Guide de Saint-Vincent-et-les-Grenadines : Histoire

L'histoire de la Martinique étant liée à celle de la région, il importe de connaître les grandes lignes du contexte historique de la colonisation. Nous savons que la connaissance du passé est nécessaire pour comprendre le présent. Le sujet est d'autant plus important que la société que nous connaissons aujourd'hui est très jeune : elle remonte réellement à la fin du XIXe siècle, voire au début du XXe. C'est, en effet, à cette période, soit une cinquantaine d'années après l'abolition de l'esclavage, que cette société commence à se structurer sous sa forme actuelle. Un nombre important de Martiniquais ignorent leur passé ou en ont une connaissance approximative. Ce constat, connu des milieux intellectuels locaux, est imputé au système scolaire métropolitain, qui n'a pas su tenir compte des spécificités des différentes composantes de la République. C'est ainsi que, le 10 mai 2005, lors de la Journée commémorative de l'esclavage, l'écrivaine Maryse Condé, présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage (CPME), a pu dire : " Mais jamais, dans mon enfance, on ne m'a parlé de l'esclavage ! "

Des origines à nos jours

Le continent américain entre mythe et réalité. Le continent américain dans son ensemble est plutôt mal connu. Il compose un espace où bon nombre de notions ont perdu leurs formes et leurs caractères initiaux, entre le début de la colonisation et notre époque, mais perdurent dans un enchevêtrement de réalités, de mythes, de mythologies, de croyances, d'affabulations et de contes... Et nombre d'entre eux se perpétuent dans le parler quotidien ou dans les différents écrits.

Les premières descriptions du " Nouveau Monde " (" Orbe Novo ", comme le nomme l'ami de Colomb, Pierre Martyr d'Anghiera) parviennent en Europe par l'intermédiaire des premiers colons. Elles sont suivies de celles des chroniqueurs (principalement des religieux), plus érudits, qui relatent leurs voyages et les conditions de vie. Ces précieux témoignages sont, de nos jours encore, d'une lecture passionnante.

Cependant, il convient de souligner que dans une grande partie de leurs récits (empreints d'ethnocentrisme) les jugements personnels et les considérations religieuses l'emportent largement sur les faits.

Peuplement du continent américain. La datation du peuplement du continent américain est imprécise et les controverses à ce sujet sont assez nombreuses. Les chiffres avancés varient de 50000 à 12000 avant notre ère.

Pendant fort longtemps (depuis 1927), on a rattaché l'origine du peuplement au détroit de Béring (entre l'actuel Alaska et la Sibérie) : des populations de type mongoloïde auraient traversé ce passage et auraient progressivement pénétré le continent, surtout après la phase de la fonte des glaciers (culture Clovis). Cette théorie fut suivie de celle de l'homme de Kennewick, nom donné au squelette découvert sur les rives de la rivière Columbia (Etat de Washington). Daté du milieu du dixième millénaire avant notre ère, il est de type caucasoïde, autrement dit européen. Ainsi, il est permis de penser que le peuplement du continent américain n'a pas été unique, mais multiple : plusieurs vagues d'origines diverses à des périodes variées seraient arrivées sur le continent.

La rencontre des deux mondes. Après un voyage plus long que prévu (35 jours), le célèbre cartographe et marin gênois Christophe Colomb (1451-1506), nommé amiral, le 17 avril 1492, par Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, arrive dans la nuit du 12 octobre 1492 aux îles connues aujourd'hui sous le nom des Bahamas (à San Salvador, appelée Guanahani par les locaux). Il est à la tête de trois navires (La Pinta, La Niña et La Santa-Maria) et de 90 hommes. Inspiré de Ptolémée, de Pline l'Ancien, de Marco Polo et d'Al-Farghâni, il pense découvrir une nouvelle voie maritime le conduisant au Japon, sur la route pour la Chine et l'Inde, vers la source des épices et... de l'or ! Il ne le sait pas, et ne le saura jamais : ce n'est pas avec le monde asiatique qu'il fait connaissance mais avec " des individus nus comme leurs mères les mirent au monde ". Il s'oriente ensuite vers Cuba et Haïti, qu'il baptise " Hispaniola " (l'île espagnole), où il est reçu par les locaux. Bien qu'elle présente des caractères différents, linguistiques notamment, toute cette population est appelée " Tainos " par les arrivants de l'au-delà des mers, car les autochtones les accueillent avec une expression phonétique proche de ce mot. Ces premiers contacts avec les indigènes des Grandes Antilles sont tout à fait chaleureux, comme nous le confirment d'ailleurs les nombreux écrits. Quoi qu'il en soit, la rencontre entre les deux mondes tourne au désastre pour l'espace caribéen.

