Marseille, Marseille, tu l'aimes ou tu la quittes... La cité phocéenne a tant à offrir et ne laisse jamais personne indifférent. Ville portuaire au riche passé, c'est la plus vieille ville de France et elle symbolise ce brassage culturel de par son histoire et sa situation géographique accueillant de tous temps les peuplades venues s'y échouer des confins de l'Europe et de l'Orient. Elle est fondée au VIe siècle avant Jésus-Christ par des marins grecs à la recherche d'un site où installer un comptoir. Baptisée Massalia, ce n'est pas une ville plate, au contraire : entourée de pinèdes, roches calcaires et garrigues, le visiteur monte et descend au gré de ses quartiers sous un soleil faisant vite oublier le mistral glaçant des froides journées d'hiver. Dominée par la basilique Notre-Dame-de-la-Garde construite sur le site d'une vigie qui surveillait le golfe de l'Estaque et l'arrivée des bateaux dans son port, il ne faut pas croire que Marseille n'a de yeux que pour son littoral. Sa vie culturelle fourmille autant d'initiatives publiques - musées, un opéra à la programmation qui ne vous fera pas déchanter et de nombreux édifices religieux - que privées, le Vieux Port et ses pêcheurs, le Panier et son street art, l'odeur de bouillabaisse alléchée etc. Chaque quartier est un village à part entière et l'on y trouve encore de nos jours, petits artisans, traditions locales et habitat typique, le tout admirablement conservé ou rénové. Alors, bonne visite en vous promettant que c'est loin d'être fadasse...
Vue du Vieux Port de Marseille© TOM PEPEIRA - ICONOTEC

" La Bonne Mère ! " À prononcer avec un accent provençal à couper au couteau... La basilique Notre-Dame de la Garde porte ce joli surnom parce qu'elle veille sur les marins, pêcheurs et tous les habitants de la cité phocéenne. Culminant à 154 m au-dessus de la ville, la colline de la Garde a toujours été un poste d'observation, depuis une ordonnance de Charles II d'Anjou au XVe siècle, fonction qui perdure jusqu'en 1978. Afin de protéger Marseille des armées de Charles Quint, François Ier fait construire, en 1524, un fort au sommet de la colline, destiné à assurer une bonne défense de la ville. Protection qui vient conforter celle déjà apportée par château d'If. On peut d'ailleurs aisément deviner l'emplacement du fort qui sert aujourd'hui d'assise à l'édifice religieux et on aperçoit l'emblème du Roi au-dessus du porche nord : la Salamandre.

La colline prend son sens sacré lors de la construction de la basilique, qui devient mère protectrice de la ville. En témoigne l'extraordinaire collection d'ex-votos. Au XIXe siècle, le sanctuaire s'avère trop petit pour accueillir tous ses visiteurs. Monseigneur de Mazenod décide de construire sur l'édifice existant un bâtiment beaucoup plus grand. Les travaux, confiés à l'architecte Espérandieu, débuteront en 1853. De style romano-byzantin, l'édifice se compose d'une église basse, d'une crypte voûtée qui abrite un crucifix polychrome (XVIe siècle) et d'une mater dolorosa du sculpteur Carpeaux. L'église haute, nommée le sanctuaire, est consacrée à la Vierge.

Notre-Dame de la Garde veille à 154 m, sur la ville phocéenne.© D.R.

En 1640, le Conseil de la Ville suivant la politique royale de l'époque de " grand renfermement des pauvres " décide de choisir un lieu propre et cloisonné pour " enfermer " les orphelins, pauvres et mendiants natifs de Marseille. Datant de 1670, l'hospice de la Vieille-Charité est à porter au crédit de Pierre Puget, enfant du quartier devenu architecte du roi, qui fut choisi par le Conseil des Echevins pour réaliser cet édifice.

