Guide de LISBONNE : Lisbonne en 20 mots-clés

Alfacinhas

En portugais, cela veut dire littéralement " petites salades ", mais c'est aussi par ce terme que l'on désigne les natifs de Lisbonne. Non, les Lisboètes ne naissent pas dans les laitues, mais autrefois la plaine qui entourait Lisbonne était une zone maraîchère réputée pour ses salades... Ce guide est aussi alfacinha (lisboète), et vous envierez sûrement les alfacinhas (Lisboètes) au bout de quelques jours. Déjà un terme culinaire... on vous annonce la couleur ! Par opposition les habitants de Porto sont surnommés les tripeiros, mangeurs de tripes.

Bicha

Pas de salut pour les resquilleurs... Au Portugal, on fait la queue en attendant un bus. Même s'il pleut, vous vous mettez sagement à l'endroit qu'on vous indiquera quand vous demanderez Onde está a bicha ? (" Où est la file d'attente ? "). Le terme est à manipuler avec prudence, puisqu'il a vraiment les mêmes sens qu'en français et qu'en outre il désigne en portugais (pas très gentiment) nos amis homosexuels. Si vous n'êtes pas doué pour les langues, vous montrez alternativement du doigt les deux extrémités... Quand ledit tram ou bus ou elevador arrive, on sort de la queue (fila), et les rangs se resserrent. Charmant ballet ! Cette merveilleuse discipline surprend les Français qui se font insulter régulièrement les premiers jours, mais ce petit geste fera de vous un vrai Portugais ! La parade pour se faufiler dans la cohue demeure com licença (" avec votre permission ") un terme incontournable du vocabulaire portugais... non pas pour rechercher un job en exhibant fièrement ses parchemins, mais tout simplement pour la vie courante. Il s'utilise avant de passer devant quelqu'un (même si ce n'est, parfois, pas votre tour !), de se moucher, de bâiller, d'ouvrir une lettre, de déchirer un papier, de récupérer sa monnaie au restaurant, de répondre au téléphone, etc. Un état d'esprit qui se veut courtois !

Cacilheiros

Leurs silhouettes romantiques sillonnent le Tage vers Outra Banda, la rive sud. Ferries marchands ou réservés aux passagers, c'est un vrai moyen de transport à Lisbonne, qui permet, à moindre coût, de ressentir l'émotion de Vasco de Gama quittant les Jerónimos ou celle des touristes fortunés qui arrivent encore aujourd'hui en paquebot. Le nom vient de Cacilhas, le petit port situé juste en face de Lisbonne. Vous pouvez faire un tour de manège ou en profiter pour voir ce que réserve la rive opposée ; c'est à la fois aussi sympathique que déroutant. C'est, quoi qu'il en soit, le meilleur moyen de voir Lisbonne en prenant un peu de recul.

Capes noires

Si vous croisez une bande de jeunes vêtus de noir (gilet et culotte à la française pour les garçons, jupe pour les filles) et drapés dans une cape de la même couleur, pas d'affolement, vous n'avez pas d'un coup basculé dans un film de Harry Potter ! Simplement les étudiants de Porto, de Lisbonne ou de Coimbra, l'une des plus anciennes universités d'Europe, arborent tous cet uniforme. Leur tenue noire rappelle la tradition de l'université médiévale. Si certains ont une guitare, suivez-les, peut-être aurez-vous la chance d'entendre l'autre fado, celui de Coimbra, plus proche de l'aubade, ou encore un concert improvisé. Ils sont venus à Lisbonne pour " brûler les rubans ", c'est-à-dire fêter la fin de l'année, faire la fête ou manifester contre l'augmentation des prix de la fac ou toute autre bonne raison de râler quand on est étudiant. Quant à la ressemblance avec les uniformes de Poudlard (l'école de magie de Harry Potter) c'est normal, l'auteure s'est directement inspirée de ces uniformes pour les films.

