Guide du Sénégal : Histoire

<p>Île de Gorée, gravure retraçant la traite des esclaves.</p>

Île de Gorée, gravure retraçant la traite des esclaves.

Loin de toute exactitude, les prémices connues du passé sénégalais s'esquissent en pointillés. Le timide Sénégal apparaît surtout en périphérie des grands empires de l'Afrique de l'Ouest, mille fois détruits, renaissant de leurs cendres, et dont les restes constituent de grands repères archéologiques. Quant aux motivations, à l'organisation de la vie, elles sont puisées dans les mélopées des griots, quitte à être retouchées des témoignages de voyageurs illustres. Résultat : l'histoire oscille entre mythes et vérités. En un sens, cette robe de subjectivité confère une apparence plus réelle qu'une simple datation au carbone 14. Les légendes et réappropriations du passé ne sont-elles pas un excellent reflet des identités contemporaines ? Les premières empreintes de cette histoire remontent généralement au XVIIe siècle ; la chanson des griots des plus grandes familles l'y associe alors au destin du fastueux empire du Ghana.

Quatre grandes zones de fouilles archéologiques

La zone de l'aire mégalithique vers Nioro du Rip et la frontière avec la Gambie. C'est dans cette zone que s'inscrit Sine-Ngayène et Wanar mais qui comprend aussi Tikene Boussara, proche de Koumpentoum, et Saré Diouldé. Des tessons de poterie et des restes humains ont été trouvés sur un espace de plus de 300 km de long et 100 km de large, mettant en évidence une civilisation qui daterait du premier millénaire.

La zone des amas coquilliers du Saloum, avec ses tumuli funéraires (Diorom Boumak, près de Toubacouta).

Un secteur dans le nord et le nord-est du pays. A l'ouest du lac de Guiers en direction de la Gambie, 6 000 tumuli au total, des restes humains et de parures révèlent d'anciennes cultures mauritaniennes du VIIIe siècle (Ndalane).

Enfin, la zone de Toggere où des vestiges datant de 450 à 1050 apr. J.-C. attestent d'un ancien foyer de civilisation dans la moyenne vallée du Sénégal : le royaume du Tékrour.

Pays Tekrour et empire du Ghana

Dans son inventaire de l'Oekoumène (le monde connu), le voyageur géographe Al-Bakri donne un premier panorama du pays tekrour (nord du Sénégal actuel). La Notice des pays noirs dépeint en 1068 un royaume centré sur Podor et peuplé de Noirs de haute stature, vivant d'autant mieux d'agriculture et d'élevage que le climat y était alors plus humide qu'aujourd'hui. Il n'est pas absolument certain que le Tekrour ait été englobé dans l'empire du Ghana qui, depuis le IIIsiècle, règne entre les vallées du Niger et du Sénégal, mais tout porte à croire qu'au terme de la dynastie Tounkara (Xe siècle), les Ghanéens aient fait valoir leur suzeraineté sur ce royaume. Al-Bakri témoigne aussi d'un peuple du Tekrour en partie islamisé par des arrivants berbères, les Almoravides, et dont le roi converti se distingue nettement d'avec l'empire du Ghana, animiste, qu'il s'apprête à affronter militairement. Difficile de savoir qui étaient les habitants du royaume de Ghana. Sa capitale rasée, et l'empire détruit, il est possible que les Sarakholé et Socé se soient déplacés en particulier vers le fleuve Sénégal où vivent encore leurs descendants, à moins qu'ils n'aient été attirés plus tard par le royaume mandingue. Le Tekrour voit ses populations se disperser de façon plus certaine : les arrivants berbères, graines d'intégristes dans la religion de toutes les tolérances, ont tenté de convertir les autres peuples par la force, détruisant l'équilibre de coexistence entre Peuls et ancêtres des Wolofs et des Sérères (communs d'après l'historien sénégalais cheikh Anta Diop, qui se base sur les similitudes de leurs langues actuelles). D'une part, de cette scission émergent les Toucouleurs, Peuls convertis, qui partent à l'assaut du Ghana (le nom de Toucouleur dérive certainement de la déformation de l'appellation donnée aux habitants du Tekrour ou de sa nouvelle capitale, Tokotor). D'autre part, alors que les Peuls islamisés se sédentarisent totalement, une seconde partie entretient sa tradition d'animisme et de nomadisme. Les Wolofs, enfin, quittent le Tekrour pour une région plus au sud, qui plus tard deviendra le royaume Djolof, avec ses états vassaux, Walo (nord-est du Sénégal), Cayor (entre les fleuves Sénégal et Saloum) et Baol (centre), tandis que les Sérères s'établissent au sud du Baol, formant les royaumes du Sine et du Saloum, dans les environs des actuelles régions de Fatick et Kaolack.

Chronologie

Le temps des empires

Du IIe au XIe siècle > Naissance, rayonnement (l'empire incluait tout le Sénégal actuel) puis déclin de l'empire du Ghana.

IXe siècle> Naissance vers 800 de l'empire du Tekrour lors de la décadence de l'empire du Ghana.

1080 > Les Almoravides (une confrérie de moines guerriers d'origine berbère qui domina le Maghreb et l'Andalousie de 1061 à 1147) entreprennent l'islamisation du Sénégal.

XIIIe siècle > Dans la partie centrale du Sénégal actuel naît l'empire du Djolof.

XIIIe et XIVe siècles> Naissance de l'empire du Mali, s'étendant notamment à l'actuel Sénégal oriental.

Le temps des colonies

XVe siècle> Arrivée des premiers colons (les Portugais). Premiers comptoirs à Rufisque, à Gorée et à Joal.

XVIe siècle> L'esclavage, organisé par les Portugais, débute. Les colons hollandais s'installent sur l'île de Gorée.

De 1626 à 1659 > La France colonise le site de la future ville de Saint-Louis.

30 mai 1814 > Traité de Paris signé entre Hollandais, Britanniques et Français. Le Sénégal est attribué à la France.

27 avril 1848> Abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises.

1854> Naissance de cheikh Ahmadou Bamba, dit Serigne Touba.

De 1854 à 1865 > Louis Faidherbe est gouverneur de la colonie.

25 mai 1857> Fondation de Dakar, à l'emplacement d'un village de pêcheurs, par le lieutenant-colonel du génie, Emile Pinet-Laprade, commandant en chef de la colonne expéditionnaire, sous le contrôle de Louis Faidherbe.

1885> Inauguration du chemin de fer Dakar-Saint-Louis (long de 264 km).

1883 > Fondation du mouridisme par cheikh Ahmadou Bamba. Début de sa persécution par le pouvoir colonial.

26 octobre 1886> Mort de Lat Dior Diop, le damel (roi) du Cayor, opposé à l'annexion de son royaume par les colons, dans une bataille livrée aux troupes de Faidherbe.

1895> Création de l'Afrique occidentale française (AOF), regroupant les territoires sous domination française.

Août 1895> Emprisonnement de cheikh Ahmadou Bamba à Saint-Louis, puis déportation au Gabon.

1902> Dakar devient capitale de l'AOF, en remplacement de Saint-Louis.

19 juin 1903 > Après s'être constitué prisonnier le 14 juin, cheikh Ahmadou Bamba est envoyé en résidence obligatoire à Saout el-Ma, en Mauritanie.

1916 > Les habitants des Quatre Communes (Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis) reçoivent la citoyenneté française. Envoi des premiers élus à la Chambre des députés.

27 juillet 1927 > Mort de cheikh Ahmadou Bamba.

25 septembre 1940 > Bombardement de Dakar par les Anglais. Malgré cette offensive, le général Boison refuse de se rallier au général de Gaulle. Échec de la tentative de débarquement de ce dernier.

Le Sénégal indépendant

1946> Création de l'Union française.

1956 > Loi-cadre créant les huit Etats autonomes en AOF (y compris le Sénégal).

1958 > Dakar devient la capitale du Sénégal à la place de Saint-Louis.

