quelques chroniqueurs de cette quête identitaire. Au Moyen Age, la production littéraire portugaise apparaît avec des chansons de gestes galaïco-portugaises et des poèmes lyriques (cantigas de amigos, cantigas de amor) déjà fortement marqués par une certaine langueur et nostalgie. Au XVIe siècle, Luis de Camões, dont les Lusiades retracent l'épopée des Découvertes, fonde avec son oeuvre majeure la littérature portugaise moderne. Quelques décennies plus tard, Gil Vincente, le Shakespeare portugais, marquera l'histoire du théâtre européen.
Le XVIIe siècle est dominé par la littérature religieuse baroque avec, avant tout, les très éloquents sermons du prêtre jésuite Antonio Viera, grand humaniste militant pour la cause des indigènes du Brésil et contre l'Inquisition.
A la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, le romantisme gagne le Portugal et trouvera de nombreux adeptes parmi les plus brillants littéraires de l'époque : le vicomte d'Almeida Garrett, par exemple, qui transforme le héros des Lusiades en héros romantique dans son poème Camões.
Et, bien sûr, Alexandre Herculano, grand poète national dont le nom orne aujourd'hui de nombreuses rues et places à travers le pays. La deuxième moitié du XIXe siècle littéraire est marquée par les chroniques sociales acides de Eça de Queiroz et de Camilo Castelo Branco, dont les romans s'inspirent fortement du réalisme de Balzac. De tradition médiévale, la poésie lyrique redevient reine au début du XXe siècle avec Antero de Quental et Eugenio de Castro (1869-1944). Mais surtout, ce siècle verra le surgissement des trois grands de la littérature portugaise contemporaine :

Eça de Queiros (1845-1900). L'un des plus grands noms de la littérature portugaise est né à Povoa do Varzim, banlieue de Porto, en 1845. Diplômé en droit, il finira par suivre la voie littéraire. Auteur d'Os Maias, O primo Basilio, O crime do padre Amaro et tant d'autres romans, Eça de Queiroz est décédé en 1990 à Paris, laissant derrière lui plusieurs textes alors inédits.

Carolina Michaëlis de Vasconcellos (1851-1925). Berlinoise de naissance, Carolina Michaëlis est devenue portugaise par mariage et par amour du pays. Passionnée des lettres, la spécialiste en philologie habitera à Porto de 1876 jusqu'à la fin de sa vie. Spécialisée en littérature médiévale et classique du Portugal, elle fut la première femme à enseigner dans une université portugaise (à Coimbra). Une des stations centrales du métro de Porto porte son nom.

Fernando Pessoa (1888-1935). Certains critiques littéraires à travers le monde entier le considèrent comme l'écrivain le plus important du XXe siècle et sa silhouette lunettée et chapeautée hantera à jamais l'imaginaire de Lisbonne.

Le principe de sa littérature est d'un génie singulier : il relate les pensées de nombreuses personnes qui gravitent autour d'un univers autoréférentiel, hermétique, dans lequel on se plonge pour immédiatement s'y noyer. Certains de ces gens affirment même connaître " un certain Fernando Pessoa ".
De son vivant, les critiques littéraires estimaient que sa création littéraire était étroitement liée à celles de certains des amis de Pessoa : le mélancolique Bernardo Soares, le magnifique Alberto Caiero, le conservateur Richardo Reis, le lyrique Alvaro de Campos, tous très à la mode en ces temps. Ce n'est qu'après sa mort que l'on se rendit compte que ces " amis " étaient des personnages imaginaires et que toutes les grandes nouvelles, odes, poèmes et fragments publiés à cette époque avaient été inventés par Pessoa lui-même.

