Guide du Maroc : Mode de vie

Vie sociale

Scolarisation. L'école publique est apparue en 1920. Elle est obligatoire et gratuite pour tous les enfants de 6 à 15 ans. Depuis l'Indépendance, le Maroc a mis en place un nouveau système où la langue arabe, et non plus la française, comme auparavant sous le protectorat, est la langue officielle du primaire jusqu'au bac. Une fois à l'université, la plupart des cours sont dispensés en français, ce qui n'est pas sans poser problème à certains. Le niveau d'éducation de la population diffère énormément entre les villes et la campagne. Dans le milieu urbain, la très grande majorité des enfants, filles comme garçons, est scolarisée. Dans le monde rural, beaucoup moins vont à l'école et on trouve plus de garçons que de filles dans les classes. Les écoles rurales doivent faire face aux pénuries de professeurs réticents à l'idée de venir enseigner à la campagne. De plus, pour beaucoup de familles traditionnelles et rurales, envoyer ses enfants à l'école constitue un frein à l'économie familiale et à la gestion des tâches domestiques quotidiennes. Depuis quelques années, Mohammed VI a défini l'amélioration de l'éducation, notamment celle des petites filles, comme priorité nationale. Aujourd'hui le taux de scolarisation au primaire avoisine les 75 %.

Santé et retraite. Le Maroc ayant sérieusement pris en main les problèmes de santé publique, les résultats sont sensibles. Malheureusement, les programmes entrepris auprès de la population ne sont pas encore aux niveaux escomptés. Le système de soin est à double vitesse. Les médecins marocains sont très bien formés et les secteurs de pointe se développent, mais seule une partie aisée de la population y a accès et l'hôpital public reste déplorable. La protection sociale est réservée à une élite, seule en mesure de s'acquitter de ce coût. Par ailleurs, un grand nombre de Marocains ne bénéficient pas d'un système de retraite.

Enterrement. On enterre les morts à même la terre, le corps tourné vers La Mecque, après une prière à la mosquée.

Tenue vestimentaire

Dans le Maroc contemporain, la différence est vraiment flagrante entre les tenues vestimentaires des jeunes émancipés des grandes villes, dont l'habillement est comparable à celui des jeunes Occidentaux, et les costumes traditionnels portés par les habitants des campagnes. Si vous êtes une femme, n'oubliez pas que vous êtes dans un pays musulman dont les codes vestimentaires diffèrent des nôtres. Evitez les tenues provocantes, trop décolletées ou trop courtes (minijupes et shorts), qui choquent la majorité des Marocains. Ce sont surtout les habitants des campagnes qui restent fidèles aux tenues traditionnelles. Dans le Nord, particulièrement la région de Tétouan, les femmes portent de grands chapeaux de paille retenus par des rubans de laine et décorés par des pompons. A Fès, vous rencontrerez de plus en plus rarement le fez ou " tarbouche ", chapeau conique de laine rouge, utilisé par Hergé pour représenter les Arabes dans Tintin au pays de l'or noir.

Burnous. Manteau de laine à capuchon et sans manches, porté principalement par les paysans de l'Atlas.

Caftan. Vêtement féminin d'origine orientale, c'est une sorte de manteau ample et long, de soie, de velours ou de brocart. Souvent porté lors des fêtes telles que les mariages.

Chèche. Indispensable contre les coups de soleil, ce turban protège le crâne bien mieux qu'un chapeau.

Djellaba. Robe longue et droite, généralement pourvue d'un capuchon et que l'on enfile par la tête.

Gandoura. Tunique sans manches tombant jusqu'aux chevilles, souvent très légère et portée dans le Sud par les hommes.

Haïk. Voile de coton ou de laine rabattu sur le visage des femmes. Sa couleur est le signe d'une appartenance régionale (blanc à Essaouira, bleu à Taroudant).

Jabador. Veste d'homme à col officier, fermée par de nombreux boutons. Ce vêtement d'apparat, coupé dans un tissu noble, souvent richement brodé, se porte sur un saroual.

Litham. Ce voile - contrairement au haïk porté sur la tête - dissimule le bas du visage des femmes.

