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Architecture de légende

Les Olmèques bâtissaient déjà des pyramides au cœur de grands centres cérémoniels. A ces imposantes structures de terre s’ajoutait une grande richesse décorative tout en pierre et mosaïques. Les centres cérémoniels de Monte Alban et Mitla sont, eux, les grands représentants des civilisations mixtèques et zapotèques. Le premier est une véritable prouesse d’ingénierie, la montagne ayant été nivelée pour aménager le site, qui s’organise autour d’une vaste esplanade. On y retrouve des pyramides, souvent à degrés, imaginées pour se rapprocher des dieux. Ces dernières ne sont pas des sépultures, comme le sont les pyramides d’Égypte, mais sont des plateformes destinées à supporter un temple que l’on érige à leurs sommets. Le site de Mitla abrite également de somptueux décors en pierre sculptée aux motifs géométriques complexes. Teotihuacán, la « Cité des dieux » était, elle, divisée en 4 quartiers aux fonctions bien précises (religieuse, administrative, artisanale et résidentielle) avec en son centre une puissante citadelle où trône le somptueux Temple de Quetzalcoatl, autrefois recouvert de rouge et de bleu. Ses 4 niveaux sont couverts de glyphes et sculptures. La colonne vertébrale du site est une immense chaussée desservant temples et pyramides, dont celle du Soleil, la 3e plus haute du monde. Autant d’éléments que l’on retrouve dans les puissantes cités mayas. Reliées entre elles par des sacbes, voies de circulation rectilignes construites en calcaire et légèrement surélevées, ces cités-Etats reprennent le découpage urbain séparant centres cérémoniels et habitations populaires, ces dernières consistant en des huttes ovales et allongées à la structure de bois et de chaume. Les Mayas développent également des techniques d'irrigation avancées, en créant des canaux et des citernes pour alimenter les villes. Astronomie et mathématique président à la construction de leurs édifices, les observatoires en tête reconnaissables à leurs petites ouvertures calculées pour permettre une observation précise des astres. De surcroît, ils conçoivent un système de « fausse voûte » à encorbellement, unique exemple du genre en Amérique précolombienne. Un style raffiné et particulier se dévoile dans les bas-reliefs et mosaïques ornant les crêtes et linteaux de leurs édifices. Le style architectural Puuc, que l'on retrouve sur le site archéologique d’Uxmal, se caractérise par des murs sobres à leur base et de frises aux motifs géométriques complexes dans leur partie supérieure. Le style Rio Bec, visible à Xpujil, se caractérise par des édifices tout en longueur et flanqués de tours aux angles arrondis. Le style Chenes est, lui, célèbre pour ses façades couvertes de masques Chaac (le dieu de la pluie), tandis que le site de Chichén Itzá présente une fusion des influences mayas (richesses géométriques du décor) et toltèques (sobriété des volumes). D’avantage militarisés, les Toltèques ont influencé la création de véritables cités-forteresses à l’image de Tulum. Une architecture défensive que l’on retrouve dans les cités totonaques, telle Quiahuiztlán. A ces chefs-d’œuvre de pierre, le site de Paquimé oppose une structure reposant entièrement sur des édifices d’adobe. Cet étonnant labyrinthe, dont les édifices aux murs épais pouvaient atteindre jusqu’à 5 étages, possède aussi l’un des systèmes de gestion des eaux les plus évolués. Une maîtrise de l’eau que l’on retrouve chez les Aztèques, fondateurs de la légendaire Tenochtitlan. Cité lacustre, elle était reliée au rivage par 3 imposantes chaussées. Son cœur, divisé en quartiers distincts, était quadrillé par un réseau géométrique de rues, avec au centre une large esplanade dominée par le Templo Mayor. Composé de 6 structures superposées, il illustre la règle d’or de toutes les grandes civilisations : reconstruire toujours au même endroit pour s’enraciner et perdurer dans une nature qui, elle, ne cesse de changer.

