« Prague magique », « Prague surréaliste », « Prague mystérieuse »… Les mots ne suffisent plus pour qualifier la capitale tchèque qui reflète toutes les périodes architecturales,  historiques, et contes imaginaires de notre passé. Sur la place de la vieille ville, les façades romanes colorées se font une place parmi celles, étroites, d’Art nouveau et les clochers baroques ou gothiques. Les saints pétrifiés du pont Charles et l'église Saint-Nicolas dans le quartier de Malá Strana donnent à l’époque baroque toute sa démesure quand l’horloge astronomique du XVe siècle rappelle à tous les visiteurs que la vieille pierre ne meurt jamais. Tous ceux qui sont allés à Prague vous diront que c'est une ville pleine de charme, romantique, au même titre que Venise ou Florence. Et tout comme Berlin ou Barcelone, Prague jouit d'un élan culturel contemporain et d'une animation sans pareille entre centres d'art comme DOX, restaurants gastronomiques innovants et abordables et nombreux bars underground. Prague ne dort jamais... Du baroque au contemporain, du gothique à la Renaissance, Prague est une ville pleine des contrastes de plusieurs siècles d'une civilisation préservée. Cette ville ne se visite pas, elle se vit.

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Si l'on veut avoir la meilleure vue de Prague, c'est sans doute depuis ses jardins qui redescendent vers Mala Strana que l'on l'obtiendra. Dominant orgueilleusement la ville, le château est un éblouissant mélange de styles architecturaux principalement Renaissance et baroque. Tous les jours à midi, ne manquez pas la « grande » relève de la garde à l'entrée du site, la porte Mathias, le plus ancien des vestiges du château. Au centre, une belle fontaine baroque de 1686 et un puits Renaissance sont les éléments les plus remarquables de cet espace aménagé par Plečnik. Dans le coin sud-est, la chapelle Sainte-Croix dévoile le trésor de la  cathédrale Saint-Guy. Sa flèche de 82 m domine la ville et ses vitraux laissant passer la lumière, dont ceux d’Alphonse Mucha, le plus grand peintre tchèque d'Art nouveau, font figure d'incontournables. Sans oublier la basilique et le couvent Saint-Georges. La visite du château ne serait pas totale non plus sans avoir vu la ruelle d'or. Son caractère pittoresque finira de vous surprendre. Ses maisonnettes colorées étaient occupées, selon la légende, par les alchimistes qui travaillaient pour l’empereur Rodolphe II, qui rêvait de découvrir le fameux élixir de jouvence ou encore la pierre philosophale. Ne ratez surtout pas la maisonnette au n° 22 où le célèbre écrivain pragois Franz Kafka trouvait l'inspiration.

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Vous ne reviendrez pas de Prague sans avoir fait une traversée du pont Charles, si vous parvenez à vous frayer un chemin dans sa foule de touristes qui ne désemplit jamais et ses orchestres de musique. Même si, selon la saison, vous enjambez la Vltava sur un espace déserté et habillé d'une simple couche de neige. Rythmé par les statues signées des plus grands sculpteurs, encadré de tours massives à ses extrémités, il n'est pas seulement un monument, il est surtout le trait d'union entre la vieille ville et le «petit côté», celui qu'empruntaient les rois pour rejoindre le château : la célèbre Voie royale. Commencés en 1357, les travaux ne s'achèveront qu'à la fin du XVe siècle et les statues, illustrant l'histoire religieuse de la cité, ne prendront place qu'en 1683. Reliant les deux plus beaux quartiers de Prague, il offre également un point de vue sublime sur la ville aux cent clochers et les monuments prestigieux qui bordent la Vltava. Jusqu’en 1850, le pont Charles était l’unique pont de Prague. Les visites matinales ou nocturnes permettent d'apprécier le détail de chacune de ses statues qui ne vous laisseront pas de marbre...

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La place de la vieille ville sera certainement votre premier contact avec Prague, là où bat le cœur de la cité. Tant de belles choses au mètre carré... De quoi vous faire perdre la tête ! Encadrée par les tours de l'église de Tyn, Saint-Nicolas et celle de l'horloge astronomique jouxtant l'hôtel de ville, toutes trois semblant tracer un sillon à la statue du réformateur Jan Hus, œuvre de Ladislav Šaloun. Les maisons encadrant la place ont leur mot à dire également, arborant de jolies fresques et de belles façades baroque ou Renaissance comme l’Agneau de pierre, la Licorne d’or ou encore le palais Goltz-Kinsky, un palais rococo où le père de Kafka posséda un temps une boutique. Vous vous attarderez sûrement sur l'horloge astronomique, miracle de la technique qui indique correctement depuis près de 600 ans non seulement l’heure et la date mais aussi la position du soleil, les phases du mois, les cycles astronomiques et les fêtes du calendrier chrétien. L’horloge s’anime toutes les heures mettant apôtres et statuettes en mouvement jusqu'à ce que son imposant carillon situé au sommet de la tour mette fin à l'agitation. Cette place propose une ambiance incomparable durant les fêtes de Noël où elle se transforme en un royaume hivernal plein de lumières et de parfums.