Lizar. Grande étoffe dont s'enroulent les femmes, retenue par une ceinture ou des fibules et surmontée du haïk.

Saroual. Pantalon bouffant, à ceinture large et ajustée, et dont les jambes, boutonnées à leur extrémité, s'arrêtent au-dessus de la cheville.

Taguia. Bonnet en étoffe ou tricoté en fil de laine ou de coton.

Mœurs et faits de société

Mariage. Au Maroc, le mariage est un moment important pour toute la famille mais surtout pour les parents et les jeunes mariés. Les mariages arrangés se pratiquent encore mais sont de moins en moins courants, bien qu'ils restent d'actualité dans les zones rurales. La société marocaine est très conservatrice. Ainsi, il est bien vu d'honorer publiquement l'union du mariage comme il se doit. La première étape est la demande en mariage, qui correspond aux fiançailles, le khetab. Le futur époux accompagné par ses parents demande la main de la jeune femme aux futurs beaux-parents. Une fois que les deux parties sont d'accord, l'aventure peut commencer. Les futurs mariés devront se rendre chez l'adul pour y signer leur certificat de mariage selon la tradition musulmane qui donne lieu à une cérémonie religieuse réunissant seulement la famille proche. La grande fête se déroule généralement sur plusieurs jours et peut durer jusqu'à une semaine, selon le désir et les moyens des familles.

La polygamie est un terme générique désignant une union dans laquelle l'homme a plus d'une épouse, mais aussi l'alliance entre une femme et plusieurs époux. Dans le premier cas, le terme exact est polygynie ; dans le second, on parle de polyandrie. La polygynie est autorisée par l'islam, selon le code de la famille au Maroc. Elle requiert l'autorisation de la première épouse. Celle-ci peut ainsi refuser cette possibilité en stipulant une clause de monogamie dans l'acte de mariage. Malgré cette autorisation le livre sacré du Coran conseille la monogamie, " Si tu crains de ne pas être également juste envers les épouses, n'épouse qu'une seule femme ". L'islam limite le nombre d'épouses à quatre pour tout homme adepte de la polygynie (à condition qu'il puisse subvenir aux besoins de chacune et de façon équitable, indique le Coran). Cette pratique est surtout en vigueur dans le milieu rural. De nos jours, elle a pratiquement disparu en raison de l'urbanisation, des conditions économiques, de l'amélioration du statut des femmes - dû pour une part à l'augmentation des mouvements féministes, qui se battent pour leurs droits - et, tout simplement, suite à l'évolution des moeurs. Certes, la polygamie n'est pas abolie au Maroc mais connaît une régression sans précédent notamment depuis l'adoption en 2004 de la Moudawana, code de la famille qui rend difficile la polygamie en la soumettant à des conditions draconiennes. Ele est autorisée, mais le chef de famille doit pouvoir subvenir aux besoins de ses épouses et de leurs enfants et justifier devant un tribunal, par des objectifs concrets, son recours à cette pratique.

Divorce. Jusqu'en 2004 et la réforme du Code de la famille, la Moudawana, il était extrêmement difficile pour une femme de divorcer, tant sur le plan juridique que financier. Désormais, elle peut, à l'égal de l'homme, demander le divorce même si les pratiques mettent bien sûr plus de temps à évoluer que le droit. En effet, si la femme est bien aujourd'hui libre de divorcer, beaucoup de celles qui le pratiquent sont confrontées au rejet de leur communauté et leur famille.

