Guide de Libye : Histoire

PREHISTOIRE

Le territoire de l'actuelle Libye était peuplé dès le Paléolithique inférieur, comme l'ont montré les découvertes des scientifiques dans la caverne de Haua Fteah en Cyrénaïque côtière, région qui a été vraisemblablement occupée par intermittence par une civilisation agropastorale. Les chasseurs peuplaient l'intérieur des terres. On trouve le témoignage de leur présence à Tarhouna (Tripolitaine), mais surtout dans l'actuel désert du Fezzan, qui était alors une grande savane dont les animaux, lions, éléphants, girafes, crocodiles et bien d'autres encore ont été gravés et peints sur les parois rocheuses par ces lointains ancêtres.

COLONISATIONS PHENICIENNE ET GRECQUE

Deux types de colonisations se développent jusqu'à l'arrivée des Romains, celle des Phéniciens en Tripolitaine et celle des Grecs en Cyrénaïque. L'histoire des deux régions côtières, séparées par l'inhospitalier désert du golfe de Syrte, prend ainsi deux cours différents qui se rejoindront à partir de l'époque romaine, sans toutefois jamais s'amalgamer.

Tripolitaine
Des comptoirs phéniciens…

Les marchands phéniciens de Tyr (au Liban) ou de Sidon installent des établissements saisonniers sur la côte tripolitaine dès le XIIe siècle av. J.-C. Ils les choisissent aux emplacements de ports naturels où leurs navires font étape (pour se ravitailler et commercer) au cours de leurs traversées en Méditerranée qui les conduisent jusqu'en Hispanie riche en mines de métaux précieux. A partir du IXe siècle av. J.-C., ces comptoirs saisonniers deviennent permanents, conformément à une nouvelle pratique phénicienne qui voit la naissance de la ville de Carthage en Tunisie. Forte de son rayonnement commercial dans l'espace méditerranéen, Carthage prend en main la destinée du monde phénicien lorsque Tyr déclinante est conquise par Alexandre le Grand au IVe siècle av. J.-C. Débute alors l'époque punique.

…aux emporia puniques

Au VIe siècle, les comptoirs permanents de Tripolitaine deviennent d'importants comptoirs puniques ou emporia : ce sont Sabratha, Lebda (future Leptis Magna) et Uiat (future Tripoli), qui se développent à partir du Ve siècle av. J.-C. Les villes de Sabratha, Uiat et Lebda sont regroupées en confédération administrée par un suffète nommé par Carthage qui contrôle le commerce des trois emporia.

Mais une nouvelle puissance méditerranéenne a vu le jour, qui ne s'accommodwe plus de la suprématie de sa concurrente carthaginoise : Rome, dont les voies de navigation et le commerce avec certaines îles en Méditerranée lui sont interdits par Carthage. Au IIIe siècle av. J.-C., Rome déclare la guerre à Carthage. A l'issue de la seconde guerre punique, Carthage tombe sous la tutelle romaine. La Tripolitaine connaît alors une relative autonomie sous l'autorité de souverains locaux, jusqu'à la victoire romaine au milieu du IIe siècle av. J.-C à l'issue de la troisième guerre punique, aussi brève que dévastatrice.

Entre giron numide et romain

Les Romains font en effet tomber Carthage en 146 av. J.-C, à l'issue de la troisième guerre punique. Sabratha, Lebda et Oea passent alors d'abord sous le contrôle numide. Micipsa, le successeur de Massinissa, encourage le développement commercial des trois anciens comptoirs puniques. Mais Jugurtha, successeur de Micipsa, ne poursuit pas la politique favorable de son prédécesseur, et les anciens comptoirs puniques font appel à Rome pour les libérer de son joug. Ce que s'empressent de faire les Romains qui défont Jugurtha en 106 av. J.-C. Les Romains laissent tout d'abord une grande autonomie à leur nouveau protectorat de Tripolitaine. Mais en 49 av. J.-C., les trois cités font le mauvais choix en se rangeant avec Juba Ier, le nouveau roi de Numidie, du côté de Pompée contre César. Grand mal leur en prend, et, lorsque ce dernier accède au pouvoir, il oblige les trois cités à payer un très lourd tribut en guise de représailles. En 46 av. J.-C., la Numidie devenue province romaine cesse d'influer sur la destinée des anciens comptoirs de Tripolitaine.

