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Ole Bull, violoniste virtuose ©Everett Collection - Shutterstock.com.jpg

Les musique et danse traditionnelles

Schématiquement, deux grandes familles de tradition musicale cohabitent en Norvège : celle associée aux peuples issus du monde germanique et celle des Sâmes. Chez ces derniers, l’expression musicale la plus importante est sans conteste le joik. Ce chant poétique monocorde s’apparentant à une longue complainte lancinante et envoûtante, faisait à l’origine partie de la religion animiste des Sâmes. Parfois comparé aux chants des Amérindiens, le joik n’est pas une chanson au sens où nous l’entendons – ils ont peu ou pas de paroles, ne riment pas et n’ont pas de structure définie – mais plus une tentative d’exprimer l’essence d’un sujet sur un mode très personnel et spirituel. Si dans le courant du XXe siècle, le joik connut une lente désaffection du public, il a ces dernières années trouvé un intérêt renouvelé, entre les mains de quelques artistes de la jeune génération norvégienne lui offrant une cure de jouvence comme Ella Marie Hætta Isaksen et son groupe d’electro-joik ISAK ou le groupe Adjágas. Parmi les grands noms norvégiens du joik, Frode Fjellheim est un de ses plus grands ambassadeurs. Sa composition Eatnemen Vuelie est devenue internationalement célèbre en figurant en ouverture de la Reine des Neiges (oui, il y a du joik dans un film Disney). Citons également Mari Boine, sans doute la chanteuse sâme la plus célèbre avec son folk-rock minimaliste gorgé de joik. Hors des scènes, il est courant d’entendre du joik durant les fêtes de Pâques Sâmes à Karasjok et à Kautokeino.

La musique vocale norvégienne issue de la tradition germanique du Nord comprend le kveding, sorte de « chant parlé » avec des ornements et une intonation libre. On trouve aussi des ballades et chansons courtes populaires, appelés stev, comprenant des variantes comme le gamlestev, qui est dansé ou le nystev, plus mélancoliques et rurales ou encore le slåttestev texte lié à un air pour violon.

Les chants folkloriques épiques constituent une des formes les plus importantes de musique folklorique vocale en Norvège. Transmises depuis le Moyen Âge, elles ont été transcrites pour la première fois au XIXe siècle. Ces ballades décrivent généralement des événements historiques, sur un ton le plus souvent dramatique ou tragique.

L’instrument iconique du folklore norvégien est le violon Hardanger (ou hardingfele). S’il s’apparente à un violon standard, il en diffère cependant en de nombreux points et notamment sur le fait que ses cordes sont doublées de « cordes sympathiques » – c’est-à-dire de cordes sur lesquelles on n'exerce aucune action mais qui entrent en vibration par résonance ou par « sympathie » avec les notes jouées à la même fréquence. Ainsi, les notes jouées sont enrichies d’un bourdon. Grande maîtresse du hardingfele, Annbjørg Lien a de nombreuses fois été saluée (et critiquée) pour sa fusion de sons traditionnels, rock et jazz tandis que la violoniste Tuva Syvertsen a emmené l’instrument sur de nombreux nouveaux territoires en collaborant notamment avec des groupes de rock comme Dum Dum Boys. Outre le hardingfele, le folklore norvégien comprend une pléthore d’instruments dont le bukkehorn (corne de chèvre), l’harpeleik (cithare), le langeleik (un dulcimer à caisson), le lur (ressemblant à une trompette), la seljefløyte (une flûte en saule) ou encore la tungehorn (une clarinette).

Certains de ses instruments peuvent être entendus dans les œuvres d’artistes tels que Kirsten Bråten Berg, figure séminale de la musique folklorique norvégienne qu’elle a participé à réinventer ou plus récemment du phénomène des ventes locales Odd Nordstoga qui travaille à rendre la musique folklorique plus accessible. Plus niches mais très appréciés, des groupes comme Gåte ou Lumsk fusionnent musique folklorique et métal.

