Guide de la Jamaïque : Arts et culture

Architecture

S'il est vrai que la poussée démographique et la jeunesse du pays ne favorisent pas un développement harmonieux des villes, qui se multiplient sans grand souci d'esthétisme, les Jamaïcains n'en cultivent pas moins le goût d'une architecture soignée. C'est en Jamaïque que l'on peut voir les plus beaux spécimens d'architecture coloniale de style anglais, restaurés dans le plus grand respect de l'histoire avec des matériaux traditionnels, meublés et décorés avec goût et raffinement. Certaines demeures sont réellement des joyaux, mais les Jamaïcains sont jaloux de leur intimité, et peu d'entre ces belles maisons ouvrent leurs portes à la curiosité du visiteur. Une nouvelle génération de maisons voit le jour dans l'île, les demeures de milliardaires, nombreux à élire la Jamaïque comme retraite, maisons qui font la une des journaux internationaux de décoration. Qu'elles soient traditionnelles ou actuelles, les belles demeures jamaïcaines font le bonheur des photographes et de nombreux livres immortalisent sur papier glacé leurs lignes harmonieuses et leurs intérieurs raffinés. Indigène, africaine et anglaise, trois cultures mêlent leurs influences dans l'architecture traditionnelle jamaïcaine, toute de contrastes, d'ombre et de lumière, de chaleur et de fraîcheur, de matériaux nobles comme issus du quotidien.

La case rurale est partout présente dans les petits villages de l'intérieur de l'île. C'est une modeste maison de bois souvent dressée sur des pilotis, et agrippée à flanc de coteau. Ses couleurs vives et contrastées et son toit simple de tôle ondulée lui confèrent un air convivial et accueillant. Un petit auvent protège la porte d'entrée, une petite galerie surélevée court parfois sur la façade de la maison. Pour des raisons économiques, la case rurale traditionnelle est aujourd'hui souvent remplacée par une structure de béton sans le moindre charme.

La great house, ou grande maison, est la maison de maître des anciens planteurs. De style victorien ou géorgien, elle témoigne d'un art de vivre dont le temps n'a pas effacé la douceur. Ces belles demeures bourgeoises sont toujours situées sur une élévation naturelle qui domine toute la propriété, autant pour profiter du moindre souffle rafraîchissant que pour permettre de surveiller le domaine. Construites en bois sur un soubassement en pierre ou toutes en pierre, avec un toit de tuiles le plus souvent à quatre pentes, et un sol de carrelage et de bois, elles sont généralement composées de deux niveaux, avec bureaux et salles de réception. Le rez-de-chaussée était souvent consacré aux entrepôts, tandis que les appartements et pièces d'habitation se déployaient à l'étage. Leur allure est parfois austère et la couleur extérieure blanche, de rigueur, marque l'élégance et la distinction des propriétaires. Les murs épais retiennent la fraîcheur et la circulation d'air est favorisée par de nombreuses ouvertures, jalousies et caillebotis, qui permettent aussi de tamiser une lumière trop intense. Une galerie court autour de la maison, protégeant les pièces des ardeurs du soleil, des rafales de vent ou de la violence des ondées tropicales. Des festons de bois travaillés (style gingerbread) ornementent balcons et vérandas. En cas de cyclone, la maison se ferme comme une huître grâce à des volets épais à traverses de bois. Dans les maisons de l'intérieur du pays, les chambres sont souvent équipées de cheminées car en hiver la température nocturne peut parfois descendre assez bas. Les cuisines sont extérieures à la maison et orientées sous le vent, autant pour éviter les risques d'incendie que pour éloigner les odeurs de cuisine des pièces à vivre. Le mobilier d'acajou ou autres bois durs tropicaux est toujours de style anglais avec des originalités locales, comme les coffrets à thé fermant à clé, les coffres pour les bouteilles de rhum ou les lits à deux ou quatre colonnes destinées à soutenir draperies et moustiquaires étaient autrefois sculptés par les esclaves. La Rose hall Great House ou la Greenwood Great House, toutes deux situées dans les environs de Montego Bay, sont parmi les plus emblématiques de l'île.

Les maisons bourgeoises d'aujourd'hui, cachées dans les hauteurs, loin de la chaleur côtière, à l'abri de grands jardins à l'abondante végétation, sont à mi-chemin entre une architecture géorgienne et créole.

L'architecture contemporaine n'a pas épargné la Jamaïque qui a érigé son quartier de hauts buildings de verre, d'acier et de béton dans le quartier des affaires de New Kingston, dans les années 1970. Quelques vilains exemples de cette architecture bétonnée se dressent sur la côte Nord, défigurant les centres touristiques de Montego Bay et d'Ocho Rios de disgracieux et prétentieux bâtiments. Cependant, il semblerait qu'aujourd'hui les Jamaïcains, plus soucieux d'un développement harmonieux de l'architecture côtière, soient revenus au style traditionnel des Caraïbes.

La maison jamaïcaine au XIXe siècle

" Les maisons ici sont généralement construites et aménagées sur un seul et même modèle. La mienne est en bois, en partie montée sur pilotis ; elle comporte un seul étage. Une longue galerie, appelée véranda, terminée à chaque extrémité par une pièce carrée, court sur toute la longueur de la maison. De chaque côté de la véranda, se trouve une rangée de chambres, et le portique des deux façades forme deux chambres de plus, avec des balustrades et des escaliers qui descendent sur la pelouse. La maison tout entière est équipée de stores vénitiens amovibles qui laissent passer l'air ; sauf dans l'une des pièces, à l'extrémité, dont les fenêtres sont à guillotine en raison des pluies qui, lorsqu'elles surviennent, sont si fortes [... ] que tous les stores doivent rester fermés. [... ]. Il n'y a rien au-dessous, sauf quelques remises pour les provisions et une sorte de salle d'attente ; mais aucun des domestiques nègres ne dort dans la maison, tous retournant, le soir, auprès de leurs familles, dans leurs maisons respectives. "

M.-G. Lewis, Journal de voyage à la Jamaïque (1834), José Corti, 1991.

Artisanat
<p>Statue de Bob Marley en bois.</p>

Statue de Bob Marley en bois.

Les Jamaïcains savent depuis toujours tirer le meilleur parti de la nature, particulièrement riche ici. Le développement touristique aidant, l'artisanat est devenu une vraie source de revenus pour les communautés rurales. Chaque centre touristique possède ses marchés d'artisanat qui méritent une visite attentive, tout comme les petites guérites qui s'égrènent le long des routes, exposant une production locale. Le bambou, la paille, le bois, les coquillages, tout est prétexte à la création. Chapeaux de paille (indispensables pour les grosses chaleurs), paniers, petit mobilier en bambou, cannes, maracas, petits bijoux, coquillages, poupées rastas, sans compter toute la fabrication textile autour du thème rasta, bérets, bracelets, T-shirts, ceintures... La sculpture sur bois d'inspiration afro-caraïbe est aussi à l'honneur, avec d'habiles artisans qui taillent le bois - au grand désespoir des écologistes - pour en extraire oiseaux, animaux ou personnages traditionnels et masques d'inspiration nettement africaine.

Que rapporter de son voyage ?

On pourra difficilement quitter l'île sans emporter au moins 500 grammes de café des Blue Mountains, une bouteille de rhum local XO, une toile ou deux d'artistes locaux, une percussion buru, une calebasse sculptée qui se distingue, et quelques-uns de ces visages rastas et africains sculptés dans le bois. Mais il faut avouer que les boutiques des grands centres touristiques brillent souvent par un manque d'imagination et de produits vraiment originaux (tee-shirts Bob Marley et seulement Bob Marley, ceintures et pléiade de gadgets aux couleurs rastas vus et revus...). Il faudra plutôt se tourner vers les producteurs, dans l'arrière-pays ou au bord des plages, pour trouver la perle rare à prix acceptable. En tous cas, vu le nombre d'artisans sculpteurs, peintres et pêcheurs de magnifiques coquillages, il sera dur au voyageur de quitter la Jamaïque les mains vides. Gourmands et gourmets ramèneront volontiers quelques mélanges d'épices, histoire de prolonger l'explosion de saveurs en bouche, une fois à la maison. L'idéal est de les acheter en supermarché, les étals plus touristiques pratiquant souvent des prix élevés.

Cinéma

Avec ses paysages de carte postale, ses plages de rêve, sa lumière vibrante, ses vieilles demeures de charme, la Jamaïque ne pouvait échapper à la sagacité et aux convoitises des chasseurs de décors de cinéma. Repérée de longue date, la Jamaïque est l'objet de repérages permanents. Devant ce succès, les autorités jamaïcaines ont décidé de promouvoir largement l'île dans la planète cinéma avec de fortes mesures d'incitation. Cette initiative est couronnée de succès puisque cette nouvelle activité, plaçant le pays dans le " top 10 " des décors naturels, rapporte quelque 12 millions de dollars chaque année. Nombre de producteurs et de réalisateurs de cinéma et de publicité l'ont élue pour servir de décors à leurs fictions. Tout naturellement, James Bond a été l'un des premiers à y vivre quelques épisodes de sa vie turbulente. Deux de ses plus célèbres aventures, Docteur No (1962) et Live and let die (1973), ont été tournées sur la côte Nord. La petite ville de Lucea a servi de décor au tournage de Papillon (1973) avec Steve McQueen et Dustin Hoffman. 20 000 lieues sous les mers (1954), avec Kirk Douglas, a été en grande partie tourné du côté de Negril, les ruines de Folly à Port Antonio ont vu l'affrontement entre Denzel Washington et la police dans The Mighty Quinn (1989), Tom Cruise était le barman de la plage de l'hôtel Dragon Bay dans Cocktail (1988), et Brooke Shields s'est baignée nue dans les eaux turquoise du Blue Lagoon (1980). En 1997, le château Trident de Port Antonio hébergeait Anne Parillaud pour le tournage de Shattered Image, un policier américain. Mais si la Jamaïque sert de décor à des films étrangers, elle l'utilise aussi pour ses propres films dont nous vous proposons ici une sélection.

The Harder They Come, (1972) de Perry Henzel. Ce film a largement contribué à lancer internationalement le reggae et a fait connaître Jimmy Cliff. Celui-ci interprète Ivan Martin, chanteur naïf venu de la campagne pour faire une carrière musicale, qui va se laisser corrompre par la ville et ses maléfices.

Rockers, (1978) de Ted Bafaloukos, ou l'histoire vraie du batteur Leroy " Horsemouth " Wallace à la grande époque du reggae. Ce long-métrage aux airs de documentaire est le plus magnifique témoignage filmographique disponible qu'il existe de la société jamaïcaine des années 1970, vue à travers la musique, avec l'apparition de nombreuses stars de l'époque comme Jacob Miller, Burning Spear ou encore Gregory Isaacs.