Collines

La règle d'or, c'est de marcher le plus souvent possible à Lisbonne pour tout comprendre au mieux, et tout connaître. Cela demande de bons mollets et de bonnes chaussures qui maintiennent les chevilles, car les montées, et même les descentes, sont sportives ! Avis aux filles : n'emportez pas de chaussures à talons dans votre valise, vous ne serez bien qu'avec des chaussures plates ou, au mieux, avec talon compensé pour les plus habiles. Comme à Rome, les collines sont au nombre de sept, et les rues pavées n'arrangent rien ! Les vues auxquelles vous aurez droit, en revanche, sont vertigineuses, avec au fond, toujours, une petite partie du Tage, quelques palmiers et un palais du XVIIIe siècle pour structurer le paysage. Pas étonnant que la ville compte autant d'elevadores (ascenseurs et funiculaires) ! Point positif : les rooftops, de plus en plus nombreux, à savoir ces bars en terrasse, très à la mode, qui offrent des points de vue incroyables pour admirer la ville et qui poussent comme des champignons ces dernières années... En plus, comme on sait vivre à Lisbonne, il y a partout des miradouros, c'est-à-dire des petites terrasses en belvédère, aménagées avec des jardins et des bistrots. Alors, serrez les dents et grimpez, ça en vaut la peine !

Coq

A force de le voir dans toutes les boutiques, on aurait tendance à croire que le terme " Portugal " vient de Portus Gallus (" le port du coq ", en latin de cuisine). Pas du tout. En revanche, le coq a bien une légende, celle de Barcelos (ville du Minho). Il était une fois un pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Accusé à tort d'un vol, il fut traîné devant les juges en plein déjeuner. Pour prouver sa bonne foi, il défie un coq de chanter. Détail : ledit coq était déjà rôti et trônait devant lui. Et pourtant... Cocorico ! Le coq chanta ! Le pauvre pèlerin fut sauvé et édifia un calvaire en l'honneur du caïd des basses-cours.

Corbeaux

Pas de rapport avec la PIDE (Policia internacional e de defesa do Estado). Ils étaient l'emblème de Lisbonne bien avant la création de la police politique des années Salazar ! Une vieille légende attribue à deux d'entre eux d'avoir veillé sur la tombe de saint Vincent, martyr du Moyen Age enterré au cap du même nom (extrême sud-ouest du pays). Alfonso Henriques, le libérateur de la ville, alla chercher sa dépouille, et les corbeaux escortèrent la caravelle jusqu'à l'Alfama. Les reliques de saint Vincent furent apportées dans la cathédrale Sé Patriarcal et les deux corbeaux qui avaient accompagné la caravelle élurent domicile dans le cloître. Les corbeaux se sont peu reproduits, si ce n'est sur les armes de la ville à observer sur les pavés taillés des trottoirs ou sur des lampadaires en fer forgé.

Docas

La nuit commence ou se termine aux Docas : vous pouvez joindre les deux bouts mais c'est parfois dommage, car il y a aussi le Bairro Alto, avant. Nées de la volonté de rentabiliser les anciens quais du Tage d'où, jadis, caravelles et navires partaient puis revenaient remplis de trésors, elles abritent maintenant des bars, des terrasses, des restaurants, des boîtes de nuit, et quelques galeries, à l'endroit même où les soldats embarquaient pour les guerres coloniales en Afrique. Ce lieu, aujourd'hui dédié au divertissement, a été aussi le triste témoin du retour des corbillards, de ceux qui n'ont pas eu de chance. Les hangars vides se sont transformés et se transforment encore en lieux nocturnes, proches du point de débarquement des croisières de luxe qui arrivent souvent le matin et repartent le soir pour naviguer de nuit. Ce n'est évidemment pas le quartier le plus authentique de Lisbonne, mais c'est assez varié et animé. Les plus anciennes Docas sont en aval, entre Lisbonne et Belém : Doca de Alcântara, de grands entrepôts à l'échelle du port de commerce, et Doca de Santo Amaro, plus " Ramblas " sur son port de plaisance. Mais, de l'autre côté, à quelques kilomètres, la partie entre Lisbonne et l'Expo commence à bien bouger aussi avec notamment le Doca do Jardim do Tabaco.