La Martinique est abordée par Colomb lors de son quatrième voyage, en juin 1502, avant qu'il ne se dirige vers l'Amérique centrale. Pratiquement tous les noms des îles que nous connaissons datent de cette époque. Il en va de même de leurs noms indigènes dont la connaissance ne repose pratiquement que sur ces premiers témoignages. D'où leurs probables et nombreuses transformations.

Période coloniale

XVIe siècle. L'Espagne est dirigée par le tout-puissant Charles Quint, de 1516 à 1555. Côté France, François Ier est sur le trône de 1515 à 1547. Face à lui, de l'autre côté de la Manche, Henri VIII (1509-1547) règne sur l'Angleterre. Ces deux derniers ne s'apprécient guère... Accaparées par les affaires européennes, ils ne peuvent se permettre le luxe de s'aventurer dans la zone des alizés. Mais laisser la puissante Espagne demeurer le seul maître des océans et la voir s'enrichir est une idée inacceptable. Le monopole hispanique peut être certainement remis en cause par la " guerre de course ", des actes de piraterie contre l'ennemi espagnol ayant reçu l'aval des souverains. Les guerres de course obéissent à certaines règles notamment dans le partage des butins : 1/5e doit revenir au roi, 1/10e à l'amiral de France, 2/3 à l'armateur et le reste à l'équipage.

Le XVIIe siècle. Rescapé miraculé de la Saint-Barthélemy, Henri IV monte sur le trône en 1593 et hérite d'une France traumatisée, d'un trésor vide, d'un peuple chétif et égrotant. Il met fin aux guerres de Religion et, avec l'aide de son fidèle Sully, redresse le pays. Il est assassiné en 1610. Louis XIII, qui n'a que 9 ans, lui succède (1610-1643).

Marie de Médicis, sa mère, et Concini sont les maîtres du pays. La France est très en retard dans la colonisation et les Antilles n'ont encore aucune signification à ses yeux. L'année 1624 marque un tournant : sur la demande de Marie de Médicis, Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), entre dans son gouvernement. Le duo pose les fondations d'un Etat qui permettra, par la suite, à Mazarin et à Louis XIV de hisser la France au rang de puissance incontournable.

La Compagnie de Saint Christophe. Aussi efficace qu'impopulaire, Richelieu souhaite instaurer enfin une politique coloniale. La création d'une compagnie dotée de très larges pouvoirs peut assumer les devoirs étatiques et coloniser ainsi des terres encore libres.

En 1626, avec la collaboration d'un ex-flibustier, Pierre Belain, sieur d'Esnambuc, est créée la Compagnie de Saint-Christophe, du nom de l'île où d'Esnambuc s'est installé en 1625 et qu'il partage avec les Anglais (appelée aujourd'hui Saint-Kitts). C'est officiellement la première colonie française des Antilles. Pour se donner bonne conscience, on ajoute dans les statuts que l'une des missions de la Compagnie est d'évangéliser pacifiquement les " sauvages "...

La compagnie des Isles d'Amériques. Les résultats de la Compagnie ne sont pas à la hauteur des attentes. En 1635, un nouvel édit prévoit la création de la Compagnie des Isles d'Amérique, qui remplace la précédente. Le principe d'autofinancement est maintenu : les îles appartiennent à la Compagnie et les actionnaires doivent tout assumer. Le gouverneur, qui représente l'Etat sur l'île, a pratiquement tous les droits (militaires, justice...), même celui de distribuer les terres. Non seulement il est impliqué dans le commerce, mais il possède également des terres. Afin d'accélérer le développement de la Compagnie et le flux migratoire, Richelieu ajoute dans ses statuts la possibilité de délivrer des titres de noblesse pour ceux qui honorent certaines conditions. Les volontaires ne se bousculent toujours pas. Nicolas Fouquet (1615-1680), le futur surintendant des Finances de la France, en est le président.

