Guide d'Albanie : Arts et culture

Architecture
Mosquée Et'hem Bey.
Mosquée Et'hem Bey.

Durant la période communiste, à partir de 1967, les bâtiments religieux ont été la cible d'une virulente campagne athéiste qui s'est traduite par la destruction d'environ 1 600 églises, monastères et mosquées à travers le pays. Les édifices épargnés ont été soit transformés (cinémas, hangars, etc.), soit conservés pour leur valeur historique. L'Albanie possède donc un patrimoine religieux plus restreint que les autres pays des Balkans. Depuis la chute de la dictature, faute de moyens financiers, ce patrimoine souffre d'un manque d'entretien et de pillages répétés. Nombre de ces bâtiments sont souvent fermés au public. Nous nous sommes efforcés tout au long de ce guide de détailler les lieux de culte qui étaient encore ouverts à la visite, en particulier les premières mosquées ottomanes (XVe-XVIe s.) aux riches ornementations extérieures, les églises paléochrétiennes et byzantines, ainsi que les églises orthodoxes contenant les plus belles fresques et iconostases (cloison couverte d'icônes qui sépare la nef du sanctuaire dans les églises de rite chrétien oriental). Ces vingt dernières années, chaque communauté religieuse s'est dotée de nouveaux lieux de culte, souvent massifs comme à Tirana avec la cathédrale orthodoxe et la mosquée centrale qui figurent parmi les plus grandes des Balkans. L'Albanie possède surtout une forte concentration de tekkés, lieux de rassemblement des confréries soufies implantées ici depuis le début de la domination ottomane. De cette période, le pays a aussi hérité quelques ponts, hammams et caravansérails ainsi que de nombreuses maisons de style ottoman. Enfin, l'Albanie possède un patrimoine large et varié d'habitations traditionnelles, particulièrement bien préservé à Gjirokastra.

Cinéma

L'histoire du cinéma albanais a commencé sous les palmiers de la Croisette. Grosse production albano-russe, L'Indomptable Skanderbeg du réalisateur soviétique Sergueï Ioutkevitch a été primé à Cannes en 1954 (Prix International et mention spéciale pour la réalisation). Mais il faut attendre le 17 août 1958 pour que sorte le premier véritable film produit en Albanie : Tana, du réalisateur Kristaq Dhamo. Ce drame vantant les mérites du progrès socialiste reflète bien ce que va être la production cinématographique des années 1960 à 1990 : un instrument de propagande au service de la dictature communiste dont les oeuvres sont largement inconnues à l'étranger. Chaque année, l'entreprise d'Etat Kino Studio lance une dizaine de films, essentiellement des drames ou des fresques historiques sur les héros de la nation, ainsi que quelques comédies, comédies musicales et dessins animés. Dans les années 1970-1980, le studio produit également entre 20 et 40 documentaires par an. Puis, tout s'arrête avec la chute du régime. Les cinémas ferment, y compris à Tirana, qui ne compte plus aucune salle jusqu'à la fin des années 1990. Le pays possède aujourd'hui quatre multiplexes : deux à Tirana, un à Shkodra et un autre à Korça. La production de films reprend péniblement en 1996 avec Kolonel Bunker du réalisateur Kujtim Çashku, une comédie noire sur l'univers paranoïaque de l'Albanie d'Enver Hoxha. Peu à peu se créent la Cinémathèque nationale, l'école de cinéma Marubi, l'association Lumière des cinéastes albanais et quelques maisons de production indépendantes, dont celle de Kujtim Çashku, Ora Films. Grâce à des fonds européens, une poignée de films à petit budget sortent chaque année, traitant principalement de la crise économique et de l'héritage communiste. Le début de la reconnaissance internationale arrive dans les années 2000 avec Slogans de Gjergj Xhuvani (Prix de la jeunesse pour le meilleur film étranger au Festival de Cannes en 2001) et Tirana, année zéro de Fatmir Koçi (Grand prix du festival de Thessalonique en 2002). Quelques films albanais sont aujourd'hui diffusés en Occident, comme Amnistie de Bujar Alimani, sorti en France en 2011. Plus récemment, en 2016, le court-métrage kosovar Shok du réalisateur britannique Jamie Donoughue a été le premier film en langue albanaise sélectionné aux Oscars.