Expo 98

Et alors, nous sommes en 2019 ! Eh oui, mais contrairement à d'autres (et faites plaisir aux Portugais, renchérissez sur le sujet...), cette Expo (la dernière du siècle, et bla-bla-bla...) ne fut pas seulement pour Lisbonne l'opportunité de montrer sa mutation face au monde entier, ce fut aussi l'occasion de récupérer une gigantesque friche industrielle (gazomètres, dépôts chimiques en tout genre et entrepôts) un peu délaissée au nord-est de la ville et de la transformer en un nouveau pôle urbain : Oriente. Au passage, on a créé au Parc des Nations (Parque das Nações) une gare de liaison train-bus-métro signée Calatrava, une nouvelle université, un centre commercial, un pavillon multi-usages, un centre d'expositions et, bien sûr, des milliers de logements, HLM mais également de luxe : joueurs de football ou vedettes de télévision aiment y résider.

Gril (grelhador)

Trop bon ! Le Portugais a toujours un petit gril portatif sous le coude pour se faire griller sardines, côtelettes et tout ce qui lui passe sous la main. Durant votre voyage, en plus de l'odeur de la morue séchée qui plane partout, vous traverserez d'épais nuages de fumée, à toute heure, en plein air mais aussi, plus étonnant, à l'intérieur ! Bonjour, les narines ! Bien que l'odeur de la sardine grillée règne toute l'année à Lisbonne, et particulièrement dans le quartier de l'Alfama, elle se fait spécialement sentir aux alentours du 13 juin, le jour de la Saint-Antoine. Quant à ces petits grils pratiques (bien conceptualisés : sur trépieds avec caisse pour les cendres), ils ne coûtent absolument rien, ou presque.

Hispanophobie

Une règle d'or au Portugal : pour communiquer et pour recevoir un meilleur accueil, préférez l'emploi du français à l'espagnol. Le tempérament local est d'ailleurs plus proche de celui des Français que de celui des voisins espagnols. Historiquement, entre Portugais et Espagnols, cela n'a pas toujours été le grand amour, mais les choses sont en train de changer petit à petit avec de plus en plus d'échanges entre les deux peuples. Même si les cartes routières espagnoles laissent penser que le Portugal est un no man's land, les Espagnols représentent presque 50 % des touristes visitant chaque année le pays du bacalhau. Aux beaux jours, tous les week-ends, Lisbonne est ainsi envahie de hordes de jeunes Espagnols ! La rivalité ancestrale entre ces deux nations est cependant encore bien vivante, de l'Espagnol, on aime toujours à se moquer, d'autant que les Portugais comprennent plutôt bien la langue parlée de Cervantes (la réciproque est rare !). Et, si la frontière entre les deux pays est la plus ancienne d'Europe, c'est que, vers le XIVe siècle, elle s'est couverte de places fortes afin d'empêcher les incursions du voisin castillan entreprenant, empressé d'unir la péninsule Ibérique sous sa coupe : " D'Espagne ne vient ni bon vent ni bon mariage ", claironne-t-on encore aujourd'hui...

Influence mauresque

Ce terme semble préférable au terme " méditerranéen ", si souvent employé alors qu'aucune côte du pays n'est bordée par la Méditerranée ! Même si le Portugal, et particulièrement Lisbonne, est profondément tourné vers l'Atlantique avec des traits celtiques, les quelques siècles d'occupation maure ont intimement marqué la ville : noms de lieux, architecture, art du jardin mais surtout une certaine douceur de vivre et une propension certaine à perdre son temps avec délectation dans les pastelarias. On y boit un café, mais jamais sans un petit sandwich ou un gâteau dont la recette provient fréquemment de la tradition mauresque. Et on bavarde, on tchatche. Vous serez aussi surpris de voir combien la coriandre et la cannelle sont utilisées dans les mets et entremets portugais. Enfin, dans ce pays si catholique, on ponctue beaucoup de Se Deus quiser, c'est-à-dire " Si Dieu le veut ", ça ne vous rappelle rien ? On marque aussi le souhait avec la préposition Oxala, la transcription assez phonétique de... Inch Allah !