La compagnie des Indes Occidentales. En France, on assiste de nouveau à un événement important. Louis Dieudonné est sacré en 1654, sous le nom de Louis XIV (1654-1715) : le Roi-Soleil entre dans l'Histoire. Le royaume souhaite réaffirmer son autorité dans les Antilles et y mettre de l'ordre. C'est le moment pour son énergique homme de confiance et grand serviteur, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), d'occuper les devants de la scène. Bien que connu pour sa politique financière, Colbert attache aussi une grande importance à la marine, par conséquent aux colonies d'outre-mer, sources vitales de matières premières. Les Hollandais possèdent déjà des raffineries et contrôlent le commerce entre les ports français et ceux des Antilles. Cela est loin de plaire à Colbert, qui reprend le flambeau de Richelieu et passe à l'attaque. Sa première décision radicale est la constitution, en 1664, de la Compagnie des Indes occidentales. Dotée de larges prérogatives, dont celle de battre monnaie, la Compagnie a également le droit exclusif (1670) du commerce avec le Nouveau Monde. Les îles sont rachetées en 1664. En 1674, c'est la dissolution. Cette fois, pas de vente, les îles reviennent à la couronne qui se charge directement de leur gestion, mais la notion d'exclusivité du commerce est maintenue. Le sucre antillais est très apprécié en France comme en Europe : la métropole se garde le droit du commerce et de la transformation du sucre. Les Antilles, qui n'ont pas droit aux raffineries, ne peuvent vendre que du sucre brut.

La fin du XVIIe siècle et le Code Noir. La Martinique, elle, continue son chemin : l'horizon est prometteur, excepté quelques nuages sombres dus aux répercussions des conflits de l'Europe continentale. Les Anglais se montrent en 1666, en 1667 et en 1686, pour tenter de prendre Sainte-Lucie. Ces attaques répétées incitent les responsables à transférer la capitale et les instances institutionnelles, y compris le Conseil colonial, vers la nouvelle ville de Fort-Royal, plus facile à défendre. Saint-Pierre continue, néanmoins, à conserver toute son importance économique. Sous le règne du gouverneur Robert Le Fichot des Friches, sieur de Clodoré, la Guadeloupe est rattachée à la Martinique en 1667. Cette décision atteste de l'importance prédominante de la Martinique, trois ans après le rachat de l'île et la constitution de la Compagnie des Indes occidentales. Outre le gouverneur, elle héberge le gouverneur général des îles françaises. Saint-Pierre profitera pleinement de ce choix administratif.

A la même période, les colons continuent leur expansion. Une partie de la côte atlantique (Sainte-Marie, La Trinité) est occupée. En 1687, on y dénombre 16 200 habitants, dont 40 % d'esclaves et 2 % d'hommes de couleur libres. Sous le gouverneur général Charles de La Roche-Courbon, comte de Blénac, apparaît le très controversé Code noir de Colbert (1685). Le gouverneur général est d'ailleurs l'un de ses inspirateurs. Réglementation destinée à mettre fin aux abus pour les uns ou officialisation pure et simple de l'esclavage pour d'autres, ce code, qui stipule que l'esclave est un bien meuble, fait tout de même l'objet de nombreuses polémiques.

