Guide du Tibet : Histoire

Les grandes figures historiques de l'Empire du Milieu

Zhou Enlai 周恩来 (1898-1976)

Fils d'une famille de lettrés, il passe au communisme par nationalisme plutôt que pour l'idéal d'égalitarisme social. Après des études supérieures complétées par une formation au Japon et en France, il participe à la fondation du Parti communiste chinois et à la Longue Marche. Il reste toute sa vie le loyal second de Mao et joue un rôle modérateur durant la Révolution culturelle en 1966. Des émeutes sur la place Tian An Men suivirent la mort de Zhou Enlai, qui fut incinéré et dont les cendres furent dispersées au-dessus du sol chinois.

Tchang Kaï-chek 蔣介石 (1887-1975)

Il rejoint l'armée révolutionnaire en 1911. Président du gouvernement nationaliste conservateur installé à Nankin, il mène plusieurs campagnes contre les communistes (1930-1935). Mais l'invasion japonaise le conduit à s'allier à ces derniers en 1937. Cette alliance est rompue après la victoire de 1945. Une nouvelle guerre civile se développe alors et se termine par la victoire de Mao Zedong en 1949. Tchang Kaï-chek s'enfuit à Taïwan où il fonde un régime autoritaire et pro-américain.

Jiang Qing 江青 (1914-1991)

Durant la Révolution culturelle, la femme de Mao et sa " Bande des Quatre " s'installent au sommet du Parti sous la protection d'un Mao devenu sénile. Petite actrice médiocre de Shanghai, elle profite de son pouvoir pour se venger de ses frustrations professionnelles. Seulement quatre semaines après la mort de Mao en 1976, elle est arrêtée avec les autres membres de la " Bande des Quatre ", condamnée à la prison à perpétuité pour " crimes contre-révolutionnaires " à l'issue d'un procès retransmis dans le monde entier. La veuve Mao se suicide en prison après douze années de détention.

Deng Xiaoping 邓小平 (1904-1997)

Le Petit Timonier mourut seulement quelques mois avant le retour de Hong Kong dans le giron de la mère patrie, le couronnement de sa politique d'ouverture économique (" Enrichissez-vous ") et de réunification de la Grande Chine (" Un pays, deux systèmes ").

Il fut un révolutionnaire de la première heure, et l'histoire de sa vie se confond avec l'histoire de la Chine, encore plus que celle de Mao. Tombé en disgrâce durant la Révolution culturelle, à 65 ans, il doit se soumettre à la rééducation par le travail, mais survit à la tempête. A la mort de Mao en 1976, il revient au pouvoir et lance la Chine sur la voie des Quatre Modernisations. Mais il en exclut une cinquième, la démocratie, réclamée par le peuple et cela se termine par la répression sanglante de la place Tian An Men en 1981. Puis surviennent les manifestations étudiantes de la place Tian An Men en 1989, elles aussi réprimées dans un bain de sang et le blocus de la Chine par les pays occidentaux. En 1992, c'est sa tournée très médiatisée à Shenzhen qui marque la relance des réformes économiques en stagnation. " Enrichissez-vous ", lance le vieillard et les Chinois le prennent au mot !

Sun Yat-sen 孫中山 (1886-1925)

Révolutionnaire et libérateur, il fut à la tête de la révolution qui provoque la chute du dernier empereur de Chine en 1912. Il s'allie aux communistes pour organiser un Etat socialiste. Sun Yat-sen, le " petit père " de la République, est toujours vénéré par les communistes sur le continent chinois comme par les nationalistes à Taïwan.

Mao Zedong 毛泽东 (1893-1976)

Le Grand Timonier participe à la fondation du Parti communiste chinois en 1921 et à la Longue Marche. Il organise l'armée révolutionnaire et guide son peuple sur les chemins du marxisme jusqu'à la victoire en 1949, quand il proclame l'avènement de la République populaire sur la place Tian An Men. Après, les choses se brouillent un peu. Des réformes agraires au Grand Bond en avant, en passant par la Révolution culturelle, il a fait subir les conséquences de sa politique utopique à une population qui n'était plus nourrie qu'aux slogans du Petit Livre rouge (la famine provoquée par le Grand Bond en avant fit entre 20 et 40 millions de morts). Comme il disait : " La révolution n'est pas un dîner de gala... ". A la mort de Mao, un mausolée fut érigé sur la place Tian An Men pour recevoir son corps embaumé, qui est toujours exposé aux yeux d'un public, toujours plus nombreux...

Chronologie
Chronologie

500 000 av. J.-C. > " l'homme de Pékin ", découvert en 1921, connaissait déjà l'usage du feu, fabriquait des outils en pierre, vivait de chasse et de cueillette.

2200 - 1700 av. J.-C. > dynastie des Xia. Domestication des animaux, culture du blé, fabrication de soie et fabrication des premiers vases de bronze.

XVIe - Xe siècles av. J.-C. > dynastie des Shang. Premières traces d'écritures sur des os divinatoires et des carapaces de tortue, utilisation de la roue.

Xe - VIe siècles av. J.-C. > dynastie des Zhou de l'Ouest et période des Printemps et Automnes. Le coeur du pays se développe le long du fleuve Jaune, berceau de la civilisation chinoise.

Ve - IIIe siècles av. J.-C. > période des Royaumes combattants. Intense vie culturelle avec Confucius et Laozi. Guerres de conquêtes qui donnent naissance aux premiers tronçons de la Grande Muraille.

221 - 206 av. J.-C. > dynastie des Qin. Le premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi unifie le pays et fonde le premier Empire chinois. Unification de l'écriture, de la monnaie, des poids et mesures. La construction de la Grande Muraille se poursuit.

206 av. J.-C. - 220 > dynastie des Han. Ouverture de la route de la soie, invention du papier et fabrication des premières porcelaines.

220 - 581 > période des Trois Royaumes. Le pays est à nouveau divisé et sombre dans d'incessants conflits internes. Arrivée du bouddhisme.

581 - 618 > dynastie des Sui. Le royaume est réunifié, une période de grands travaux est lancée, incluant notamment le creusement du Grand Canal de Pékin à Hangzhou.

618 - 907 > dynastie des Tang. Age d'or de la culture chinoise qui rayonne sur toute l'Asie. L'empire s'étend jusqu'en Iran, en Inde du Nord et en Corée.

907 - 960 > période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Des guerres civiles déchirent le pays et permettent au Vietnam de se libérer de la tutelle chinoise.

960 - 1279 > dynastie des Song. Le pays, réunifié et pacifié, développe ses villes, relance l'économie et la recherche scientifique. Plusieurs empires se succèdent ou partagent néanmoins le pouvoir : Liao, d'origine mongole, Jin de Mandchourie, Xia tibétains.

1279 - 1368 > dynastie des Yuan. Les Mongols contrôlent la Chine après la mise à sac de Pékin par Gengis Khan en 1215. Le petit-fils de Gengis, Kubilai Khan, installe sa capitale à Pékin (alors baptisée Dadu) et unifie une grande partie de l'Asie. Marco Polo et Ibn Battuta découvrent l'Empire chinois.

1368 - 1644 > dynastie des Ming. Construction de la Cité interdite, expansion militaire, reconstruction économique. Mais l'empire est à nouveau attaqué par les nomades, ainsi que par la marine japonaise.

1644 - 1911 > dynastie des Qing. Les Mandchous venus du nord renversent la dynastie chinoise et s'emparent de l'empire. Le règne de Kangxi permet un développement des arts et lettres et une ouverture sur l'étranger. Mais des révoltes intérieures sur les frontières du pays entraînent un repli de l'empire, qui développe en outre un fort nationalisme. Le déclin de l'empire est accéléré par les guerres de l'opium.

1759 - 1876 > processus d'intégration du Xinjiang à l'Empire chinois.

1839 - 1842 > première guerre de l'opium. Le traité de Nankin impose à la Chine d'ouvrir ses ports au commerce étranger. Hong Kong est cédé à la Couronne britannique.

1850 - 1864 > révolte des Taiping. La secte de " la grande harmonie " prend en main la lutte contre les étrangers, après le constat de la faillite du pouvoir Qing. Mais l'insurrection est finalement matée par les troupes de l'empereur, largement aidées par les Occidentaux.

1856 - 1860 > deuxième guerre de l'opium. Le traité de Tianjin oblige la Chine à ouvrir 11 ports supplémentaires et à accepter l'installation de légations étrangères à Pékin. Pékin et le palais d'Eté sont mis à sac en 1859.

1900 - 1901 > révolte des Boxers. Ce mouvement populaire tente de chasser les étrangers du territoire chinois. Les Boxers assiègent le quartier des légations pendant 40 jours avant d'être dispersés.

1912 - 1948 > première République de Chine. La révolution d'octobre 1911 permet à Sun Yat-sen de devenir président de la première République.

4 mai 1919 > le mouvement du 4 mai, mené par les étudiants protestant contre l'injustice du traité de Versailles, marque un tournant dans l'histoire du pays.

1921 > fondation du parti communiste à Shanghai.

1927 - 1937 > décennie de Nankin. Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, Tchang Kaï-chek s'empare du pouvoir, unifie la Chine et lance une intense répression contre les communistes.

