Guide de Syrie : Population

DÉMOGRAPHIE

Composée de plus de 21 millions d'âmes aujourd'hui, la Syrie est un des pays les plus peuplés du Moyen-Orient, ce qui lui confère un poids régional non négligeable. Sa population est trois fois plus importante que celle d'Israël (7 millions d'habitants) ou de la Jordanie (6 millions d'habitants) et plus de cinq fois par rapport à celle du Liban (3,8 millions d'habitants). Elle connaît un taux de croissance élevé, 2,4% sur l'année 2009 et est composée pour moitié de jeunes de moins de 20 ans.

La particularité de la population syrienne réside dans l'étonnante parité entre ruraux et citadins. Minoritaires depuis toujours, les citadins deviennent plus nombreux que les ruraux seulement dans les années 1990. Aujourd'hui, 55 % de la population syrienne vit en ville.

COMPOSITION

Dans sa composition ethnique, la population syrienne est issue de l'histoire mouvementée du pays. Sous une uniformité linguistique de façade se cachent de nombreux clivages. Ils peuvent être confessionnels (voir " Religion "), ethniques (Arméniens et Kurdes), ou encore liés à un mode de vie (Bédouins, ruraux, citadins).

Si le sentiment national est fort et lié à la pratique généralisée d'une langue commune qui définit les Syriens comme Arabes, les différentes communautés restent attachées à leurs traditions. Pour preuve, les mariages mixtes restent l'exception. Cependant les groupes, tous implantés de longue date, vivent en harmonie presque parfaite sur le territoire, le pouvoir totalitaire veillant scrupuleusement à dompter les revendications communautaires de chacun.

Les minorités
Les Kurdes

Minorité ethnique et non confessionnelle (ils sont principalement sunnites), les Kurdes représentent 10 % de la population syrienne. Cantonnés principalement au nord d'Alep et dans la Haute Djézireh, sévèrement contrôlés par les gouvernements successifs, ils ont été parfois déplacés massivement. Descendants des tribus indo-européennes, ils en ont conservé la langue.

Les Arméniens

Descendants des rescapés des massacres de 1915, ils sont entre 100 et 150 000, répartis entre Alep, pour l'immense partie de la communauté, et Deir ez-Zor, un des lieux de passage des persécutés en 1915.

Très structurée, la population arménienne perpétue l'usage de la langue, parlée aussi bien qu'écrite. Ainsi, les enseignes du quartier chrétien d'Alep sont écrites en arménien.

Les Circassiens (ou Tcherkesses)

Ces descendants des tribus musulmanes du Caucase, venus se réfugier dans l'Empire ottoman face aux armées russes au XIXe siècle, habitent pour la plupart dans la Djézireh (Qamishli) ou sur le plateau du Golan.

La communauté ne comprend pas plus de 10 000 membres.

Les Palestiniens

Tout comme au Liban et en Jordanie, bien qu'à une moindre échelle, la Syrie a accueilli des réfugiés en 1948, suite à la création de l'Etat d'Israël. Selon des chiffres de 2009, ils seraient environ 400 000. Les autorités ont construit à l'époque des camps. Celui du Yarmouk, à Damas, bénéficie de la plus grande notoriété. Aujourd'hui, le camp s'est transformé en banlieue de la capitale, et ressemble à une ville à part entière avec ses habitations de béton, ses magasins, ses services de santé et d'éducation. Leur statut bâtard n'accorde pas aux Palestiniens la nationalité syrienne, mais leur permet de se déplacer en tant que résidents en Syrie.

La guerre en Irak a entraîné l'arrivée en Syrie de réfugiés palestiniens irakiens. Eux, contrairement à ceux venus lors de la vague de 1948, ne sont pas autorisés à rester sur le territoire syrien. Ils sont placés dans le camp de Al Hol, au nord-est de la Syrie, tenu pas l'Office des Nations unies pour les réfugiés, l'UNHCR. Leur seul espoir de quitter la Syrie est le replacement dans un pays tiers.

Les Bédouins

Musulmans sunnites, ils se distinguent du reste de la population par leur mode de vie nomade.

Symbole de l'identité arabe dans l'imaginaire tant occidental qu'oriental, le Bédouin, en Syrie, véhicule dans l'inconscient collectif les vertus de liberté et d'honneur. Après la fin du mandat français, au début des années 1950, une réforme agraire leur attribue des terres, faisant des grandes tribus comme les Roualla des propriétaires fonciers de poids. Mais l'arrivée du Baas au pouvoir change la donne. Une loi de 1958 annule toute autorité tribale, dépossédant les Bédouins et les poussant à émigrer vers l'Arabie saoudite. Les tribus se répartissent en grands nomades chameliers (Chammar, Roualla) et tribus moutonnières.

Les Bédouins vivent au gré des pluies, s'approchant des zones cultivées en été lorsque l'herbe du désert est rase. La vie traditionnelle sous la tente noire en peaux de chèvre a cédé la place à un mode de vie où le camion et la Jeep sont venus remplacer les chameaux, quand ils ne conduisent pas à la sédentarisation. La moitié des Bédouins entre dans la catégorie des semi-nomades. Ils occupent des petits boulots dans la steppe pendant l'hiver (gardien de station de gaz par exemple) et abandonnent la vie sédentaire au printemps, avec leurs troupeaux, pour aller notamment dans la steppe à l'est de Palmyre. Ce mode de vie est reconnu par l'Etat, qui fournit parfois aux enfants des semi-nomades un instituteur pour la durée de leur déplacement. Sur la vie bédouine, ne pas manquer le musée de Deir ez-Zor.

La diaspora

Calculer le nombre de Syriens établis à l'étranger est quasi impossible. En effet, jusqu'en 1946, dans les statistiques, les émigrés syriens ne sont pas comptabilisés séparément des émigrés libanais. De 1860 à 1920, les autorités étrangères (en Amérique latine ou aux Etats-Unis) usaient à leur égard du qualificatif de " Turcs " (la Syrie faisait alors partie de l'Empire ottoman) puis, après la Première Guerre mondiale, la confusion entre Libanais et Syriens continua puisque tous habitaient le Grand-Liban.

Plusieurs étapes caractérisent l'histoire de l'émigration syrienne. Les mouvements du XIXe siècle touchent essentiellement les chrétiens, riches de leurs connaissances des langues enseignées par les missions évangéliques, et les minorités alaouite et druze. Les Amériques sont leur destination favorite. Les années 1930 et 1940 marquent le deuxième plus important épisode de cette histoire, pour des raisons économiques mais aussi politiques (le pays est perpétuellement agité par des coups d'Etat). Les nationalisations des années 1970 finissent de décourager la bourgeoisie d'affaires, chrétienne notamment. Etats-Unis, Canada, Australie voient se multiplier les demandes d'accueil. Enfin, dans les années 1970, sur fond de boom pétrolier, les pays du Golfe deviennent une destination de choix pour les Syriens candidats à l'exil. Aujourd'hui, les Syriens sont principalement installés en Australie, aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil, dans les pays du Golfe et bien sûr en Europe.

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