Les danses folkloriques norvégiennes sont généralement des danses de couples bien qu'il existe également un certain nombre de danses en solo, comme le halling, fameuse pour ses acrobaties et son rythme effréné. Cette dernière fait partie d’une famille plus large de danses rurales appelée bygdedans, comprenant les plus anciennes et plus emblématiques danses folkloriques du pays.

Les formes de base des bygdedans sont le gangar, une danse de marche et le springar une danse de course, les deux étant divisées en trois séquences. Au fil du temps, de nombreuses variations régionales se sont développées. Par exemple, dans la partie occidentale du pays, le gangar et ses airs traditionnels ont été remplacés par le rull s’approchant de la valse. Les bygdedans sont encore très pratiquées et pour la plupart toujours très liées aux événements importants comme les mariages ou fêtes comme Noël.

Deux rendez-vous où voir des musiques et danses traditionnelles norvégiennes : Rørosmartnan, grande fête hivernale qui a lieu tous les ans depuis 1854 où se mêlent artisanat traditionnel et danses, un évènement national qui regroupe jusqu’à 75 000 visiteurs ainsi que le Bergenfest, festival international de musique de Bergen, le plus important de Norvège avec des concerts classiques et modernes, du théâtre, des opéras, des ballets, de la musique et des danses folkloriques.

La musique classique

Si elle ne vient pas immédiatement à l’esprit comme une grande nation de la musique classique, la Norvège bénéficie pourtant d’une riche histoire dans le domaine. Une histoire remontant au XVIIIe siècle, époque à laquelle apparaissent ses premiers compositeurs remarquables comme Georg von Bertouch, Johan Daniel Berlin et Johan Henrik Berlin. Ils sont contemporains du fameux violoniste Ole Bull (1810-1880), premier grand musicien norvégien. Il est devenu célèbre dans le monde entier à partir des années 1830, se produisant non seulement en Norvège mais aussi dans d'autres parties de l'Europe et aux États-Unis, précédé de la réputation du « Paganini nordique ». Prodige de son instrument, il a également donné ses lettres de noblesse au hardingfele et a été un des premiers à interpréter des airs folkloriques devant un public urbain. Un geste dans l’air de son temps puisque c’est à cette époque que la musique traditionnelle norvégienne commence à investir la scène.

Quelques figures importantes s’illustrent alors comme Halfdan Kjerulf, premier collecteur notable de musique folklorique et admirateur de Beethoven, lui-même admiré par un certain Edvard Grieg. L’époque est aussi celle du premier opéra norvégien Fredkulla, composé par Martin Andreas Udbye ainsi que celle de l'hymne national norvégien Ja, vi elsker dette landet, composé par Rikard Nordraak. C’est lui qui, dans les années 1860, conseille à son compatriote Edvard Grieg de s’inspirer du folklore pour composer sa musique. Figure incontournable de la musique classique, Edvard Grieg (1843-1907) a axé son travail sur la recherche d’un style musical authentiquement norvégien poussé par un fort sentiment nationaliste à une époque où la Norvège faisant alors partie intégrante du royaume du Danemark. À 25 ans, il compose son fameux Concerto pour piano en la mineur où les éléments typiquement norvégiens se fondent dans des harmonies plus européennes. Plus tard, c’est à la demande d’Ibsen que le musicien compose la musique de scène de Peer Gynt qui comprend les deux airs les plus connus de Grieg : Le Matin et Chanson de Solveig. Depuis quelques années, des partitions longtemps considérées comme secondaires ont été redécouvertes et réhabilitées. Ce que l’on remarque notamment dans l’intérêt porté par le festival de Bergen (Festspillene) sur le Grieg moins connu, offrant une place à ses musiques de scène, de chambre, ses chansons, etc.

À la fin du XIXe siècle, la Norvège connaît une croissance économique moteur de l’industrialisation et de l’urbanisation grandissante. On joue alors plus de musique dans les villes, et les représentations d'opéra et les concerts symphoniques gagnent en qualité. L’époque est toujours au romantisme, d’où sortent d'éminents compositeurs nationaux tels que Johan Svendsen ou Christian Sinding (l’autre grand compositeur norvégien avec Grieg) qui continuent de combiner traditions européennes et tonalités norvégiennes.