Héritage colonial

La conquête espagnole est d’abord religieuse. Rudimentaires, les premiers bâtiments sont faits de bois, d'argile et de chaume. Ils sont bientôt remplacés par des édifices en pierre, aux allures de forteresses où les tours crénelées et les contreforts sont destinés à protéger les missions, les églises, les hôpitaux et les établissements d’enseignement. Parmi les plus beaux exemples de ces forteresses, notons le Couvent San Francisco de Campeche et le Couvent de Actopan et les quatorze cloîtres au pied du Popocatepetl, qui témoignent d’une architecture défensive aux élans gothiques. Pour attirer l’attention des peuples indigènes, les Espagnols vont créer un étonnant syncrétisme entre les cultures autochtones et chrétiennes. Les premières églises sont ainsi construites sur des monuments mayas ou aztèques, avec les pierres des anciens temples sacrés, et disposent d’une chapelle externe davantage adaptée aux traditions et aux cérémonies autochtones, comme le montre le Couvent Saint-Antoine de Padoue à Izamal. Les églises vont ensuite s’inspirer de l’architecture, beaucoup plus en vogue en Europe. C’est ainsi que s’amorce la Renaissance plateresque caractérisée par ses colonnes ornées de guirlandes, par ses arabesques, motifs floraux et héraldiques, dont le portail du couvent de San Agustin à Acolman en est un superbe exemple. L’harmonie de cet essor architectural va ensuite faire place à un style churrigueresque débordant de stucs et de dorures, et ce, dans un ensemble décoratif complété par les pierres et métaux précieux extraits des mines. Parmi les grands chefs-d’œuvre de l’architecture baroque, notons principalement le Temple de San Cayetano à Guanajuato, le Temple de Carmen à San Luis Potosí et bien sûr, les églises de la ville de Puebla et d’Oaxaca de Juárez célèbrent pour leur étonnant décor de céramique multicolore, inspiré des azulejos portugais. Ce style poblano a souvent été surnommé le « style confiseur » du fait de ses couleurs chatoyantes et de ses carreaux de faïence. Les nouvelles villes de la Nouvelle-Espagne sont organisées selon un plan en damier dont rues et avenues convergent vers l’espace central, la Plaza Mayor que l’on nomme aussi « Zocalo » (zoccolo en italien signifiant piédestal ou socle). Bordée d’arcades et de portales, cette place publique regroupe tous les pouvoirs de la cité et sert de lieu de rassemblement et de célébration. En matière d’urbanisme, les Espagnols n’ont ici rien inventé ! Ils ont repris la structure de base de Tenochtitlan et utilisé le tezontle ou roche volcanique des temples pour édifier leurs bâtiments, la cathédrale et le Palais National en tête !

La maison coloniale allie elle, décor et fonctionnalité. Son organisation autour d’un patio bordé de galeries permet de préserver l’intimité de la vie privée, en plus de protéger la ventilation, les balcons ajourés et les élégantes ferronneries inspirées de l’art mudéjar. Sa structure en adobe sur soubassement de pierre rappelle les techniques indigènes, tandis que le décor emprunte aux codes en vogue en Europe, passant de l’harmonie Renaissance à l’exubérance baroque, avant de céder à l’appel de la sobriété classique. Ces maisons colorées sont l’âme des villes coloniales, ce qui a valu à nombre d’entre elles d’entrer dans le réseau des Pueblos Magicos, les villages magiques, à l’image de Coatepec. Les splendeurs architecturales de la Nouvelle-Espagne sont nombreuses. Parmi elles, ne manquez pas Lagos de Moreno surnommé « l’Athènes du Jalisco » du fait de ses majestueuses colonnades, Guadalajara baptisée « la perle de l’Ouest » qui abrite le plus grand édifice colonial des Amériques, l’Instituto Cultural Cabañas aux vingt-trois patios, ou bien encore Morelia et Quérétaro. En termes de travaux hydrauliques, l’aqueduc de Morelia alimentait trente fontaines publiques et cent cinquante points d’eau privés, tandis que celui de Quérétaro était surnommé Los Arcos, pour ses soixante-quatorze arches de 23 m de haut. Pour asseoir leur pouvoir, les Espagnols ont aussi quadrillé les campagnes avec les haciendas. D’imposants murs d’enceinte et des tours de guet protègent ces entités économiques et agricoles autonomes. Les Espagnols développent également une architecture dite militaire. Campeche, unique ville fortifiée du Mexique, est un chef-d’œuvre défensif avec ses remparts polygonaux ponctués de huit baluartes ou bastions.