4 avril 1960> Le Sénégal accède à son indépendance au sein de la Fédération du Mali.

20 août 1960 > Éclatement de la Fédération du Mali.

5 septembre 1960 > Léopold Sédar Senghor est élu Président de la République sénégalaise. Il entame un mandat de sept ans.

18 décembre 1962 > Accusé d'avoir porté atteinte aux droits du Parlement, le Premier Ministre, Mamadou Dia est arrêté ; Léopold Sédar Senghor exerce alors l'ensemble du pouvoir exécutif.

3 mars 1963> Approbation par référendum de la nouvelle Constitution qui institue un régime présidentiel.

26 février 1970> Création d'un poste de Premier Ministre. Le président Senghor nomme Abdou Diouf à ce poste.

Mars 1976> L'Assemblée nationale adopte une loi d'amnistie de tous les prisonniers politiques et entérine le multipartisme.

26 février 1978> Réélection à la présidence de la République de Léopold Sédar Senghor. Pour la première fois, il doit affronter un candidat de l'opposition.

31 décembre 1980 > Léopold Sédar Senghor quitte le pouvoir et laisse sa place à son Premier ministre Abdou Diouf.

14 novembre 1981> Création de la Confédération de Sénégambie.

1er février 1982> Naissance officielle de la confédération de Sénégambie.

Décembre 1982 > Premiers affrontements en Casamance avec le déclenchement d'une rébellion indépendantiste armée.

Vers la transition démocratique

27 février 1983> Abdou Diouf est confirmé dans ses fonctions de président par un scrutin au suffrage universel.

29 avril 1983> L'Assemblée nationale adopte une réforme constitutionnelle supprimant la fonction de Premier ministre.

Mai 1983 > Léopold Sédar Senghor est élu à l'Académie française.

Février 1988 > Contexte économique et social de crise. Le Président Abdou Diouf est reconduit dans ses fonctions (73 % des voix). L'opposition conteste les résultats. Affrontements. Proclamation de l'état d'urgence. Le chef de file de l'opposition, Abdoulaye Wade, accusé de violences pendant les élections, est arrêté et condamné à un an de prison.

1989> La Confédération de la Sénégambie est dissoute. A la suite du pillage des boutiques tenues par des Mauritaniens au Sénégal, environ 200 Sénégalais sont massacrés à Nouakchott et à Nouadhibou, dans le nord de la Mauritanie. Le couvre-feu est instauré.

Mars 1991 > L'Assemblée nationale approuve la participation au gouvernement des partis d'opposition.

1994> Dévaluation du FCFA de 50 %. Cette décision provoque une tension sociale. Celle-ci donne lieu à de violentes manifestations à Dakar qui conduisent à l'arrestation de l'opposant Abdoulaye Wade (relâché en mai).

Alternance pacifique

Mars 2000 > Le Président sortant, Abdou Diouf, est battu au deuxième tour de l'élection présidentielle par Abdoulaye Wade (qui l'emporte avec 58,49 % des voix).

Janvier 2001 > Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Mars : pour la première fois dans le pays, une femme est nommée Premier Ministre. Mame Madior Boye, qui était ministre de la Justice, remplace Moustapha Niasse à la tête du gouvernement.

Avril 2001> Elections législatives. Le parti au pouvoir et ses alliés remportent 89 sièges sur les 120 de l'Assemblée nationale.

Décembre 2001> Décès du Président-poète Léopold Sédar Senghor en Normandie, en France, où il résidait.

Septembre 2002> Le ferry Le Joola, qui assurait la liaison entre Ziguinchor, en Casamance (sud), et Dakar, fait naufrage au large de la Gambie, faisant près de 1 900 morts selon les autorités, plus de 2 000 selon des familles de victimes. Seuls 64 survivants ont été retrouvés.

30 décembre 2004> Accord de paix signé entre le gouvernement sénégalais et les rebelles casamançais du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

25 février 2007> Election présidentielle remportée au premier tour par le chef de l'Etat sortant, Abdoulaye Wade.

3 juin 2007> Elections législatives, boycottées par la majorité de l'opposition politique, remportées par la coalition du parti au pouvoir (Coalition Sopi). Ces élections permettent l'installation d'une Assemblée nationale élargie, qui est passée de 120 à 150 députés.

19 août 2007 > Elections sénatoriales. 35 sièges, dont 34 pour le PDS, sont pourvus par les grands électeurs (députés et élus locaux) sur les 100 du Sénat.

22 mars 2009 > Elections municipales marquées par une victoire de la coalition d'opposition, Benno Siggil Senegaal (" S'unir pour un Sénégal debout ", en wolof), dans les principales municipalités du Sénégal, dont Dakar, Kaolack ou Thiès. La coalition au pouvoir, Coalition Sopi, l'a emporté dans des villes comme Tambacounda, Kolda ou Ziguinchor.

4 avril 2010> Célébration du 50e anniversaire de l'indépendance sénégalaise.

23 juin 2011> De violentes manifestations ont lieu dans tout le pays contre un projet de réforme constitutionnelle visant à l'élection simultanée, au suffrage universel direct, d'un Président et d'un vice-Président. Le gouvernement retire finalement le projet de loi dans la soirée.

S'ensuit le " Mouvement du 23 juin ", regroupement de partis de l'opposition et de la société civile, qui manifestera sans relâche, une fois par mois au minimum, jusqu'aux élections. Objectif : invalider la (3e) candidature annoncée de Me Abdoulaye Wade et mettre tous les moyens en oeuvre pour que la présidentielle 2012 se déroule dans la transparence

30 janvier 2012> La validation de la candidature d'Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel et l'invalidation de celle de Youssou N'Dour marquent le début d'une campagne électorale émaillée de violence et d'incidents. Au bord de la rupture, la population s'en remet pourtant au pouvoir des urnes, menée par la coalition d'opposition.

25 mars 2012 > Le Président sortant Abdoulaye Wade est battu au second tour de l'élection présidentielle par Macky Sall, qui l'emporte avec 65,80 % des voix.

1er juillet 2012> Elections législatives : la coalition du président Macky Sall, Benno Bokk Yakaar, remporte 119 sièges sur les 150 que compte l'Assemblée nationale. Une assise confortable pour espérer bien gouverner.

Septembre 2013> Aminata Touré est nommée Premier Ministre.

Juillet 2014> Mahammed Boun Abdallah Dionne la remplace au poste de Premier Ministre.

20 mars 2016> Référendum : le président Macky Sall fait appel au peuple pour voter pour ou contre une révision constitutionnelle. Les points soumis sont, entre autres, le rétablissement du quinquennat présidentiel, une réforme du conseil constitutionnel, le droit aux candidats indépendants de se présenter aux élections. Le " oui " l'emporte avec 62,7 % des voix.

30 juillet 2017 > Elections législatives. La coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar remporte majoritairement les élections avec 125 des 165 sièges de l'Assemblée Nationale, et 49,48% des suffrages exprimés. Les partis de l'opposition dénoncent une " mascarade électorale " à cause d'une polémique sur l'organisation du scrutin. Le parti de l'ancien Président Abdoulaye Wade, qui remporte 19 sièges, annonce vouloir boycotter les élections présidentielles en 2019.

24 février 2019 > Premier tour des élections présidentielles. Le Président Macky Sall mettra en jeu son premier mandat contre de nombreux concurrents. Exilé au Qatar depuis 2016, Karim Wade a déjà fait part de son intention de battre le Président sortant.

