Le souvenir d'un homme, le terrible pirate Henry Morgan, plane sur cette ancienne Babylone des Caraïbes.

Seize ouragans, neuf tremblements de terre, trois incendies, et une tourmente tropicale, il a fallu beaucoup de ténacité à la ville " la plus dépravée de la chrétienté " pour traverser les siècles du XVIIe au nôtre. Aujourd'hui, ce repaire de mécréants d'un autre temps est un charmant petit village de pêcheurs de quelque 2 000 âmes, assoupi dans la torpeur tropicale. Le petit centre-ville, bien que pittoresque à souhait, est en piteux état et seul le fort Charles, bien conservé et entretenu, offre une trace historique incontournable.

C'est par une mince langue de terre appelée Palisadoes, qui protège la baie de Kingston et dessert également l'aéroport international Norman Manley, qu'on atteint l'ancienne cité des pirates. La ville a été fondée en 1656, un an après la victoire des Anglais sur les Espagnols qui avaient négligé l'endroit.

Histoire

L'anse de Port Royal possédait une position stratégique sur la côte Sud, idéale pour l'attaque des galions espagnols lourdement chargés de denrées et de trésors qui naviguaient entre le continent américain et les îles espagnoles de Cuba et d'Hispaniola. C'est la raison pour laquelle la piraterie internationale de l'époque y installa ses quartiers, sous l'oeil bienveillant des Britanniques. Ne pouvant pas soutenir officiellement leurs initiatives, ils ne les décourageaient pas pour autant, trop contents de pouvoir affaiblir le rival espagnol. De leur côté, les pirates payaient cette tolérance en contribuant au développement de l'île et en partageant même parfois le revenu de leurs attaques. Le gouverneur de l'île a vécu à Port Royal jusqu'en 1664 et l'Assemblée jamaïcaine s'y tenait. La ville est rapidement devenue la plus importante du pays et sans doute la plus riche du Nouveau Monde. Les tavernes, salles de jeux et lupanars y étaient légion. A son apogée, en 1692, la ville ne comptait pas moins de 6 500 âmes, environ 1 000 maisons, 2 prisons, de nombreuses églises de différentes confessions (incongrues dans un tel environnement), et de nombreuses forteresses. Le pirate Henry Morgan dirigeait la ville et avait érigé un code de conduite rigoureux, officialisant les pratiques des pirates. Plus tard, cette expérience lui a valu d'être anobli et nommé gouverneur de l'île.

Les gens d'église l'avaient baptisée " la ville la plus dépravée de la chrétienté ", et à juste titre. On prophétisait que tant de débauche entraînerait la damnation du lieu ; c'est pourquoi le tremblement de terre qui a détruit le 7 juin 1692 a été perçu à l'époque comme une punition divine pour tous les vices dans lesquels se complaisaient boucaniers, pirates, corsaires et autres aventuriers.

Ainsi, abandonnant derrière elle son infamante réputation, la ville profite de la catastrophe pour se reconstruire sur de nouvelles bases. La politique anglaise évolue. Les pirates sont priés de changer d'activité et de se reconvertir dans des occupations légales. Les récalcitrants sont pendus. Dès 1694, de nouvelles fortifications sont élevées pour protéger la ville des attaques étrangères. La guerre latente entre les Britanniques et leurs voisins français et espagnols maintient la ville sous pression militaire. Protégé par six fortins, avec 145 canons pointés sur le large, Port Royal devient la base navale et militaire principale de la Couronne sous ces latitudes. Le commerce et la vie sociale s'y développent. L'amiral Horace Nelson, arrivé en Jamaïque en 1777 pour diriger les opérations militaires, s'y installe en 1779 comme commandant du fort Charles. Il devra faire face à l'éventuelle attaque des troupes françaises qui combattent l'Angleterre sur le continent nord-américain. Mais vers le milieu du XIXe siècle, la fin des hostilités marque un nouveau déclin, malgré la position stratégique à l'entrée de l'immense baie naturelle de Kingston qui en fait un port de commerce prospère, et ce jusqu'au début du siècle. Le tournant du siècle scellera pour un temps le destin de cette ville à l'histoire mouvementée... Jusqu'à une nouvelle résurrection ? De nombreux projets de réhabilitation du site de Port Royal ont été proposés, du parc d'attractions au complexe touristique de luxe, pour être aussitôt oubliés par les gouvernements successifs. La ville engloutie est l'un des sites archéologiques sous-marins les plus précieux du monde. Les deux-tiers de la ville du XVIIe siècle sont engloutis à quelques centaines de mètres du rivage ; mais jusqu'à présent, les sites sont protégés des plongeurs curieux et n'ont fait l'objet que de recherches officielles très sporadiques. Aujourd'hui, seuls quelques monuments, dont fort Charles et Saint Peter's Church, témoignent du passé glorieux de ce petit village alangui. Port-Royal organise un festival tous les ans, le troisième lundi d'octobre. L'occasion de déguster des fruits de mer et d'écouter de la musique.

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