Guide de la Jamaïque : Politique et économie

Politique
Structure étatique

La Jamaïque est une démocratie parlementaire. Appartenant au Commonwealth, son chef de l'Etat est la reine d'Angleterre, représentée par le gouverneur général, dont la position est plus honorifique qu'opérationnelle. Le " GG ", comme l'appellent les Jamaïcains, est de nationalité jamaïcaine et son nom est proposé par le Premier ministre. Il s'agit de Patrick Allen depuis le 26 février 2009. La reine conserve quelques privilèges, dont celui de gracier les prisonniers. Le gouverneur général quant à lui peut dissoudre le Parlement, et faire mener des enquêtes sur des sujets importants - il a par exemple sollicité la présence d'observateurs internationaux pour les élections de fin 1997. Le chef du gouvernement est le Premier ministre responsable devant deux chambres. Il s'agit de Andrew Michael Holness depuis le 3 mars 2016. La Chambre des députés (63 membres élus pour 5 ans) domine et contrôle les finances. Le Sénat compte 21 membres nommés dont 13 sont recommandés par le Premier ministre ; le gouverneur choisit les autres membres sur recommandation du chef de l'opposition.

Découpage administratif. La Jamaïque est composée de trois districts administratifs ou comtés : Surrey à l'est, Middlesex au centre (le plus grand) et Cornwall à l'ouest, eux-mêmes divisés en quatorze paroisses (4 pour le Surrey, 5 pour le Middlesex et 5 pour le Cornwall). Les paroisses sont administrées par un conseil paroissial élu. Les paroisses sont une sorte d'équivalent jamaïcain, à cheval entre les communes et départements de France. Leur liste est la suivante : Clarendon, Hanover, Kingston, Manchester, Portland, Saint Andrew, Saint Ann, Saint Catherine, Saint Elizabeth, Saint James, Saint Mary, Saint Thomas, Trelawny et Westmoreland. La vie politique à la Jamaïque s'articule, comme aux Etats-Unis, sur un système bipartite. JLP et PNP alternent ainsi au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1962.

Partis

Il y a en Jamaïque deux principaux partis politiques qui sont étroitement liés aux deux grands syndicats du pays. Des partis minoritaires existent, mais les voix sont réparties de manière assez équilibrées entre les deux principaux partis historiques.

Le Jamaica Labour Party (JLP), lié au Bustamante Industrial Trade Union (BITU), a été formé en 1944 par Alexander Bustamante. Il a surtout été créé pour contester la première élection générale en Jamaïque de 1944. Le parti est au pouvoir depuis les dernières élections de février 2016 (obtention de 32 sièges avec 49,5 % des voix). Le parti a également remporté les élections locales en décembre 2016 et les élections partielles en octobre 2017 (il obtient un siège supplémentaire, le nombre s'élève donc à 33). Andrew Holness, chef du parti, est devenu Premier ministre en mars 2016.

Le People's National Party (PNP), lié au National Workers Union (NWU), fut le premier parti politique jamaïcain, fondé en 1938 par Norman Washington Manley suite à des émeutes et des troubles civils. Ce dernier s'est beaucoup investi pour le suffrage universel et l'indépendance du gouvernement jamaïcain. Avec 32 sièges soit 49,2 % des voix aux élections 2016, il est le principal parti d'opposition mené par le Dr. Peter Phillips. Le parti détient aujourd'hui 30 sièges.

Le Marcus Garvey People's Progressive Party (MGPPP), nouveau parti politique formé en 2002 par deux partis minoritaires socialiste et pan africaniste, est inspiré du parti politique créé par Marcus Garvey en 1929, mais qui avait disparu après les élections de 1930. Il est mené par le professeur d'histoire Léon Burrell, a obtenu 260 voix aux dernières élections générales de 2016, mais n'a obtenu aucun siège.

Le National Democratic Movement (NDM) fut créé en octobre 1995. Il n'est lié à aucun syndicat et il est mené par Peter Townsend. Il a obtenu 223 voix mais n'a gagné aucun siège lors des dernières élections générales de 2016.

Enjeux actuels

Vers une nouvelle République. En janvier 2012, avec l'arrivée au pouvoir du Parti national du peuple jamaïcain, mené par Portia Simpson-Miller, le statut monarchique de la Jamaïque était remis en cause. Lors de son discours officiel d'investiture, la représentante du parti a clairement annoncé vouloir " couper le cordon avec la couronne britannique ". C'était l'une de ses mesures phares mais après 4 ans de pouvoir et un échec aux dernières élections, le projet n'a jamais été mis en oeuvre. En effet, remplacer la Reine Elizabeth II par un président prend du temps au niveau législatif. Ainsi le Guyana et Trinité et Tobago ont déjà remplacé la reine par une structure républicaine comme tend à le faire tous les pays des Caraïbes sous sa domination, tout en restant dans le Commonwealth. Mais la confusion règne au sein des îles : la Caribbean Court of Justice, qui doit à terme remplacer le Privy Council comme haute Cour d'Appel, est reconnue seulement par la Barbade, Belize et le Guyana, tandis que la République dominicaine reconnait sa juridiction et que Trinité et Tobago où elle est basée ne l'a pas encore reconnue...

