Guide du Sénégal : Politique et économie

Politique

Le Sénégal est un Etat laïc, indépendant depuis 1960. Il est régi par un régime présidentiel pluraliste.

Structure étatique

Le président de la République est élu au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours. La durée du mandat présidentiel, renouvelable une fois, n'a cessé de valser ces dernières années : passant de sept à cinq ans pour revenir à sept. Élu pour la première fois en mars 2012 pour sept ans, Macky Sall s'est engagé à revenir à un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, et d'appliquer cette résolution à lui-même. Un référendum à ce sujet s'est tenu en mars 2016. Le résultat : " oui ", les Sénégalais sont pour la réforme. Le Conseil constitutionnel, quant à lui, valide le quinquennat mais pas pour le mandat présidentiel en cours. Macky Sall suit l'avis des sages et ira jusqu'au bout de son mandat en 2019. Il est le quatrième chef de l'Etat du Sénégal depuis son indépendance après Léopold Sédar Senghor (1960-1980), Abdou Diouf (1981-2000) et Abdoulaye Wade (2000-2012).

En juillet 2014, Macky Sall a choisi de remanier le gouvernement et a nommé Mohamed Ben Abdallah Dionne Premier ministre. Ce fonctionnaire international a été coordonnateur et chargé du suivi du Plan Sénégal Émergent. Informaticien, il a travaillé chez IBM et à la BCEAO avant de devenir Chef du bureau économique de l'ambassade du Sénégal à Paris.

Pouvoir exécutif. Le président de la République est le gardien de la Constitution. Il est le premier protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal. Il incarne l'unité nationale. Il est le garant du fonctionnement régulier des institutions, de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire.

Il détermine la politique de la nation. Il préside le Conseil des ministres. Le président de la République est responsable de la Défense nationale et le chef suprême des Armées.

Pour son action, le président de la République s'appuie sur le gouvernement, le cabinet, le secrétariat général et les autres services et organismes de la présidence de la République. Les membres du gouvernement rédigent des projets de lois, soumis au vote de l'Assemblée nationale. Le gouvernement conduit et coordonne la politique de la nation sous la direction du Premier ministre. Il est responsable devant le président de la République et devant l'Assemblée nationale.

Le Conseil constitutionnel se prononce sur la constitutionnalité des règlements intérieurs des assemblées, sur la constitutionnalité des lois, sur le caractère réglementaire des dispositions de forme législative, sur la constitutionnalité des lois organiques, sur la recevabilité des propositions de loi et des amendements d'origine parlementaire, sur la constitutionnalité des engagements internationaux, sur les exceptions d'inconstitutionnalité soulevées devant le Conseil d'Etat ou la Cour de cassation et, plus généralement, sur tous les conflits de compétence entre le Conseil d'Etat et la Cour de cassation et entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Le Conseil constitutionnel comprend cinq membres, dont un président et un vice-président, nommés par décret pour six ans non renouvelables. Il est renouvelé tous les deux ans à raison de deux membres au plus.

Le conseil économique et social. Créé en 2008, il constitue, auprès des pouvoirs publics, une assemblée consultative disposant d'une expertise dans les domaines économique, social et culturel.

Le Conseil d'Etat a ses attributions consultatives en tant que conseiller privilégié du gouvernement relativement aux projets de loi, projets de décrets et propositions de loi.

La Cour de cassation vérifie si les lois ont été appliquées correctement par les tribunaux statuant en dernier ressort ou par la Cour d'appel.

La Cour des comptes assiste le président de la République, le gouvernement et l'Assemblée nationale, dans le contrôle de l'exécution des lois de finances.

Le médiateur de la République est une autorité indépendante, nommé par décret pour une période de six ans non renouvelable. Il reçoit les réclamations concernant le fonctionnement des administrations de l'Etat, des collectivités locales, des établissements publics et de tout autre organisme investi d'une mission de service public.