Le royaume Djolof et les empires maliens et Songhaï

Un peu avant la moitié du XIIIe siècle, le musulman Ndiadiane Ndiaye s'empare du pouvoir dans la région du Walo. Une fable le présente comme un descendant d'un chef almoravide qui émerge de l'océan pour régler un contentieux entre pêcheurs. D'abord pris pour un djinn (génie), il est ensuite célébré comme celui qui a été choisi pour unifier les Wolofs et les gouverner. D'où sa réputation de fondateur du royaume du Djolof (on rencontre aussi les orthographes Diolof, Djoloff et Dyolof). Etendant son royaume, Ndiadiane Ndiaye régit un véritable empire, qui, en plus du Walo, englobe le Cayor, le Baol, le Sine-Saloum, le Dimar (nord, à la limite du Fouta) et une partie du Bambouk (à cheval entre le nord-est du Sénégal et l'ouest du Mali), laissant libre le Tekrour. Cet Etat, qui voit sa hiérarchie régulée en des codes précis, incarne vraisemblablement la pierre angulaire de l'identité wolof, le principal groupe ethnique du pays actuel.

Le rayonnement du royaume Djolof est toutefois ombragé par celui du tout-puissant empire du Mali (ou empire mandingue), sous la férule duquel il tombera régulièrement pendant les siècles suivants.

Les griots chantent les Malinkés, habitants du Mandé (région mandingue), comme originaires d'Arabie. Selon la légende, le dernier descendant de la dynastie Keïta, Soundiata (ou Soundjata), aurait échappé de justesse au massacre des fils du roi mandingue ordonné par Soumangourou Kanté, souverain du royaume de Sosso (vers l'actuelle région malienne de Koulikoro). Animé par une soif de légitimité et de vengeance, Soundiata Keïta aurait par la suite levé une armée lui permettant de rentrer vainqueur dans l'ancienne capitale mandingue, puis Soumangourou Kanté tué lors de combats, d'aplatir en 1234 l'armée ghanéenne, de razzier sa capitale et (dans la foulée) de jeter les bases du royaume du Mali.

Ses successeurs n'auront de cesse d'élargir la limite de ses frontières : il est dit qu'Abou Bakari II, atteignant les côtes de l'Atlantique, aurait décidé de conquérir... l'océan, s'embarquant sur une flotte de pirogues pour ne plus jamais revenir. En 1312, Kankou (ou Kankan) Moussa, reprenant le flambeau, mène l'Empire mandingue à son apogée. Il règne du nord du Sénégal à Agadès (Niger), de la Guinée au fin fond du grand désert. Kankou Moussa, en 1324, monte en épingle son " Hadj ", pèlerinage annuel à La Mecque dû par tout bon musulman, où il déploie un faste encore inégalé, au point que les cours de l'or (dont il aurait dépensé au moins deux tonnes) se seraient écroulés pendant deux années.

L'empire du Mali est le fer de lance de l'ouverture de la Méditerranée vers l'Afrique. Ses caravanes berbères arpentent les routes commerciales des oasis, troquant or, ivoire et plumes d'autruche contre sel, cotonnades et verroteries vénitiennes. Dans ses villes, de Djenné à Tombouctou, hauts lieux d'échanges culturels entre les mondes noir et islamique, coexistent musulmans et chrétiens, juifs et animistes.

Pantagruel et Panurge ne jugent-ils pas nécessaire d'y faire escale ? Pour les Européens, le Mali est la principale ressource en or avant la découverte des Amériques. Kankou Moussa entretient des relations avec le Capétien Philippe le Bel, dont la richesse est loin d'être à la hauteur de la sienne. Cet empire de deux siècles finit par péricliter. Quand l'empire Songhaï (ou songhoï ou sonraï) prend la relève avec Gao comme capitale (nord du Mali) et étend sa mainmise sur des parties du Niger et du Nigeria actuels, une partie des Mandingues à la dérive échoue en Gambie, en attendant de descendre vers la Casamance.

Entre-temps, enlisé dans des querelles de succession, le royaume du Djolof, globalement sous la coupe de l'empire Songhaï jusqu'au XVIe siècle, se scinde en plusieurs entités autonomes qui n'en conservent pas moins la même organisation.

Koly Tenguela : passage du Tekrour au Fouta-Toro

Quand la domination des Socés sur le Tekrour passe aux mains de l'Empire mandingue, les Peuls du Tekrour, restés nomades, se rapprochent des cercles du pouvoir grâce, dit-on, à la beauté de leurs femmes.

Koly (ou Coly) Tenguela est le maillon manquant qui les conduit vers les plus hautes sphères. Il serait en fait un prince malinké élevé par un guerrier peul du nom de Tenguela. Issu du Songhaï, Koly Tenguela razzie le Fouta-Djalon et, sur les conseils d'un lamane (propriétaire terrien) vaincu, s'attaque au Tekrour, s'appropriant les villes du fleuve qui tombent comme des mouches. Naît alors le royaume peul des Denianké, animistes, qui contrastent fortement avec leurs voisins musulmans.

Chamboulements de croyances

En parallèle avec l'Europe, le XVIe siècle s'illustrera aussi en Afrique de l'Ouest par ses guerres saintes. Koly Tenguela envahit le royaume du Djolof, dont il tue le souverain musulman. Il y rétablit un animisme qui n'y avait plus été en vigueur depuis une paire de siècles.

Comme par souci d'équilibre, les Malinkés, qui avaient dans un premier temps trouvé refuge en Gambie, poussent vers le sud et annexent la Casamance, qu'ils éclairent de la parole de Mahomet à coups de sabre.

Les comptoirs à hommes presque seuls

Le président-poète Léopold Sédar Senghor affirme que l'embouchure du Sénégal fut découverte par des marins dieppois dès le XIVe siècle.

Après quelques tentatives infructueuses près de la mer, Thomas Lambert finit par installer un comptoir au nom de la Compagnie normande, à 25 km de l'embouchure du delta en 1658.

Là, une longue bande de terre, la Langue de Barbarie, protège des déchaînements de l'océan.

Louis Callier donne au comptoir le nom de Saint-Louis, en hommage au Roi-Soleil. Inhabité, le territoire est concédé par le chef de Sor, dépendant de Sa Majesté le roi du Walo, qui permet aux Français de l'administrer comme ils l'entendent. Saint-Louis sera la base d'un commerce en amont du fleuve avec des rois que les Français n'impressionnent pas le moins du monde. A la différence d'une colonie, le comptoir appartient à la Compagnie et non à Louis XIV, qui intervient néanmoins par la concession du monopole royal du commerce. La vie n'y est pas des plus roses : climat difficile, alimentation nouvelle, les maladies se régalent de ces commerçants venus tenter leur fortune au bout du monde. Dans leurs premiers pas d'administration, les Français souffriront bien des tourments : incompétences, disparitions et invasions des Anglais, qui, en 1693, de 1758 à 1779, et de 1809 à 1817, occupent la place.

Heureusement, les marchands (ayant laissé femmes et enfants en sécurité en France) trouvent auprès des femmes sénégalaises une petite compensation : un ersatz de famille pendant la durée de leur séjour. Ces ménages, mariages temporaires contractés à l'occasion de voyages d'affaires, donnent naissance à une myriade de métis et donnent lieu au paiement de nombreuses dots et cadeaux de départ pour assurer la subsistance de ces familles d'un temps. L'argent est souvent investi dans une entreprise en vogue : la déportation d'esclaves. Au point que les femmes de ce groupe de sang-mêlé - les signares - enrichies deviennent plus tard les plus fervents détracteurs de la loi abolissant l'esclavage.

Le bois d'ébène

Dans leur période d'explorations mercantiles encouragée par Henri le Navigateur, il arrivait aux Portugais, à l'occasion, de ramener quelques esclaves, simples touches d'exotisme destinées à être exhibées à la cour.

Le commerce d'êtres humains s'amplifiait timidement et, pour peu que les affaires aient été directement traitées avec les souverains locaux, la pratique, faisant partie de la vie quotidienne, ne posait pas de problème d'éthique. Au contraire : les uns se débarrassaient de vassaux encombrants, tandis que les autres acquéraient une main-d'oeuvre bon marché contre des chevaux et des étoffes.

