Guide de Tanzanie : Histoire

Chronologie

1,7 million d'années av. J.-C > traces de vie de Homo abilis et Homo erectus dans les gorges d'Olduvai, au Ngorongoro.

1498 > l'explorateur portugais Vasco de Gama, en route vers les Indes, est le premier Européen à accoster sur les côtes tanzaniennes, à Tongoni.

1506 > les Portugais contrôlent la majeure partie des côtes de l'Afrique de l'Est.

1699 > les Portugais sont chassés de Zanzibar par les Omanais.

1873 > la Grande-Bretagne impose l'abolition du commerce des esclaves au sultan de Zanzibar.

1886 > l'Allemagne et la Grande-Bretagne signent un traité délimitant leurs zones d'influence respectives au Tanganyika et au Kenya. Zanzibar devient un protectorat britannique.

1905-1906 > la révolte des Maji Maji est écrasée dans le sang par les Allemands.

1919 > la Grande-Bretagne hérite de l'administration du Tanganyika après la dissolution de l'empire colonial allemand.

1961 > indépendance du Tanganyika.

1963 > indépendance du sultanat de Zanzibar.

1964 > le Tanganyika et Zanzibar fusionnent pour créer la république de Tanzanie.

1978-1979 > guerre entre la Tanzanie et l'Ouganda qui s'achève par la fuite du dictateur ougandais Amin Dada.

1992 > instauration du multipartisme.

2015 > John Magufuli devient le 5e président de la république tanzanienne.

Les origines

Comme beaucoup de pays africains, la Tanzanie a une longue et intéressante histoire. Elle remonte à plusieurs millions d'années, puisque c'est dans la Vallée du Rift, de l'Ethiopie à la Tanzanie en passant par le Kenya, que serait apparus les premiers Hommes. Le crâne découvert en 1995 dans la région du lac Turkana daterait, en effet, de 4 millions d'années. Les empreintes fossiles de pas de Laetoli, découvertes en 1979, à 28 km au sud-ouest d'Olduvaï, en Tanzanie, remontent à 3,7 millions d'années. Le squelette de Lucy, mis au jour en 1974 dans la vallée de l'Omo, en Ethiopie, par une expédition franco-américaine (comprenant notamment Yves Coppens), est daté d'un peu moins de 3 millions d'années ; il s'agit de l'Australopithecus afarensis (de la région du peuple afar). Et le premier crâne trouvé en juillet 1959 par le Dr Louis Leakey dans la gorge d'Olduvaï en Tanzanie, l'Australopithecus zinjanthropus (de Zinj, le nom arabe de la côte des pays d'Afrique de l'Est), est vieux d'environ 1,8 million d'années.

L'immense intérêt que la Vallée du Rift présente pour la paléontologie date de 1911, année où un entomologiste allemand, le professeur Katwinckle, parti à la recherche de papillons rarissimes, dans la gorge d'Olduvaï, une région reculée et très difficilement accessible du Tanganyika, tomba par hasard sur des fossiles d'animaux préhistoriques apparaissant à la surface du sol. Les spécimens qu'il rapporta suscitèrent un grand intérêt en Allemagne, et une expédition fut organisée dès 1913, sous la direction du professeur Hans Reck. Celui-ci resta 3 mois sur le terrain avant de ramener un grand nombre de fossiles en Europe, dont certains sont visibles au musée de Berlin. En 1933, l'archéologue Leakey, après avoir pris connaissance de ces découvertes, décida de se rendre à Olduvaï, avec Mary, qui allait devenir sa femme, et le professeur Reck. Les Leakey y entreprirent des fouilles, pour lui jusqu'à sa mort en 1972, pour elle, décédée en 1996, jusqu'au début des années 1980.

Le site d'Olduvaï a ceci d'extraordinaire qu'il expose dans ses strates un résumé de l'évolution humaine. Le National Museum, à Dar es Salaam, rassemble l'essentiel des découvertes qui y furent faites. A Isimilia, près d'Iringa, un musée réunit également une très riche collection d'outils préhistoriques trouvés dans le lit d'une rivière des environs. Et la région de Kondoa Irangi, entre Arusha et Dodoma (centre de la Tanzanie), est très renommée pour ses peintures rupestres datant de l'âge de pierre tardif. Nombreux dans la région, les abris rocheux, qui constituaient l'habitat le plus courant de l'homo sapiens, se prêtaient parfaitement à ce genre d'expression.

Peuplement
Le peuplement originel

Actuellement en Tanzanie vivent toujours ceux qui sont considérés comme les derniers survivants de l'âge de pierre, descendants directs de l'homo habilis de la région d'Olduvaï. Ce sont les Khoisan, cousins des Bushmens du Kalahari (désert s'étendant au Botswana et, dans une moindre mesure, en Namibie et en Afrique du Sud), avec qui ils partagent leur langage à clics (la langue claque sans cesse contre le palais). En fait coexistent ici deux groupes : les Sandawe au sud, près des rochers peints de Kondoa, et les Watindiga, ou Hadzabe, dans le Nord, sur la rive nord-orientale du lac Eyasi, non loin du Ngorongoro, dans des habitations troglodytiques de type quasi préhistorique. Les Sandawe vivent de l'élevage, alors que les Watindiga ont une économie basée sur la chasse et la cueillette. Ils chassent à l'arc, et ramassent racines, tubercules, baies et miel sauvages... Il est extrêmement émouvant, bien qu'éprouvant étant donné les distances et les obstacles, d'aller à la rencontre de ces hommes vivant dans un autre âge. Ils sont petits, ont le teint plutôt clair, les traits plus fins que les Bantous, mais sont brachycéphales (crâne aussi large que long, par opposition à dolichocéphale).

Le peuplement par le nord-ouest

Un deuxième peuplement se fit à partir de 3 000 ans avant notre ère, celui des Couchites. Ce peuple de pasteurs, mentionné par la Bible (Kush est un des quatre fils de Cham, lui-même un des trois fils de Noé), introduisit l'élevage bovin en Afrique de l'Est et, connaissant la technique de la culture du millet, se sédentarisa rapidement, notamment dans la région de Mbulu (hauts plateaux à environ 42 km au sud de Karatu). Organisés en classes d'âge, ils pratiquaient la circoncision. Ils ne travaillaient pas le fer, mais faisaient grand usage de la pierre polie, notamment pour la confection de meules ou des récipients. Ces peuples noirs europoïdes, les Iraqw et les Burungi d'aujourd'hui, sont proches des Somalis et de certaines ethnies du sud de l'Éthiopie, du Soudan (Barabra et Galla) et aussi du sud de l'Egypte et de l'Arabie. On leur attribue, sans doute par erreur, la construction de la cité d'Engaruka, entre Natron et Manyara. Bien qu'en ruine depuis plus de 300 ans, cette cité témoigne d'une exceptionnelle maîtrise des techniques d'irrigation et des constructions en pierre. Les anciens Couchites l'occupèrent sans doute à un moment de leur histoire, avant de devoir la quitter sous la pression de nouveaux arrivants (Maasaï ou Tatog), mais rien ne nous permet de penser qu'ils en furent les bâtisseurs. Aucun de leurs ouvrages ne porte la marque d'une pareille maîtrise. Le mystère reste entier.