Pouvoir législatif. Depuis 2007, le Sénégal compte un parlement bicaméral. L'Assemblée nationale compte 150 membres élus au suffrage universel pour cinq ans. Au moment de l'indépendance, le nombre de députés était de 80. L'effectif est passé à 100 en 1978, à 120 en 1983 et à 140 en 1998. Il a ensuite été réduit à 120 en 2001, puis porté à 150 en 2007. Sur les 150 députés, 90 sont élus au scrutin majoritaire et 60 au scrutin proportionnel. Le Sénat, qui avait été dissous en 2001, a été réinstitué en 2007. Cette institution parlementaire a été créée pour la première fois en 1999. Elle compte 35 membres élus et 65 nommés par le président de la République. Son président est désormais la deuxième personnalité de l'Etat. La loi est votée par l'Assemblée nationale. L'initiative de la loi appartient au président de la République (projet de loi) et aux députés (proposition de lois). Les projets ou propositions de loi sont soumis à l'Assemblée nationale. Lorsque le projet ou la proposition de loi sont adoptés par l'Assemblée nationale, la loi est transmise au Sénat. Après adoption par le parlement, la loi est transmise au président de la République pour promulgation. Les députés peuvent poser aux membres du gouvernement, qui sont tenus d'y répondre, des questions écrites et des questions orales. L'Assemblée nationale peut désigner en son sein des commissions d'enquête. Elle peut aussi provoquer la démission du gouvernement par le vote d'une motion de censure.

Pouvoir judiciaire. L'Etat s'est doté d'un Conseil constitutionnel ainsi que d'un Conseil d'Etat qui fonctionnent, pour ainsi dire, sur le modèle de leurs homologues français.

Les cours d'appel sont les juridictions de second degré. Elles jugent l'appel de toutes les décisions rendues en premier ressort par les tribunaux régionaux. Dans la pratique, en raison de problèmes d'effectifs, il n'y a sur le territoire sénégalais qu'une seule Cour d'appel, celle de Dakar.

La compétence territoriale de chaque tribunal régional couvre les limites administratives de la région où il est implanté. Les tribunaux départementaux existent dans les localités suivantes : Dakar, Rufisque, Pikine, Thiès, Tivaouane, Mbour, Diourbel, Mbacké, Kaolack, Kaffrine, Fatick, Gossas, Ziguinchor, Kolda, Vélingara, Sédhiou, Tambacounda, Kédougou, Bakel, Louga, Linguère, Kébémer, Saint-Louis, Podor, Matam, Dagana, Bambey, Oussouye, Foundiougne et Nioro.

Enfin, le tribunal du travail est une juridiction spécialisée composée d'un président et de juges, implanté dans le chef-lieu de chaque région du pays. Il s'agit d'une juridiction spécialement et exclusivement compétente pour régler des différends individuels nés à l'occasion du contrat de travail.

Partis

Lors des élections présidentielles de 2012, Abdoulaye Wade, chef de file du Parti Démocratique Sénégalais (PSD) comptait réaliser un 3e mandat à la tête du pays à 85 ans. Une candidature contestée dans le pays. L'opposition maintient la pression dans la rue et demande le retrait d'Abdoulaye Wade. Celui-ci interdit alors les manifestations et envoie la police les réprimer. Les affrontements font une quinzaine de morts dans le pays, et plus de 150 blessés en trois semaines.

Mais la démocratie est réelle au Sénégal, et si Abdoulaye Wade est largement devant l'outsider Macky Sall à la tête de l'Alliance pour la République au premier tour (avec 35% des voix contre 26% pour son concurrent), trois autres partis représentent une part significative de l'électorat et pèsent dans la balance électorale : Moustapha Niasse (Alliance Force et Progrès) avec 13% des voix, Ousmane Tanor Dieng (Parti Socialiste) avec 11 % des voix et Idrissa Seck (Rewni) avec 7% des voix. D'autres partis minoritaires sont aussi dans la course. Si Wade obtient très peu de soutien au second tour, Macky Sall réussit à fédérer les autres partis d'opposition qui lui donnent son soutien, faisant basculer l'élection. Les tensions pré-électorales s'apaisent, et Wade reconnaît la victoire de son adversaire et l'appelle même pour le féliciter.