Tandis que jusqu'alors Portugais, Hollandais, Français et Anglais rivalisaient essentiellement dans le commerce de l'or, de l'ivoire et de la gomme, le XVIe siècle et la conquête du Nouveau Monde par les Espagnols, l'extermination des Indiens d'Amérique centrale, puis du sud, détournent les intérêts internationaux vers le " bois d'ébène ". Des quotas sont établis par le régent d'Espagne, en quête d'esclaves jeunes, forts et en âge de procréer.

L' " or " noir, dont le cours grimpera encore avec l'exploitation des grandes plantations d'Amérique du Nord, enrichira bien sûr les Européens, qui, dans un commerce triangulaire où les navires font toujours route avec des vents portants, en viennent à affréter des cargaisons inhumaines.

Plus de 500 esclaves par bateau sont régulièrement embarqués, avec des taux de mortalité atteignant plus de 60 %. Mais l'aubaine économique aimante aussi bon nombre d'Africains de différentes aristocraties et d'intermédiaires souvent métis, soucieux, eux aussi, de profiter de la manne miraculeuse. Au Sénégal, la traite des Noirs gravite essentiellement autour de Galam (près de Saint-Louis) et Gorée (au large de Dakar), mouillages sûrs le long d'une côte où l'océan est déchaîné. A chaque pays sa compagnie, ses comptoirs et ses commerçants, privilégiés ou presque. Car les hostilités entre Européens se multiplient, au même titre que les luttes intestines africaines que l'acquisition d'armes nouvelles (obtenues en échange d'esclaves) n'arrange pas.

Combien d'Africains ont-ils été ainsi transportés vers le Nouveau Monde ? Les statistiques donnent lieu à des controverses souvent violentes, mais des estimations modérées oscillent autour des dix millions d'âmes.

Dans son livre Sénégal (Editions Grandvaux), le Français Christian Saglio rapporte que " 27 233 expéditions négrières européennes [ont été organisées] entre 1596 et 1866. On estime que plus de onze millions de captifs furent déportés par ces traites transatlantiques dont plus du dixième ne survivait pas à la traversée de l'océan ".

Sénégauloiserie : Louis Faidherbe et El-Hadj Omar Tall

A partir de 1817, la France, qui reprend le Sénégal aux Anglais, tente d'y établir une colonie agricole produisant coton et indigo. Le projet agricole échoue et le pendule des intérêts rebalance du côté du commerce.

Mais les échanges avec l'amont du fleuve souffrent de taxes, les " coutumes ", imposées par les souverains, notamment les Trarza (tribus mauresques établies sur une rive du Sénégal), pour le passage sur leur territoire. La France en crise fait pression pour que renaisse la dynamique du comptoir. Louis Faidherbe sera le fer de lance de l'expansion territoriale, toujours justifiée par l'optimisation du commerce. Il combat les Trarza, qu'il met en déroute, supprime les " coutumes " et limite les transactions aux havres de paix des forts qu'il réhabilite le long du fleuve.

Sa route croise celle d'un autre homme charismatique de l'époque, El-Hadj Omar (ou Oumar) Tall. Né d'une famille modeste à Halwar, près de Podor (extrême nord du Sénégal), il a été formé dans diverses écoles coraniques à travers le monde et s'est posé en combattant de la foi. Intronisé au Moyen-Orient " khalife " (chef) de la confrérie des tidjanes (tidjaniya, soufiste), il a entrepris une lutte contre le paganisme, puisque son titre de khalife l'autorise à imposer un nouvel islam, acquérant une réputation de saint.

Il lutte contre l'armée coloniale française, mais également les armées de plusieurs régions dans les pays bambara, malinké ou kassonké. On raconte qu'il a assiégé pendant plus de trois mois le fort de Médine, dans le royaume du Khasso (ouest de l'actuel Mali), que les troupes de Louis Faidherbe ont fini par libérer en juillet 1857. Il s'est lancé à l'assaut de Hamdallaye, coeur de l'Empire peul du Macina dont la chute fut épique, après plus de 70 000 morts, disent les archives. Les circonstances de son décès restent floues, mais certains évoquent une explosion fatale d'un de ses arsenaux dans le pays dogon (Mali) en 1864, d'autres un repli dans les falaises de Badiangara dont il n'est jamais revenu.

Louis Faidherbe, le gouverneur

Quand il débarque au Sénégal en 1852, Louis Faidherbe, polytechnicien, apporte avec lui un modèle qui ne cessera de l'influencer : celui de l'Algérie, où il a fait de longs séjours dans son passé. Nommé gouverneur en 1854, il décide d'appliquer la même politique énergique au développement de la colonie qui s'embourbe dans les méandres de l'après-esclavage, et dont le commerce est paralysé par des exactions en tout genre. Soutenu par les commerçants bordelais et les ministres parisiens, il met fin au système de coutumes (taxes maures) par la manière forte, obtenant une amnistie des Trarza et l'annexion du Walo à la colonie.

Il entreprend également la pacification de la région intérieure, d'une importance capitale pour le commerce français, ce qui finit par l'opposer à l'Empire toucouleur d'El Hadj Omar Tall, dans son entreprise d'annexion du reste de la zone nord aux possessions de la France. Dès 1857, Faidherbe avait fait le pari de développer le commerce de l'arachide. Cette orientation passa par la mise en valeur de Dakar qu'il décida de relier à la capitale Saint-Louis par un chemin de fer stratégique. La manière forte fut encore utilisée contre Lat Dior Diop, le roi du Cayor, pour assurer la sécurité de la ligne. L'annexion du Cayor découla de cette nouvelle victoire. Dans tous ses engagements militaires, Louis Faidherbe eut la réputation d'utiliser des moyens réduits. Son effectif étant restreint, les tirailleurs sénégalais (un corps qu'il créa en 1857) étaient même parfois complétés par des soldats venus d'Algérie. Le manque d'hommes était compensé par une grande habilité stratégique. Homme d'administration, il habilla les territoires conquis d'un modèle où les dirigeants coloniaux utilisaient les élites locales pour diriger avec plus de souplesse - un modèle qui fut conjugué dans toute l'Afrique française. Juridiquement, il créa les tribunaux indigènes qui appliquèrent le droit coutumier au sujet de la colonie. En matière d'éducation, il pensa pouvoir mieux plier la culture sénégalaise par une éducation à la française de son élite, d'où l'importance de l'Ecole des otages (1855), qui allait plus tard devenir l'Ecole des fils de chefs (1857).

Economiquement, enfin, les aménagements des ports de Rufisque et de Dakar compensèrent les difficultés de la barre de Saint-Louis ; la facilité du transport entre Dakar et Saint-Louis, ajoutée aux investissements de la nouvelle Banque du Sénégal, que Faidherbe motiva, finirent par porter leurs fruits : l'aventure de l'arachide devint une réussite, le produit se plaçant au premier plan des exportations. 20 000 tonnes embarquèrent vers l'Europe en 1870, contre seulement 2 500 tonnes vingt ans plus tôt.

Faidherbe aurait pu apparaître comme un administrateur-né, quasi parfait, si la fin de son " règne " au Sénégal n'avait pas tant perdu en panache. Le modèle algérien, qui exposait son revers de la médaille dans le Maghreb, apportait sa moisson de détracteurs. Au Sénégal, les affrontements dans le Cayor prouvaient que la région n'était toujours pas sous un réel contrôle français. Enfin, les Bordelais, qui l'avaient d'abord soutenu, s'étaient retournés contre le gouverneur en raison de politiques commerciales d'annexion jugées sévères. Faidherbe dut laisser la place de gouverneur à Emile Pinet-Laprade. Il avait dirigé la colonie de 1854 à 1861 et de 1863 à 1865.

Sénégauloiserie (II) : Louis Faidherbe et Lat Dior Diop

Faidherbe réussit à imposer (sans scrupules) le protectorat français le long du fleuve et décida de dynamiser les transports d'arachide par la construction d'un chemin de fer entre Dakar, proche des centres de production du Saloum, et la capitale Saint-Louis.

