Guide des Pyrénées-Orientales : Patrimoine et traditions

Patrimoine culturel
Les feux de la Saint-Jean – Focs de Sant Joan

Immanquable que cette nuit de la Saint-Jean fêtée le 23 juin où, de toutes parts, des feux illuminent la nuit du solstice d'été. Il est à savoir que ce n'est qu'à partir du Ve siècle que l'Eglise s'empara de cette célébration ancestrale païenne de la venue de l'été pour la nommer la Saint-Jean. Mais les Catalans, à leur tour, lui ont donné une tout autre ampleur. Tout commence le dimanche qui précède la saint Jean-Baptiste avec la " Trobada del Canigó " ; au départ du refuge des Cortalets, hommes, femmes et enfants par centaines entament l'ascension du Canigó en entonnant des chants traditionnels, avec dans leurs bras des branchages, des fagots de bois ou même de simples brindilles dans le creux de la main. Chaque fagot représente un village catalan du Nord et du Sud. A l'intérieur de chacun d'eux, des voeux y sont glissés, écrits sur des petits papiers, ensuite, ils sont déposés au fur et à mesure autour de la croix du Canigó. La symbolique est très forte, car l'édifice de cet immense bûcher n'est possible qu'avec la cohésion de tous et de tout un peuple qui sera réuni à nouveau le temps de cette nuit magique. Le 22 juin, trois jeunes montagnards prennent au bout d'une torche un peu de flamme du feu qui est entretenue depuis 1964 à la Casa Païral (au pied du Castillet à Perpignan). Ils gagnent ensuite le sommet du Canigó et embrasent l'immense monticule de bois au dernier coup de minuit : c'est le père des feux qui renaît. Cette lumière perchée à 2 764 mètres d'altitude est visible, tel un phare, à des centaines de kilomètres alentour. Aussitôt, des coureurs, lampes champêtres en main, dévalent les flancs de la montagne sacrée et distribuent la flamme à des relayeurs qui partent dans tous les sens et s'arrêtent dans chaque village pour y allumer les feux de la Saint-Jean sous les applaudissements et les " vivas " des habitants qui, dans la version la plus traditionnelle, forment une ronde autour du foyer ardent pour danser la sardane et profitent parfois des braises pour faire cuire de la saucisse qu'ils partageront et dégusteront dans un morceau de pain. Comme par enchantement, on peut suivre la progression de cette flamme qui, de minute en minute, illumine tous les sommets des Pyrénées catalanes, mais également les stades et les places. Vu des hauteurs, le Pays Catalan ressemble à un immense ciel étoilé avec pour apothéose le retour du feu sacré à Perpignan. Là, des grimpeurs confirmés, escaladent les 30 m de la façade du Castillet en portant sur leur dos une torche enflammée avec laquelle ils allumeront la vasque au sommet de l'édifice. La boucle est bouclée, le peuple catalan scelle ainsi, comme une promesse tous les ans renouvelée, son unité dans la joie et la paix. La Saint-Jean, c'est beaucoup plus qu'une fête traditionnelle religieuse, c'est également une nuit spéciale propice aux cueillettes d'herbes magiques. N'oubliez pas de cueillir les quatre plantes sacrées (l'orpin, l'immortelle, le millepertuis et le noyer) afin de composer le " ramallet de bonaventura " et de l'offrir à vos proches en guise de porte-bonheur. Il est dit qu'il protège les demeures et ses occupants. Cette flamme qui exprime la fraternité entre les peuples est tellement marquante pour tous les esprits que, depuis 2010, la Generalitat de Catalogne a déclaré la " Sant Joan " " festa nacional dels països catalans " (Fête nationale des Pays catalans).

Els Gegants (les Géants)

La tradition des Géants qui avait quasiment disparue de la Catalogne Nord, nous revient en force depuis quelques années. Considérée comme une fête païenne, elle a peu à peu était assimilée au carnaval et à son florilège de particularités. Depuis deux décennies, cette tradition est reprise avec engouement par des villes de notre département : Perpignan, Villefranche-de-Conflent, Les Angles, Canet-en-Roussillon, Rivesaltes, Argelès-sur-Mer, Elne, Thuir...
Apparue au XIVe siècle en Espagne, elle était à l'origine liée aux fêtes agraires afin de favoriser et protéger les récoltes. Par la suite, elle a participé aux fêtes religieuses. Dans les Pyrénées-Orientales, les archives de la cathédrale Saint-Jean de Perpignan font mention d'un couple de Géants en 1622.
Les Géants de Catalogne sont des géants dits " portés ", c'est-à-dire qu'une personne est sous le géant pour le faire avancer. La structure de bois ou de métal repose sur les épaules et la tête du porteur. Chaque Géant mesure 3,20 m environ et pèse entre 30 et 40 kg. Durant les Trobades Geganteres (réunion de Géants), le porteur est relayé plusieurs fois.
Nos Géants représentent des personnages importants de la ville ou du village auquel ils sont attachés, se sont souvent des figures historiques. Ils ne doivent pas revêtir de caractères religieux ou contemporains. Ils sont toujours en couple et baptisés (ils ont des parrains et marraines géants), leur vie est évolutive (la géante d'un couple a déjà été enceinte !) et ils ont une vie sociale puisqu'ils s'invitent à tour de rôle à défiler, lors de fêtes, dans leurs communes respectives.
Lors de la Cercavila (traversée de la ville), les couples de Gegants défilent les uns derrières les autres avec, protocole exige, le couple qui reçoit toujours en dernière position. Ils tournoient sur eux-mêmes, se mêlent au public, dansent et courent. Ils sont accompagnés dans les rues par un groupe qui les guide (les geganters) et par des musiciens qui jouent des morceaux de Géants en utilisant des instruments traditionnels (la gralla, le flaviol, le tambourin, le sac de gemecs...) Le défilé s'achève par un ball de Gegants (un bal de Géants), chaque couple danse sur une musique spécifique et ils finissent par tous danser ensemble.
Dans les Pyrénées-Orientales, de plus en plus de villages ont leurs Géants : Miró el Vell et de Quíxol à Elnes, le Comte Guillem-Ramon de Cerdagne et son épouse Sancia de Barcelone à Villefranche-de-Conflent, le Roi et la Reine d'Aragon pour Perpignan, Bernard Tallafero et Toda à Tautavel, Pere i Victoria à Thuir... C'est un vrai petit jeu que de reconnaître ces " grands " ambassadeurs de nos communes.
Tout comme les castells, les trobades de Gegants sont des signes forts de la culture catalane, qui après avoir été censurés par les pouvoirs religieux ou politiques, connaissent un regain de succès dans toute la Catalogne. Du début du printemps jusqu'à la fin de l'automne, vous aurez maintes occasions de découvrir nos Géants. Argelès, Villefranche, les Angles, Tautavel, Millas, Rivesaltes... la plus grande rencontre du Département est à Thuir, lors des Diades de Thuir en juillet.