Si la coalition Benno Bokk Yaakaar réunie autour du président Macky Sall est majoritaire (125 sièges), elle doit composer avec le Parti démocratique sénégalais (PDS, 19 sièges) et une dizaine de partis minoritaires possédant chacun quelques sièges. Pourtant, ces élections législatives du 30 juillet se sont déroulées dans un climat tendu à la suite d'une mauvaise organisation du scrutin ayant empêché de nombreux électeurs d'aller voter. Cette polémique a attisé la colère des partis de l'opposition dont celui de l'ancien président, Abdoulaye Wade, qui a d'ores et déjà annoncé qu'il ne se présenterait plus à aucune élection organisée par le président au pouvoir, Macky Sall.

Enjeux actuels

Sous la présidence d'Abdoulaye Wade, la décentralisation du pays et les pouvoirs des régions ont été renforcés. Une politique confirmée par le nouveau président, initiant désormais des " conseils des Ministres décentralisés ", symbole de son attachement aux régions. Désormais, le Sénégal est divisé en quatorze régions, dont les chefs-lieux sont les principales villes du pays : Dakar, Diourbel, Fatick, Kaffrine, Kaolack, Kédougou, Kolda, Louga, Matam, Saint-Louis, Sédhiou, Tambacounda, Thiès, Ziguinchor - Matam, Kaffrine, Sédhiou et Kédougou ayant été créées sous le régime wadiste.

Sur le plan des relations interafricaines, le Sénégal a très tôt montré sa volonté politique de se rapprocher de ses voisins et de remettre en commun des entités séparées à la fin de la colonisation.

A l'aube de l'indépendance, il a lutté pour créer la Fédération du Mali, qui n'aura qu'une existence éphémère. Une seconde expérience a été tentée avec la création de la Confédération de la Sénégambie en 1982 ; elle sera dissoute en 1989.

Ces échecs n'ont en rien entamé la volonté des pouvoirs publics de créer des espaces d'intégration régionale et sous-régionale. Le Sénégal travaille activement au renforcement des organismes régionaux et sous-régionaux actuels :

Union africaine. L'UA, qui remplace l'Organisation de l'unité africaine (OUA), a pour objectif ultime l'amélioration des conditions de vie des populations du continent, à travers l'unité, la coopération et la solidarité de ses Etats membres (quasiment tout le continent).

Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest. La CEDEAO est un regroupement régional de quinze pays, créé en 1975. Sa mission est de promouvoir l'intégration économique dans tous les domaines de l'activité économique.

Union économique et monétaire ouest-africaine. L'UEMOA regroupe huit pays de l'Afrique de l'Ouest : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Elle se caractérise par la reconnaissance d'une même unité monétaire, le franc de la communauté financière africaine (FCFA).

Organisation pour la mise en valeur des fleuves Sénégal et Gambie. L'OMVS a pour mission de promouvoir l'aménagement et le développement agricole du fleuve Sénégal dans un cadre de coopération regroupant les Etats riverains : Mali, Mauritanie, Sénégal, Guinée.

Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie. L'OMVG a pour objectif la mise en place d'un réseau d'observation des systèmes de production et l'installation de techniques de conservation du milieu à l'échelon de quatre pays : Gambie, Guinée-Bissau, Guinée-Conakry, Sénégal.

Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel. Le CILSS a pour mandat de s'investir dans la recherche de la sécurité alimentaire et dans la lutte contre les effets de la sécheresse et de la désertification au niveau des pays membres : Burkina Faso, Cap-Vert, Gambie, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad.

Économie
Principales ressources
<p>Marché au sel à Kaolack.</p>

Marché au sel à Kaolack.

Dans le pays, l'économie s'organise à petite échelle : 13,7 % du PNB est produit, par le secteur primaire (pêche, culture maraîchère), 20,5 % par le secondaire (huilerie, conserverie, brasserie, savonnerie, textile, raffinerie de pétrole) et le reste - soit 65,7% - par le tertiaire (administration, transports et " l'informel "). Les exportations sénégalaises sont adressées vers le Mali, l'Inde, la Suisse, la Guinée et la France. Les importations proviennent de France, du Nigéria, de Chine, des Pays-Bas et des Etats-Unis.