La ligne passait toutefois par des Etats indépendants dont la coopération n'était pas acquise. Lat Dior Diop, damel (roi) du Cayor, était farouchement hostile à l'entreprise métallique. Il s'associa avec Maba Diakhou Ba, un disciple de El-Hadj Omar Tall et un marabout du Rip (actuelle région de Kaolack), pour reconquérir vers le nord les territoires jusqu'au Djolof. Il était soutenu dans cette reconquête par Alboury Ndiaye, bourba (souverain) du Djolof. Maba Diakhou Ba tué par des Sérère alliés aux Français, Lat Dior Diop continue la lutte avec Cheikhou Amadou, autre disciple de El-Hadj Omar Tall, marabout du Fouta et autre adversaire de la France.

Des dissensions entre le damel du Cayor et le bourba du Djolof divisèrent les forces, faisant le jeu des Français. Lat Dior Diop sera tué lors d'un combat en 1886 contre les troupes de Louis Faidherbe, et son territoire annexé.

Lat Dior Diop, figure de la résistance

Son nom revient souvent lorsque la mémoire populaire sénégalaise évoque les hauts faits ou les grands hommes. Lat Dior Diop - Lat Dior Ngoné Latir Diop, de son nom complet - naît en 1842 dans une famille noble du Cayor, dont il fut damel (roi).

Comme beaucoup de dignitaires de ce royaume, il est élevé dans une tradition animiste. On le dit aussi fier que son destrier préféré, Malaw, également courageux, fin stratège et habile à diriger les ceddos (prononcer " tchedo "), redoutables hommes de main guerroyant pour leur roi ou leur prince, champions de razzias et pillages, surtout craints parce que sans scrupules et sans religion.

Lat Dior Diop se convertit à l'islam sous l'influence du marabout Maba Diakhou Ba, disciple du Toucouleur El-Hadj Omar Tall, poussant une partie de ses ceddos à l'abandonner. Peu lui importe. De pactes dénoncés en alliances trahies en passant par la case exil, il livre bataille pour défendre le Cayor, contre les " traîtres " et contre la France qui veut installer des rails pour le transport marchand de l'hinterland à la côte. " Si, aujourd'hui, vous établissez un chemin de fer en plaçant de distance en distance des postes pour le commerce, vous m'enlevez mon pays et vous me dépouillez de tout ce que je possède ", écrit-il en 1877 dans une lettre à Louis Brière de l'Isle, qui fut gouverneur du Sénégal de 1876 à 1881. Il perd la vie en octobre 1886 dans une bataille mémorable à Deukhlé (ou Dekhlé). D'un côté, Lat Dior Diop et quelque 300 guerriers, de l'autre, les spahis de la France et des troupes de Demba War Sall, chef des ceddos et leader des captifs ayant fait dissidence depuis sa conversion à l'islam. " Le combat qui se déroula vers midi fut d'une violence et d'une âpreté telles qu'on en voit rarement pendant une guerre, les adversaires se fusillaient de si près que leurs vêtements étaient brûlés par la poudre. Après avoir anéanti le tiers des effectifs de spahis, Lat Dior Diop tomba à son tour avec ses deux enfants et soixante-dix-huit de ses meilleurs guerriers ", rapporte un journal de bord de l'époque. Selon la légende, le résistant a été mortellement touché par une balle en or massif, spécialement fabriquée pour lui. Au Sénégal, des oeuvres d'art lui redonnent vie, le montrant juché sur son cheval Malaw. Des livres et pièces de théâtre le rappellent. Il a donné son nom à une grouillante autogare de Dakar et au camp abritant le siège de l'état-major de l'armée sénégalaise, qui a d'ailleurs adopté sa devise comme la sienne : " On nous tue, on ne nous déshonore pas. " Ici, cela s'appelle du jom (prononcer " djom ", " honneur "), un des piliers de la société traditionnelle sénégalaise.

Sénégauloiserie (suite et fin) : cas de l'AOF

Le tournant du siècle voit s'étendre le territoire français et les litiges. Les Anglais luttent et finissent par conserver la Gambie, les Portugais acceptent de se retirer de Casamance contre des terres en Guinée-Bissau, et les Diola de Casamance entament une résistance contre l'envahisseur qui se poursuivra bien au-delà de 1910, date d'importants affrontements, pour faire 400 morts entre septembre et octobre 1997. En 1895 est créée l'Afrique occidentale française (AOF), qui regroupe les territoires sous domination française dans la région dont le Sénégal, le Soudan français (actuel Mali), la Guinée, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Sa capitale est Saint-Louis.

Un impôt tente d'être instauré par le gouvernement colonial, dont tous les Sénégalais seraient redevables. Mais en quelle monnaie faire payer dans cette économie de troc ? En travail. La corvée, de loin, ressemble à la nouvelle version, plus civilisée, d'une autre pratique désormais interdite : l'esclavage.

De Saint-Louis à Dakar

Né en 1857 sur la presqu'île pour dégorger Gorée surpeuplé, Dakar, enfant du gouvernement, n'est d'abord pas au goût des commerçants qui le snobent pour Rufisque. Ce dernier, issu du négoce, au carrefour des routes, est plus au-devant des caravanes d'arachide et sied mieux à ces messieurs les marchands. Dakar continue de tisser sa toile, en grande partie grâce aux efforts du gouverneur du Sénégal, Emile Pinet-Laprade, qui se démène pour la doter d'infrastructures dignes d'une capitale, en particulier son port, achevé en 1866. Ses atouts proviennent essentiellement des faiblesses des autres villes : Gorée est trop exigu, la rade de Saint-Louis inadéquate, la barre et le déplacement de la passe retardant les navires, et celle de Rufisque mal orientée. Avec Saint-Louis, Gorée et Rufisque, Dakar fera partie des " quatre communes ". Les habitants de ces quatre cités reçoivent la nationalité française, ils sont " citoyens ", les autres habitants à travers le pays demeurent des " sujets " français.

A la fin du siècle, sur les 40 000 habitants du Sénégal, une moitié vit à Saint-Louis, de 8 000 à 9 000 résident à Rufisque et à Dakar et seulement 2 000 à Gorée. En 1902, les efforts de Pinet-Laprade sont récompensés. Le cadre jusqu'alors vide qu'il avait façonné se peuplera des institutions de l'Afrique française : Dakar dérobe la place de capitale de l'AOF à Saint-Louis, qui demeure capitale du Sénégal jusqu'en 1957. En 1939, le paysage démographique urbain a bien changé : Dakar, qui compte 100 000 habitants, affiche un cosmopolitisme aigu où se mêlent Français, un échantillon de presque chaque ethnie du Sénégal et Libanais, qui y siègent comme intermédiaires du commerce.

De la chair à canon ?

En 1914, Blaise Diagne devient député. C'est un " Africain pur ", le premier Noir à accéder à ces fonctions précédemment toujours occupées par des notables métis de l'aristocratie de Saint-Louis. " Assimilé ", Blaise Diagne, a des manières de Blanc. Il intègre les deux cultures et défend une nouvelle voie, celle basée sur l'égalité des races. C'est lui qui s'occupe du recrutement et du regroupement des troupes de la force noire, dont les fameux tirailleurs sénégalais. Au total, 133 000 hommes iront se battre loin de l'Afrique pour les colonisateurs. 30 000 rentreront les pieds devant.

Aux reproches d'avoir vendu les siens comme chair à canon, Diagne assène son discours sur les efforts et sacrifices communs qui devraient unir Français et Sénégalais dans un droit et une justice sans couleur.

Blaise Diagne, premier député noir africain

" Je suis le fils d'un cuisinier nègre et d'une pileuse de mil ! " On lui attribue cette phrase lors de sa campagne pour les législatives de 1914 qui lui ont ouvert les portes de l'histoire comme le premier député noir africain.