1934 - 1935 > la Longue Marche conduit les communistes, poursuivis par les troupes nationalistes, de Shanghai jusqu'à la province du Shaanxi. A l'issue de la marche, Mao Zedong devient le chef du parti communiste.

1937 - 1945 > la Seconde Guerre mondiale voit les Japonais s'emparer d'une large partie du territoire chinois. Tchang Kaï-chek et son gouvernement se réfugient à Chongqing.

1946 - 1949 > une guerre civile éclate entre les communistes et les nationalistes. Elle se conclura en 1949 par la victoire des communistes.

1er octobre 1949 > Mao Zedong proclame la fondation de la République populaire de Chine. La collectivisation est lancée, ainsi que la " libération pacifique du Tibet ".

1949 > disparition de la seconde République du Turkestan oriental qui devient la province autonome du Xinjiang.

23 mai 1951 > annexion du Tibet à la République populaire de Chine suite au mouvement de " libération pacifique " entrepris par l'Armée populaire de libération (APL.)

1956 - 1957 > la campagne des Cent Fleurs permet à Mao d'éliminer les " droitiers ", intellectuels ayant eu le malheur d'exprimer des critiques envers les politiques du régime.

1959 > fuite du dalaï-lama en Inde.

1958 - 1962 > le Grand Bond en avant devait permettre à la Chine de dépasser le niveau industriel des pays capitalistes. Priorité est donnée à la production d'acier : les travaux agricoles sont pratiquement abandonnés. Une famine épouvantable fait au moins 20 millions de victimes en trois ans.

1966 - 1976 > la Révolution culturelle s'abat sur la Chine et permet à Mao de reprendre le pouvoir. Les gardes rouges, entièrement dévoués à Mao, renversent l'ordre établi et le pays sombre dans une véritable guerre civile qui ne dit pas son nom.

Septembre 1976 > la mort de Mao et le renversement de la Bande des Quatre, menée par Jiang Qing, la femme de Mao, mettent fin à la Révolution culturelle.

1977 > Deng Xiaoping prend le pouvoir et lance les Quatre Modernisations. La décollectivisation est amorcée, des zones économiques spéciales sont créées, véritables laboratoires du capitalisme en Chine.

Mars 1989 > le gouverneur de la province du Tibet (Hu Jintao) réprime une manifestation de moines tibétains et déclare la loi martiale dans la province.

4 juin 1989 > le printemps de Pékin, déjà annoncé par le " mur de la démocratie " en 1978-1979, provoque la mort de plusieurs milliers d'étudiants à Pékin. La Chine se retrouve momentanément mise au ban de la Communauté internationale.

1992 > " Enrichissez-vous ", ordonne Deng Xiaoping aux Chinois pendant un voyage dans le sud du pays. Les réformes économiques s'accélèrent, surtout après la nomination du Premier ministre Zhu Rongji en 1997.

1993 > Jiang Zemin devient chef de l'Etat, marquant la première passation de pouvoir pacifique de l'histoire du pays.

1er juillet 1997 > Hong Kong est rétrocédé à la Chine. Deng Xiaoping, qui avait négocié la rétrocession avec l'Angleterre, décède quelques mois avant la date fatidique.

Janvier 1999 > arrestation de militants indépendantistes ouïghours accusés de préparer des attentats sur le sol chinois. 2 condamnations à mort.

29 décembre 1999 > Macao est rétrocédée à la Chine.

Novembre 2001 > la Chine est intégrée à l'Organisation mondiale du commerce.

2002 > Jiang Zemin cède le pouvoir à Hu Jintao, cinquième génération des dirigeants communistes.

Avril 2003 > l'épidémie de pneumonie atypique frappe la Chine de plein fouet.

1er juillet 2006 > ouverture de la ligne ferroviaire Pékin/Lhassa... soit la ligne la plus haute du monde.

Mars 2008 > de violentes manifestations à Lhassa et dans la province du Sichuan opposent force de l'ordre et Tibétains. le nombre de victimes des deux côtés est inconnu. A la suite de ces incidents, la province sera totalement fermée au public.

12 mai 2008 > un tremblement de terre d'une magnitude 8 sur l'échelle de Richter à Wenchuan dans la province du Sichuan fait des dizaines de milliers de victimes.

4 août 2008 > attentat contre un poste de police à Kashgar : 8 morts.

8-24 août 2008 > Jeux olympiques de Pékin.

Juillet 2009 > de violentes émeutes interethniques ont lieu à Urumqi faisant près de 150 victimes. La région est ensuite totalement coupée du monde pendant plus d'une année.

1er octobre 2009 > festivités pour le 60e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine.

24 décembre 2009 > condamnation de Liu Xiaobo à 11 ans de prison pour " subversion ".

1er mai - 30 octobre 2010 > Exposition universelle de Shanghai.

Juillet 2010 > rétablissement des communications (Internet/SMS et téléphone) dans la province du Xinjiang.

10 décembre 2010 > Liu Xiaobo reçoit le prix Nobel de la paix. Sa chaise est vide à Oslo

Mars 2012 > Chute du gouverneur de Chongqing, Bo Xilai. Les mois suivants apportent leurs lots de révélations sur de curieuses pratiques ayant cours parmi certains membres du PCC. Bo est condamné à la prison à perpétuité.

Novembre 2012 > le Parti communiste chinois tient son congrès (le 18e), à l'issue duquel le successeur de Hu Jintao, Xi Jinping, est désigné. Li Keqiang devient Premier ministre en remplacement de Wen Jiabao.

2013 > l'une des premières mesures des nouveaux dirigeants concerne la lutte contre la corruption. De nombreux fonctionnaires à plusieurs échelons sont arrêtés et purgés.

Juin 2013 > nouvelle poussée de violence au Xinjiang dans la région de Turpan. On parle d'actions terroristes d'un côté et de lutte pour la liberté religieuse de l'autre. La province est fermée.

2014 > célébrations du cinquantième anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine.

12 février 2014 > un séisme d'une magnitude de 7,3 touche la préfecture de Hotan au Xinjiang et provoque le déplacement de nombreuses personnes sans qu'aucun blessé grave ne soit à déplorer.

1er mars 2014 > la gare ferroviaire de Kunming est prise d'assaut par un groupe armé (possiblement d'origine ouïghoure selon l'agence de presse Chine Nouvelle) et provoque 34 morts et 130 blessés.

2015-2016 > la lutte anti-corruption initiée par Xi Jinping apporte chaque mois son lot de condamnations d'officiels chinois de haut rang. "

12 juillet 2016 > la Cour permanente d'arbitrage de La Haye, sollicitée par les Philippines, rend son verdict et juge que les agissements chinois en mer de Chine du Sud (notamment la poldérisation d'îlots inhabités) sont illégaux.

28 décembre 2016 > un attentat dans la préfecture de Hotan au Xinjiang fait un mort. Tous les terroristes présumés ont été tués par la police.

Et pendant ce temps-là au Tibet

617-649/650 > Songtsen Gampo crée un empire en annexant de nombreux territoires grâce à ses conquêtes et ses alliances matrimoniales. Sous son règne, de nombreux temples bouddhiques sont construits, dont le Jokhang. Début de la période appelée " Première diffusion du bouddhisme ".

742-797 (?) > règne de Trisong Detsen ; l'expansion de l'empire se poursuit. Les Tibétains occupent la capitale chinoise Chang'an (Xi'an) en 763.

815-838 > règne de Ralpachen au cours duquel de nombreux traités de paix sont signés avec la Chine.

2e moitié du Xe siècle - XIIe siècle > " Seconde diffusion du bouddhisme ". Des Tibétains se rendent en Inde auprès de grands maîtres.

1276 > début de la dynastie chinoise (mongole) des Yuan. Kubilaï et ses descendants donnent la régence du Tibet aux chefs de l'école des Sakyapa.

1357 > naissance de Tsongkhapa, fondateur des Guéloupa ; école dont sont issus tous les dalaï-lamas.

1368 > début de la dynastie chinoise des Ming qui continue de régenter le Tibet.

1578 > le 3e abbé de Drepung reçoit de l'Altan Khan le titre de dalaï-lama.

1644 > début de la dynastie chinoise des Qing.

1645 > érection du palais du Potala, qui deviendra le siège du pouvoir.

1788 et 1791 > les Gurkha du Népal envahissent le Tibet. Devant leur défaite, les Tibétains font appel aux Mandchous qui envoient une armée en 1792.

1904 > expédition militaire anglaise. Fuite du dalaï-lama vers la Chine, via la Mongolie. Ce dernier rentre à Lhassa en 1909.

1910 > fuite du dalaï-lama en Inde devant l'avancée chinoise. Il revient en 1912 pour proclamer l'indépendance du pays et tenter de moderniser celui-ci.

1935 > naissance du 14e dalaï-lama.

1940 > intronisation du 14e dalaï-lama.

1er octobre 1949 > Mao proclame la République populaire de Chine.

1950 > l'APL entre au Tibet. Le pouvoir temporel est confié au 14e dalaï-lama.

1951 > signature de l'accord en 17 points par lequel le Tibet accepte l'autorité de la Chine, mais contre une certaine autonomie.