Le peuplement massif par l’ouest : les Bantous

Entre 1 000 av. J.-C. et 1 000 ap. J.-C., arrivèrent massivement d'Afrique équatoriale les Bantous, à la peau plus foncée et aux traits plus épais. Ils étaient agriculteurs et connaissaient assez bien la métallurgie, qu'ils introduisirent dans l'actuelle Tanzanie, alors immense territoire séparé de l'Ouest par les Grands Lacs, et dont toutes les montagnes offraient sur leurs versants d'importantes surfaces de terres fertiles et bien arrosées, propices aux cultures après défrichement. Les Bantous apportèrent de nouvelles céréales, de nouveaux vêtements, des bijoux à base de perles et des outils en métal. Ils arrivèrent par les actuels Burundi et Rwanda, entre les lacs Tanganyika et Victoria, fondant quelques royaumes et assimilèrent une grande partie de la population autochtone khoisan et couchite, dont seule l'importance des reliefs permit la survivance de petits groupes isolés (les Hadzabe, par exemple, qui ne sont plus qu'un millier environ aujourd'hui). Un sous-groupe bantou un peu à part, les Sonjo, qui vivent de nos jours à une cinquantaine de kilomètres d'Engaruka, sur le plateau menant au nord vers les plaines du Serengeti (région de Wasso), pourrait être à l'origine de cette ville : ils pratiquent l'irrigation, mais ne construisent pas en pierre et n'entreprennent aucun élevage simultanément à leurs cultures. Parallèlement, dans le royaume du Grand Zimbabwe, à l'âge de fer africain (XIIIe-XVIe), les éleveurs bantous shona bâtissaient leur capitale en blocs de granit ajustés sans mortier, et développaient des relations avec les Perses et les Chinois grâce aux Swahili, peuple du littoral.

L'arrivée massive des Bantous eut pour aboutissement l'organisation des populations en une centaine de tribus (les Bantou représentant 95 % de la population), chacune avec un chef à sa tête.

Le peuplement par le nord (Les Nilotes, ou Nilo-hémitiques)

Le peuplement le plus tardif est dû à l'arrivée assez belliqueuse de groupes de pasteurs et de guerriers, en provenance du haut Nil, c'est-à-dire la région actuelle du Sud Soudan, qui parlent des langues nilo-sahariennes. Les Tatogs d'il y a quelques centaines d'années, comme les Maasaïs un peu plus tard (à partir du XVIIIe siècle), étaient d'excellents guerriers, en particulier lorsqu'il s'agissait d'une histoire de bétail ou de pâturages. Leurs armes se composaient d'un casse-tête fabriqué à partir d'une racine d'acacia, d'une lance (deux pièces de fer forgé solidement emmanchées sur une pièce de bois) et d'un long couteau pourvu d'une lame de 35 cm à 50 cm de long, ressemblant aux glaives des armées romaines (celles-ci firent un tour dans la vallée du Nil). Cet armement était parfois complété d'un gros bouclier, très résistant, en peau de buffle. Les Tatogs sont grands, ont les traits fins, et le regard en général très fier. Leurs adversaires les appellent Barabaig ou Wamangati (les hommes courageux). Après avoir assez facilement repoussé les populations qui manquaient de tradition guerrière, les Tatogs et les Maasaïs s'affrontèrent, sans doute férocement, pour la domination de la région ouest du Ngorongoro et des plaines du Serengeti. Les Maasaïs finirent par avoir le dessus, et les Tatogs furent repoussés plus au sud, notamment autour du mont Hanang, un massif montagneux (3 417 m) situé entre Arusha et Dodoma.

Les Wa-Arusha, qui habitaient la région de la ville du même nom à l'arrivée des colons, sont également apparentés aux Maasaïs, bien qu'ils soient sédentarisés et devenus cultivateurs, et métissés avec les bantous Meru de cette région.

Une invasion par le sud à portée limitée

Une cinquantaine d'années avant l'accélération de la colonisation portugaise au Mozambique, et l'occupation provisoire de la région du lac Malawi par quelques troupes allemandes, les Ngoni, guerriers féroces, d'origine bantoue, venus d'Afrique australe à travers l'actuelle Zambie, et apparentés aux Zoulous et Xhosas d'Afrique du Sud, envahirent brutalement le sud de l'actuelle Tanzanie. Ils eurent le temps d'écraser quelques tribus bantoues, avant d'être arrêtés à l'est par les Yao et au nord par les Hehe, ethnies beaucoup plus fortes en nombre. Ils sont installés aujourd'hui sur des terres fertiles, dans la région de Songea, près de la frontière avec le Mozambique, où ils s'adonnent principalement à la culture du thé, de manière on ne peut plus pacifique.

L’ouverture par l'océan Indien et l'esclavage

En 700 avant J.-C., le pharaon Néchao aurait demandé aux Phéniciens, grands navigateurs, de faire le tour du continent africain en bateau aussi loin qu'ils le pourraient. On parle même d'expéditions terrestres antérieures qui seraient parvenues jusqu'au Mozambique. Ainsi, dès l'Antiquité, les premiers visiteurs débarquèrent sur la côte pour faire du commerce par troc, c'est-à-dire un échange de produits, que ce soit avec les chasseurs et agriculteurs de l'intérieur, ou avec les pêcheurs et cultivateurs de la côte. Cette dernière était baptisée par les géographes arabes médiévaux Zinj, ou Zanj (" le pays des Noirs "). Le nom de Zanzibar a gardé l'étymologie de cette première appellation. Des marchands de la péninsule arabique, notamment du Yémen et d'Oman, de Phénicie, d'Inde, du golfe persique et d'Égypte semblent en tout cas être venus dès le Ve siècle avant notre ère pour acheter ivoire, bois précieux, copal (résine utilisée pour la fabrication de vernis), gomme, or, peaux d'animaux, parfums et esclaves bien sûr. Ptolémée, géographe grec d'Alexandrie (première moitié du IIe siècle ap. J.-C.), évoque pour la première fois cette région lointaine, et décrit ses habitants comme grands et de peau foncée. Vers la même époque, un manuel de navigation destiné aux navigateurs de commerce, Le Périple de la mer Erythrée, mentionne la présence de commerçants arabes installés sur la côte et mariés à des femmes africaines. L'influence musulmane prend un caractère de plus en plus dominant, en particulier au IXe siècle, et le métissage avec les Bantous donne naissance au peuple et à la culture swahilis. A partir de la fin du XIIe siècle, les Perses Shirazi commencent à s'installer massivement sur la côte, pour promouvoir et maîtriser le commerce avec l'intérieur du continent, faisant remonter leurs grandes caravanes jusqu'au-delà des Grands Lacs. Ils construisent en particulier Kilwa. Entre 1499 (le premier passage d'un navigateur européen, Vasco de Gama, de retour des Indes à la tête de trois caravelles) et 1698 a lieu sur la côte, et en particulier à Zanzibar, Pemba et Kilwa, l'intermède européen. Les Portugais s'y imposent en fait sans difficulté, car les Perses shiraz ne s'attendaient pas du tout à l'arrivée d'une puissance étrangère concurrente et, a fortiori, venue d'aussi loin. En outre, s'étant eux-mêmes facilement imposés aux tribus africaines, leurs constructions étaient bien davantage des palais que des forteresses. A cette époque, les navigateurs portugais décrivent la côte du pays et les îles comme impressionnantes de fertilité et d'opulence.

En 1587, les Portugais, trop peu nombreux et trop éloignés de leurs bases, sont massacrés par les habitants de Pemba. En 1591, le premier navigateur anglais fait escale sur l'île aux épices. Vers 1690, Fatuma (métisse d'ascendance shirazi-africaine) devient reine de Zanzibar, mais reste loyale aux Portugais. Ceux-ci seront finalement battus 8 années plus tard, par une flotte de 3 000 hommes envoyée par l'imam de Mascate (Oman), et devront se replier jusqu'au Mozambique.

Le XVIIIe siècle est celui d'une nouvelle colonisation, venue de l'Arabie méridionale, et spécialement, d'Oman. L'esclavage prend alors son ampleur maximale. De cette époque, jusqu'à son abolition officielle en 1873, on estime à plus de 1,5 million (dont 600 000 entre 1830 et 1873) le nombre d'esclaves emmenés de l'intérieur des terres ou capturés sur la côte, sans compter ceux qui moururent en chemin. Les besoins de la péninsule arabique (Oman en particulier), ceux des îles colonisées par les Européens dans l'océan Indien (Moluques, Seychelles, Maurice et Réunion), ceux enfin des sultans omanais de Zanzibar et de Pemba (en particulier pour les plantations de girofliers) en étaient la cause. Un grand marché officiel fut même ouvert en 1811 à Zanzibar. Deux routes caravanières arrivaient de l'intérieur du continent : l'une du bassin du Zambèze, en passant par les rives nord du lac Nyasa (ou lac Malawi), jusqu'à Kilwa ; l'autre du lac Victoria, par Tabora, jusqu'à Bagamoyo (au nord de Dar es Salaam), qui signifie d'ailleurs " sans espoir ". Au XIXe siècle, les premiers explorateurs et missionnaires attirèrent l'attention des États européens sur les proportions prises par la traite des esclaves en Afrique de l'Est, et les sultans durent peu à peu céder aux Occidentaux. Mais, malgré son abolition officielle, l'esclavage continua jusqu'au début du XXe siècle illégalement, orchestré par les Omanais qui malgré l'acceptation un peu forcée des règles britanniques, envoyaient clandestinement des esclaves sur la Péninsule.