Esclavage et Révolution. Arrivé à son apogée, le commerce des esclaves est critiqué par les sphères intellectuelles des grandes puissances du siècle. Ces critiques et leurs auteurs trouvent de plus en plus d'adeptes, ce qui constitue un terrain favorable aux grands mouvements d'émancipation du siècle suivant. Devenus indépendants (1776), les Etats-Unis sont le théâtre d'un bouillonnement idéologique où toutes les idées et visions s'affrontent. Des milliers d'esclaves noirs participent à la guerre d'Indépendance. L'Etat du Vermont (nord-est) fait le premier pas, en 1777, vers une future abolition de l'esclavage. Maître des mers, l'Angleterre voit de son côté l'apparition des formations telles que la Société anti-esclavagiste, créée en 1787. Dans la France des Lumières, les camps se forment et l'Ancien Régime est mis en cause. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dénonce le Code noir ; Guillaume-Thomas Raynal, dit l'abbé Raynal (1713-1796), fustige le système et tous ses acteurs (ce qui lui vaudra l'exil) ; Denis Diderot (1713-1784) attaque l'esclavage et le colonialisme ; François-Marie Arouet, dit Voltaire (1694-1778), s'exprime sous le couvert de Candide ; Charles de Secondat, dit Montesquieu (1689-1755), contribue à la critique dans son style bien particulier ; le pasteur vaudois Benjamin-Sigismond Frossard (1754-1830) se dit purement abolitionniste. Afin d'apaiser les esprits, le gouvernement de Louis XVI prend quelques décisions factices, comme celle d'interdire les mauvais traitements. Ces décisions sont contrecarrées par d'autres en faveur du commerce colonial. La clause de " l'exclusivité " est rendue moins contraignante afin de permettre aux Antilles de commercer avec les Etats-Unis, " nouvel allié " après la guerre de l'Indépendance. Contraires aux idéaux de la Révolution, les colonies incarnent soudainement le mal et, forcément, les colons, la perversion. On peine... mais la clause de l'exclusivité du commerce est rétablie. La République est proclamée en 1792 : les contre-révolutionnaires sont en ligne de mire. L'Assemblée législative dépêche Jean-Baptiste Raymond de Lacrosse (1765-1829) afin de proclamer la République dans les Petites Antilles, mais la Martinique a fermé ses portes. La Convention décide d'abolir l'esclavage, en février 1794. Débordés, les colons se tournent vers les Anglais, qui ne se font pas prier : les deux îles sont occupées, mais la Guadeloupe repasse bien vite aux mains des républicains, tandis que la Martinique reste anglaise.

Napoléon Ier et l'enjeu du commerce colonial. La tempête révolutionnaire se calme alors que l'homme fort du moment est Napoléon Bonaparte. La France signe le traité d'Amiens (25 mars 1802) ; l'Angleterre restitue les Antilles. Le gouvernement consulaire rétablit le décret de l'esclavage (juillet 1802). Le statut de département décidé par la Révolution est supprimé, l'administration, les fonctions et pouvoirs du gouverneur remodelés. Le premier désir de Napoléon est de stopper la marche effrénée et sans fin de la Révolution afin de remettre de l'ordre et, par conséquent, de rétablir l'économie. Mais la décision est prise : les colonies ne sont pas la France et elles peuvent continuer sous le régime de l'esclavage. La Révolution est finie mais les guerres perdurent. Les Anglais prennent le contrôle de l'île jusqu'en 1814. Ils y restent même un peu plus, grâce à la collaboration du gouverneur Pierre René Marie, comte de Vaugiraud (1814-1818). Fidèle à Louis XVIII, il préfère la présence anglaise lors des Cent Jours.

La Restauration. L'épisode des Cent Jours terminé, la Restauration s'installe définitivement en France (1815-1830), avec le retour de Louis XVIII (1815-1824). La voie est de nouveau ouverte au commerce sucrier, toujours dans le cadre du régime de " l'exclusivité ". Toutefois, une nouvelle donne vient perturber le tableau : la concurrence internationale ! L'ère du négoce avec ses débouchés garantis semble sérieusement compromise, une tendance confirmée vers les années 1840. Napoléon, par choix politique, décide de supprimer la traite en mars 1815, mais Louis XVIII, de nouveau à la tête du gouvernement, rejette cette décision. Annuler la traite alors que l'esclavage continue est un paradoxe : les armateurs entrent dans l'illégalité. Les hommes de couleur libres s'opposent aux colons qu'ils accusent d'accaparer les richesses de l'île et de monopoliser le pouvoir.

L'abolition de l'esclavage. L'Europe de l'ère industrielle bouillonne. L'économie mondiale connaît de fortes avancées techniques et l'anti-esclavagisme, prôné principalement par les mouvements anglo-saxons, gagne sans cesse du terrain. L'Angleterre abolit l'esclavage en 1833.

La France de l'après-Napoléon peine, les crises institutionnelles se succèdent. La sphère républicaine s'agite et on ose ouvertement, en plus grand nombre cette fois, reprendre les idées humanistes des personnages historiques comme l'abbé Henri Grégoire (1750-1831). Le mot " abolition " et la mise en cause du commerce colonial ne sont plus tabous... Mais la France est craintive et hésitante.