A sa naissance en 1872 à Gorée, près de Dakar, son père, un Sérère du Sénégal, et sa mère, une Manjak de Guinée portugaise (Guinée-Bissau), lui donnent le nom de Gaiaye Mbaye Diagne. Le jeune Diagne se révèle brillant et séduit un patriarche parmi les mulâtres de l'île, Adolphe Crespin. Crespin l'adopte, l'inscrit à l'école des Frères de Ploërmel et lui donne les prénoms de Blaise et d'Adolphe.

Blaise Diagne semble avoir eu presque un siècle d'avance sur son temps. Il entre dans l'arène politique à l'époque où le combat politique est la chasse gardée des Européens et des mulâtres. Il en fait l'expérience au fil de ses périples scolaires dans des territoires français d'outre-mer et face à une administration coloniale manquant d'esprit d'ouverture. Il est renvoyé du Congo parce que la puissance coloniale n'apprécie pas qu'il se pose en " émancipateur de la race noire " ; blâmé à Madagascar " avec inscription [à son] dossier ", accusé de ne pas être réceptif à " l'assimilation " en Guyane, où il provoque l'hostilité de la colonie en sortant avec une Française, Marie-Odette Villain, qu'il épouse en 1909. Pas réceptif à l'assimilation, lui ? " Je suis noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis, quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population ? ", répond-il à ses détracteurs. Sénégalais bon teint, il parle et agit cependant avec les manières des Blancs et sang-mêlé, refusant de choisir un camp. Il transcende la question de couleur pour ne voir que des hommes, ce qui explique à la fois sa prise de position forte aux côtés de Mbarick Fall dit Battling Siki, premier Africain champion du monde de boxe professionnelle, contre Georges Carpentier, l'idole blanche de la boxe française.

De même, Diagne prône le rapprochement des Noirs sénégalais de la métropole, ce qui justifiait pleinement à son goût l'enrôlement des 200 000 tirailleurs dans le conflit " européen " qu'était la guerre de 1914-1918.

Argumentant contre ses détracteurs qu'à " efforts communs, sacrifices communs " finissait par correspondre une " destinée commune ", Blaise Diagne se range une fois de plus du côté de l'humanité, celle de l'avenir du Sénégal et de la France, qu'il désirait unis par-dessus tout.

Pour la petite histoire, un de ses petits-fils et homonyme parfait fut maire durant 15 ans d'un village français : Lourmarin, à 35 km d'Aix-en-Provence. Il abandonna la banlieue parisienne en 1981 pour s'établir à Lourmarin et s'occuper de la ferme que sa mère possédait. Il est décédé en juillet 2017, à l'âge de 63 ans.

Au secours des colonisations

Lamine Guèye, figure historique de Saint-Louis, ancien dans l'arène politique et adversaire de Blaise Diagne, dirige la représentation sénégalaise du parti socialiste français, la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière), fondée en mars 1937. Léopold Sédar Senghor y milite pendant une dizaine d'années avant d'en démissionner pour se poser, à son tour, en adversaire politique de Guèye.

La Seconde Guerre mondiale établit l'équilibre définitif entre Français et Sénégalais : à la rescousse d'une France en danger, 24 000 tirailleurs ont trouvé la mort, et bien plus rentrent marqués, blessés ou handicapés.

Le général Charles de Gaulle prononce le mot " autodétermination " dès 1944 à la Conférence de Brazzaville.

En 1946, avec le soutien de la SFIO, Lamine Guèye remporte la représentation des communes urbaines. La même année, l'Assemblée nationale vote une loi à son initiative - désormais connue comme Loi Lamine Guèye et largement acclamée en Afrique - étendant la citoyenneté française aux indigènes des colonies françaises. La même année, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, également député, obtient l'abolition du travail forcé dans les colonies. L'Union française est instituée dans la foulée, en remplacement de l'Empire français. Le statut des colonies change, ce sont désormais des " départements et territoires d'outre-mer ". Les premiers jalons de l'émancipation sont posés.

Les quatre vérités de l'économie coloniale

L'impérialisme français et l'imposition de la colonie ont abouti à des fractures profondes dans la société sénégalaise. Outre l'avilissement moral d'un peuple qui n'a guère pu être assimilé à coups de missions civilisatrices, la politique économique de la monoculture a révélé ses failles lors de la crise de l'arachide des années 1930. Partout au Sénégal depuis le milieu du XIXe siècle, les cultures vivrières avaient été négligées au profit de l'arachide, un système en grande partie encouragé par les autorités coloniales.

Ainsi, en 1930, quand le cours du quintal d'arachide commence à baisser vertigineusement pour perdre plus de 70 % en six ans, les mesures de protection du gouvernement n'y peuvent rien. Vers quoi se tourner quand on a oublié comment cultiver autre chose et quand on ne sait plus quoi cultiver ? Les commerçants eux-mêmes s'insurgent contre les mesures de protection établies par le gouvernement colonial, auxquelles le libre-échange des temps du comptoir est une alternative bien plus rentable. Les entrepreneurs bordelais tentent de faire pression sur l'administration pour enrayer le rôle limitant des troupes du gouverneur Louis Faidherbe, qui bloquent certains courants d'échange.

Après enquête, l'ordonnateur dépêché par l'administration conclut lui-même que " le grand tort qu'on a eu depuis douze ans, c'est d'avoir voulu faire du Sénégal une véritable colonie au lieu de le considérer pour ce qu'il est en réalité : un vaste comptoir ".

L'indépendance et le régime de Léopold Sédar Senghor

Dans le Sénégal pré-indépendant, la scène politique est très dynamique et voit la création de partis distincts des organisations métropolitaines. Un an après son départ de la SFIO-Sénégal, Léopold Sédar Senghor fonde le Bloc démocratique sénégalais (BDS) et absorbe une partie de la formation de Lamine Guèye. La vie politique s'accompagne d'une vie culturelle intense, animée par des poètes, romanciers et historiens.

1956 marque une étape importante pour l'Afrique. On estime qu'il faut revoir l'Union française, en sentant souffler des vents précurseurs de changements : échec cuisant en Asie avec la bataille de Diên Biên Phu, déclenchement de la lutte pour l'indépendance en Algérie, conférence afro-asiatique de Bandung où les voix s'élèvent pour le soutien des luttes pour l'indépendance...

Le Français Gaston Deferre, ministre chargé des Affaires d'outre-mer, rédige la Loi-cadre, votée en juin 1956 et qui donne au gouvernement le pouvoir de modifier le statut des territoires d'outre-mer. Cette décision, qui renforce donc les pouvoirs de l'Assemblée territoriale, accélère l'évolution vers l'indépendance. Le courant anti-colonialiste franchit un grand pas avec la création de la Communauté française sur les cendres de l'Union française.

La Communauté, instituée à l'issue d'un référendum en 1958, regroupe la France et certains de ses anciens territoires d'outre-mer en républiques autonomes. Le Sénégal en est membre.

Associés au sein de la Fédération du Mali depuis janvier 1959, le Soudan français et le Sénégal demandent l'indépendance, qu'ils obtiennent ensemble dans le cadre unitaire, le 4 avril 1960 (date de la fête de l'Indépendance). Mais la Fédération du Mali éclate, et, le 20 août 1960, l'Assemblée sénégalaise proclame l'indépendance du pays. Léopold Sédar Senghor est élu président de la République sénégalaise le 5 septembre 1960. Deux ans après l'indépendance, le président du Conseil (Premier ministre), Mamadou Dia, tente de s'emparer du pouvoir. A une intervention sanglante de l'armée, Senghor préfère un règlement en douceur. Soutenu par le peuple, il traduit Dia devant la Haute Cour qui le condamne à perpétuité. Libéré après onze années de détention, le même Dia sera par la suite autorisé à diriger un journal d'opposition.