Littérature

À l'exception notable d'Ismail Kadaré, la littérature albanaise reste largement méconnue en Europe. Il s'agit pourtant d'une expression féconde qui plonge ses racines dans les textes sacrés du Moyen Âge. En 1332, le prêtre dominicain français Guillaume Adam est le premier à signaler l'existence d'une langue albanaise écrite. Mais le plus vieux ouvrage connu rédigé en albanais est le Meshari (missel) du moine catholique Gjon Buzuq publié en 1555. Ce n'est qu'au XIXe s. que la littérature albanaise prend véritablement son essor grâce à l'unification de la langue et de l'alphabet. Naïm Frashëri (1846-1900), grand poète de la Rilindja Kombëtare (Renaissance nationale), exprime avec lyrisme la beauté de son pays et le désir de voir sa patrie affranchie. Le début du XXe s. est la période de la maturité pour la littérature albanaise. Elle est alors dominée par deux hommes d'église et patriotes. Le prêtre catholique Gjergj Fishta (1871-1940) est l'auteur du plus célèbre poème du pays, Lahuta e Malcis (Le Luth des hautes montagnes), épopée patriotique de 17 000 vers. L'évêque orthodoxe Fan Noli (1882-1965), brièvement Premier ministre et chassé du pays par un coup d'État en 1924, ne cessa quant à lui de chanter les patriotes albanais depuis son exil américain. Après la Seconde Guerre mondiale, malgré la censure, l'emprisonnement de certains auteurs et les thèmes imposés par le régime (progrès social, patriotisme), une authentique littérature parvient à émerger. En témoignent les oeuvres de Dritëro Agolli, Fatos Kongoli et Neshat Tozaj, tous trois traduits en français. Dritëro Agolli (1931-2017) jouit toujours d'une immense réputation dans le pays. Malgré sa proximité avec le pouvoir communiste, il parvient à apporter de la fraîcheur à la poésie albanaise et à imposer des romans comme Le Commissaire Memo (1974) remplis d'un humour à la fois populaire et subtil. Fatos Kongoli, lui, attend la chute de la dictature pour commencer à écrire. Son premier roman, Le Paumé (1992), dresse le portrait froid et désespérant de l'Albanie des années 1960-1970. Ancien expert en criminologie, Neshat Tozaj (né en 1943) s'est quant à lui rendu célèbre avec son roman policier Les Couteaux dans lequel il dénonçait les exactions de la Sigurimi dès 1989. Plus près de nous, il faut citer Dashnor Kokonozi (né en 1951) qui fut l'un des premiers auteurs albanais à traiter du thème de la guerre civile de 1997 dans son roman Terre brûlée paru en France en 2014.

Musique

A l'instar des pays slaves des Balkans, les radios et les chaînes musicales albanaises abreuvent depuis les années 1990 la population de turbo-folk, genre mêlant voix pop, synthétiseurs aux sonorités vaguement traditionnelles et grosses basses empruntées à la techno et au rap. L'Albanie compte pourtant quelques grands musiciens comme Jan Kukuzeli, théoricien de la musique liturgique orthodoxe né à Durrës au XIIIe siècle et connu sous le nom de Jean Coucouzèle, ou, plus près de nous, le compositeur et pianiste concertiste franco-albanais Genc Tukiçi. Ce dernier, né en 1970, a écrit et mis en musique, en 2012, l'Hymne à Mère Teresa et - personne n'est parfait - été choisi pour représenter l'Albanie à l'Eurovision 2016.