Les correfocs

Les correfocs, littéralement " les coureurs de feu " sont l'occasion de voir une facette insolite de la Catalogne. C'est une des animations les plus frappantes des fêtes catalanes. A la nuit tombée, les " colles de diables " (groupes déguisés en diables, en démons et sorcières) passent en courant avec des feux de Bengale tournoyants plantés sur des piques, ils dansent autour des gens aux rythmes des groupes de percussions qui les accompagnent. Les jeunes et les enfants les accompagnent en lançant des pétards. Parfois on peut voir des dragons cracher du feu sur la foule. Tout le monde saute autour du feu pour ramener les démons en enfer, c'est une représentation théâtralisée de la bataille entre le bien et le mal. De beaux costumes diaboliques, du feu, beaucoup de bruit, et toujours une ambiance chaleureuse font de cette démonstration un spectacle impressionnant à voir !
L'origine des correfocs remonte au XIIe siècle. Un document datant de 1150 fait mention d'un Ball de Diables (danse de diables) lors des célébrations pour le mariage du comte de Barcelone Ramón Berenguer IV et de Pétronille. Il est écrit que le spectacle donné représentait la lutte de certains démons, commandée par Lucifer, contre l'Archange Saint Michel et une escouade d'anges Par ailleurs, il semblerait que le bal des diables, était un spectacle prisé par la noblesse médiévale, la représentation était donnée en entracte lors des banquets. Toujours au moyen âge, ces cohortes de bruyants diables précédaient les processions du Corpus Christi, elles donnaient de la solennité et de l'emphase à ces fêtes religieuses, tout en permettant d'écarter la foule sur le passage de la croix.
Après avoir été Interdites en Espagne durant la dictature franquiste, les troupes de diables sont revenues plus nombreuses que jamais en Catalogne Sud. Côté Roussillon, les correfocs dans leur version originale, sont interdits, pour des raisons de sécurité, par le gouvernement français depuis le 4 janvier 2010, et ceci en dépit de toutes les requêtes et manifestations invoquant l'importance des correfocs dans le patrimoine traditionnel et culturel du Roussillon. Désormais, en Catalogne Nord, les diables sont beaucoup plus encadrés que de l'autre côté de la frontière, tant et si bien que l'on se demande s'ils ne sont pas voués à une disparition programmée à plus ou moins longue échéance du côté français.
En attendant, pour assister à un correfoc un minimum de précautions sont à prendre, comme se couvrir les cheveux ou éviter de porter des vêtements en matière synthétique. On protégera les yeux et surtout les oreilles des plus jeunes (les sons des pétards et des feux d'artifice sifflants peuvent être très puissants).
Vous pourrez voir des correfocs à partir du printemps et jusqu'au mois d'octobre dans tout le pays catalan. Prades, les Angles, Argelès, Canet, Millas, Elne, Baho, Catllar, Baho... sont autant de destinations où fête et feu et feu et fête ne font qu'un.

Fête de la Sant Jordi

Le 23 avril, jour de la Sant Jordi (Saint Georges), les Catalans fêtent l'amour et le livre. Ce jour-là, les hommes offrent une rose à leur dulcinée, et en retour, les femmes offrent un livre à l'élu de leur coeur. C'est une sorte de Saint Valentin à la Catalane... la culture en plus.

La légende

Sant Jordi était un militaire romain né au IIIe siècle en Cappadoce (actuelle Turquie). Servant sous les ordres de l'empereur Dioclétien, il aurait été exécuté pour refus d'obéissance. Mais l'Histoire manquant cruellement de fantaisie, la piété populaire ne va cesser de rajouter des fioritures plus ou moins morbides, mais toujours très héroïques afin de marquer les esprits. La popularité de son culte sera telle, que sont apparues au fil du temps des histoires légendaires et fantastiques autour de son personnage. Ainsi, dans de nombreux récits on le fera mourir en martyr pour avoir été chrétien ou bien avoir refusé de persécuter des chrétiens. Certains donnent même une date précise : le 23 avril 303. Ce n'est qu'au XIe siècle qu'apparaît la légende de la lutte contre le dragon, qui elle aussi connaît une multitude de versions. Voici donc la nôtre.