La question des échanges culturels

Les Berbères de Tripolitaine en contact avec les Phéniciens en ces temps reculés ont laissé les preuves archéologiques de leur acculturation au monde phénicien puis carthaginois (comme par la suite au monde romain) : ils utilisent les langues punique et grecque (comme plus tard la langue latine) et célèbrent les dieux carthaginois, Baal Hammon et Tanit (comme ensuite les dieux romains). La situation est tout autre dans le foyer de colonisation grec de Cyrénaïque, où culture grecque et culture berbère ont cohabité sans jamais s'interpénétrer.

La colonisation grecque en Cyrénaïque

Les Grecs se sont fait l'écho de l'existence en Cyrénaïque de l'antique tribu des Lebou. Il est avéré que, vers le Ier millénaire av. J.-C., cette tribu avait tenté de fuir la sécheresse en gagnant la vallée du Nil. Elle menaça même en son temps le pharaon Ramsès II et fonda en Egypte, au milieu du Xe siècle av. J.-C., une dynastie qui allait durer pendant deux siècles.

Au VIIe siècle av. J.-C., les Théréens (de l'île dorienne de Théra, actuelle île Santorin), guidés par l'oracle de Delphes, débarquent en Cyrénaïque sous le commandement de Battos. En 631 av. J.-C., ils y fondent Cyrène, promise à devenir la plus importante des colonies grecques en Afrique. Battos inaugure la dynastie des Battiades, aux commandes des cités grecques de Cyrénaïque les deux siècles suivants. Sont alors fondées les cités de Taucheira, Barca et Euhespérides, ainsi que deux ports, le port de Cyrène, future ville d'Apollonia, et le port de Barca, future Ptolémaïs.

Les rois Battiades sont renversés au milieu du Ve siècle av. J.-C. La royauté est alors remplacée par une république. Pour les quatre cités grecques, c'est une période d'opulence fondée sur le commerce des produits agricoles avec le monde grec (céréales, oliviers, bétail et sylphion, une plante aux nombreuses vertus médicinales). Des quatre cités autonomes, Cyrène est la plus importante, tant par son rayonnement économique qu'intellectuel.

A la mort d'Alexandre le Grand, les cités grecques de Cyrénaïque sont intégrées aux possessions des Lagides (rois d'Egypte) durant toute la période hellénistique.

Sous les Lagides, les équilibres entre les cités grecques se modifient : Barca est évincée au profit de son port, Ptolémaïs, qui acquiert le statut de cité. Taucheira prend le nom d'Arsinoé et Béréniké remplace Euhespérides. Barca, Ptolémaïs, Arsinoé, Béréniké et Cyrène forment la fédération autonome de Pentapole. En 96 av. J.-C., le royaume lagide est cédé aux Romains. Les cités grecques de Cyrénaïque demeurent libres jusqu'en 74 av. J.-C., date à laquelle la région devient province de l'Empire.

Les origines du nom du pays

La Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste est plus communément nommée Libye. Le nom de Libye, ou plutôt Libya, a été donné au pays par les Italiens, désireux de rappeler son passé romain : c'est l'empereur Dioclétien qui nomma ainsi deux provinces de Cyrénaïque lors de la réorganisation administrative de l'Empire romain déclinant, en l'an 300. Avant les Italiens, les Ottomans étaient parvenus à unifier sous une même administration les trois régions historiques de la Libye - Tripolitaine, Fezzan et Cyrénaïque - pratiquement dans ses frontières actuelles. Sous les Ottomans, l'ensemble constitué par la Tripolitaine et le Fezzan se nommait la Wilayet Trablous i-Gharb (province de Tripoli d'Occident).

Il faut cependant remonter aux temps de l'arrivée des Phéniciens et des Grecs pour retrouver l'origine du mot, lorsque l'actuelle Libye était peuplée par des tribus nomades berbères. Celle qui occupait une vaste région allant de la Marmarique (Cyrénaïque) au delta du Nil fut nommée par les Grecs la tribu des Libuoï, ou tribu des Lebou. Par extension, les Grecs baptisèrent " Libya " la région s'étendant à l'ouest du Nil jusqu'au djebel Akhdar et, plus tard, toute l'Afrique, à partir de la vallée du Nil jusqu'au Maroc.

C'est sous l'empereur Dioclétien que la Tripolitaine, anciennement nommée Syrtica, puis partie de l'Africa Nova romaine (incluant l'actuelle Tunisie), acquiert le nom de " Tripolitana ", la région des " trois villes " (Leptis Magna, Oea et Sabratha). Elle sera ensuite englobée dans l'Ifriqiya (ancienne province de l'Africa Nova) des conquérants arabes. Quant au Fezzan, il tire son nom de la tribu antique des Massani, ou Phasanti, qui vivaient dans les oasis du Sud. A leur arrivée au VIIe siècle apr. J.-C., les Arabes nommèrent la Cyrénaïque " Barca ", du nom de la seule ville grecque encore habitée, l'actuelle Al-Marj. Les Libyens appellent encore de nos jours Barca la région de Cyrénaïque.

