" Le plus merveilleux poème de pierres qui surgisse de la surface des eaux " : tout le monde s'est emparé de cette formule de Victor Hugo. Elle est tirée de l'un de ses plus beaux livres, Les Travailleurs de la mer, dont l'intrigue se déroule à Sercq. Il y a bien longtemps que le poète a parcouru les îles, et peut-être ne pourrait-il plus reconnaître certains paysages... à l'exception précisément de l'île de Sercq. Tournant le dos à ce que nous appelons le progrès, elle a choisi un certain immobilisme afin de conserver son visage traditionnel. Elle reste une exception dans l'archipel, à la plus grande surprise de ses visiteurs. Sercq compte environ 600 habitants et est placée sous la tutelle d'un seigneur. Elle compte 2 policiers, une seule boîte aux lettres et une toute petite prison. Il n'existe pas d'éclairage public le long des chemins de l'île.

La circulation par nuit noire n'est pas toujours facile, mais l'observation des étoiles n'en est que plus aisée. Toute la végétation de l'île est très riche. Les spécialistes y ont observé plus de 700 espèces de plantes. Leur protection fait l'objet d'efforts importants, tout comme d'une manière générale la préservation de l'équilibre écologique de l'île.

À savoir. Il est déconseillé de tenter l'escalade des falaises de Sercq : c'est très dangereux, et vous y risqueriez votre vie et celle des secours.

Géographie

Sercq se trouve à proximité immédiate de Guernesey. Tout comme les autres îles, elle est la propriété de la Couronne d'Angleterre sans appartenir au Royaume-Uni. C'est l'île la plus sauvage de l'archipel, d'abord à cause de sa côte rocheuse très accidentée. Les caps, les criques et les plages y sont rares et plutôt difficiles d'accès. De plus, les courants capricieux qui entourent l'île ont toujours rendu son accès difficile. Très jalouse de sa situation, Sercq refuse toujours toute liaison aérienne. L'île se présente comme un grand plateau rocheux émergeant de la mer. En haut du plateau, c'est le calme des pâturages, des prairies et de vallées boisées. Au XIXe siècle, de nombreux écrivains et peintres cherchèrent l'inspiration dans ce cadre romantique, comme Victor Hugo qui la visita souvent, en voisin, durant son long séjour à Guernesey. Comme Algernon Swinburne, le poète et critique londonien, qui fut bouleversé par son charme, ou encore William Turner qui représenta la Coupée sur l'un de ses tableaux, cet isthme très étroit, barrière rocheuse revêtue sur sa ligne de crête d'une chaussée cimentée, reliant Sercq et Petit Sercq. La Coupée domine la mer de 78 m. De chaque côté, la pente est vertigineuse. Côté ouest, on peut tout de même descendre, par un chemin en lacet, vers la Grande Grève, une crique qui, à marée basse, constitue une plage sablonneuse. Les 60 km de côtes de Sercq sont découpés et inhospitaliers. Ce sont des falaises creusées de nombreuses grottes où nichent des oiseaux de mer. Ses 15 km de sentiers serpentent à travers champs, croisant des pâturages, des jardins et des bouquets d'arbres. Bien loin de notre civilisation du bruit, Sercq la paisible, la sereine, la verdoyante, vit au rythme des randonnées et des voitures à cheval.

Histoire

Sercq est sans doute habitée depuis environ 2 000 av J.-C., mais pas de façon continuelle. Les premiers occupants n'y ont pas laissé beaucoup de traces. Les restes les plus anciens d'une présence préhistorique datent de l'âge du bronze. Un bronze du Ve siècle, découvert au siècle dernier, atteste du passage de Gaulois sur l'île. On pense aussi que les Romains y ont maintenu une garnison quelque temps. Les Wisigoths y auraient fait des incursions. C'est au VIIe siècle que l'île apparaît dans les chroniques, alors que saint Magloire y fonde un monastère, à l'emplacement actuel de la Seigneurie. Moine légendaire qui serait d'origine irlandaise, ancien évêque de Dol-de-Bretagne, il est considéré comme le premier colonisateur de l'île qu'il aborda avec d'autres moines en 565, après avoir quitté son poste. Il y aurait fondé une école et un monastère et serait mort en 575. Cette communauté a survécu huit siècles, jusqu'à la guerre de Cent Ans.