1954-1955 > 1re (et unique) visite du dalaï-lama en Chine à la rencontre de Mao et de nombreux dirigeants chinois.

1959 > soulèvement de la population, victime d'une répression sévère suite à la mise en place du Grand Bond en avant. La dalaï-lama s'enfuit en Inde, accompagné de quelque 100 000 réfugiés. Dharamsala devient la capitale du Tibet.

1987 > le dalaï-lama propose un plan de paix en 5 points lors d'une visite aux USA.

1988 > le dalaï-lama se prononce contre l'indépendance, mais demande l'autonomie de la province à l'intérieur des frontières de la RPC. Manifestations à Lhassa.

1989 > manifestations à Lhassa. Hu Jintao, secrétaire de la province, impose la loi martiale. Le dalaï-lama reçoit le prix Nobel de la paix.

1996 > manifestations à Lhassa suite à l'enlèvement par les Chinois de la réincarnation du 11e panchen lama.

Mars/mai 2008 > manifestations à Lhassa, sévèrement réprimées.

Mars 2011 > de nombreux moines tibétains s'immolent par le feu en demandant le retour du dalaï-lama.

Mars 2011 > le dalaï-lama demande au Parlement tibétain en exil d'être relevé de ses fonctions de chef de l'Etat et de procéder à une élection. Le Premier ministre devient alors le chef du gouvernement en exil.

Janvier 2012 > une manifestation pacifiste de moines tibétains dégénère en combat de rue à Luhuo dans la province du Sichuan.

15 août 2014 > inauguration de l'extension de la ligne de chemin de fer entre Lhassa et Shigatse.

Septembre 2014 > le dalaï-lama annonce qu'il sera le dernier de la lignée des dalaï-lamas. Cette annonce est contrecarrée par le gouvernement de Pékin qui annonce que ce n'est pas à lui de prendre cette décision.

Des origines à nos jours
Aux origines

Environ 500 000 ans av. J.-C : l'homme de Pékin (découvert en 1921 près de Pékin, dans le bourg de Zhoukoudian), un homme supérieur des cavernes, connaissait déjà l'usage du feu. Il fabriquait des outils en pierre, vivait de cueillette et de chasse.

2200-1700 av. J.-C : dynastie des Xia. Ses habitants domestiquent les animaux, cultivent le blé et fabriquent la soie et les premiers vases de bronze.

Du XVIe au Xe siècle av. J.-C : dynastie des Shang (capitale Yin près d'Anyang dans la province du Henan). Apparition de l'écriture (histoire connue grâce à des inscriptions gravées sur des os divinatoires et des écailles de tortue), perfectionnement de la roue, chars de combat, fabrication de récipients en bronze.

Du XIe au VIe siècle av. J.-C : dynastie des Zhou de l'Ouest. Période d'expansion, organisation d'une administration centralisée et construction de cités-palais. Invention de la fonte du fer (plus de 1 500 ans avant l'Europe), des pièces de monnaie en métal et des tables de multiplication. Les nombreuses cités établies sur le fleuve Jaune et dans la Plaine centrale (actuellement les provinces du Henan, Hebei et Shandong) forment une confédération de " royaumes du centre ", en chinois Zhongguo (pays du Milieu) - terme qui deviendra l'un des noms les plus courants de la Chine. La fin de la période est appelée époque des Printemps et Automnes.

Du Ve au IIIe siècle av. J.-C : les Royaumes combattants. Cette période correspond à une intense vie culturelle, grâce à des érudits et des philosophes comme Confucius (551-479 av. J.-C.) et Lao-Tseu, nés à la même époque que les grandes pensées grecques. Dans le giron des cours princières naîtront des sages et savants errants, qui vont contribuer à répandre une culture commune à l'ensemble du monde chinois. Les guerres de conquête ont entraîné la construction de tronçons de grandes murailles de défense et de protection contre les incursions des nomades.

Les grandes dynasties

221-206 av. J.-C : dynastie des Qin. Shihuangdi (premier auguste souverain) unifie la Chine et fonde le premier Empire chinois. Tous les empires chinois suivants s'inspireront de ce modèle d'ordre nouveau. Brillant organisateur, il unifie tout : l'écriture, la monnaie de bronze, les poids et mesures, et même l'écartement des essieux des voitures ; mais aussi despote : il ordonne de brûler les livres jugés subversifs. De larges routes sont construites pour relier toutes les provinces au pouvoir centralisé, les murailles sont prolongées afin de créer une ligne de défense continue sur plus de 3 000 kilomètres : la Grande Muraille. Il aménage, près de Xi'an, son immense tombeau souterrain et sa fabuleuse armée de terre cuite enterrée, découverte en 1974.

De 206 av. J.-C. à 220 : dynastie des Han (contemporaine de l'Empire romain). A la suite d'une insurrection paysanne, Liu Bang, dit Han Gaozu, fonde l'empire Han, l'empire des Fils du Ciel, les Chinois de souche. La dynastie est divisée en Premiers Han (jusqu'à l'an 9) et Han postérieurs. L'ouverture de la route de la soie met en contact la Chine et l'Empire romain. Invention du papier (un millénaire avant l'Europe), du premier sismographe de l'histoire et fabrication de porcelaines.

220-581 : les Trois Royaumes. C'est le Moyen Age chinois et la ruine de l'Etat centralisé. Trois rois luttent pour la prépondérance : Shu à l'ouest, Wu à l'est, Wei au nord. Cette période de courte durée (qui englobe les Seize Royaumes des Cinq Barbares) inspire durablement l'opéra chinois qui en tire la majorité de ses pièces. Le bouddhisme arrive par la route de la soie.

581-618 : dynastie des Sui. Réunification de l'Empire après quatre siècles de chaos. D'impressionnants grands travaux et des réformes agraires sont entrepris. La construction du Grand Canal, près de 2 000 km de Pékin à Hangzhou, permettra d'approvisionner le nord en riz et d'autres produits du bas Yangzi.

618-907 : dynastie des Tang. C'est l'âge d'or de la culture chinoise qui rayonne sur l'Asie entière depuis la capitale Chang'an (Xi'an), une ville cosmopolite où ont été construits des temples chrétiens, des mosquées et des synagogues. A Canton vivent plus de 100 000 marchands étrangers, en majorité musulmans. On crée des soieries fines et des objets de laque. Floraison de la musique et de la poésie classique avec le célèbre Li Bo. Le premier livre est imprimé en 677 et les Chinois inventent la poudre.

Mais cet empire aristocratique est aussi un empire guerrier dont l'expansion militaire va jusqu'en Iran, en Inde du Nord et en Corée. La rébellion de An Lushan (755-763), un général d'origine barbare, métis de Sogdien et de Turc, entraîne une réaction nationale de xénophobie, avec un décret qui interdit les rapports entre Chinois et étrangers.

907-960 : les Cinq Dynasties et les Dix Royaumes. Tout le pays est secoué par les guerres civiles, et l'Empire éclate en chefferies militaires. Les Cinq Dynasties se partagent le nord et les Dix Royaumes le sud, dont le royaume de Dali qui dura de 938 à 1254. La disparition du pouvoir central permet au Vietnam, ancienne province d'Annam, de se libérer de la tutelle chinoise.

960-1279 : dynastie des Song. Les Song du Nord et du Sud sont de grands empires barbares d'origine nomade, mais qui restaurent la grandeur de la Chine. Développement urbain, essor de l'économie, progrès des sciences, diffusion de l'imprimerie (500 ans avant l'Europe), de la porcelaine et du céladon. L'empire des Liao (946-1125), d'origine Kitan, une race mongole, est à l'époque si prestigieux qu'il explique pourquoi le nom de la Chine est dérivé de " Kitai " (d'où le mot " Cathay " utilisé par les Anglais à la suite des voyages de Marco Polo). Les Song, société raffinée, devront abandonner leur capitale Kaifeng, dans le nord, aux Jürchen de Mandchourie (d'origine toungouse) qui fondent la dynastie des Jin. Les Song installent leur capitale à Hangzhou, dans le sud. Dans le nord-ouest, des Tibétains métissés créent un grand empire, le Xi Xia (ou Xia de l'Ouest), unissant des populations diverses, pasteurs du lac Koko Nor, nomades de Mongolie, Turcs ouïghours...

1279-1368 : dynastie des Yuan, époque mongole. Gengis Khan met Pékin à sac en 1215. Les Mongols conquièrent l'empire des Jin dans le nord en 1234, puis envahissent la Chine du Sud, le dernier refuge des Song. En 1271, le petit-fils de Gengis Khan, Kubilaï Khan, fonde la dynastie des Yuan et fait de Pékin sa capitale. L'unification politique de l'Asie par les Mongols a ouvert la Chine plus largement sur le monde extérieur que ne l'avaient fait les dynasties Han et Tang. Parmi les voyageurs les plus illustres : le marchand Marco Polo de Venise et Ibn Battuta de Tanger.