En Jamaïque, la chambre des représentants l'a reconnu légalement mais le Sénat doit toujours valider un nouveau triptyque législatif encore en discussion en 2015. Si le Parti national du Peuple jamaïcain soutenait la démarche, le parti de l'opposition quant à lui demandait un référendum sur la question. Désormais avec le JLP de nouveau au pouvoir, les enjeux et priorités d'une nouvelle orientation politique de gouvernance sont redéfinis.

Les enjeux pour la nouvelle gouvernance. Les principaux enjeux de l'accession au pouvoir du JLP sont classiques : réduire le déficit de la balance commerciale du pays qui créé une inflation sur les prix des biens de consommation, rend le pays dépendant de ses importations (comme toutes les îles des Caraïbes) et alourdit année après la année la dette abyssale du pays. A cela vient s'ajouter un fort taux de chômage (13,3 %) notamment chez les jeunes, qui n'arrangent pas les problèmes de pauvreté et de criminalité que connaissent les bidonvilles des grandes villes du pays, notamment Trench Town et Tivoli Garden, les deux ghettos historiques de Kingston.

Économie
Principales ressources

En 2016, la Jamaïque a enregistré un PIB de 14,03 milliards de dollars, en baisse de 1,1 % par rapport à 2015, grâce surtout au secteur des services qui génère 69 % du PIB, contre 23 % pour l'industrie et 8 % pour l'agriculture. Le tourisme est sa principale ressource (30 % du PIB), loin devant la production de bauxite/aluminium (5 % du PIB). Environ 13,3 % de la population est au chômage en 2016, tandis que la dette a atteint 119 % du PIB, l'inflation s'est chiffrée à +3,8 % et la balance extérieure était déficitaire d'environ 5 millions de dollars (soit 27 % du PIB). Des chiffres dans le rouge peu contrebalancés par des améliorations économiques, si ce n'est que le chômage recule légèrement et que son déficit commercial a baissé de 30 % grâce à une légère augmentation des exportations (principaux acheteurs : Etats-Unis 41,47 %, Canada 12,09 %, Pays-Bas 10,35 %, Russie 5,87 % et Royaume-Uni 4,15%. La France arrive en 13e position avec 0,91 %) et une baisse des importations (principaux vendeurs : Etats-Unis 39,46 %, Trinidad et Tobago 7,27 %, Chine 6,53 %, Japon 6,3 %, Mexique 4,12 %, France 0,93 % soit en 18e position).

Une île sucrière qui a tourné la page

L'agriculture jamaïcaine est fortement bipolarisée. Des exploitations intensives de grandes tailles sont implantées dans les zones fertiles et faciles d'accès, leurs produits sont destinés à l'exportation : le sucre toujours, les agrumes, les fruits tropicaux et les épices. Les petites exploitations paysannes sont reléguées dans les terres moins fertiles et moins faciles à exploiter, produisant une économie de subsistance autour de cultures mixtes. L'exode rural important, le manque de mécanisation et l'archaïsme des méthodes font perdre de l'importance au secteur agricole, qui emploie encore 20 % de la population active. Mais paradoxalement, les grandes plantations souffrent chroniquement d'un manque de main-d'oeuvre car les populations rurales se détournent d'un travail souvent mal payé.

Le pays tire encore une grande partie des recettes du commerce extérieur agricole, et notamment de l'exportation du sucre.

L'exploitation de la canne sucrière joue toujours un rôle important dans l'économie de l'île, bien que la surface exploitée et les récoltes soient en constante diminution. La moitié de la production est réalisée par de petites exploitations familiales. La Jamaïque la vend en grande partie à l'Union européenne, et un peu aux Etats-Unis. Aujourd'hui, le gouvernement continue sa politique de privatisation des exploitations. Longtemps cantonnée à son rôle d'île à sucre et d'île bananière, la Jamaïque a diversifié ses cultures, bien que le sucre et la banane représentent toujours 30 % de la production agricole. La plus grande partie de la production de bananes est destinée à l'exportation. Presque tous les produits tropicaux poussent sur le sol insulaire : noix de coco, piments, cafés, cacaos et tabacs, agrumes...

