Guide de Syrie : Mode de vie

La structure de la population syrienne est typique des sociétés moyen-orientales à majorité musulmane. Les familles nombreuses sont la norme et les prénoms donnés à la naissance font bien souvent allusion à l'islam et à son Prophète. Muhammad, Abdullah, Ahmed sont les prénoms les plus couramment attribués aux garçons, tandis que les filles reçoivent des noms courts, souvent évoquant la nature (plantes, fleurs) : Lina, Dona, Nour, etc.

VIE SOCIALE
Éducation

Scolarité obligatoire pour tous jusqu'au brevet, baccalauréat passeport pour l'université et, d'une manière générale, valorisation des titres universitaires... A bien des égards, le système scolaire syrien se rapproche du système français. Importé pendant la période du mandat français, le pouvoir Al-Asad le remet à sa sauce et proclame l'enseignement obligatoire en 1965.

Le taux d'alphabétisation, plutôt élevé (80,8 %), révèle toutefois l'inégalité des chances entre sexes. 58 % pour les femmes et 87 % pour les hommes.

L'éducation est obligatoire de 6 ans à 15 ans, soit jusqu'à la fin du collège. S'ensuivent trois années d'études secondaires à la fin desquelles l'étudiant peut passer un bac littéraire, scientifque ou professionnel. L'université dure en moyenne quatre à cinq années selon les filières.

La fuite des cerveaux vers l'étranger constitue d'ailleurs une question cruciale pour l'avenir du pays. Il suffit de rappeler le salaire pour les professions libérales en Syrie (de 143 à 215 €) et celui d'un professeur ou ingénieur (215 €) pour comprendre l'attrait que peut exercer l'étranger sur des jeunes diplômés. Le Liban proche ou les pays du Golfe sont les principales terres d'accueil pour ces têtes pensantes, parfois formées en Syrie. Sur un marché du travail fragile et peu rémunérateur, le fonctionnariat est souvent perçu comme une soupape de sécurité. 25 % des 5 millions de personnes en activité sont employées par l'Etat.

Structure sociale

Ni la situation privilégiée de vos interlocuteurs directs (guides, hôteliers), ni la chaleur de l'accueil et la fierté des Syriens ne doivent faire oublier les difficultés du plus grand nombre. Le petit nombre de mendiants et la solidarité familiale peut cacher une réalité bien plus sensible.

La Syrie pointe à la 105e place dans la catégorie " pays à développement humain moyen " dans le tableau mondial de l'indice de développement humain sur un total de 182 pays. 11% de la population vivrait avec moins de 2 $ par jour.

Le salaire mensuel moyen d'un employé est de 143 € (environ 10 000 LS). Et les revenus des enseignants, tout comme ceux de l'élite intellectuelle (médecins, ingénieurs), deux fois plus élevés, restent faibles. Dans ces conditions, la double journée est très répandue. Des enseignants le jour se font réceptionnistes de grands hôtels ou chauffeurs de taxi le soir ; des comptables deviennent vendeurs au souk entre 17h et 20h. Dans ce contexte, les solidarités familiales jouent leur rôle de soupape.

Dans les familles les plus modestes, on travaille jeune. Le visiteur est surpris de voir en ville, malgré une amélioration du taux de la scolarisation, de nombreux enfants employés parfois à des tâches ingrates. Pour eux aussi vaut la double journée de travail. Ils évoluent entre les bancs de l'école le matin et la rue le reste du temps où ils vendent cigarettes, biscuits ou piles... Certains, comme les cireurs de chaussures, ne sont pas du tout scolarisés.

La place de la femme

En Syrie, la Constitution garantit aux femmes les mêmes droits politiques qu'aux hommes.

Il est à signaler qu'elles peuvent être candidates à toutes les élections et qu'il y a des femmes députées depuis 1954. Certaines occupent des postes importants dans la fonction publique, une femme est vice-présidente, une est conseillère du président, deux sont ministres, cinq ambassadrices et un grand nombre est magistrat, y compris, il y a peu, procureur général. Elles bénéficient des mêmes salaires que les hommes, à poste équivalent, et peuvent travailler voilées ou dévoilées.