1368-1644 : dynastie des Ming. Pour la deuxième fois, une insurrection populaire aboutit à la fondation d'une dynastie, chinoise cette fois-ci. L'un des chefs de la rébellion, Zhu Yuanzhang, est fils d'un paysan. Ce nouvel empereur, qui prend le nom de Hongwu, entreprend une oeuvre gigantesque de reconstruction économique : reboisement, remise en valeur des terres, irrigation. Renommée pour ses porcelaines, la dynastie des Ming bâtit la Cité interdite de Pékin, un palais impérial de 9 999 pièces en bois précieux du Yunnan. Le grand règne de Yongle, le troisième empereur Ming, est marqué par l'expansion militaire (occupation du Vietnam en 1421). Yongle relève la Grande Muraille et lui donne son aspect actuel. De grand voyages maritimes sont organisés sous la conduite d'eunuques (puissants au palais) dont le plus célèbre est le musulman Zheng He. L'empereur dépêche également de grandes flottes marchandes qui nouent des contacts et explorent tous les ports de la mer du Sud jusqu'aux côtes de l'Inde et de l'Afrique orientale.

Mais, au milieu du XVe siècle, les nomades repassent à l'attaque. Une autre menace grave vient de la piraterie d'origine japonaise, qui sévit sur les côtes depuis Shanghai jusqu'à Canton et l'île de Hainan. En 1557, Macao est mise à la disposition des Portugais en remerciement de leur aide dans la lutte contre la piraterie (de nombreux Chinois s'étaient joints aux Japonais). L'empereur fut obligé d'interdire toutes les communications maritimes. Il s'ensuivit une coupure volontaire avec le monde extérieur.

Les Jürchen du Jehol (en Mongolie orientale) empiètent sur la Mandchourie (vieille terre de colonisation chinoise et verrou de l'Empire au nord-est) et prennent le nom de Mandchous en 1635.

1644-1911 : dynastie des Qing. Les Mandchous s'installent en Chine comme une race de seigneurs destinés à régner sur une population d'esclaves : interdiction de mariages mixtes, ségrégation des Chinois dans les grandes villes, obligation du port de la natte sous peine de mort, création d'enclaves mandchoues dans le nord et la région de Pékin. Cependant, une rapide évolution va adoucir le caractère draconien de ces mesures. C'est l'oeuvre du grand empereur Kangxi, grand patron des lettres et des arts chinois (contemporain de Louis XIV). Son oeuvre s'est accompagnée d'une sinisation de l'aristocratie mandchoue. C'est sous son règne que la civilisation chinoise brilla d'un éclat particulier. Au XVIIe siècle, l'Occident exerce une grande influence grâce aux missionnaires jésuites.

A la fin du règne de Qianlong (1736-1796), des troubles intérieurs (insurrections de paysans affiliés à la secte secrète du Lotus blanc) et des guerres aux frontières se multiplient. Révoltes des musulmans au Xinjiang, soulèvements des minorités ethniques dans le Sichuan et à Taïwan, et chez les Miao dans le sud-ouest, ainsi que dans le nord de la Birmanie, au Népal et au Vietnam. Au début du XVIIIe siècle, le sentiment national s'accentue et conduit à la rupture de toute relation avec l'Occident. A partir de 1757, seul le port de Canton reste ouvert au commerce avec l'étranger. Les firmes étrangères, acheteuses de thé et de soie, supportaient avec impatience les restrictions du gouvernement mandchou.

Au XIXe siècle, la dynastie mandchoue entre dans une période de déclin. L'économie chinoise à monnaie d'argent entre en concurrence avec une économie mondiale à monnaie d'or. Un conservatisme obstiné, la corruption, l'apparition des négociants européens et de leur opium minent le pouvoir des Mandchous. Les Occidentaux s'étaient mis à pratiquer sur une grande échelle la contrebande de l'opium, denrée produite à bon compte par les Bengalis de la Compagnie britannique des Indes orientales.

Malgré l'interdiction chinoise, les Anglais continuent à en faire commerce pour équilibrer le volume croissant de leurs achats autrement qu'en important en Chine du métal argent. Les incidents se multiplient à Canton entre marchands anglais et fonctionnaires chinois.

Les dynasties chinoises

De 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C : époque Han.

De 220 à 589 : les Trois Royaumes.

De 589 à 618 : dynastie Sui.

De 618 à 907 : dynastie Tang.

De 907 à 1279 : dynastie Song.

De 1279 à 1368 : dynastie Yuan.

De 1368 à 1644 : dynastie Ming.

De 1644 à 1911 : dynastie Qing (Mandchous).

Quand l’occident s’en mêle

Première guerre de l'opium (1839-1842). En 1839, un envoyé impérial fait saisir et détruire 20 000 caisses d'opium à Canton pour les brûler. C'est un affront à l'orgueil des Anglais qui ripostent en envoyant leurs canonnières vers l'embouchure du Yangzi. Ces opérations aboutissent en 1842 à la défaite chinoise et la signature du traité " inégal " de Nankin. La Chine doit accepter de supprimer le système de compradores (intermédiaires commerciaux chinois), d'ouvrir de nouveaux ports au libre commerce étranger : Shanghai, Amoy (Xiamen), Fuzhou et Ningbo. En outre, les résidents étrangers ne relèvent plus de la juridiction chinoise mais sont sous la protection de l'exterritorialité. Enfin, Hong Kong est cédée à la Couronne britannique.

Révolte des Taiping (1850-1864). Incapable de repousser les envahisseurs, la dynastie mandchoue perd son prestige de " détentrice du mandat du Ciel " et la face vis-à-vis des Occidentaux. La secte des Taiping (Grande Harmonie) est l'héritière d'anciennes sociétés secrètes anti-Mandchous ; elle veut libérer la Chine des Mandchous.

A partir de 1850, le mouvement s'étend très vite dans la Chine du Sud et aboutit à la création d'un véritable Etat dissident ayant pour capitale Nankin (qui se maintient pendant treize ans). En 1864, après des années de guerre civile, la rébellion est finalement matée par le pouvoir mandchou grâce à l'aide des militaires occidentaux. D'autres soulèvements populaires s'attaquent à l'ordre établi et aux classes possédantes : les Nian dans le nord en 1853-1868, les Miao dans le Guizhou en 1855-1872 et les Hui musulmans dans le sud-ouest en 1855-1878 (dans le Yunnan, à Dali, ils tentent d'établir un sultanat dissident). Dans les villes côtières, à Shanghai, à Amoy (Xiamen) et Canton, les adhérents de la Triade, une des principales sociétés secrètes anti-Mandchous, organisent une série de soulèvements.

A partir de 1860, les avantages sont assez appréciables pour que les Occidentaux cherchent à consolider un gouvernement si conciliant : l' " assistance technique " des Occidentaux aux côtés des forces impériales contribue à la défaite de toutes ces insurrections.

Seconde guerre de l'opium (1856-1860). Sous prétexte d'un incident, les Anglais passent à nouveau à l'offensive, avec le concours des Français cette fois-ci. Ils débarquent d'abord à Canton, puis en Chine centrale et enfin en direction de Pékin, qui sera pillée en 1859. Cette seconde guerre de l'opium se solde, à l'avantage des Occidentaux, par le traité dit " humiliant " de Tianjin. Onze nouveaux ports sont ouverts et la Chine est forcée de laisser s'installer à Pékin des " légations occidentales ". Les Russes en profitent également pour occuper de vastes territoires dans le nord. Ces " traités inégaux " arrachés à la Chine accentuent une rapide décadence du pays. La souveraineté chinoise est fortement diminuée par les " concessions étrangères ", les privilèges d' " exterritorialité " et la " politique de la canonnière " (le droit des flottes étrangères de remonter les fleuves chinois).

Pillage de Pékin et sac du palais d'Eté (1859). Le corps expéditionnaire franco-britannique entre donc dans Pékin. Après la prise de la capitale par les alliés, le traité de paix accorde la péninsule de Kowloon à l'Angleterre. Les puissances occidentales profitent de la crise intérieure et de la faiblesse du pouvoir mandchou pour faire échouer le plan de modernisation de la Chine en 1872. Ces humiliations de la dynastie mandchoue sont encore suivies par des conflits désastreux avec la France et le Japon. La guerre franco-chinoise est la conséquence directe de l'intervention française au Tonkin. En 1884, les Français bombardent Fuzhou et bloquent les transports de riz vers Pékin. La France obtient des avantages économiques dans la Chine du Sud-Ouest.

La flotte moderne que la Chine avait construite après la destruction de l'arsenal de Fuzhou par les Français ne résiste pas aux canons japonais. Le vainqueur annexe Taïwan et les îles Pescadores et s'assure le contrôle des richesses de la Mandchourie. Le traité de Shimonoseki en 1894 permet alors au Japon de participer au " dépeçage " de la Chine.

" Les concessions étrangères ". Entre 1896 et 1902, les puissances étrangères se font reconnaître le droit d'exploiter des mines, d'ouvrir des lignes de chemin de fer et de fonder des usines dans des " zones d'influence " : la Mandchourie au bénéfice de la Russie qui écarte le Japon en 1896, la péninsule du Shandong en faveur de l'Allemagne, le bassin du Yangzi où s'installe l'Angleterre, et les trois provinces du Sud-Ouest pour la France déjà maîtresse du Tonkin. Ces investissements financiers sont protégés par des bases militaires sur le sol chinois, les " territoires à bail " : Port-Arthur (Dalian) pour la Russie, Weihaiwei pour l'Angleterre, Qingdao pour l'Allemagne et Guangzhouwan pour la France.