Sophia de Mello Breyner Andresen (1919-2004). Le premier livre de la poétesse, née à Porto en 1919, a été édité à l'occasion de ses 25 ans. Une grande production a marqué sa carrière et les thématiques sociales et politiques ont fait irruption dans son oeuvre. Opposante du régime de Salazar, elle a été cofondatrice d'une commission nationale d'aide aux prisonniers politiques et députée à l'Assemblée constituante. Disparue en 2004, Sophia de Mello a aussi écrit plusieurs contes pour enfants, des essais, des romans et a traduit les textes de Shakespeare, Claudel, Dante, entre autres.

José Saramago (1922-2010). Très connu et valorisé à l'étranger, l'unique portugais prix Nobel de littérature (en 1998) est connu pour ses romans fantastiques et pessimistes dans la meilleure tradition de la littérature portugaise. Membre du parti communiste depuis 1969, il s'affirmait athée et n'a pas manqué de susciter des polémiques dans le très catholique Portugal, notamment avec son Evangile selon Jésus-Christ. Fin 2008, sort sur les écrans le film du réalisateur brésilien Fernando Meirelles, Blindness, adaptation du roman de Saramago, L'Aveuglement. En 2010, peu après son décès, sort en salle le documentaire José e Pilar, de Miguel Gonçalves Mendes. Un beau film qui rend hommage à l'écrivain et le montre dans son intimité.

Agustina Bessa-Luís (1922), née à Vila Mea, dans la région du Douro, est la vieille dame " perverse " des lettres portugaises et également une véritable icône de la littérature au Portugal. Son oeuvre, immense et sans tabous, a inspiré sept films de Manoel de Oliveira, dont Le Principe de l'incertitude.

Antonio Tabucchi (1943-2012). Ecrivain italien si séduit par Lisbonne et le Portugal qu'il écrivait en portugais ! L'un de ses meilleurs romans, Pereira prétend (Sostiene Pereira), décrit la prise de conscience d'un journaliste aux plus grandes heures de l'Etat nouveau. Le thème est intéressant, mais on sera surtout séduit par la peinture extraordinaire de Lisbonne. Un livre à garder pour les jours de saudade. Si l'on n'aime pas lire mais que l'on est fan de Marcello Mastroianni, il reste l'excellent film éponyme qui en a été tiré et réalisé par Roberto Faenza en 1996.

Gonçalo M. Tavares. Chroniqueur, professeur d'épistémologie à l'Université de Lisbonne et écrivain né en 1970 en Angola. Il a vu son premier livre publié en 2001. Depuis, entre romans, pièces de théâtre, oeuvres poétiques et créations de tous genres, il a produit plus d'une quarantaine d'opus, avec plus de 220 traductions dans 45 pays. On retient principalement son Jérusalem, Prix José Saramago 2005 ; plus récemment, Apprendre à prier à l'ère de la technique, publié en France par Viviane Hamy, a reçu en 2010 le Prix du Meilleur Livre Etranger et Une jeune fille perdue dans le siècle à la recherche de son père (Viviane Hamy, 2018) est loué par la critique française.

Médias

On peut distinguer deux tendances : une petite suprématie des médias radio et télé sur la presse écrite, et, en ce qui concerne la presse écrite, la suprématie de la presse régionale sur les quotidiens nationaux.

Télévision. Elle est omniprésente mais, dans certains lieux, vécue avec une certaine distance, pour ne pas dire parfois juste comme bruit de fond... Passée en TNT depuis 2015, on dénombre seulement deux chaînes publiques, RTP 1 et RTP 2 avec des programmes assez classiques, et deux chaînes privées : SIC et TVI (d'obédience catholique). Malgré la banalité de la programmation, des très rares émissions créatives convaincantes et parfois quelques documentaires bien sentis sont diffusés. Mais la grande constante de la télévision portugaise, c'est la pluie quasi-ininterrompue de telenovelas brésiliennes, mais aussi portugaises, plus épouvantables les unes que les autres.

