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Christianisme et célébrations traditionnelles

La plupart des Espagnols sont catholiques, au moins de tradition si ce n’est de confession, et pour ce qui est de la religion, les habitants des Baléares se comportent à peu près de la même manière que les péninsulaires. Les mœurs évoluent toutefois, et les bancs des églises sont de plus en plus vides, notamment lors des messes dominicales. De fait, un bon quart des Espagnols se déclarent athées et les occasions de se rendre à l’église se résument aux moments de célébrations, qui à bien des égards sont plus des rassemblements sociaux que réellement religieux, que sont mariages, enterrements et baptêmes. Le catholicisme continue toutefois de jouer un rôle déterminant dans le déroulement de l’année. En effet, en plus des nombreux jours fériés à caractère religieux rythmant le calendrier, la Fiesta de los Reyes de Oriente (fête des rois, début janvier) ou la Semana Santa (semaine de Pâques) sont des moments d’authentique ferveur religieuse. À Palma de Majorque en particulier, les processions pascales sont impressionnantes ! Les villes et villages de l’archipel célèbrent également chaque année en grande pompe leurs fêtes patronales : ce sont des moments importants où petits et grands se rencontrent dans l’espace public et rendent hommage dans un esprit de fête bon enfant au saint patron de leur localité.

Ainsi, on célèbre Sant Sebastian en allumant des brasiers aux quatre coins de Palma le 20 janvier ; on rend grâce à la Vierge del Carme, protectrice des marins-pêcheurs, dans tous les ports des Baléares le 16 juillet, et même en mer ; Formentera louange Sant Jaume, protecteur de l’île, le 25 juillet ; la ville d’Eivissa est prise d’hystérie le 5 août pour célébrer Santa Maria de la Nieves, sainte patronne de la ville, puis à nouveau trois jours plus tard autour de la figure de San Ciriaco, patron de l’île ; le 9 septembre, c’est à Mare de Déu de la Gràcia que l’on rend honneur à Mahón (Minorque) par d’incroyables spectacles équestres. À ces célébrations religieuses se mêlent des fêtes païennes plus anciennes, incorporées ensuite dans le catholicisme, à l’image de la fête de Sa Pobla (Majorque) où apparaît dans les rues du village, le jour de la Sant Antoni (16 janvier), un personnage central du folklore majorquin : el dimoni, diable espiègle prenant en chasse les plus timorés, dansant et buvant dans un esprit farceur (à ne pas confondre avec les correfocs, diablotins munis d’un appareillage pyrotechnique qui n’apparaissent qu’au XXe siècle). La Nit de Sant Joan, le 24 juin, est une autre grande fête païenne, glorifiant l’arrivée de l’été. Notons par ailleurs, du fait de l’arrivée de nombreux ressortissants de pays étranger, la pratique d’autres religions comme l’islam ou le protestantisme qui, bien que minoritaires, ont également leurs adeptes et leurs propres lieux de culte dans les îles. Enfin, quelques sectes se trouvent implantées dans l’archipel, tels les témoins de Jéhovah, les bahaïs ou encore l’église mormone.

Cultures préchrétiennes

Mais les îles Baléares, avant l'arrivée de la chrétienté, ont été habitées par diverses civilisations possédant leurs propres systèmes de croyances qui ont laissé derrière eux quelques vestiges : les nécropoles et leurs milliers de sépultures datant de l'époque phénicienne-archaïque (VIIe siècle av. J.-C.) telles que celle de Puig des Molins (Ibiza) ou de Punta dels Fenicis (Majorque) d'où les archéologues ont pu extraire divers objets liés à des rites funéraires, mais aussi les mystérieux monuments mégalithes datant de l'ère talayotique (IIe siècle av. J.-C.) qui émaillent le territoire de Minorque et dont on ignore toujours le sens.

Concernant les amulettes des sépultures puniques (civilisation carthaginoise), pièces d'os taillés ou colliers de perles et de cloches de bronze à la typologie clairement égyptienne, la plupart ayant été retrouvées dans des tombes d'enfants, l'hypothèse la plus vraisemblable consiste à affirmer qu'il s'agissait de fétiches censés protéger les plus jeunes, et donc les plus faibles, des maladies. De l'époque punique nous vient également la figure de Tanit, déesse d’Ibiza. Son culte, qui dura plusieurs siècles sur l'île, exigeait des sacrifices humains. Diodore de Sicile évoque notamment des sacrifices d’enfants (on a d’ailleurs retrouvé des urnes contenant des ossements d’enfants, mélangés à des ossements d’animaux). On a jadis parlé aussi d’Ibiza comme d’un centre de plaisir ou de prostitution sacrée, voué au culte de Tanit : c’était il y a vingt-cinq siècles, si l’on en croit les figurines de terre cuite à caractère sexuel. Tout ceci reste cependant toujours très incertain.

