Guide de Saint-Vincent-et-les-Grenadines : Population et langues

Un lolo à Bellefontaine.
Un lolo à Bellefontaine.

Peuplée à l'origine par des Amérindiens, les Arawaks et ensuite les Indiens Caraïbes ou Kalinas, la Martinique nous donne à voir aujourd'hui une population bigarrée constituée des descendants des premiers colons européens (principalement français), des esclaves africains, des engagés chinois et indiens, des " Syriens " qui ont fui les conflits interconfessionnels du Moyen-Orient.

Communautés

Békés. Les Békés de Martinique ont comme aïeux les premiers colons français qui se sont implantés dans l'île au début du XVIIe siècle pendant la traite des Noirs pour cultiver la canne à sucre. Contrairement à l'idée reçue, seuls 10 % d'entre eux étaient issus de la noblesse. La plupart des Békés descendent d'aventuriers ou encore d'engagés. Ces derniers étaient des travailleurs appelés également les " 36 mois " car ils s'engageaient pour trois ans. A la fin de cette période, ils pouvaient rester sur l'île en demandant un terrain sous forme de concession. Tous ces colons ont fini par former une certaine aristocratie dès lors qu'on les indemnisa au moment de l'abolition de l'esclavage, la cause étant qu'ils perdaient une main-d'oeuvre bon marché. Les Békés forment aujourd'hui une population d'environ 3 000 personnes. Même s'ils n'ont plus le monopole économique, (une grande bourgeoisie noire, métisse, indienne et chinoise a émergé dans les années 1990 et des investisseurs métropolitains se sont installés sur l'île), ils conservent encore de nombreuses exploitations agricoles de bananes et de cannes à sucre et se sont reconvertis dans la grande distribution (alimentation, concession automobile...). Certains se préservent des incertitudes économiques des Antilles en investissant ailleurs, dans l'Hexagone bien sûr, mais aussi aux Etats-Unis, en République dominicaine et au Canada. Traditionnellement, les Békés ne sont pas métissés, mais les moeurs changeant, l'on voit apparaître des mariages mixtes.

Chinois, " Syriens ". Les Chinois sont arrivés en Martinique par trois vagues d'immigration sucessives. La première dans les années 1860, la deuxième entre 1920 et 1970, et la troisième dans les années 1980. Même s'ils étaient très pauvres lorsqu'ils sont arrivés, ils tiennent aujourd'hui des supermarchés, restaurants ou petites boutiques d'alimentation. Ils se sont parfaitement intégrés et parlent le créole.

Le mot syrien est en fait un terme générique qui engloble Syriens, Libanais, Palestiniens et Jordaniens. Arrivés à la fin de du XIXe siècle, majoritairement chrétiens, ils formaient à l'origine une communauté de commerçants ambulants (vêtements, tissus, bijoux...) qui parcouraient les campagnes. Ils se sont installés dans les grandes rues commerçantes de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre.

Indiens ou " coulis ". L'abolition de l'esclavage a eu pour conséquence la mise en place de nouvelles filières d'immigration. La France passe des accords avec le gouvernement anglo-indien et les coulis débarquent en Martinique. Cette immigration est très réglementée, le gouvernement anglo-indien s'assurant des droits et des avantages des populations qu'il envoie. Les patrons doivent fournir un logement, de la nourriture, des vêtements et un salaire à leurs nouveaux travailleurs. Au départ, les coulis doivent faire face à l'hostilité des noirs affranchis car ils font baisser les salaires sur le marché du travail. Mais, in fine, ils réussissent à s'intégrer parfaitement à la société antillaise : le colombo, d'origine tamoule, est devenu un plat national antillais, et la langue créole a conquis tous les foyers hindous. Dans les campagnes, les temples indiens se repèrent facilement à leurs mâts multicolores sous lesquels des réceptacles accueillent offrandes, bougies et lampes à huile.

Métros. Ce sont les Français nés en métropole qui s'installent sur l'île. La majorité des métros sont des juges, des médecins ou des enseignants c'est-à-dire des fonctionnaires envoyés par l'Etat pour des séjours de courte durée. On voit aussi arriver des retraités.

Langue

Le créole

Le créole est pluriel et dépasse largement le cadre de la Martinique et des Antilles. Le créole de la Martinique, âgé de quatre siècles, est un créole antillais (par opposition aux créoles louisianais, guyanais ou bourbonnais). Il est issu des langues maternelles des esclaves africains (qui bien souvent ne se comprenaient pas entre eux, étant originaires de pays différents) et de leur utilisation imparfaite du français, les planteurs ne cherchant pas à leur enseigner la langue et employant un langage rudimentaire pour se faire comprendre. Il a aussi été influencé par l'anglais et l'espagnol, les Anglais et les Espagnols ayant occupé eux aussi la Martinique, et bien entendu par la langue des Amérindiens arawaks. La structure grammaticale du créole antillais est africaine, les mots de vocabulaire européens, même si l'on peut reconnaître des mots africains malgré les déformations phonétiques. Cette nouvelle langue s'est transmise oralement de génération en génération devenant par là même la langue maternelle des descendants d'esclaves. Les plus anciens textes connus en créole remontent au milieu du XVIIIe siècle.

Le créole a souvent été décrié et moqué : français déformé, simplifié à l'extrême, intonations anormales, baragouin, jargon ou parler de Nègre... Pourtant, la période révolutionnaire a amorcé un changement. Chansons populaires, textes humoristiques et surtout déclarations politiques des envoyés de la Convention écrits en créole voient le jour. On écrit des grammaires, Lafcadio Hearn publie des contes, des feuilletons en créole paraissent dans la presse, comme Les Mémoires d'un vonvon, de Tonton Dumoco.

Puis la parenthèse se referme avec le XXe siècle, où la tendance est à l'assimilation. Les écrivains, à quelques brillantes exceptions près, ne reconnaissent guère la littérature créole et restent très fidèles à la langue française. Depuis plus de trente ans pourtant, syndicalistes, politiques, hommes de culture cherchent à réhabiliter leur langue, devenue un enjeu politique, un moyen de défendre l'identité antillaise. Les bandes dessinées créoles déferlent sur le marché, la pub se transforme, la musique zouk explose. Fait sans précédent, l'université Antilles-Guyane institue, en 1973, un cours de linguistique créole. Trois ans plus tard est soutenue la première thèse consacrée à la langue créole. Depuis 1981, il existe à Aix-en-Provence un institut d'études créoles et francophones. Des écrivains comme Patrick Chamoiseau (prix Goncourt) et Raphaël Confiant (prix Novembre) reçoivent des prix littéraires prestigieux. Pour fédérer ce courant, chercheurs et pédagogues s'emploient à définir un lexique commun au créole des Antilles, et lancent, en 1981, un nouveau mouvement : Bannzil Kréyôl (Archipel créole). De cette tentative subsiste surtout une fête internationale du créole, le 28 octobre, diversement célébrée. Depuis 2000, les lycéens des académies de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de Réunion peuvent passer les épreuves obligatoires et facultatives de créole dans leurs académies. C'est le résultat d'un long combat mené par les défenseurs de la langue créole tels Raphaël Confiant, Daniel Boukman, Sylviane Telchid, Hector Poullet et de nombreux autres ardents artisans du créole.

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