LA LIBYE ROMAINE

Sous le règne d'Auguste, l'Africa Vetus (les anciens territoires de Carthage comprenant les comptoirs tripolitains) et l'Africa Nova (la Numidie orientale, en Algérie) de Jules César deviennent une seule et même vaste province romaine, la Provincia Proconsularis ou Afrique proconsulaire, englobant aussi la Numidie occidentale.

Les Garamantes du lointain Fezzan

Les anciens emporia puniques de Tripolitaine devenus romains sont périodiquement assaillis par les guerriers sahariens Garamantes dont le peuple vit dans le Fezzan. Excédé par leurs pillages, Cornelius Balbus conduit une expédition romaine jusqu'au pays des Phasaniens (région du Fezzan) en 17-24 av. J.-C., à l'issue de laquelle les Garamantes se rallient pour un temps à Rome. Cela ne les empêchera pas de mettre plus tard à profit l'appel à l'aide d'Oea dans sa lutte contre Leptis pour assiéger cette dernière. La paix revenue entre les deux villes, les Garamantes sont poursuivis et sévèrement punis par les Romains. De tels épisodes guerriers jalonneront l'histoire des relations entre ces deux peuples qui commercent malgré tout en temps de paix.

Oea, Sabratha et Leptis Magna, riches colonies romaines

Au Ier siècle, les villes prospères de Leptis, Sabratha et Oea obtiennent le statut de colonies romaines. Lorsqu'en 193 l'enfant du pays Septime Sévère (146-211) succède à l'empereur Commode, la Tripolitaine antique connaît son heure de gloire. Leptis surtout bénéficie des faveurs du nouvel empereur qu'elle a vu naître. Après son embellissement, elle prend le nom de Leptis Magna (la grande). L'arrière-pays fertile de Sabratha et de Leptis Magna regorge de campagnes plantées de vigne et d'olivettes jusqu'au plateau de Tarhouna. Entretenues par de riches propriétaires terriens, elles fournissent les trois cités en huile d'olive, céréales et produits agricoles.

Tandis que la plaine de la Jeffara et les régions du sud sont un vivier d'animaux sauvages utilisés pour les jeux de cirque de Leptis Magna. Ils sont même exportés en bateaux pour servir dans les jeux de cirque de la lointaine Rome avec qui le commerce est florissant.

Afin de protéger l'activité commerciale et agricole des trois villes côtières et de leurs campagnes contre les incursions des tribus berbères, des forces mobiles romaines sont postées le long d'une frontière défensive, le limès, qui sépare le monde romain " civilisé " des Barbares. Cette frontière est renforcée et réaménagée sous le règne de l'empereur Septime Sévère par l'édification de fortins, de tours et de fermes fortifiées comme à Ghirza. Son fils Caracalla puis le petit neveu de ce dernier Alexandre Sévère poursuivront la construction du limès, qui s'étire de la Tunisie à Leptis Magna en passant par le djebel Nefousa, avec quelques arrière-postes reculés comme Ghadamès.

En Cyrénaïque

La Cyrénaïque, rattachée à la Crète sous l'administration d'un même proconsul, connaît une période troublée qui culmine lors de la grande émeute juive de 115-117. Celle-ci s'étend de l'Egypte à la Mésopotamie et n'épargne pas les villes de Cyrène et de Béréniké. Les deux cités ravagées seront reconstruites sous le règne de l'empereur Hadrien.

La diffusion du christianisme

Dès le Ier et le IIe siècles apr. J.-C., le christianisme se propage en Cyrénaïque et en Tripolitaine. Le premier évêque de Cyrène est intronisé par saint Paul. La Tripolitaine compte bientôt quatre évêchés.

Au IVe siècle, la Libye romaine, qui compte toujours une communauté juive bien implantée, est majoritairement chrétienne. Le schisme donatiste se propage en Tripolitaine et l'hérésie arienne en Cyrénaïque. Sabratha, restée fidèle à l'orthodoxie catholique, affronte Oea et Leptis. A l'est comme à l'ouest de la future Libye, ces manifestations d'opposition à l'orthodoxie religieuse du pouvoir romain se déroulent sur fond de crise politique et économique du monde romain.