Cependant, sur le plan juridique, le droit des femmes reste alertant. Le droit civil régi par la loi religieuse de chaque communauté conduit à maintenir les femmes dans une position d'infériorité. Par exemple, l'octroi de la nationalité de la mère à l'enfant, le droit de circuler librement et de choisir sa résidence, l'égalité des droits et des responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution en ce qui concerne la tutelle, la curatelle, la garde et l'adoption, ne lui sont pas accesibles.

Le taux d'analphabétisme féminin, près de 42 %, contre moins de 13 % pour les hommes demeure élevée. Les jeunes enseignantes que vous croiserez en ville ou dans les villages abandonnent souvent leur métier dès le mariage ou la naissance du premier enfant. L'univers de la femme reste bien souvent limité à la maison. Mariée jeune de préférence, c'est ici qu'elle règne. Celles qui s'épanouissent dans ce rôle, considéré comme normal aux yeux du plus grand nombre, sont légion. La conversation reste cantonnée à la marche du foyer, aux enfants. A la campagne, la vie de la femme est certainement plus dure. Elle cumule les travaux des champs et ceux de la maison.

Seule une évolution des mentalités permettrait de réaliser des progrès importants dans ce domaine. L'exemple que donne l'épouse du président de la République, Mme Asma al-Asad, éduquée en Angleterre, non voilée et active dans le domaine de la société civile pourrait être porteur...

Famille

La conversation à peine entamée, on vous demandera spontanément des nouvelles de vos parents. Rien d'étonnant. En Syrie, comme dans tout le monde arabe, la famille tient une place capitale. Une " petite " famille est souvent composée de six à sept enfants.

Cette moyenne tend à baisser car il est de plus en plus difficile à un couple de s'établir. Les villes, touchées par l'exode rural, regroupent un peu plus de la moitié de la population et offrent peu de logements bon marché.

On s'entasse parfois à plusieurs ménages dans un même logement déjà exigu pour un seul. Obtenir un emploi stable n'est pas simple. Tous ces obstacles retardent la formation des couples.

Mais l'honneur de la famille est encore capital ; malheur à celui (parent ou tiers) qui en ternirait l'image. Dans l'adversité, on n'abandonne pas les siens. Malgré la pauvreté, les mendiants sont presque inexistants.

La Syrie au présent : reflet d'une société, de Baudouin Dupret, Zouhair Ghazzal, Youssef Courbage, et Mohammed Al-Dbiyat. Actes Sud, juin 2007.

MŒURS ET FAITS DE SOCIÉTÉ
Couple

Les relations fille/garçon demeurent très codifiées. Les liaisons hors mariage restent tabous et vues d'un mauvais oeil par la société. En tant que fille, inviter un garçon chez soi, non-membre de la famille ne se fait pas. Les jeunes couples se retrouvent dans les cafés ou font des tours de voiture... Bien évidemment on évite toute effusion en public, pas même un baiser. Bien sûr, la société n'est pas uniforme et certaines familles très ouvertes fonctionnent sur le modèle occidental, mais elles sont peu nombreuses. Chez les musulmans comme chez les chrétiens, les mentalités conservatrices restent la norme.

Gay

Interdite par la loi, l'homosexualité est pourtant présente en Syrie, notamment dans la capitale. A Damas, les couples de même sexe ont même leurs points de rencontre, un quartier huppé, un parc à côté d'un hôtel de luxe, un bar, un hammam, un barbier. Vivant dans une véritable société parallèle, gays et lesbiennes organisent également des soirées privées. Afin de communiquer, ils utilisent Internet. Des sites communautaires spécialisés comme Manjam ont fait leur apparition ces dernières années. La Syrie est un des pays les plus actifs du Moyen-Orient. Etre le plus discret possible apparaît comme un impératif. D'après l'article 520 du code pénal de 1949, cette pratique est passible d'une peine de prison de trois ans au maximum. Dans les faits, les sanctions sont rares. Le gouvernement semble fermer les yeux. D'autre part, pays à 90 % musulman, la Syrie reste conservatrice surtout en dehors de la capitale. Le sujet demeure tabou au sein de la société et beaucoup d'homosexuels se sentent obligés de mener une double vie, voire même de finir par se marier sous la pression familiale.