Kilomètres

Le seul mot en portugais qui aurait pu commencer par K (à part kiwi) commence en fait par Q, comme " quilómetro " et dont km est l'abréviation. Surtout l'occasion d'écrire qu'ici plus que partout ailleurs, la ville se découvre et se dévoile à ceux qui vont à elle. Mode d'emploi : partez sur les chemins de traverse, marchez, perdez-vous sans fin dans les becos, les calçadas, les patios, errez sur les quais... Le seul problème, c'est que vous devez à la fois marcher le nez en l'air (pour ne rien louper !) et faire attention à là où vous posez les pieds. En effet, les trottoirs pas complètement lisses sont partout recouverts de calçada, c'est-à-dire de petits pavés de grès ou de basalte noir calés par du sable-ciment. Attention, des semelles épaisses sont nécessaires aux pieds sensibles ! Les Portugais, sous l'impulsion de Pombal, ont élevé cette méthode rustique au rang d'art national. Les trottoirs de Lisbonne s'ornent de véritables fresques représentant le fameux corbeau, emblème de la capitale, ou encore les vagues de la mer ou du Tage. C'est une des caractéristiques de la ville, où une seule école, désormais, enseigne les métiers de tailleur et de poseur de pierre (calceteiros ou calcetilheiros). La technique est restée inchangée : chaque pierre est enfoncée manuellement au marteau puis on repasse une sorte de maillet de bois. C'est beau, pratique dans les rues en pente et évite (grâce au sable) que les rues ne se transforment en torrent à chaque pluie. Mais l'équilibre est instable tout de même. Après 10 coups de talon, le pavé se déchausse ; après 11 coups, le pied dérape ; après 123 coups, on viendra réparer ! Si vous tombez amoureux de Lisboa, vous pouvez aussi rapporter chez vous l'un de ses petits pavés (déjà libéré, merci pour les autres...)... Parfois, cela porte chance... et vous permet de revenir vous y installer !

Loyer

Lisbonne possède un grand nombre de palais et de superbes maisons de maître, lesquels, hélas, manquent visiblement d'entretien sans parler des nombreux édifices abandonnés. Tous les contrats de location passés avant la révolution ayant été bloqués et, par conséquent, le montant des loyers également, de nombreux locataires ne paient qu'un prix dérisoire. Bien souvent, le propriétaire préférera laisser son bien quasiment à l'abandon, dans l'espoir qu'un promoteur immobilier le lui rachète à prix d'or. Depuis quelques années, le boom immobilier change la donne et Lisbonne retrouve sa superbe et son prestige d'antan. Les gens d'ici vous diront que le centre-ville est méconnaissable. Revers de la médaille, les loyers ont explosé, difficile aujourd'hui de louer un appartement à un prix abordable dans le centre de Lisbonne...

Politesse

Dans le pays se pratique une politesse à l'ancienne tout à fait délicieuse. Dans quelques rares situations, vous pouvez la juger un peu trop protocolaire et pas toujours naturelle, mais, dans la majeure partie des cas, cette politesse, liée à une certaine éducation du pays, fait preuve d'une très grande sincérité ! Le " merci " s'exprime par un obrigrado (équivalent à un " je suis votre obligé ") si vous êtes un homme et obrigada pour une femme, et se décline de belle manière par des obrigassimo, muito obrigado, obrigadinho... En passant, la licence portugaise permet de rajouter le suffixe inho ou inha à n'importe quel substantif pour lui donner un caractère affectueux ou familier... Les formules de politesse infinies de la langue portugaise à l'oral comme à l'écrit sont toujours des moments d'émerveillement.