Léopold Sédar Senghor, le poète-président

Les deux carrières de Léopold Sédar Senghor, politicien et poète, n'auront finalement été qu'une. A Paris où Senghor fonde L'Etudiant noir avec Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas, c'est l'écrivain engagé qui parle. Ses poèmes, il les cache pourtant, jusqu'à ce que la reconnaissance politique, en 1945, le consacre député du Sénégal. C'est alors qu'il publie Chants d'ombre, son premier recueil de poèmes. Il se bat avec ses mots pour la négritude dans un " racisme antiraciste " autant qu'il se bat pour mener son pays vers la voie qu'il considère comme la meilleure, celle de la non-tutelle, avec un retour vers les valeurs fondamentales. Le triomphe aux élections de l'année 1951 est surtout dû à la campagne qu'il a menée en brousse, parcourant le pays pour y répandre sa traînée de socialisme à l'africaine, cette troisième voie qu'il revendique comme non importée. Au moment des indépendances, Senghor émeut le général de Gaulle par ces mots de décembre 1959 : " En ce moment même où nous réclamons l'indépendance, nous vous le demandons, restez avec nous, car il se fait tard. " L'homme politique aurait-il utilisé la rhétorique du poète ? Le " deux-en-un " se fait élire en 1963 à la tête du pays avec à chaque fois plus de 99 % des voix. Il faut dire qu'en tant que candidat unique d'un parti unique, Senghor incarne moins la démocratie que son successeur, son ancien Premier ministre Abdou Diouf, qui prend sa place lors de sa démission en 1981. Pendant les élections de 1978, deux partis d'opposition avaient déjà émergé, mais c'est sous Diouf que le pays suivra réellement sa route vers le multipartisme et le détachement progressif de l'autorité des marabouts (étonnant quand on sait que Diouf était musulman et Senghor catholique). Du Senghor auto-déchu, on ne retient surtout que le poète et l'homme de culture, membre de l'Académie Française. Il s'est éteint le 20 décembre 2001.

Un dauphin nommé Abdou Diouf

Après que le chef de l'Etat a opté pour une retraite anticipée, son dauphin Abdou Diouf, alors Premier ministre, lui succède à la tête du pays et tient le même langage.

A l'approche des élections de 1988, un large mouvement de contestation, en particulier chez la jeunesse, est en grande partie attribué à un des leaders de l'opposition, Abdoulaye Wade, qui, battu au vote, accuse Diouf d'avoir truqué les scrutins. Un des discours de Wade particulièrement insurrectionnel le mène devant la Cour suprême qui, finalement, l'amnistie.

Durant cette période d'instabilité, d'émeutes, d'état d'urgence avec couvre-feu, à aucun moment le parti de Wade n'a été menacé d'interdiction. Cette année-là, à l'occasion de la Korité (Aïd el-Fitr), fête musulmane marquant la fin du ramadan et jour éminemment propice pour le pardon et la réconciliation, Abdou Diouf convie Abdoulaye Wade et les autres leaders de l'opposition au dissoo, une table ronde qui, d'après la tradition, ne prend fin qu'à force de palabres. Les différents partis finissent par tomber d'accord. Depuis le régime de Senghor, les partis d'opposition sont légion, et la presse, libre, est considérée comme un indicateur de tendance. Non que le Sénégal soit un eldorado politique : le journal Le Monde dénonçait le tripartisme de l'année 1977 comme " artificiel (et ne reflétant pas la réalité politique sénégalaise) ". Les émeutes de la fin des années 1980, par exemple le concert de SOS Racisme où les étudiants hurlaient des slogans de changement politique, laissent aussi transparaître un malaise. Toutefois, ces épreuves ont été bien loin de ressembler aux marasmes d'une Afrique où, malheureusement, le kaki dominait.

Il faut attendre les années 1990 pour que les militaires sortent des casernes : les soulèvements indépendantistes de la Casamance et les problèmes frontaliers avec la Mauritanie ne permettaient pas d'alternative.

Cheikh Anta Diop, savant africain et polémiste afrocentriste

Cheikh Anta Diop né en 1923 près de Diourbel, dans le centre du Sénégal, est issu d'une famille noble. Son grand-père Massamba Sassoum Diop est le fondateur du village et enseigne dans la première université publique du pays qui porte son nom à Dakar. Il fréquente l'école coranique puis fait ses premières années d'école française à Diourbel, puis à Dakar et à Saint-Louis.

A l'âge de 23 ans, il part à Paris pour étudier la physique et la chimie mais se tourne aussi vers l'histoire et les sciences sociales. Il adopte un point de vue spécifiquement africain face à la vision européenne dominante de l'époque, selon laquelle les Africains sont des peuples sans passé. En 1951, Diop prépare une thèse de doctorat à la Sorbonne, dans laquelle il affirme que l'Egypte ancienne était peuplée d'Africains noirs et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées dans l'Afrique de l'Ouest. Il ne parvient pas à rassembler un jury pour examiner cette thèse. Elle rencontre pourtant un grand écho sous la forme d'un livre, Nations nègres et culture - De l'Antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l'Afrique, dont la première édition date de 1954 (Editions Présence Africaine). " Le livre le plus audacieux qu'un Nègre ait jusqu'ici écrit et qui comptera à n'en pas douter dans le réveil de l'Afrique ", comme le dira le poète martiniquais Aimé Césaire en 1955. Diop, qui adopte un ton volontiers polémique, s'appuie sur des citations d'auteurs anciens comme Hérodote et Strabon pour démontrer que les Egyptiens anciens présentaient les mêmes traits physiques que les Africains noirs d'aujourd'hui (couleur de la peau, aspect des cheveux, du nez et des lèvres). Sur le plan linguistique, il considère en particulier que le wolof, parlé aujourd'hui au Sénégal et en Gambie, présente de nombreuses similarités avec la langue égyptienne antique. En 1974 au Colloque international du Caire, il confronte son point de vue à celui d'autres spécialistes mondiaux. Si un grand intérêt est apporté au travail de Cheikh Anta Diop sur la filiation entre la langue égyptienne ancienne et les langues africaines, en revanche, subsiste un désaccord sur la nature du peuplement de l'Egypte ancienne : il serait principalement composé de Noirs pour Diop, mais mixte selon d'autres experts. Toutefois, dans les années 1950, le degré de racisme et le biais européocentriste des historiens étaient très marqués. Il n'était même pas question d'un peuplement mixte et métis de l'Egypte, théorie qui fait pourtant consensus actuellement grâce à Diop.

Abdoulaye Wade et la transition démocratique

A l'issue du second tour de l'élection présidentielle, le 19 mars 2000, Abdoulaye Wade devient officiellement à 74 ans le président du Sénégal en battant Abdou Diouf (58,5 % des suffrages exprimés). Un modèle de transition démocratique qui ne cessera de survivre aux aléas politiques, y compris lors de l'élection présidentielle de 2012, pourtant mal engagée.

La rébellion en Casamance

En décembre 1982, cette région méridionale du Sénégal voit naître un conflit indépendantiste armé. A cette époque, les négociations entre l'Etat sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) sont tendues et la perte de contrôle de l'Etat sur la région favorise l'intensification du trafic de cannabis et la montée de la violence.

Sans grande surprise, les civils ont souffert d'insécurité et de migrations forcées le long de terres jonchées de mines antipersonnel, mais également d'une pauvreté qui s'inscrit aujourd'hui lourdement sur le territoire casamançais.

Le 30 décembre 2004, le gouvernement central de Dakar et le MFDC signent un " accord général de paix " à Ziguinchor, une des principales villes de Casamance.

La situation sur le terrain s'apaise alors considérablement, laissant entrevoir une reprise des activités touristiques et commerciales. Redevenue incertaine en 2009, la Casamance connaît à nouveau des mises en garde qui découragent les touristes à s'y rendre. En 2011, cinq militaires sénégalais sont enlevés par le MFDC après une attaque contre un cantonnement de l'armée qui avait fait plusieurs morts dans le village de Kabeum.