La bauxite, un coup d'accélérateur industriel

La Jamaïque est le 6e producteur mondial de bauxite (environ 8 millions de tonnes par an). Découverte en 1860, l'argile rouge qui contient fer et alumine n'est exploitée que depuis le début des années 1960, et l'essentiel des réserves de l'île est donc encore intact. Les principaux gisements se trouvent en surface et à proximité des côtes, ce qui rend l'exploitation facile et particulièrement compétitive. La proximité du marché nord-américain et la main-d'oeuvre locale bon marché sont autant d'atouts qui consolident la position de la Jamaïque dans ce secteur.

La production de bauxite a vite créé un secteur industriel fort, qui a détrôné l'agriculture. Mais son exploitation, si elle est encore loin d'avoir atteint son maxima, risque de soulever des problèmes environnementaux, et notamment paysagers. En effet, son extraction est très destructrice, puisqu'elle se fait en surface et laisse derrière elle d'immenses espaces ressemblant à des champs de bataille ensanglantés, à cause de la rougeur de cette terre ferreuse. Les boues rouges de Jamaïque s'étendent dans la périphérie de Kingston sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. Mais elles représentent aujourd'hui un potentiel économique inespéré car elles sont un immense gisement de métaux rares que les géants industriels mondiaux cherchent à exploiter. La société japonaise Nippon Light Metal a lancé en 2014 l'exploitation d'une usine pilote d'extraction de terres rares parmi les résidus de bauxite. En 2017, la plus grande usine de bauxite de l'île, Alpart, fermée depuis plus de 9 ans, a rouvert après le rachat par l'entreprise chinoise JISCO. Cette dernière a injecté 2 milliards de dollars pour moderniser l'exploitation et réembauché les 1 000 employés (dont 700 Jamaïcains) qui avaient été licenciés. Une nouvelle qui ravit les paroisses de St Elizabeth et Manchester. Sur le papier le projet semble de bonne augure mais l'implantation des Chinois est souvent synonyme de conflits sociaux et de destruction environnementale. Affaire à suivre...

Une industrialisation récente

Les industries locales sont nées de la pénurie d'importation pendant la Seconde Guerre mondiale, mais faute de capitaux, de main-d'oeuvre qualifiée et de matières premières, le développement d'un secteur industriel fort est utopique, d'autant que la capacité de consommation du marché intérieur est faible. Par ailleurs, les industries ne peuvent aujourd'hui affronter la concurrence étrangère. Les aides américaines sont considérables, autant économiques que militaires. A la fin des années 1940, la Textile Encouragement Law devait encourager les investissements locaux et étrangers. Les premières industries produiront des chaussures, puis des vêtements. La plupart des entreprises sont de petites tailles, d'où la faible productivité du pays. Principalement implantées dans la région de Kingston, elles commencent à envahir les zones rurales. On assiste aujourd'hui au démarrage d'une industrie agroalimentaire (conserveries de fruits, transformation de viande).

Place du tourisme

Le tourisme est une ressource économique très importante pour l'île. Avec près de 5 millions de touristes en 2017 (chiffre en constante évolution), il représente environ 8 % du PIB, emploie près de 100 000 personnes et a rapporté plus de 3 milliards de revenus en 2017 (l'objectif est de 5 milliards à l'horizon 2021). Les touristes français sont en augmentation certaine sur l'île, mais restent peu nombreux (environ 9 000 en 2018). Raison principale à cela : la France a déjà des stations balnéaires caribéennes implantées de longue date et sur lesquelles les tour-opérateurs défient toute concurrence, à savoir les Antilles françaises. La barrière de la langue et l'inexistence de vols directs sont aussi des facteurs. Cependant, à l'heure où nous mettons le guide à jour, de nouveaux accords sont en train de voir le jour entre la France et la Jamaïque. Le ministre du Tourisme jamaïcain s'est rendu en France en mai 2019 et les projets sont nombreux : ouverture d'un office de tourisme jamaïcain à Paris, mise en place d'un vol direct entre Paris et Montego Bay avant la fin de l'année 2019, augmentation de la capacité hôtelière destinée aux touristes français et une immense campagne de publicité dans le métro parisien pour promouvoir la destination. Les deux pays aimeraient voir passer le nombre de touristes français à 50 000 d'ici 2020.

Le tourisme en Jamaïque est une vieille tradition. L'histoire du tourisme jamaïcain remonte au tournant du siècle dernier. A cette époque, les compagnies bananières exportent leur production vers la Nouvelle Angleterre. Les bateaux reviennent à vide vers la Jamaïque et l'idée germe de les rentabiliser en convoyant des touristes vers l'île. Les premiers touristes vont ainsi débarquer dans la région de Port Antonio, qui possède une tradition d'hospitalité bien ancrée. Depuis, la fièvre touristique a gagné toute l'île et principalement la côte Nord, largement dotée de plages de rêve de Negril à Port Antonio.