Pont du 25-Avril

Construit entre 1962 et 1966, il portait le nom de pont Salazar avant d'être rebaptisé et de commémorer la date de la révolution des oeillets. Jusqu'à la construction du nouveau pont Vasco de Gama, il était le seul lien physique entre Lisbonne et le Sud, mais surtout le cauchemar de tous les Lisboètes, le vendredi soir et les jours de départs en vacances. Le pont, à lui seul, peut provoquer des embouteillages monstrueux (surtout en été) et par voie de conséquence bloquer toute la ville. Il y a quelques années, le péage se faisait encore dans le sens Lisbonne vers le Sud, inutile de décrire " la pagaille " dans Lisbonne et à l'entrée du pont, on pouvait faire du surplace pendant des heures. Depuis, on a eu la bonne idée d'installer le péage dans le sens inverse, ce qui allège quelque peu le trafic. Le pont a même été la cause d'un " soulèvement populaire ". En effet, à une époque, le prix du péage devait être augmenté, ce qui a provoqué la colère des navetteurs qui le traversent tous les jours pour venir travailler à Lisbonne ! Un tintamarre de Klaxons durant des jours, la grève du zèle, chacun payant avec de la petite monnaie ou des grosses coupures ! Ce tollé général a obligé les décideurs à maintenir un temps le prix du péage. Il faut cependant savoir que traverser le pont en été, le vendredi soir et le dimanche soir, relève toujours d'une grande témérité. Mieux vaut dîner agréablement à Lisbonne et partir tard le vendredi et le dimanche soir : prenez un apéritif prolongé à la plage en attendant que le trafic se dilue pour rentrer.

Romarias

Ce sont les grandes fêtes en l'honneur des saints patrons des villes, aussi appelées les fêtes de Santos. De même que les pèlerinages et les processions, elles rassemblent encore des foules considérables de fidèles. La plupart des fêtes populaires portugaises trouvent leur origine dans des traditions vieilles de plusieurs siècles. A Lisbonne, on fête évidemment Santo António, un pur natif de l'Alfama, le plus vieux quartier de Lisbonne. Ce saint qui détient le record de la canonisation (le jour de sa mort) est LE patron de la ville. Le manjericão (basilic) est la plante sacrée de saint Antoine que s'offrent tous les amoureux de Lisbonne. Durant les fêtes, des petits pots de basilic ornés d'un oeillet et accompagnés de petits mots doux sont vendus partout dans la ville. La Saint-Antoine, à Lisbonne, c'est la fête assurée pendant tout le mois de juin avec le point culminant le 12 : cela commence par les marchas, c'est-à-dire par un défilé sur l'avenida da Liberdade où chaque quartier parade. Amusant à voir, mais la vraie fête est ailleurs : dans tous les " vieux " quartiers (Alfama, Madragoa, Mouraria, Bica), les rues et les calçadas sont envahies de tables, de braseros, d'orchestres ou de sonos. Toute la famille est dehors, la grand-mère en fauteuil veille sur le dernier-né en maxi cosy pendant que maman chante un fado et que papa grille le poisson. Une ambiance unique et un peu folle.

Saudade

Un mot presque intraduisible en français, mais, ô combien, ressenti par les Portugais ! On l'a décrit comme étant un sentiment de nostalgie du temps glorieux des grandes découvertes, une espèce de soumission au destin, aux difficultés de la vie, un espoir de retour aux jours meilleurs. C'est la présence de l'absence, le regret de ce qui aurait pu être ou de ce qui a été (sans l'idée de remords), l'attente inquiète de ce qui pourrait arriver, la résignation devant ce qui ne pourra jamais venir... Pour un visiteur, la saudade (parfois quand même abaissée au rang de cliché absolu) c'est le sentiment que vous risquez de ressentir un jour de pluie torrentielle à Lisbonne, puis après votre rencontre avec la ville, un regret poignant et une idée de manque qui vous étreindra un jour de beau temps en France. Pour un Portugais, c'est aussi le souffle du fado, l'âme de Lisbonne et du pays tout entier. Le fado est l'expression même de la saudade, un état d'âme populaire chargé d'une mélancolie douce-amère. Saudade, saudade...

Temps de vivre

Au Portugal, pas le choix, vous renoncerez vite à votre excitation française. La mer de Paille ne va pas se vider dans la nuit et rien ne presse... Apprenez à perdre votre temps en vous asseyant sur un banc, dans un miradouro pour méditer sur le temps qui passe, flemmarder à l'ombre, regarder fleurir un bougainvillier ou simplement ne rien faire ! Le problème, c'est que cette langueur peut gagner parfois les serveurs de restaurant ou les vendeurs dans les magasins. Si vous êtes en retard pour une toile ou un rendez-vous, évitez de commander un sandwich ! qui signifie normalement " maintenant " n'exprime dans la vie courante qu'une certaine proximité dans le futur... Vous pouvez insister avec Já, Já mais la réponse sera Mais un bocadinho (" un petit moment ") suivant l'humeur, le temps, un souci de perfection méticuleux, l'amour du travail bien fait ou on ne sait trop quoi, cela peut signifier entre 10 secondes et 10 minutes ! Atenção, le moindre signe d'impatience provoque un ralentissement exponentiel des événements ! Paciência comme on dit ici !

