Deuxième ville la plus peuplée de Bosnie-Herzégovine, Banja Luka est la capitale de l'entité de la République serbe de Bosnie. Si elle n'est pas une destination touristique de premier ordre, elle se révèle agréable et possède quelques atouts : de bons restaurants, par exemple, et, surtout, les gorges de la Vbras, parmi les plus belles du pays. Situé 10 km au sud du centre-ville, ce canyon accueille régulièrement des grandes compétitions de kayak et de rafting. La cité elle-même n'a guère de charme. Détruite à 80 % par un tremblement de terre en 1969, elle a été rebâtie selon le modèle socialiste : des bâtiments modernes, de larges axes routiers et de nombreux espaces verts. Dans cet ensemble, plutôt bien conçu, subsistent une vieille forteresse ottomane d'origine romaine (le Kastel), quelques " palais " et villas des années 1930 et des édifices religieux d'allure ancienne. Les principales églises orthodoxes datent des années 2000. Quant aux mosquées, qui comptaient parmi les plus précieuses du pays, elles ont été détruites durant la dernière guerre. Reconstruites récemment, elles marquent le souvenir du passé musulman de Banja Luka. Car si le site fut habité dès le paléolithique, la ville a véritablement été créée sous l'impulsion des Ottomans. Elle demeura une cité majoritairement musulmane jusqu'au début du XXe siècle avec d'importantes communautés croate, serbe, rom et juive. Les massacres de la Deuxième Guerre mondiale et le nettoyage ethnique pratiqué pas les autorités bosno-serbes à partir de 1992 (60 000 habitants chassés) ont fait perdre son caractère multi-communautaire à Banja Luka. Aujourd'hui presque exclusivement peuplée de Bosno-Serbes, mais hérissée d'églises catholiques et de minarets, Banja Luka semble désormais en quête d'une nouvelle identité. Toutefois, contrairement aux villes " serbes " de l'est du pays, Banja Luka n'a pas connu les mêmes atrocités lors de la dernière guerre. Si bien que le nationalisme bosno-serbe s'affiche ici avec nettement moins de véhémence. Pour cela, la ville n'en est que plus attachante.

Démographie et nom de la ville

Démographie - Banja Luka compte 166 000 habitants dont 90 % de Bosno-Serbes, 4 % de Bosniaques, 3 % de Bosno-Croates. Avec les villages et quartiers des environs, la municipalité totalise 185 000 habitants avec une répartition similaire entre communautés. Avant la guerre, en 1991, la ville comptait 143 000 habitants dont 49 % de Bosno-Serbes, 19 % de Bosniaques, 16 % de Yougoslaves, 11 % de Bosno-Croates.

Nom de la ville - Banja Luka est mentionnée en tant que telle pour la première fois en 1494. Ce nom pourrait être constitué des mots ban (le titre porté par les souverains de Croatie, de Serbie et de Bosnie) et luka (" vallée " ou " prairie "). On peut ainsi traduire Banja Luka par la " la vallée du roi ". Une autre origine avancée est le terme hongrois Lukácsbánya signifiant " la mine de Luc ". Aujourd'hui, dans la langue bosniaque-serbo-croate moderne, Banja Luka s'entend davantage comme " les bains du port " ou " le merveilleux port ".

Géographie et climat

Banja Luka se situe à 163 m d'altitude aux confins de la plaine de la Krajina (qui s'étend jusqu'à la Croatie) et de la Bosnie centrale, immédiatement au sud. La ville est marquée par deux éléments importants.

Vrbas (Врбас) - Banja Luka Est est traversée par cette rivière dont le nom qui signifie " saule " en bosniaque-serbo-croate. Prenant sa source 90 km au sud, la Vbras se jette dans la Save, qui marque la frontière avec la Croatie, 50 km au nord-est. Elle a creusé d'importantes gorges, parmi les plus profondes et les plus impressionnantes du pays, au sud de la ville sur environ 50 km de longueur.

Montagnes - Le canyon de la Vbras pénètre en profondeur en Bosnie centrale et marque la transition entre le bassin pannonien (plaine hongroise) et les Alpes dinariques au sud. La ville est en effet cernée par plusieurs massifs, dont les plus importants sont la Manjača (1 214 m d'altitude) et la Čemernica (1 338 m).

Climat - Banja Luka est marquée par des hivers rigoureux (environ 1 °C de moyenne en janvier), avec des chutes de neige fréquentes, des étés doux (23 °C de moyenne en juillet) et une importante pluviométrie.

Histoire

Antiquité - Dans les derniers siècles avant notre ère, le site de l'actuelle forteresse Kastel est habité par une tribu illyrienne (les Oseriati ou les Maezaei). Du IIe au VIe siècle, les Romains organisent là un petit comptoir fortifié connu sous le nom de Castra avec une colonie civile, un relais de poste et quelques bains dans les alentours. Le lieu est alors un point de passage entre la Dalmatie (côte adriatique) et de Pannonie (Hongrie actuelle).