Révolte des Boxers (1900-1901). Cette poussée occidentale en Chine provoque une violente colère populaire. Le mouvement des Boxers (Justice et Concorde) fédèrera ce mécontentement de la population, dont les missionnaires occidentaux seront les premières victimes. Ceux-ci avaient déjà été pris pour cible par le passé, notamment en 1870, lorsque plusieurs religieux et le consul de France avaient été massacrés à Tianjin. Mais ce nouveau mouvement antichrétien de 1898-1900 est d'une ampleur bien plus importante.

La secte des Boxers, apparentée au Lotus blanc (Triade), pratiquait les arts martiaux sous forme d'une boxe sacrée et était censée posséder des pouvoirs magiques la rendant invincible. Au début de 1900, les Boxers attaquent Pékin, et la cour impériale évacue la Cité interdite. Les révoltés assiègent pendant quarante jours le quartier des légations étrangères. Les Boxers finissent par être dispersés par une colonne d'armées internationales sous commandement allemand, en accord avec le pouvoir impérial. Les Occidentaux pilleront alors la Cité interdite abandonnée par l'empereur et l'impératrice douairière Cixi. L'effacement du gouvernement mandchou confirme la perte de son pouvoir.

En 1905, les Mandchous laissent passivement les Japonais se battre contre les Russes sur le sol chinois pour la possession de la Mandchourie et s'emparer de Port-Arthur (Dalian). La même année, l'interdiction renouvelée par les Etats-Unis de l'immigration chinoise provoque un vigoureux mouvement populaire en Chine, sans réaction de la part du gouvernement. La Russie prend le contrôle de la Mongolie extérieure en 1911, l'Angleterre celui du Tibet en 1914.

En 1908 meurt la terrible impératrice douairière Cixi (née en 1835), une concubine qui s'était emparée du pouvoir en 1875 en emprisonnant son neveu, l'empereur Guangxu. Elle avait gouverné " derrière le paravent " avec rigidité et écrasé plusieurs tentatives de modernisation du pays. Elle finit sa vie comme locataire-otage des Occidentaux dans son propre palais. Un enfant de trois ans, Puyi, lui succède sur le trône. Les Occidentaux le laissent jusqu'en 1924 dans la Cité interdite. En 1911, c'est la chute de l'Empire chinois, qui met ainsi fin à plus de 2 000 ans de régime monarchique. Les Seigneurs de la guerre s'emparent alors du pays, sur lequel ils font régner la terreur.

La Chute de l’Empire et la 1ere République de Chine (1912-1949)

Sun Yat-sen (1866-1925), né à Canton en 1866, a étudié la médecine en Occident. A la tête d'un groupe révolutionnaire contre l'ordre impérial mandchou, le Guomindang, il parvient à soulever la Chine du Sud et tente d'unifier le pays. Le programme comporte les trois principes du peuple : indépendance, souveraineté et bien-être. Durant l'été 1911, le gouvernement mandchou avait tenté de s'approprier les chemins de fer dans le centre, ce qui souleva une violente opposition. La révolution d'octobre 1911 remporte un succès spectaculaire. L'armée et les autorités provinciales passent du côté des révolutionnaires.

La première république est établie en 1912, et le dernier empereur doit abdiquer. Sun Yat-sen est élu président, et il est depuis considéré comme le " petit père " de la nation moderne.

Mouvement du 4 mai 1919. Durant la Première Guerre mondiale, la Chine participe aux efforts de guerre aux côtés des Alliés contre l'Allemagne. Pourtant, le traité de Versailles attribue au Japon les anciens territoires allemands en Chine (Shandong). Cette décision choque le sentiment national et provoque des manifestations d'étudiants dans les grandes villes, surtout à Shanghai où un mouvement de boycott des marchandises japonaises est lancé par les marchands. Ce mouvement marque un tournant dans l'histoire chinoise. C'est une véritable lame de fond qui entraîne directement les masses, mouvement qui se répétera souvent en Chine.

Fondation du Parti communiste (1921). C'est dans les années 1920 que Shanghai devient la grande ville cosmopolite de l'Extrême-Orient. Sur le Bund, l'avenue orgueilleuse qui borde le Huangpu, s'alignent de nouveaux immeubles néo-classiques où travaillent des fonctionnaires étrangers et avec eux les managers chinois, les taipans au col blanc.

En 1925, après la mort de Sun Yat-sen, le parti nationaliste passe aux mains d'un groupe de militaires conduit par Tchang Kaï-chek (Jiang Jieshi) qui instaure un régime autoritaire. Sun Yat-sen avait formé une coalition avec les communistes, mais en 1927 une rupture se produit entre les communistes et les nationalistes. L'insurrection ouvrière de Shanghai, soutenue par les communistes, est écrasée par Tchang qui liquide par les armes les milices ouvrières.

Cette très grave défaite prend le Parti communiste par surprise et l'oblige à réviser sa stratégie de coopération avec les nationalistes. C'est donc vers la paysannerie et non plus le prolétariat industriel qu'il se tourne.

Le Guomindang unifie presque toute la Chine, ce qui lui assure la reconnaissance des puissances occidentales. De nouveaux accords sont signés, et les puissances occidentales conservent une partie de leurs privilèges, telles les concessions. Durant la décennie de Nankin (1927-1937), le gouvernement nationaliste est présidé par Tchang Kaï-chek. En 1931, le Japon intervient militairement en Mandchourie chinoise. A partir de 1932, cette région est érigée en Etat indépendant, le Mandchouko, avec Puyi comme empereur pantin (le dernier empereur termina sa vie comme jardinier à Pékin).

La Longue Marche (1934-1935). Le territoire des communistes est progressivement encerclé par les armées de Tchang depuis les massacres des Rouges à Shanghai (le Guomindang bénéficiait de conseillers militaires allemands, de crédits anglo-saxons et de matériel de guerre français).

L'été 1934 se termine par une débâcle des communistes, et en octobre les rescapés doivent entreprendre la périlleuse Longue Marche qui les conduit à l'autre bout de la Chine, en passant vers l'ouest, puis vers le nord par le Sichuan, jusque dans la lointaine province de Shaanxi. C'est seulement alors que Mao Zedong, l'un des fondateurs du parti, réussit à écarter ses adversaires et à devenir président du PCC. Quelque 100 000 hommes prirent part à cette marche de 12 000 km qui dura un an. Les communistes perdront 90 % de leurs effectifs : seulement 8 000 survivront...

Seconde Guerre mondiale (1937-1945). En 1937, les Japonais passent à l'offensive et attaquent l'ensemble du territoire chinois.

C'est le début de huit années de guerre qui vont durer jusqu'en 1945. Le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek se replie à Chongqing dans le Sud-Ouest (il y restera jusqu'en 1945). Les Japonais s'emparent de Pékin, de Nankin et de Shanghai (où ils commettront des atrocités qui gâchent encore aujourd'hui les relations entre les deux pays). Un gouvernement de " collaboration panasiatique " avec les Japonais est constitué à Nankin.

Un accord d'alliance contre l'envahisseur est alors signé entre les communistes et le Guomindang.

Les Etats-Unis fournissent des armes aux troupes de Tchang Kaï-chek, mais celui-ci pratique une stratégie attentiste et la corruption est notoire. Les guérillas communistes constituées en arrière des lignes japonaises s'étendent progressivement. Elles ont le soutien actif de la population. Aux yeux de l'opinion publique, le communisme s'est identifié à la cause de la nation chinoise. Après la reddition des Japonais en 1945, une mission américaine tente, sans succès, de former un gouvernement de coalition entre les nationalistes et les communistes.

Guerre civile (1946-1949). En 1946 éclate la guerre civile entre le Guomindang et les communistes, qui durera jusqu'en 1949. Le Guomindang, malgré ses succès militaires initiaux facilités par l'aviation américaine, est discrédité par l'inflation, par la corruption administrative, par l'ouverture de la Chine aux marchandises américaines sans barrière douanière. Le dynamisme du parti communiste s'exprime dans la réforme agraire de 1947 qui partage, sans indemnité, les terres des propriétaires riches dans les zones libérées. Dans les villes, l'opposition gagne les intellectuels et les capitalistes nationaux incapables de faire face à la concurrence américaine.

Les communistes au pouvoir
Place Tian An Men - Mausolée de Mao
Place Tian An Men - Mausolée de Mao

"République populaire de Chine (1949). Après que les communistes eurent écrasé les nationalistes, Mao Zedong proclame, le 1er octobre 1949, la République populaire de Chine. Tchang Kaï-chek et les nationalistes s'enfuient à Taïwan (ex-Formose) où ils fondent la République de Chine. En Chine populaire, durant la réforme agraire de 1950, les domaines d'une dizaine de millions de grands propriétaires et de paysans riches sont confisqués et toutes les terres sont redistribuées selon un principe égalitaire. C'est aussi en 1950 que la " libération pacifique " du Tibet est supervisée par Deng Xiaoping. Un grand nombre de " volontaires " chinois sont également envoyés pour participer à la guerre en Corée entre 1950 et 1953.

