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Une solidarité à toute épreuve

En Tanzanie, on observe, de manière générale, une forte solidarité entre les habitants du pays, due probablement à la paix qui règne entre ethnies depuis plus de 100 ans. Cette solidarité ne se vérifie pas seulement entre les membres d’une même famille à la réussite inégale, mais aussi entre habitants d’un même village, entre membres d’une même ethnie, et même entre deux individus qui ne se connaissent pas, quelles que soient leurs origines respectives. S’ils peuvent parfois se montrer agressifs avec ceux qui les photographient contre leur gré, avec les chauffards ou bien des voleurs pris en flagrant délit, les Tanzaniens sont généralement des gens disponibles, prêts à aider quiconque dans le besoin, et semblent bien éloignés (pour le moment) de l’individualisme des sociétés occidentales.

La difficile vie des femmes tanzaniennes

De nombreux métiers semblent exclure les femmes (notamment celui de chauffeur-guide de safari...) mais l’Etat a fait des efforts en engageant de nombreuses femmes dans la police, les banques et tous les organismes publics. En revanche, le taux de natalité record de la Tanzanie est un marqueur des difficiles conditions de vie des femmes, il bat des records à 4,9 enfants par femme. Elles travaillent énormément, tant à la maison qu’aux champs. Dans certaines régions, il leur faut parfois faire plusieurs kilomètres pour rapporter de l’eau et du bois pour cuisiner. Elles portent, pour les vendre, les fruits et légumes au marché. Il est ainsi fréquent de croiser des jeunes filles avec un nourrisson sur le dos. Elles ont 17 ou 18 ans, et sont déjà maman... Méconnaissance des moyens de contraception (surtout dans les zones les plus reculées) et insistance masculine sont les principales raisons de la naissance de ces enfants. Sans qualification, ces jeunes mères finissent bien souvent par vendre des fruits et légumes sur le trottoir. Ou pire se prostituent pour subvenir à leurs besoins. Selon sa religion, les prénoms donnés à sa fille ou à son fils sont John, Joseph, Peter, James, Paul, Maria, Upendo, parmi les plus courants chez les chrétiens, ou Ally, Mohamed, Mustapha, Ahmed, Fatima, Saida chez les musulmans.

Une scolarisation inégale et décroissante avec l’âge

L’école primaire est censée être gratuite et obligatoire en Tanzanie entre 7 et 14 ans. Mais dans les faits, le taux officiel d’inscrits en primaire est de 82 %, contre 25 % en 1961 avant l’indépendance. On estime ainsi à près de 5 millions le nombre des privé(e)s d’éducation entre 7 et 17 ans. Les raisons sont multiples : maintien du coût de l’uniforme et des fournitures scolaires, éloignement des établissements du domicile familial, faiblesse des investissements publics et, dans les campagnes, manque d’intérêt des parents eux-mêmes pour l’éducation, préférant voir leurs enfants travailler la terre. Les enfants, quand ils ne sont pas dans les champs en train de garder les bêtes, marchent des kilomètres pour aller à l’école tous les jours. L’inégalité entre les sexes dans une société encore traditionnelle est forte et beaucoup de filles pâtissent de l’âge légal pour le mariage fixé à 15 ans (contre 18 ans pour les garçons) quand il s’agit de poursuivre ou non leurs études dans le secondaire. D’autant plus qu’un projet de loi polémique en 2019 prévoyait d’exclure du système éducatif toute fille enceinte avant sa majorité... soit 21 % des filles entre 15 et 18 ans. Contre toute attente cependant, le système éducatif tanzanien remporte globalement un demi-succès, avec un bon taux d’alphabétisation, ce qui laisse derrière la Tanzanie une soixantaine de pays sous-développés. A l’avenir, l’école secondaire, encore beaucoup trop élitiste avec un taux de scolarisation officiel de 32 %, devrait davantage ouvrir ses portes. Le gouvernement tanzanien a néanmoins supprimé les frais de scolarisation pour le primaire et le secondaire en 2011 et 2015. De plus en plus de Tanzaniens accèdent à l’université par un système de bourse. La formation dispensée est bien souvent toute théorique. En outre, tout le système éducatif souffre d’une grande faiblesse de moyens : classes trop nombreuses, entretien des locaux, absence de matériel pédagogique, retard des paiements des enseignants...

Le swahili, unique langue d’enseignement

Le gouvernement tanzanien a décidé en février 2015 que le kiswahili serait dorénavant l’unique langue d’enseignement dans le pays. Si c’était déjà le cas dans le primaire, le swahili doit remplacer l’anglais dans le secondaire et à l’université. Toutefois, ces changements devraient prendre du temps. Les établissements ne disposent pas de manuels en kiswahili, et certains termes anglophones (d’ordre technique) n’existent pas en swahili... Enfin, les écoles privées, qui utilisent l’anglais, ne devraient pas passer du jour au lendemain au swahili. Il en va de leur réputation et donc de leur fréquentation. La Tanzanie manque surtout d’inspecteurs pour faire appliquer la loi au regard du nombre d’écoles et des nouvelles qui se créent chaque mois. L’insuffisance du système éducatif, qui ne permet par exemple qu’à une faible fraction de la population de parler anglais, nuit à l’économie du pays et au fonctionnement de ses entreprises. Beaucoup partent étudier au Kenya où les universités sont réputées meilleures.