Tripolitaine et Cyrénaïque à l’heure du déclin de l’Empire romain

Vers l'an 300, l'empereur Dioclétien procède à la réorganisation administrative de tout l'Empire romain. La Tripolitaine acquiert son nom et la Cyrénaïque est formée par deux provinces séparées : la Libye inférieure et la Libye supérieure. L'administration de la Cyrénaïque est détachée de la Crète et de l'autorité d'un proconsul pour être rattachée à l'Empire d'Orient. Elle devient une province distincte unie officiellement à l'Empire de Constantinople à partir de 395.

Cependant, les villes romaines perdent de leur importance à partir du IVe siècle. Le déclin de l'Empire romain se ressent dans les provinces libyennes, dont les campagnes traversent une longue crise agricole. Les tribus libyennes, bloquées par le limès en des temps plus cléments, tentent des incursions dans les territoires romains de Tripolitaine et de Cyrénaïque et contribuent au climat d'instabilité sur fond de crise agricole. Conséquence de la déliquescence des campagnes, une reprise notable du pastoralisme est alors enregistrée.

Les Vandales en Libye

Dans la première moitié du Ve siècle, les Vandales menés par Genséric mettent pied en Espagne puis en Afrique du Nord. Après s'être emparés de Carthage qu'ils prennent pour capitale, ils ravagent les villes de Tripolitaine et de Cyrénaïque, en abattent les remparts et persécutent les catholiques.

Chronologie
La Libye grecque et punique

IXe siècle av. J.-C. > fixation de haltes marchandes phéniciennes saisonnières sur la côte tripolitaine.

Ve siècle av. J.-C. > les haltes commerciales des marchants phéniciens, Uiat (future Oea puis Tripoli), Lebda (future Leptis Magna) et Sabratha deviennent d'importants comptoirs puniques ou emporia sous la domination de Carthage.

631 av. J.-C. fondation de Cyrène par les Grecs.

La Libye romaine et byzantine

106 av. J.-C. > les Romains prennent pied en Tripolitaine.

96 av. J.-C. > la Cyrénaïque des rois Lagides (égyptiens) est cédée aux Romains.

74 av. J.-C. > la Cyrénaïque devient une province de l'Empire romain.

27 av. J.-C. > les emporia tripolitains sont intégrés à la province romaine de l'Africa Nova.

20 av. J.-C. > l'empereur Auguste rattache la province de Cyrénaïque à la Crète.

19 av. J.-C. > expédition romaine menée par Cornélius Balbus dans le Fezzan pour rallier la tribu des Garamantes.

Ier siècle ap. J.-C. > Leptis Magna, Sabratha et Oea obtiennent le statut de colonies romaines.

115-117 > la grande émeute juive de l'Egypte jusqu'à la Mésopotamie se répand en Cyrénaïque ; Cyrène est ravagée.

300 > réorganisation administrative de l'Empire romain par l'Empereur Dioclétien. La Cyrénaïque est divisée en deux provinces rattachées à l'Empire d'Orient.

455 > invasion des Vandales.

535 > le général byzantin Bélisaire chasse les Vandales.

La conquête arabe

642-643 > conquête arabe de la Libye menée par Amr ibn el-Ass.

VIIe-VIIIe siècle > domination des émirs Aghlabides en Tripolitaine.

910-911 > la Tripolitaine sous contrôle de la dynastie Fatimide.

XIe siècle > les tribus arabes des Banou Hilal et des Banou Souleïm s'établissent en Libye.

1146 > invasion de Tripoli par les Normands de Sicile.

XIIe siècle > Tripoli devient l'une des principales bases de la piraterie en Méditerranée.

XIIIe siècle > conquête de la Libye par la dynastie Hafside.

1510 > les Espagnols s'emparent de Tripoli.

La Libye ottomane

1551 > la Tripolitaine est incorporée en tant que province dans l'Empire ottoman.

1639 > le dey de Tripoli occupe Benghazi.

1711 > dynastie des Qaramanli installée à Tripoli. Le commerce d'esclaves noirs acheminés par les routes caravanières prospère.

1835 > fin de la dynastie Qaramanli, Tripoli est à nouveau administrée par un représentant direct de l'Empire ottoman.

1843 > première zawiya de la confrérie de la Sanoussiya à Al-Bayda en Cyrénaïque.

La colonisation italienne

1911-1912 > guerre italo-turque, début de la colonisation italienne.

1912-1932 > guerre italo-libyenne sur fond de colonisation italienne. La confrérie de la Sanoussiya devient le fer de lance de la lutte contre les Italiens.

1931 > le 16 septembre, Omar Moukhtar, membre de la Sanoussiya et héros de la lutte contre les Italiens, est pendu à Solouk.