Éclectiques XIXe et début XXe siècles

La présence incongrue de Maximilien d’Autriche a laissé une empreinte architecturale tout aussi insolite. C’est à lui que l’on doit la restauration du château de Chapultepec à Mexico, dans un étonnant mélange de styles rococo, Louis XV et napoléonien ! Et c’est à lui que l’on doit le percement de la plus célèbre artère de Mexico, le Paseo de la Reforma. Sous le régime autoritaire de Porfirio Diaz, l’architecture va connaître une étonnante effervescence aux couleurs résolument éclectiques. Dans la presqu’île du Yucatán, à Mérida notamment, les riches familles agricoles et industrielles se font construire de somptueuses demeures le long du Paseo de Montejo surnommé les Champs-Élysées de Mérida. Les architectes y sont souvent français ou italiens, d’où un décor très européen fait de colonnes doriques et ioniques, de grands escaliers de marbre et de médaillons sculptés. Les Plaza Mayor se dotent de kiosques aux ferronneries joliment ouvragées, tandis que théâtres et musées font l’objet de toutes les attentions décoratives. Les premiers empruntent à l’harmonie et aux proportions du néoclassicisme, à l’image du Teatro Juarez de Guanajuato dont on admire le portique à colonnes cannelées, autant qu’à l’Art nouveau comme en témoigne le Teatro  Ricardo Castro de Durango qui possède, dit-on, l’un des plus grands reliefs en bois sculpté du pays. Les seconds fusionnent les styles. Voyez comme le célèbre Palacio de Bellas Artes de Mexico mêle éléments néoclassiques, Art nouveau et motifs précolombiens, à l’image de sa façade couverte de marbre italien et de ses dômes couverts de céramiques. Achevé en 1934, il possède également quelques éléments géométriques Art déco qui annoncent le modernisme à venir. Des nouveautés formelles permises également par l’émergence d’une architecture métallique dont le Palais de Fer, grand magasin de Mexico, est le plus beau représentant. Il est indissociable de la légende des habitants de Barcelonnette qui firent fortune dans le textile au Mexique et qui se firent ériger de somptueux édifices à la gloire de leur réussite ! Cette période est aussi celle de la construction de villes nouvelles à proximité des mines, à l’image de Batopilas et surtout de Santa Rosalia construite par une entreprise française… L’église de la ville, à l’ossature métallique, a ainsi été imaginée en France sur des plans de Gustave Eiffel !

Laboratoire du modernisme

La Loteria Nacional de 1936, dont la structure et la silhouette Art déco sont un emprunt aux gratte-ciel new-yorkais, ouvre le bal du modernisme. Juan O’Gorman, qui contribua à la réalisation de la pyramide en tezontle qu’est le Musée Anahuacalli à Mexico, est l’un des pères de l’architecture moderne au Mexique. C’est à lui que l’on doit la première maison fonctionnaliste, inspirée des théories du Corbusier, et sise dans le quartier de San Angel à Mexico. Il travaille souvent avec Luis Barragan, chantre du modernisme mexicain et seul architecte du pays à avoir été récompensé du prestigieux Prix Pritzker (le Nobel d’architecture). Barragan prône une architecture émotionnelle où règnent couleurs et lumière dans un respect absolu des matériaux et de l’environnement. C’est à lui que l’on doit l’étonnant projet urbain du quartier El Pedregal à Mexico. Fasciné par ce terrain rocailleux couvert de lave, Barragan décide d’en faire un terrain de jeu architectural où il pourra exprimer son style à la géométrie simple et épurée. La Casa Pedregal, sobre volume rouge ocré, en est le chef-d’œuvre. Autre création emblématique : sa maison-atelier. La sobriété de ses volumes de béton s’anime sous les jeux d’ombres et de lumières. Autre figure phare du modernisme : José Villagran Garcia, architecte du Stade National de Mexico mêlant brutalisme et historicisme, mais surtout concepteur du masterplan de l’Universidad Nacional Autonoma de Mexico. En trois ans seulement, de 1949 à 1952, l’UNAM est devenue le symbole du modernisme mexicain. Parmi les bâtiments incontournables, ne manquez pas la Bibliothèque Centrale entièrement couverte des mosaïques de Juan O’Gorman ou bien encore l’immense cercle de béton de l’Espacio Escultorico. Cette période est aussi celle de la croissance démesurée de Mexico. Pour remédier à cette situation et pour continuer dans cet élan moderniste indissociable d’une volonté de progrès social, le gouvernement mexicain s’intéresse à de nouvelles formes urbaines, dont Mario Pani sera le grand architecte. C’est à lui que l’on doit les plus célèbres grands ensembles de Mexico, dont le Complexe Miguel Aleman de briques et de béton, comprenant 1 080 habitations réparties dans 15 immeubles (6 de 3 étages et 9 de 13 étages). Inspiré par Le Corbusier, Pani imagine aussi des équipements collectifs et intègre des œuvres d’art, des fresques surtout, au sein de la structure. Un fonctionnalisme classique au service de l’amélioration des conditions de vie… seulement ces grands ensembles ne sont pas adaptés à la tradition mexicaine qui fait de la maison la mesure de toute chose. Les trois tours fuselées et colorées, chefs-d’œuvre plastiques et fonctionnels de Luis Barragan, abritant des châteaux d’eau et marquant l’entrée de Ciudad Satelite, et la Torre Latinoamericana, à la structure métallique dominant Mexico de ses 182 m de haut, font figure d’exception dans ce paysage de maisons basses.