"Les Cent Fleurs (1956-1957). Au printemps 1956, Mao annonce l'instauration d'une nouvelle politique dite des " Cent Fleurs ", qui encourage les intellectuels et les membres du

Parti communiste à exprimer leurs doléances. " Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent ", signifiait - en théorie - une liberté plus grande dans le domaine des arts, de la littérature et de la recherche scientifique. Mais ceux qui se sont exprimés sont pourchassés lors de la lutte " antidroitière ", ordonnée par Mao et supervisée par Deng Xiaoping l'année suivante. Le mouvement des Cent Fleurs fait des dizaines de milliers de morts, entre 50 et 100 000 personnes prendront le chemin des camps de travaux forcés, le laogai (le goulag chinois), et 1,7 million de personnes sont transformées en parias. Mao se serait par la suite vanté d'avoir tué plus d'intellectuels que l'empereur Qin et a reconnu que son appel à la critique n'avait été qu'un piège pour " faire sortir les serpents de leur nid ". Il voulait débusquer tous les dissidents potentiels et faire une purge des intellectuels. Après cette campagne antidroitière, les rares audacieux qui se hasardent à émettre quelques doutes sont immédiatement remis au pas. Leurs familles en subissent les conséquences et l'avenir de leurs enfants se trouve compromis à jamais. "

Le Grand Bond en avant (1958-1960). En 1958 est lancé le mot d'ordre du " Grand Bond en avant ". Mao veut passer au communisme intégral pour rattraper les pays capitalistes par l'industrialisation des campagnes. Pour toute la Chine commencent alors trois années noires qui vont mener le pays au bord du désastre. De l'école à l'usine et de la ville à la campagne, toute la Chine est en état de mobilisation. " Egalons et dépassons l'Angleterre en quinze ans ! ", " Marchons sur deux jambes ", disaient les slogans. L'une des jambes était l'industrie, l'autre l'agriculture. Mais au bout d'une année à peine, Mao doit mettre fin à cet élan frénétique en raison de l'échec évident du Grand Bond en avant, accentué par des séries de catastrophes naturelles (inondations). "

Les communes populaires. Afin d'accélérer l'industrialisation, Mao regroupe les paysans dans des " communes populaires ". Nées de la fusion de petites coopératives agricoles, les communes populaires regroupent, à la fin de 1958, la quasi-totalité des paysans. Destinées à être la nouvelle base de la société chinoise, les communes populaires abolissent totalement la propriété privée des moyens de production. La vie communautaire cherche à dissoudre les liens traditionnels et très rigides de la famille chinoise, à créer une nouvelle classe de " prolétaires agricoles ". Le régime interdit que la population mange à la maison et instaure des " cantines publiques gratuites ". Tout le monde est pris en charge par la commune et donc par l'Etat. L'agriculture est négligée en raison de la priorité accordée à l'acier. Au moment de la moisson, à l'automne 1958, il n'y a pour ainsi dire personne dans les champs. Ces récoltes sonnent l'alarme de la famine (même si les statistiques officielles annoncent que la Chine produit davantage de blé que les Etats-Unis). Mao décide, sur la foi des chiffres, que les terres cultivées pourront être réduites d'un tiers grâce à l'intensification des méthodes de culture. La constitution d'une industrie de style artisanal, utilisant la main-d'oeuvre rurale sous-employée, devient alors la clé de voûte de la nouvelle stratégie du développement économique. Ce sont dans les communes populaires qu'apparaissent aussitôt les milliers de petits hauts fourneaux et que se développe une chasse effrénée du minerai. La nation tout entière doit se consacrer corps et âme au seul secteur de la production d'acier. Près de 100 millions de paysans doivent abandonner leurs travaux agricoles pour se lancer dans la production sidérurgique (qui fut un échec total). Des forêts entières sont décimées pour obtenir du combustible, tout objet métallique (même les ustensiles de cuisine) est réquisitionné et fondu. Mais l'acier produit est d'une qualité tellement médiocre qu'il se révèle inutilisable et la mobilisation des travailleurs affectés à cette production réduit d'autant les effectifs de l'agriculture. Les récoltes sont donc faites en hâte et engrangées dans de mauvaises conditions. Le résultat est désastreux : l'économie est désorganisée et la famine sévit. "

Les Quatre Fléaux. A la même époque, Mao se découvre une aversion pour les moineaux, parce qu'ils dévorent les semis. Tous les foyers de Chine sont mobilisés : les gens passent des heures dehors à taper sur des objets en métal afin de chasser les oiseaux des arbres, dans l'espoir qu'ils finiront par tomber raides morts d'épuisement ! La campagne d'extermination des Quatre Fléaux - mouches, moustiques, rats et moineaux - n'a pas seulement éliminé pour longtemps les mouches, les moustiques, les rats et les moineaux mais aussi, dans certaines régions, à peu près tout ce qui est capable de voler. "

Le résultat du Grand Bond en avant : une effroyable famine (1961-1962). Cette tentative de passage forcé au communisme intégral se termine par un désastre total. Au moment même où elle sort épuisée du Grand Bond, la Chine est frappée par la disette. L'année 1960 voit s'enchaîner les pires calamités naturelles. La moitié des terres arables subit des inondations. L'aventure du Grand Bond se solde par une des famines les plus meurtrières du pays (qui atteint son paroxysme au printemps 1961) : au moins 20 millions de morts en trois ans (le bilan est encore aujourd'hui secret, mais certains experts n'hésitent pas à tabler sur une fourchette effrayante de 30 à 60 millions de morts). L'équilibre alimentaire difficilement retrouvé par la suite reste fragile. La rupture avec Moscou en 1960 met fin à l'aide économique et technique soviétique. Les Chinois doivent alors assurer seuls leurs projets industriels et ils doivent en outre redessiner les plans industriels des usines que les Soviétiques ont emmenés avec eux. L'année 1959 est également ternie par la répression sanglante au Tibet et la fuite du dalaï-lama vers l'Inde. La France établit des relations diplomatiques avec la République populaire en 1964. Cette même année, en octobre, la Chine procède à ses premiers essais nucléaires. L'âge encore peu avancé de Mao Zedong et les conditions dans lesquelles son départ est annoncé laissent deviner le désaccord profond qui règne au sein du parti. Le clivage entre l'ancienne (Mao et Lin Biao) et la nouvelle équipe s'accentue. Avec le retrait politique de Mao en 1962, Zhou Enlai et Deng Xiaoping ont les mains libres pour élaborer un nouveau programme de développement économique : les Quatre Modernisations. C'est l'époque du " premier réajustement ". Dans les usines, on remet les techniciens au pouvoir ; à la campagne, on assouplit les communes populaires et on favorise l'émergence des entreprises rurales. "

La Révolution culturelle (1966-1976). Mao, qui sent le pouvoir lui échapper et qui a peur d'être la cible des révisionnistes, accuse ses collaborateurs modérés, tels Deng Xiaoping ou Liu Shaoqi, président de la République, de chercher à restaurer le capitalisme. Dans une tentative de reconquête du pouvoir, il appelle à la " révolution continue ". En s'appuyant sur les plus gauchistes du parti, Mao lance en 1966 la Révolution culturelle. L'objectif du mouvement est de renverser ceux qui, dans le parti, ont pris la voie capitaliste et d'éliminer de la société tous les éléments bourgeois qui, en s'appuyant sur les Quatre Vieilleries (vieilles idées, culture, coutumes et habitudes), cherchent à revenir au pouvoir. Dans la mesure où les dirigeants du parti sont eux-mêmes contaminés, Mao ne peut pas leur laisser la responsabilité de purifier l'appareil et la société. D'ailleurs, ils semblent peu enclins à vouloir appliquer un programme aussi radical. La Révolution culturelle fut un cauchemar incompréhensible qui dura dix ans, une période d'anarchie sociale et politique durant laquelle le pays fut en état de stagnation absolue et qui ne se termina complètement qu'avec la mort