Langue des signes

En Syrie, la communication s'effectue autant par la parole que par la gestuelle. Dans les souks, les taxis ou les restaurants, vous ne manquerez pas de remarquer de drôles de mimiques rythmer les conversations. Un mouvement des yeux vers le ciel accompagné d'un claquement de langue remplace un " non ", les cinq doigts de la main rassemblés, paume tournée vers le ciel équivaut à un " attends ! ", et une main sur le coeur signifie " bienvenu ". Des clés de communication précieuses qui permettent de se faire comprendre et de décrypter plus aisément certaines situations. Adoptez-les, les locaux apprécieront l'effort et afficheront un sourire amusé.

Prostitution

Sur la place Merjé à Damas, des hommes rabattent les clients au son de " Madame, Madame ? ". Les dames en question sont installées dans des hôtels miteux du quartier qui tiennent lieu de bordels, au prix d'on ne sait quelles complicités. Les cireurs de chaussure servent également d'intermédiaires. Il suffirait de leur glisser à l'oreille un nombre correspondant à l'âge de la jeune femme recherchée. Plus récemment, la prostitution a également fait son apparition dans la banlieue de Jeremana peuplée par les réfugiés irakiens. Là, de nombreux bars situés en sous-sol proposent différents types de consommations... Rappelons que le commerce de son corps est officiellement interdit en Syrie.

Ponctualité

Pas vraiment un mot qui fait partie du vocabulaire du pays. Ici le quart d'heure de politesse double, voire triple. Cela est surtout valable lors de rendez-vous avec les locaux. Par contre, pour ce qui est des transports publics, vous ne devriez pas avoir de problème. Les bus intervilles partent et arrivent à l'heure.

RELIGION

La Syrie est le seul Etat arabe à se déclarer laïc. Depuis 1961, l'Etat a interdit toute disctinction ou tout recensement confessionnel. Le voile intégral est interdit dans certaines situations : pour passer un examen, par exemple, il faut montrer son visage.

Toutefois, la religion musulmane reste très présente dans certains domaines et influence le fonctionnement du pays. La Constitution syrienne est inspirée de la charia, la loi islamique. C'est donc elle qui s'impose dans la gestion des affaires civiles. Elle interdit par exemple à une musulmane d'épouser un chrétien, un tel mariage n'aura pas d'existence au regard du droit syrien et les enfants nés de cette union seront considérés comme illégitimes et privés de tout droit civique. La Constitution déclare également que le président de la République doit être de confession musulmane.

L’islam de la majorité sunnite

Les sunnites constituent le tissu essentiel de la société syrienne puisqu'ils représentent environ 78 % de la population. A trop se pencher sur le pittoresque des minorités, on finirait par oublier que la Syrie est composée principalement d'Arabes musulmans sunnites. Branche de l'islam représentant l'orthodoxie, le sunnisme est l'expression très majoritaire de l'islam à travers le monde : aujourd'hui, de l'Afrique noire à l'Indonésie, neuf musulmans sur dix sont sunnites. Les Frères musulmans forment la faction intégriste sunnite la plus connue. Les Kurdes (voir " Population ") forment une minorité ethnique mais embrassent l'islam sunnite de la majorité. Parmi les sunnites, les Tcherkesses, descendants des tribus musulmanes du Caucase, occupent une place infime.

S'il n'est plus fait mention de la religion sur les papiers d'identité ou dans les recensements, son poids dans l'organisation de la société syrienne reste très lourd.

Au quotidien, ce sont les appels à la prière évidemment qui marquent l'empreinte de l'islam, mais aussi la forte fréquentation des salles de prière. Le vendredi, elles sont remplies de même que les églises le dimanche.

La religion pèse de tout son poids également dans la perception des grands événements de la vie (mariage, naissance). Ainsi, un musulman n'a pas le droit d'abandonner sa religion, ce qui lui rend impossible le mariage avec une chrétienne à l'église. Ces codes inviolables sont jugés trop stricts par les jeunes générations, qui voient là un argument de plus en faveur de l'émigration.

Les dépenses consacrées au culte (revenus des clergés ou rémunérations des muezzins) et à la construction d'édifices sont considérables. Partout dans le pays, des minarets tout neufs se dressent, face à de nouveaux lieux de culte chrétiens. Ces choix ne manquent pas d'ailleurs d'être contestés par les élites qui continuent à ne pas comprendre ces investissements dans un pays qui souffre du manque d'hôpitaux et surtout d'écoles.