L'Agriculture. Plus de 53 % des Sénégalais vivent à la campagne malgré l'exode rural. Les Peuls restent fidèles à leur réputation de pasteurs, le fleuve et l'océan fournissent leurs poissons aux pêcheurs, les paysans produisent principalement des céréales riz sorgho et en Casamance, riz, de quoi subsister sans prévoir les récoltes difficiles ou les retards de plus en plus fréquents (voire l'absence) de la pluie. La pêche, artisanale et industrielle, malgré la baisse des ressources halieutiques, demeure la seconde source de devise du pays en matière d'exportations. La canne à sucre est de plus en plus plantée dans les parages de Richard-Toll et le maraîchage des Niayes (dépression fertile) de la Grande Côte offre également quelques perspectives d'avenir, surtout dans une économie d'exportation qu'on a tenté de redynamiser par la dévaluation du franc CFA en 1994.

Ressources minières. Quelques engouements surgissent depuis le développement des exploitations de phosphate (environ 1 million de tonnes en 2015) exporté vers l'Inde principalement, et un peu de pétrole au large de la Casamance (exporté vers le Nigéria). En 2014, plus de 6 tonnes d'or ont été extraites du sous-sol au Sénégal, principalement à Sabodala, localité de la région de Kédougou et exporté principalement en Suisse.

Concernant le marché intérieur, l'absence de réelle diversité, les fluctuations des cours de l'arachide et la concurrence des pêches industrielles ont fait augmenter le nombre de ceux qui débarquent à Dakar et à Saint-Louis pour venir grossir le nombre de ceux qui se débrouillent, jouant les commerçants, les intermédiaires en tous genres, parfois escrocs, souvent pauvres, et à la merci de requins aux dents aiguisées. La population de la capitale, mais surtout sa banlieue tentaculaire, ne cesse de croître pour atteindre aujourd'hui plus de 3 millions d'habitants (près de 1/5e de la population sénégalaise). Le travail informel dans le domaine de la pêche, l'artisanat et le petit commerce est assez conséquent.

Côté nouvelles technologies, plus de 300 sociétés d'informatique occupent le paysage, pour un chiffre d'affaires de quelques dizaines de milliards de FCFA, selon des estimations de la Mission économique française au Sénégal. Dans le lot, une dizaine de sociétés dont le chiffre d'affaires dépasse le milliard de FCFA, les autres réalisant entre 70 et 400 millions de FCFA. Aujourd'hui, de plus en plus d'entreprises s'adjoignent les services de ces call centers pour gérer à distance la relation avec leurs clients.

L'arachide, spécificité économique

Avant d'être appréciée en apéritif dans une coupelle ou en sauce sur du mouton dans du mafé, l'arachide, sans doute débarquée du Brésil au XVIe siècle, servait à nourrir les cargaisons d'esclaves sur les navires portugais. Plus tard, quand les Français se rendirent compte de l'échec du programme agricole tenté au Sénégal (colza et autres oléagineux), les compagnies marseillaises et bordelaises ne furent pas à cours d'inspiration. Justement, certains travaux au Sénégal montraient que l'arachide produisait une huile de qualité. Qui plus est, elle pouvait être utilisée comme liant dans la fabrique de savon. On comprend mieux le pourquoi de toutes ces huileries et savonneries...

Par la suite, l'arachide fut comme un ciment liant les marabouts et le gouvernement, les seconds poussant les premiers qui appelaient à la culture par leur charisme et leur autorité non contredite. En huit années, la production fit plus que tripler. Le procédé franchit une étape encore lorsque dans les années 1930, années de crise, la France se replia sur ses colonies. Textiles, sucre, quincaillerie, toutes ces nouvelles nécessités arrivaient au Sénégal, tandis que la petite liane accumulait ses graines toujours plus nombreuses dans les seccos, direction la métropole. S'appuyant sur les tidjanes et les mourides, la France s'implanta davantage à travers les savons de Marseille et Lesieur (débarqués en 1944). Devenue produit d'échange n°1, la petite graine, occupant 87 % des exportations, fut la base et la matière de fortunes pas toujours morales bâties et parfois perdues au fil des saisons.