Après son indépendance en 1905, le nationalisme musical norvégien gagne encore en vigueur et les thèmes folkloriques fleurissent dans les œuvres de compositeurs tels que David Monrad Johansen, Eivind Groven et Geirr Tveitt. L'utilisation de la musique folklorique s’estompe après la Seconde Guerre mondiale où les mouvements internationaux d’avant-garde s’immiscent dans la création locale. Chose particulièrement perceptible chez des compositeurs comme Knut Nystedt, Finn Mortensen ou Arne Nordheim. Ce dernier est considéré comme le compositeur le plus important de l'après-guerre dans le pays, notamment pour son travail sur l’électro-acoustique. Dans la période contemporaine, se distinguent Olav Anton Thommessen, Glenn Erik Haugland, Ketil Hvoslef et surtout Marcus Paus, l'un des compositeurs classiques norvégiens contemporains les plus joués.

La Norvège possède deux orchestres nationaux. Fondé en 1765, l'orchestre philharmonique de Bergen est le plus ancien du pays. Il fut autrefois dirigé par Grieg (entre 1880 et1882) et est depuis 2015 entre les mains du chef anglais Edward Gardner (qui dirige aussi l’Opéra national). L’orchestre le plus prestigieux est sans conteste le philharmonique d'Oslo. Créé en 1919, l’ensemble a grandement contribué à la vie musicale norvégienne, en particulier grâce à l'impact du chef d'orchestre letton Mariss Jansons dans les années 1980. Ce dernier a réussi le pari de changer complètement l'idée que les Norvégiens se faisaient de la musique symphonique tout en lui offrant une notoriété internationale. Après le Letton, les grands directeurs successifs – André Previn, Jukka-Pekka Saraste, Vasily Petrenko – ont brillamment maintenu le prestige de l’institution. C’est désormais le surdoué finlandais Klaus Mäkelä (il a été à la tête de l'Orchestre de Paris, âgé de seulement 24 ans) qui en est la baguette principale. L’orchestre réside et se produit au Oslo Konserthus, impressionnant bâtiment parfois décrié pour son acoustique (elle serait même la cause de la démission de Jansons). Moins connu, moins prestigieux aussi, l'orchestre symphonique de Trondheim propose pourtant des concerts de grande qualité.

Pays amoureux de classique, les rendez-vous dédiés ne manquent pas. Dans la capitale, le plus intéressant est le Festival de musique de chambre d'Oslo, fondé par nul autre que le géant norvégien du violon Arve Tellefsen, qui a joué avec tous les grands orchestres et directeurs du monde et profite de sa notoriété pour inviter la crème de la musique classique à se produire sur place. Ailleurs dans le pays, les mélomanes adorent se rendre à la Semaine musicale du Nordland de Bodø ainsi qu’au Festival international de musique de chambre à Stavanger dont certains concerts ont lieu dans la cathédrale.

Le jazz

Les pays du Nord sont traditionnellement des viviers d’excellents musiciens de jazz et la Norvège ne déroge pas à la règle. Le pays est même un des plus dynamiques du genre. Et une des particularités de la scène locale, c’est que le violon y tient une place importante. Comme en témoigne la virtuosité d’Ola Kvernberg ou la très belle discographie d’Erlend Apneseth, jeune maître du Hardanger dont chaque sortie est couverte de louanges.

Mais naturellement, le pionnier parmi les pionniers du jazz norvégien est Jan Garbarek. Étiqueté free à ses débuts, Garbarek est devenu avec le temps synonyme d’un jazz éthéré, lent, ambiant et curieux d’embrasser d’autres esthétiques. Il est un des piliers du label allemand ultra-respecté ECM Records et a ouvert la porte de celui-ci à de nombreux autres jazzmen norvégiens. Parmi eux, le fabuleux pianiste Christian Wallumrod (et son ensemble) tout comme l’accordéoniste envoûtant Frode Haltli constituent des exemples majeurs du jazz norvégien contemporain. À noter qu’ils sont également signés sur le label Hubro, spécialisé dans le jazz explorateur et brouilleur de frontières.

