Village de huttes près de Korhogo. shutterstock - Agre guy thony roger.jpg
Bâtiments coloniaux en ruine à Grand-Bassam. iStockPhoto.com - rosn123.jpg
Basilique Notre-Dame de la Paix, Yamoussoukro. iStockPhoto.com - brendanvanson.jpg
Cathédrale Saint Paul, Abidjan. shutterstock - newphotoservice.jpg

Architecture séculaire

L’architecture et l’habitat ivoirien varient selon les ethnies, les régions, les contraintes climatiques et les apports et influences étrangers. À travers une série de maquettes, le musée du Costume de la ville de Grand-Bassam donne un aperçu assez exhaustif des différents types d’architecture traditionnelle qui, pour différents qu’ils soient d’une région à l’autre, n’en restent pas moins sous-tendus par deux caractéristiques majeures : la technique utilisée pour la construction, et la forme architecturale empruntée.

On peut distinguer trois techniques de construction. La première relève de la poterie : les murs sont alors constitués de couches de terre modelées les unes sur les autres. La deuxième recourt à la vannerie : branchages plantés dans le sol, assemblés entre eux et recouverts de feuillage et/ou de papo (panneaux en feuilles de palmier). Enfin, la troisième et la plus courante, combine les deux premières avec des murs en banco (brique de terre crue : adobe) et un toit généralement conique en papo, paille ou chaume. On retrouve en gros deux types d’architecture dominants : la case en banco et toit conique en paille, de forme carrée ou ronde, typique des zones forestières ou savanicoles, et la maison rectangulaire de style soudanais, avec étage et/ou toit-terrasse, majoritaire du côté de Kong et de Bondoukou. On observe actuellement une modernisation de ce type d’habitat et, tandis que le ciment vient remplacer le banco, aux éléments végétaux du toit se substituent les briques et les tôles ondulées. Ce phénomène résulte en partie de l’urbanisation galopante et de la fièvre constructrice qui s’est emparée du pays, ainsi que d’un souci de prévention contre la pluie et les éventuels incendies. L’identité architecturale traditionnelle des villes et villages ivoiriens se voit délayée dans la prolifération anarchique d’un modernisme de façade pas toujours adapté aux réalités sociales et aux contraintes climatiques.

Un héritage colonial mitigé

Le patrimoine colonial est plus ou moins laissé à l’abandon sur le territoire ivoirien. Les nombreux bâtiments de l’époque, qui ne sont pas dénués de charme, arborent leurs façades décrépies aux yeux des passants qui ne semblent pas s’en émouvoir. On ne se donne la peine d’entretenir (et encore) ces vestiges qu’à Abidjan ou à Grand-Bassam, où la réglementation en vigueur vise théoriquement à préserver l’harmonie d’ensemble du quartier France, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’ancien palais du gouverneur à Grand-Bassam a récemment été transformé, après des travaux de rénovation, en Musée national du costume. Il se trouve dans Ancien Bassam, qui est le cœur historique de la ville sur la lagune Ouladine. D’autres bâtisses y bénéficient du programme de restauration, à l’image de la Maison des Artistes.

Modernité

Du côté de la capitale Yamoussoukro, la tendance est au gigantisme façon ubuesque dans une débauche de marbre, de bois précieux et autres dorures grand style avec notamment la Basilique Notre-Dame de la Paix et la Fondation Félix Houphouët-Boigny, éléments disparates d’une splendeur révolue qui côtoient dans un paysage de savane urbaine de vastes zones d’habitat spontané, des quartiers-villages, des barres d’immeubles et des enfilades de logements sur cours rappelant les réalités quotidiennes de la population. La Maison des députés, devenue l’hôtel des parlementaires qui offre des chambres de prestige, déploie sa structure étagée en forme de pyramide tronquée. Une composition géométrique et quasi abstraite qui contraste avec les ornements de sa façade et de ses arcades, dont les arcs brisés rappellent l’architecture islamique.

L’architecture des villes se veut résolument contemporaine. À Abidjan, le Plateau, cœur historique de la ville est la vitrine fièrement revendiquée du miracle économique ivoirien. Symbole des grandes ambitions du pays au lendemain des indépendances, le quartier des affaires présentait à l’époque l’une des architectures les plus modernes d’Afrique, ce qui lui valut le surnom de « Manhattan des Tropiques ».

Autre ouvrage d’art emblématique du Plateau, la Grande mosquée Salam, signée par l’architecte Thierry Dogbo (1962-) en 1996, n’est pas encore tout à fait achevée. D’une grande beauté, elle est bâtie sur un terrain d’environ 7 500 m² et serait, semble-t-il, l’une des plus grandes d’Afrique de l’Ouest. Cet édifice rectangulaire est doté d’un minaret de soixante-cinq mètres de haut et surmonté d’un imposant dôme aux couleurs bleu et or est recouvert de granit, de céramique et de marbre. Autant dire qu’il ne passe pas inaperçu, en plein cœur du quartier d’affaires.

Les grandes figures de l’architecture depuis l’indépendance

Plusieurs maîtres d’œuvre ont marqué de leur empreinte l’architecture post-indépendance de la Côte d’Ivoire, et contribué à donner à ses deux capitales cette identité si particulière qui frappe encore le visiteur aujourd’hui.