À Minorque, l'héritage des anciens prend la forme d'une époustouflante collection de constructions mégalithes vraisemblablement érigées il y a plus de 2 000 ans. Si l'on en dénombre plus de 1 600 sur l'ensemble de l'île, le rôle que remplissait ces navetes – empilements de pierres effectués sans ciment ni mortier – reste aux yeux des historiens et archéologues toujours très mystérieux. Les ossements humains découverts dans la chambre funéraire de la Naveta d'Es Tudons (la plus grande et la mieux conservée de l'île, située dans la partie occidentale de Minorque, à quelques kilomètres de Ciutadella), mais aussi dans d'autres zones de l'île laissent à penser qu'il s'agissait de monuments funéraires. Mais les édifices résistant le plus à toute interprétation demeurent les taules, des structures colossales faites d'un pilier vertical chapeauté d'une immense pierre disposée horizontalement en forme de « T » qu'on ne trouve qu'à Minorque (une trentaine en tout). Sont-ils les piédestaux d'antiques espaces de sacrifices consacrés, les vestiges de soubassement de constructions plus imposantes... Aucune explication définitive n'a à ce jour pu être avancée. La quantité et la bonne conservation de ces monuments sont telles qu'en 2019, l'île se portait, en tant que Menorca Talaiòtica, candidate pour recevoir le label UNESCO.

Quelques légendes d'Ibiza

La légende des fameliars. Selon la légende, il existerait du côté de Santa Eulària des petits êtres particulièrement laids doués d’une force de travail absolument stupéfiante : les fameliars. Pour en capturer un, il faut se rendre sous le Vieux Pont de Santa Eulària, équipé d’une bouteille noire dans laquelle on aura préalablement versé un peu d’eau bénite, puis cueillir une fleur scintillante qui n’apparaît qu’en ce lieu la nuit précédant la fête de la Saint-Jean, pour l’introduire dans le récipient. Quelque temps plus tard, un fameliar y naît. Le propriétaire peut le libérer à volonté en s’assurant de pouvoir assouvir l’appétit féroce de ce petit être devenu son serviteur, à savoir, lui fournir en colossales quantités du travail ou de la nourriture. Car, à peine sorti de la bouteille, le fameliar réclame bestialement « Feina o menjar ! » (« travail ou nourriture ! ») et ne se calme qu’une fois l’une de ses deux requêtes satisfaites. Dans le cas où le maître du fameliar se trouve dans l’incapacité de lui procurer une quantité de nourriture à hauteur de son appétit ou bien une masse de travail à la hauteur de sa force, le fameliar dévore l’intégralité du garde-manger. L’unique solution pour éviter une telle calamité serait de demander au petit être d’accomplir une tâche impossible... Le long de la rivière de Santa Eulària serpente un petit chemin le long duquel on pourra croiser quelques fameliars… statufiés !

Es Vedrà et ses légendes. La région sud-ouest d’Ibiza a toujours été féconde en mythes et légendes : on y rendit un culte à la déesse Tanit, on y chercha les sirènes de la cité engloutie de l’Atlantide, mais aussi, avec l’arrivée de la new wave, des ovnis, dans les profondeurs marines. Si la science a tendance à réfuter toutes ces hypothèses, l’expérience vécue par un moine quelque peu anticonformiste de l’ordre du Carmel sur l’îlot d’Es Vedrà en 1864, est, elle, tout ce qu’il y a de plus historique. Francisco Palau (1811-1872), élément devenu gênant pour l’Église en raison de ses idées peu conventionnelles, fut envoyé à Ibiza en 1854 par les autorités ecclésiastiques, où il fit un ermitage dans une grotte du côté d’Es Cubells. Début 1864, il est décidé à s’investir à nouveau dans la vie de la cité, avec comme objectif d’exorciser les paysans impies de l’île. Bientôt las de sermonner le tout-venant et aidé par un ami pêcheur, il se retire dans une grotte d’Es Vedrà, s’adonnant pleinement à la méditation. C’est alors que lui vient une série d’intenses révélations nocturnes qu’il compilera plus tard dans un recueil mêlant le thème de l’auto transformation extatique à un symbolisme lié au jardinage, activité que les habitants de l’île portent en haute estime. Francisco Palau devint alors une figure importante de l’île et son premier ermitage d’Es Cubells se convertit en un important lieu de pèlerinage. Le moine sera béatifié en 1988.

Le Bouddha d’Atlantis. À une centaine de mètres au-dessus des piscines naturelles du lieu-dit Atlantis, partiellement dissimulé derrière des branches de genévriers, on trouve l’un des trésors cachés d’Ibiza : une immense peinture circulaire imprimée à même la roche représentant un bouddha. La rumeur dit qu’elle aurait été réalisée par un vétéran du Vietnam d’origine japonaise, à en juger par la date qui accompagne le dessin, 1979, écrite en idéogrammes nippons. Il s’agit en réalité d’un Bodhisattva de la compassion aux multiples bras qui devint dans les années 1980 un symbole de l’île. En 2011 toutefois, l’œuvre a été vandalisée à grands coups de bombes de peinture, que des admirateurs du bouddha ont par la suite minutieusement reproduite. Aujourd’hui encore, le lieu est un sanctuaire pour qui cherche la paix et il n’est pas rare d’y croiser des apprentis méditant en position du lotus. Il n’en reste pas moins que le mystère demeure autour de l’auteur du bouddha d’Atlantis. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il se nommait Mabo et qu’il avait quelque chose à voir avec l’île de Kyushu.