Il y a fort, fort longtemps, dans la lointaine Lybie ou peut-être ici même en Catalogne, un terrible dragon faisait régner la peur sur les habitants d'une ville nommée Silène ou Montblanc. Seule une offrande quotidienne de deux agneaux parvenait à le maintenir calme, mais à un tel régime, les agneaux vinrent à manquer et la population dut se résoudre à lui donner en pâture des êtres humains. Chaque jour le sort désignait une personne à sacrifier. Le jour où Jordi fit une halte dans la ville, le funeste destin s'abattit sur la fille unique du roi. Voyant la très belle jeune fille qu'on menait, en larmes, devant l'antre du dragon pour y être dévorée, son sang ne fit qu'un tour. N'écoutant que son courage et sa détermination, il enfourcha son cheval blanc, se munit du signe de la croix et brandit sa longue épée. Le valeureux chevalier tua le dragon après un rude combat. Du sang encore chaud de la bête, qui se répandait sur le sol, naquit un rosier aux fleurs rouges, Sant Jordi en cueillit une et l'offrit à la princesse. Cet acte héroïque, symbole de la victoire du Bien contre le Mal, valut au chevalier d'être sanctifié et reconnu comme saint patron de l'Angleterre et de la Catalogne. Et quoi de plus beau qu'une rose au printemps ? La tradition d'offrir une rose à sa bien-aimée le 23 avril, remonterait au XVe siècle lorsque Sant Jordi devint le saint patron de la ville de Barcelone et que des foires à la rose se tinrent pour l'occasion.

Mais pourquoi des livres ?

Cette coutume ne date que de 1926, elle est née du désir d'un écrivain valencien installé à Barcelone, Vicent Clavel Andrés, de faire une fête du livre. La première fête du livre eut lieu un 7 octobre. En 1930, la date est changée pour le 23 avril, en l'honneur de Miguel de Cervantes et William Shakespeare, morts tous deux le 23 avril 1616. Depuis lors, La Sant Jordi est un événement annuel important dans la vente littéraire, les auteurs et éditeurs en profitent pour présenter leurs nouveautés. Ce jour-là, ou plus exactement le week-end le plus proche du 23 avril, une foule dense de promeneurs déambule dans les rues et sur les places de Perpignan au milieu des nombreux stands qui vendent livres et roses. Les fontaines de la ville sont aussi de la fête et se parent de somptueuses compositions florales. Durant le mois d'avril, un grand nombre de villages du département organisent eux aussi leur Sant Jordi.

En 1995, l'UNESCO a déclaré le 23 avril comme " Journée mondiale du livre et du droit d'auteur ", donnant tout son sens à la Sant Jordi, à savoir la victoire du savoir et de la connaissance sur l'obscurantisme, la rose rouge symbolisant le sang du dragon.

Le Caga Tió

Appelé également Tió de Nadal (bûche de Noël), il fait partie de la tradition catalane. A savoir que le 8 décembre, on prend une petite bûche, on dessine des yeux, une bouche et un nez, on lui met 2 pattes sur le devant, on le dépose dans le salon et on le recouvre d'une couverture pour ne pas qu'il prenne froid. Chaque jour on le nourrit de fruits, de légumes, de pain et d'eau pour qu'il grossisse. Alors, au fur et à mesure, à l'abri du regard des enfants, la bûche est changée par une plus grosse jusqu'au jour de Noël. Et là, c'est le moment magique où les enfants tapent avec un petit bâton sur le Tió de Nadal pour qu'il "chie" des bonbons en chantant une comptine que tous les enfants du nord et du sud de la Catalogne apprennent à l'école :

Caga Tió

Avellanes i torrons

No cagués arrengades

Que son massa salades

Caga torrons

Que son més bons...

 

Vous trouverez facilement cette chanson sur les sites de partage.

Peinture

Le département des Pyrénées-Orientales jouit d'une lumière exceptionnelle en toute saison. Les artistes ne s'y sont pas trompés. Bon nombre d'entre eux y sont passés, d'autres y sont restés. Comment ne pas tomber amoureux d'une telle palette de couleurs quand le rouge sang du taureau se confond avec les premières cerises de Céret et le grenat catalan avec nos vins du Roussillon ? Picasso, Matisse, Maillol, Chagall, Masson, Manolo Hugué, Soutine, Antoni Tapiès, pour ne citer qu'eux, ont su apprivoiser les nuances des couleurs pour en restituer la force et la beauté. Mais l'artiste que l'on associe à la " catalanité artistique " est Salvador Dali qui, à lui seul, fit connaître Perpignan et le Département, puisqu'il décréta le 27 août 1965, lors de son " voyage triomphal ", devant des milliers de personnes et en tenue de " Grand Amiral ", moustache patinée et canne en main, que la gare de Perpignan était " le Centre du Monde ".

Patrimoine architectural
Viggo Dorph Petersen, l'architecte du rêve Art nouveau

Dans le département, au gré de ses pérégrinations, on ne manque pas de remarquer ces châteaux et demeures, aux paradoxales et savoureuses notes bavaroises ou aux airs de belles résidences de bord de Loire qui ornent, ci et là, les Pyrénées-Orientales. Majestueuses, élégantes et rarement discrètes, ces constructions quelque peu " exotiques " en ce paysage méditerranéen, sont l'oeuvre de l'architecte danois Viggo Dorph Petersen (Barfredsshøj, 9 février 1851 - Perpignan, 23 juillet 1937), qui influencé par l'Art nouveau barcelonais, mélangera allègrement l'esthétique élancée du néo-gothique au romantisme des châteaux de Bavière.