Les explorateurs européens

Le pasteur allemand Johan Ludwig Krapf arriva à Zanzibar en 1844, et, après avoir reçu un bon accueil du sultan Seyyid Said, se mit à parcourir le Tanganyika. Un autre pasteur allemand, Rebman, le rejoignit en 1848 et découvrit le Kilimandjaro. Krapf traduisit Le Nouveau Testament en swahili, et tous deux commencèrent à construire églises et écoles.

Richard Burton et son assistant John Speke, explorateurs anglais à la recherche des sources du Nil, arrivèrent à Zanzibar en 1856, et entreprirent de remonter la route arabe des caravanes, jusqu'au lac Tanganyika. En partant de Tabora, Speke atteignit le lac Victoria (qui lui doit son nom, en référence à la Reine d'Angleterre) en 1858. Il y retourna en 1861, et comprit qu'effectivement, les chutes de Jinja (aujourd'hui chutes d'Owen sur la rive ougandaise du lac Victoria) constituaient bien le début des eaux du Nil, 6 670 km en amont de son delta méditerranéen, fait qu'il ne parvint pas à faire accepter à ses contemporains. Il mourut de blessures par balles dont l'origine reste mystérieuse.

Le docteur David Livingstone remonta d'abord le fleuve Zambèze, du Mozambique aux chutes Victoria (à la frontière actuelle entre Zambie et Zimbabwe), puis, en 1866 se dirigea de Mtwara (côte Sud de la Tanzanie actuelle) vers les lacs Tanganyika et Victoria, toujours dans le but de déterminer l'emplacement des sources du Nil, mais aussi de découvrir de nouveaux axes de communication, et de répandre la foi chrétienne. Il fut en particulier témoin, dans cette région, des horreurs de la traite des Noirs et fit part dans ses courriers au gouvernement anglais de l'urgence qu'il y avait à faire cesser les massacres perpétrés par les marchands d'esclaves arabes ou en relation avec les Arabes.

Henry Morton Stanley. L'Occident étant resté sans nouvelles de Livingstone pendant plusieurs années, le journaliste américain Henry Morton Stanley (un Anglais orphelin, qui prit ce nom et la nationalité américaine par snobisme, et montra rarement de l'intérêt pour les cultures qu'il découvrait) partit à sa recherche. Il le découvrit en 1872 à Ujiji, près de Kigoma, sur le lac Tanganyika. Livingstone mourut de dysenterie une année plus tard, près du lac Bengeulu en Zambie, d'où son corps fut transporté à pied par deux serviteurs, sur 2 500 km, jusqu'à Bagamoyo, avant d'être rapatrié en Angleterre. Stanley décida de retourner au Tanganyika pour accomplir la mission de Livingstone, à la tête d'une expédition de 224 hommes. Parti en novembre 1874, il revint 2 ans et 10 mois plus tard, ayant perdu tous ses compagnons d'origine européenne et un grand nombre de porteurs et de guides africains. L'expédition confirma cependant la thèse de Speke contre celle de Burton et de Livingstone, à savoir que le Tanganyika appartenait au système hydrologique du Congo, et que le Victoria était bien la source du Nil.

Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) explorait à la même époque les profondeurs de l'Afrique, plus à l'ouest. D'autres explorateurs encore traversèrent ce qui deviendrait un jour la Tanzanie ; leur souvenir est moins connu, mais leur destin fut souvent au moins aussi tragique. Oskar Baumann par exemple, un Autrichien qui découvrit le lac Manyara et le lac Eyasi, se fit massacrer en 1899 par une tribu moyennement accueillante, à l'âge de 34 ans.

A ces explorateurs, on peut associer un certain nombre de missionnaires chrétiens, dont les Spiritains à partir de Bagamoyo en 1868 et de Zanzibar, qui se rendirent jusqu'à Morogoro et Kondoa ; les Anglicans à partir de 1875 ; les Pères blancs à partir de 1878, qui s'installèrent à Tabora, sur le lac Tanganyika à Ujiji et Karema, sur le lac Victoria à Mwanza et Bukoba ; les Bénédictins à la même époque, qui fondèrent des missions à Bihawana près de Dodoma, à Iringa, Mahenge et Peramiho dans le Sud-Ouest, et sur le plateau Makonde.

La colonisation allemande

Des sociétés de commerce allemandes (en particulier la Compagnie de l'Afrique orientale allemande dirigée par Carl Peters) commencèrent à s'établir dans le pays, en signant des accords avec les chefs de certaines tribus locales (il s'agissait bien souvent de traités d'amitié signés en allemand avec des chefs illettrés...). De fait, l'influence germanique allait devenir peu à peu prédominante dans la partie continentale du pays. En partageant les zones d'influence, les accords germano-anglais de la conférence de Berlin, en 1886, donnèrent naissance à l'Afrique orientale allemande (Deutsch Ostafrika), qui englobait le Tanganyika (y compris le Kilimandjaro cédé par la reine Victoria à son neveu le kaiser Guillaume), ainsi que le Rwanda et le Burundi. Zanzibar et Pemba, sous protectorat britannique, restaient aux mains des sultans.

La conquête

Carl Peters versa simplement 2 000 livres au sultan pour acquérir tous les droits d'exercer son influence sur la partie continentale de la région. Hermann von Wissman, officier supérieur et commissaire du Kaiser pour la Deutsh Ostafrika, débarqua à Bagamoyo en 1887. Les Allemands entreprirent alors de remonter les routes des caravanes contrôlées autrefois par les Arabes, pour s'emparer progressivement des grandes agglomérations et des points de passage importants. Leur tactique était d'abord de conquérir une région, par la force s'il le fallait (ce qui prit parfois plusieurs années, notamment en raison du terrain accidenté et de l'éloignement de leurs bases), ou en imposant leur drapeau aux chefs tribaux, signe de reconnaissance de leur autorité. Puis ils remplaçaient le chef par un autre qui leur était soumis. Enfin, ils installaient un poste ou même un fort militaire pour contrôler les grandes routes, et organisaient des escortes et des patrouilles. Ils occupèrent notamment les régions où s'étaient implantées pacifiquement les missions (en particulier des Français, de l'ordre du Saint-Esprit, des Bénédictins allemands, et la London Missionary Society), qui n'avaient pas attendu, pour construire églises, hôpitaux et écoles, que les desseins commerciaux, politiques et, peut-être, humanistes des autorités coloniales les conduisent à imposer un contrôle du pays par la force. En 1878, un missionnaire anglais avait déjà été tué à Tabora par des pillards qui attaquaient systématiquement les caravanes. Les Allemands justifièrent leur conquête par la nécessité urgente de faire cesser l'esclavage, il est vrai encore très présent, en dépit de son interdiction officielle à Zanzibar.

La résistance

Mais bien plus que dans les pays voisins, les nouveaux arrivants se heurtèrent à une forte résistance de plusieurs ethnies, en particulier les Hehes de la région d'Iringa. La rébellion débuta par une contestation des concessions de terres accordées par les Allemands pour la culture du coton le long de la rivière Rufiji. Mais cette querelle reflétait un malaise plus profond : avertis de la situation des tribus voisines, les Hehes tenaient à sauvegarder leur liberté et leur indépendance. Leur chef Mkwawa Mwamyinga, après qu'une de ses délégations, envoyée en 1891 pour demander la paix, fut rentrée sans résultat satisfaisant, organisa des raids sur les villages contrôlés par les Allemands ou leurs alliés arabes.