L'époque normande

En 933, les îles ont été données par le roi de France à Guillaume Longue Epée, le fils de Rollon, chef des Normands et elles ont été rattachées ensuite au diocèse de Coutances en Normandie. Bénéficiant d'une exceptionnelle protection naturelle, grâce à ses côtes de granit découpées et inhospitalières, Sercq n'a guère été défiguré par les fortifications. Lorsque Guillaume le Conquérant conquit l'Angleterre en 1066, les îles Anglo-Normandes formaient déjà une partie du duché de Normandie, associée à la péninsule du Cotentin. La vie des habitants de Sercq n'en fut donc pas modifiée. Lorsque le frère de Richard Coeur de Lion perdit la Normandie, les îles restèrent anglaises par loyauté.

Une île convoitée

Les conséquences de la guerre de Cent Ans furent désastreuses pour les moines, qui durent quitter Sercq pour la France au XIVe siècle. En effet, en 1369, les Français dévastèrent l'île lors d'un raid, puis à nouveau en 1412, saccageant le monastère et brûlant tous ses livres. Seuls quelques ermites restèrent courageusement dans les ruines, malgré les fréquents passages de pirates. Plusieurs tentatives eurent lieu pour se débarrasser de ces encombrants visiteurs. En 1449, une expédition française, commandée par un certain François Bruel, parvint à s'emparer de l'île. Plus tard, en 1533, un corsaire du nom d'Adrian Crole occupa l'île, alors très peu protégée. Comme la Couronne ne lui fut aucunement reconnaissante de son expédition, il s'en retourna en Hollande, sans négliger toutefois de vendre sa prise aux Anglais. En 1578, ce fut au tour d'Henry III de France d'occuper Sercq pendant 3 années. Puis, l'île demeura inhabitée pendant de longues années, avant de voir s'y installer le seigneur de Glatigny et quelques-uns de ses fermiers de Normandie. L'insécurité régnant toujours, il dut quitter l'île qui retrouva une nouvelle fois sa solitude.

Carteret le Conquérant

Après cette période de turbulence, Sercq fut colonisée par Hélier de Carteret, qui devint premier seigneur de Jersey en 1560. Cinq ans plus tard, la reine Elizabeth Ire lui fit cadeau de cette terre conquise. En retour, Carteret devint responsable de la sécurité de l'île et dut mettre sur pied une armée de 40 hommes. Pour les payer, il divisa Sercq en 40 parcelles de terre, appelées tènements, qu'il donna en bail à perpétuité à 39 de ses fermiers, un par chef de famille. Il garda le 40e, au centre de l'île, pour lui-même. Au même moment, il établit un Parlement (Chief Pleas), auquel participaient les locataires de chaque tènement et les jurats, désignés pour rendre justice. En 1579, après avoir enrichi l'île en développant l'agriculture, il la légua à son fils et se retira sur ses terres de Saint-Ouen. Lors de la guerre civile, ses descendants, fidèles au roi, se virent confisquer leurs terres. Mais Sercq n'avait pas fini de passer de main en main. Après la mort de Cromwell en 1558 et la Restauration de 1660, les Carteret récupérèrent leurs propriétés. Sir Philippe III de Carteret, seigneur de Sark, mourut sans descendance mais pas sans héritier.

De main en main

L'île revint à un cousin éloigné de la famille qui résidait en Angleterre, lord John Carteret. Totalement désintéressé, celui-ci vendit l'île en 1720 à un certain colonel Johnson, qui la céda à son tour, après y avoir vécu seulement 10 ans, à Suzanne Le Pelley. Trop pris par leurs affaires, les descendants de Suzanne ne firent jamais de l'île leur résidence. Ils tentèrent bien de prospecter le minerai d'argent de l'île, mais la production ne répondit ni à leurs espérances ni surtout à leurs investissements, puisqu'ils se trouvèrent mis en faillite. Un riche financier de Guernesey, Jean Allaire, ancien corsaire de Sa Majesté, à qui l'île avait été remise en gage, la récupéra finalement. A sa mort en 1852, sa fille Marie, mariée au révérend William Thomas Collings, en hérita et devint la première dame de Sercq. Leur fils, le révérend M. W. F. Collings, fut à son tour seigneur, pendant 45 ans, de 1882 à 1927. Sybil Hathaway, l'arrière-petite-fille de Marie Collings, régnait sur l'île au moment de son occupation par les Allemands.