Effervescence contemporaine

Les années 1960 marquent l’avènement des grandes stations balnéaires du pays, Cancún et Acapulco. Construites de toutes pièces pour accueillir le tourisme de masse, elles souffrent d’une bétonisation presque irraisonnée de leur littoral. Certaines stations tentent pourtant de conserver un aspect plus « humain », à l’image de Careyes où un entrepreneur italien a créé un savant mélange de styles méditerranéens et mexicains avec de grandes maisons aux toits de palmes organisées autour de grands espaces publics. Dans les années 1980, l’architecte Pedro Ramirez Vazquez imagine une architecture faisant le lien avec la riche histoire du Mexique, comme le montrent son Musée National d’Anthropologie de Mexico, dont la grande cour centrale possède l’une des plus grandes structures en béton du monde soutenues en un seul point, et son Musée du Templo Mayor, étonnante réinterprétation du célèbre temple aztèque. C’est à Vazquez que l’on doit également la nouvelle basilique Nostra Señora de Guadalupe de Mexico à la toiture évoquant une tente et au plan intérieur circulaire libre de tout pilier porteur, ou bien encore l’étonnant centre culturel de Tijuana à l’étonnante silhouette sphérique. Aujourd’hui, les créateurs contemporains s’appuient sur toutes ces richesses passées, tout en tirant les leçons des colères de la Terre qui ont si souvent meurtri le pays. Cette effervescence créatrice a été baptisée le « ME-MO », le Moment Mexicain. Elle applique à la lettre le précepte du poète Octavio Paz affirmant la nécessité de lier tradition et modernité. Les designers mettent à l’honneur les savoir-faire ancestraux (tissage, céramique), tandis que les architectes imaginent des habitations parfaitement ancrées dans leur environnement, à l’image de toutes ces villas contemporaines aux lignes épurées faisant la part belle aux matériaux naturels, béton et bois en tête. Les éco-lodges mettant à l’honneur bungalows aux toits de palmes et cabanas en bois et chaume participent aussi de ce respect de la nature et de l’environnement. En parallèle, nombreux sont les architectes à travailler sur le logement individuel afin de contrer les dérives de la croissance urbaine. Tatiana Bilbao, récompensée pour son architecture durable, a imaginé des maisons modulaires à bas prix adaptables aux contraintes topographiques et climatiques des différentes régions du Mexique. Un respect de l’environnement profondément ancré dans la culture mexicaine, ce qui explique la levée de boucliers des habitants contre le gigantesque aéroport de Mexico dessiné par Norman Foster. Peu nombreux sont les architectes étrangers à avoir construit au Mexique : Mies van der Rohe avait dessiné les bureaux de la société Baccardi à Mexico dans les années 1950, et dans les années 2000, David Chipperfield, lui, a imaginé le Musée Jumex dont la couverture en dents de scie évoque une architecture industrielle, tandis que Tadao Ando a donné vie à la fondation artistique Casa Wabi (qui possède également un pavillon réalisé par Alvaro Siza et un poulailler conçu par Kengo Kuma !). Les autres édifices contemporains incontournables du pays sont des œuvres 100 % mexicaines. Ne manquez pas la magnifique Bibliothèque Vasconcelos d’Alberto Kalach qui fait harmonieusement dialoguer bois, acier, verre et béton ; le Musée Soumaya, de Fernando Romero, dont l’étonnante torsion est inspirée des sculptures de Rodin ; ou bien encore le Grand Musée du Monde Maya de Mérida, dont la façade formée de rubans métalliques entrelacés évoque le tronc et le feuillage du Ceiban, l’arbre sacré des Mayas. Tradition et modernité toujours !

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