Zelewski, surnommé " le Marteau " par les tribus locales en raison de sa brutalité, partit à la tête d'une expédition de 270 soldats et officiers. Après avoir écrasé plusieurs villages hehes, ils tombèrent dans une embuscade dressée dans une gorge. Dix Allemands périrent, dont Zelewski, transpercé par une lance sans qu'il ait eu le temps de descendre de son âne, et les autres durent battre en retraite. Les Hehes en effet disposaient de plus en plus d'armes à feu, obtenues en contrebande ou bien capturées sur les Allemands eux-mêmes, ou bien encore fabriquées artisanalement, comme celles des Arabes. Démoralisés par leur défaite, les Allemands n'approchèrent plus les fiefs hehe pendant quelque temps, ayant à faire face par ailleurs à l'opposition d'une autre tribu, les Nyamwezis, qui les occupaient beaucoup aussi à l'ouest, dans la région de Tabora.

Les hostilités avec les Nyamwezis commencèrent en avril 1892, lorsqu'une expédition des Allemands, qui ne cachaient plus depuis quelque temps leurs intentions hégémoniques, fut attaquée à Tabora. En représailles, les Allemands incendièrent plusieurs villages et, au cours des mois qui suivirent, attaquèrent le fort nyamwezi à trois reprises, mais toujours en vain. Ce n'est qu'en janvier 1893 que, lourdement armés et renforcés par les troupes expérimentées de von Prince, ils purent donner l'assaut décisif. Le chef des Nyamwezis, Isike, enfermé dans son fort, le fit exploser, un tout petit peu trop tôt cependant, ce qui évita aux Allemands des pertes considérables. L'explosion ne tua pas complètement Isike : il respirait encore, et von Prince le fit pendre sur-le-champ. Par la suite, cette décision fit éprouver du remords au commandant allemand, qui déclara reconnaître en son adversaire un vrai héros. La victoire de von Prince arriva en tout cas juste à temps pour éviter une alliance des Nyamwezis avec les Hehes, ce qui aurait sans doute stoppé l'avancée allemande pour de très nombreuses années. En décembre 1893, après un bref mais violent combat, les Allemands s'emparèrent d'un second fort, celui de Nkandi, construit en pierre sur plus de 2 km de circonférence. Pendant ce temps, les Hehes continuaient de dérober le bétail et d'incendier les villages des zones conquises par les Allemands. En 1894, ils s'allièrent avec un Arabe puissant, Rumaliza, qui avait été battu au Congo par les Belges et s'était installé à Ujiji (sur le lac Tanganyika) avant d'en être chassé par les Allemands, qui y établirent un poste en 1896, 5 ans après celui de Tabora. A la saison sèche de 1894, un corps expéditionnaire de plusieurs milliers de soldats, dont bon nombre d'auxiliaires d'autres ethnies, fut placé sous le commandement de von Prince (qui relata ensuite son expédition dans Gegen Araber und Wahehe). Après avoir contourné l'escarpement menaçant qui y menait, et où Zelewski avait été attaqué, ils assiégèrent la place forte de Kalenga, qu'ils ne réduisirent à merci qu'après plusieurs heures de très violents corps-à-corps, de case en case et de retranchement en retranchement. Le chef Mkwawa put cependant s'échapper, et mena une guérilla pendant quatre années. Le harcèlement des patrouilles et convois allemands continuant, von Prince accusa Mpangile (le frère cadet de Mkwawa), pourtant bien disposé envers les Européens, et le fit fusiller avec trois autres membres de sa famille, au grand dam des frères bénédictins et de la femme même du commandant allemand. Les affrontements se poursuivirent, jusqu'à ce que, traqué, affamé, et sentant la cause de son peuple perdue, Mkwawa se suicidât, en juillet 1898, dans le Ruaha (sa tête, mise à prix, fut tranchée par un Allemand et emportée en Allemagne au musée ethnologique de Brême, où elle resta conservée avec 200 autres, dont 53 de la Deutsch Ostafrika, jusqu'à sa restitution, en juin 1954, grâce aux efforts du gouverneur britannique Twining). Von Prince, lui, devait mourir à Tanga en 1914.

Le XXe siècle

De 1886 au tournant du siècle, eurent lieu d'autres affrontements, moins importants certes mais nombreux, où les Allemands profitèrent des divisions des différentes tribus, combattant chacune isolément leur ennemi commun. En 1897, commença la grande épidémie de peste bovine, qui décima, pendant plusieurs années, les troupeaux de la plupart des ethnies pastorales de la région, notamment des Maasaïs, en provoquant de très graves famines. De 1905 à 1906 eut lieu une autre grande révolte, au sud de Dar es-Salaam, une révolte connue sous le nom de maji maji (on appelait ainsi un esprit habitant les Uluguru Mountains, qui donnait à leurs eaux le pouvoir de protéger des balles).

Cette rébellion, à laquelle prirent part les tribus du sud du Tanganyika, alliées pour l'occasion et armées seulement d'arcs et de lances, fut très violemment réprimée : 75 000 personnes moururent, dont un grand nombre de famine, suite à la politique de terre brûlée menée par les Allemands qui incendièrent champs et greniers, et tous les chefs furent exécutés. La tête de Songea, le chef ngoni qui donna son nom à la ville, fut expédiée en Allemagne comme celle de Mkwawa, mais n'a pas été retrouvée.

Pour faciliter les communications et le commerce, les Allemands construisirent deux lignes de chemins de fer : la ligne joignant Tanga (dans le nord de la côte) à Moshi (au pied du Kilimandjaro), achevée en 1911, et la ligne centrale, de Dar es-Salaam à Kigoma, sur le lac Tanganyika, qui atteignit d'abord Tabora en 1914. Avec le choix comme capitale, au détriment de Bagamoyo, de Dar-es-Salaam, un petit village de pêcheurs boueux aux baraques de bambou mais disposant d'eaux profondes, avec la mise en place rapide d'une infrastructure portuaire, avec le développement de routes et de ponts, les Allemands amorçaient le démarrage économique du pays. De grandes exploitations agricoles surgirent dans l'intérieur des terres, en particulier sur les contreforts fertiles du Kilimandjaro, du mont Meru et du Ngorongoro. La région est du cratère fut occupée à partir de 1900 environ. Deux frères, les Siedentopf, se partagèrent même l'intérieur du cratère, y construisirent chacun une ferme, y plantèrent du sisal et y élevèrent également des troupeaux de bovins mais ces derniers étaient fréquemment volés par les Maasaïs, qui considèrent que Dieu leur a donné tout le bétail de la Terre. Les ruines de la première ferme sont toujours visibles dans le cratère au nord du cours d'eau Munge, tandis que les bâtiments de l'autre, au Sud-est de la forêt du Lerai, abritent des chercheurs.

1914-1918

Très peu de temps après la déclaration de guerre en Europe commencèrent les affrontements entre Anglais et Allemands. Ils débutèrent notamment sur la côte, où les Anglais avaient massé leurs troupes à Zanzibar et Pemba, et sur la frontière kényane, à Mombasa et au sud de Nairobi. Dès le 20 septembre 1914, après avoir harcelé durant 2 semaines les bateaux à vapeur britanniques, le Königsberg coula le HMS Pegasus dans le port de Zanzibar, avant d'aller se réfugier dans le delta de la rivière Rufiji. Les Anglais eurent besoin de 10 mois pour le repérer, grâce à l'une des premières reconnaissances aériennes de l'histoire. Le conflit se déplaça ensuite dans l'intérieur des terres. Sur le lac Victoria, des ferries à vapeur et des remorqueurs échangèrent des tirs. Sur le lac Tanganyika, les Britanniques firent usage de canonnières, venues du Cap en pièces détachées. Le général allemand Paul von Lettow Vorbeck mena la vie dure aux Anglais. Il les attaqua à Mombasa, les battit sévèrement à Tanga, les empêcha de débarquer plus dans le sud, les bloqua pendant de nombreux mois dans une guerre de tranchée, et mena ensuite, dans l'intérieur des terres, une tactique de harcèlement permanent, digne des guérillas plus contemporaines. Le fameux chasseur Selous, officier de l'armée britannique, perdit la vie en 1917, en le combattant, dans le nord de l'immense réserve actuelle qui porte son nom. Dans ces circonstances, les historiens rapportent en particulier la cruauté des Allemands, qui pendirent purement et simplement de nombreux combattants adverses d'origine africaine. Après deux années difficiles, les Alliés, commandés par le général anglais Smuts, venu du Cap, et par le général belge Tombeur, reprirent l'initiative, notamment grâce à l'aide d'avions et hydravions, en tirant partie de l'isolement des Allemands, le Haut Commandement à Berlin ayant d'autres priorités. Le 8 mai 1916, les Alliés prenaient ainsi Kigali (dans l'actuel Rwanda). Le 19 juillet, ils s'emparaient de Kigoma et d'Ujiji sur les rives du lac Tanganyika, le 19 septembre, de Tabora, jusque-là capitale de guerre des Allemands.