1931-1932 > la " pacification " du pays par les Italiens est achevée avec la déroute des combattants de la Sanoussiya.

La Seconde Guerre mondiale et l’Indépendance

1942 > du 2 au 10 juin, siège de Bir Hakeim, résistance acharnée des Forces françaises libres contre l'offensive allemande. Le 23 octobre, début de la bataille d'El-Alamein (Egypte).

1943 > défaite des forces de l'Axe, la Libye sous mandat de la France (dans le Fezzan) et de l'Angleterre (en Tripolitaine et en Cyrénaïque).

1947 > l'Italie renonce officiellement à toutes ses revendications sur la Libye et plus généralement à toutes ses possessions en Afrique.

1949 > le 1er mars, déclaration d'indépendance de la Cyrénaïque par l'émir Idriss el-Sénoussi, petit-fils du fondateur de la confrérie religieuse de la Sanoussiya. Le 21 novembre, une résolution des Nations unies adopte le principe de l'indépendance de la Libye.

La royauté

7 octobre 1951 > adoption de la Constitution du Royaume Uni de Libye, de nature fédérale.

24 décembre 1951 > proclamation d'indépendance de la Libye par l'émir Idriss devenu le roi Idriss Ier.

7 décembre 1953 > la Grande-Bretagne est autorisée à garder ses bases militaires en Libye.

1959 > découverte du premier grand gisement pétrolier.

15 avril 1963 > remplacement du régime fédéral par un Etat unitaire.

27 mai 1963 > le roi interdit les partis politiques.

1964 > droit de vote accordé aux femmes. Les grèves estudiantines inspirées par le nassérisme sont réprimées.

1965 > la ville d'Al-Bayda en Cyrénaïque devient la capitale du Royaume.

5 juin 1967 > guerre des Six-Jours. Grandes manifestations antisionistes, anti-occidentales et antijuives en Libye.

La Libye de Kadhafi

1er septembre 1969 > renversement de la monarchie du roi Idriss Ier par un coup d'Etat mené dans la nuit du 31 août par un groupe d'officiers libyens, les Officiers libres unionistes. Constitués en Conseil de commandement de la Révolution avec à leur tête le colonel Moammar Kadhafi, ils proclament la République arabe libyenne le 11 septembre.

28 mars 1970 > évacuation des dernières forces militaires britanniques.

11 juin 1970 > évacuation des dernières forces militaires américaines.

12 juin 1971 > création du parti de l'Union socialiste arabe (USA).

30 mai 1972 > l'USA proclamée parti unique.

15 avril 1973 > discours de Zouara - Kadhafi y annonce le début de la Révolution populaire. Par le biais de comités populaires, le peuple est invité à prendre d'assaut tous les échelons de l'appareil administratif et à s'armer (slogan du " peuple en arme ").

1975 > l'USA est supprimée, les partis politiques sont interdits conformément au Livre vert dont les trois volumes écrits par Kadhafi paraissent entre 1975 et 1979.

1977 > le 2 mars, le Congrès général du peuple proclame l' " instauration du pouvoir du peuple ". Naissance de la Jamahiriya (Etat des masses). Le 2 novembre, création des comités révolutionnaires.

1986 > raid américain sur Benghazi et Tripoli (15 avril) et embargo des Etats-Unis sur la Libye.

1987 > face à la crise économique traversée, une politique d'ouverture (infitah) économique est décrétée qui se traduit par le désengagement de l'Etat dans plusieurs secteurs.

1988 > le 21 décembre, l'attentat d'un Boeing de la Pan Am au-dessus de Lokerbie fait 270 morts.

1989 > le 19 septembre, l'attentat d'un DC-10 d'UTA au Niger fait 170 morts.

1992 > le 31 mars, embargo onusien par l'adoption de la résolution 748 du Conseil de sécurité.

1999 > le 9 septembre, naissance du projet de l'Union africaine à Syrte. En avril, suspension de l'embargo onusien sur la Libye.

2001 : en janvier, procès des deux Libyens suspectés dans l'attentat de Lokerbie au tribunal de La Haye.

2003 > en septembre, levée de l'embargo onusien. En décembre, Tripoli renonce à son programme d'armes de destruction massive.

2004 > le 23 avril, levée de l'embargo américain sur la Libye.

2006 > le 15 mai, la secrétaire d'Etat américaine Condoleeza Rice annonce l'ouverture prochaine d'une ambassade américaine à Tripoli.

2007 > libération des cinq infirmières bulgares et du médecin palestinien après huit ans de détention en Libye.