Moyen Age - Après l'arrivée des tribus slaves (VIe-VIIe siècle), la ville échappe peu à peu à l'emprise de l'Empire romain d'Orient et passe sous le contrôle des rois de Hongrie. Au IXe siècle, elle devient un poste-frontière de la Serbie médiévale. A partir du XIIe siècle, elle est intégrée au sein du royaume de Bosnie, puis prend le nom de Donji Kraji (" cité royale basse "). Disputée entre différentes familles féodales bosniennes et croato-bosniennes au XIVe siècle, elle connaît cependant un fort développement ainsi qu'en attestent les nombreux stećci (pierres tombales de la Bosnie médiévale) dans les environs et la création d'un grand monastère catholique en 1378 dans le quartier actuel de Petrićevac (au nord-est du centre).

Période moderne - Protégée par le royaume de Hongrie, la petite cité passe tardivement sous autorité ottomane, en 1521. Soixante ans plus tard, débute le véritable développement de la ville moderne sous l'impulsion de Ferhat-pacha Sokolović (voir encadré). Capitale du pachalik de Bosnie jusqu'en 1639, c'est à la fois un grand pôle commercial, politique et religieux. La menace austro-hongroise en fait aussi une ville de garnison. Grâce au renforcement des forteresses des gorges de la Vbras et du Kastel, les Ottomans remportent ici une grande victoire en 1738.

Période contemporaine - Ravagée par des épidémies de peste et des tremblements de terre au début du XIXe siècle, Banja Luka entre ensuite dans l'ère industrielle grâce à l'implantation de moines trappistes et de Juifs séfarades. Elle commence à se moderniser dans les dernières années de la période ottomane avec l'arrivée du télégraphe et du chemin de fer. Le mouvement se poursuit lorsque la Bosnie passe sous domination austro-hongroise (1878) : création d'égouts, percement de larges avenues, ouvertures d'une usine de tabac, etc. Les nouvelles autorités favorisent aussi l'implantation de colons serbes.

XXe siècle - La ville perd peu à peu son caractère oriental et devient un foyer de l'activisme serbe anti-austro-hongrois, notamment sous l'influence du poète Petar Kočić, créateur du journal Отаџбина (" Patrie "), en 1907. A partir de 1918, la ville est intégrée au royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, puis devient la capitale de la Banovine du Vrbas (environ la moitié de la Bosnie-Herzégovine actuelle) de 1929 à 1941. Cette période est marquée par une forte influence de la Serbie, la construction de nombreux édifices (dont certains subsistent autour de la place des Dirigeants-Serbes) et par la montée du mouvement anti-fasciste. A ce titre, la ville sera durement touchée par le régime oustachi allié aux nazis qui règne sur la Croatie et la Bosnie-Herzégovine durant la Deuxième Guerre mondiale : déportation et assassinat de nombreux habitants serbes, roms et juifs, massacres de populations serbes dans les villages voisins, destruction des synagogues et des églises orthodoxes. La région est également un grand foyer de résistance. Mais, malgré l'aide des alliés - dont les bombardements causent des destructions importantes -, les partisans ne parviennent à libérer Banja Luka que le 22 avril 1945. Durant la période de la Yougoslavie socialiste, le grand chantier de reconstruction qui suit les tremblements de terre du 26 et 27 octobre 1969 s'accompagne de la création de l'université de Banja Luka (1975) et de l'arrivée de nouveaux habitants bosno-serbes venus des environs et de toute la Bosnie-Herzégovine.

Guerre de 1992-1995 - A la chute de la Yougoslavie, la ville est dirigée par des nationalistes bosno-serbes. Durant le conflit, Banja Luka ne fut le théâtre d'aucun affrontement. Mais son bref encerclement par les forces bosniaques et bosno-croates au printemps 1992 va provoquer toute une série d'événements dramatiques. A commencer par le déclenchement de l'opération Corridor 1992 visant à relier la ville à la Serbie par la prise de tous les territoires situés le long de la Save et de la Vbras par les forces serbes et bosno-serbes. S'en suivent des massacres de populations non-serbes en Bosnie et en Croatie. Banja Luka est épargnée par ce bain de sang, mais les habitants bosniaques et bosno-croates sont contraints de partir, bientôt remplacés par 65 000 réfugiés serbes des régions voisines. Les lieux de culte catholiques sont pris pour cible et les mosquées systématiques détruites en 1993.

Aujourd'hui - Touchée par les répercussions de la guerre jusque dans les années 2000, la ville connaît à présent un nouvel essor, notamment grâce au développement du secteur énergétique. Banja Luka est en effet le principal " hub " entre les réseaux électriques de la Bosnie-Herzégovine et ceux des pays voisins. C'est également une place financière grâce à la création de la Bourse de Banja Luka en 2001. Enfin, depuis 1995, c'est aussi la capitale de la République serbe de Bosnie. Si ce statut ne fut reconnu officiellement qu'en 2009 (après Sarajevo-Est et Pale), la ville a ainsi vu éclore quantité d'institutions politiques mais aussi culturelles. Certains pays comme la Croatie, la Serbie, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis possèdent ici un consulat, mais la brève représentation diplomatique française a fermé ses portes en 2010.

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