Parmi les autres stars du jazz norvégien contemporain figurent le groupe Supersilent, le batteur Jon Christensen, un des plus grands de Scandinavie, le pianiste Bugge Wesseltoft, le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten ou encore le trompettiste Mathias Eick (beaucoup de ces artistes enregistrent aussi pour ECM). N’oublions pas de mentionner le trompettiste Nils Petter Molvaer et le groupe expérimental Jaga Jazzist qui, chacun à leur manière, ont emmené le jazz vers la musique électronique.

Quand on aime le jazz en Norvège, on ne s’ennuie jamais. Tout au long de l’année, on a le choix entre le Festival de jazz d’Oslo, le Festival de jazz de Trondheim, le Festival de jazz de Kongsberg, deuxième plus grande manifestation dédiée au jazz après le Festival de jazz de Vadso, installé dans une petite bourgade féerique près du Cap Nord ou encore le Sildajazz et le Moldejazz, tous deux nichés au milieu des fjords.

Les musiques actuelles

Outre A-Ha dans les années 1980, la Norvège jouit d’une scène bourdonnante de musiques actuelles. Côté pop, par exemple, trônent les Kings of Convenience menés par le très chic Erlend Øye, Anna of the North, pleine de promesse ou encore, plus expérimentale, Jenny Hval. En musique électronique, le trio de producteurs Lindstrøm, Prins Thomas et Todd Terje, est la figure de proue du « cosmic disco », disco lente, suave et ascensionnelle typiquement scandinave.  Le duo Röyksopp, quant à lui, est originaire de Tromsø. Il est connu pour ses compositions downtempo mêlées à du trip hop.  Citons également le DJ et producteur de tropical house Kygo, dont la renommée internationale fait la fierté des Norvégiens.

Moins dansant, citons aussi Biosphere, grand nom de l’ambient. Sur la scène rock, enfin, le Kaizers Orchestra, Kakkmaddafakka et les DumDum Boys ont maintes fois fait parler de la Norvège à l’internationale.

Parlons un peu plus de Kaizers Orchestra : la Norvège possède l’un des groupes les plus originaux de la scène rock actuelle et pourtant la France ne les connaît presque pas ! Fondé en 2000, le groupe, originaire de la région de Bryne, est l’un des premiers groupes norvégiens à chanter dans sa propre langue et à être connu et populaire hors de ses frontières. En effet, surtout grâce au succès de leur 3e album Maestro ils se font rapidement connaître pour leurs sonorités spéciales et une utilisation originale des instruments de musique. Grâce à leur popularité notamment au Danemark et en Allemagne, ils entament une tournée européenne en 2005 qui connaît un beau succès. En 2008, ils sortent Maskineri, puis Våre demoner en 2009 et Violeta Volume 1 en 2011, album dont on attend la suite avec impatience ! Dans un style rock alternatif aux sonorités parfois influencées des Balkans, ils ont une musique très rythmique, avec des textes souvent engagés et touchant à des thèmes assez durs (folie, guerre, mafia). Très bons sur scène, ils ont été récompensés de plusieurs prix pour leurs performances en live.

Enfin, la voix puissante de Susanne Sundfør est très populaire ici. Son dernier album, Music for People in Trouble, est signé chez Bella Union, un label indépendant écossais.

Côté hip-hop, c’est le duo Karpe qui fait vibrer les Norvégiens avec son rap engagé pour la cause des demandeurs d’asile, ou encore Ivan Ave, MC osloïte signé au label berlinois Jakarta Records. Il a notamment collaboré avec la chanteuse de jazz brésilienne et norvégienne Charlotte Dos Santos.

Plus récemment, c’est la chanteuse Okay Kaya qui fait parler d’elle, avec sa folk lo-fi. Née dans le New-Jersey, elle a grandi dans la région d’Oslo. Elle a d’ailleurs joué dans l’angoissant Thelma de Joachim Trier…