Xénophilie

Ce joli néologisme semble avoir été inventé pour le Portugal et notamment pour Lisbonne. Sans doute grâce aux découvertes ou à leur histoire, les Portugais regardent généralement avec intérêt et bienveillance ce qui est étranger (tant que ça ne fait pas trop d'ombre). Ainsi, Lisbonne s'est construite sur les strates des Phéniciens, Grecs, Romains, Wisigoths, Maures puis de peuples rencontrés au fur et à mesure des découvertes. " Tout ça fait un bon Lisboète ", mais surtout une ville métisse à la personnalité unique car ce qui est différent est souvent absorbé ou interprété. Bon, tout cela ne doit pas faire oublier les ravages de l'Inquisition et, actuellement, ce n'est pas sans raison qu'il existe quelques groupes de rap qui se font entendre dans les banlieues ! Ainsi, les Portugais sont un grand nombre à posséder une haute idée d'eux-mêmes, en se déclarant souvent non racistes, certes, ils approuvent très bien la compagnie d'immigrés dans les restaurants, les clubs, pendant la nuit... mais dans le monde du travail et dans la structure sociale, ce n'est pas si simple ! Cela étant dit, vous apprendrez vite les deux salutations courantes chez les jeunes, et venues d'ailleurs : " Bonjour ", c'est Olà ; si vous êtes content de voir votre interlocuteur, c'est Olà, viva. Pour dire au revoir, lancez Ciao et pour dire que vous pensez vous revoir vite Até jà (à tout de suite) ou Até breve (à bientôt). Dans le doute, adoptez Até logo (à plus !).

Faire – Ne pas faire

N'oubliez pas de dire " bonjour " (bom dia le matin, boa tarde l'après-midi, boa noite la nuit), " merci " (obrigado pour le masculin, obrigada pour le féminin : " je suis votre obligé-e ") et " s'il vous plaît " pour demander quelque chose (faz favor ou Com licença).

Ne pas s'énerver en faisant la queue car en général c'est très anarchique niveau organisation... Il faut donc prendre place dans la queue comme on peut et attendre patiemment son tour.

Faire la queue aux arrêts de bus ou de tram. Eh oui, ici les gens adoptent le système de premier arrivé, premier à monter dans le bus. Même si la queue n'est pas forcément visible, sachez que chacun a mémorisé l'ordre d'arrivée des passagers. Il n'est pas rare de voir des personnes âgées s'énerver contre des touristes qui n'auraient pas respecté cette règle.

Ne pas refuser un cadeau même si c'est un cadeau un peu kitsch à votre goût, au risque de vraiment vexer la personne qui vous l'offre.

Ne pas faire de remarques désagréables dans les restaurants si le match de foot passe sur écran géant car au Portugal le foot est une religion. Donc dans tous les restaurants, où presque, quand il y a un match, il passe à la télé !

Etre vigilant sur la route car les Portugais ne mettent presque jamais leur clignotant !

Evitez de bâiller ou de vous étirer en public ; en revanche, discuter avec quelqu'un en gardant les mains dans les poches est signe de décontraction.

Il est rare de se tutoyer, vous utiliserez souvent avec les amis A Ana ou O João, et si vous ne connaissez pas les personnes, utilisez O Senhor (homme) ou A Senhora (femme), même si le você (vous), à la manière brésilienne, tend à être de plus en plus utilisé. Quoi qu'il en soit ce sera toujours votre prénom qui sera mis en valeur plutôt que votre nom, ainsi si vous vous nommez Léo Granier on vous appellera le plus souvent O Senhor Léo, en vous tapant sur l'épaule amicalement, si vous êtes sympathique !

Adresses Futées de LISBONNE

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