L'occupation allemande

L'armée allemande s'installa dans l'île le 4 juillet 1940. La majorité des habitants décidèrent d'y rester, et seuls quelques-uns, dont le médecin de l'île, choisirent de rejoindre l'Angleterre. Lorsque les premiers Allemands débarquèrent, c'est avec courage que Sybil Hathaway entreprit d'organiser la résistance, à sa façon, pour tenir en respect l'occupant. L'armée s'installa à Rose Cottage, à Rosebud Hill, et les relations avec la population locale restèrent courtoises. Les militaires étaient heureux de se trouver dans un endroit si agréable, alors que la Dame de Sercq menait de main de fer les affaires de l'île. Pourtant, à la fin de 1940, de nouveaux responsables allemands vinrent s'installer à Sercq. Ils décidèrent de faire preuve de plus d'autorité et entreprirent de mener la vie dure aux habitants. 300 hommes débarquèrent pour engager les travaux de fortification de l'île. 1 300 mines furent disséminées sur l'ensemble de l'île, le couvre-feu fut prolongé et la pêche soumise à des horaires précis. De la nourriture aux vêtements, en passant par le bois de chauffage, tout vint à manquer. Les conditions de vie difficiles affectèrent non seulement les îliens, mais aussi les occupants. Pour pallier l'absence de produits importés en temps de paix, les îliens durent faire preuve d'invention.

Aujourd'hui

Depuis le décès de Sibyl Hathaway, en 1974, l'île est la propriété de son petit-fils, John Michael Beaumont, qui conserve précieusement les traditions sans pouvoir toutefois empêcher la prédominance sur l'île de la culture anglaise, particulièrement en ce qui concerne la langue.

Une société féodale

Sercq est le plus petit Etat indépendant du Commonwealth britannique ! L'île a gardé de l'époque féodale un vocabulaire et des dénominations bien spécifiques pour désigner ses principaux responsables administratifs. Le fonctionnement de l'île s'est quant à lui largement démocratisé. A la tête de l'agglomération se trouve le seigneur ; il prélève " la dîme, le poulage, le tavernage et la saisive ". De l'époque féodale, le seigneur a gardé quelques privilèges dont le droit de colombier, de même qu'il est le seul à pouvoir posséder une chienne en état de procréer. La Constitution date du règne de la reine Elizabeth Ire (1558-1693). Un Parlement, The Court of Chief Pleas, est composé des 40 propriétaires terriens (un système qui subsiste de l'organisation de l'île en tènements par Hélier de Carteret en 1565), ainsi que des 12 représentants que la population (soit 650 habitants) élit tous les 3 ans. Le Parlement vote les taxes, vérifie l'état des finances, élit les différentes commissions chargées de régler les problèmes au quotidien et détient un pouvoir législatif. Il se réunit au moins 3 fois par an : en janvier, à Pâques et à la foire Saint-Michel et, si nécessaire, en sessions extraordinaires. Les réunions débutent par la récitation, en français, du Notre Père. Le seigneur ne peut s'opposer à l'adoption d'une loi, mais peut en retarder l'entrée en vigueur par un veto. Le Parlement est l'employeur du constable (policier) et de son subordonné, le vingtenier. Dans le domaine administratif, il existe également un sénéchal, responsable de la justice, un greffier, chargé de l'état civil, un prévôt ou préfet de police et un trésorier.

La propriété foncière à Sercq est régie selon les lois féodales : seul le fils aîné hérite de la terre. Le cas échéant, celle-ci peut être vendue dans son ensemble à une personne extérieure à la famille. Récemment, la loi de primogéniture a pourtant dû être modifiée à la demande de la Cour européenne des droits de l'homme. De même, jusqu'à une loi récente, les habitants n'étaient pas autorisés à divorcer, car le divorce aurait pu interférer dans la loi sur l'héritage. Depuis quatre siècles, l'île a connu de nombreux changements qui ont abouti à la réduction des pouvoirs du seigneur. Toutefois, Sercq est autonome et se subvient à elle-même. Elle finance ses propres dépenses et elle peut même se permettre de subventionner les études en Angleterre des enfants de ses administrés. En outre, un fonds alimenté par des dons apporte sa contribution aux frais de dentiste des enfants et une pension est versée aux personnes âgées. Les principaux revenus de l'île sont le tourisme, les revenus financiers, les taxes portuaires, ainsi que les taxes sur les alcools et les cigarettes. Sercq fait partie du bailliage de Guernesey, tout comme Aurigny et Herm, et à ce titre elle a des représentants au Parlement de Guernesey, " The States of Deliberation ".

