4000 av. J.-C

Aux Baléares, les vestiges mégalithiques de l’époque préhistorique attestent de la présence très ancienne de l’homme. À Minorque (Naveta des Tudons), à Majorque (Talaiot de Capocorb, Llucmajor) ou à Formentera (Ca Na Costa), l’homme préhistorique a laissé des traces de son séjour. Mais il est difficile de savoir à quel moment un pied humain foule pour la première fois les plages des Baléares. Les historiens estiment que l’homme y apparaît 4 000 ans avant notre ère. Il trouve sur cet archipel un gibier abondant, notamment une espèce d’antilope aujourd’hui disparue, le Myotragus. Il est donc d’abord chasseur, puis, assez logiquement, éleveur et cultivateur. Cette civilisation trouve refuge dans des grottes où les archéologues ont retrouvé les premières poteries et objets en métal (entre 3000 et 2000 av. J.-C.). On parle alors de culture pré-talayotique.

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1 500 av. J.-C

À cette époque débutent les échanges commerciaux avec le bassin méditerranéen : Grecs, Ibères et Phéniciens font des haltes aux Baléares pour proposer leurs marchandises. Cette ouverture vers le reste du monde de l’époque va entraîner les premières constructions sur l’archipel.

1100 av. J.-C

Les récits des marins de passage alimentent les imaginaires locaux. Les descriptions des premières cités structurées (Athènes et Carthage notamment) influencent les îliens, si bien que les villages se forment à mesure que les grottes se vident. Au cœur de ces modestes agglomérations, des tours de pierre et de bois assemblées sans mortier sont érigées : il s'agit des talayots. Jusqu’ici peu organisées et visiblement pacifiques, les tribus dressent les premières fortifications.

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645 av. J.-C

Ces modestes systèmes de défense ne suffiront pas à arrêter les Carthaginois qui se rendent maîtres des Baléares en 645 av. J.-C. Ils détruisent les tours, bâtissent leurs propres villes et fortifications et surtout exploitent les richesses de l’archipel : les marais salants et le murex (mollusque carnassier dont est tirée la pourpre, un colorant très recherché dans l’Antiquité). Les envahisseurs tirent également parti du remarquable maniement de la fronde par les jeunes guerriers des Baléares. Ils les enrôlèrent dans leurs campagnes comme mercenaires dans les guerres puniques qui les opposèrent à Rome de 264 à146 av. J.-C.

123 av. J.-C

Il ne faut que quelques années aux Romains pour comprendre alors l’intérêt de Carthage pour les Baléares. En 123 av. J.-C., le consul Caecilius Metellus intègre l’archipel à l’Empire romain. Il crée Palma et trace des voies de circulation à Majorque et Minorque. Néanmoins, l’Empire romain n’a pas laissé des traces profondes de sa domination. Il faut dire que 300 ans après s’être installé, l’empire n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa chute, vers 400 de notre ère, plonge les Baléares dans une période de repli.

425 apr. J.-C

L’archipel est dévasté par les Vandales, et une civilisation paléochrétienne subsiste comme elle peut durant cette période.

553

Après la conquête du général Bélisaire, sous le règne de Justinien, empereur de Byzance, les Baléares sont intégrées en 553 à l’Empire d’Orient. Au VIIe siècle, les Wisigoths chassent les Byzantins, mais ce sont les Maures qui deviennent rapidement les maîtres des lieux.

902

Les Arabes font leurs premières incursions dès le VIIe siècle, sans que l’on puisse parler de véritable invasion. Malgré quelques pillages, ils cherchent surtout à commercer, profitant ainsi de la position privilégiée des îles sur les grandes routes maritimes. Charlemagne tente de rétablir durablement une domination chrétienne sur Majorque, mais ses efforts sont réduits à néant en 902, lorsque le calife de Cordoue, Issam al-Jawlani, s’empare sans effort de l’archipel. À sa mort, en 1031, plusieurs suzerains maures d’Espagne se succèdent et entretiennent avec les chrétiens des rapports tolérants. Si aujourd’hui peu de vestiges sont visibles, les apports culturels, techniques (en agriculture notamment) et architecturaux des Maures sont à l’origine d’un sursaut de l’archipel.