Le bâtiment, terminé en 1749, se compose de quatre ailes de bâtiments fermés sur l'extérieur et ouverts par une galerie voûtée à trois rangées d'arcades, de facture classique quelque peu austère. Au centre de la cour, la chapelle construite entre 1679 et 1707 est une oeuvre architecturale remarquable à dôme ovoïde, parfait exemple du pur baroque romain. L'allure classique du fronton, dans le style Second Empire, reprend le thème de la Charité accueillant les enfants indigents, entourés par deux pélicans qui les nourrissent. C'est au début des années 40 que le Corbusier remarquant l'édifice et et son état d'abandon le dénonce. Vingt ans plus tard, en 1961, la Ville de Marseille décide de la restauration de ce monument qui s'achèvera en 1986. On y trouve désormais un centre polyculturel qui comprend des musées (le musée d'Archéologie méditerranéenne et le musée d'Arts africains, océaniens et amérindiens), une bibliothèque d'art, une librairie, un cinéma et de nombreuses galeries où ont lieu régulièrement des expositions. Un lieu unique, situé en plein coeur du quartier du Panier, où l'on peut venir se cultiver ou bien simplement flâner.

Expos, librairie et restaurant, un plaisir magique© Carine KREB

Projet porté par le ministère de la Culture et de la Communication et ouvert à l'occasion de Marseille Provence 2013, le MuCEM, premier grand musée national des Civilisations d'Europe et de Méditerranée pour le XXIe siècle est devenu incontournable pour toute personne flânant sur le Vieux-Port de Marseille. Pépite architecturale en bord de mer et constitué de deux ensembles, le nouveau bâtiment, signé Rudy Ricciotti, et le fort militaire Saint-Jean, interdit au public jusqu'à cette rénovation, sont à la fois un lieu de promenade gratuit offrant une vue spectaculaire sur la cité phocéenne et la mer, et un lieu d'expositions très aéré. Avec comme réconfort, sa petite terrasse au sommet, ombragée par la structure même du bâtiment où il fait bon prendre un petit verre.

Une fois rassasié, la promenade se poursuit donc sur la passerelle haute reliant le musée au Fort Saint-Jean et son tout nouveau jardin méditerranéen, les pieds dans le vide. Le fort héberge une partie des expositions et aurait abrité le temple d'Artémis, la déesse majeure des massaliotes. A l'endroit même de la tour Saint-Jean aujourd'hui, à l'entrée du port, on éleva une tour au XIIIe siècle, appelée Maubert, détruite à la libération. Et en 1660, Louis XIV y fit construire également les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean, élevé entre 1668 et 1674 par le chevalier de Clerville et terminé par Vauban. A noter : une seconde passerelle le relie au quartier du Panier, partant de la porte Royale du fort vers l'église Saint-Laurent.

Vieux Port de Marseille.© S-F / Shutterstock.com

À Marseille, bien plus qu'ailleurs, le football se respire, se vit et la ville est rythmée par les résultats de l'équipe phocéenne. Dans ce contexte, le stade Vélodrome est devenu un véritable temple du football...

Le stade est bâti dans le 8e arrondissement en 1937 pour accueillir les courses cyclistes, avec ses 35 000 places d'origine. Très vite, il se métamorphose en prévision du championnat d'Europe de Football en 1984, jusqu'en 1998 pour la coupe du monde de football, et plusieurs extensions plus tard, l'enceinte est passée à 60 000 places pour accueillir les rencontres de l'Olympique de Marseille, mais également les grands matchs de rugby ou les concerts. Nouvel épisode dans cette saga avec le championnat d'Europe de football 2016, résultat : une extension et couverture d'une partie du toit (pour atténuer les effets du mistral) avec une capacité encore augmentée de 7 000 places supplémentaires transformant le lieu en véritable arène au pied des montagnes. Belle réussite architecturale, le Vélodrome arrive à la 14e place mondiale au classement des 100 plus beaux stades de la planète et caracole à la première position des plus beaux stades de football devant le Stade de France... Un podium établi par le magazine anglais " Four Four Two " selon plusieurs critères tels que l'histoire, l'atmosphère, la capacité, l'architecture, l'environnement et l'attrait de l'enceinte. De quoi en rendre fada plus d'un !