Rasta Rockett, (1993) de Jon Turteltaub. Bien sûr bon nombre d'entre nous ont ri à gorge déployée devant la comédie américaine Rasta Rockett. Ce film culte met en scène une équipe jamaïcaine de bobsleigh venue concourir aux Jeux olympiques d'hiver de Calgary, au Canada. Derice Bannock, Sanka Coffie, Yul Brenner et Junior Bevil sont déterminés à remporter l'épreuve mais ne connaissent rien à la discipline, habituellement pratiquée par des Blancs. Entre phobie du froid, découvertes et mésaventures, les quatre athlètes, avec Irvin Blitzer pour entraîneur, double champion olympique de bobsleigh aux Jeux d'Innsbruck en 1964 et de Grenoble en 1968, se lancent à l'assaut de la compétition qui changera leur destinée à tout jamais. Le film a en effet reçu d'excellentes critiques, et a enregistré plus de 2 millions d'entrées au box-office en France. Il s'inspire directement de l'aventure jamaïcaine aux épreuves des Jeux olympiques d'hiver de 1988.

Dancehall Queen, (1997) de Rick Elgood et Don Letts, avec Audrey Reid, Paul Campbell, Carl Davis, Beenie Man et Lady Saw, Jamaïque, 1997. L'histoire difficile d'une mère pauvre qui décide de détrôner la Dancehall Queen pour remporter un premier prix qui lui permettra de subvenir aux besoins de sa famille.

Third World Cop, (1999) de Chris Browne, avec Paul Campbell, Mark Danvers, Carl Bradshaw, Jamaïque, 1999. La Jamaïque d'aujourd'hui dans les ghettos, vue au travers d'un flic dont le destin est d'affronter son passé de rudeboy.

Shottas, (2002) de Cess Sivlera, avec Ky-Mani Manley, Spragga Benz, Paul Campbell et Wyclef Jean. Le film présente la génération sans compromis des gangsters modernes et autres gangs de déportés.

Made In Jamaica, (2006) de Jêrome Laperrousaz, avec Bunny Wailer, Capleton, Sizzla, Gregory Isaacs... Film sur les mille lacets qui s'entremêlent sur la planète reggae et dancehall, Made in Jamaica mélange les générations et les genres pour tenter d'expliquer et de décrypter cette musique qui, depuis les ghettos de Kingston, a conquis le monde.

Marley, (2012) de Kevin McDonald. Un documentaire sur la place de Bob Marley dans l'histoire de la musique. Réalisé en collaboration avec sa famille et de nombreux artistes qui ont accepté de témoigner.

Kingston Paradise (2013) de Mary Wells, avec Christopher Daley, Camille Smal, Gregory Nelson. La vie dans les rues pauvres de Kingston est une question de survie pour Rocksy, chauffeur de taxi à temps partiel et proxénète, et pour son amie Rosie, prostituée qui rêve de lendemains meilleurs.

Danse

Au même titre que la musique, la danse est très présente dans la vie des jamaïcains. Elle y a même une place privilégiée, en tant que véritable moyen d'expression, et ce, depuis toujours. La danse traditionnelle a été influencée par différentes formes venues d'Afrique, mais aussi d'Europe, pour certaines. On retrouve ainsi des styles tels que le Bruckins, une danse pratiquée par le passé pour célébrer la commémoration de l'abolition de l'esclavage ; le Gerreh, une danse féminine exécutée le lendemain d'un décès ; le burru et le dinki-mini respectivement originaire de Clarendon et de la paroisse de St Mary ; ou encore le Jonkunnu, une démonstration masquée et pratiquée dans les rues des villes et villages durant les fêtes de Noël. La quadrille est aussi une danse de salon populaire et incontournable d'origine française et anglaise, qui a eu son heure de gloire au début du 19ème siècle. Mais en réalité, chaque évènement de la vie est prétexte à l'exultation des corps. Pas une fête sans repas copieux bien arrosé, musique et danse ! C'est ainsi que l'expression "a time to dance" prend tout son sens. Les soundsystems ont marqué un certain tournant dans la manière de célébrer en société. Aujourd'hui, les "dance", aux quatre coins de la ville, ont pris le relais où se rencontre la jeunesse kingstonienne du lundi au dimanche. Ce sont les rendez-vous des amateurs, des "dancehall queens" où les démonstrations chorégraphiques et acrobatiques rythment la nuit. Et c'est sans compter sur les soirées brûlantes organisées régulièrement en club, ou occasionnellement dans les parcs, stades et parkings de centres commerciaux. Mais qu'on se le dise, c'est toute l'île qui vibre au son des basses ! En Jamaïque, la musique et la danse sont reines.

Littérature

La spécificité de la littérature jamaïcaine folklorique datant de l'époque esclavagiste est qu'elle est orale, mais désormais écrite en patois, essentiel pour transmettre le piquant d'un dialogue, le ton et l'humour de ses habitants. Beaucoup d'histoires du folklore jamaïcain semblent inspirées des contes existants chez les Ashantis, tribu du Ghana dont beaucoup d'esclaves étaient issus.

Le personnage le plus populaire est Anancy ou Anansi, que l'on retrouve aussi bien dans les contes populaires d'Afrique de l'Ouest que dans ceux des Caraïbes. Il s'agit d'un esprit qui prend l'apparence d'une araignée ou d'un homme et se bat contre d'autres esprits. Il est le symbole de la résistance et de survie des esclaves dans toutes les Caraïbes, car grâce à son esprit malin, il arrive à se jouer de puissants oppresseurs.

La littérature jamaïcaine contemporaine a été fortement influencée par l'histoire de l'esclavage et les relations de l'île avec les Britanniques.

Thomas Mac Dermot est considéré comme le père fondateur de la littérature moderne de Jamaïque, qui s'est affranchi de la littérature anglaise coloniale, avec son ouvrage Becka's Buckra Baby (publié en 1904).

Claude McKay (1889-1948), s'est inspiré du concept de négritude (représenté dans les Antilles par le Martiniquais Aimé Césaire) dans ses poèmes publiés en Jamaïque. Il est l'un des fondateurs du mouvement Harlem Renaissance né dans les années 1920.

Una Maud Victoria Marson, décédée en 1965, était une auteure jamaïcaine très connue pour son engagement sur les questions sociales et la condition féminine. Elle fut d'ailleurs la première femme à publier son propre magazine, qui faisait la promotion de la littérature locale et animait en 1940 une émission de radio à la BBC appelée Caribbean Voices.

Louise Simone Bennett-Coverley ou Miss Lou (1919-2006) était une poète, folkloriste qui écrivait en patois et le revendiquait comme " langague de la nation ". Elle a notamment publié deux recueils de poèmes : Jamaica Labrish (1966), Anancy and Miss Lou (1979).

Certains poètes de dub jamaïcain également appelé spoken word (à l'image de Gil Scott Heron aux Etats-Unis) brillent par leur textes. Mikey Smith (1954-1983), anarchiste de gauche et sympathisant rastafarien, a été assassiné sur les ordres du pouvoir conservateur en place (le Jamaican Labour Party), juste après un clash lors un débat politique. Mutabaruka - toujours vivant - est un poète rastafarien, musicien et comédien. Ses poèmes abordent des problématiques de sexisme, politique, discrimination, pauvreté, racisme et religion. Idem pour Linton Kwesi Johnson (LKJ), dont la renommée est internationale. Son premier recueil de poèmes fut publié en 1974 Voices of the Living and the Dead et son premier disque en 1978 : Dead Beat an' Blood.

Marlon James, né en 1950 à Kingston, est écrivain et professeur de littérature et d'écriture créative aux Etats-Unis. Il est aussi devenu en 2015 le premier auteur jamaïcain à recevoir le Prix Man Booker Prize, pour son troisième roman Brève Histoire de sept meurtres. 850 pages où l'auteur aborde des passages marquants des années 70 à nos jours aussi bien en Jamaïque qu'aux Etats-Unis. L'assassinat de Bob Marley - on présume qu'il s'agit du chanteur - sert de fil conducteur au roman d'espionnage dans lesquels évoluent près de 70 personnages. CIA, gangs et politiques, barons de la drogue et prostituées étoffent le décor. Le rythme est soutenu. Le roman a été traduit en français par Valérie Malfoy et est disponible chez Albin Michel. Ses deux autres romans : John Crow's Devil (2005), The Book of Night Women (2009).

Médias locaux

L'île possède de nombreux journaux quotidiens (The Daily Gleaner, The Observer et The Star), mais aussi des journaux locaux comme The Western Mirror à Montego Bay et The North Coast Times à Ocho Rios. La radio est très populaire en Jamaïque ; la plus célèbre est Radio Jamaica. La télévision n'est pas en reste : les chaînes nationales les plus connues sont Television Jamaica et CVM TV. Les médias jouissent d'une totale liberté d'expression.

Musique

Le reggae évoque la Jamaïque comme le jazz évoque La Nouvelle-Orléans, et la salsa Cuba. De ses lointaines origines africaines à ses expressions actuelles, du mento au calypso en passant par le ska, le rocksteady, le reggae, le dancehall, la musique a toujours été l'expression la plus naturelle du peuple jamaïcain à travers les siècles ; un facteur d'unité nationale, traduisant espoir et désespoir, joie de vivre ou révolte.

L'histoire de la musique en Jamaïque remonte aux premiers temps du colonialisme, quand elle seule pouvait adoucir le quotidien du bétail humain qu'étaient les esclaves. Les Africains, arrachés à leurs tribus des côtes de l'Afrique de l'Ouest, parlaient des dialectes différents. Ils ne possédaient pour communiquer entre eux que les tambours hérités de leurs terres natales. Dépassant les barrières des rites tribaux et de la langue, la musique crée une unité entre les esclaves qui leur permet de se forger une identité commune. Les rythmes syncopés des percussions africaines s'enrichissent de génération en génération de nouvelles influences, liées à l'introduction d'instruments de musique différents, comme aux pratiques religieuses importées d'Europe. Mais le son africain demeure la base musicale essentielle. Le banjo, les maracas ou shak-shaks, et surtout la rumba box, une sorte de boîte à basses, faite d'une caisse de résonance en bois et de languettes métalliques, cousine de la marimba de Haïti et descendant de la sansa d'Afrique de l'Ouest, deviennent les instruments incontournables des trios qui interprètent la musique folklorique jamaïcaine. C'est le mento, qui accompagne une danse ressemblant au quadrille, une danse de salon française. Les textes qui accompagnent la musique sont improvisés, chronique du quotidien rendant compte des événements locaux dans une langue souvent crue et sur un ton satirique. Populaire dans les communautés rurales, le mento s'y enracinera pour perdre peu à peu du terrain à partir des années 1950 devant l'influence grandissante de la musique nord-américaine. C'est dans les rythmes du mento, une rythmique simple et régulière de percussions, cousine du calypso, la musique traditionnelle de Trinidad, et du burru d'origine africaine, que remonte l'origine du reggae. Dans les années 1950, le calypso mélange les mélodies aux accents africains et européens et improvise sur tous les thèmes : amour, politique, problèmes sociaux... Harry Belafonte a été le premier grand chanteur à immortaliser ces rythmes avec des succès internationaux (The Banana Boat Song, Jamaica Farewell ou encore Island in the Sun) dont les échos résonnent encore dans la mémoire des années 1960.