Depuis quelques années, la pratique religieuse connaît un renouveau en Syrie, ainsi le ramadan est suivi par des jeunes de plus en plus nombreux et l'on voit de plus en plus de femmes voilées dans les rues.

Les dissidences de l'islam

Principale dissidence de l'islam, le chiisme (10 % des musulmans du monde) est né au VIIe siècle d'une querelle de succession à la tête de la communauté musulmane. Les tenants du schisme orthodoxe, tel qu'il existe en Iran, forment une petite minorité à Damas. Les chiites ont connu tout au long de leur histoire de nombreuses ramifications dont deux sont bien représentées en Syrie par les alaouites et les druzes.

Ces deux courants présentent des caractéristiques communes. Nés au tournant du Ier millénaire, leurs adeptes furent longtemps cantonnés dans les montagnes où ils développèrent leur doctrine religieuse. A la différence de l'islam sunnite, seuls les initiés connaissent les textes sacrés de ces sectes, ce qui leur confère un caractère mystérieux. Il n'y a pas de prosélytisme : on naît druze ou alaouite, on ne peut pas le devenir. Ces communautés, longtemps repliées sur elles-mêmes, ont développé de réelles solidarités sans pour autant échapper aux rivalités claniques nées d'un système réputé féodal. Leurs membres sont autorisés à cacher pour un temps leur vraie religion, selon le principe de la taqiya (la dissimulation), pour attendre des jours meilleurs.

A la différence des chiites réguliers, alaouites et druzes sont souvent considérés comme hérétiques.

Les alaouites

Issue d'un schisme survenu au IXe siècle au sein du chiisme, à l'initiative de Mohammad ibn Nusayr, cette doctrine mal tolérée quitte le Bas-Irak au Xe siècle pour gagner le nord de la Syrie. Elle s'implante ensuite dans les monts Ansarié à l'est de Lattaquié. Religion d'initiés, hiérarchisée, longtemps persécutée par l'islam sunnite, son fonds coranique est complété d'influences chrétiennes, babyloniennes, persanes, druzes et ismaéliennes. Le mandat français aimant asseoir son autorité sur les minorités, il créera un éphémère Etat des alaouites. Ce sera pour eux la première reconnaissance, même si un certain nombre de membres de la communauté voient d'un mauvais oeil cette nouvelle entité. Accusant les Français d'appliquer le précepte " diviser pour mieux régner ", ils s'opposèrent à la partition du territoire syrien et la mise en avant par la puissance mandataire de pseudo-chefs alaouites. En effet, les Français créent à l'époque, de toutes pièces, des cultes personnels comme celui de Souliman, peu justifié sur le plan historique.

Autrefois misérables, persécutés, sans aucune influence politique, les alaouites vont conquérir les plus hautes sphères de l'Etat syrien en infiltrant progressivement l'armée, seul débouché pour une population principalement rurale et pauvre. Consécration pour cette minorité qui représente environ 10 % de la population de Syrie, l'arrivée au pouvoir d'Hafiz al-Asad en 1970 a placé aux postes clefs de l'Etat les membres de sa communauté. Cette concentration à la tête de l'Etat s'est traduite par des dérives : corruption, passe-droits...

Certains membres de la communauté, devenus " plus royalistes que le roi ", estiment normal de bénéficier d'avantages, comme une notation moins sévère à l'université ou un meilleur traitement dans les structures de santé.

Les druzes

Numériquement moins nombreux que les alaouites, les druzes ont également beaucoup plus émigré. Représentant 2 à 3 % en Syrie, ils seraient près de 300 000 au Liban et dix fois moins en Israël. On les trouve dans le djebel Al-Arab (ou djebel Druze), dans le djebel Ala (voir Qalb Lozé, ouest du massif calcaire) et dans le Golan. La secte voit le jour en Egypte, sous l'influence du calife fatimide Al-Hakim, au début du XIe siècle. Installée peu après dans le sud de la montagne libanaise, après une courte période de prosélytisme, la communauté se replie sur elle-même avec sa propre aristocratie. Au XIXe siècle, les druzes vont étendre leur implantation principalement au sud de la Syrie. En 1925, de violents combats opposeront la puissance mandataire et les druzes rassemblés autour de la famille Attrache. Aujourd'hui, c'est la branche libanaise associée aux Joumblatt qui fait surtout parler d'elle. " Autrefois les druzes cachaient leurs livres avec soin dans les lieux les plus retirés de leurs maisons et de leurs temples ", écrivait Gérard de Nerval.