Chants iso-polyphoniques - Le pays est surtout réputé pour ses chants traditionnels. Ainsi, depuis 2005, les chants iso-polyphoniques du sud de l'Albanie sont classés au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco. Et c'est vrai que c'est purement magnifique. Cela évoque à la fois le mystère des voix bulgares, la polyphonie corse, la clarinette de Sydney Bechet, les chants des pygmées et le rebétiko grec. Il s'agit d'un chant à plusieurs voix s'appuyant sur un bourdon qui sert de base tonale. Chaque ensemble comprend le marrësi (soliste), le kthyësi qui lui répond dans un style haché et le hedhësi qui s'introduit dans la polyphonie à certains moments. Ils sont soutenus par l'iso, un choeur en bourdon qui s'apparente à l'ison de la musique liturgique byzantine. Chaque partie du sud a son propre style, pratiqué a capella ou accompagné d'instruments : calme et grave à Gjirokastra, chants lyriques de Libohova, chants héroïques et rythmés aux voix dures de Vlora, voix hautes et tendues à Himara, mélanges de voix masculines et féminines de Permët. Un monde entier de sonorités étranges et envoûtantes à découvrir parfois au détour d'une taverne ou lors des festivals folkloriques de Përmet et de Gjirokastra. L'été, des représentations ont aussi lieu pour les touristes à la forteresse de Saranda.

Notre play-list albanaise

Pas facile de trouver des disques albanais hors de la sphère albanaise (Albanie, République de Macédoine, Kosovo). D'autant que très peu d'albums ont été produits sous le régime communiste et que l'industrie du disque reste embryonnaire.

Ansambli Vokal I Gjirokastres - Cette formation est connue pour ses chants iso-polyphoniques du Labëria. Ils ont fait l'objet d'un enregistrement réalisé en 1995 par le musicologue français Pierre Bois de la Maison des cultures du monde. Album Ensemble vocal de Gjirokastër, Polyphonies vocales du Pays Lab à télécharger sur maisondesculturesdumonde.org.

Familja Lela nga Përmeti - Des chants polyphoniques encore, mais cette fois accompagnés de clarinette. Enregistrée par le label français Indigo en 1991, la famille Lela de Përmet se distingue par l'utilisation de trois voix alternées, féminines et masculines, qui se répondent. Album La Famille Lela de Përmet à télécharger sur label-bleu.com.

Vaçe Zela - Récemment disparue, c'est la plus grande chanteuse populaire du pays. La plupart de ses chansons sont connues de tous, mais elle n'a réellement enregistré que deux albums Kënga Ime (années 1970) et Këngë të kënduara nga Vaçe Zela (1989). Malgré son immense notoriété, ses chansons sont très difficiles à trouver, éventuellement sur YouTube ou en en version piratée dans les rues de Tirana.

Elina Duni Quartet - Née à Tirana et vivant en Suisse depuis plus de vingt ans, Elina Duni est désormais une star de la scène jazz européenne. Elle doit son succès à ses musiciens impeccables, à sa voix envoûtante et à sa capacité à revisiter les grands airs traditionnels et populaires du pays. C'est une très bonne manière de découvrir la musique albanaise. Ses trois albums se trouvent facilement chez tous les bons disquaires : Baresha (Meta Records), Lume, Lume (Meta Records) et Matanë Malit (ECM/Universal).

Peinture et arts graphiques

Arts religieux - Les fondements de l'expression picturale albanaise remontent à la grande tradition byzantine de la peinture d'icônes et de fresques religieuses. Une expression plus locale commence à émerger à partir du XIIe siècle. avec l'influence de l'école crétoise et des grands ateliers d'Ohrid et de Kastoria. C'est finalement qu'au XVIe siècle, que le grand Onufri, le " Michel-Ange des Balkans ", donne naissance à l'école de Berat avec une dynastie de peintres d'icônes et de fresques qui perdure jusqu'au XVIIIe siècle. Un second pôle prend alors le relais, celui de Korça et Moscopole avec David Selenica et les frères Zografi. Les auteurs des décorations des premières mosquées aux XVIe-XVIe siècle. sont quant à eux restés anonymes. Mais il n'est pas interdit de penser que certains peintres chrétiens y ont oeuvré, comme c'est le cas dans d'autres régions des Balkans. Les icônes les plus précieuses sont conservées au musée national des Icônes Onufri (Berat), au musée national d'Histoire (Tirana) et au fantastique musée national d'Art médiéval (Korça).