LA LIBYE BYZANTINE

En 535, le général byzantin Bélisaire défait les Vandales et reconquiert la Tripolitaine et la Cyrénaïque. En 547-548, l'empereur Justinien met à profit la paix pour remettre en état les défenses de Sabratha et de Leptis, réorganiser la vie administrative et économique et tenter de rétablir le commerce caravanier. Mais en dépit de ces efforts, le prestige de la Libye romaine est bien entamé à l'époque byzantine.

La Cyrénaïque est minée par la succession de gouverneurs plus soucieux d'imposer leurs concitoyens que de les défendre contre les nombreux raids menés par les tribus libyennes (notamment les Austuriens) ou de procéder aux réformes et aux rénovations urbaines bien nécessaires. Le périmètre des enceintes de l'époque byzantine pour protéger les villes des assauts tribaux est bien plus réduit qu'à l'époque romaine, attestant de la forte rétraction des périmètres urbains dans les anciennes villes romaines.

Malgré tout, le paysage de Cyrénaïque (et dans une moindre mesure celui de Tripolitaine) se dote de belles églises byzantines, tant dans les villes que dans les campagnes.

LA CONQUETE ARABE

Après avoir conquis la Basse Egypte, le conquérant arabe Amr ibn el-Ass progresse vers l'ouest et s'empare facilement des villes byzantines de Cyrénaïque - Barca est occupée en 642 - puis de Tripolitaine. Tripoli, qui parvient à résister un mois, est prise en 643 juste avant Sabratha. Le conquérant Ouqba ibn Nafi se dirige vers le Sud où il soumet les Garamantes du Fezzan avant de poursuivre vers la Tunisie où il fondera Kairouan.

De 645 à 675, les Arabes lancent d'autres incursions dans ces trois régions, mais ce n'est qu'en 696-697 qu'ils s'établissent définitivement en Tripolitaine et en Tunisie, après la victoire de Hassan ibn Nouman al-Ghassani contre les Byzantins et la Kahina, célèbre reine berbère.

Les premiers temps de la conquête

L'ancienne province romaine d'Africa Nova, constituée de l'actuelle Tunisie et de la Tripolitaine, devient province de l'Empire musulman, rebaptisée phonétiquement " Ifriqiya ". Sabratha et Leptis Magna tombent bientôt dans l'oubli. Seule demeure Oea, qui prend le nom de l'ancienne région de Tri-polis : Tarablous l'Arabe. Elle et sa région sont administrées par un gouverneur dépendant du calife omeyyade de Damas.

La Cyrénaïque, sous le nom de Barca (seule cité antique à ne pas s'évanouir), est rattachée à l'Egypte. Dans les territoires conquis, les non-musulmans doivent verser de lourds tributs, ce qui incite les Berbères aux conversions. La communauté chrétienne, qui s'étiolera progressivement jusqu'à disparaître au XIIe siècle, et la communauté juive, qui a perduré jusqu'à l'époque contemporaine, sont tolérées en tant que gens du Livre et soumises à un impôt, la dhimmiya.

On assiste à cette époque à la diffusion du kharidjisme chez les Berbères du djebel Nefousa. Cette branche de l'islam a fait son apparition à l'occasion des discussions concernant la succession du prophète Mahomet. Lors du choix du quatrième calife, les musulmans se scindent entre partisans (les chiites) des descendants du calife Ali, gendre et cousin du Prophète, et partisans (les sunnites) du calife officiel Mouawiya. Les kharidjites (du verbe kharaja, " sortir " en arabe), quant à eux, prônent notamment le libre choix du chef, l'imam, par les croyants et le droit de révolte contre lui.

Le kharidjisme, dans sa version ibadite, pénètre en Afrique du Nord, où il trouve une grande résonance parmi les Berbères, notamment pour des raisons politiques : en adoptant cette hétérodoxie, les Berbères, bien que convertis à l'islam, font montre d'une certaine dissidence à l'encontre des conquérants arabes.

Des Aghlabides aux Zirides

A la fin du VIIe siècle, le calife abbasside de Bagdad transmet le titre d'émir héréditaire au gouverneur de la province d'Ifriqiya, Ibrahim ibn al-Aghlab. Malgré deux révoltes et une tentative d'invasion, les tribus des Berbères ibadites du djebel Nefousa, maîtres de leur région, finissent par reconnaître la souveraineté de l'émir sunnite. Ils coopèrent même lors d'un assaut de l'émir d'Egypte. La période aghlabide voit le développement de l'arabisation (toujours contenue par les Berbères ibadites) et de l'islamisation en Tripolitaine.