Le 27 avril 1848, l'acte d'émancipation est signé et la phrase historique prononcée : " Nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves... " Le décret prévoyait un délai de 2 mois avant son application mais, compte tenu de l'atmosphère orageuse, le gouverneur provisoire Claude Rostoland le promulgue le 23 mai, sans attendre l'arrivée, le 3 juin, du commissaire général Perrinon. La Martinique compte alors 121 000 habitants, dont 60 % d'esclaves, 32 % d'hommes de couleur libres et 8 % de Blancs.

Le Second Empire. L'esclavage est aboli, mais la France de la IIe République vit une profonde crise économique. C'est une brèche grande ouverte pour le fils de Louis Bonaparte (frère de Napoléon) et d'Hortense de Beauharnais (fille de Joséphine), Charles-Louis-Napoléon Bonaparte : appuyé par le parti de l'Ordre, celui-ci pose sa candidature pour les élections présidentielles. En face de lui se trouve une opposition impopulaire et dispersée. Charles-Louis-Napoléon Bonaparte est élu le 2 décembre 1851. Il ne tarde pas à devenir le maître du pays à la suite d'un coup d'Etat : l'Assemblée est dissoute. Proscrit, Schoelcher s'exile à Londres (il refuse l'amnistie en 1859), Louisy Mathieu rentre en Guadeloupe et, une année après, c'est le retour du régime impérial. Les idées républicaines quittent les Antilles : le souci de l'ordre et du bon fonctionnement de l'économie sont plus que jamais primordiaux. Les inquiétudes concernant l'inadaptation des nouveaux libres au système de salariat trouvent leur solution dans les lois et les décrets, ce qui se traduit par " obligations " dans le quotidien : toute personne qui ne travaille pas devient un suspect potentiel.

La IIIe République. Les élections de 1881 renforcent définitivement la République ; c'est l'année où est décrétée la loi autorisant les syndicats et où est assurée la liberté de la presse et de l'imprimerie. Une période très importante pour la Martinique qui, de son côté, est entrée dans une nouvelle crise sucrière. C'est à ce moment que commence à se former la société que nous connaissons aujourd'hui. Les vagues successives de réformes menées en France trouvent un écho aux Antilles : outre les droits syndicaux, les lois scolaires de Jules Ferry (laïcité, gratuité de l'enseignement). Depuis l'abolition, la majorité, non instruite, ne peut encore prétendre à aucune place au sein de l'organisation sociale de l'île. Les dispositifs administratifs font que les anciens esclaves sont plus ou moins sous contrôle. La loi sur les municipalités arrive en 1884.

Période contemporaine

Première moitié du XXe siècle. Suite à la destruction de Saint Pierre en 1902, l'activité économique de l'île se déplace vers Fort-de-France. Les réformes entreprises par la IIIe République, dans les années 1880, marquent fortement le début du siècle, sur fond de crise de l'industrie sucrière. Cette crise annonce définitivement la fin de l'âge d'or : le capital se concentre dans les mains d'un petit cercle privé et du domaine public. La chute des prix, rendant les coûts pesants, va se répercuter sur la masse salariale, entraînant des troubles jusqu'au moment de la départementalisation. La première " grève générale " a lieu en 1900 : elle se termine par la " fusillade de Saint-François " (10 morts). Encore très jeune, l'appareil syndical est confronté à une tâche délicate : agir dans un environnement où les usines sont fragiles, tandis que la main-d'oeuvre s'accroît. Quelque 5 000 personnes vont chercher du travail sur les chantiers du canal de Panama. Situation à l'opposé de la période abolitionniste, le surplus de l'offre mettra le patronat en position de force.

Le désastre de Saint Pierre. Le " Petit Paris ". C'est ainsi que les habitants de Saint-Pierre appellent leur ville. Une cité ultramoderne, dit-on, la capitale culturelle et commerciale des Antilles. Les nouvelles de Paris y arrivent en cinq jours ! Comme s'il jalousait cette renommée, le volcan de la Montagne Pelée qui surplombe la commune se manifeste plusieurs fois, en 1792, en 1851, en 1889, en 1900 et en 1901. La tragédie survient lors d'une période d'élections où s'affrontent Blancs, grands mulâtres et Noirs.