Le Portugal possède aussi une quinzaine de chaînes sur le câble. Quelques chaînes locales, tout comme la presse et la radio locale, accordent assez peu de place à l'actualité internationale et se consacrent principalement à la proximité et à la retransmission d'événements locaux comme des fêtes, des touradas (corridas portugaises) ou des compétitions sportives. A tout cela, on peut ajouter quelques chaînes thématiques, Sport TV, SIC Noticias, SIC Radical et SIC Mulher. Bien heureusement, certains hôtels, dont les chambres sont équipées de téléviseurs, reçoivent aussi, par satellite ou par câble, des chaînes en diverses langues, dont la francophone TV5Monde.

Público. Edité en même temps à Lisbonne et à Porto. Né au printemps 1990, le Público a su, par son originalité et sa modernité, s'imposer dans la grisaille de la presse portugaise comme l'une des références en matière d'infos, accordant une large place à l'actualité internationale et publiant chaque jour un cahier d'informations locales. " Public " tire aujourd'hui à environ 60 000 exemplaires et possède un site Internet tout à fait pertinent (www.publico.pt).

Jornal de Notícias. De droite bon teint, c'est le premier tirage du pays avec près de 100 000 exemplaires chaque jour, c'est aussi le grand quotidien du Nord, rédigé et édité à Porto. Il assume sans complexe sa double vocation de journal d'informations générales et de gazette locale du nord du pays. Il a récemment changé de format pour passer en tabloïd et a lancé une édition à Lisbonne (www.jnoticias.pt).

Time Out. Le magazine culturel connu dans le monde entier a lancé sa version Porto en 2010. Une très bonne source pour connaître tout l'agenda de la ville et aussi les dernières tendances, les sorties et magasins à la mode.

Musique
<p>Le fado, musique traditionnelle du Portugal.</p>

Le fado, musique traditionnelle du Portugal.

La musique est omniprésente dans les cafés, les bars de nuit et les rues. Il faut alors faire une distinction entre la musique traditionnelle (folklore et fado) et la musique moderne, fortement dominée par le rock et par les tendances world music.

Fado : La musique portugaise reste avant tout associée au fado. Dérivé du mot latin qui signifie " destin " (fatum), ce chant mélancolique à la poésie rugueuse exprime une variété de sentiments liés à l'amour, la mort et l'exil. La plus célèbre des fadistas, Amália Rodrigues, s'est éteinte en 2000 et a aussitôt été enterrée au panthéon national.

Le fado n'est pas exclusif à Lisbonne et il est possible aussi de l'écouter à Porto. La vieille ville de Coimbra a également développé son propre style : seuls les hommes sont habilités à chanter. On les trouvera en dehors des bars, sous les anciens arcs et les places de la ville. Aujourd'hui, le fado est donc loin d'être dépassé, car il y a une vie après Amália Rodrigues ! Si Madredeus et la voix bouleversante de sa fantastique chanteuse Teresa Salgueiro ont fait connaître son excellente relecture world sur l'ensemble de la planète, Camané, Dulce Pontes, Mísia, Ana Moura, Anabela Duarte, la très élégante Cristina Branco ou l'excellente Mariza redécouvrent et font renaître le genre avec une grâce certaine.

Le Fado revisité : Ces dernières années un nouveau courant qui modernise le Fado s'est développé. Les Deolinda sont un excellent exemple. Ce groupe a su donner avec irrévérence un air plus léger et amusant à la musique traditionnelle, tout en continuant à chanter l'âme portugaise. A écouter également la chanteuse Misia née à Porto, qui chante un fado accompagné d'arrangements contemporains et de textes de poètes portugais.

Musique contemporaine : La ville de Porto est en effervescence musicale, de nombreux bars et festivals programment des concerts tout au long de l'année. Tendez l'oreille et vous dénicherez facilement un petit concert. Il vous suffira d'aller dans une des adresses indiquées dans les rubriques " Sortir " et vous trouverez votre bonheur, la programmation de la ville étant éclectique et florissante.