Avec les années d'indépendance, tout ne s'arrangea pas : des structures nationales et de coopératives mirent fin à certains abus, mais les oligarchies prirent souvent le relais du pouvoir colonial. Les fluctuations des cours internationaux découragèrent progressivement les investisseurs. En 1980, sa part dans les exportations n'était plus que de 50 %. Elle est actuellement de moins de 10 %.

Des alternatives ont été trouvées, notamment avec l'avènement de la culture du sucre pour le marché national et du riz dans les environs de Richard-Toll. Les Niayes, région où une eau un peu saumâtre se trouve tout près du sol, et la Casamance (bien que dans une moindre mesure en raison des luttes intestines) ont également attiré des investissements d'importance dans les cultures vivrières et fruitières.

En mai 2003, le gouvernement efface la dette des paysans. Ce cadeau, de l'ordre de plus de 8 millions d'euros, a pour but d'aider le milieu rural fortement secoué par les sécheresses. Autre mesure d'accompagnement, la gratuité des semences pour les campagnes futures. En 2015, plus d'un million de tonnes d'arachides ont été produites, une quantité très élevée en comparaison aux années précédentes, grâce à une bonne saison d'hivernage. Vendues à 210 FCFA le kilogramme, les récoltes sont favorables aux producteurs tout en permettant la vente de surplus de production hors frontière (principalement en Asie).

Place du tourisme

Le Sénégal est une des destinations privilégiées des Français en mal de soleil d'hiver. C'est une chaleur que le Maghreb peine à fournir et qui permet d'éviter le fort décalage horaire des Antilles. L'histoire, la langue et les liens très étroits qui ont subsisté avec l'ancienne métropole expliquent également qu'autour de 50 % des visiteurs du pays sont Français (source 2014 : Seneplus Economie). Suivent les Belges, les Espagnols, les Italiens et les autres nationalités africaines.

Ce sont avant tout les plages qui ont écrit ses lettres d'or au tourisme sénégalais. Luxueuses, les lourdes infrastructures ont largement été plébiscitées des tours organisés, en autarcie avec la culture du reste du pays. La Casamance fut le terrain de prédilection des investisseurs, ses plages au sable fin et la couleur du rivage se prêtant bien aux clichés de type carte postale. Ce panorama se modifia en 1982 avec le déclenchement d'une rébellion indépendantiste armée par le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). En 1992, les hôtels furent contraints de fermer leurs portes, sonnant le glas de la saison touristique qui battait alors son plein. Une saison perdue. Alors que l'hiver d'avant, le tourisme avait rapporté 46 milliards de FCFA (70 millions d'euros) en recette brute, la machine avait à peine tourné à 20 % cette année-là. L'année 1993 allait changer la face du tourisme du pays. Un cessez-le-feu signé en juillet stabilise la Casamance, mais l'arrivée d'un nouveau ministre du Tourisme, Tijane Sylla, réoriente le tourisme vers la Petite Côte, proche de Dakar aux eaux moins agitées que celles de la Grande Côte. L'accent fut aussi mis sur les contrastes culturels qui donnent sa valeur au pays : Dakar et ses musées jusqu'alors peu fréquentés, Saint-Louis et son atmosphère coloniale, les parcs de l'intérieur des terres (Djoudj, Niokolo Koba), où des lodges sur le modèle anglais pouvaient accueillir les visiteurs.

Les efforts furent payants : l'année 1994 voyait affluer 346 000 touristes, contre 300 000 en 1993. L'émergence de l'Afrique du Sud comme pôle d'attraction allait sensiblement modifier la donne, mais le courant restait net. La reprise des conflits en Casamance pouvait laisser présager un autre hiver semé d'embûches. Mais assez curieusement, malgré plus de 400 morts fin septembre et octobre 1997, les voyagistes assuraient que le tourisme n'avait pas subi de séquelles. Leurs clients n'avaient a priori rien annulé.