Au début des années 1950, le rythm'n'blues américain est à l'honneur dans l'île. Les Jamaïcains sont pauvres et n'ont ni les moyens de s'équiper d'un électrophone, ni ceux d'acheter des disques. Leur premier moyen d'écouter ces musiques est la radio (notamment les stations de Floride), le second étant les sound systems, les discothèques mobiles, qui vont devenir très populaires. On vient danser sur ces musiques dans les dancehalls, sortes de bals populaires qui se déroulent dans des hangars, des clubs ou en plein air, dans la rue. L'ambiance y est chaude, parfois trop... Le sound system est animé par le DJ, qui commente, chante et raconte sur les versions instrumentales choisies par le selector. L'operator, lui, s'occupe de la technique sonore. Le texte est laissé à l'appréciation du DJ : chroniques du quotidien, gazette populaire ou tribune libre, sorte de journal oral au ton humoristique ou grivois, mis en musique sur fond de rythm'n'blues ; c'est le début du talkover, hérité du traditionnel mento. Trois sound systems tiennent le haut du pavé : ceux de Clement " Sir " Coxsone Dodd, d'Arthur " Duke " Reid et de Prince Buster. Très vite, l'idée de produire de la musique locale pour les sound systems fait son chemin. C'est en 1952 que l'industrie du disque démarre en Jamaïque. Elle ne balbutiera pas longtemps. Les premiers producteurs sont naturellement les propriétaires des gros sound systems. Ils sortent les premiers enregistrements instrumentaux de rythm'n'blues enregistrés dans l'île. Ils n'enregistrent bien souvent qu'un exemplaire du disque destiné à leur usage propre. La cadence s'accélère. L'industrie phonographique perd rapidement son aspect artisanal. Studios d'enregistrement, sound systems et boutiques de disques fleurissent au coeur de la vie jamaïcaine. L'industrie musicale jamaïcaine devient très productive. De nouveaux producteurs arrivent : Prince Buster, un ancien boxeur et ex-videur des sound systems de Coxsone, Vincent " Randy " Chin ou Leslie Kong. Des dizaines de milliers de disques sont produits chaque année : créations, reprises de morceaux existants, réorchestrations, instrumentistes différents, versions chantées, versions instrumentales, la production est si fertile qu'il est impossible de s'y retrouver. Cette fièvre productrice tentaculaire génère bientôt des conflits et des rivalités dans le monde de la musique jamaïcaine, un univers violent souvent proche de la mafia...

Le reggae-dancehall au féminin

Si leur apport aux fondements des mouvements reggae-dancehall modernes est indéniable, ce serait une erreur de penser que la musique n'est qu'une histoire d'hommes ! Oui, les femmes ont su se faire une place et apporter leur contribution à l'évolution de la musique jamaïcaine.

Les fondations reggae. Rita Marley n'aura pas été que l'ombre de son défunt mari. Membre fondateur de The Soulette, elle s'est fait remarquer dans les années 60. 10 ans plus tard, elle s'affiche en tant que choriste aux côtés de Peter Tosh et Bob Marley avec Marcia Griffith et Judy Mowatt, et leur groupe I-Three. Sa carrière solo l'emmène ensuite à produire Who Feels It Knows It (1980), Harambe (1982), and We Must Carry On (1991).

Et les deux autres vocalistes ne sont pas en reste. Marcia Griffith, surnommée la " Reine du Reggae ", a quant à elle débuté sa carrière bien avant le trio de voix de Bob Marley. C'est aux côtés des Wailers qu'elle se forge une solide réputation. Les I-Three enregistrent également deux albums Beginning (1983) et The I-Threes Sing Bob Marley (1995). Marcia n'a eu de cesse de sortir des albums de qualité : Naturally fin des années 70 et Steppin, Marcia (1989), Indomitable et Land of Love dans les années 90. L'anthologie Melody life sortie en 2007 retrace ses 40 ans de carrière. Le délicieux Black Woman de Judy Mowatt est aussi un album à connaître. Parmi les pionnières, on compte également Dawn Penn et Pam Hall avec des incontournables tels que respectivement You Don't Love Me (No, No, No) et Dear Boopsie. Toutes ont reçu des distinctions pour leur apport à la musique jamaïcaine, aussi bien à un niveau national qu'international.

Les premières " Queens " of Dancehall. L'unique Sister Nancy est la première femme à pénétrer le milieu très masculin des DJs. Son titre incontournable Bam Bam issu de l'album One Two, l'a propulsée sur la scène internationale dès 1982. Repris par bon nombre d'artistes, ce sont Jay-Z et Damian Marley, les derniers en date, qui exploitent la boucle avec le titre Bam (juillet 2017), enregistré aux studios Tuff Gong. Patra, fin des années 80-début 90, a un succès fulgurant grâce à ses combinaisons avec Shabba Ranks ou Mad Cobra. Son album solo Queen of the Pack (1993) a su séduire les charts US avec un mélange de sonorités original à l'époque. Autres talents notables : Lady G a qui l'on doit le titre Nuff respect (1988) devenu une devise pour beaucoup de Jamaïcaines à sa sortie ; et Lady Saw, la reine du Dancehall, reconvertie au gospel en 2012 et devenue pasteur en 2015, a eu une carrière remarquable sanctionnée par un Grammy award en 2004 pour Underneath It All, " Meilleure performance Pop en duo ou en groupe ".

L'école new roots. Difficile de toutes les citer. Cependant, Queen Ifrica se démarque par sa spiritualité, sa musicalité entre douceur et puissance et des textes aussi conscients qu'engagés. Montego Bay (2009) est son 1er album. Alaine a indéniablement marqué de son empreinte le paysage reggae roots. Son album Sacrifice (2007) est un condensé de tubes reggae aux influences R&B et hip hop. Se distinguent par ailleurs, Etana, à mi-chemin entre reggae et soul contemporaine. Le Fifth Element Crew de Richie Spice et Chuck Fender n'ont pu résister à sa vibe si particulière, qui a donné naissance à 4 albums en solo dont The Strong One (2008) et I Rise (2014). Le new root compte aussi Dezarie, la chanteuse originaire de Sainte-Croix et sa voix unique et envoûtante, ainsi que Jah9 et son engagement sans faille.

Dancehall new school. Tanya Stephens, Ce'cile, Spice, Ishawna, Shenseea... autant de noms qui ont fait et font la scène dancehall moderne. Sexy, provocantes dans leurs lyrics, elles délivrent des riddims aux rythmes saccadés et aux messages percutants. Et c'est sans compter sur les influences soca et jump up des voisins caribéens venus enrichir les sonorités déjà multiples.

Vient l’ère du ska

Le chant du cygne du blues jamaïcain arrive fin 1962 avec la sortie de Forward March de Derrick Morgan et de Hurricane Hattie de Jimmy Cliff. Le ska va dominer la scène jamaïcaine et régner en maître sur les pistes de danse pendant les trois années à venir. Il va évoluer progressivement vers ce qui allait devenir le style musical le plus influent et le plus populaire du siècle. Né avec les premières années de l'indépendance, le ska résonne de l'euphorie et des élans d'un jeune peuple, grisé par une nouvelle liberté si chèrement acquise.

Tout a commencé sérieusement avec les Skatalites, un groupe formé en 1963, qui bouleverse le paysage musical du pays. La formation ne vivra que dix-huit mois mais sera incroyablement prolifique, rénovant entièrement les codes musicaux de l'époque. Très rythmé, le ska emprunte au mento des campagnes jamaïcaines, et au boogie du rythm'n'blues américain. Le ska connaîtra des évolutions, vers les traditions musicales jamaïcaines, les chants d'église accompagnés de claquements de mains, ainsi que le mento de type comédie musicale ; les deux sont fondus dans un style original. Le revival des chants d'église est présent dans l'oeuvre des Maytals, la plus grande formation vocale du ska. Le ska mûrit d'un point de vue instrumental, grâce à des musiciens du calibre du tromboniste Don Drummond. Lorsqu'il devient membre des Skatalites, les compositions douces amères de Drummond seront cataloguées de style " Far East " et influenceront toute une génération d'artistes roots des années 1970. On retrouvera plus tard les influences ska jusque dans la culture musicale de la fin des années 1970 en Grande-Bretagne autour des skinheads.

Le rock steady, un ska ralenti

Mais l'ère du ska se termine, il cède le pas au rock steady... Le titre Dancing Mood de Delroy Wilson marque cette transition. Le rock steady, moins léger que le ska et aux accents parfois maussades, à la fois contestataire et consensuel, est un ska au rythme ralenti qui apparaît sur la scène musicale jamaïcaine en 1966, paraît-il, après un été particulièrement chaud qui serait la cause de ce ralentissement rythmique.

Les cuivres ont cédé la vedette aux guitares et aux claviers. Transition entre ska et reggae, il reflète les aspirations d'une génération qui commence à mûrir et à prendre en compte les problèmes sociaux et politiques.

Les rude boys, les jeunes des quartiers populaires, désoeuvrés et livrés à eux-mêmes, vivent au rythme de la vie des ghettos, violence et pauvreté mêlées. Ils s'identifient dans un style vestimentaire, un style de vie et une révolte qui s'exprime entre autres dans la musique.

C'est d'ailleurs sous le nom des Wailing Rude Boys que Bob Marley et son groupe démarrent leur carrière.

Dans cet univers musical en perpétuelle mouvance, de nombreux artistes, producteurs et musiciens, contribuent à la naissance d'un nouveau rythme. Les Skatalites ralentissent encore leur tempo et donne naissance à une nouvelle rythmique qu'on appelle aujourd'hui le reggae roots aux rythmiques plus lourdes.

Le reggae

Né dans les rues des quartiers pauvres de Kingston, au détour des yards du ghetto de Trench Town, le reggae prend aussi ses racines dans la mouvance de la religion rastafarienne. Ce quartier a vu naître et grandir des artistes tels Alton Ellis, Joe Higgs, Ken Boothe ou encore The Wailing Souls.

Le climat de tension permanente, lié à la promiscuité, la pauvreté et la violence, favorise le développement de cette musique qui prend le parti des défavorisés et transmet un message égalitaire. De nombreux artistes reggae adoptent la religion rastafarienne. L'origine du mot " reggae " est toujours incertaine ; mutilation du vocable anglais " regular ", qui définit son rythme binaire, altération du latin " rege ", " le roi ", en référence au roi des rois, Ras Tafari, Hailé Sélassié. Bien qu'on assimile le reggae à Bob Marley, il n'en n'est pas le père. Frederick Toots, le leader du groupe The Maytals dont le style s'inspire des gospels traditionnels et des rythmes de Ray Charles et d'Otis Redding, dit : " J'ai inventé le mot "reggae" ; j'ai écrit une chanson Do the Reggae en 196..., je ne me souviens plus exactement... "Reggae" signifie juste "venant du peuple"... quand on dit "reggae", on veut dire "régulier", "majoritaire", "pauvreté", "souffrance", "Ras Tafari", "ghetto"... "

C'est bien la chanson de Toots écrite en 1969 qui marque les débuts de la musique reggae, résultante d'une longue maturation des influences mêlées de divers courants musicaux, le mento, le burru, le ska, et le rythm'n'blues américain. Son trio Toots and the Maytals restera populaire jusque dans les années 1980, épousant chaque évolution de la musique jamaïcaine. Leurs plus grands hits sont Six and Seven Books, Pain in my Belly, Funky Kingston et Pressure Drop.