Le tout nouveau et pimpant Stade Vélodrome.© D.R.

La Cité Radieuse " inaugurée en 1952 est l'oeuvre géniale de l'architecte Charles-Edouard Jeanneret dit Le Corbusier. Imposante de par ses dimensions : 165 mètres de long par 24 de large et 56 de haut, et soutenue par 17 portiques car pesant plus 50 000 tonnes, son implantation évoque le thème du paquebot urbain ancré dans un parc. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à l'ère glorieuse du tout béton brut, cette véritable barre d'habitation collective émerge, et symbolise l'architecture moderne, pensée comme un tout communautaire (un Phalanstère). Contrairement à la ville horizontale dévoreuse d'espace, la Maison du Fada sera verticale : 9 étages, 18 niveaux pour 334 appartements en duplex, emboîtés deux par deux pour une meilleure isolation phonique, tous munis de terrasses et loggias multicolores pour laisser entrer la lumière. Commerces, services sociaux (école, crèche, poste, chapelle) et des espaces de loisirs (salle de sport, bar, hôtel, restaurant, galerie...), tout a été conçu pour que les habitants (1 500 environ) vivent heureux.

Mais, en septembre 2004, un premier incendie survient à l'intérieur du bâtiment et, plus grave encore, un second en février 2012. Troublant de constater que les deux foyers sont partis du premier étage pour se propager rapidement à l'appartement du dessus alimentés par le bois des planchers, des lattes et du mobilier d'origine. Espérons qu'il soit battu par les flammes mais ne sombre pas...

La façade multicolore de la cité radieuse de Le Corbusier.© www.lapetitecalanque.com

Envie d'échapper au tumulte de la cité phocéenne ? Rien de plus simple, prenez un ferry direction les îles du Frioul, au large de Marseille silhouette de calcaire au relief tourmenté façonné par le mistral. L'archipel se décline en quatre îles : Pomègues et Ratonneau, If et Tiboulen avec leur lot de plages, que vous trouverez principalement sur l'île Ratonneau. On étale sa serviette à la plage de sable de la Maison des Pilotes, le havre de Morgeret, plage de galets et rochers, la calanque de Saint-Estève sans oublier celle du Débarcadère. Sur l'île de Pomègues, cela dit on trouve de plus jolies petites criques aux eaux transparentes et plus chaudes qu'ailleurs. Le microclimat aride du site sert de refuge pour de nombreux oiseaux marins et notamment le goéland leucophée, le " gabian " des Provençaux.

Mais les îles du Friou ne se résument pas au farniente qu'elles inspirent, regorgeant de vestiges que le monde nous envie. Le château d'If, site exceptionnel de la Méditerranée et construit sur un îlot de l'archipel du Frioul a été classé monument historique en 1926 et c'est l'une des fiertés du patrimoine marseillais. François Ier le fait construire en 1524 face à la cité phocéenne. Mais la citadelle est devenu légendaire par ses prisonniers célèbres : le capitaine Anselme, conspirateur d'État en 1582 ; Mirabeau, de septembre 1774 à avril 1775, qui fut incarcéré sur ordre de son père. Sans oublier les récits d'Alexandre Dumas dans Le Comte de Monte-Cristo...

Le château d'If et les îles du Frioul© Lawrence Banahan - Author's Image

Le Panier, dont l'origine du nom viendrait de l'enseigne d'une auberge " Le Logis du Panier ", installée au XVIIe siècle est LE quartier emblématique de Marseille notamment grâce au feuilleton Plus Belle La Vie, qui s'inspire de son cachet pour ses décors de scène. Il faut glisser derrière l'Hôtel de Ville pour s'immerger dans ce quartier, le plus vieux de France, où se concentra pendant des siècles toute la vie de l'antique la cité phocéenne avec sa multitude de petits métiers liés à la mer. C'est un dédale de montées, d'escaliers, de passages qui interpellent les visiteurs.