C'est fin XIXe, début XXe, en pleine période Belle Epoque, que cet architecte de talent marquera de son empreinte si caractéristique les constructions de la grande bourgeoisie locale qui ose enfin, à l'instar de ce qui se passe partout en Europe, afficher de façon totalement décomplexée, sa réussite économique et son attraction pour un certain luxe ostentatoire. Dimensions imposantes, tourelles aériennes, clochetons ouvragés, longues fenêtres asymétriques, bow-windows et médaillons floraux de céramique en façade forment d'audacieux, mais harmonieux, mélanges de styles auxquels de nombreux notables du terroir, désirant afficher leur fortune et leur bon goût, succombent. On doit à Petersen quelques-unes des demeures les plus originales de cette charnière des deux siècles derniers.

La première commande de Viggo Dorph Petersen dans le département est l'hôtel du Portugal (1883) à Vernet-les-Bains. Il était venu s'installer, au grand air, dans la station thermale qui avait alors le vent en poupe, pour tenter d'améliorer la santé lancinante de sa jeune épouse française. L'élégance et l'originalité de la bâtisse ne manquent pas d'interpeller le richissime manufacturier des papiers à cigarette J.O.B, Pierre Bardou-Job, qui lui commande à la fin des années 1880 un château pour chacun de ses trois enfants. Pour son fils Justin, le château d'Aubiry à Céret (construit entre 1893 et 1904). Pour l'une de ses filles, Camille, mariée à Charles Ducup de Saint-Paul, le château du Parc Ducup de Saint Paul, à l'ouest de Perpignan (construit entre 1892 et 1910). Et pour Jeanne, épouse de Jules Pams - figure de la politique catalane et de la IIIe République -, le château de Valmy (construit entre 1888 et 1900).

Très en vogue, l'architecte est sollicité pour bon nombre de réalisations. Tout ce qui compte comme beau monde fortuné dans le département veut sa " Petersen ", sa demeure aux allures de petit château. En moins d'un demi-siècle, il concevra la plupart des châteaux et belles demeures de " l'âge d'or de la vigne ". Rien qu'à Perpignan, au fil des rue, on peut nommer pêle-mêle et de façon non exhaustive : l'hôtel Drancourt (avenue de la gare - début de construction 1889), la Villa Les Tilleuls (actuel Musée Puig - 1907), l'immeuble François Gibrat (avenue des Palmiers - 1912), l'immeuble Parès (boulevard des Pyrénées - 1908), l'immeuble Pams-Bouvier (quai Vauban)...

Ailleurs dans le département, parmi ses plus belles réalisations, abstraction faite des trois châteaux des enfants Bardou, on retrouve son empreinte si caractéristique à Canet (château de l'Esparrou - 1891), à Brouilla (château de Pourteils - 1900), à Elne (château d'en Bardou, maternité suisse d'Elne - 1901). Et, si ces châteaux oniriques sont ses pièces maîtresses, on n'oubliera pas ses autres réalisations toutes aussi élégantes : la maison de Jules Pams à Port-Vendres - actuel hôtel de ville (1911) -, le temple protestant de Collioure (inauguré en 1906), la villa Villeclare à Palau-del-Vidre, la villa Jeanne d'Arc à Céret, les villas Camille (1901) et Théré à Banyuls-sur-mer, L'Oasis à Argelès-sur-Mer, l'établissement thermal de Thuès-les-bains... Il faut toutefois signaler que l'inventaire de ses réalisations, tout comme les dates de constructions, est malheureusement incomplet car les archives parvenues jusqu'à nous sont fragmentées, l'essentiel de sa documentation ayant été détruit dans un incendie.

Cet amoureux inconditionnel des Pyrénées-Orientales, que fut Viggo-Dorph Petersen, passera le restant de sa vie dans son département de coeur. Désigné vice-consul du Danemark à Perpignan en 1909, il s'éteindra dans sa ville d'adoption en 1937. Atypique et novateur, il nous a laissé un patrimoine impressionnant et une des plus belles pages de notre héritage contemporain.

Architecture religieuse
Détail de fresque du prieuré de Marcevol.
Détail de fresque du prieuré de Marcevol.

Une richesse inestimable à qui sait se perdre à l'intérieur des terres et lever les yeux dans la fraîcheur des édifices religieux.

Art roman. La présence du marbre dans le département, et son utilisation dans les constructions, donnera à celui-ci un cachet qui lui est propre. les Pyrénées-Orientales sont riches de merveilleuses petites églises ou d'importantes abbayes construites aux XIe et XIIe siècles ; sous leur allure modeste, elles sont emplies de trésors en statuaires, vierges à l'enfant et mobiliers romans d'une exceptionnelle beauté. Les édifices les plus emblématiques sont : le prieuré de Serrabone, les abbayes de Saint-Michel de Cuxa ou de Saint-Martin du Canigó, ou encore le cloître d'Elne pour ne citer qu'eux. Mais la sensibilité de chacun déterminera ses préférences. On part volontiers à la recherche des sculptures du Maître de Cabestany, reconnaissables entre toutes, sur les Tympans.

Art gothique et art baroque. Les retables peints et dorés constituent de véritables chefs-d'oeuvre de l'art gothique puis du baroque flamboyant, comme les hospices d'Ille, les retables des églises de Prades, Font-Romeu, Vinça, Baixas ou encore Osséja, sculptés des mains de Joseph Sunyer, les peintures de Hyacinthe Rigaud dans la cathédrale Saint-Jean de Perpignan ou en l'église Saint-Jacques, qui plus tard devint le portraitiste de Louis XIV.