Condition féminine. Les premiers mouvements féministes maghrébins datent des années 1980. Bien que les Marocaines soient moins revendicatrices que les Algériennes et les Tunisiennes, les mentalités changent peu à peu. Si elles ne vivent jamais seules, les femmes travaillent de plus en plus pour ne pas être à la charge de leurs proches. Dans les villes, les lycées accueillent autant de jeunes filles que de garçons. A l'université, les femmes sont plus nombreuses. Mais les accès à la culture et au travail ne sont que les premières étapes, essentielles, d'un changement de la condition féminine. Ce sont surtout les mentalités qui doivent changer. Sur le plan institutionnel, depuis la réforme du Code de la famille de 2004, le Maroc est l'un des pays les plus progressistes de la région en matière de droits de la femme. Désormais, les Marocaines sont les égales des hommes, excepté en matière d'héritage, où ils restent avantagés. En effet, le Coran stipule qu'une femme doit recevoir moitié moins que ses frères lors d'un héritage - son mari étant supposé la prendre en charge matériellement. Pour le reste, grâce à cette réforme de la Moudawana, la femme peut choisir son époux librement, demander le divorce, une pension alimentaire et la garde partagée des enfants en cas de séparation... Les femmes sont cependant encore largement victimes des regards rétrogrades et des incivilités.

Homosexualité. En juillet 2012, une polémique a éclaté lorsqu'un paquebot de croisière néerlandais El Nieuw Amsterdam s'est vu refuser l'accès au port de Casa par le ministère de l'Intérieur pour " raison de sécurité ". 95 % des voyageurs du bateau étaient des hommes et un certain nombre étaient homosexuels. Au Maroc, les pratiques homosexuelles sont réprouvées par la loi. L'article 489 du Code pénal condamne " tout acte impudique ou contraire à la nature " avec une personne de même sexe. Les peines d'emprisonnement peuvent aller de trois mois à trois ans et les amendes s'élèvent à 1 200 DH. Cependant, dans la pratique, l'homosexualité masculine est relativement courante même si elle n'est ni admise ni affichée. Par ailleurs, ne vous méprenez pas : vous verrez souvent des hommes se tenant par la main dans les rues. Pour autant, ce ne sont pas des homosexuels, mais c'est une façon de souligner l'affection amicale qu'ils ont l'un pour l'autre.

Bécotage interdit

Pour un Marocain, embrasser quelqu'un en public signifie que l'on couche avec lui. Ça ne se fait pas, c'est la hchouma : une honte de " manquer de respect ainsi aux autres ". Accessoirement, c'est interdit. Le Maroc applique (modérément) la chariah, la loi coranique. On ne vous enverra pas en prison pour un baiser mais les policiers ne se gêneront pas pour vous sermonner. De même si vous vous promenez enlacés dans la rue le soir. Les couples franco-marocains ou avec une personne d'origine africaine seront plus importunés que les autres touristes, que l'on laisse relativement tranquilles.

Religion

Sunnites et chiites. Les musulmans sont séparés en deux familles majeures : les sunnites et les chiites. L'origine historique de ce schisme est la lutte menée par Ali, le gendre de Mahomet et quatrième calife, contre les Omeyyades au pouvoir à Damas. Finalement, Ali, père des seuls descendants directs mâles de Mahomet, fut vaincu, et le chef des Omeyyades fut désigné comme calife légitime. On désigne par sunnites les partisans des Omeyyades (de sunna, la tradition), qui sont majoritaires dans le monde, alors que les fidèles d'Ali sont nommés chiites, on les trouve par exemple en Iran ou en Azerbaïdjan. Les différences qui existent entre ces deux familles sont essentiellement historiques (plus que théologiques ou pratiques) et résident dans un nombre d'imams (chefs religieux) reconnus différents.

Au Maroc, l'immense majorité de la population est sunnite et se rattache à la doctrine malikiste, moins austère dans l'application du Coran que d'autres.
Il existe aussi de nombreuses confréries, qui ont un très lointain rapport avec les moines de la religion chrétienne. Dans les zaouïas, centres de rassemblement des confréries, on vénère un saint, même si l'islam ne reconnaît pas de saints au sens biblique du terme.

Le calendrier musulman, également appelé calendrier de l'Hégire, en référence à la fuite du prophète Mahomet de La Mecque vers Médine, débute le 16 juillet 622 (date de cette fuite). Outre ce décalage de plus de six siècles par rapport au calendrier chrétien, le calendrier musulman prend comme référence le mouvement de la Lune, alors que le nôtre s'inspire du mouvement du Soleil.