En octobre, ils écrasaient, dans la région de Mahenge, les fugitifs échappés de Tabora. Le retrait prématuré des Belges permit, en avril 1917, la dernière offensive allemande, dans la région de Tabora. Le 9 octobre 1917, le fort de Mahenge, à l'ouest de Singida, défendu par 3 000 hommes, fut enfin pris et, le 27 novembre, les Alliés remportèrent une dernière bataille à Nevala, sur la frontière avec l'est africain portugais (l'actuel Mozambique). La fin des hostilités eut lieu en décembre, ce qui fit de ce conflit le plus long de tous ceux connus par les colonies dans le cadre de la Première Guerre mondiale. En 1919, le traité de Versailles confia le mandat sur le Tanganyika à la Grande-Bretagne, sur le Rwanda et le Burundi à la Belgique : l'Afrique orientale allemande n'existait plus. Pour la première fois, le pays portait le nom de Tanganyika.

L’administration coloniale britannique

Un gouverneur fut nommé par la Couronne britannique assisté d'un conseil exécutif et doublé d'un système judiciaire. La période de 1919 à 1961 fut celle d'un relativement important développement économique. On procéda à la mise en place des infrastructures (ponts, routes Arusha-Moshi, Nairobi-Arusha, dite route des Italiens car construite par des prisonniers italiens durant la Seconde Guerre mondiale...), on investit dans la construction des écoles et des hôpitaux, et on promut des plans de mise en culture en vue de mieux nourrir la population (maïs, céréales) mais aussi exporter (café, coton, sisal). La société traditionnelle africaine se trouva bouleversée à la fois par l'arrivée du christianisme, qui modifiait les coutumes et relations intra-tribales, et par l'arrivée du capitalisme qui, en monétarisant les échanges, changeait également les relations intertribales. Les ethnies capables de produire et de vendre un bien nouveau prirent l'avantage sur les autres, en allant jusqu'à acheter leurs terres. La raréfaction du troc augmenta le volume des échanges, et l'ouverture et l'inventivité des tribus prirent le pas sur leurs qualités guerrières, dans un ordre imposé par le droit et la force britanniques. Certains, dont les Maasaïs, devaient rester résolument à l'écart de cette évolution.

Le soutien médical et l'hygiène s'améliorèrent, malgré l'apparition de quelques nouvelles maladies. Aujourd'hui encore, il est extrêmement difficile de se déterminer objectivement sur le caractère positif ou négatif de cette évolution (diminution de la douleur physique, correction des infirmités, prévention des principales maladies et hausse de l'espérance de vie), et la perte des traditions et valeurs ancestrales qui s'ensuit généralement. La question de savoir si la douleur physique est plus destructrice que la souffrance liée à la perte de ses repères culturels restera probablement à jamais ouverte.

De la colonisation allemande, le pays gardera ses deux premières lignes de chemin de fer, certaines constructions (forts, fermes, maisons, ponts coloniaux) et quelques mots de vocabulaire, ainsi que l'habitude des choux (rouge et blanc) dans l'alimentation. Les Anglais cartographient le pays et mettent en place un cadastre. A la même époque, des familles de colons s'installent et investissent dans toutes sortes d'activités économiques, notamment les grandes plantations. A côté des Anglo-Saxons, de très nombreux Grecs, qui avaient fui les guerres balkaniques dès 1912 et qui s'étaient installés en Afrique de l'Est, faisaient preuve d'un dynamisme économique reconnu.

Afin de construire les infrastructures (notamment les lignes de chemin de fer d'Afrique de l'Est), et d'occuper les postes d'employés administratifs, on fit venir, dès le début des années vingt, de nombreux Indo-Pakistanais, déjà accoutumés au travail sous la direction de Britanniques, et d'un niveau d'instruction moyen un peu supérieur à celui des Africains. De plus, en faisant administrer le pays par des gens venus de l'extérieur, on limitait le risque d'apparition de velléités d'indépendance de la part d'une élite créée localement, ou celui de domination d'une ethnie sur les autres. Après les troubles de l'indépendance indienne en 1948 et la séparation du pays en deux, nombre d'Indo-Pakistanais, et a fortiori ceux qui étaient chez eux des Intouchables, décidèrent de rester en Afrique de l'Est. A la fin de l'administration britannique, beaucoup se reconvertiront dans des activités commerciales. Aujourd'hui encore, dans de nombreuses villes, ce sont eux qui tiennent la très grande majorité des commerces. Ils sont parfaitement anglophones.

Les origines de l’homme

Les paléontologues expliquent que les australopithèques s'éteignirent (il y a 1,2 million d'années), mais qu'ils étaient bien des pré-humains, puisque la branche des homo sapiens s'en détacha il y a plus de 2 millions et demi d'années. Auparavant, l'apparition de ces australopithèques (dont certains étaient donc ancêtres des hominidés) fut le résultat de la séparation avec la branche aboutissant aux singes actuels (il y a environ 35 millions d'années), puis d'une modification radicale du climat en Afrique orientale, il y a 8 ou 10 millions d'années. Une période de glaciation s'achevant, et les déplacements tectoniques des plaques continentales ayant fait apparaître des montagnes importantes du nord au sud (aujourd'hui tous les volcans est-africains), les pluies toujours fortes en Afrique occidentale et centrale auraient été retenues à l'ouest par ces massifs, et la végétation aurait peu à peu fondamentalement changé, de la forêt de type équatorial à la savane. Afin de survivre dans ces hautes herbes, la marche en position debout était nécessaire, tandis que plus à l'ouest, les arboricoles continuaient à vivre comme avant. Le crâne découvert en 1995 au Tchad n'infirme pas cette thèse désormais largement acceptée : il semble simplement montrer que ces populations se déplaçaient un peu pour vivre et chercher le gibier là où il était. La paléontologie moderne n'affirme finalement plus que la modification de l'environnement fait évoluer les êtres vivants (dont les hommes), mais qu'en l'absence de réaction de ceux-ci, la nature sélectionne ceux qui sont amenés à survivre et donc à engendrer.

Quoi qu'il en soit, même les derniers australopithèques (Australopithecus boisei, soit, étymologiquement, " singes du sud robustes "), étaient bien des cousins des hominidés plus que des singes, jusqu'à, peut-être, ce que la lutte pour la pérennité de l'espèce ne s'achève en leur défaveur, du fait de leurs moindres capacités intellectuelles, comparativement à celles des ancêtres de l'homme actuel. Les australopithèques étaient caractérisés par un faible volume de la boîte crânienne (300 cm3 contre 1 500 cm3 pour nous), une robustesse générale et, en particulier, une robustesse de la mâchoire, d'où son appellation de nutcracker (casseur de noix), témoignant d'une capacité puissante de mastication. Leur démarche se caractérisait par un fort balancement latéral des hanches et des jambes. Laissées libres pour des tâches de transformation, alors qu'elles étaient utilisées jusque-là surtout pour se déplacer, les mains vont même jusqu'à se prolonger en outils.

