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Une population majoritairement catholique

Avec 97,8 millions de fidèles, le Mexique est le second pays le plus catholique au monde, derrière le Brésil. Les messes sont presque quotidiennes et les églises réunissent toutes les générations, y compris les plus jeunes. Dans la vie de tous les jours, la religion est facilement perceptible : on se signe en montant dans sa voiture ou en passant devant une église, on fait bénir son bus ou sa maison, on se tatoue sur le corps le visage de Jésus ou la Vierge de Guadalupe… Les fêtes chrétiennes comme Noël, la Chandeleur (Día de la Candelaria), ou la Semaine sainte (en particulier le Vendredi saint) sont célébrées avec une grande ferveur. Certaines célébrations sont spectaculaires, comme celles de Notre-Dame de Guadalupe, patronne du Mexique, qui attire des millions de pèlerins le 12 décembre à la basilique du même nom (la plus visitée au monde après la basilique Saint-Pierre du Vatican). L’Église catholique a évidemment une influence sur toute la société, en particulier sur la famille. C’est souvent une conception traditionnelle qui est prêchée, correspondant de moins en moins à la réalité de la société moderne. Les questions sur l’avortement ou la pilule du lendemain dérangent les pratiquants, qui y ont pourtant souvent recours, légalement ou non. Le mariage entre personnes du même sexe reste également un sujet tabou, même s'il est autorisé dans une vingtaine d’États.

Le recensement de la population de 2020 indique qu’une grande majorité des Mexicains est catholique (77,7 %), mais ce pourcentage s’est beaucoup réduit en vingt ans (88 % en 2000), autant qu’entre 1950 et 2000 (de 98 % à 88 %). 

Dans le même temps, le protestantisme (baptistes, méthodistes, presbytériens et surtout pentecôtistes) passe de 7,5 % de la population en 2010, à 11,2 % en 2020. Une augmentation certes, mais pas une vague massive comme au Brésil ou dans les pays d’Amérique centrale. Les églises chrétiennes évangélistes, au prosélytisme actif et sachant jouer de l’émotionnel, comptent davantage d’adeptes dans les zones rurales isolées. Les États du sud du Mexique, à la population indienne importante, sont les plus sensibles à la poussée évangéliste, également forte au Guatemala voisin. Les évangélistes représentent près du tiers des habitants du Chiapas et du quart des habitants du Tabasco et de Campeche. Ces églises ont la faculté de créer davantage de communautés d’entraides entre fidèles, par contre elles restent encore plus fermées que l’Église catholique sur les questions sensibles, comme l’homosexualité ou l’avortement. Les autres religions (judaïsme, islam, bouddhisme…) représentent à peine 2,2 % de la population du Mexique, et de plus en plus de Mexicains (un sur dix) se déclarent aujourd’hui sans religion, athées ou agnostiques.

Les relations ambiguës entre un État laïc et l’Église catholique

La religion catholique est arrivée au Mexique avec les conquistadors espagnols. Durant les trois siècles de l’époque coloniale, l’Église a été proche de la monarchie et de l’aristocratie conservatrice et s’est opposée continuellement aux aspirations indépendantistes. Après l’indépendance, elle a fait front aux réformes progressistes des libéraux. Ces derniers ont donc réfléchi au milieu du XIXe siècle à un modèle de séparation entre l’État et l’Église. Plusieurs lois vont être adoptées entre 1855 et 1861 pour poser les bases de cette séparation. Mais il ne s’agit pas d’interdire la religion, qui reste pratiquée à l’époque par 99 % de la population. Plus tard, la Constitution révolutionnaire de 1917 va nier la personnalité juridique de l’Église et sa participation dans la vie politique. Le clergé sera également privé du droit de propriété. Ainsi, les lieux de culte et couvents appartiennent désormais à l’État, et les écoles catholiques sont interdites. L’application ferme des mesures anticléricales du président Calles va provoquer la sanglante Guerre des Cristeros (1926-1929) qui opposera les rebelles catholiques au gouvernement libéral. Les relations vont s’apaiser dans les années 1930-40, et le culte et les écoles catholiques vont reprendre du service, mais la personnalité juridique de l’Église ne sera rétablie qu’en 1992. Les relations avec le Vatican vont également s’améliorer. Jean-Paul II sera le premier pape à poser le pied au Mexique, à Puebla, en 1979. Il reviendra quatre fois (1990, 1993, 1999 et 2002) dans ce pays qu’il qualifiait de « siempre fiel » (toujours fidèle). Benoît XVI fera une visite en 2012 et François, en 2016. Aujourd’hui, malgré un principe de laïcité bien ancré (inscrit en 2012 dans la constitution), l’Église catholique reste toujours très influente dans la vie publique, influant ses valeurs conservatrices dans les débats de société (contraception, IVG, etc.). En même temps, depuis les années 1960, elle est souvent aux côtés des mouvements pro-démocratiques, pour la défense de la liberté d’expression ou la protection des migrants par exemple.