En cours de rénovation depuis 1983, le Panier est devenu le quartier branché des jeunes bobos marseillais ; ses maisons se restaurent les unes après les autres, affichant de jolies façades colorées aux patines du Sud et aux volets de couleur. Et au détour de ses rues à l'italienne, on y croise la Maison Diamantée, parfait exemple du maniérisme en Provence, le Pavillon Daniel édifié au milieu du XVIIIe par les frères Gérard en pierre rose des carrières de la Couronne (ville du Nord de Marseille), l'hôtel de Cabre, savoureux mélange de styles gothique et Renaissance épargnée lors de la destruction des vieux quartiers en 1943 ou encore l'Hôtel Dieu, l'Église et le Préau des Accoules. C'est notamment grâce à ce quartier que la ville tient le haut du panier...

Les rues sinueuses du quartier emblématique, « Le Panier ».© phgaillard2001

L'accès à l'eau ne s'est pas fait en un jour, c'est le moins que l'on puisse dire. Dès le XVIe siècle, on pense à creuser un canal qui alimenterait Marseille en eau de la Durance et au XIXe, cette question devient épineuse notamment à cause des épidémies de choléra... C'est alors que l'on pense également à la construction d'un château d'eau monumental porté à la gloire de cette eau, devenue si précieuse. Voilà la genèse du palais Longchamp, ce bâtiment baroque et flamboyant dédié à la gloire de l'eau, des arts et de la science.

Son architecture grandiloquente et admirable fut planifiée par l'architecte Henri Espérandieu. Les installations et le mobilier (grandes vitrines murales et vitrines tables) du Muséum d'Histoire Naturelle, dans l'aile gauche du bâtiment, ont été dessinés par l'artiste lui-même ! Le Palais, né des mains de l'ingénieur Franz-Major de Montricher, couronne un parc colossal. Les travaux ont été achevés durant l'année 2013 pour redonner naissance à toute la beauté et aux atouts du parc, rendus publics en 1988. Le kiosque à musique, le pavillon de la girafe et la grande volière ont retrouvé tout leur prestige d'antan, la restauration des cages aux ours, de la cabane au toit de chaume, du pavillon de l'éléphant, de la petite volière, de la volière aux perroquets et des cages aux fauves, rafraîchissant l'ensemble. Et les animaux en fibre de verre colorés ont enfin envahi les cages !

Le palais Longchamp.© D.R.

Remontant à la seconde moitié du XVIIIe siècle, le château Borély est emblématique des demeures de plaisances construites à l'époque, aux alentours de la ville par les grandes familles marseillaises. Pour la petite histoire, Louis Borély (1692-1768), un noble issu d'une famille dauphinoise qui s'est implantée en Provence depuis cinq siècles nourrit le projet de construire une bastide sur le domaine de Bonneveine. Par ses dimensions et son ordonnance, il a pour ambition de faire oublier toutes les autres demeures du terroir et fait alors appel en 1767 à l'architecte J.-L. Clérisseau, réputé pour son goût italianisant.

Trop chargé sans doute, de bas-reliefs, de balcons et de statues, le programme est simplifié à la française, et la décoration intérieure, confiée au peintre Louis Chaix met sur pied de fastueux trompe-l'oeil, des camaïeux et de vastes compositions à sujets mythologiques pour les plafonds, les murs, les dessus-de-porte. Le château est devenu depuis un musée des Arts décoratifs, de la faïence et de la Mode après une superbe réhabilitation en 2013 ! L'élégant bâtiment entièrement rénové accueille aujourd'hui le musée qui compte environ 1 500 pièces remarquables rapatriées des divers musées (Cantini, château Pastré) dans lesquelles elles se trouvaient ainsi qu'un exceptionnel ensemble d'oeuvres de Moustiers (XVIIIe siècle) et de céramiques françaises du XIXe siècle. 

Château Borély - Marseille© VINCENT FORMICA