Les fossiles les plus anciens d'homo habilis (" homme habile ") remontent à 2,4 millions d'années, mais les fouilles actuelles, notamment au Turkana, permettront sans doute d'en trouver de plus anciens. Ce sont probablement eux qui façonnèrent tous les outils retrouvés dans la plupart des sites où la géologie est propice à la découverte de gisements paléontologiques, comme c'est le cas par exemple dans la région d'Olduvai, lorsque des lacs très anciens se sont asséchés. Ces outils sont au départ de simples percuteurs ou galets aménagés, les premières pierres taillées, puis des monofaces, et des bifaces (apparus il y a environ 1,4 million d'années). Ces activités de transformation nécessitent un effort de réflexion de plus en plus grand : le système nerveux central se développe considérablement, puisque la boîte crânienne passera de 300 cm3 à 1 500 cm3 chez nous. Parallèlement, l'assèchement du climat (très important entre 3 millions et 2,5 millions d'années avant notre ère) aboutit à un abaissement du larynx permettant de mieux respirer, ce qui finit par rendre possibles l'apparition de la voix et le langage vocal. En même temps, toujours du fait de cet assèchement, l'australopithèque développait une mâchoire capable d'écraser des végétaux de plus en plus durs, alors que l'homo habilis devenait omnivore.

L'acquis prend de plus en plus d'importance par rapport à l'inné, les hominidés font preuve de capacités d'expérimentation toujours plus grandes, d'assimilation, de transmission, bref d'amélioration et d'adaptation à l'environnement, ce qui donne à chacun sa liberté et sa responsabilité. D'abord soumis au milieu naturel, l'homme devient peu à peu soumis au milieu qu'il a créé et que l'on appellera culturel.

En somme, tout en suivant l'évolution du climat et du milieu naturel, les progrès de son intelligence, de sa technique et de son anatomie semblent chacun avoir été cause des deux autres, l'anatomie précédant en particulier la technique, jusqu'à ce que la culture (l'acquis) prenne un jour le pas sur la nature, y compris la nature de l'homme (l'inné). L'action de l'homme sur son milieu devenait déterminante. A l'homo habilis succédait (vers 1,7 million d'années avant notre ère) l'homo erectus, maîtrisant le feu vers 500 000 ans avant notre ère, puis l'homo sapiens (une forme archaïque comprenant l'homme de Neandertal), et l'homo sapiens sapiens, celui que nous sommes.

L’indépendance

Accompagnant l'élévation du niveau d'instruction de la population, apparaissent des associations de tout genre, comme les coopératives de producteurs agricoles indépendants, ou, en 1929, la Tanganyika African Association (TAA), qui regroupent les élites du pays. En 1953, Julius Nyerere, enseignant né en 1922, ayant effectué ses études supérieures à Edimbourg, converti au catholicisme et rallié aux idées indépendantistes et socialistes, prend, à 31 ans, la direction de la TAA, qu'il transforme, l'année suivante, en parti politique, au nom nettement plus significatif de Tanganyika African National Union, et au slogan de " Uhuru na Umoja " (Liberté et Union). Après avoir remporté les élections haut la main, il obtient de la Grande-Bretagne l'indépendance du Tanganyika, le 9 décembre 1961, sans que soit versée une goutte de sang. Devenu Premier ministre, il démissionne un an plus tard pour mieux préparer les élections du 9 décembre 1962. Cette fois, il devient le premier président de la République. Le 10 décembre 1963, Zanzibar (avec Pemba) obtient son indépendance, mais reste contrôlé par deux partis initiés par les Britanniques, (représentatifs des seules élites économiques ou traditionnelles), le tout au sein d'une monarchie constitutionnelle à la tête de laquelle siège le sultan. Créé en 1957, l'Afro Shirazi Party, qui représente la majorité des habitants de l'archipel, dont en particulier les descendants d'esclaves et les ouvriers des champs et des docks, recueille à chaque élection le plus grand nombre de votes, sans jamais arriver au pouvoir. En janvier 1964, son leader Karume, assez radical, déclenche une sanglante révolution, qui fera environ 10 000 morts, principalement chez les conservateurs. Trois mois plus tard, le 26 avril 1964, le Tanganyika et Zanzibar fusionnent en un Etat unique et souverain, qui portera le nom de République unie de Tanzanie.

Le socialisme dans le nouvel état tanzanien

Le 5 février 1967, lors de la déclaration d'Arusha, Nyerere proclame la doctrine du socialisme à l'africaine, qui préconise, entre autres, une exploitation rationnelle des ressources du pays afin d'assurer le bien-être au plus grand nombre et de parvenir à l'autosuffisance. L'application de cette doctrine se traduit par la nationalisation des acteurs économiques significatifs du pays (en particulier les banques, les compagnies d'assurance, les industries, un certain nombre de grandes fermes tenues par des familles de colons), ainsi que par la décentralisation de l'administration, de façon à donner plus de pouvoir au peuple dans les affaires qui concernent son propre développement.

Ce socialisme dur et nourri d'idéalisme sera appliqué en Tanzanie rigoureusement jusque dans les années 1980. Il est inspiré par la Chine, qui veut faire du pays la tête de pont de son influence en Afrique. La stagnation de l'économie dans les années suivant l'indépendance, les faibles progrès de l'éducation, la persistance de la pauvreté et la mauvaise situation sanitaire du pays sont les raisons qui poussent Nyerere à réagir par le nouveau slogan " Uhuru na Kazi " (Liberté et Travail) et par la déclaration d'Arusha. Celle-ci est fondée sur le principe de l'Ujamaa, ou confraternité, mélange de la solidarité traditionnelle africaine avec l'affirmation de la propriété commune des biens, du respect des décisions communautaires et de l'obligation morale de chacun de travailler. Les objectifs idéologiques de l'Ujamaa sont généreux : construire une société dont tous les membres aient les mêmes droits et les mêmes opportunités, où tous puissent vivre en paix sans injustice et sans exploitation, et où chacun bénéficie d'une amélioration progressive de ses conditions de vie, sans qu'un seul individu ne vive dans le luxe au détriment des autres.

Dans la pratique, l'Ujamaa se traduit par une planification économique envahissante, des projets de développements trop nombreux qui se superposent et s'opposent trop souvent, une mise en oeuvre incertaine, des erreurs de gestion et des détournements des fonds publics. Des communautés villageoises, formées avec la promesse d'infrastructures, se voient aussitôt imposées. Bel exemple de la politique dirigiste nyereriste, peut-être juste dans son analyse mais irréaliste dans ses décisions, le Human Resource Deployment, en 1974, impose à tous les hommes inactifs des villes de partir travailler à la campagne en leur accordant des terres, sans tenir compte de leurs compétences ni de leurs désirs personnels. Sur le modèle des communes populaires chinoises, 800 cellules de bases, ou villages collectifs, sont créées, en réunissant des populations en dehors de tout groupe traditionnel, autour d'écoles, de dispensaires, d'une maison du parti unique, et d'une coopérative agricole, cassant les liens ethniques, claniques et de groupes d'âge. Des familles entières sont déplacées de force en camions, escortées par les forces de sécurité. De 1973 à 1976, 9 millions de personnes changeront de lieu d'habitation. Résultat : la production agricole plonge, et la production manufacturière ne décolle toujours pas.

La région des lacs dans la tourmente

En juin de la même année 1967, le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie s'unissent au sein de la East African Community, dans l'intention de former à terme un marché commun de l'Afrique de l'Est. Dans l'immédiat, la communauté se contente d'unifier la politique de change et de contrôle des devises, la direction des postes et télécommunications, la politique des transports par le biais de l'administration des ports, des chemins de fer et des lignes aériennes. Le siège de l'organisation est à Arusha. Mais peu à peu, des divergences de point de vue apparaissent, notamment entre la Tanzanie, socialiste et liée à la Chine, et le Kenya davantage lié aux pays occidentaux. Les tensions deviennent si fortes que la frontière est entièrement fermée en 1977, et le restera jusqu'à la fin de 1983.