Un scrutin tendu qui aurait empêché une éventuelle évacuation de la ville. Le 8 mai 1902, le volcan crache de la boue et des nuées ardentes qui ensevelissent la ville : environ 27 000 morts, et une industrie sucrière anéantie. Les célèbres rhums de Saint-Pierre n'existent plus et la production de l'île baisse d'une bonne moitié après la tragédie. Deux miraculés, le cordonnier Léon Compère et le prisonnier Louis Auguste Sylbaris, dit Cyparis.

La Première Guerre Mondiale et le rhum. La crise sucrière martiniquaise est toujours vive à l'aube de la guerre, mais l'industrie persiste : vingt usines sont toujours en activité, celle de Rivière-Blanche a disparu avec l'éruption de la Montagne Pelée. Tout comme la Guadeloupe, la Martinique du gouverneur Joseph Henri Alfred Vacher est concernée par la guerre. Les premiers conscrits partent en octobre 1913 : les deux îles fournissent des aides financières et 25 000 combattants, dont environ 18 000 pour la Martinique. La Première Guerre mondiale constitue l'une des étapes fondamentales de l'histoire martiniquaise. Avec elle, le service militaire est instauré dans les colonies, conformément à la demande de ses classes dirigeantes, et une nouvelle source d'exportation lucrative apparaît. Le secteur sucrier métropolitain est sévèrement touché : il faut du sucre, mais surtout du... rhum, que l'on appelle " gnole ". Cet alcool si connu, appelé aussi " tafia ", n'est pas encore soumis à une réglementation de qualité et ne possède pas les caractéristiques qu'on lui attribue aujourd'hui. L'exportation vers la France commence dès les années 1880, mais avec la guerre, elle s'intensifie : embourbée dans le conflit, la métropole en réclame pour les tranchées et la fabrication d'explosifs ! L'exportation atteint un tel niveau qu'après la guerre l'industrie française exige sa limitation, acceptée en 1922.

L'entre-deux-guerres. Après la guerre, la Martinique renoue avec son contexte économique défavorable. L'optimisme déclenché par le commerce du rhum s'estompe rapidement et, pour compléter le tableau, les cours mondiaux du sucre s'effondrent, en raison d'une surproduction. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il ne reste que 120 distilleries. La guerre n'a pas été bénéfique seulement pour le rhum : de retour de la ville de Nancy, René de Jaham fonde, en 1919, l'usine " Lorraine ", la bière que l'on trouve aujourd'hui partout sur l'île. A cette même période, vers la fin de la décennie 1920, une nouvelle denrée arrive sur le marché : la banane. De 1929 à 1932, la Montagne Pelée sème de nouveau la panique : une partie de la population environnante est évacuée.

La Seconde Guerre Mondiale. Le 14 septembre 1939, le haut-commissaire des Antilles-Guyane, Georges Robert, âgé de 64 ans débarque en Martinique à bord du bateau Jeanne d'Arc. Au sommet de la hiérarchie administrative, il a la charge des Forces maritimes de l'Atlantique ouest.

Huit mois plus tard, la France est envahie et l'armistice signé par le régime de Vichy (22 juin 1940). La Banque de France évacue 300 tonnes d'or à destination du Canada : elles arrivent le 25 juin 1940 en Martinique. C'est le début de trois années contraignantes : un régime durci, des libertés politiques mises au placard, des privations et des pénuries. Les Antilles françaises subissent un double blocus, par leur propre administration et par la flotte anglo-américaine... Deux issues sont possibles : le fort Napoléon, aux Saintes, pour les contestataires, ou les îles voisines afin de rallier éventuellement la France avec un bateau des Alliés. Issue à haut risque, la mer est surveillée. Les conditions devenues encore plus difficiles vers 1942, les premiers départs seront suivis par d'autres à caractère social ou humanitaire. Dès 1943, l'administration en Martinique, comme en France, " change de camp ". En juillet 1943, henry Hoppenot, nouvel envoyé de la République arrive en Martinique : l'amiral Robert regagne la France. Deux ans plus tard, Aimé Césaire devient le maire de Fort-de-France. Les 300 tonnes d'or seront récupérées...