1077

Les îles demeurent terres musulmanes, mais pour la première fois depuis des siècles, elles deviennent un royaume indépendant. Entre 1113 et 1114, Ramon Berenguer, comte de Barcelone, très attiré par la situation géographique des Baléares, à la croisée des routes commerciales de la Méditerranée, s’allie à des corsaires de Pise pour occuper Palma. Traînant en longueur, la conquête laisse aux musulmans le temps de se réorganiser, et la tentative de reconquête échoue. L’archipel retrouve sa situation antérieure : la domination arabe.

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9 septembre 1229

Animé d’un véritable sentiment de mission divine et profitant des dissensions entre les différents suzerains arabes d’Espagne et des Baléares, Jacques Ier d’Aragon prend prétexte d’attaques permanentes des pirates arabes contre les bateaux de commerce pour tenter de chasser les musulmans des Baléares. En septembre 1229, il envoie une puissante flotte. Le 9 septembre, le jeune roi (21 ans) sort vainqueur du principal affrontement entre les deux armées. Les Maures se sont toutefois réfugiés à Medina Majorica, le nom arabe de Palma. Jacques Ier devra patienter trois mois. La ville tombe enfin entre ses mains et c’est le début du royaume de Majorque.

1276

Jusqu’à sa mort, en 1276, le souverain contribuera avec succès au développement de l’économie des Baléares. À sa mort, il lègue Majorque à son fils cadet, Jacques II, avec le titre de roi des Baléares, tandis que l’aîné obtient le royaume d’Aragon. Avec ce partage, les îles constituent alors un royaume indépendant pour la dernière fois de leur histoire. Il le reste jusqu’en 1343, malgré les pressions de la branche aragonaise de la famille pour récupérer les Baléares. Ces tensions atteignent un premier sommet lorsque Sanche, fils de Jacques II et sans héritier mâle, désigne son neveu, le futur Jacques III, pour lui succéder, alors que l’Aragon réclame l’archipel. Le conflit est évité grâce au soutien qu’apporte la France à Jacques III mais, à l’avènement de Pierre IV d’Aragon, le conflit rebondit, et le royaume de Majorque est délaissé par le roi de France, plongé en pleine guerre de Cent Ans.

1343

Après s’être assuré du soutien de la population locale par la promesse de maintenir tous ses privilèges, Pierre IV s’empare du royaume de Majorque en écrasant l’armée de Jacques III. Ce dernier devient de fait une partie du royaume d’Aragon, et donc de la Couronne d'Espagne, et perd donc son indépendance. L’île y perdra dans le même temps beaucoup de son éclat. Assujetties à des impôts nouveaux, concurrencées par les promesses du Nouveau Monde fraîchement découvert, les Baléares ne sont plus l’enjeu des routes maritimes qu’elles ont été pendant des siècles. Pire, comme au temps des premières incursions arabes, la piraterie dévaste à nouveau l’archipel. Sans défense et trop dispersés, les habitants de Formentera sont même contraints de se réfugier à Ibiza. Leur île sera désertée jusqu’au XVIIe siècle, lorsqu’un réseau de tours de garde (encore bien visibles aujourd’hui) en assurera enfin la protection.

1713

La guerre de Succession d’Espagne oppose les Habsbourg et les Bourbons de 1701 à 1716. Philippe V sort vainqueur, mais les Anglais, bien que dans le camp des Habsbourg vaincus, conservent Minorque. Les Français, sous le commandement de Richelieu, viendront les en déloger en 1756. Finalement, à l’issue de la guerre de Sept Ans, la France rend le Canada, l’Inde et Minorque aux Anglais.

1802

L’Espagne ne regagne la souveraineté de Minorque qu’en 1802 par le traité d’Amiens qui rendra les Baléares à l'Espagne.

XIXe siècle

Le XIXe siècle est marqué par le développement agricole, industriel et urbain. Majorque, qui connaît sécheresse et famine, se voit dotée d'un chemin de fer, tandis que les cultures de l'amandier et de la vigne sont introduites à Ibiza et Majorque. En 1837, pour la première fois, est mise en service une ligne régulière entre la péninsule et l’archipel. Parallèlement, c'est aussi une période où la misère poussa de nombreux îliens à l'émigration. D'importants travaux dans le port d'Ibiza à la fin de ce siècle vont par ailleurs favoriser le développement des communications maritimes.