La pensée druze, toujours mal connue, associe les enseignements des philosophes de l'Antiquité, de la Bible et de Mahomet. La métempsycose fait partie de leurs croyances. Les druzes n'ont pas de mosquées mais des salles de réunions appelées majless, divisées en deux parties : l'une pour les hommes, l'autres pour les femmes. Les mausolées, blancs ou verts, de grands cheikhs druzes se trouvent au sommet des collines. L'exemple le plus visible : à l'entrée de Shahba, perché sur un volcan à droite, le mausolée du cheikh Cheihan.

Les ismaéliens

Les ismaéliens (peut-être 30 000 personnes) constituent une branche chiite vénérant le septième imam, Ismaël, mort en 765. Ils reconnaissent l'autorité de l'Agha Khan. Leur centre principal est à Salamiyé près de Hama.

Les yézidi

D'origine kurde, ceux que certains voyageurs du XIXe siècle appelaient les " adorateurs du diable " à cause de leur tradition se rattachant au manichéisme représentent en Syrie une toute petite minorité implantée en Haute-Djézireh.

Les pratiques des fidèles

L'islam est basé sur le Coran, " la Révélation ", dicté par Dieu (Allah) au prophète Mahomet (Mohamed) au VIIe siècle de l'ère chrétienne. Une autre source, la Sunna, recueille l'ensemble des paroles et des gestes attribués au Prophète. L'islam se veut le prolongement des enseignements des prophètes Noé, Abraham (Ibrahim), Moïse (Moussa) et Jésus (Issa), dont les messages sont accusés de falsification dans le recensement biblique. L'islam sunnite est avant tout une religion directe. Il n'existe pas d'intermédiaire entre Dieu et le croyant musulman. Si l'imam dirige la prière, il n'intervient pas dans la relation entre le croyant et Dieu.

Cinq obligations personnelles incombent au pratiquant :

La profession de foi (chahada) : elle consiste à affirmer " qu'il n'y a de dieu que Dieu, et Mahomet est son Prophète ". La récitation trois fois de la chahada est le seul rite de conversion à l'islam.

La prière (salat) : au nombre de cinq, elles doivent être accomplies chaque jour à une heure réglée sur le soleil. Avant de prier, le musulman doit se mettre en état de pureté rituelle par des ablutions. La prière peut être effectuée en tout lieu, à condition d'être orientée vers La Mecque. Celle de vendredi à midi a lieu dans la mosquée sous la conduite de l'imam.

Le jeûne (siyam) : durant tout le neuvième mois de l'année islamique (mois de ramadan), le fidèle doit s'abstenir de manger, de boire, de fumer et d'avoir des relations sexuelles de l'aube jusqu'à la nuit.

L'aumône (zakat) : seul Dieu est propriétaire des biens d'ici-bas. Les nantis sont invités à donner un pourcentage de leur fortune aux plus pauvres de la communauté des croyants (oumma).

Le pèlerinage (al-hadj) : tout croyant qui en a les moyens se doit d'effectuer au moins une fois dans sa vie le pèlerinage à La Mecque en Arabie saoudite.

Les chrétiens

Ils constituent près de 10 % de la population syrienne. Leur présence en Syrie est attestée depuis les premiers temps du christianisme. L'épisode de la conversion de saint Paul et de sa fuite, consignée dans la Bible, s'est déroulé à Damas, dans l'actuel quartier de Bab Sharqi, tandis que trois villages du Qalamoun (nord de Damas) parlent encore la langue du Christ (l'araméen).

Du VIIe siècle, date de l'arrivée de l'islam en Syrie, au XVe siècle, les conversions à la nouvelle religion professée par Mahomet furent importantes bien qu'obtenues parfois sous la contrainte. Elles s'interrompent sous les Ottomans. Après les traités de capitulations, la présence française dans le domaine économique s'accompagne de missions latines. Cette influence bénéficiera essentiellement aux chrétiens, jusqu'alors maintenus dans le statut de dhimmi, parfois assorti de mesures discriminatoires. Par affinité religieuse et culturelle, les chrétiens vont investir les postes en relation avec l'Europe : drogman, diplomates, négociants... et s'enrichir. A Alep, en particulier, dès le XVIe siècle et l'installation de marchands, les chrétiens se hissent au rôle d'intermédiaires avec le pouvoir musulman.

