Croyances nordiques anciennes

Les croyances des Scandinaves avant l’arrivée du christianisme peuvent être désignées par le terme paganisme, qui qualifie les religions polythéistes autant que le fait de ne pas croire en un Dieu. Attention toutefois, car ce terme est souvent employé avec une connotation péjorative, la littérature chrétienne ayant inventé ce terme pour désigner ce (ceux) qui s’oppose(nt) au christianisme. Les croyances scandinaves comprenaient de nombreux mythes, relatés dans les Eddas, deux manuscrits du XIIIe siècle qui traitent de mythologie, de cosmogonie, de métrique et d’art, le tout sous forme poétique. Ces récits anciens sont, comme les mythologies et religions indo-européennes (voir travaux de Georges Dumézil), organisés selon trois fonctions : juridico-magico-sacerdotale (Odin), guerrière (Thor) et de la reproduction (Vanes). La mythologie scandinave est très belle, riche et complexe et il serait vain de la résumer en quelques lignes. Vous pouvez par exemple lire les sagas de l’Islandais Snorri Sturluson, à la fois poète, homme politique, historien et diplomate. Et si vous avez envie d’être familier avec ces dieux vikings de façon plus ludique, n’hésitez pas à vous (re)plonger dans les bandes dessinées Thorgal de Jean van Hamme et Grzegorz Rosiński !

Arrivée du christianisme

La religion chrétienne arrive peu à peu à partir du Xe siècle avec les missionnaires allemands et anglais. Håkon Ier, élevé et baptisé à la cour d’Angleterre, 3e roi de Norvège, essaie d’imposer le christianisme vers 950. Sa tentative rencontre quelques succès sur la côte ouest, où des relations commerciales existaient déjà avec l’Angleterre. Cependant, dans les provinces centrales du Trøndelag, les plus peuplées à l’époque, il se heurte à une opposition si violente qu’il doit renoncer à tout espoir de conversion. Ce n’est que vers 995 que la résistance païenne dans le fief de Trøndelag sera brisée par un autre roi chrétien, Olav Tryggvasson. Mais celui-ci ne règne que quelques années (995-1000) : il meurt à la bataille de Svolder, contre les rois danois et suédois. Le paganisme norvégien connaît alors un bref répit avant de prendre fin quinze ans plus tard, lorsque le roi Olav II Haraldsson lance une nouvelle vague d’évangélisation, s’appuyant sur l’épée plutôt que sur le verbe. C’est encore dans le Trøndelag que la résistance se montre la plus farouche en suscitant un soulèvement des Bønder (propriétaires fonciers). Le roi Olav II trouve d’ailleurs la mort en 1030, lors de la bataille de Stiklestad contre les Bønder. Malgré la défaite de ce roi chrétien, la bataille de Stiklestad marque la fin du paganisme en Norvège. Les derniers bastions de la résistance tombent en l’espace de quelques années. Des pèlerins affluent de toute l’Europe, traversant les plateaux montagneux de Dovrefjell, jusqu’à la cathédrale de Nidaros (Trondheim) érigée à la gloire d’Olav II le Saint.

Effet du christianisme sur le paganisme

La christianisation aura des conséquences considérables dans le pays. L’ordre social traditionnel, fondé sur la famille et le clan, disparaît peu à peu, remplacé par un pouvoir fort et centralisé dont les deux principales institutions seront la royauté et l’Église. Les dieux de l’ancienne religion sont bientôt assimilés aux démons et considérés comme étant des esprits diaboliques. Le christianisme apporte avec lui une autre conception du monde et une nouvelle idée de l’homme, car le péché et la grâce étaient jusque-là des concepts inconnus des Scandinaves. La doctrine chrétienne prônant la soumission de la femme à l’homme était également une nouveauté.