De la Vierge de Guadalupe à Jesús Malverde

Malgré la conversion des Indiens au catholicisme à partir du XVIe siècle, de nombreuses croyances préhispaniques persistent et se sont immiscées dans les pratiques catholiques. Le syncrétisme religieux est omniprésent au Mexique, surtout dans les régions rurales, où des rites « païens » se perpétuent parfois à proximité des églises.

Día de los Muertos. L’un des exemples de syncrétisme les plus parlants est la Fête des morts (Día de los Muertos), célébrée le 1er et 2 novembre (parfois avant dans certaines communautés). Inscrite en 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco, elle se distingue des autres célébrations rendant hommage aux défunts, par son caractère festif et la réalisation d’autels dédiés aux morts. Ces autels sont couverts de bougies, de pan de muertos (pains sucrés en forme de crâne ou de squelettes), de petites têtes de mort en sucre (calaveritas de azúcar), d’encens, et d’offrandes diverses autour de la photo du défunt : objets familiers, un plat qu’il appréciait, un cigare, de la tequila... Un élément ne peut manquer : les pétales de cempasúchil (du nahuatl sempôwalxôchitl qui signifie « vingt fleurs »). L’arôme puissant de cette variété d’œillet d'Inde embaume les tombes et les allées des cimetières. La « fleur des morts », à la couleur jaune-orange intense, était déjà utilisée par les Aztèques pour décorer les sépultures, ou enduire le visage des prisonniers avant leur sacrifice, afin qu’ils ne « sentent » la mort venir ! Un grand soin était apporté au rituel, car le pouvoir des morts est puissant, capable d’apporter aussi bien une bonne récolte que le malheur sur la famille. Les Espagnols sont arrivés en Amérique avec la fête de la Toussaint. Au fil du temps, les rites précolombiens et catholiques ont fusionné pour donner le Día de los Muertos. Le 1er novembre est le jour des enfants disparus, le 2 des adultes. Mais la tradition veut que les esprits arrivent dès le 28 octobre. Ce jour est dédié aux personnes décédées d’un accident, le 29 à ceux qui sont morts pendus. Le 30 et 31, aux enfants partis sans avoir pu être baptisés, ainsi qu’aux morts qui n’ont pas de famille pour se souvenir d’eux. Toute la nuit les bougies guident le retour des esprits des morts vers les vivants, pendant que l’on chante et boit à la « santé » des morts.

Le culte à la Vierge de Guadalupe, très populaire, est aussi le fruit du syncrétisme. La Vierge à la peau brune est apparue en 1531 à l’Indien Juan Diego Cuauhtlatoatzin, au pied de la colline de Tepeyac, proche de Mexico. Elle lui demanda de faire construire une chapelle à cet endroit. Pour convaincre l’évêque de le faire, la Vierge indiqua à Juan Diego où il pourrait trouver des roses, alors que ce n’était pas la saison de floraison. Quand Juan Diego étendit la cape qu’il portait pour donner les roses à l’évêque, ils y virent apparaître l’image de la Vierge brune. L’événement a convaincu l’évêque du miracle, et on trouve aujourd’hui sur le site de l’apparition la célèbre basilique de Notre-Dame de Guadalupe. Un détail intéressant est le fait que la colline du Tepeyac avait été un lieu sacré d’adoration de Tonantzin, la déesse aztèque de la fertilité. Le fait que la Vierge parle le nahuatl et présente des traits indigènes a favorisé la conversion au catholicisme des peuples indigènes, tout en intégrant la figure de l’Indien dans la religion catholique.

Une « sainte » beaucoup moins catholique a gagné en popularité ces dernières années : Santa Muerte (« Sainte Mort »). La personnification de la mort est populaire au Mexique, mais n’a jamais été aussi visible, en particulier à Tepito, quartier de Mexico très affecté par la violence, où elle a son sanctuaire. C’est la patronne des délinquants et de tous les déshérités, qui se tournent vers elle pour une guérison, un emploi, ou une sortie de prison, quand aucune réponse n’a été apportée par des figures religieuses plus « traditionnelles ». Le culte à Santa Muerte est influencé à la fois par des croyances préhispaniques, la santería et le catholicisme. Il serait pratiqué par environ 6 millions de personnes au Mexique ! Il est évidemment rejeté par les Églises catholique et protestante, qui le considèrent démoniaque.

Les plus désespérés se tournent également vers Jesús Malverde, surnommé le « Saint des narcos ». Les narcotrafiquants à la vie généralement courte et intense ont en effet bien besoin d’une protection supplémentaire ! Malverde était un bandit de grand chemin du XIXe siècle, une sorte de Robin des Bois mexicain, né et mort à Sinaloa, la « Mecque » des cartels de la drogue. Certains ont édifié des chapelles en son honneur, notamment à Culiacán, Tijuana, Chihuahua, mais aussi à Los Angeles ou à Cali en Colombie. Les croyances populaires attribuent de nombreux miracles à Malverde. Il a aussi des pouvoirs de protection, notamment pour les migrants qui tentent de passer illégalement la frontière avec les États-Unis. Des pouvoirs que Malverde partage avec un certain « Juan Soldado », mais c’est encore une autre histoire…