Trace encore visible aujourd'hui de cet enrichissement, les magnifiques demeures du quartier Jdeidé.

Au XIXe siècle, ils participent activement à la renaissance arabe (la nahda) qui, du Caire à Damas, secoue le monde ottoman. L'importance économique des chrétiens aura malheureusement des conséquences fâcheuses puisqu'elle servira à justifier en partie les massacres de 1860 et le génocide arménien en Turquie au cours de la Première Guerre mondiale.

Trois décennies de gouvernement du Baas, dont le Grec orthodoxe Michel Aflak fut le cofondateur, vont contraindre à l'exil une partie importante de la bourgeoisie, très pénalisée par les nationalisations, ainsi que les élites intellectuelles qui refusent les atteintes à la liberté d'expression.

Mosaïque de communautés

La communauté chrétienne en Syrie se caractérise par son hétérogénéité. Un casse-tête pour les visiteurs puisqu'il existe une dizaine d'Eglises différentes pour moins de 2 millions de fidèles. Dissension christologique après dissension christologique, les Eglises se sont formées pour afficher finalement un tableau extrêmement divisé.

La première dissension apparaît au Ve siècle entre les partisans du concile de Nicée, concile qui proclame l'égalité des trois Personnes dont se compose Dieu (le Père, le Fils et le Saint-Esprit), et les ariens pour qui le Père précède le Fils et le Saint-Esprit. Ces derniers l'emportent jusqu'au concile de Constantinople de 381, qui donnera raison aux nicéens.

Viennent ensuite les fameuses " querelles byzantines " sur la nature du Christ. Les nestoriens insistent sur la nature humaine du Christ tandis que les monophysites penchent vers la nature divine.

Les deux tendances seront tour à tour condamnées, et les adeptes du monophysisme, rejeté par le concile de Chalcédoine (481), violemment persécutés par les Byzantins. De cette période sanglante naîtra l'Eglise syrienne monophysite, ou Eglise jacobite, communément appelée Eglise syrienne catholique. L'Eglise, forte de 30 000 fidèles en Syrie et dont le patriarcat est à Beyrouth, utilise le syriaque comme langue liturgique encore de nos jours. Un exemplaire de la Bible en syriaque est généralement disposé sur le pupitre de l'église syrienne catholique d'Alep.

Le grand schisme de 1054 consommera la rupture entre l'Empire byzantin, gardien de la tradition et appelé orthodoxe, et l'Occident latin autour de Rome. L'Eglise orthodoxe naît, son patriarcat se constitue à Constantinople, séparé de Rome. Les croisades ne rapprochent pas les chrétiens d'Orient et d'Occident, c'est presque l'inverse qui se produit puisque l'Empire byzantin (capitale de l'orthodoxie) ne se remettra jamais du sac de Constantinople par la quatrième croisade, en 1204.

Aujourd'hui, les communautés fidèles à Rome existent, mais elles sont minoritaires. Les seuls chrétiens prêtant allégeance à Rome sont les catholiques ou les maronites. Parmi les catholiques, citons les melkites (près de 15 % des chrétiens de Syrie), une branche des Grecs orthodoxes ralliés à Rome en 1724. Les latins, catholiques romains, sont surtout représentés au sein des congrégations religieuses (franciscaines d'Alep, capucins de Souweida). Les maronites, dont le fondateur, saint Maron, est pourtant originaire de la région d'Apamée, ne forment une communauté importante qu'au Liban (20 000 en Syrie). Persécutés par les musulmans au IXe siècle, ils s'enfuirent. Le serment à Rome date de 1180. Du XVIe au XIXe siècle, l'activité missionnaire tentera d'attirer les différentes communautés vers le catholicisme, mais les orthodoxes surpassent les catholiques en Syrie. Trois branches de l'Eglise orthodoxe sont représentées en Syrie.