Il serait réducteur de ne citer que ceux-ci. Les Offices de tourisme de tous les villages du Département se feront un plaisir de vous conseiller.

Architecture militaire

Comment ne pas parler d'architecture militaire sans évoquer Vauban ? A la demande de Louis XIV, et pour contenir la révolte des " Angelets ", qui refusaient de payer la gabelle, en 1669, les remparts de Prats-de-Mollo furent surélevés. Puis, puisque dix années auparavant, le comté du Roussillon eut été rendu par l' Espagne à la France, il consolida les frontières, la forteresse de Salses au nord, le fort Saint-Elme à Collioure, le fort de Bellegarde au Perthus, le fort Libéria à Villefranche-de-Conflent et surtout il fit construire la forteresse la plus haute de France en donnant le nom de son roi " Mont Louis ". L' état de conservation des édifices est incroyable, preuve s'il en était que l'architecte du Roi-Soleil était un bâtisseur militaire hors pair.

Les tours à signaux des Pyrénées-Orientales

Afin de voir le danger arriver de loin et d'en informer rapidement les troupes armées prêtes à défendre la Catalogne, les sommets de nos montagnes et de nos collines se sont coiffés de vigies nommées " tours à signaux ". Leurs origines fort lointaines ne sont pas clairement définies, toutefois l'âge d'or de ces tours se situe sous le règne des rois de Majorque (1276-1344). Durant le XIIIe siècle, ils en construisirent de nombreuses afin de protéger leur royaume menacé, et compléter ainsi un réseau déjà existant mais pas assez performant. A la fin du XIIIe siècle, on pouvait en compter plusieurs dizaines ; distantes les unes des autres de 4 à 8 kilomètres à vol d'oiseau, il en existait deux catégories : les tours principales à grands rayons visuels et les tours secondaires, ou tours de relais, à rayons visuels restreints mais essentiels, l'ensemble constituant un réseau de surveillance et de communication très performant. Partout où on avait besoin de protéger une vallée ou un accès à la mer, il y avait une tour ! Toute la Catalogne était chapeautée de ce dense maillages de petites tours circulaires construites sur un même modèle ne variant que par la circonférence ou la hauteur de l'édifice. En sous-sol, une citerne voûtée pour recueillir l'eau de pluie, une porte d'entrée à mi-hauteur que l'on atteint par un escalier venant du pied de la tour, en principe deux étages - la salle d'armes avec au-dessus le dortoir - et au sommet, une cage où était fait le feu nécessaire aux signaux de fumée. En effet, comme indiqué dans leur dénomination elles émettaient des signaux, mais pas n'importe lesquels, ceux-ci se faisaient par de la fumée le jour et par un feu hardant la nuit. En quelque sorte précurseurs du Morse, ils répondaient à une réglementation stricte codifiée noir sur blanc par le roi Pierre III d'Aragon (exemple : un nuage de fumée pour indiquer 100 hommes à pied, 2 nuages pour 200, etc.). Un système très efficace, puisqu'un message partant de Perpignan arrivait à Barcelone environ 2 heures 30 plus tard (le TGV met 1 heure 20 !). Pour être rapidement activé, le feu devait être prêt en permanence. Pour ce faire, les tours abritaient généralement une petite garnison permanente de 5 à 6 hommes au maximum dirigés par un capitaine, et un chien d'alerte. La garnison pouvait communiquer, se défendre, mais elle n'était pas assez importante pour mener des actions offensives, sa fonction était vraiment la surveillance et l'alerte rapide. Et en cas de brouillard vous demandez-vous ? Et bien ils passaient à l'alerte sonore ! Les cloches des églises prenaient le relais en tintant à tout va. Le système de défense des tours à signaux va perdurer jusqu'au traité des Pyrénées (1659), les pays catalans situés au nord des Pyrénées étant annexés par la France, rendent inutile le système des tours. Vauban réorganise entièrement le système de défense en abandonnant les tours à signaux au profit d'imposantes fortifications capables d'assurer elles-mêmes leur défense.
De nos jours, si certaines sont encore debout et visibles de loin, de nombreuses autres ont subi les assauts du temps, des intempéries, et du manque d'entretien - la situation perchée de ces monuments rendant souvent difficile leur restauration. Parfois aussi, des constructions plus modernes ont pris leur place.
En levant la tête et en observant le sommet de nos collines, vous ne manquerez pas d'apercevoir quelques-unes de ces drôles de petites constructions encore debout ou, le plus souvent, partiellement en ruines altières qui élèvent vers les cieux de vaillants pans de muraille. A présent, les noms de ces tours s'égrènent comme autant de destinations de randonnées : la Massane sur les hauteurs d'Argelès-sur-Mer, la tour de la Madeloc au-dessus de Collioure, la tour de Batère, à cheval entre les communes de Saint-Marsal et de Corsavy ou encore la tour de la Guardia, sur les hauteurs de Prats-de-Mollo, et au fond de la vallée à la tour d'En Mir en direction de la Preste, sans oublier la tour de Goa à Casteil, fière de ses étages et de ses meurtrières ou la tour del Far à Tautavel qui domine les Corbières... sont de remarquables prétextes pour gravir nos petits et grands sommets et découvrir les Pyrénées-Orientales par les petits sentiers.

Ouvrages d’art

La ligne de chemin de fer du Train jaune est sans contestation une prouesse technique à elle seule.