Il en résulte que dans le calendrier de l'Hégire, les mois comptent 29 ou 30 jours et les années 354,5 jours. Les fêtes musulmanes se trouvent ainsi avancées de dix ou onze jours suivant les années, par rapport à l'année précédente dans le calendrier chrétien. L'année 2019 du calendrier chrétien correspond à l'année 1440 du calendrier musulman.

La circoncision n'est pas recommandée par le Coran, mais cette coutume, qui est antérieure au Livre, a tout de même été intégrée aux pratiques musulmanes. Pour le jeune musulman, il s'agit du rite de passage dans la communauté des croyants. La circoncision est soit pratiquée dans la première semaine après la naissance, soit lors d'une cérémonie réunissant tous les jeunes du même âge, et c'est alors l'occasion d'une grande fête.

Le moussem est une célébration religieuse régionale, organisée à date (à peu près) fixe autour d'un sanctuaire. Il est l'occasion d'un pèlerinage mais aussi de nombreuses manifestations folkloriques (fantasias, foires, danses...) autour desquelles se retrouvent les différentes tribus de la région.

Autrefois exclusivement liés aux commémorations de personnages saints, les moussems de nos jours ponctuent souvent la fin d'une récolte ou accompagnent un heureux événement survenu dans un village : moussem des dattes à Erfoud, moussem des amandiers à Tafraoute, moussem du miel à Imouzzer...
Traditionnellement, il débute par le sacrifice d'un animal (le plus souvent un taureau) face au sanctuaire qui abrite les ossements du marabout. Le sacrifice des animaux doit apporter la baraka, cette grâce que chacun appelle de ses voeux. Les moussems et fêtes musulmanes relèvent de croyances diverses qui reflètent l'identité culturelle de nombreux Marocains.

M.-P. Rauzier, C. Tréal et J.-M. Ruiz, Moussems et fêtes, Editions ACR, 1997.

Les cinq piliers de l’islam

Parmi les règles de vie énoncées dans le Coran, cinq sont fondamentales :

Shahada, profession de foi dont la seule répétition sincère suffit pour s'affirmer musulman : " Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète. "

Zakat, l'aumône légale. Il est un devoir pour chacun de donner aux pauvres.

Hadj, le pèlerinage à La Mecque, est considéré comme l'apothéose d'une vie pieuse. Tout musulman devrait l'accomplir une fois dans sa vie. Cependant, tous ne le peuvent pas et l'islam prévoit des dispenses. La période préconisée correspond au dernier mois de l'année (de l'hégire), une époque où des musulmans venus du monde entier se retrouvent à La Mecque ou dans ses environs.

Sala ou Salat, la prière rituelle qui doit s'effectuer cinq fois par jour après ablutions. Si la prière commune à la mosquée est la plus importante, on peut toutefois prier n'importe où et même dans le désert où, à défaut d'eau, on fera ses ablutions avec du sable ; il suffit de se tourner vers La Mecque. Le jour plus particulièrement consacré à Allah est le vendredi. Ce jour-là, les fidèles se rendent traditionnellement à la mosquée.

Sawm, le jeûne du ramadan, commémore la révélation du Coran à Mahomet. Durant le neuvième mois du calendrier islamique, chaque musulman doit observer un certain nombre de règles entre le lever et le coucher du soleil. Il lui est interdit de fumer, de boire, de manger et d'avoir des relations sexuelles. La vie prend un rythme particulier pendant la journée, mais dès l'heure de la rupture du jeûne, l'ambiance est plutôt à la fête.

L’appel à la prière

Au Maroc et dans tous les pays musulmans, les journées sont rythmées par l'appel à la prière qui retentit cinq fois par jour. L'appel à la prière al-ahdan est l'annonce faite par le muezzin, à l'aide d'un haut-parleur, du haut de son minaret aux heures des cinq prières quotidiennes (à l'aube, à midi, aux vêpres, au coucher du soleil et à la tombée de la nuit). Les heures de la prière varient selon les saisons. Se rendre à la mosquée est conseillé ; littéralement, la traduction de mosquée en arabe est j ā mî عماج (qui veut dire " rassemblement ") ou دجسم masjid, " poser le front au sol " (emprunté de l'araméen). C'est le lieu où les croyants se retrouvent, tous égaux face à Allah.

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