Premiers en nombre, les Grecs orthodoxes y représentent près du tiers des chrétiens. La moitié d'entre eux sont regroupés autour de leur patriarcat dit d'Antioche (en fait installé à Damas). Les autres sont dispersés dans les grandes villes du pays, à Lattaquié et Homs en particulier. Ils ne sont grecs que de rite, la langue liturgique étant l'arabe.

Les Arméniens orthodoxes, majoritaires chez les Arméniens, sont placés sous l'autorité d'un évêque, exerçant à Alep. Les Syriens orthodoxes, installés principalement en Djézireh, revendiquent leur filiation avec les anciennes communautés araméennes. Les Syriens catholiques se trouvent pour la plupart à Alep (leur église se visite).

Eglise syriaque

Orthodoxes et catholiques, les Eglises syriennes sont englobées sous le nom d'Eglise syriaque. Le syriaque représente l'un des deux principaux dialectes de l'araméen et sert de langue liturgique aux deux Eglises. Le lieu de culte syriaque le plus impressionnant qu'il vous sera donné de visiter est l'église de la Ceinture de la Vierge, à Homs (voir chapitre " Homs "). Les syriaques ont des prolongements en Inde, où 1 700 000 Indiens forment la communauté chrétienne des malankars.

Les Arméniens constituent une communauté à part. Déjà présents en Syrie aux premières heures du christianisme, ils s'établissent à Alep au XVIe siècle. Si Alep notamment est peuplée d'autant d'Arméniens (entre 100 000 et 150 000), cela remonte à 1915-1916 et à la fuite devant les massacres turcs. La communauté arménienne, très active, dispose d'un niveau de vie plus élevé que la moyenne. Leurs talents de joailliers ont fait la réputation des Arméniens d'Alep au-delà des frontières, orthodoxes ou catholiques.

Enfin, les protestants (anglicans, Arméniens protestants...), très liés à leur Eglise mère, forment une communauté de quelques milliers d'âmes.

Ces communautés sont condamnées à soutenir, parfois du bout des lèvres, comme les Grecs orthodoxes, le gouvernement laïc en place, qu'elles préfèrent toutefois à un pouvoir musulman sunnite travaillé par les courants fondamentalistes. Tenues à l'écart des plus hautes responsabilités (à quelques exceptions près, tel le général d'état-major Youssef Chakkour), ces communautés trouvent plus fréquemment des emplois dans la fonction publique (universitaires, hauts fonctionnaires), quand elles n'exercent pas leurs talents dans le commerce, l'industrie et les professions libérales.

La vitalité des Eglises orientales tient autant à l'animation de dispensaires, d'orphelinats et d'établissements scolaires souvent de haut niveau (du moins pour ceux qui ont échappé aux nationalisations de 1967) qu'au poids économique de leurs membres et à leur ouverture sur le monde.

Ces Eglises représentent par leur variété et leur dynamisme une des richesses du pays. Les chrétiens vivent surtout en ville (Alep, Damas, Homs ou Lattaquié). Parmi les agglomérations rurales chrétiennes, citons la région de Safita, ou Maaloula et Sednaya, sur les contreforts de l'Anti-Liban.

À lire

Chrétiens d'Orient : et s'ils disparaissaient ?, Antoine Sfeir, Bayard Centurion, avril 2009.

Ces chrétiens qu'on assassine, René Guitton, Flammarion, mars 2009.

La Persécution des chrétiens aujourd'hui dans le monde, Raphaël Delpard, Michel Lafon, janvier 2009.

Les Chrétiens de l'Orient vont-ils disparaître ? : Entre souffrance et espérance, Annie Laurent, Salvator, août 2008.

Vie et mort des chrétiens d'Orient : des origines à nos jours, Jean-Pierre Valognes, Fayard, 1994. Ouvrage de référence.

Les juifs

Que reste-t-il de l'importante communauté juive de Syrie, qui comptait 50 000 âmes au début du siècle et dont la synagogue de Doura-Europos nous rappelle l'ancienneté de sa présence sur ce sol ? Moins de 5 000 habitants en 1990, 300 fin 1994 depuis qu'en 1992 les lourdes restrictions à l'émigration ont été levées. La communauté juive de Syrie a fait les frais des conflits israélo-arabes.

Résidant principalement à Damas et à Alep, ils sont commerçants, enseignants, artisans ou exercent des professions libérales et représentent aujourd'hui à peine une dizaine de familles.

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