Une musique militante. Au-delà d'une rythmique lancinante, c'est toute l'idéologie rasta qui est véhiculée par le reggae : espoirs, croyances et luttes sociales et politiques. Les textes des chansons cristallisent la colère des ghettos, appellent même à la révolte contre l'oppression politique. Les gangs de rude boys sillonnent les ruelles du ghetto, ils protestent de leur pauvreté et de leur situation précaire en provoquant la police. Les tièdes protestations des chanteurs vont être remplacées par de violentes prises de positions militantes qui s'affirment au fur et à mesure que monte le mécontentement chez les pauvres et que s'intensifient les rivalités politiques entre les deux partis qui promettent beaucoup sans apporter de solution et la violence des gangs à la solde de ces mêmes partis. La classe des chanteurs de reggae paiera d'un lourd tribut son militantisme social et son engagement politique, les vexations et les violences à leur endroit sont monnaie courante. Plusieurs fois malmené par la police, Bob Marley sera victime d'un attentat en 1974 et devra se réfugier pendant un an aux Etats-Unis pour échapper à la pression dans un pays en état d'urgence.

Peter Tosh raconte son agression par un groupe de dix policiers, quatre mois seulement après le One Love Peace Concert de 1978 : " Huit ou dix policiers me frappaient la tête avec des bâtons et des armes. Ils ont fermé la porte de la cellule, chassant les gens autour, et m'ont frappé à la tête pendant une heure et demie... Plus tard, j'ai découvert que leur intention était de me tuer. Ce que j'ai eu à faire fut de jouer le mort en gisant par terre les yeux fermés... Et je les ai entendu dire " oui il est mort ". Mais je leur ai survécu... J'étais déprimé, je suis un chanteur, je n'ai jamais pensé à voler, je n'ai jamais pensé à faire quoi que ce soit de subversif ou d'illégal... Ce n'est pas la première fois que j'ai été brutalisé par la police. Militant ? Je n'ai pas rejoint l'armée, je suis un missionnaire pas un militaire... Est-ce que quelque chose a changé depuis le Peace Concert ? Oui, plus de morts... " Certains paieront même de leur vie d'avoir élevé la voix. Ainsi, l'assassinat de Major Worries n'a pas été élucidé, pas plus que celui de Jacob Miller. Le 11 septembre 1987, c'est le tour de Peter Tosh, la conscience sociale des Wailers, qui meurt assassiné dans des conditions restées mystérieuses, puis ce sera Garnett Silk en 1995...

Un rayonnement international. Mais le reggae, c'est aussi une musique fédératrice qui réchauffe les coeurs et efface barrières raciales, sociales et politiques. Dans un premier temps cantonné en Jamaïque, le reggae va bientôt franchir les frontières. C'est le producteur Chris Blackwell qui va faire connaître cette musique en Angleterre. Sa maison de disques Island est la première - avec Trojan - à produire et à commercialiser de la musique jamaïcaine en Grande-Bretagne, ses artistes fétiches sont les Wailers. Ensemble, ils ouvrent la voie de la scène internationale au reggae et à ses artistes. D'enregistrements en concerts, de l'Europe à l'Afrique, le reggae ne connaîtra bientôt plus de frontières.

A côté du reggae traditionnel, d'autres formes fleurissent tels le lover's rock, un reggae plus mélodieux et aux paroles moins engagées (Gregory Isaac), ou le dub, talkover nouvelle manière aux accents à la fois plus poétiques et militants, avec des artistes comme U Roy, le pionnier, ou Dennis Alcapone, Big Youth. Dans la branche des Deejays, un nouveau style voit le jour, le Dub Poet, dont l'incontestable représentant reste LKJ (Linton Kwesi Johnson).

Quelques groupes et artistes marquent de façon définitive l'histoire du reggae jamaïcain, Lee Scratch Perry, Toots and the Maytals, Bob Marley, Peter Tosh, Jimmy Cliff, Culture, Mikey Dread, The Wailing Souls, Pablo Moses, Third World, Burning Spear, Blach Uhuru, U Roy... En Jamaïque se pose encore la question de la relève et de l'évolution du reggae, privé de son porte-parole international. La Grande-Bretagne compte, elle aussi, de nombreux groupes souvent composés de musiciens jamaïcains émigrés ou de la seconde génération tels Aswad, Steel Pulse ou les Cimarons.

Dancehall

Dans les années 1980, la révolution viendra de la technique sur fond d'émigration et de métissage musical. L'électronique remplace l'acoustique, la boîte à rythme fait son apparition, la tradition du talkover revient en force. Le reggae traditionnel a cédé du terrain au dancehall nouvelle manière, un reggae digitalisé dont les paroles ont parfois perdu le côté militant et dont le rythme s'est accéléré pour mieux faire danser. Le reggae dancehall voit le jour avec ses textes coquins parfois même très épicés - dénommé slackness -, dont Yellow Man s'est fait une spécialité. C'est le retour en force des sound systems, gigantesques empilements de haut-parleurs et d'amplificateurs qui remplacent les orchestres et dont l'histoire remonte aux années 1950...

A la fin des années 1980, le roi du dancehall est Shabba Ranks, qui a obtenu un Grammy Award avec un reggae revisité façon dancehall pornographique. Ragga ou raggamuffin n'est qu'une autre manière de baptiser cette évolution musicale bien que le terme ait été improprement adapté. Chaka Demus and Pliers, Buju Banton et Tiger ont eux aussi acquis une renommée internationale, et il y a encore quelques années Elephant Man, Shaggy, Beenie Man et Sean Paul étaient les principaux représentants du style. Depuis Bounty Killer, Ward 21, Vibz Kartel, se sont succédé Movado, Aidonia, et plus récemment Busy Signal, Konshen, Popcaan et Alkaline, entre autre.

En Jamaïque, raggamuffin définit l'attitude débrouillarde des jeunes urbains, le plus souvent débraillés, qui vivent au jour le jour d'expédients et constituent la clientèle privilégiée des dancehalls. On a vu réapparaître depuis le début des années 1990, notamment à l'initiative de chanteurs comme Luciano ou Garnett Silk, la face consciente et roots du reggae. Cette vague revival ne cesse de grimper et le nombre d'artistes conscients d'augmenter, avec des noms comme Sizzla, Capleton, Jah Cure, Anthony B, ou Junior Kelly. Les concerts de dancehall sont très fréquents dans toute l'île ; ce sont de grandes manifestations publiques dont les DJs sont devenus les stars. Coiffures très élaborées et stylisées, aux couleurs vives, lunettes noires de rigueur, accoutrements voyants, les dons et les queens du dancehall offrent un spectacle pittoresque.

Le grand rendez-vous musical jamaïcain est le Reggae Sumfest qui a lieu chaque année à Montego Bay en juillet. Reggae roots et dancehall y sont à l'honneur et de nombreux fans du monde entier y participent. Cette musique unique a propulsé la Jamaïque sur le devant de la scène musicale internationale et s'est définitivement imposée comme l'un des courants les plus vivants et les plus influents de la musique mondiale.

L'influence de ce courant musical se fait entendre à travers le monde, de l'Amérique à l'Afrique, et le reggae n'est plus l'apanage des musiciens noirs et jamaïcains, les plus grandes stars du rock international (Stevie Wonder, Paul Simon, Eric Clapton, Paul McCartney, Ben Harper...). Chacun adapte le reggae à sa culture.

Les nouvelles tendances musicales de par le monde comme le rap ou les musiques électroniques sont toutes issues de la musique jamaïcaine qui n'a pas fini d'enfanter de nouveaux styles... Si Serge Gainsbourg, Alpha Blondy ou Bernard Lavilliers ont été les premiers artistes francophones grand public à propager le reggae en France, nombre de jeunes talents ont pris le relais dans la deuxième moitié des années 1990, tels le chanteur Pierpoljak ou les groupes Sensimillia, K2R Riddim, ou Zenzile pour ne citer qu'eux. Ou Tiken Jah Fakoly et Solo Jah Gunt en Afrique de l'Ouest. Et c'est sans compter sur la scène antillaise, qui bien que plus discrète dans l'Hexagone, a largement contribué à la propagation du reggae dancehall en France grâce à des artistes comme Daddy Yod, le collectif Ruff Neg, Metal Sound, Mc Janik, Straïka D, Saël ou encore Yaniss Odoua, parmi tant d'autres. Les dignes représentants du mouvement aux Antilles françaises ont souvent des lyrics, en créole ou en français, percutantes et à forte résonance.

Les légendes du reggae

La voie ouverte est suivie par Jimmy Cliff qui présenta à Leslie Kong, un producteur de Kingston, le jeune Bob Nesta Marley, un rude boy de Trench Town.

Quand les Wailing Rude Boys débarquent chez Clement Dodd en 1964, il dit d'eux : " Ils sont comme beaucoup d'autres groupes débutants, jeunes sans expérience et désireux d'apprendre... Je les ai dirigés, j'ai travaillé sur leurs textes. " Après quelques titres aux influences ska tel Simmer Down, la musique des Wailers se fait l'écho des difficultés de la période.

Dennis Brown (1945-1999). Ce chanteur décédé trop tôt a débuté sa carrière alors qu'il était à peine adolescent, d'abord pris en charge par le producteur Derrick Harriott puis par Clement Coxsone Dodd, et par Joe Gibbs. Il a ensuite travaillé avec tous les producteurs de l'île avant de lancer son propre label DEB (Dennis " Emmanuel " Brown) dans le courant des années 1970, notamment aux côtés de son ami chanteur Junior Delgado. De ses débuts dans les années 1960 à sa mort survenue en 1999, Dennis n'a cessé d'enregistrer et de sortir des albums, allant jusqu'au rythme de huit dans le milieu des années 1980 ! Il était également l'artiste favori de Bob Marley et de toute une nation pour laquelle il restera toujours un artiste phare.