Les jeunes partagés entre travail informel et chômage

Quand il est question de chômage, il n’existe pas de chiffre fiable même si la Banque mondiale l’estime à environ 9 % de la population active. Etant donné le sous-développement actuel et la place du secteur informel, le potentiel de croissance et de création d’emplois reste élevé. De nombreux jeunes n’ont pas la possibilité de trouver du travail dans les campagnes, et vivent de l’aide de leurs parents sans savoir comment occuper leurs journées ; les jeunes hommes notamment devront attendre bien longtemps avant de pouvoir se marier. Le chômage peut également être observé dans les villes. Poussés par le mode de vie citadin, l’attrait de certains divertissements et des commerces qui ouvrent, de nombreux jeunes quittent la maison de leurs parents pour chercher un emploi en ville. Un emploi qu’ils ont du mal à trouver en général, ayant quitté l’école assez jeune, sans réelles compétences professionnelles. Certains ont le courage de se retrousser les manches en travaillant comme artisan ou porteur. Certains deviennent par la suite leur propre patron, avec un petit capital. D’autres travaillent dans les magasins tenus par les Indiens, dans les centres urbains. Certains tombent dans la délinquance, fléau de nombreuses grandes villes africaines. Beaucoup tuent le temps comme ils le peuvent, survivant en ville grâce à la solidarité traditionnelle des amis ou de la famille.

Des salaires très bas pour ceux qui sont déclarés

Les salariés bénéficient d’une couverture sociale et cotisent pour leur retraite. Ceux du secteur informel, eux, n’ont aucune garantie. D’une manière générale, la corruption compense fréquemment la faiblesse des rémunérations dans le secteur public. La classe sociale des nouveaux riches, en particulier les commerçants indiens, est en pleine expansion. Mais le salaire médian des salariés déclarés s’élève à 22 US$ par mois. Pour les chauffeurs-guides, il est de 120 US$, mais ils peuvent osciller de 50 à 200 US$. Les fonctionnaires, surtout ceux des ministères, ont des conditions de travail assez avantageuses en termes d’horaires, et sont certains de toucher un salaire fixe. Les expatriés des entreprises étrangères implantées dans le pays font figure de privilégiés par leurs salaires plus élevés que la moyenne, justifiés par leurs compétences, leurs niveaux de responsabilité et le chiffre d’affaires généré.

Un système de santé défaillant

Le nombre de médecins et de dispensaires insuffisants et des frais médicaux en augmentation sont une des raisons de la faible espérance de vie de la population tanzanienne qui plafonne à 63 ans. Ajouté à la très haute natalité, la moyenne d’âge est de seulement 18 ans dans le pays. Seuls 30 % des Tanzaniens ont une assurance santé, les autres doivent payer leurs frais médicaux souvent beaucoup trop élevés pour leurs maigres ressources.

Sexualité décomplexée, mais sujets tabous

La sexualité n’est pas un tabou. Dans une société encore traditionnelle, l’homme a de nombreux pouvoirs sur la femme, et cette dernière ne peut souvent pas décliner. On connaît les conséquences... En Tanzanie continentale, peu de règles, beaucoup de femmes ayant des enfants de pères différents qui assument leur paternité. A Zanzibar, la population est très musulmane et officiellement il faut se préserver jusqu’au mariage. Officieusement, la population n’est pas si stricte sur les mœurs sexuelles.

De plus, le pays a dû faire face à une terrible épidémie de sida dans les années 1990 à 2010, lorsqu’il a vu sa population décroître. Désormais la Tanzanie affiche des progrès dans la lutte contre le sida, mais comme tous les pays d’Afrique elle garde un taux relativement élevé. En 2016, 1,5 million de personnes vivaient avec le VIH dans le pays, soit un taux de prévalence de 4,5 % de la population entre 15 et 49 ans (dite sexuellement active). On compte près de 65 000 nouveaux cas par an, et près de 30 000 morts dues à l’épidémie. Un progrès net néanmoins consiste à la prise en charge thérapeutique puisque dans les cas détectés 70 % des adultes sont traités par anti-rétroviraux. Les femmes (5,8 % de la population) sont plus touchées que les hommes (3,6 %). La cause ? Parfois, ce sont des hommes âgés aisés qui font des avances aux adolescentes pour une relation sexuelle : grossesse ou transmission du sida sont bien souvent les conséquences de ces gestes inconsidérés de ces « sugar daddies » comme on les appelle ici. Le taux de contamination est aussi très différent selon les régions, la ville de Njombe près du lac Tanganyika culminant à 15 % de personnes infectées.  Autre tabou de société, en Tanzanie, l’homosexualité est inacceptable aux yeux du plus grand nombre. C’est même un délit au regard de la législation, passible d’une peine maximale de 25 ans de prison. Les inculpés le sont la plupart du temps sur dénonciation de leur entourage. Cependant, même à Zanzibar, ils sont tolérés parmi les femmes dans la plus grande discrétion.