Aux Italiens Rinaldo Olivieri (1931-1998) et Aldo Spirito, on doit respectivement l’immeuble de la Pyramide, bâtiment emblématique de l’audace architecturale et de la glorieuse verticalité du Plateau, et la surprenante cathédrale Saint-Paul, qui valut à son concepteur le prix « Europe architecture 1982 ». Ils contrastent par leur singulière triangularité avec la verticalité de cette Babylone des affaires auxquelles répond la tour d’Ivoire de l’hôtel éponyme, de l’autre côté de la lagune, vestige glorieux et esseulé d’un pharaonique projet de « Riviera africaine » qui n’aura jamais été mené à son terme.

Henri Chomette (1921-1995), qui se vit confier le plan du centre d’Abidjan, fut l’auteur de plusieurs réalisations d’envergure mêlant élégance et monumentalité, à commencer par l’Hôtel du District d’Abidjan et le pont de Gaulle. L’architecte français dessina également les plans de l’Immeuble des Finances et du centre Nour al Hayat, qui abrite La Rotonde des arts contemporains. À Pierre Dufau (1908-1985), on doit le majestueux palais présidentiel du Plateau, inauguré en 1961 à l’occasion des fêtes de l’accession à l’indépendance.

Autre bâtisseur prolifique et homme d’affaires avisé bien connu des éminences du continent, le Français d’origine tunisienne Olivier-Clément Cacoub (1920-2008) dit « l’architecte du soleil », premier Grand Prix de Rome en 1953, et auteur de nombreuses réalisations en France et dans le monde, signera le palais présidentiel de Yamoussoukro ainsi que la Fondation Félix Houphouët-Boigny et l’hôtel Président, toujours dans la capitale politique.

Une architecture contemporaine à la gloire des affaires

Signe des temps et de la gentrification du pays, les plus belles et les plus ambitieuses réalisations architecturales de ces dernières années comptent de grands établissements bancaires, des centres commerciaux, des programmes immobiliers de luxe et des hôtels d’affaires. Le siège du groupe panafricain Ecobank Transnational Incorporated, élaboré autour de la symbolique du tabouret akan et de l’éléphant, a été officiellement inauguré en juillet 2015. Début 2017, c’était au tour de l’hôtel Azalaï de se dévoiler aux yeux des Abidjanais. Ces deux bâtiments ont été conçus par le cabinet AR 2000 de l’architecte Ibrahima Konaré (1963-), surnommé le « bâtisseur de banques », qui revendique des œuvres ancrées dans la culture locale.

Inauguré en mai 2016, le Radisson Blu Abidjan Airport, lui, déploie sa façade vitrée autour d’une trame de poutres métalliques évoquant les branchages de la forêt tropicale. Autre réalisation d’envergure, le centre commercial Playce Marcory développé par le groupe CFAO joue la carte de la simplicité géométrique, avec les formes puissantes et décalées de ses grands cubes blancs au design inspiré d’un troupeau d’éléphants marchant en file indienne.

L’architecture après la crise politique

Depuis la crise post-électorale de 2010-2011, Abidjan fait peau neuve tous azimuts et cela se traduit aussi dans le changement de physionomie architecturale de la ville. À l’ambitieuse verticalité des années 1970-1980, succède désormais un étalement dans l’espace de bâtiments à l’esthétique épurée et design, qui se veut plus respectueux des normes environnementales et moins coûteux en entretien. Cependant, la question du bien-fondé de l’horizontalité – surtout quand elle n’est pas maîtrisée, c’est-à-dire dans la majeure partie des cas – fait débat, et tous les spécialistes ne s’accordent pas sur la question.

La mue d’Abidjan se traduit également par le développement de projets de logements sociaux et de quartiers pavillonnaires ainsi qu’un travail de restauration du patrimoine, avec la réhabilitation de bâtiments emblématiques comme le Centre commercial international d’Abidjan (CCIA, 94 m, 28 étages), la tour Postel 2001 (105 m, 26 étages) et surtout la cathédrale Saint-Paul, qui depuis quelques années n’était plus que l’ombre d’elle-même.

En termes de qualités techniques et esthétiques et au vu de leurs nombreuses réalisations en Côte d'Ivoire et dans plusieurs capitales africaines, l’agence Koffi & Diabaté se positionne parmi les architectes les plus en vue du moment. Créée en 2001, elle compte parmi ses références le superbe complexe immobilier Green et l’Onomo Abidjan Airport Hotel, bâti selon une architecture écologique associant les ressources naturelles locales aux matériaux de construction.

À l’heure où les opérations immobilières lancées sans vision se multiplient, le cabinet Koffi & Diabaté véhicule une vision de la ville africaine, de ses besoins et de son agencement où l’architecture accorde une place fondamentale aux problématiques urbaines, humaines et environnementales locales. Une vision qui peine encore à s’imposer, mais gagnerait à être prise en compte pour le développement harmonieux de villes comme Abidjan, qui comptera près de sept millions d’habitants d’ici 2025.