Jimmy Cliff. C'est dans les environs de Montego Bay que Jimmy Cliff, musicien précoce et légendaire, voit le jour à Somerton en 1948. Dernier né d'une famille de sept enfants, il est élevé par son père qui exerce le métier de tailleur. Son enfance est bercée par le rythme du mento, des chants traditionnels et religieux. Attiré par les lumières de la capitale, il quitte très jeune sa campagne natale pour s'inscrire à la Technical School. En réalité, il entame une carrière musicale faite d'enregistrements sans envergure, de concours de talents locaux et de petits cachets. Jimmy se souvient de son premier enregistrement Daisy got me crazy chez Count Boysie, dit " le Monarch " : " J'avais entendu dire qu'on pouvait gagner de l'argent en enregistrant des chansons, j'ai donc demandé à être payé. Il (le producteur) s'est mis en colère en me disant qu'il m'avait déjà donné une chance et qu'il n'allait pas me payer en plus. Il a envoyé des gars pour me cogner, puis il m'a donné une pièce. J'ai refusé et je suis parti à l'école. Mais c'était quand même un début, j'étais entré en studio et j'avais enregistré. "

Il signe son premier contrat important à l'âge de quatorze ans avec Leslie Kong et enregistre Hurricane Hattie. Stimulé par ce premier succès, il arrête ses études, contrairement à l'avis de son père. Il rencontre Chris Blackwell lors de sa prestation à la Foire internationale de 1964 à New York où il joue au pavillon Caraïbes. Cette rencontre marque un tournant décisif dans sa carrière et il quitte la Jamaïque pour la Grande-Bretagne. En 1965, il signe avec Island qui va enregistrer l'un de ses plus grands succès Many Rivers to cross. De retour en Jamaïque, les hits se succèdent. C'est sa photo sur une pochette de disque qui lui vaudra d'être retenu pour le premier rôle dans le film du réalisateur jamaïcain Perry Henzel, The Harder They Come. Il se reconnaît totalement dans le personnage de Ivan Martin, chanteur au destin tragique.

Le film fera de lui une star internationale : " The Harder They Come m'a catapulté dans une autre dimension, et m'a permis d'acquérir une dimension internationale, à l'exception des pays du tiers-monde comme ceux de l'Afrique et de l'Amérique du Sud qui connaissaient ma musique mais qui n'ont pas eu la chance de voir le film. " Sa mentalité cosmopolite et son ouverture d'esprit l'amènent à s'intéresser à toutes les religions et cultures. Il devient plus radical et ses idées se nourrissent des philosophies de Malcom X et de l'islam, les musiques du monde l'influencent dans ses créations.

Sa conversion à l'islam détournera de lui de nombreux fans qui ne reconnaissent plus leur héros rebelle et se rassemblent autour de la génération rasta. Peu à peu, sa popularité décroît au profit d'une nouvelle figure musicale, Bob Marley, qu'il avait lui-même présenté à Chris Blackwell. Il poursuit enregistrements et tournées musicales à travers le monde en particulier en Afrique et en Amérique du Sud, occupant une place à part sur la scène musicale et culturelle jamaïcaine. " Quand on regarde une main avec ses cinq doigts dont le pouce, les doigts sont tout près les uns des autres, tandis que le pouce est à l'écart mais c'est un élément essentiel de la main. Et bien, je suis le pouce. " Ainsi se définit Jimmy Cliff, figure incontournable de la culture jamaïcaine.

Gregory Isaacs (1951-2010). Ce Kingstonien né en 1951 et surnommé le Cool Ruler est le meilleur représentant du reggae dit " lover's rock ", où les ballades romantiques remplacent les chansons engagées ou militantes. Sa voix chaude, ses thèmes à la fois personnels et universels, son allure de dandy élégant - costume, bijoux et chemise de soie - lui confèrent une place originale sur la scène jamaïcaine et internationale. Ses premiers singles sortent au début des années 1970, rapidement suivis par des albums. Sa carrière musicale en dents de scie a souvent été déstabilisée par une vie privée chaotique, mais Gregory Isaacs a toujours maintenu le cap d'une brillante carrière. L'artiste décède en 2010 à Paris à l'âge de 59 ans.

Linton Kwesi Johnson. Le plus célèbre représentant du dub est né en Jamaïque - le 24 août 1952 à Chapelton, une petite ville de la paroisse de Clarendon, au centre de la Jamaïque - mais c'est en Grande-Bretagne qu'il a commencé à écrire ses textes engagés qui dénoncent la situation politique et sociale de son île d'origine. Au début des années 1970, alors qu'il était membre des Black Panthers, Johnson participe à la fondation d'une association de poètes et de percussionnistes noirs, le Rasta Love. En 1974, le journal Race Today publie son premier recueil de poésie, Voices of the Living and the Dead. En 1978, Dread Beat An'Blood, son second livre, fait l'objet d'une adaptation musicale sur un disque qui sort sous le label de Virgin. En 1980, la sortie de Inglan is a Bitch inaugure une série de quatre albums publiés par le label Island (Forces of Victory, 1979 ; Bass Culture, 1980 ; LKJ in Dub, 1981 et Making History, 1983). LKJ lance en 1981 son propre label (LKJ Records) en même temps qu'il commence à travailler comme journaliste auprès de Race Today, de Channel 4 et de la BBC pour laquelle il produit des séries d'émissions sur la culture jamaïcaine. Ses tournées en compagnie du Dennis Bovell Dub Band sont toujours suivies de près par les amateurs de ce genre musical, alliant poésie récitée en patois jamaïcain et lignes de basse reggae, qu'on appelle " dub poetry ".

Bob Marley. Figure de proue du reggae, Robert Nesta Marley naquit le 6 février 1945 à Nine Miles, une petite communauté rurale de la province de Saint Ann. Sa mère, Cedella Marley, a 19 ans et son père, le capitaine Norval Marley, un officier jamaïcain du régiment des Indes orientales âgé d'une cinquantaine d'années, l'a épousée en juin 1944 au grand désarroi de sa famille blanche et bourgeoise. Norval décède dix ans plus tard. Carla quitte alors la paisible campagne jamaïcaine pour Kingston dans l'espoir d'y trouver un emploi. La petite famille s'installe à Trench Town, un ghetto de la capitale où règnent pauvreté et violence. Les Rude Boys, génération d'adolescents urbains livrés à eux-mêmes seront la deuxième famille de Bob Marley. A leur contact, il apprend l'école de la rue. C'est à Trench Town qu'il rencontre Bunny Livingston, un voisin connu plus tard sous le nom de Bunny Wailer, avec lequel il fuit le quotidien dans la musique. Très vite, Bob acquiert la conviction que la musique est sa véritable voie et il abandonne ses études.

Il passe sa première audition et enregistre son premier morceau en 1962. Il crée en 1963 les Wailing Rude Boys - devenus les Wailing Wailers, puis les Wailers - avec Bunny Wailer, Peter Tosh, Junior Braithwaite et deux choristes. Ils enregistrent leurs premiers albums, passant des rythmes ska, au rock steady puis au reggae. Le succès est immédiat dans l'île et le groupe s'impose très vite comme le plus grand groupe jamaïcain. Devant les difficultés financières et les salaires de misère, le groupe se dissout. Bob épouse Rita Anderson le 10 février 1966, elle lui donnera cinq enfants. Le jour suivant son mariage, il part rejoindre sa mère qui s'est remariée et vit désormais aux Etats-Unis. Son exil sera de courte durée, huit mois plus tard, en octobre 1966, le voilà de retour en Jamaïque. Son groupe musical renaît en un trio, The Wailers, désormais formé de Bob, Peter et Bunny qui, sous la férule de Lee Perry va connaître un succès extraordinaire dans toutes les Caraïbes. Bob épouse le mouvement rasta avec lequel il flirtait depuis quelques années et qui fait de plus en plus d'adeptes dans l'île. Il s'engage plus radicalement, se range aux côtés des pauvres et des exclus. Sa musique se fait l'écho de ses nouvelles croyances et de son combat spirituel et social ; l'amour, le militantisme et la religion seront désormais les trois thèmes de ses chansons.

Mais le groupe n'est toujours pas rentable. Pour ajouter aux difficultés du groupe, Bunny Wailer est mis à l'ombre durant une année pour usage de marijuana.

Une fois encore, Bob Marley va abandonner provisoirement la musique pour se retirer dans sa campagne natale et y vivre au contact de la nature en cultivant la terre. Cet exil de courte durée sera interrompu par Johnny Nash, un chanteur noir américain à la recherche de jeunes talents. Les Wailers acceptent d'enregistrer un album avec Johnny Nash. Entre-temps, Lee Perry a créé un nouveau label et un orchestre de musiciens de studios, les Upsetters. Il enregistre deux albums avec les Wailers, Soul Revolution et Soul Rebel. En 1970, les Wailers créent leur propre studio Tuff Gong, un ancien surnom de Bob, et enregistrent Trench Town Rock. Toutefois le groupe reste inconnu de la scène internationale jusqu'à la rencontre avec Chris Blackwell en 1971. En 1972, les Wailers s'unissent aux Upsetters et enregistrent l'album Catch a Fire. C'est le début du succès international, les albums, dont Burnin', et les concerts se succèdent consolidant la reconnaissance du groupe et consacrant le reggae. Le groupe se dissout pourtant en 1975, le charisme de Bob qui se révèle l'âme du groupe laisse par trop dans l'ombre les autres membres qui veulent leur part de gloire. C'est le début de la belle carrière solo de Peter Tosh et de celle, moins brillante, de Bunny Wailer.

De son côté, Bob Marley poursuit sa carrière en conservant le nom des Wailers. Il s'adjoint un trio de choeurs, les I Threes, composé de sa femme, Rita, de Marcia Griffiths et de Judy Mowatt. Les albums se succèdent, Natty Dread, Rastaman Vibration, Exodus, Survival... Son impact grandit en Jamaïque où la fermeté de ses positions rastafariennes rencontre le meilleur accueil auprès de la jeunesse des ghettos. Dans l'ébullition de la période préélectorale de 1976, dans un contexte de crise économique et sociale aiguë, Bob Marley et son équipe sont victimes d'un attentat au domicile du chanteur deux jours avant le Smile Concert dont Marley espérait qu'il aiderait à détendre le climat politique.

C'est blessé qu'il montera sur scène le 5 décembre 1976 pour un concert gratuit donné au National Heroes Park de Kingston. Il écrira plus tard une chanson, Ambush in the Night, rappelant cet épisode. En 1978, les rivalités politiques des deux partis ennemis explosent en une vague de violence. Au mois d'avril, Marley donne à Kingston le One Love Peace Concert pour commémorer le douzième anniversaire de la visite de l'empereur d'Ethiopie dans l'île. Au cours du concert, il réconcilie symboliquement le Premier ministre Michael Manley et son opposant Edward Seaga dont les partisans s'entre-tuent en leur faisant chanter " One Love, one Heart, let's get together and feel allright... " Les concerts reprennent en Europe et en Afrique, où Bob reçoit un accueil sans pareil. Il sera à Salisbury le 17 avril 1981, le jour de l'indépendance du Zimbabwe, l'ancienne Rhodésie, pour consacrer par un concert la naissance du jeune Etat africain.

Les enregistrements se succèdent jusqu'en 1981, date à laquelle on diagnostique un cancer chez Bob Marley. Cette même année, un mois avant sa disparition, il est décoré de l'ordre national du Mérite, pour sa contribution au développement international du reggae et à la promotion de la culture de l'île. Au terme de dix-huit mois d'un combat éprouvant et inégal, il s'éteint dans un hôpital de Miami le 11 mai 1981 avant d'avoir pu regagner son île natale. Il avait 36 ans et était au sommet de sa gloire. Un deuil national sera décidé en Jamaïque.