La départementalisation. La guerre est finie et De Gaulle rend hommage aux Antilles. Mais la Martinique partage en partie la situation calamiteuse de la France d'après-guerre : pénuries et envolées des prix. Deux projets de loi sont déposés à l'Assemblée nationale, dont l'un par le groupe communiste. Après de longs débats sur le statut à définir pour les " colonies d'outre-mer ", la loi du 19 mars 1946 est promulguée sous le " ministère de la France d'outre-mer " et la Martinique devient finalement un département. On ne parle donc plus de gouverneur mais de " préfet " et de " sous-préfet ". Le premier préfet est Pierre Albert Trouillé (de 1947 à 1950). Les formations de gauche dominent l'échiquier politique. Cependant, on constate une nette radicalisation de la branche communiste qui prône l'indépendance. La Martinique envoie deux députés membres du Parti communiste à la première Constituante : Aimé Césaire et Léopold Bissol (1889-1982).

Depuis 1946.

La départementalisation est, d'une certaine manière, la deuxième étape marquante de l'histoire de l'île, la première étant l'abolition. Le déclin de l'industrie sucrière continue, pour ne pas dire, s'achève. A partir de 1960, c'est l'hécatombe. Privées de leurs capitaux qui se dérobent de plus en plus, les dernières usines fonctionnent grâce à des subventions publiques. L'incontournable culture de la canne, qui est maintenant connue pour son rhum, continue avec, à ses côtés, la banane. Le secteur agricole demeure la première activité économique : il emploie près de la moitié de la population active dans les années 1950. Si le nouveau statut a sans aucun doute une importance législative, au niveau social, la vie ne change pas jusque dans les années 1950 où la Caraïbe et les pays du Commonwealth connaissent des mouvements de migration : les Antilles françaises sont concernées. L'Etat prend très vite les choses en main et met sur pied une réglementation : le Bumidom est créé en 1961 (Bureau des migrations des départements d'outre-mer). Le flux s'accélère dans la décennie 1960 pour ralentir à partir des années 1980 : une période qui voit émigrer environ 190 000 Martiniquais. On part soit pour travailler, soit pour faire des études : dans les deux cas, il s'agit souvent de jeunes. L'île compte un nombre non négligeable de personnes " rentrées au pays " afin de profiter de la retraite, acteurs de cette " époque où l'on prenait le bateau pour traverser l'Atlantique et où l'on arrivait dans les grandes villes pour s'installer... ". La métropole recense aujourd'hui plus de 200 000 Martiniquais : un chiffre qui se passe de commentaires. La décentralisation prend forme en 1982 avec la loi Gaston Deferre. L'année d'après, la Martinique est pourvue d'une seconde collectivité : le conseil régional. Cela donne naissance à un statut particulier, appelé " monodépartemental ". La décentralisation est suivie dans les DOM par une succession de lois visant à favoriser le développement politique, social et économique. Parmi elles, la Loi d'orientation pour l'outre-mer (LOOM), qui entre en vigueur un an après la fameuse Déclaration de Basse-Terre (décembre 1999). Signée conjointement par les présidents des conseils régionaux Alfred Marie-Jeanne (Martinique), Lucette Michaux-Chevry (Guadeloupe) et Antoine Karam (Guyane), la déclaration se donne pour objectif de rendre public le bilan négatif de ces trois départements. Ce manifeste est très important par son caractère inédit où des " tabous " sont brisés. Les termes " assistanat généralisé, dérives sociales " sont pointés du doigt et la nécessité d'une " initiative locale " mise en évidence.

De nos jours. Le 10 janvier 2010 a eu lieu une consultation sur le statut de l'île. Il s'agissait de savoir si les Martiniquais souhaitaient que leur île reste dans son cadre politique actuel de département d'outre-mer prévu par l'article 73 de la Constitution ou s'ils désiraient passer au statut de collectivité d'outre-mer dotée d'une autonomie élargie en dehors des pouvoirs régaliens de l'Etat et relevée de l'article 74 de la Constitution. Les électeurs ont répondu " non ", dans une proportion de 79,3 %, à la transformation du DOM en collectivité d'outre-mer. Et, deux mois plus tard, lors des élections régionales qui ont lieu en mars 2010, Alfred Marie-Jeanne, partisan du oui, a dû s'incliner face à l'équipe conduite par Serge Lecthimy, farouche partisan de l'article 73, qui devient ainsi le nouveau président du conseil régional de la Martinique.

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