Pas moins de 650 ouvrages d'art ont été nécessaires à sa construction sur seulement 60 kilomètres qui séparent Villefranche-de-Conflent de Latour-de-Carol. Qui dit mieux ? Le pont Séjourné (également nommé le pont de Fontpédrouse) en est une preuve à lui seul. Construit en 1906-1908, ce viaduc ferroviaire en maçonnerie mesure 236,70 mètres de long et culmine à 65 mètres au-dessus du lit de la Têt et de la nationale 116. Malgré plus d'un siècle de bons et loyaux services, il n'a pas pris une ride et permet le passage de 400 000 voyageurs par an par tous les temps. Un ouvrage qu'il serait dommage de contempler depuis la route, le plus impressionnant restant sa traversée à bord du " Canari ".

Traditions et modes de vie
Langue

" La langue catalane appartient au groupe des langues néolatines. Elle s'est formée du VIIIe au Xe siècle de part et d'autre des Pyrénées, dans les territoires de l'Empire carolingien que formaient les comtés de la Marche hispanique. Aux XIIe et XIIIe siècles, elle s'est étendue vers le sud et vers l'est à l'occasion des conquêtes territoriales de la couronne catalano-aragonaise. Sa frontière linguistique s'est établie à la fin du règne de Jacques Ier. La langue catalane est parlée sur une aire de 68 000 km², habitée par 13 529 127 personnes. Cette aire est actuellement divisée en sept territoires répartis sur quatre Etats : l'Andorre, l'Espagne - où se trouve la plus grande partie de la population et du domaine linguistique -, la France et l'Italie ". (Source : Estadística d'usos lingüístics (EUL). Catalogne, 2003).

Mieux vaut ne pas dire à un Catalan que sa langue est un patois ! Comme le français, l'espagnol et l'italien, le catalan est une langue romane née ici voilà plus de 1 200 ans, elle est la 23e langue employée sur Internet (un domaine spécifique existe même pour les sites en catalan, le " cat "). Parlée dans l'ensemble des pays catalans par plus de 9 millions de personnes, elle est langue officielle (Andorre, ONU) et co-officielle (Catalogne autonome, València, Baléares, Aragon et ville de l'Alguer en Sardaigne) de 13,5 millions d'habitants. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'au-delà d'une appartenance à un lieu géographique déterminé, l'élément clé de l'identité catalane c'est la langue : le catalan.

Dans les Pyrénées-Orientales, bien que le catalan fut interdit par Louis XIV dès 1700, il demeura langue de communication dominante jusqu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Au sein de nombreux foyers, notamment en zone rurale, le catalan est resté la seule langue pratiquée jusqu'au début des années 70. Toute une population n'ayant été que peu scolarisée, ne pratiquait le français que face aux administrations ou aux forasters (étrangers). Cette transmission orale et intergénérationnelle du catalan est à l'origine de quelques mots et expressions typiques au département, parfois assez éloignés du catalan normatif, mais si imagés qu'ils en sont croustillants ! Par ailleurs, même chez les plus jeunes, nombreux sont les mots catalans qui colorent les conversations en français, on les nomme familièrement des " catalanades ". De nos jours, entre l'enseignement public et l'enseignement privé, de la maternelle au lycée, c'est 13 500 élèves qui apprennent la langue catalane (source : Conseil Académique des Langues Régionales de l'Académie de Montpellier-2009), par ailleurs l'université Via Domitia de Perpignan propose des cursus en catalan jusqu'au DEA. D'après une enquête effectuée en janvier 2004 auprès d'une population âgée de plus de quinze ans, 88,5 % des habitants comprennent le catalan et 65,5 % le parlent. Par contre 47,8 % des personnes le lisent et seulement 17,1 % l'écrivent. Hors cursus scolaire ou universitaire, il existe de nombreuses possibilités d'apprendre notre langue, la Casa de la Generalitat propose à Perpignan des cours du soir pour adultes, il en est de même dans de nombreuses localités. Plébiscité par une grande partie de la population locale, l'apprentissage du catalan a de beaux jours devant lui.

Artisanat
Le Caganer

Dans les crèches catalanes, nous avons un petit plus... Regardez attentivement celles que vous verrez exposées durant la période de Noël. N'avez-vous rien remarqué de particulier ? Oui, ça y est, vous l'avez vu ce petit personnage accroupi dans un coin de ces scènes de la Nativité. Il s'agit du fameux Caganer, littéralement " le chieur ". Vous ne rêvez pas, il est bien en train de déféquer. Ce santon atypique vêtu traditionnellement du costume catalan symbolise la prospérité et repousse les mauvais présages. De plus, ses excréments rendent la terre fertile et améliorent ainsi les récoltes à venir. Il rappelle également de façon fort explicite que tous les hommes sont égaux face aux fonctions biologiques. Apparue au XVIIe siècle, cette figurine, de nos jours, change tous les ans d'apparence et prend de façon fort ironique le visage de politiciens, artistes ou sportifs de haut niveau.