Un cessez-le-feu unilatéral et un projet de développement en 2014. Le 22 février 2014, le chef du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance, Salif Sadiò, et le gouvernement du Sénégal se sont engagés à " garder un comportement qui puisse favoriser les négociations pour le retour de la paix en Casamance et réduire les souffrances de la population ". S. Sadiò a déclaré avoir imposé à ses combattants un " cessez-le-feu unilatéral ", comme application des engagements pris. Un conflit de 30 ans ayant fait plusieurs centaines de victimes civiles et militaires, ainsi que des milliers de réfugiés en Gambie et en Guinée Bissau, est officiellement révolu, enfin.

En mars, le Président Macky Sall y a lancé officiellement le projet de " Pôle de développement de la Casamance ", financé en grande partie par la Banque mondiale.

Redevenue calme après ces événements, la Casamance est retirée de la liste rouge des zones à éviter par la France, en octobre 2016. Une bonne nouvelle pour les acteurs du tourisme casamançais qui peuvent enfin reprendre du service et les touristes, découvrir cette région verdoyante. Si vous comptez vous rendre en Casamance, et que vous restez dans la région située entre Ziguinchor et Cap Skirring, il n'y a absolument aucun risque. Bien que la France ait retiré la Casamance des " zones à risques ", il faut tout de même faire preuve d'une vigilance renforcée dans la région, notamment près des frontières de Guinée Bissau et de Gambie. Vous pourrez prendre contact avec le consulat honoraire de France à Ziguinchor pour vérifier que tout va bien. Le développement du tourisme durable et solidaire dans la région permet également de relativiser quelque peu les sonnettes d'alarme lues et entendues ici et là. Il est très agréable de sillonner les bolongs de Casamance d'un village à l'autre. Depuis mars 2014, le ponton de l'île de Karabane a ouvert, permettant au bateau reliant Dakar à Ziguinchor de faire escale dans cette zone touristique proche de Cap Skirring enfin désenclavée.

Histoire du temps présent

Si le Sénégal peut apparaître comme un modèle de paix et de démocratie sur le continent africain, il ne faut toutefois pas jouer les angéliques. Il existe bel et bien des pressions exercées à l'encontre de la liberté d'expression locale, bafouée au même titre que celle des droits de l'homme, selon les principales associations. Malgré les protestations d'organisations comme la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), l'Observatoire national des droits de l'homme (ONDH) et la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO), ainsi que de plusieurs membres de l'opposition et de la société civile, l'Assemblée nationale a voté en janvier 2005 (promulguée en février) une loi controversée, surnommée " loi Ezzan " (du nom de l'auteur de la proposition, Ibrahima Isidore Ezzan). Le texte énonce l'amnistie des " infractions criminelles commises en relation avec les élections générales et locales organisées entre le 1er janvier 1983 et le 31 décembre 2004 ou ayant des motivations politiques ", ainsi que l'amnistie de toutes les infractions en relation avec le décès de maître Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel, tué par balles à Dakar en 1993.

En vertu de cette loi, l'assassinat de maître Sèye et aussi l'agression à coups de marteaux en octobre 2003 de Talla Sylla, virulent opposant au président Wade, resteront donc impunis. Rien n'y fera, ni la levée de boucliers dans la société civile, ni les recours de l'opposition politique, ni les commentaires au vitriol de la presse locale.

2012 : une passation de pouvoir difficile mais démocratique

La fin du second mandat d'Abdoulaye Wade est difficile. A l'approche de la présidentielle de 2012 ; des voix s'élèvent, de plus en plus fortes, contre son régime, accusé de s'enrichir au détriment de la population au quotidien difficile. Cherté de la vie, délestages récurrents, chômage, manipulations constitutionnelles... le projet de loi visant à instaurer un ticket présidentiel (président et vice-président élu au suffrage universel direct) lors de la prochaine élection est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ! Le 23 juin 2011, des soulèvements populaires éclatent dans tout le pays, mettant la capitale en état de siège. Une révolte sans précédent menant au retrait du projet de loi en fin de journée.

Le Mouvement du 23 juin, un collectif d'opposition regroupant partis politiques, membres de la société civile et rappeurs engagés du mouvement Y'en a marre, voit alors le jour. Manifestant sans relâche contre la troisième candidature de Wade (une manifestation chaque " 23 " du mois), incitant les électeurs à s'inscrire sur les listes électorales, dénonçant chaque méfait et gestes des gouvernants, il a contribué à la transparence et à la coalition qui a conduit l'actuel président au pouvoir.

Au terme d'une campagne difficile, émaillée de quelques incidents - on compterait au moins cinq morts liés aux affrontements pré-électoraux -, Macky Sall, ancien compagnon d'Abdoulaye Wade, devient le quatrième président élu du Sénégal.

Une nouvelle ère s'ouvre pour le pays redonnant espoir à une population jusque-là désabusée mais qui, bien décidée à prendre son destin en main, n'offrira aucun état de grâce à son nouveau président, conscient de la tâche immense qui l'attend dans tous les domaines. L'organisation d'un référendum en mars 2016, à la demande du président, rétablira le quinquennat présidentiel après son mandat et d'autres réformes au sein du gouvernement. Deux ans avant les élections présidentielles, le parti de Macky Sall au pouvoir remporte les élections législatives avec 125 députés. Les formations de l'opposition, notamment celui de l'ancien président Abdoulaye Wade, dénoncent ces résultats suite à une mauvaise organisation du scrutin. Abdoulaye Wade annonce vouloir boycotter les élections présidentielles de 2019.

50 ans d'indépendance : relectures de l'histoire, enjeux contemporains et polémiques

Le 4 avril 2010, le Sénégal a célébré ses 50 ans d'indépendance sous fond de questionnements et de polémiques. Entre bilans, célébrations et nouvelles perspectives, des symboles se sont élevés et ont soulevé le débat. La célébration d'un demi-siècle de souveraineté a en effet appelé le peuple sénégalais à s'exprimer sur les changements opérés au cours de ces dernières décennies, et les hommes politiques à ériger de nouveaux symboles.

Quelques mois avant la fête, le Sénégal et la France s'étaient entendus sur la fermeture des bases militaires françaises du pays. Abdoulaye Wade l'avait alors annoncé officiellement lors de la célébration du cinquantenaire et, par conséquent, trois quart des militaires français ont quitté le pays progressivement, pour ne laisser qu'un " pôle de coopération militaire à vocation régionale " dans la région de Thiès. Les bases des Forces françaises du Cap-Vert ont été rétrocédées au Sénégal le 9 juin 2010, laissant désormais flotter le drapeau sénégalais sur ces parcelles. Cette nouvelle, avant tout reçue comme un symbole important, comme " une deuxième indépendance du pays ", à en lire les journaux nationaux, a suscité néanmoins des réactions teintées d'amertume. Les enjeux fonciers et la nouvelle politique budgétaire militaire de la France auraient davantage orienté cette prise de décision. Ne reste qu'aujourd'hui l'impact de ce départ sur la consommation et des dégâts " collatéraux " : nombre d'emplois locaux ont été supprimés...

Autre grand symbole des indépendances : l'inauguration, à l'occasion des festivités, de la statue de la Renaissance africaine. 52 m de haut, un couple et son enfant surgissant d'un volcan pour " aller vers la lumière " : les descriptifs et superlatifs ne manquent pas pour qualifier cette statue dédiée au continent, célébrant un nouveau départ après des siècles d'esclavage puis de colonisation. Mais le monument fait aussi couler beaucoup d'encre. Les vingt millions d'euros destinés à sa création ne passent pas à l'heure où plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Aussi, le fait de voir s'élever un géant de bronze dont la propriété intellectuelle revient à Abdoulaye Wade - lui assurant par la suite un tiers des droits de visites touristiques - provoque-t-il la polémique. Quant au style du monument, aux airs architecturaux soviétiques, il suscite de nombreux débats identitaires, toujours d'actualité. Reste à savoir ce que vont devenir ces dispositions maintenant qu'il n'est plus président...

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