Combats contre le royaume des milliardaires

Cette torpeur médiévale a cependant été dérangée depuis 1993 par deux nouveaux locataires bien encombrants installés sur l'île de Brecqhou. Cette île est située sur la façade ouest, uniquement séparée de Sercq par le Gouliot, un passage de 70 m de large. Propriété privée, l'île ne peut être visitée et elle est bien gardée par des vigiles. Le bail fut mis en vente en 1966. Selon la Constitution de Sercq, les tènements ne peuvent être achetés que par un sujet britannique. Il fut acquis contre une somme certainement colossale par un milliardaire, Leonard Matchan, qui devint ainsi le maître d'un petit royaume privé, exonéré d'impôts, et d'un siège au Parlement de Sercq, car Sibyl Hathaway, la Dame de Sercq, en avait fait le 40e tènement. L'île a depuis été rachetée £2,33 millions par les frères jumeaux Barclay en 1993, propriétaires du Ritz et du Daily Telegraph. L'un des jumeaux, David, a officiellement droit de siéger au Chief Pleas. Leur installation leur a valu l'inimitié des îliens car ils refusaient de se soumettre à la loi du droit d'aînesse. De plus, les frères ont émis le souhait que leur île soit indépendante, ce qui leur a été refusé. Ils ont construit sur Brecqhou un château monumental et de très mauvais goût pour une somme colossale. Les rumeurs les plus folles ont couru sur son compte : il abriterait un abri antiatomique, un tunnel pour accéder d'un bout à l'autre du château ou encore des salles de bains en or... Ils s'y rendent en hélicoptère et y conduisent même des voitures, ce qui est strictement interdit par la loi de Sark.

En quinze ans, les 2 frères ont continuellement sapé les fondements de ce dernier Etat féodal d'Europe. Armés d'un bataillon de juristes et d'avocats, ils ont déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme pour dénoncer l'absence de démocratie sur l'île (les 40 " tenants " sont nommés à vie). Et ils ont remporté une première victoire, lorsque, suite à un sondage, les Sarkais se sont prononcés en 2006 en faveur du suffrage universel. Mais le combat des frères Barclay n'était pas terminé. Ils voulurent s'attaquer au seigneur féodal Michael Beaumont afin de lui contester ses derniers privilèges, à savoir un droit de veto et le droit de percevoir un treizième de chaque transaction immobilière. Ils souhaitaient aussi ouvrir l'île à la modernité (voitures, électricité dans les lieux publics). Nombreux sont ceux qui regrettent ces remises en cause, pour eux excessives. L'île avait toujours très bien fonctionné sous le régime féodal, pourquoi n'en serait-il pas ainsi jusqu'à la nuit des temps ?

Les premières élections de l'île ont eu lieu en décembre 2008, mettant ainsi fin au féodalisme qui régnait sur l'île. Elles ont largement été gagnées par les partisans du seigneur Beaumont. Seuls 5 candidats soutenus par les Barclay ont été élus sur les 28 conseillers que compte le parlement de Sercq. La réaction des Barclay fut immédiate et cinglante : ils décidèrent de stopper quelques jours plus tard toutes les activités de l'île financées avec leurs deniers (hôtels, boutiques, etc), mettant ainsi plus de 100 personnes au chômage, soit 1/6e des habitants de l'île, avant de revenir sur leur décision. Le combat des Barclay est-il cette fois-ci bien fini ?

Orientation

A Sercq, les distances sont courtes. Quelques pas seulement séparent la poste, l'église anglicane Saint Peter et les principaux commerces dont vous pourriez avoir besoin. Banques et boutiques sont réparties dans la rue principale dite " l'Avenue ". Les chemins se limitent à un axe nord-sud qui rejoint Petit Sercq à Sercq en passant par la Coupée et à une transversale sur l'île de Sercq. Il n'y a guère que 5 km qui séparent la pointe nord de celle du sud. Comptez une journée pour faire le tour de l'île.

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