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Au cœur du quartier juif, au nord de la vieille ville, le cimetière juif maintient en vie la ténébreuse légende du Golem, cet être d'argile façonné par le rabbin Loew et doté d'une force surhumaine dont la mission était de défendre le ghetto. Visitez le cimetière tôt le matin, pour bénéficier de l'ambiance magique et énigmatique des lieux, et lancez-vous à la recherche de la tombe du rabbin, cachée parmi les 12 000 stèles de guingois, car ce cimetière fondé au XVe siècle sur un terrain exigu voit les tombes s’enchevêtrer et se superposer dans un chaos assourdissant. Le silence du lieu et les cris des corbeaux assis sur les arbres contribuant fortement à son obscurité. Quelque 100 000 morts sont enterrés dans la terre de ce cimetière. C’est pour cette raison que certaines stèles sont penchées et même à moitié tombées. Le plus ancien tombeau, datant de 1439, est celui de l’écrivain Avigdor Kara. La décoration des pierres tombales permet de découvrir l’appartenance à la famille ou le métier du défunt, car les symboles sculptés ont toujours une signification. Une butte située dans l’angle du cimetière signale l’endroit où l’on enterrait les enfants morts avant l’âge d’un an. Pour profiter pleinement de la visite, commencez votre journée tôt par la découverte du musée juif, point d'entrée de ce sanctuaire envoûtant.

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La place Venceslas témoigne de l'évolution architecturale de la capitale tchèque. On y trouve tous les styles : Renaissance, Art nouveau (à Prague, on dit «Sécession»), Art déco, fonctionnalisme… Chaque bâtiment semble porter une part de l'histoire de la ville ! Mais ne vous attendez pas à une place, plutôt à une avenue, avec ses 750 m de long et ses 60 m de large ! Elle se remonte ou se descend par la promenade du milieu, entre les voies de circulation, et est dominée par le très imposant Musée national (Národní muzeum) dans une unité architecturale pleine de cohérence. Cette place, c'est aussi le poids de l'Histoire. Au pied du musée, Jan Palach s’est immolé par le feu en 1969 pour protester contre l’invasion des troupes du pacte de Varsovie. Plus bas, au balcon de l’immeuble Melantrichova, Havel prit la parole un certain jour de novembre 1989, et ce fut la révolution de Velours. Certains immeubles qui la bordent sont remarquables par leur architecture, mais ne passez pas à côté des passages couverts étonnants, et notamment celui du Lucerna, le plus spectaculaire.

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John Lennon n’a jamais mis les pieds à Prague, mais il était à l’époque un symbole de liberté et de paix pour les étudiants tchèques, censurés par le régime communiste. Après l'assassinat de l'ex-chanteur des Beatles en 1980 à New York, quelqu'un dessine son visage sur ce mur d'une petite place de Prague (rue Lazenska) pour lui rendre hommage. Mais la police s'empresse de l'effacer. Puis, il est dessiné à nouveau. La police l'efface encore. Et ce petit jeu du chat et la souris dure jusqu'à la fin du régime. Mais les manœuvres du pouvoir n'auront pas découragé les Praguois de remplir chaque parcelle de ce mur. Aujourd'hui, le graffiti a pris la proportion d'un mur d'une quinzaine de mètres. Très coloré, les mots d’amour et de paix sont venus remplacer les slogans contre le régime : Amour libre, liberté, révolution et musique pop. Ce mur représente donc bien plus que la mémoire à John Lennon, il incarne aussi la liberté d’expression, l’espoir et les rêves d'une génération. Le portrait original de John Lennon s'est depuis longtemps effacé derrière les couches sans cesse renouvelées, mais si vous persistez, vous pouvez encore trouver des hommages et un sous-marin jaune !

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Au bout de la rue Karlova, juste avant de franchir le pont Charles, le  Klementinum est le plus vaste ensemble architectural de Prague après le château. Construit sur le site d’un ancien monastère dominicain, ce complexe tient son nom d'un ancien sanctuaire roman, l’église Saint-Clément. Une très petite partie est ouverte au public, mais heureusement, ce n'est pas la moins intéressante. En suivant la visite guidée, on découvre la splendide bibliothèque baroque et sa collection historique de globes terrestres et célestes, fondée par l'université Charles en 1800 et comptant au total près de trois millions de volumes qui constituent le fonds de la Bibliothèque nationale. Direction ensuite la tour astronomique où de nombreux instruments d'astronomie de différentes époques se bousculent jusqu'au sommet, d'où s'étend une vue panoramique, le pont Charles au premier plan. Parmi les trois églises du complexe, Saint-Sauveur (Sv. Salvátora) est celle qui se trouve au plus près du pont Charles avec sa façade Renaissance datant de 1659. L’église baroque Saint-Clément, elle, fut bâtie en 1711. Enfin, la chapelle aux Miroirs (Zrcadlova Kaple), construite en 1724, se visite lors de concerts.

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La musique étant la veine cave de la vie culturelle et sociale pragoise, l'extraordinaire musée qui lui est consacré, dans le quartier de Mala Strana, constitue une visite passionnante, même pour les néophytes. Moderne et très interactif, parmi les quelque 3 000 instruments exposés, des pièces uniques en leur genre, voire totalement expérimentales, imaginées par les meilleurs artisans de République tchèque, et même du reste du monde, sont rendues accessibles. Notamment de luxueux clavecins marquetés, peints de motifs orientalisants et parés d’écailles, de nacre ou d’ivoire, les pianos à queue, carrés et pyramidaux, si différents selon les époques ou encore les majestueuses lyres de style Empire. Grâce aux casques audio, vous pourrez écouter les tonalités qu'ils produisent (ou produisaient) et vous rendre compte des différences obtenues entre tel et tel morceau de musique selon l'instrument avec lequel il est joué. Cuivres, instruments à cordes ou à vent. C'est dans l'ancienne église Sainte-Marie-Madeleine, dont la nef a été transformée en hall de réception que des concerts y sont régulièrement donnés en saison, bénéficiant de l'excellente acoustique du bâtiment.