En 1977 toujours, la guerre civile fait rage en Ouganda, et Idi Amin Dada, mégalomane, excentrique et dangereux, exprime des revendications territoriales sur 1 840 km2 tout en accusant la Tanzanie de monter contre lui une partie de la population. Il attaque la Tanzanie en octobre 1978 et s'empare de toute la bande de terre située à l'ouest du lac Victoria, jouxtant le Rwanda (région de Bukoba et de la rivière Kagera). Armées par la Chine, les troupes tanzaniennes remportent quelques victoires au prix de lourdes pertes humaines de part et d'autre, et d'un coût matériel exorbitant : 500 millions de US$, soit une année entière d'exportations. Elles occupent même une partie de l'Ouganda, une occupation qui, jusqu'à nos jours, n'y a pas laissé de très bons souvenirs. Sous la pression de l'OUA, les troupes ougandaises vont finalement se retirer de Tanzanie, mais des combats frontaliers persistants affaiblissent les forces d'Amin Dada, et ses opposants réussissent à le repousser, lui et ses troupes, jusqu'à la frontière Nord avec le Soudan. Il est remplacé par le général Okelo, tout aussi fou et sanguinaire. L'aboutissement de tous ces événements sera, dès 1977, l'éclatement de la Communauté, 10 ans après sa création.

A ces crises locales s'ajoute un environnement mondial peu favorable : choc pétrolier alors que la dépendance énergétique de la Tanzanie est très forte, baisse du cours international du café. La pénurie des biens de consommation est dramatique. Souffrant d'un déficit commercial catastrophique, le pays se concentre sur les achats de biens de production : machines, tracteurs, engrais...

En avril 1972, le cheikh Abeid Karume, président de Zanzibar, est assassiné. En 1977, dans un climat de volonté séparatiste, de corruption croissante et d'asphyxie économique, l'Afro Shirazi Party (Zanzibar) et le TANU fusionnent en formant le Chama Cha Mapinduzi (CCM), ou Parti de la révolution, consolidant ainsi l'union de la République. Le parti tient les rênes du pouvoir, tant national que local, et son appareil est impressionnant : un délégué pour dix foyers. Ce contrôle et cette répression, lors de laquelle le pays a compté quelques prisonniers politiques, ont sans doute été la cause de l'échec de la politique généreuse de Nyerere.

Le changement de cap économique des années 1980

La collaboration politique avec la Chine comporte également un volet économique qui se traduit par la construction de quelques usines (piles, bicyclettes...) et, en 1975, par celle de la ligne de chemin de fer Tazara (Tanzania Zambia Railway) traversant le pays de Dar es Salaam vers le sud-ouest, jusqu'à la frontière de la Zambie. Cette ligne existe toujours, mais elle comporte un grand nombre d'ouvrages d'art qui en rendent l'entretien très difficile. Pendant ce temps, le Kenya se développe assez rapidement, accueille des usines agroalimentaires et même automobiles (Europe et Japon), et devient un des six pays les plus avancés d'Afrique (après l'Afrique du Sud, le Lesotho, l'Algérie, le Maroc, le Sénégal). Son PNB par habitant place la Tanzanie parmi les huit pays les plus pauvres du monde. Mis à part le secteur du tourisme et quelques programmes d'aide internationale, il y a eu très peu d'investissements directs occidentaux. Prenant conscience du manque d'effet de sa politique économique, Nyerere infléchit les mesures dirigistes impliquées par l'Ujamaa dès les années 1980.

Caractérisée jusque-là par des restructurations imposées, une régulation des prix en amont et en aval, et par une inflation d'aides financières en tout genre à la production (notamment en direction des communautés villageoises où les rendements ne cessent pourtant pas de faiblir), la politique de développement, soutenue à présent par la Banque mondiale et le FMI, concentre désormais ses efforts sur l'investissement des grandes fermes d'Etat, génératrices d'exportations, et sur les infrastructures (notamment les routes). En juillet 1984, elle ouvre doucement le droit à la propriété privée des moyens de production (les investissements directs tant nationaux qu'étrangers sont autorisés), libéralise les échanges de biens, et impose la rigueur à la population. En 1985, après avoir quand même gardé le pouvoir pendant 24 ans, Nyerere ne se représente pas à l'élection présidentielle. Tout en restant jusqu'en 1990 à la tête du Chama Cha Mapinduzi, parti alors unique, il cède la place à Ali Hassan Mwinyi (un Zanzibari), qui sera réélu en 1990, et exerce toujours une forte influence sur les décisions importantes du pays.

Le bilan Nyerere

Avec le Sénégalais Senghor, c'est un des rares chefs d'État africains à avoir choisi de se retirer, et à ne pas s'être enrichi en profitant de ses pouvoirs. Jusqu'à sa mort, il était appelé affectueusement mwalimu (" le maître ") par beaucoup de Tanzaniens et reconnu pour sa grande simplicité. Favorable tardivement au capitalisme social, défendant à la fin de sa carrière d'abord la paix, la santé, l'éducation et la cohésion nationale, la difficulté avait été pour lui de trouver un modèle économique valable pour une économie traditionnelle, qui n'avait pour elle, dans les années soixante, que le sisal, et seulement 120 diplômés d'université lors de l'indépendance.

En matière de politique extérieure, Nyerere a su prendre activement partie par des positions fondées sur l'unité, la liberté et l'indépendance des pays africains, qui ont donné à la Tanzanie une dimension diplomatique bien supérieure à son poids économique. En Afrique de l'Est, où les pays partagent la même langue, son idéal est celui d'une fédération. Les principes d'amitié envers tous les peuples, de non-alignement et de bon voisinage, mais aussi de lutte pour la libération des peuples opprimés, se sont traduits par des actions concrètes contre le néocolonialisme (participation à toutes les organisations internationales) et contre l'apartheid (par le soutien officiel à Mandela et, dans le cadre des Etats de la Ligne de Front, l'envoi de troupes tanzaniennes dans les pays où l'Afrique du Sud envoyait ses propres hommes, par exemple en Namibie).

Reconnu pour son pacifisme et son honnêteté (malgré l'attaque ougandaise et malgré la corruption de nombreux membres de son parti, phénomène malheureusement général en Afrique), Nyerere eut le grand mérite d'avoir su établir et maintenir la paix dans le pays. En dépit d'une pauvreté économique globale peu contestable, presque tous les habitants mangent à leur faim, la répartition des richesses semble assez équitable (jusqu'à l'apparition récente d'entrepreneurs, les inégalités, généralement énormes dans le tiers-monde, sont restées très faibles dans le pays), et la Tanzanie est probablement l'un des pays les plus stables d'Afrique, loin des affrontements qui ensanglantent périodiquement d'autres Etats africains.

La stabilisation du pays et son rayonnement régional

Depuis, Zanzibar continue d'occuper une situation particulière, avec des pouvoirs exécutif et judiciaire pourvus d'une autonomie vis-à-vis de ceux de Dar es Salaam (Zanzibar a son propre président, qui dépend tout de même du président de l'Union). La société de l'île, assez ouverte, marquée par des origines différentes, reste attirée par les perspectives qu'offre la libéralisation économique et le tourisme. Afin de contrer ces velléités indépendantistes, certains recommandent alors, dans l'archipel et sur le continent, d'évoluer vers un système fédéral. D'autres arguent du coût exorbitant que représenterait un doublage de la totalité des administrations, et de la dépendance matérielle très importante des îles envers le continent, pour ne pas dire totale, comme dans le domaine de l'énergie électrique et des télécommunications. Le statut de semi-autonomie restera finalement le même.

Les premières élections multipartites

En octobre 1995, sans doute sous la pression des bailleurs de fonds internationaux, ont eu lieu les premières élections multipartites. L'ancien parti unique les remporte haut la main, en raison notamment de la division de l'opposition, qui présente plus de dix listes. Benjamin Mkapa est élu président. Le président fait preuve d'exemplarité en publiant spontanément la liste de ses biens, et en révoquant plus de 120 fonctionnaires véreux et plus de la moitié du personnel des douanes en 1997 pour la même raison. Il se heurte, dans sa lutte contre la corruption dans tous les services administratifs, à la rigidité de l'ancien parti unique, et à celle des dignitaires d'une administration très bureaucratique. Il est réélu en 2000. Sous Mkapa, le pouvoir judiciaire en Tanzanie se révèle assez indépendant - notamment la High Court qui a fait annuler des condamnations d'opposants politiques.