Le 21 mai 1981, c'est la Jamaïque tout entière qui lui rend un dernier hommage digne du héros national qu'il était devenu : son corps revêtu de jean est exposé toute une journée dans le stade national de Kingston, avec une bible dans la main droite, une guitare dans la main gauche, et un béret aux couleurs du drapeau éthiopien, vert, rouge et jaune. Une foule innombrable, plus de 25 000 personnes, menée par le chef du gouvernement et les officiels, défile toute la journée devant sa dépouille. Le jour suivant, une cérémonie religieuse célébrée selon le culte orthodoxe éthiopien a lieu et son corps est reconduit dans le village de Nine Miles, dans les collines de la paroisse de Saint Ann, où il avait vu le jour. Le cortège funéraire s'étirait sur plus de 70 kilomètres... Il repose aujourd'hui dans un modeste mausolée de marbre blanc.

Les fils Marley continuent de porter haut le flambeau de la musique. Ils étaient tous ensemble réunis sur la scène à Kingston, Damian Junior Gong et Ziggy Marley en tête, dans un concert à la mémoire de leur père en février 2007. Sa maman décède en 2008, à l'âge de 81 ans, dans sa résidence de Miami.

Le legs de Bob Marley au monde de la musique est considérable. Il a enregistré plus d'une cinquantaine d'albums, vendu plus de trente millions de disques et la vente de ses albums ne cesse de progresser dans tous les pays du monde.

Sugar Minott. Né Lincoln Minott le 26 mai 1956 à Kingston et décédé soudainement en juillet 2010, il grandit dans le quartier de Delamare Avenue et plonge dans la musique dès son plus jeune âge. Le sound system de Clement Dodd, Down Beat, opère continuellement derrière chez lui et c'est tout naturellement qu'il se met à chanter. Vers quinze ans, il participe à la formation du groupe The African Brothers, aux côtés de Tony Tuff et Eric Bobbles. Talentueux, ils enregistrent alors une douzaine de morceaux avec l'aide de leurs grands frères spirituels, les musiciens du Soul Syndicate Band (Earl " Chinna " Smith, Tony Chin, George Fullwood, et Carlton " Sanat " Davis). Le trio tente ensuite quelques auditions infructueuses chez Studio One, qui s'avèrent profitables pour le jeune Sugar. Clement Dodd lui conseille vivement d'attaquer une carrière solo. Quelques mois plus tard, il fait partie de l'écurie Studio One et enregistre hit sur hit. Sugar est l'artiste jamaïcain qui compte le plus grand nombre d'albums enregistrés chez Coxsone : pas moins de cinq. En 1979, il lance son propre label et studio, Black Roots et développe une " écurie " qui en 1983 prend le nom de Youth Promotion tant son effet est puissant. Sugar a, entre autres, lancé Junior Reid, Yami Bolo, Tristan Palmer, ou encore Garnett Silk. Sa mort a beaucoup attristé les Jamaïcains et il restera comme une figure légendaire du reggae.

Count Ossie. Né en 1928, mort en 1976, ce percussionniste de talent est l'un des précurseurs du rythme reggae. Son rôle dans les liens tissés entre la musique et la religion rastafarienne est fondamental. Dans les années 1940, il travaille sur les rythmiques des tambours burru d'Afrique, crée une communauté dans la capitale et fonde son groupe musical, The Mystic Revelation of Rastafari.

Lee Scratch Perry. Rainford Hugh Perry est né le 28 mars 1936 à Kendal, un petit village de la paroisse de Hanover, dans une modeste famille d'ouvriers agricoles. Très vite il quitte l'école pour se frayer un chemin dans la vie. Il commence son itinéraire comme joueur professionnel de dominos, participant à de nombreux tournois. Sous le nom de Neat Little Thing, il devient un célèbre animateur de soirées jazz, puis rejoint la capitale à la fin des années 1950. Après avoir frappé à la porte du producteur Duke Reid, il devient l'homme à tout faire du producteur Coxson Dodd avant de diriger son sound system. Il supervise des séances d'enregistrement, découvre le trio The Maytals, et écrit des chansons pour d'autres. Après avoir collaboré avec différents producteurs, il fonde en 1968 son propre label Upsetter Records. A cette époque son succès est déjà considérable, il travaille avec, entre autres, les Wailers avec lesquels il va collaborer jusqu'en 1978. En 1974, il ouvre son propre studio, le Black Art. Il y développe des techniques de mix et d'enregistrement qui stupéfient les connaisseurs, usant de secrets à ce jour encore non révélés. Bruitages étranges, effets sonores audacieux... il fait sonner les instruments et les voix comme personne et crée de nouveaux rythmes, en mêlant les sonorités tribales et les percussions traditionnelles buru aux basses et claviers modernes dans une jungle sonore, dont les échos résonnent jusqu'à aujourd'hui, intemporels. ce petit homme aux traits de Pygmée possède le talent d'un artiste total et précurseur, creusant le sillon d'un reggae novateur plein d'un caractère sauvage.

Brillant, bouillonnant, mystique, provocateur et poète, tour à tour chanteur, compositeur, auteur, découvreur de talents, directeur artistique, arrangeur, ingénieur du son, producteur et peintre, l'un des faits majeurs de sa fabuleuse carrière reste pourtant sa collaboration avec les Wailers, malgré des centaines de disques tous plus surprenants les uns que les autres.

Outre les Wailers, il produira de grands noms du reggae, Max Romeo, U Roy, King Tubby, The Congos... Basé en Suisse depuis le début des années 1990, marié à une Suissesse, il partage son temps entre Zurich, Kingston et Londres, continuant à enregistrer seul ou au sein de formations. Pour en savoir plus, lire le livre de David Katz, People Funny Boy. Il a fêté ses 75 ans à Paris en mars 2010, lors d'un concert mémorable.

Burning Spear. Voilà bien une figure légendaire du reggae. Né en 1948 dans la province de Saint Ann, comme Bob Marley et Marcus Garvey, le jeune Winston Rodney démarre sa carrière en 1969, choisissant le nom de Burning Spear, emprunté à Jomo Kenyatta, militant pour la liberté africaine et fondateur du Kenya. Il est pris en main par le tout puissant producteur Clement Coxsone Dodd, pour lequel il enregistre deux albums ; Burning Spear et Rocking Time. Il quitte Studio One en 1972 pour le producteur Jack Ruby avec lequel il enregistre une série d'albums qui sont édités en Europe par le label de Chris Blackwell (Island). Après deux albums très roots avec Jack Ruby, Spear prend de l'indépendance et se produit lui-même dès 1977. Rastafarien, prophète visionnaire et partisan convaincu des théories de Marcus Garvey, toute sa carrière musicale témoigne de son engagement et de ses croyances et possède une dimension poétique et spirituelle inégalée. Cet artiste est certainement celui qui, entre tous, est resté le plus fidèle à lui-même, à ses convictions, au style puissant et mystique qui a fait la force de ses débuts. Il se produit régulièrement sur la scène internationale et a sorti son nouvel album Jah is Real en 2009, pour lequel il a remporté son second Grammy Award, après celui glané pour Calling Rastafari dix ans plus tôt.

Peter Tosh. Winston Hubert McIntosh est né le 19 octobre 1944 à Grange Hill, dans la partie occidentale de l'île. Dès son plus jeune âge, la musique fait partie de sa vie ; il chante, apprend le piano puis la guitare. A quinze ans, il part chercher fortune à Kingston. C'est là, dans le quartier de Trench Town, qu'il rencontre Nesta Robert Marley et Neville Livingston. Hantés tous trois par les mêmes rêves, ils forment le groupe des Wailing Rude Boys avec Junior Braithwaite et deux choristes. Fin 1963, ils enregistrent leur premier morceau, Simmer Down, qui sera un succès immédiat. En 10 ans, les Wailing Rude Boys, devenus les Wailers, vont porter le reggae sur le devant de la scène internationale et en devenir le porte-parole incontournable. Fin 1973, le groupe se dissout et Peter Tosh démarre une carrière solo. Il sort en 1976 Legalize it, un premier album très controversé et boycotté en Jamaïque parce qu'il prône la légalisation de la marijuana. Prompt à dénoncer l'oppression de son peuple, il aborde de front les thèmes sociaux et politiques dans ses chansons, ce qui attire sur elles la censure et les pressions policières.

D'albums en tournées internationales, depuis ses débuts au sein des Wailers jusqu'à sa collaboration avec les Rolling Stones lors de leur tournée en 1978, Peter Tosh, libre et provocateur, aura toujours été une figure centrale du reggae. Le 11 septembre 1987, il est abattu dans son domicile à Kingston dans des conditions jamais réellement élucidées. Un monument a été élevé à sa mémoire à Belmont, dans la province de Westmoreland.

King Tubby. C'est à cet ingénieur du son très innovateur que l'on doit le dub, version retravaillée et sans paroles de morceaux célèbres. Osborne Ruddock est né en 1941 à Kingston et est mort assassiné le 6 février 1989. Il a traversé les époques musicales du rock steady au reggae digitalisé, dirigé un sound system, le King Tubby's Home Town Hi Fi, par où tous les grands toasters jamaïcains sont passés, un des plus fidèles fut I Roy, et notablement marqué l'évolution des techniques musicales. Dans son studio, installé dans la petite demeure où il vivait avec sa mère, ont été enregistrées une grande partie des parties vocales du reggae roots entre 1975 et 1981. King Tubby a formé à la science du dub d'autres ingénieurs très prolifiques dont Everton Brown dit " The Scientist ", ou encore Prince Jammy, devenu King Jammy.

U Roy. Les DJs d'aujourd'hui doivent beaucoup à Eward Beckford alias U Roy, cette grande figure des sound systems né en 1942 à Kingston. C'est lui qui mit au point et répandit l'art du toast, une improvisation orale sur les morceaux musicaux dont les paroles ont été effacées. Son mentor et modèle reste Count Machucki, mais il fut le premier DJ à sortir un album en 1971, Version Galore. Ses inventions ont connu un énorme succès. Artistes du même style : I Roy, Clint Eastwood, Big Youth, Trinity, Dillinger, Jah Thomas, Lone Ranger, U Brown... En 2012, il sort un nouvel album, " Pray Fi Di People ".

Bunny Wailer. Neville O'Riley Livingston est un ami d'enfance de Bob Marley. Né en 1947 à Kingston, il est le cofondateur des Wailers avec Bob et Peter Tosh. Le groupe lui doit quelques compositions magnifiques et sa dimension vocale. Il laisse tomber les Wailers en 1974, ne supportant plus les contraintes du succès, notamment le plan des concerts et des tournées. Sa belle carrière solo lui vaudra un Grammy Award en 1994.