Conscient du potentiel du pays, le gouvernement a dès 1944 mis au point des mesures incitatives, de nature à stimuler le développement du tourisme et la création d'hôtels : détaxe des matériaux de construction (Hotel Aid Law), création de crédits à la construction, et développement de campagnes de communication à l'étranger. Outre les plages, les ressources touristiques de l'île sont variées, en raison d'un relief montagneux planté d'une forêt vierge qui contraste avec les plages de la côte. Le développement de l'écotourisme est à l'ordre du jour mais n'a pour l'instant pas éclos, les resorts all inclusive de la côte restant les mastodontes du tourisme sur l'île. L'approche d'un tourisme basé sur la relation avec les communautés locales de pêcheurs, d'artisans ou de fermiers débute au sud de l'île.

Enfin, la Jamaïque développe un produit original hérité des tour-opérateurs anglais : le mariage tout compris et sur mesure, de la cérémonie avec témoins, bénédiction et champagne inclus, à la lune de miel, se posant ainsi en concurrente d'autres îles de rêve, voisines ou lointaines, sur le créneau du " prêt à convoler " - avec un succès non négligeable.

De nouvelles ambitions touristiques

La Jamaïque se dote pour la première fois d'une représentation dans l'Hexagone et souhaite promouvoir sa destination en France. L'objectif de cette représentation et de faire décoller les chiffres et d'attirer 50 000 voyageurs français à l'horizon 2020 (en 2017 ils étaient environ 7 000. A noter que ce chiffre progresse d'année en année). Comment l'île compte-t-elle s'y prendre ? En misant sur ses atouts. Pas seulement sur ses plages paradisiaques, ses hôtels de luxe et ses formules " tout-inclus ", mais également au travers de ses hébergements de charme (boutique-hôtel à taille humaine), sa musique, sa nourriture, ses activités sportives et sa culture unique bercée par le rythme du reggae et les couleurs vert, jaune, rouge. Pour cela, il faudra dans un premier temps améliorer la desserte aérienne, car à ce jour il n'y a pas de vol direct depuis la France. Il faudra aussi élargir le panel de visiteurs en faisant tomber les idées reçues, estomper les clichées et rassurer les touristes. Non la Jamaïque ce n'est pas uniquement drogue, criminalité et usines à touristes. La Jamaïque c'est aussi et surtout des criques de rêve, une nature luxuriante, une identité marquée et sans égal dans les Caraïbes et une population tout à fait charmante.

Enjeux actuels

Depuis de nombreuses années, les indicateurs de l'économie jamaïcaine sont dans le rouge. La dette extérieure est inquiétante (119 % du PIB) et densité de population est l'un des plus élevés au monde (266 habitants par km² en 2016). Le ralentissement de l'économie globale a aggravé la situation. La Jamaïque est l'une des îles les plus pauvres des Caraïbes, environ 17 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Cette misère, liée à un taux de chômage officiel de 13,3 %, est un facteur d'instabilité sociale. Le chômage tend toutefois à baisser depuis quelques années (15,2 % en 2013). La privatisation de nombreux secteurs et entreprises majeures (dont l'ancienne compagnie aérienne nationale, Air Jamaica, et les compagnies de l'industrie sucrière) et les impulsions données à la création d'entreprises constituent des mesures gouvernementales importantes. Les investissements étrangers sont, eux aussi, largement encouragés ; l'Espagne a d'ailleurs largement investi dans les resorts ces dernières années. L'île a longtemps été considérée comme un satellite des États-Unis et la majeure partie des échanges commerciaux de la Jamaïque se fait encore avec ce pays. Le tourisme, source de revenus majeure pour le pays qui représente 30 % du PIB, s'est considérablement développé dans les zones côtières, réduisant l'étendue des monocultures de canne à sucre et de noix de coco. Toutefois le secteur se porte nettement mieux avec une croissance de 2,1 % en 2016. Cette amélioration s'explique en partie par une augmentation des chambres disponibles, la modernisation et la création d'établissements qui attirent toujours plus une clientèle étrangère mais aussi qui génèrent des vols plus fréquents au départ des USA et de l'Europe et des bateaux de croisières plus nombreux. Mais les chiffres affolant de la criminalité (bien que localisée dans certaines zones urbaines non touristiques) restent un relatif frein à la venue des visiteurs étrangers. Aujourd'hui, la violence liée aux trafics de drogue et d'armes, nourrie par le chômage galopant, la corruption et une faiblesse structurelle, plombe la croissance de l'île, et l'inflation (3,8 % en 2016) fait baisser le niveau de vie des plus précaires.

Adresses Futées de la Jamaïque

Où ?
Quoi ?
Avis