Le rôle de la Tanzanie dans la stabilité de la région

La Tanzanie oeuvre historiquement pour la paix dans les Grands Lacs. Julius Nyerere hier et Jakaya Kikwete jusqu'en 2015 ont été d'inlassables médiateurs dans les crises qui ont affecté cette région instable. La Tanzanie tient en priorité à défendre sa souveraineté et privilégie d'abord les ententes régionales davantage contrôlables. Le génocide du printemps 1994 au Rwanda, suite d'une longue série d'affrontements depuis 1959 et peut-être de la vengeance du génocide de 1972 au Burundi, ont opposé Nilotes (Tutsis) et Bantous (Hutus). La Tanzanie, majoritairement bantoue, a respecté une stricte neutralité, accueillant à Arusha les négociations de réconciliation, ainsi que le Tribunal pénal international pour le Rwanda à partir de septembre 1994, en charge de juger les crimes génocidaires de guerre. Les réfugiés ont été nombreux dans l'ouest de la Tanzanie. Rwandais, Burundais mais aussi Congolais ont habité ces camps, à présent fermés. En 2010, 160 000 Burundais réfugiés depuis 1972 ont enfin été naturalisés. Un geste salué unanimement par l'ensemble de la communauté internationale, et par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) en particulier.

De nos jours

L'élection présidentielle de 2000 sera très tourmentée : alors que Benjamin Mkapa est réélu à l'échelle nationale, le fils de l'ancien président assassiné et leader du CCM (Millennium Challenge Corporation), Amani Abeid Karume, est élu dans le même temps président de Zanzibar, sur fond de soupçons de fraudes électorales. Un scrutin contesté par le leader de l'opposition, Seif Sharif Hamad, à la tête du parti libéral Civic United Front (CUF) entraîne alors des manifestations sur l'archipel, réprimées dans la violence, notamment à Pemba, où l'armée tire sur les manifestants, occasionnant selon les observateurs internationaux de Human Right Watch au moins 13 morts, 213 blessés et 400 détenus politiques. Rebelote cinq ans plus tard, le même Karume est réélu en 2005 à la présidence de Zanzibar et des émeutes post-électorales sur l'île font état de 9 morts. Suite à un référendum sur un gouvernement d'unité nationale entre CUF et CCM et un accord de réconciliation, le CCM propose comme candidat national Jakaya Kikwete, le chef de la diplomatie tanzanienne. Il est alors confortablement élu avec 80 % des votes malgré la présence de nombreux partis politiques d'obédiences diverses. Devant un tel succès, il part favori pour les élections d'octobre 2010. Sans surprise, il l'emporte avec 61 % des voix, devant la révélation de ce scrutin, Willibroad Slaa, leader du parti d'opposition Chadema, second avec 26 % des suffrages.

Acteur de la scène politique nationale depuis près de 30 ans, Jakaya Kikwete a participé à tous les gouvernements successifs des 20 dernières années, dont 10 ans au pouvoir et 10 ans comme ministre des Affaires étrangères. Dès son investiture en 2005, il favorise un gouvernement fortement féminisé (les femmes occupant des ministères-clés tels que les Affaires étrangères, les Finances et la Justice), tout en sachant préserver les équilibres régionaux et religieux. Le problème de la corruption, les questions de développement économique et le dialogue avec Zanzibar ont été les priorités de son action jusqu'en 2015. La Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), dont le siège est basé à Arusha, a poursuivi quant à elle son développement. Après l'union douanière de 2005, le Burundi et le Rwanda ont rejoint l'organisation en 2007, suivis par le Soudan du Sud en 2016. Elle compte à présent six Etats membres avec les trois à l'origine (Kenya, Ouganda et Tanzanie). Le marché commun a été entériné en 2010.

Les élections de 2015 sur fond de violences

Les dernières élections générales, qui se sont tenues en octobre 2015, n'ont une nouvelle fois pas échappé au candidat du CCM, John Magufuli, né en 1959, ancien ministre des Travaux publics sous Kikwete. L'opposition a pourtant longtemps cru obtenir - enfin - l'alternance avant de se discréditer en investissant comme candidat... le perdant de la primaire du CCM (!), l'ancien Premier ministre Edward Lowassa, affaibli de surcroît par un AVC. Magufuli l'a au final emporté avec 58,46 % des voix grâce notamment à un discours de rupture un peu surprenant pour un candidat issu du parti au pouvoir depuis plus de 50 ans.

A Zanzibar, ces élections se sont soldées par des violences et de hautes tensions sociales et politiques sur l'archipel. En effet, le scrutin a été annulé par la Commission électorale de l'île, pour des " soupçons de fraude ", alors que le leader du parti d'opposition majeur, le CUF, Seif Sharif Hamad, militant pour l'indépendance totale de Zanzibar, était déclaré vainqueur. Le nouveau scrutin en mars a finalement reconduit au pouvoir Ali Mohamed Shein, le leader du CCM à Zanzibar, avec 91,4 % des voix. Celui-ci mise sur le statu quo politique de l'île rattachée à la Tanzanie continentale. En décembre 2015, les Zombies, les milices masquées, forces spéciales de Zanzibar en civil, brûlent 29 maisons et une mosquée et blessent 16 personnes, dans le quartier populaire de Michenzani, un fief de l'opposition. En réaction à cette répression, une agence d'aide au développement gouvernementale américaine annonce l'annulation pure et simple d'un fonds d'aide de 500 millions de dollars. Ce nouveau fonds devait servir à développer les énergies. Le gouvernement tanzanien répond que ce fonds est marginal et n'aurait pas d'impact sur le budget public.

Des mesures anticorruption chocs mais aussi liberticides

Surnommé tingatinga, le bulldozer en swahili, le président Magufuli multiplie dès le départ les mesures spectaculaires contre la corruption et le gaspillage de l'argent public, annulant par exemple les festivités annuelles de l'indépendance en décembre 2015 ou renvoyant, au printemps 2017, 10 000 fonctionnaires nommés sur la base de faux diplômes comme mesure anticorruption. Autre mesure spectaculaire : la traçabilité des recettes touristiques générées par les parcs nationaux. Plus d'espèces aux portes des parcs, désormais on ne paye qu'en carte bancaire ou en carte prépayée dans une banque les taxes d'entrée et de conservation. Néanmoins le pays a du travail en la matière si l'on en juge par le nombre de barrages policiers sur les routes touristiques installés dans l'optique de soustraire un bakchich (appelé backshichi en swahili). Ses opposants préfèrent pointer certaines dérives autoritaires comme le détournement de la loi contre la cybercriminalité pour museler les réseaux sociaux ou la nouvelle législation sur les médias jugée liberticide. Depuis 2015, six chaînes de télévision et une vingtaine de radios ont été suspendues. Six membres du principal parti d'opposition centre-droit Chadema, dont le président Freeman Mbowe, ont été arrêtés pour " appel à la haine ". Et depuis fin 2018, c'est les homosexuels qui sont dans la ligne de mire de la Tanzanie. Suite à la demande du gouverneur de Dar es Salaam, Paul Makonda, de dénoncer les homosexuels, près de 5 000 personnes ont été livrées à la police en une semaine à peine selon Amnesty International. Dernière déclaration polémique du président : la volonté de bannir de l'école les filles qui tombent enceintes au lycée, soit 22 % des 15-18 ans actuellement. Pour cette mesure, le Danemark a annoncé le retrait de 10 millions de dollars (8,8 millions d'euros) d'aide à la Tanzanie. En conséquence la Banque Mondiale a refusé un prêt de 300 millions de dollars (265 millions d'euros) au pays. Désormais, c'est l'Union européenne qui réexamine actuellement son aide annuelle de 100 millions de dollars (89 millions d'euros).

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