Yellow Man. Ce DJ professionnel est né sous le nom de Winston Forster en 1956, à Kingston. C'est parce qu'il est albinos qu'il s'est choisi ce surnom sur mesure. Après avoir suivi des études pour enfants surdoués, il devient dès 1974 l'un des premiers DJ de la scène dance jamaïcaine. Dans les années 1980, il enregistre de nombreux albums, développant une technique et un style original. Il est l'un des meilleurs représentants du style slack, adoucissant ses paroles à caractère pornographique par la dérision. Ce mégalomane sympathique, drôle et sexy, occupe une place prépondérante sur la scène du reggae.

Les artistes contemporains

Les jeunes Jamaïcains, bien que très avertis des légendes reggae, leur préfèrent les stars locales d'aujourd'hui tels Elephant Man, Sizzla, ou Wayne Marshall, et internationales tels 50 Cent, Eminem ou Céline Dion. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Céline Dion est une véritable icône en Jamaïque, et en dehors des superstars du hip-hop, c'est la seule artiste non jamaïcaine dont les disques figurent constamment dans les échoppes de disques à côté de ceux de Bounty Killer, Sizzla, et Beres Hammond, et pour laquelle des jeunes aux airs de Tupac Shakur sont plein d'admiration, au point de reprendre ses airs sur des pistes de karaoké.

Beres Hamond. Cet ex-membre du groupe Zap Pow - qu'il a quitté à la fin des années 1970 - est le seul ancien artiste qui rivalise avec les jeunes dans les charts en Jamaïque. Il est même probablement l'artiste le plus fédérateur du peuple jamaïcain, adulé et écouté par toutes les classes et toutes les générations. Ce lover man (plus de 90 % de textes d'amour) qui définit son studio de Harmony House comme un lieu plus intime que sa chambre, provoque l'hystérie chez les ménagères de 17 à 77 ans dès qu'il monte sur scène, et se voit offrir systématiquement des bouquets de petites culottes. Toujours souriant et charmeur, il est l'amant jamaïcain par excellence. Installé sur les hauteurs de Stony Hill, il alimente régulièrement les charts en nouvelles ballades du type Rock Away.

Bounty Killer. Surnommé Warlord et " The poor people governor ", le gouverneur des pauvres, Bounty Killer est bien la voix des ghettos, au point que certains de ses morceaux, considérés trop virulents et antigouvernementaux, sont censurés. C'est après avoir pris une balle en rentrant de l'école dans son quartier de Mountain View, à Kingston, que ce deejay a décidé d'entamer une carrière d'artiste, de messager. Dj-phare dans les années 1980 et ayant débuté chez les producteurs King Jammy et Black Scorpio, Bounty s'est notamment fait connaître pour sa rivalité avec le deejay Beenie Man, mise en avant aux cours de multiples clash (combat de dj) restés gravés dans les annales. Il est aussi un des premiers à avoir tenté le mélange du dancehall et du hip-hop, avec l'album My Xperience. Bounty Killer occupe une place de choix dans le coeur des Jamaïcains ; il est considéré par la majorité comme le meilleur deejay de l'île.

Luciano. Dans la lignée de Bob Marley, revenant aux racines du reggae, Jepther McClymont, de son vrai nom, est un chanteur rasta qui marque le regain d'intérêt pour le reggae traditionnel, le reggae roots. Luciano s'intéresse à la culture et aux racines jamaïcaines ainsi qu'aux thèmes traditionnels du rastafarisme. Il dit de son travail que c'est une croisade spirituelle au profit de l'humanité entière. Ses ballades évoquent les difficultés de la vie, la lutte pour l'indépendance et la liberté.

Sean Paul. Enfant jamaïcain aux quatre grands-parents d'origines différentes, ce métis d'uptown Kingston se fait beaucoup entendre ces temps-ci depuis qu'il a squatté pendant des semaines le billboard américain avec son tube Gimme the Light. S'il a aujourd'hui explosé, Sean Paul était encore inconnu il y a quelques années. Ses origines sociales ont été la première barrière à sa carrière ; il voulait chanter social mais les producteurs refusaient. Il dut se tourner vers les gal tunes, textes sur les filles. Son premier tube Hot Gal Today (en combinaison avec M. Vegas) lui a ouvert les portes de l'international. Il fait partie, avec Elephant et Beenie Man, des tops entertainers, dont chaque nouveau tube s'accompagne d'un nouveau pas de danse qui pousse à la fièvre du samedi soir.

Garnett Silk. Décédé en 1994 dans des conditions restées obscures, Garnett Silk est depuis Marley l'artiste qui a le plus marqué l'île de son influence. C'est à lui que l'on doit le retour du reggae roots conscient au début des années 1990. Originaire de Mandeville, cet artiste, disparu trop jeune, est célébré chaque année par un gigantesque festival qui se tient au mois d'avril dans sa ville de naissance. Toutes les stars de l'île s'y retrouvent sous la houlette de Jah Mikes du label Kariang, organisateur de cet hommage annuel dont les bénéfices sont versés à la famille de feu Garnett Silk.

Sizzla et Capleton. Respectivement originaires de August Town et de Papine à Kingston, ces deux artistes sont le fer de lance de la nouvelle branche des stars Bobos. Les Bobos étant une branche à part du mouvement rasta dont on reconnaît les membres au turban qu'ils portent sur la tête, couvrant leurs dreadlocks. Jusqu'à la mort il y a quelques années de Prince Emmanuel - le leader des Bobos - les Bobos, même chanteurs, n'étaient pas autorisés à enregistrer des morceaux. Ils sont censés vivre dans la méditation, et de la vente des balais qu'ils fabriquent et qu'on trouve dans tout le pays. Mais les règles ont changé depuis l'avènement de Capleton et Sizzla, tous deux adeptes du concept " More Fire ", plus de feu, un concept purificateur des vices de la société capitaliste et impérialiste. Les Bobos enregistrent et sont même devenus des stars. Ils tiennent toujours le sabbat du vendredi 18h au samedi 18h, 24 heures dont ils profitent pour partir méditer dans les collines, en retrait. Les Bobos sont considérés comme un bras extrémiste du mouvement rasta, et ils sont accusés par la presse, à tort ou à raison, de sexisme, racisme et xénophobie. Ils sont en tout cas très populaires en Jamaïque et dans le monde. Sizzla possède plus de vingt albums à son actif dont les meilleurs sont Black Woman & Child et Real Thing.

Chronixx et Protoje. Jamar Rolando McNaughton Jr aka Chronixx ou " Little Chronicle " est le fils du chanteur Chronicle. Depuis 2012, on entend sa voix douce mélodieuse et claire très souvent à la radio. Loin des clichés dancehall de rude boys, il fait partie de la vague " reggae revival " en remettant à l'ordre du jour des textes engagés, anti-guerre, ou même chansons romantiques. Son EP Dread & Terrible sorti en 2014 a flirté avec la première place du Billboard Top Reggae Albums pendant plusieurs mois.

Protoje de son vrai nom Oje Ken Ollivierre est un autre chanteur dans le même esprit, fils de la chanteuse Lorna Benett et d'un joueur de calypso de Saint-Vincent. Lui aussi aime parler de violence, d'injustice, de religion et d'amour. Son 3e album sorti en 2015, Ancient Future, a cartonné grâce à l'énorme hit en featuring de Chronixx Who Knows, qui a tourné en boucle sur toutes les radios des West Indies.

Discographie sélective

Il est bien difficile de proposer une discographie sélective et représentative de tous les styles qui s'entrecroisent au gré des enregistrements, tant est fertile la production des artistes jamaïcains. Etablie avec l'aide de professionnels, la sélection suivante aborde tous les styles : le calypso, le ska, le reggae traditionnel et ses expressions les plus récentes ou le jazz.

Soul jamaïcaine

Jackie Opel : Cry me a river, Studio One.

Trojan Box Soulful, Trojan.

Ska

The Skatalites : Foundation Ska, Heartbeat.

The Skatalites : From Paris with Love, Mélodie.

Don Drummond : The Best-of, Studio One.

Desmond Dekker : King of Ska, Trojan.

The Wailers : One Love at Studio One, Heartbeat.

The Maytals : Sensational Ska Explosion, Jamaica Gold.

Max Romeo : Many Moods of.

Rock steady - Early reggae

Bob Andy : Song Book, Studio One.

Peter Tosh : The Toughest, Heartbeat.

The Heptones : On Top, Studio One.

Alton Ellis : Sings Rock & Soul, Studio One.

Keith & Tex : Stop That Train, Crystal.

Derrick Harriott : A Place Called Jamaica, Makasound.

The Wailers : The Complete Wailers Pt. 1, 2, 3, 4, 1968-1972, JAD/EMI.

Ken Boothe : A Man and His Hits, Heartbeat.

Alton Ellis : Arise Black Man, Moll Selecta.

The Paragons : On The Beach, Treasure Isle.

Horace Andy : Skylarking, Studio One.

Dennis Brown : No Man is an Island, Studio One.

Alton Ellis : Arise Blackman 1968-1978, Moll Selekta.

The Wailing Souls : The Wailing Souls, Studio One.

Justin Hinds & The Dominoes : Travel with Love.

Nyahbingy

Ras Michael & The Sons of Negus : Dadawa/Peace & Love, Trojan.

Count Ossie & The Mystic Revelation of Rastafari : Tales of Mozambique, Esoldun.

Count Ossie & The Mystic Revelation of Rastafari : Grounation, Ashanti.

The Light of Saba : Light of Saba.

Reggae roots

The Abyssinians : Forward on to Zion.

The African Brothers : Want Some Freedom, Easy Star.

Horace Andy : Dancehall Style, Wackie's.

Black Uhuru : Black sounds of freedom, Greensleeves.

Burning Spear : Rocking Time, Coxsone.

Burning Spear : Hail H.I.M, EMI.

Dennis Brown : The Promised Land, Blood & Fire.

Earl Sixteen : Soldier of Jah Army, Patate Records.

The Gladiators : Once Upon A Time in Jamaica, XIII bis Records.

The Gladiators : Trenchtown Mix Up, Virgin.

The Heptones : On Top, Studio One.

The Heptones : Night Food, Island.

Hugh Mundell : The Blessed Youth, Makasound.

Hugh Mundell : Africa must be free by 1983, Greensleeves.

Israel Vibration : Unconquered People, EMI.

The Meditations : Guidance, Makasound.

The Meditations : I Love Jah, Wackie's/EFA.

The Mighty Diamonds : Right Time, Virgin.

The Mighty Diamonds : Deeper Roots, Virgin.

Sugar Minott : Ghetto-Ology + Dub, Easy Star.

Jack Ruby : Presents the Black Foundation, Heartbeat.

Lee Perry : Arkology, Island.

Lee Perry : Mistyc Warrior, Ariwa.

Love Joys : Reggae Vibe, EFA/Wackie's.

Knowledge : Straight Outta Trenchtown, Makasound.

Barrington Levy : Bounty Hunter, Jah Life.

Winston McAnuff : Diary of the Silent Years, Makasound.

Freddie McGregor : Bobby Babylon, Studio One.