Musique – Danses
La sardane

Image incontournable de l'identité catalane, symbole de paix et d'amitié, la sardane (en catalan sardana) se danse sur les places publiques des Pyrénées-Orientales et de la Catalogne-sud. La sardane se danse en cercle fermé alternant, en principe, un homme et une femme. Les mains enlacées et les bras tendus vers le ciel, les danseurs font tantôt des pas à droite, tantôt à gauche et également sur place. Danse festive et populaire par excellence, Il est de coutume de faire une place à toute personne qui veut entrer dans la ronde (si celle-ci n'est pas formée par un groupe de danseurs professionnels en tenue traditionnelle, bien évidemment). D'aspect plutôt facile, cette chorégraphie à pas comptés est en fait très élaborée. Le rythme est donné par un orchestre traditionnel catalan, nommé une cobla.
Quant à son origine, on peut assurer qu'elle remonte au XVIe siècle et qu'elle est née en Catalogne-sud. Certains historiens en font remonter la naissance à l'antiquité grecque (1er siècle de notre ère), mais comme les danses en rond sont pléthores autour du bassin méditerranéen, il est difficile d'en garantir l'authenticité. Autre certitude, c'est que sa version actuelle est née au XIXe siècle sous l'impulsion d'un musicien nommé Pep Ventura et du chorégraphe Miquel Pardas. Durant la période franquiste, la sardane fut interdite en Catalogne-sud, mais comme une bravade face à la dictature, on continuait à la danser jusque sur le parvis de la cathédrale de Barcelone.
La sardane fut connue hors de Catalogne grâce à " L'oratorio " de Pablo Casals et la chanson de Charles Trenet " La jolie sardane " composée sur une musique rappelant la danse catalane.
Les principales manifestations autour de la sardane ont lieu à Banyuls-sur-Mer (2e week-end du mois d'août), Céret (festival de la Sardane les 19, 20 et 21 juillet) et Perpignan.

Les havaneres

Les havaneres, en catalan, habaneras en espagnol ou encore havanaise en français sont un genre musical né vers 1830 à La Havane. Au cours du XIXe siècle, nombreux étaient les Catalans qui partaient tenter de faire fortune à Cuba (de nos jours, beaucoup de Cubains portent des noms de famille catalans, on peut citer entre autre l'emblématique marque mondiale de cigares Partagas) et ceux qui effectuaient régulièrement des traversées entre le vieux continent et les " Indes ", comme ils nommaient encore alors les Caraïbes, à bord de navires dont les cales débordées de rhum et de tabac. En 1905, lorsque la guerre qui opposait l'Espagne à Cuba éclata, ils furent contraints de quitter l'île emportant avec eux, dans leurs mémoires, ces chants très chaloupés aux accents mélancoliques mêlés de gaité, des " zarzuelas " qui rappellent parfois des airs de fado, de flamenco et de rythmes africains. Les termes abordés tournent principalement autour de la mer, du marin, de son environnement et surtout de la femme. Accompagnées de guitare, accordéon et contrebasse, les havaneres se sont transmises oralement jusqu'à s'ancrer dans la culture catalane et à devenir le synonyme de soirées festives et conviviales.
Aujourd'hui en Catalogne, plus de 130 groupes d'havaneres font évoluer cette tradition du mélange, à laquelle de grands noms se sont intéressés : Bizet, Saint-Saëns, Ravel, Chabrier... et les havaneres sont en pleine expansion dans les Pyrénées-Orientales. Les concerts sont souvent accompagnés du " cremat ", une boisson à base de rhum, de café, de zeste de citron et de sucre que l'on fait flamber. Dans notre département, il y a des groupes très appréciés qui chantent, et parmi les plus connus on peut citer : la Llotja de Mar (Perpignan), les Mariners del Canigó (Céret), les Veus de l'Estany (Perpignan). Ces groupes sont à découvrir notamment lors de " la mostra de Perpinyà ", du festival d'Havaneres de Collioure ou du festival " havaneres del Vallespir " à Céret.

La rumba catalane

Au même titre que la sardane ou les havaneres, la rumba catalane fait partie de notre patrimoine culturel et elle est sans doute celle qui interpelle le plus large public. Musique métissée empreinte de salsa, mambo, flamenco et saupoudrée de notes rock, jazzy, voire plus si affinités... elle connaît un succès international. D'ailleurs par une initiative franco-espagnole, la rumba catalane est depuis l'automne 2015, candidate pour être inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel des Nations unies.
Née dans les années 50, dans les quartiers populaires de Barcelone, et plus exactement dans le quartier de la Raval, on en attribue la paternité à deux musiciens gitans " Orelles " et " Toqui ", mais c'est sous l'impulsion du grand musicien Pedro Pubill Calaf (1935-2014), dit Peret, qu'elle prendra sa dimension universelle. Peret est, en effet, l'inventeur du fameux " ventilador ", technique qui consiste à percuter avec la main droite la caisse de la guitare tout en pinçant les cordes dans un mouvement rythmique qui n'est pas sans rappeler celui des pales d'un ventilateur. Le 9 août 1992, les rumbas de Peret animèrent la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Barcelone, devant un milliard de téléspectateurs.
En France, c'est à Perpignan, au sein de la communauté gitane du quartier Saint-Jacques - Sant Jaume pour les natifs - que la rumba catalane est introduite au début des années 70. Elle ne tarde pas à se répandre comme une traînée de poudre, dans les quartiers Saint-Mathieu et le Haut-Vernet pour donner naissance à une rumba perpignanaise poignante et musclée au style vibrant et authentique défendue avec une talentueuse passion par des groupes tels que Tekamelii, les Rumberos catalans, Sabor de Perpinyà, Geronimo, la Rumba del Vernet...
L'engouement pour la rumba catalane a depuis fort longtemps dépassé les frontières de la communauté gitane, et c'est comme un seul homme que les soirs de concert une foule de tout horizon se lève, frappe dans les mains, fait claquer ses doigts et se trémousse au son de cette musique rythmée et envoûtante. Source d'inspiration pour nombre d'artistes, il y a pléthore de groupes au succès planétaire qui mêlent aujourd'hui allègrement la rumba catalane à d'autres genres musicaux à l'instar des Gibsy kings, Ojos de Bruja, la Pegatina, DJ Txarly Brown ou encore Manu Chao et David Byrne... Pour nous concocter un joyeux melting pot qui ne cesse de s'enrichir de nouvelles influences.