Archiduc Louis Salvador (1847, Florence-1915, Brandysnad Laben /Bohême)

Archiduc d’Autriche, il fut aussi un grand humaniste qui fit le tour du monde pour toujours revenir à Majorque où il jouissait de nombreuses possessions. Ardent défenseur des beautés naturelles et du patrimoine des îles Baléares, il écrivit plusieurs ouvrages, dont le plus fameux, Les Baléares, dans lequel il décrit les îles en mots et en images. Il reçut d’ailleurs la médaille d’or pour cet ouvrage lors de l’Exposition universelle à Paris en 1878. Die Balearen geschildert in Wort und Bild (Les Baléares, description par le texte et l’image) est toujours aujourd’hui une source d’informations précieuse sur tous les aspects des Baléares : histoire, géographie, faune et flore, coutumes… L’œuvre est d’ailleurs considérée comme la première étude globale de l’archipel. C’est aussi grâce à lui et à son travail de recherche que les Baléares ont pu se faire connaître ailleurs en Europe. Il invita de nombreuses personnalités politiques et intellectuelles (sa cousine Sissi, son ami Jules Verne…) à venir les découvrir. Son investissement auprès des îles, surtout de Majorque, était si important que déjà en 1909, le Fomento de Turismo (organe régissant le développement touristique) le nomma Président d’Honneur. L’écrivain français Jean-Louis Sarthou a écrit un livre (publié en 2013, éditions du Vieux Caroubier) sur cette figure emblématique qu’est l’Archiduc Louis-Salvador d’Autriche. Dans son livre L’archiduc sans frontière, Sarthou raconte comme Majorque devint le lieu idéal pour cet homme en quête d’épanouissement, l’endroit propice où promouvoir un tourisme social et équitable. Une lecture à conseiller.

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1936

Au début du XXe siècle, Majorque se signale par un embryon d’industrie. Pendant la guerre civile, entre 1936 et 1939, les militaires présents à Majorque et à Ibiza se rallient presque immédiatement au général Franco, seule Minorque reste fidèle aux républicains jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

1963

Après des années de semi-autarcie, le gouvernement espagnol accélère le processus d’ouverture et les premiers touristes arrivent. Ibiza devient La Mecque des hippies. Enchantés et émerveillés, ces pionniers sont suivis de millions de visiteurs. Les années 1970 sont marquées par une véritable vague de touristes venus du nord de l’Europe – d’Allemagne tout particulièrement – qui prennent possession du littoral Baléares et des pittoresques villages de montagne. Cette invasion touristique transforme l’île et affecte une population dont une bonne partie conserve, contre vents et marées, les us et coutumes et un mode de vie d’un passé pas si lointain.

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1983

Au début des années 1980, les îles connaissent une véritable révolution avec l’accession à l’autonomie et la création d’un gouvernement autonome des Baléares le 25 février 1983. Un parlement baléare voit le jour. Régulièrement, depuis cette date, les électeurs baléares sont appelés aux urnes pour élire leurs députés. Un gouvernement est constitué, avec à sa tête un président : Gabriel Canella Fons.

Gabriel Cañellas i Fons (1941-)

Gabriel Cañellas i Fons fut le premier président de la Communauté autonome des Baléares, et ce jusqu’en 1995. Après de multiples réélections à ce poste (1987, 1991 et 1995), il est contraint de démissionner. L'année 1995 reste en effet une date noire dans l’histoire des Baléares, avec la découverte d’un énorme scandale de corruption (affaires Calvià et Sòller) qui jette l’opprobre sur la classe politique tout entière. Le 15 juillet, il remet sa démission et Cristòfol Soler lui succède.

1996

Démission de Cristòfol Soler et nomination de Jaume Matas Palau.

Juin 1999

Élections européennes et municipales ; élections de la nouvelle équipe du gouvernement autonome des Baléares avec coalition anti Parti populaire de tous les partis politiques ; nouveau président : Francesc Antich, du Parti socialiste des îles Baléares, qui arrive en tête des élections du Parlement régional des Baléares.

2000

Les murailles de la ville d’Ibiza (Dalt Vila) deviennent Patrimoine mondial de l’Unesco. Au mois de mai, une fête dite médiévale se tient dans l’enceinte de la vieille ville d’Ibiza pour célébrer cet événement.