La ville de Porto a une tradition musicale alternative. Les groupes comme GNR, Ornatos violeta, ont marqué le paysage musical et aujourd'hui on voit naître des groupes plus contemporains comme Best youth, Capicua, ou Slimmy qui font parler d'eux au-delà des frontières du pays. En 2012 la ville de Porto a accueilli la première édition du festival " Nos primavera sound ", un festival de musique connu internationalement pour la qualité de sa programmation musicale. Les mélomanes s'y donnent rendez-vous. Avec plus de 20 000 visiteurs par jour, le parc " da cidade " se transforme en une grande scène musicale. La programmation s'étend de la pop au rock en passant par la musique électronique. Sa renommée attire plus de 50 % d'étrangers !

A ne pas manquer si vous vous trouvez à Porto le dernier week-end de mai. Pour plus d'informations : www.nosprimaverasound.com

Peinture et arts graphiques
<p>Street art à Porto.</p>

Street art à Porto.

La peinture portugaise, soumise à des influences diverses s'illustre dès le XVe siècle. A partir de cette époque, les églises s'enrichissent de réalisations picturales inspirées de la peinture flamande. Le souci du détail et le recours à la peinture à l'huile sont à mettre au crédit des Flamands. Le plus célèbre peintre portugais, Nuno Gonçalves (1448-1481), a nettement été influencé par le double style flamand et italien. La plus brillante expression de son art est sans doute le polyptyque de São Vincente da Fora que l'on peut découvrir au musée national de l'art antique de Lisbonne. Réalisés sur bois, ses six panneaux sont considérés comme de purs chefs-d'oeuvre. Il s'agit d'une peinture de groupe qui réunit soixante figures individualisées. C'est la première représentation de groupe et la première peinture psychologique de l'art européen. Ce goût du portrait, manifesté par de riches personnages qui veulent se montrer sous leurs plus beaux atours, amène les peintres portugais à perfectionner leur art dans la lignée de Nuno Gonçalves. Les scènes religieuses sont également souvent représentées. Avec la rapide circulation des images en Europe au début du XVIe siècle, l'influence flamande se renforce. Une représentation de saint Pierre, réalisée en 1530 par Vasco Fernandes dit Grão Vasco, montre ainsi en arrière-plan, un paysage typique du nord de l'Europe. Une autre caractéristique de la peinture portugaise de cette époque réside dans l'impact qu'a pu avoir la découverte du Brésil sur l'imaginaire des artistes. Dans une célèbre représentation de l'Adoration des Rois mages de 1503, Melchior se fait brésilien.
La peinture sur carreaux de faïence devient au XVIIe siècle un mode d'expression artistique prépondérant. Au XVIIIe siècle, en pleine période baroque, ces carreaux de faïence, souvent bleu et blanc, forment des panneaux évoquant des scènes bibliques, mythologiques ou de vie dans la nature. Dans le musée Soares Reis dans l'ancien palais de Carrancas, on trouve de nombreuses pièces d'arts décoratifs ainsi que des peintures et sculptures du XIXe et XXe siècles. Une visite incontournable pour découvrir cette autre période de l'art. Un grand bond en avant a été fait avec la création de la Fondation Serralves où siège le musée d'art contemporain. Conçu par le célèbre architecte Siza Vieira, le musée de la fondation a pour but de promouvoir l'art contemporain. On y découvre des oeuvres d'art de 1970 à nos jours. Des expositions permanentes et temporaires présentant des artistes contemporains portugais et internationaux, dont une exposition Miró de grande amplitude (jusqu'au 4 juin 2017), qui a un retentissement mondial. De la vidéo à l'installation plastique, l'oeuvre d'art est présentée sous de multiples formes. Pour découvrir des artistes locaux, vous pourrez vous rendre dans la rue Miguel Bombarda où se rassemblent de nombreuses galeries d'art. Les amateurs d'art et de peintures pourront réaliser un grand voyage dans le temps en parcourant la ville et les musées de Porto. La richesse artistique de la ville de Porto, bien loin de s'arrêter au XVIIIe, va déjà explorer les tendances du XXIe siècle.

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