La Cyrénaïque, rattachée à la province d'Egypte, est en pratique dominée par les Berbères Howara.

En 910-911, l'Ifriqiya passe sous le contrôle de la dynastie chiite des Fatimides. Les Berbères ibadites du djebel Nefousa se révoltent en vain. En 972, le calife fatimide quitte la Tunisie pour l'Egypte qu'il vient de conquérir et laisse le gouvernement de l'Ifriqiya à l'un de ses fidèles, le Berbère Ibn Ziri. Sous la domination ziride, le développement de l'islam sunnite de rite malékite en Ifriqiya n'entame pas le succès de l'ibadisme chez les Berbères du djebel Nefousa. Ces derniers soutiennent la famille berbère des Banou Khazroun qui s'emparera de Tripoli de 1000 à 1095.

L’invasion des tribus hilaliennes

Au milieu du XIe siècle, les Fatimides chiites d'Egypte demandent à deux tribus bédouines d'origine arabe vivant dans le delta du Nil, les Banou Hilal et les Banou Souleïm, de mener une expédition punitive contre les rebelles sunnites zirides qui viennent de renier leur autorité au profit des Abbasides de Bagdad. Blanc-seing est donc fait à ces tribus pour qu'elles s'établissent en Libye et en Tunisie.

D'une conquête arabe militaire qui consistait à occuper des points stratégiques, on passe donc à une conquête de peuplement arabe. Selon l'historien arabe Ibn Khaldoun, ces deux tribus se livrent à des destructions sans pareilles. Les Banou Hilal se répandent en Tripolitaine et au Fezzan, tandis que les Banou Souleïm s'emparent de la Cyrénaïque.

Ces invasions marquent le début d'une suprématie durable du mode de vie bédouin sur le mode de vie citadin en Libye, à l'exception de quelques foyers urbains sur la côte et de quelques oasis du Fezzan. Elles donnent également lieu à une nouvelle vague d'arabisation et de propagation de l'islam sunnite, notamment en Cyrénaïque.

Autres tentatives d’invasions

Après avoir occupé la Sicile et Malte, les Normands s'emparent de Tripoli en 1146. Ils seront chassés de l'ensemble de l'Ifriqiya par les Almoravides du Maroc en 1160. S'ensuivent vingt années de paix et de prospérité économique pour Tripoli, qui commerce avec les cités marchandes italiennes et espagnoles. Mais, à la fin du XIIe siècle, l'Egyptien d'origine arménienne Baha ad-din Qaragoush conquiert la Tripolitaine, le djebel Nefousa et étend sa domination jusqu'à Gabès et le Fezzan. Tué en 1212, Qaragoush laisse la ville de Tripoli presque entièrement détruite.

La période hafside

Vers 1230, le calme est rétabli à Tripoli par les Hafsides, d'abord gouverneurs de Tunisie pour le compte des Almohades, puis souverains indépendants. C'est une période faste pour Tripoli qui fait l'objet de convoitises et de tentatives de conquêtes (dont celle des Génois) entre 1324 et 1400. Les Hafsides laissent une grande autonomie à la ville dirigée par ses marchands et ses notables jusqu'à la conquête espagnole de 1510. Tripoli bénéficie des relations commerciales entre la Tunisie hafside et la Sicile aragonaise. Les Vénitiens, les Génois et les Pisans échangent avec Tripoli les draps et le bois contre l'huile, le sel et les produits africains acheminés par les caravanes chamelières transsahariennes. Le développement du commerce maritime en Méditerranée entraîne celui de la piraterie, dont Tripoli est devenue l'une des principales bases en Méditerranée dès le XIIe siècle.

La Cyrénaïque demeure quant à elle sous domination égyptienne, passant de l'autorité des Fatimides à celle des Ayyubides puis des Mamelouks.

Le Fezzan est un Etat indépendant qui change successivement de capitale en même temps que de domination. Au XIIIe siècle, le roi du Kanem (région au nord du lac Tchad) chasse les rois berbères musulmans de Zouwayla, les Beni Khattab, et prend Traghan pour capitale, avant d'être évincé, au début du XIVe siècle, par les Ouled Mehemmed du Maroc, qui prennent Mourzouk pour capitale. Ces capitales oasiennes successives reprennent à leur compte le transit lucratif du commerce caravanier entre le Soudan, l'Afrique centrale et les ports méditerranéens comme Tripoli.