Sports et jeux traditionnels
Les Castellers

Une tour humaine solide à géométrie harmonieuse

" Força, Equilibri, Valor i Seny ", en français : " De la force, de l'équilibre, du courage et de la sagesse ", telle est la devise.
Les castellers, du mot catalan " castell " (château), sont des édificateurs de tours humaines aux structures complexes et de hauteurs différentes (certaines peuvent atteindre l'équivalent d'un immeuble de 5 étages) qui suivent un code précis.

Inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO depuis le 16 novembre 2010, cette tradition qui est certainement la plus riche de sens dans la culture catalane, remonte au XVe siècle. Elle nous vient du sud de Barcelone (Valls et Tarragone) et après s'être rapidement répandue au Catalogne sud à partir du XVIIIe siècle, elle connaît depuis une vingtaine d'années un bel essor en Catalogne nord (Pyrénées-Orientales) qui est d'ailleurs le seul lieu en France où elle se pratique.
C'est un spectacle participatif époustouflant mêlant force, agilité et souplesse qui se déroule le plus souvent sur une place publique. Au-delà d'une simple manifestation festive, c'est une philosophie de vie, une démonstration de coopération, de travail en équipe, de solidarité, d'abnégation, de concentration, de courage, de force physique et mentale où hommes, femmes et enfants, quel que soit l'âge, l'origine sociale et les caractéristiques physiques sont indispensables à l'élévation de l'édifice, chacun devant faire confiance à l'autre avant d'être à son tour un pilier. Au moment où la musique retentit et qu'ils rassemblent les mains tous ensemble pour commencer le castell est incroyable, le spectateur partage cette communion. Les visages sont tendus, la charge émotionnelle est énorme, on est admiratifs, on frissonne, on a le coeur serré, la tour tangue, du fait des tremblements de chacun, l'équilibre ne doit pas être rompu, on a peur et on exulte de joie lorsque, enfin, l'enfant au sommet lève le bras. L'attention est tenue en éveil jusqu'au démontage total de la tour.

Décryptage des codes

Composition du castell

La pinya : elle constitue le premier étage de la tour, c'est une sorte de mêlée compacte, qui sert de socle pour le castell.

El tronc : il s'agit de la partie principale du castell, qui peut varier en hauteur. Chaque étage est appelé en fonction de son niveau : premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième et sixième.

El pom : il est composé de quatre enfants, répartis sur les trois derniers niveaux du castell.

Els dosos : premier niveau du pom, constitué par deux enfants.

L'aixecador : également appelé acotxador ou cassoleta, c'est l'avant-dernier niveau du pom, qui s'appuie sur les dos abaissés.

L'enxaneta : C'est le niveau supérieur de la pyramide, un enfant (nin ou nina) qui se dresse à son sommet lève le bras, certifiant ainsi que celle-ci a été bien construite.

La construction commence par la base, constituée des personnes ayant le plus de force, puis le castell monte au fur et à mesure. Le sommet est atteint par un gamin (enxaneta) haut comme trois pommes qui doit escalader l'un après l'autre ses aînés, sans déstabiliser l'édifice, pour se hisser jusqu'au sommet de la tour humaine.
Chaque tour a un nom : Une tour de 6 étages formée par 4 castellers est une " quatre de sis " (quatre de six). Une tour de 8 étages formée par 3 castellers est une " tres de vuit ", (Trois de huit),... les pyramides comprenant une personne par étage sont appelées Pilar et celles comportant deux personnes sont nommées Torre.
L'ensemble des personnes participant à la tour s'appelle une colle (équipe). La préparation et l'entraînement à cette tour sont confiés à un cap de colla qui doit savoir conseiller les divers castellers pour agir au sein d'un collectif et aller au bout de soi-même pour la réussite du groupe.

La tenue vestimentaire

Les castellers portent traditionnellement une tenue composée d'un pantalon blanc, d'une faixa (une longue bande de flanelle que l'on enroule autour de la taille en guise de ceinture), d'une chemise à manches longues (quand une personne entre dans une colla castellera, elle porte un maillot aux couleurs de sa colla. Elle le portera pendant quelques mois pour que les autres sachent qu'elle est novice), ainsi que d'un mocador casteller, foulard qui est porté sur la tête, aux poignets, sur les genoux (pour aider les enfants à monter) ou tout simplement autour du cou. Seuls les castellers au sol sont chaussés d'espadrilles, ceux qui montent sur les autres sont pieds nus. Pour des raisons évidentes de sécurité, les enfants qui se hissent au sommet de la tour portent un casque.

La faixa a une grande utilité, car les castellers s'en servent comme point d'appui, ils s'y agrippent pour monter et descendre les uns sur les autres, elle sert également de protection lombaire pour ceux de la base qui doivent supporter le poids le plus important.

La musique

En principe, chaque colle de castellers a ses propres timbalers (joueurs de tambourin) et grallers (joueurs de hautbois). Depuis le début de la construction et jusqu'au " démontage " de la tour humaine, le Toc, qui est la musique spécifique des castells donnera un climat sonore très caractéristique. Les différentes notes émises par les gralles, informent la pinya, qui ne voit rien, de l'évolution de la pyramide.

Dans les Pyrénées-Orientales

Les castellers les plus connues du département sont les Castellers del Riberal de Bao, les Angelets del Vallespir de Sant Joan Pla de Corts et Les Pallagos del Conflent de Prades ainsi que la colle Casteller étudiante de l'Université de Perpignan Via Domitia les Mangoners.

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