de Mao. Cette lutte pour le pouvoir provoqua en trois ans et demi (1966-1969) la destruction du parti, puis son rétablissement. Pour assurer sa victoire, Mao fait appel aux jeunes parce qu'ils constituent le seul groupe encore mobilisable (démocrates et intellectuels ont été écartés par les Cent Fleurs, les paysans surpassés par le Grand Bond). Pour lancer les gardes rouges (collégiens et étudiants) à l'assaut du parti et de la vieille société, Mao demande à Lin Biao et à l'armée d'aider les jeunes rebelles à s'organiser. Durant l'été 1966, d'immenses rassemblements sont organisés sur la place Tian'anmen. Un million de gardes rouges défilent à Pékin, 300 millions d'exemplaires du " Petit Livre rouge " imprimés par l'armée sont distribués. Les gardes rouges ont pour mission de se révolter et de détruire, car selon Mao : " Sans destruction pas de construction. " De 1967 à 1969, la violence s'abat sur tous ceux qui détiennent une parcelle d'autorité - administrateurs, enseignants, représentants du parti. C'est l'époque des dazibao, affiches de critiques et journaux muraux. Les professeurs sont dénoncés, humiliés en public, les écoles ferment et resteront fermées pendant six ans. Des " comités de quartier " sont instaurés. Les cadres du parti sont persécutés et envoyés dans des camps de rééducation à la campagne, de même que des centaines de milliers d'intellectuels. Au plus fort de la campagne menée par les gardes rouges, le système de transport est gêné par l'obligation de se mettre au service des jeunes effectifs révolutionnaires. Le désordre s'étend avec l' " échange des expériences " : 11 millions de gardes rouges se déplacent à Pékin dans l'espoir d'apercevoir Mao Zedong, qui en envoie des milliers d'autres de la capitale vers les provinces afin d'aider les masses locales à se rebeller. Ces millions d'adolescents profitent de l'occasion exceptionnelle qui leur est offerte de découvrir leur propre pays (des trains sont réquisitionnés à cet usage et des unités militaires organisent l'hébergement et l'approvisionnement). A la fin de l'année 1966, les gardes rouges ont réussi à renverser l'ordre établi et à mettre le vieux monde à l'envers. Au mois d'août, la Chine plonge dans la guerre civile. Les rebelles s'en prennent à Zhou Enlai et réclament qu'on leur livre Deng Xiaoping (qui est envoyé en camp de rééducation à l'âge de 65 ans). La Révolution culturelle atteint alors son point culminant. Face au chaos grandissant pendant l'été 1967, Mao prend le risque de briser l'élan révolutionnaire en faisant appel à l'armée. En juillet 1968, Mao désavoue l'action des gardes rouges : " Vous ne m'avez pas soutenu, vous avez déçu les travailleurs, les paysans et les soldats de Chine. " Désormais, la politique de répression ne connaît plus de rémission. En 1969, le parti se donne de nouveaux statuts en réintroduisant la pensée de Mao comme fondement théorique. Mais la société chinoise se remet mal de ses traumatismes. Les désordres de toute nature - délinquance, criminalité, marché noir - persistent et se développent dans les années 1970. Le système de contrôle et d'arbitrage mis en place au début de la Révolution culturelle - comités de quartier et commissariats de police - ne marche plus très bien. En 1971, Lin Biao, dauphin pressenti de Mao, est éliminé du parti. Durant sa fuite vers l'URSS, son avion s'écrase " accidentellement " en Mongolie. Le refus opposé par les Américains et la plupart des nations occidentales d'accorder une reconnaissance diplomatique à la Chine avait profondément humilié la population chinoise. Mais avant la visite du président Nixon à Pékin en 1972, la Chine entre aux Nations unies en obtenant le siège qu'occupait Taïwan. Après la chute de Lin Biao, le système éducatif est révisé, les principes de sélection commencent à réapparaître dans les collèges et les universités. En 1973 débute la campagne contre Confucius et Lin Biao. Affaibli par l'âge et la maladie, Mao Zedong est de plus en plus soumis à l'influence de son entourage. Il devient otage de la Bande des Quatre, dominée par son épouse Jiang Qing, qui règne en dictateur sur l'art et la littérature et réprime les influences occidentales. En 1975, le programme des Quatre Modernisations présenté par Zhou Enlai est adopté mais, comme Mao, Zhou Enlai est aussi engagé dans une course contre la mort (cancer). Il confie en 1975 à Deng Xiaoping la mise en oeuvre du premier programme des Quatre Modernisations. Zhou Enlai meurt en janvier 1976, mais en dépit des manifestations populaires sur la place Tian'anmen, Jiang Qing, à la tête de la Bande des Quatre, s'empare du pouvoir. Deng Xiaoping se réfugie à Canton grâce à l'aide des maréchaux de l'armée. La situation ne se débloque qu'avec la mort de Mao en septembre de la même année. Seulement quatre semaines après son décès, la Bande des Quatre est arrêtée et on condamne la " veuve Mao " et ses trois complices. "

Retour au pouvoir de Deng Xiaoping (1977). Deng Xiaoping peut revenir au pouvoir. Il convainc le parti d'abandonner la ligne maoïste dure et de s'orienter vers une ouverture économique. Les errements de la Révolution culturelle sont définitivement oubliés. Les séances d'endoctrinement sont supprimées. Deng Xiaoping peut désormais relancer les Quatre Modernisations : agriculture, industrie, recherche scientifique et technique, défense. Un retour à la propriété privée est amorcé avec la décollectivisation de l'agriculture. Les terres sont allouées aux familles paysannes, assorties d'un bail de trente ans, en échange d'un paiement de la plus grande partie de leurs récoltes dont ils gardent le surplus. Et déjà des marchés libres aux étals fournis refleurissent le long des trottoirs de toutes les villes. "

Débuts de l'ouverture. Pendant l'hiver 1978-1979, le " Mur de la démocratie " de Xidan, à Pékin, se couvre de dazibao réclamant la " Cinquième Modernisation " : la démocratie. Deng se sert d'abord du mouvement contestataire, mais finit par le trouver intolérable et réprime ses auteurs. Wei Jingsheng (né en 1950) est arrêté et condamné à quatorze ans de réclusion pour trahison et activité contre-révolutionnaire. A l'occasion de la candidature de la Chine pour les Jeux olympiques en 2000, il est libéré de prison pour montrer que la Chine respecte les droits de l'Homme. Les JO furent attribués à l'Australie et Wei retourna en prison pour quatorze années de plus, avant d'être finalement libéré " pour raison de santé " et expulsé du pays. Deng Xiaoping propose le principe des zones économiques spéciales (ZES) destinées à attirer les investissements étrangers. C'est le point de départ de la croissance économique du pays et du boom spectaculaire des années 1990. Quatre zones franches sont mises en place à Shenzhen (près de Hong Kong) et Zhuhai (limitrophe de Macao), ainsi qu'à Xiamen (délocalisation des industries de Taïwan) et à Shantou (dans le Fujian) et, en 1984, l'île de Hainan. Avec l'autorisation d'y créer des entreprises mixtes sino-étrangères, ce sont de véritables laboratoires d'initiation au capitalisme. Les deux tiers des capitaux viennent de Hong Kong, mais une bonne partie ne fait qu'y transiter, venant de pays tiers. Shenzhen sert d'aire de délocalisation de Hong Kong (main-d'oeuvre pour le textile, l'électronique de consommation). Avant d'être déclarée ZES, la petite ville frontalière ne comptait que 15 000 habitants contre 3 millions aujourd'hui. En 1980, le procès de la Bande des Quatre est diffusé sur toutes les télévisions du monde (condamnée à perpétuité, la veuve de Mao, Jiang Qing, se suicidera après douze ans de prison). En 1981, le comité central du Parti adopte une résolution évoquant les erreurs de Mao dès 1955 et qualifiant la Révolution culturelle d' " erreur généralisée et prolongée ". En 1983, le gouvernement lance une campagne contre la corruption et la criminalité, mais aussi contre la " pollution spirituelle " de l'Occident (campagne qui s'apaise rapidement). On ouvre encore quatorze villes côtières aux investissements étrangers et les communes populaires sont supprimées.

La fin d'une " humiliation ". En 1984, Deng Xiaoping obtient du Premier ministre britannique - Margaret Thatcher - l'accord de la rétrocession de Hong Kong à la Chine sous la promesse d' " un pays, deux systèmes " prévoyant un " haut degré d'autonomie ". Deng, ayant ainsi lavé la honte nationale, s'était juré d'assister, le 1er juillet 1997, au retour dans le giron de la mère patrie de l'ancienne colonie britannique (mais le destin voudra que Deng décède quelques mois avant la rétrocession ; ses cendres ont été répandues au large de l'île). L'accord sino-portugais sur la rétrocession de Macao suit immanquablement en 1987. La colonie portugaise est rendue à la Chine le 20 décembre 1999. L'année 1987 voit également naître la loi sur le rétablissement du commerce privé. Mais le 1er octobre, la répression des émeutes anti-chinoises à Lhassa, au Tibet, se termine dans un bain de sang avec l'armée qui tire sur les manifestants.

Printemps de Pékin (1989). Au printemps 1989, Deng Xiaoping est respecté et courtisé à l'Ouest comme à l'Est. En présence des télévisions du monde entier, il se prépare à accueillir Mikhaïl Gorbatchev. Mais dans la nuit du 3 au 4 juin, la révolte des étudiants qui manifestent pacifiquement depuis avril sur la place Tian'anmen est écrasée par l'armée. Les jeunes Chinois payèrent de leur sang leur aspiration à la démocratie : officiellement, il y eut 1 800 morts et une dizaine de milliers d'arrestations (officieusement 5 000 morts...). Les pays occidentaux brandissent la menace de sanctions économiques. La Banque mondiale gèle les crédits pour les projets chinois dans l'énergie et les transports. Le Japon remet en cause l'aide accordée en 1988. Le Conseil européen décide de la suspension des contacts ministériels à haut niveau et de la mise en place d'un embargo du commerce des armes avec la Chine. A Hong Kong, la population, bien connue pour son apolitisme, manifeste en masse contre la répression. Les touristes du monde entier boycottent également le pays (jusqu'en 1991). Le 5 octobre, le prix Nobel de la paix est attribué au dalaï-lama, chef spirituel et politique des Tibétains. Deng Xiaoping feint d'ignorer le boycott de l'Occident, pariant que les hommes d'affaires reviendraient rapidement... Il passe néanmoins les rênes du pouvoir à Jiang Zemin et se retire du devant de la scène politique. Les années 1989 à 1991 marquent le retour de la faction révolutionnaire âgée ainsi qu'une période de conservatisme économique, culturel et politique. Toutefois la Chine reste présente sur la scène internationale avec son entrée à l'APEC. En 1991, Paris autorise la vente de seize frégates à Taïwan. La crise sino-française, aggravée ultérieurement par la vente de soixante chasseurs Mirage 2000, entraîne la fermeture du consulat de France à Canton.