Bob Marley & The Wailers : Natty Dread, Island.

Bob Marley & The Wailers : Catch A Fire, Island.

Bob Marley & The Wailers : Survival, Island.

Pablo Moses : Revolutionnary Dream, Globe Music.

Johnny Osbourne : Truths & Rights, Studio One.

Prince Alla & Junior Ross : I Can Hear The Children Singing, Blood & Fire.

Rico Rodriquez : Man From Wareika, Island.

Max Romeo : War Ina Babylon, Island.

Third World : 96° in the Shade, Island.

The Twinkle Brothers : Rasta 'Pon Top, Twinkle.

Toots & The Maytals : Funky Kingston, Island.

Delroy Williams : I Stand Black, Makasound.

Willie Williams : Messenger Man, Drum Street.

Yabby You : Jesus Dread, Blood & Fire.

Deejay's

Big Youth : Natty Cultural Dread, Blood & Fire.

Big Youth : Dread Locks Dread, Virgin.

Doctor Alimentado : Best Dressed Chicken in Town, Keyman/Greensleeves.

Dillinger : Ready Natty Dreadie, Studio One.

Dillinger : CB 200, Island.

I Roy : Don't Check Me With No Light Stuff, Blood & Fire.

I Roy : Hell & Sorrow, Trojan.

Jah Lion : Columbia Colly, Island.

Lone Ranger : Badda Dan Dem, Studio One.

Prince Far I : Psalms For I, Pressure Sound.

Prince Far I : Message From The King, Virgin.

Prince Jazzbo : Ital Corner, Shanachie.

Ranking Dread : Girls Fiesta, Burning Sounds.

Tapper Zukie : MPLA, Virgin.

Tapper Zukie : Man Ah Warrior.

Toyan : How The West Was Won, Greensleeves.

Trinity : Shanty Town Determination, Blood & Fire.

U Brown : Repatriation, Patate Records.

U Roy : Version Galore, Treasure Isle.

U Roy : Natty Rebel, Virgin.

Dub poets

LKJ : Forces of Victory.

Michael Smith : Mi Cyan't Believe It, Island.

Mutabaruka : Check It, High Time.

Dub

Aswad : A New Chapter of Dub, Island.

Inner Circle : Heavyweight + Killer Dub, Blood & Fire.

Ja-man All Stars : In the Dub Zone, Blood & Fire.

Jack Ruby : Presents the Black Foundation in DUB, Heartbeat.

Joe Gibbs & The Professionnals : No Bones for The Dogs, Pressure Sound.

Keith Hudson : Pick A Dub.

King Tubby : Dub from Roots.

Mikey Dread : African Anthem, DATC.

Niney The Observer : Sledgehammer Dub, Motion Record.

Lee Perry : Scratch Attack, Shanachie.

Prince Jammy : Kamikaze Dub, Trojan.

Prince Far I : Dub To Africa, Pressure Sound.

Scientist : Win The World Cup, Greensleeves.

Scientist : Big Showdown 1980, Greensleeves.

Wackie's : Super Dub, EFA/Wackie's.

Dancehall - Reggae moderne

Anthony B : Seven Seals.

Anthony B : Live.

Buju Banton : Inna Heights, Penthouse.

Buju Banton : Till Shiloh, Penthouse.

Bounty Killer : My Xperience, VP Records.

Bounty Killer : Ghetto Dictionnary, VP Records.

Beenie Man : Blessed, Island.

Chacka Demus & Pliers : Teese Me, Mango.

Capleton : Still Blazin, VP Records.

Capleton : Prophecy, Defjam.

Chronixx : Dread & Terrible, Zincfence.

Compilation : The Biggest Ragga Dancehall Anthems 2002, Greensleeves.

Elephant Man : Higher Level, Greensleeves.

Garnett Silk : The definitive Collection, Atlantic.

Jah Cure : Free.

Lady Saw : Give Me the reason, VP Records.

Luciano : Great Controversy, Jet Star.

Luciano : Serve Jah, VP Records.

Damian Marley : Welcome to Jam'Rock.

Mavado : Life of Gully God.

Ninjaman : Bounty Hunter, Digital B.

Protoje. Ancient Future, Indiggnation Collective

Rough Ina Town : The Exterminator Sound, Maximum Pressure.

Sean Paul : Dutty Rock, VP Records.

Sizzla : Da Real Thing, VP Records.

Sizzla : Black Woman & Child, Xterminator.

Tarrus Riley : Contagious.

Vegas : Heads High, Greensleeves.

Ward 21 : Mentally Disturbed, Greensleeves et U know-how we rool.

Warrior King : Virtuous Woman, VP Records.

Peinture et arts graphiques
<p>Peinture naïve.</p>

Peinture naïve.

Comme en témoignent les quelques pétroglyphes, sculptures et poteries rudimentaires qu'ils ont laissés, les Arawak n'avaient pas atteint un développement artistique très avancé lors de la découverte de l'île par Christophe Colomb. Les rares pièces intéressantes sont aujourd'hui exposées au British Museum de Londres et au Metropolitan Museum of Art de New York. Les Espagnols n'ont laissé que peu de traces de la colonisation, que les Anglais se sont hâtés de détruire dès leur entrée en scène dans l'histoire de l'île. Quelques fresques sculptées sur la pierre à New Seville sont tout ce qui reste du passage des Espagnols au XVIe siècle. Les Anglais devenus propriétaires de l'île ont gardé des liens très forts avec l'Europe, commandant la grande majorité des oeuvres d'art qui ornent leurs demeures et les églises aux artistes consacrés du vieux continent. Les oeuvres datant de la colonisation anglaise, les tableaux, les sculptures néoclassiques, les vitraux et le mobilier des principales églises protestantes ont ainsi été envoyés par bateau en kit, et montés dans l'île.

La tradition picturale jamaïcaine n'a vu le jour qu'à travers les artistes étrangers qui ont fait de brefs séjours dans l'île afin d'y réaliser les portraits des riches planteurs et de leurs familles. Profitant de leur visite dans l'île, ils réalisent aussi des aquarelles ou des huiles qui vont populariser la beauté exotique de la Jamaïque. Certains d'entre eux prolongent leur séjour, ouvrant même des studios à Kingston. Le déclin de l'industrie sucrière marque également le déclin de ces peintres, qui ne viennent plus qu'épisodiquement en Jamaïque réaliser des vues classiques de bord de mer ou de ports. Quant à la production locale, elle reste confinée dans l'amateurisme des peintres du dimanche ou des aquarellistes en herbe. Par ailleurs, les restes des cultures africaines importées en même temps que les esclaves ont été réprimés et la production d'objets rituels, statuettes ou poteries est interdite par les planteurs. La tradition artistique africaine s'est perdue dans les prohibitions strictes de l'esclavagisme. Seuls le langage, le chant, la musique et la danse ont pu survivre. On ne note aucune production artistique indigène significative jusqu'à l'arrivée sur la scène artistique insulaire de l'artiste la plus douée de sa génération, Edna Manley, dont la popularité naît en même temps que la prise de conscience nationaliste et anticolonialiste. Ce qu'on appelle le Art Movement date de 1922, année où Edna Manley arrive en Jamaïque après une éducation anglaise et où elle exécute sa première sculpture inspirée de la culture locale. La création de la Jamaican School of Art en 1950, où elle donne des cours, marque un tournant dans l'histoire de l'art visuel du pays. La National Galery de Kingston propose une superbe collection de pièces, depuis les temps coloniaux jusqu'à l'art expérimental des années 2000.

Le Yard Art est la manifestation d'un art populaire de peintres intuitifs formés sur le tas dans les ghettos de Trench Town ou de Tivoli Gardens. Ce sont de grandes fresques murales au style naïf représentant des scènes du quotidien ou illustrant des slogans politiques. Elles décorent les façades des maisons dans les quartiers populaires de la capitale, les devantures de café et les boutiques un peu partout dans l'île, mais aussi les parois rocheuses des montagnes, des falaises, des grottes selon la fantaisie des artistes pèlerins.

John Dunkley. Le premier véritable peintre jamaïcain est né en 1881. Coiffeur barbier de son état, il officie dans sa boutique au centre-ville de Kingston. Il recouvre les murs de sa boutique et ses ustensiles d'étonnants symboles. Peintre aventurier, il parcourt l'Amérique latine à la recherche de la fortune. Il se tourne ensuite vers la peinture sur toile ; ses images symboliques déroutantes, parfois morbides en ont fait le peintre le plus coté du pays.

Osmond Watson. Né à Kingston en 1934 et mort en 2005, ce peintre, auteur de toiles comme The Laud is my Sheper ou Freedom Fighter, a su mêler cubisme et art africain à une technique purement jamaïcaine, acquise à l'école nationale d'art. A travers ses portraits, c'est l'âme profonde de la population de l'île qui est honorée, à travers des oeuvres aux couleurs vives, puissantes et contrastées.

Mallica Reynolds, dit Kapo, mort en 1989, est l'un des artistes les plus connus du pays. Ancien leader revivaliste, il développe des thèmes insulaires et mystiques, paysages et visions, et il sculpte également le bois. Son oeuvre est largement présente à la National Gallery.

Allan Zion est un peintre rasta qui s'inspire de la vie quotidienne et traditionnelle de la campagne.

Albert Artwell. Né en 1942, ce peintre est sans doute le meilleur représentant de la peinture populaire jamaïcaine. Dans un style naïf, tout en couleurs joyeuses et personnages symétriques, Artwell a conquis un large public dans le monde entier. La Jamaïque chantante, couronnée d'azur, avec sa nature exubérante et ses cabanes de bois peintes en rouge, vert et or, guide la plupart de ses toiles, inspirées par les Ecrits saints et la tradition rasta du retour en Afrique.

Barrington Watson est né à Hanover en 1931. Le peintre a poursuivi ses études d'arts plastiques au Royal College of Art à Londres et à l'Académie de la Grande Chaumière à Paris, entre autres. De retour sur son île en 1961, il s'impose rapidement comme la figure incontournable du courant post-indépendance : scènes de vie, portrait, érotisme, nu. Il crée alors la Contemporary Jamaican Artists' Association (1964-1974) aux côtés de Eugene Hyde et Karl Parboosingh ; et a été Directeur d'études à la Jamaica School of Art. Parmi ses oeuvres remarquables : les fresques Our Heritage (1974) à l'Olympia Art Centre et The Garden Party (1975), l'installation en collaboration avec Cecil Baugh Trust (1975) à la Bank of Jamaica ; ainsi que plusieurs portraits officiels dont Martin Luther King (1970) au Spelman College à Atlanta. Certaines de ses oeuvres sont exposées à la National Gallery de Kingston dont Mother and Child (19589), Washer Women (1966), et Athlete's Nightmare (1966). Barrington Watson, avec pas moins de 234 oeuvres d'art, a été honoré de la Gold Musgrave Medal de l'Institut de Jamaïque en 2000. Le peintre est mort en janvier 2016. Véritable icône, sa contribution au développement du paysage artistique et culturel du pays est inestimable.

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