Expressions modernes - Malgré ce foisonnement, la peinture profane albanaise apparaît seulement à la fin du XIXe siècle. Elle naît avec Kolë Idromeno (1860-1939), considéré encore aujourd'hui comme le plus grand peintre contemporain du pays. Il est fortement influencé par le studio Marubi, premier atelier de photographie albanais créé en 1856 à Shkodra, sa ville natale. Lui-même photographe, il est réputé pour ses portraits, à la fois réalistes et profonds. Le plus célèbre est Motra Tone (Notre soeur), parfois surnommé " la Joconde albanaise ". La première moitié du XXe siècle est marquée par l'oeuvre du peintre impressionniste Vangjush Mio (1891-1957). Avec l'avènement du communisme, les peintres vont se soumettre aux commandes de l'Etat et à la " mode " du réalisme socialiste importée d'URSS. Cela n'empêchera pas quelques talents d'éclore comme Sali Shijaku (né en 1933) et, notre préféré, Bajram Mata (né en 1942). Certaines de leurs oeuvres, ainsi que celles d'Idromeno et Mio, sont visibles à la galerie nationale d'art, à Tirana. Korça compte un musée dédié à Vangjush Mio.

Sculpture

Depuis le Moyen Âge, l'Albanie a été marquée par une longue tradition des sculpteurs sur bois des iconostases des églises orthodoxes. Elle voit s'épanouir un mouvement d'art sculptural sur bronze avec la Rilindja Kombëtare (Renaissance nationale). A la fin du XIXe siècle, Murad Toptani (1866-1917) travaille ainsi sur des thèmes patriotiques, notamment des bustes de Skanderbeg. Le mouvement s'amplifie au XXe siècle, sous la férule du grand Odhise Paskali (1903-1989). L'artiste collabore d'abord au régime du roi Zog (Combattant albanais à Korça en 1932, Skanderbeg à Kukës en 1932), puis participe à la période faste de l'ère communiste avec notamment la monumentale statue équestre de Skanderbeg (1968), à Tirana, qu'il conçoit avec Andrea Mano et Janaq Paço. Les artistes albanais sont alors influencés par le style réalisme socialiste. Le pays se couvre de statues en bronze ou en béton de Lénine et d'Enver Hoxha (en grande partie détruites à la fin de la dictature), mais aussi à la gloire des héros de l'indépendance et des partisans (celles-ci ont pour la plupart été préservées). Parmi ces dernières, l'oeuvre la plus forte est la statue du leader indépendantiste kosovar Isa Boletini par Shaban Hadëri (1928-2010), installée à Shkodra en 1986.

Théâtre

Le plus grand nom du théâtre albanais est Alexander Moissi (1879-1935). Autrichien né d'un père albanais de Dürres, il a connu une brillante carrière d'acteur dans les années 1920-1930 en Italie, en Russie et en France. Le théâtre albanais lui-même n'a réellement commencé à exister que sous la dictature communiste. Créé en 1944, le théâtre national repose d'abord sur des auteurs et metteurs en scène étrangers, principalement yougoslaves. C'est dans les années 1950 que la littérature de théâtre prend véritablement son essor. Dans les années 1960, le retour des étudiants albanais partis se former en Union soviétique apporte un nouveau souffle. Si la création est largement marquée par l'idéologie communiste, quelques auteurs font preuve de créativité comme Ruzhdi Pulaha et Piro Mani. Aujourd'hui, malgré un manque de financement et un public restreint, le théâtre national continue à entretenir une troupe professionnelle.

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