La place de la religion aujourd’hui

La religion est de plus en plus perçue comme une question personnelle, voire privée. Cela étant dit, l’Église luthérienne est encore majoritaire, même si son monopole est remis en question : catholiques ou orthodoxes représentent environ 9 % de la population et l’islam est devenue récemment la seconde religion du pays par le nombre de pratiquants. La majorité des musulmans sont des immigrants de première ou seconde génération originaires entre autre des pays suivants : Pakistan, Irak, Somalie, Bosnie-Herzégovine, Iran, Turquie, Kosovo, Maroc, Algérie et Tunisie. Sont aussi présentes de nombreuses autres religions minoritaires (bouddhisme, sikhs, judaïsme, etc.) sans oublier tous ceux qui ne se déclarent d’aucune religion. Les mouvements populistes de droite anti-immigration et d’extrême droite sont bien réels en Norvège, comme en témoigne l’attaque d’une mosquée en 2019 et le drame d’Utøya en 2011. Par ailleurs, la question des religions dans l’enseignement reste un sujet sensible.

Lieux de culte en Norvège

Les lieux de culte les plus anciens retrouvés en Norvège sont les églises chrétiennes puisque avant cela si les peuples scandinaves avaient des lieux sacrés, ils n’avaient besoin ni de prêtres, ni de dogme, ni de lieux de cultes. Avec le christianisme sont arrivées les églises. Les stavkirke, « églises en bois debout », restent une particularité du pays, car elles datent du XIe siècle et sont entièrement en bois ! Tout le bois de charpente est posé verticalement, d’où le nom. La date de leur construction, vers la fin de l’épopée glorieuse des Vikings, les fait ressembler plutôt à des temples païens avec leurs multiples toits hérissés des mêmes têtes de dragon que celles des proues des navires vikings. Enduites de goudron pour la conservation et ne comportant pas de fenêtres, ces petites églises sombres dégagent un air un peu inquiétant. La plupart d’entre elles ont été détruites au cours du XIXe siècle (incendies surtout) et la Norvège n’en compte plus que 28 aujourd’hui. Il existe aussi de nombreuses églises plus récentes, en bois également, et souvent peintes en rouge, jaune ou blanc. Dans les villes, on trouve des églises bâties en pierre, dont la plus belle est la cathédrale de Nidaros, à Trondheim. Les autres religions présentes en Norvège ont aussi leurs lieux de culte. La première mosquée de Norvège a par exemple été ouverte en 1974 dans le Centre culturel islamique d’Oslo.

Croyances du peuple sâme

Les Sâmes croient en l’existence indépendante de l’âme ainsi qu’aux forces de la nature, bonnes ou mauvaises, comme le tonnerre, le vent, le soleil et la lune. Les rites sacrificiels se célébraient jadis à l’air libre, les lieux de culte étant une montagne ou un monticule de pierres présentant une forme particulière. Ces lieux sacrés, au sommet desquels se trouvait une idole, portaient le nom de seite. Les chamans intermédiaires étaient appelés noiades. L’ours était considéré comme une créature mi-humaine, mi-divine. Son culte, caractéristique de la religion lapone pré-chrétienne, occupait dans cette mythologie une place privilégiée. L’ours représentant le produit le plus prestigieux d’une chasse qui impliquait de très gros dangers, une expédition de chasse nécessitait un rituel très complexe et la présence d’un noiade. Une fois l’ours tué, on le remerciait par un chant de s’être laissé capturer et on invoquait son âme afin qu’elle ne se vengeât point. Sa chair était préparée et répartie entre les assistants lors d’un banquet solennel, tandis que la peau et les os étaient enterrés rituellement. Le tambour était l’accessoire le plus important des noiades. Le chant populaire sâme est le joik. Le rythme du tambour accompagné du chant du joik permettait au noiade d’accéder à l’extase grâce à laquelle son âme pouvait se séparer de son corps et voyager dans le cosmos. La colonisation, le désir d’appropriation de leurs terres et la christianisation forcée eurent évidemment des conséquences dramatiques : interdiction de pratiquer leur religion, leur langue et le joïk, tambours brûlés… Le peuple sâme est de nos jours en grande partie christianisé. La Norvège a ratifié la Convention 169 relative aux droits des peuples indigènes et tribaux et reconnaît ce peuple dont la culture tend à revivre et connaît un regain d’intérêt, notamment grâce au tourisme, à l’art et à l’artisanat.