Le " modèle chinois " ou le " capitalisme socialiste ". En 1992, Deng Xiaoping réapparaît d'une manière spectaculaire lors d'un voyage très médiatisé dans le Sud, à Shenzhen, pour faire redémarrer les réformes (en suspens depuis la répression de 1989). Il ouvre également Shanghai au capitalisme, appelle à un développement accéléré et à des réformes plus radicales que jamais. " Enrichissez-vous ", lance-t-il à la population.

La Chine bat tous les records de croissance avec un taux annuel de plus de 10 % et attire des dizaines de milliards de francs d'investissements. Utilisant la croissance économique comme défense contre les conservateurs du Parti, Deng réussit in extremis à renverser le rapport de forces en faveur des réformateurs lors du Congrès en octobre 1992.

La notion d' " économie socialiste de marché " est inscrite dans la Constitution chinoise en 1993, suite au plénum du Parti : le processus de réforme du marché (banques, taxes, investissements) s'accélère alors que Jiang Zemin devient chef de l'Etat.

L'idéologie communiste est peu à peu remplacée par un confucianisme rénové et un patriotisme utilisés comme un rempart contre la " contagion " des idées de liberté à l'occidentale.

Edouard Balladur scelle à Pékin la " normalisation " des relations entre les deux pays (la France avait pris du retard sur d'autres pays européens comme l'Allemagne et l'Italie). Les pays occidentaux, qui ont obtenu le droit d'investir dans les ZES, profitent d'une main-d'oeuvre bon marché, très peu libre, et d'avantages fiscaux. En échange, ils ont dû créer des sociétés mixtes, permettant aux Chinois d'accéder à leurs technologies. Les années 1994 à 1996 marquent une période de fort développement économique qu'on appelle même " années de Prospérité ".

Un nationalisme exacerbé. En mars 1996 a lieu la première élection démocratique présidentielle à Taïwan. L'armée chinoise entreprend alors des manoeuvres militaires d'envergure, afin d'intimider l'électorat taïwanais. Les Américains dépêchent dans la zone deux porte-avions, mais les choses en restent heureusement là.

A la fin de l'été de la même année éclate la crise entre la Chine et le Japon à propos de l'archipel des Diaoyu (Senkaku), îlots inhabités sans grande utilité pour les protagonistes. Ces graves incidents sans conséquences montrent une sombre vision de la passion nationaliste et l'ambition de reconstituer la " Grande Chine ".

A la grande satisfaction de Pékin et des entreprises américaines, Bill Clinton déclare que les Etats-Unis ne feront plus de liens entre relations de commerce avec la Chine et droits de l'homme (cette approche très conciliante est vivement contestée au Congrès). En février 1997, la mort de Deng Xiaoping marque la fin d'une époque, celle des " empereurs rouges ", des fondateurs du Parti et des vétérans de la Longue Marche. Deng avait rappelé peu de temps avant sa mort que " le désastre attend ceux qui veulent freiner les réformes ". Il n'assistera pas à la rétrocession de Hong Kong, retournée dans le giron de la mère patrie le 1er juillet 1997. La promesse de l'application de la politique " un pays, deux systèmes " pendant 50 ans est censée être mise en oeuvre à Hong Kong pour faciliter la future " réunification pacifique " avec Taïwan. Durant l'hiver 1997-1998, Zhu Rongji, qui a occupé le poste de Premier ministre jusqu'en 2002, lance plusieurs réformes : dénationalisations, concentration de l'appareil d'Etat, campagne anti-corruption, limitation des activités commerciales de l'armée, alors que la Chine est meurtrie durant l'été par les graves inondations du Yangzi. L'année 1999 est marquée par trois événements majeurs qui couronnent la fin du XXe siècle : le 50e anniversaire de la fondation de la République populaire, le premier accord bilatéral avec les Etats-Unis pour l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce et enfin la rétrocession de Macao le 20 décembre.

"La quatrième génération. En novembre 2002 s'est ouvert le 16e Congrès du Parti communiste chinois, d'une importance toute particulière. Ce congrès a en effet vu la transition pacifique de la troisième génération des dirigeants (Jiang Zemin, après Mao Zedong et Deng Xiaoping) à la quatrième génération, incarnée par le nouveau président de la République et secrétaire général du Parti communiste, Hu Jintao. Il s'agit de la première transition sans heurt en Chine, toutes les précédentes ayant vu l'élimination physique (Lin Biao) ou politique du prétendant. Désigné par Deng Xiaoping lui-même comme successeur de Jiang Zemin, le nouveau président chinois est un apparatchik dont on sait bien peu de choses, si ce n'est qu'il était gouverneur du Tibet en 1989, au moment des révoltes tibétaines réprimées dans le sang et de la promulgation de la loi martiale dans la province. Contrairement aux trois générations précédentes, qui étaient des " vieilles révolutionnaires ", présentes dès les débuts du Parti et souvent formées en Europe ou en Union soviétique, Hu Jintao est un enfant de la Révolution culturelle. Il fait donc partie de cette " génération sacrifiée ", dont les études supérieures ont été interrompues par le chaos des années 1960 et qui n'a jamais eu l'opportunité d'étudier à l'étranger.

La cinquième génération. Malgré ses difficultés initiales à imposer son autorité au sein de l'appareil d'Etat (Jiang Zemin est resté chef des armées pendant deux ans et a gardé des contacts influents dans les plus hautes instances de l'Etat), Hu Jintao a progressivement développé un mode de gouvernement plus à l'écoute du peuple (en rupture avec la politique prônée par ses prédécesseurs) et une politique plus pragmatique et teintée d'humanisme, dans un pays où les troubles sociaux liés à la corruption et aux fortes disparités sociales prennent de l'ampleur d'année en année. Hu Jintao a également su donner à la Chine un rôle international qui lui faisait jusqu'alors défaut. Le régime a su gérer les retombées des " printemps arabes ", mais pas seulement. Pékin a notamment été très actif dans les négociations sur la crise nucléaire nord-coréenne, sur la " succession " de Kim Jong-il et a dû prendre position sur le Darfour, la Syrie ou la question nucléaire iranienne par exemple (et leurs implications dans la zone). La Chine, parfois contrainte et forcée, est donc en train de sortir de sa traditionnelle réserve diplomatique. Reste que la légitimité du Parti, qui n'a plus de communiste que le nom, repose sur la croissance économique et que celle-ci, si elle reste très forte au début du XXIe siècle, génère d'importants problèmes sociaux que la nouvelle génération de dirigeants se devra de résoudre.

La Chine aujourd'hui

Au début du XXIe siècle, la Chine est en train de devenir une puissance incontournable mais la tâche à accomplir, tant sur le plan politique que sur les questions sociales et économiques, est à l'image du pays : gigantesque. Et depuis le congrès d'octobre 2012, cette tâche est dévolue à une nouvelle équipe de dirigeants : Xi Jinping et Li Keqiang. La tâche ne fait que commencer et déjà les problèmes s'amoncellent. Au moins autant que les scandales politico-financiers tels que révélés dernièrement par la diffusion des documents dits " Chinaleaks " en janvier 2014 ou par les " Panama Papers " en avril 2016 qui montrent l'enrichissement indu des dirigeants politiques en place et la corruption généralisée. C'est cette corruption (et une lutte d'influence politique également) que s'emploie à faire disparaître Xi Jinping depuis sa nomination au poste de président avec une vaste campagne qui a déjà vu nombre de cadres du régime être emprisonnés. Le parti communiste chinois connaît donc une forte période de turbulence, et ce d'autant plus que sa légitimité repose sur la croissance économique, et que celle-ci, si elle reste très forte actuellement (6 à 8 % de croissance), génère d'importants problèmes sociaux qu'il se doit de résoudre. Tous les voyants ne sont donc pas au vert, et le climat pas au beau fixe dans cette Chine qui, si elle se veut surpuissante au niveau international est aujourd'hui contestée notamment autour de la question de souveraineté - ou non - en mer de Chine du Sud par les nombreux pays de la zone, ce qui relance toujours plus les questions de nationalisme exacerbées. L'empire du Milieu n'en reste donc pas moins encore aujourd'hui un colosse aux pieds d'argile. Et l'arrivée au pouvoir du milliardaire égocentrique Donald Trump de l'autre côté du Pacifique semble devoir encore rebattre un jeu de cartes déjà très complexe.

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