En 2008, la crise économique mondiale fait baisser le nombre de touristes au Sénégal de 20 à 30 %. En Casamance, la faiblesse de la fréquence aérienne reliant cette région au monde et au reste du pays, conjuguée à quelques troubles largement médiatisés, contraint plus d'une dizaine d'hôtels à fermer à Cap Skirring (station balnéaire) et Ziguinchor (principale ville de Casamance).

L'épidémie d'Ebola qui s'est répandue dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest à partir de décembre 2013 a aussi contribué à faire baisser le nombre de touristes au Sénégal. Pourtant, seulement une contamination est recensée dans tout le pays en 2014 et le patient a été déclaré guéri en novembre de la même année.

Avec l'ouverture de l'aéroport Blaise Diagne, le trafic aérien a repris de plus belle, avec une hausse de 6 %, grâce notamment à l'arrivée de 4 nouvelles compagnies. A l'heure du bouclage du guide, un million de passagers avait déjà été enregistrés à l'arrivée. De plus, les infrastructures routières continuent de s'améliorer, offrant de belles routes aux visiteurs qui voudraient découvrir l'intérieur du Sénégal. Le visa payant ayant été supprimé par le ministère du Tourisme en 2015, l'accès au Sénégal se fait désormais sur simple présentation du passeport. Les professionnels ont en tout cas bon espoir sur la reprise de l'activité touristique dans un futur proche.

Enjeux actuels

Si la politique, et en particulier sa démocratie, place le Sénégal en tête de nombreuses nations africaines, son économie ne suit pas. Dakar est loin d'avoir dans ce domaine le leadership de l'Ouest africain, rôle qu'on attribue plus volontiers à Abidjan, en Côte d'Ivoire. Son PIB, malgré un taux de croissance annuel moyen de 6,5 %, est encore trop faible.
Le Sénégal, qui figure au palmarès des Etats les plus aidés d'Afrique, a du mal à surmonter sa dette extérieure estimée à 3 000 milliards de FCFA en 2015. Les grands pontes de Dakar, qui abrite 90 % des industries, ne compensent pas le chômage, qui atteint autour de 15 % de la population. Un taux qui grimpe à 27 % pour les moins de 25 ans.
L'exode vers l'étranger n'est pas non plus une mince affaire dans certaines provinces, car le travail a la réputation de faire vivre plus facilement du côté des contrées européennes. C'est ce qui explique ces gens manquants à Podor ou à Bakel qui, dans Paris, se lèvent plus tôt que la moyenne et s'habillent en vert pour s'occuper des poubelles ou pour réaliser des travaux difficiles et mauvais pour la santé. Tout cela afin d'envoyer un mandat à la fin du mois et faire vivre la famille demeurée là-bas. Il faut savoir qu'entreprendre le grand départ vers la France, c'est en quelque sorte s'engager moralement à faire fortune suffisamment pour envoyer régulièrement un mandat à ceux qui sont restés sur place. Ne pas pouvoir rentrer en fanfare, pour les vacances ou définitivement, est souvent synonyme de ne pas rentrer du tout, réputation oblige ! L'exode ne touche pas que la classe moyenne et le pays souffre cruellement d'un manque d'élites. Du côté de l'Etat, difficile d'enrailler le mouvement quand on estime que " les fonds envoyés par la diaspora sénégalaise sont supérieurs aux ressources financières provenant de l'aide internationale et envoient au pays environ 690 milliards de FCFA, selon le Fonds d'appui à l'investissement des Sénégalais de l'extérieur (FAISE).
L'économie du pays tend à être prise en main par les organismes internationaux que sont le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Les résultats structurels sont là, mais les industriels dénoncent des modèles inadéquats importés d'autres pays et qui s'appliquent mal au contexte sénégalais. Malgré toutes ces embûches, le taux de croissance du pays dépasse légèrement les 6 %, un chiffre qui fait envie, dans le contexte actuel, à bon nombre de pays européens...

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