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Mai 2003

Lors des élections régionales, le Parti populaire, gouverné par Jaume Matas Palau, a gardé la préférence des habitants de l’archipel en remportant la majorité des sièges à l’Assemblée.

Mai 2007

Lors des élections parlementaires, Jaume Matas Palau se présente une nouvelle fois aux élections et, si le Parti populaire (PP) reste de loin le premier parti en nombre de voix avec 46 %, il perd toutefois sa majorité absolue. Son adversaire, le socialiste Francesc Antich i Oliver, gagne la présidence en passant une alliance avec les partis régionalistes et forme un gouvernement de centre-gauche.

2008

Comme le reste de l'Espagne, les îles Baléares sont touchées par la crise financière et l'effondrement du secteur de la construction.

2010

Le scandale « Palma Arena » oblige Francesc Antich i Oliver à se séparer d'Unió Mallorquina, dont certains dirigeants sont impliqués dans cette affaire de corruption, pour gouverner seul sans la majorité.

2011

La droite est de retour au pouvoir lors des élections du 18 juin, avec une majorité écrasante. José Ramón Bauzà Díaz (PP) est le nouveau président du gouvernement des îles Baléares et doit affronter le problème du chômage. La même année, Iñaki Urdangarin – gendre du roi d'Espagne – fait l'objet d'une enquête dans le cadre de l'affaire Babel, dérivée de l'affaire Palma Arena. Il est mis en examen en 2012 pour détournement de fonds publics.

2013

En parallèle, la crise s’intensifie dans toute l’Espagne et particulièrement aux Baléares, où le taux de chômage atteint 28,5 % au printemps 2013. L’arrivée de l’été marque une courte période de répit, et le chômage descend à 22,5 % grâce aux emplois saisonniers. On est malheureusement loin des chiffres du début des années 2000, lorsque les Baléares connaissaient le plein emploi pendant la saison touristique. À l’automne, un profond malaise social vient se greffer au problème de la crise : la réforme du système éducatif, mise en place par le gouvernement de José Ramón Bauzá, menace l’usage du catalan dans les écoles des Baléares au profit de l’anglais.

2014

En septembre 2014, la Cour suprême des Baléares annule cette réforme du système éducatif, la jugeant non valide, du fait que l'Université des îles Baléares, organe compétent, n'a pas été consultée dans cette prise de décision. Suite à cela, la ministre de l'Éducation Juana Maria Camps est destituée de ses fonctions et remplacée par la porte-parole du gouvernement, Nuria Riera. Ces événements ont donné suite à de nombreuses manifestations anti Bauzá réclamant sa démission.

2015

Lors des élections, le pouvoir change de nouveau de main et revient aux socialistes. Francina Armengol devient la nouvelle présidente du gouvernement.

Juillet 2016

Le gouvernement des Baléares instaure une taxe touristique sur les hébergements afin de pouvoir financer le développement des infrastructures touristiques et à la préservation des espaces naturels de l’archipel. Le tourisme, véritable moteur économique, connaît en effet un boom sans précédent depuis le début du nouveau millénaire, représentant plus de 45 % du PIB des Baléares. Mais parallèlement, les inégalités demeurent, puisque près de 20 % de la population des Baléares continue de vivre sous le seuil de pauvreté. La place occupée par le tourisme dans l’économie locale entraîne également une forte dépendance à l’activité saisonnière. Certes, le tourisme de masse remplit les caisses de l’État et fait gonfler l’économie nationale, mais on aurait tort de sous-estimer ses lourdes conséquences sur l’environnement et la qualité de vie.

Juillet 2017

Le parlement des Baléares vote une loi interdisant les corridas avec mise à mort.

2 juin 2018

Pedro Sánchez, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), devient le président du gouvernement d'Espagne. Il succède à Mariano Rajoy, qui a démissionné suite à l'adoption d'une motion de censure.

Février 2019

Le gouvernement des Baléares vote une loi fixant à zéro l'objectif d'émission de CO2 d'ici 2050.

2020

La pandémie de Covid19 n'épargne pas les Baléares, provoquant, en effet secondaire, la chute brutale du tourisme dans les îles à l'été 2020.