LA DOMINATION OTTOMANE

Les trois grands foyers de peuplement de la Libye, Tripolitaine côtière, montagnes fertiles de la Cyrénaïque et oasis du Fezzan, sont séparés par le désert qui s'est glissé entre les pages de leur histoire. A l'arrivée des Ottomans, le territoire libyen se compose donc de trois régions bien distinctes, historiquement, politiquement et géographiquement mais, malgré tout, économiquement en contact constant grâce au commerce transsaharien.

La première domination ottomane (1551-1711)

Les Espagnols, engagés dans un processus de Reconquista chrétienne, s'emparent de Tripoli en 1510, après avoir conquis les principales villes d'Algérie et de Tunisie. Tripoli est ravagée. Les Espagnols s'intéressent seulement à son château, principal édifice défensif de la ville, qui doit leur servir de bastion contre les Ottomans partis à la défense des musulmans du Sud de la Méditerranée. Les Italiens commencent donc à refaire le château. Leur oeuvre sera achevée par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à qui ils offrent Tripoli, encore peu défendable, en 1530. Mais les futurs chevaliers de l'ordre de Malte se font ravir la place en 1551 par le corsaire Darghut pour le compte des Ottomans. Ces derniers le nomment gouverneur de Tripolitaine en 1554. Darghut soumet pour un temps l'intérieur du pays.

La Tripolitaine deviendra une province de l'Empire ottoman avant la Tunisie et même le Fezzan.

Tripoli devient bientôt l'une des trois grandes régences barbaresques (avec Alger et Tunis) dont les bateaux corsaires écument la Méditerranée, s'emparant des cargaisons et des équipages des navires marchands chrétiens. Butins corsaires et marchandises convoyées par les bateaux européens et par les caravanes chamelières transsahariennes font la fortune des négociants de Tripoli et de ses gouverneurs successifs.

Jusqu'en 1609, le sultan ottoman nomme directement les gouverneurs de Tripolitaine. Ces derniers sont assistés d'un " divan " ou conseil composé de janissaires, milice composée de fils de chrétiens et chargée d'aider le gouverneur à garantir la paix civile. En 1609, les janissaires se révoltent et placent un des leurs à la tête de la province : le dey Suleyman inaugure un régime qui se poursuivra jusqu'en 1711, toujours placé sous l'autorité nominale du sultan ottoman.

En 1639, le dey de Tripoli occupe Benghazi, et la domination turque s'étend dans toute la Cyrénaïque jusqu'à l'oasis d'Auwjila. La Cyrénaïque bénéficie alors du commerce caravanier entre le Fezzan et l'Egypte.

Mais en dehors de Tripoli et de Benghazi, villes où leur autorité est d'ailleurs surtout nominale, les Ottomans ont peu de prises en Libye. Ils ont même bien du mal à obtenir le tribut imposé aux populations, notamment dans le Fezzan, sauf à organiser des expéditions militaires comme à Ghadamès.

La dynastie des Qaramanlis (1711-1835)

En 1711, Ahmed Qaramanli, officier de cavalerie descendant d'un corsaire turc, est porté au pouvoir à Tripoli. Mise devant le fait accompli, la Sublime Porte n'a guère d'autre choix que de le reconnaître comme gouverneur et pacha de la régence. Ahmed Pacha Qaramanli inaugure une dynastie qui durera 120 ans. Comme leurs prédécesseurs, les Qaramanlis encouragent les activités corsaires du port et l'accueil des caravanes transsahariennes chargées de poudre d'or, de plumes d'autruches et d'esclaves noirs. Mais ils développent également leurs relations diplomatiques et commerciales avec les Européens.

Tripoli est alors un important comptoir caravanier et un relais commercial majeur du sud de la Méditerranée. Son port fait figure de principal pôle économique de la Tripolitaine.

Toutefois, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une épidémie de peste et une famine portent un coup à l'économie du comptoir commercial.

Youssouf Qaramanli, qui gouverne de 1796 à 1832, rattache Ghadamès à la Tripolitaine et tente de relancer la " course " en Méditerranée toujours plus fortement désavouée par les Européens. Mais l'économie demeure moribonde. Après qu'il a tenté de compenser les pertes de revenus commerciaux par une augmentation des impôts, les habitants de Tripoli se révoltent contre Youssouf pacha Qaramanli. En parallèle, Istanbul s'inquiète du devenir de sa régence face aux appétits colonisateurs des Européens et souhaite plus que jamais reprendre les choses en main à Tripoli. Rien ne joue donc en faveur du dernier pacha Qaramanli, contraint d'abdiquer. Le pays est de nouveau dirigé par des gouverneurs nommés directement par le sultan ottoman.

La fin de la domination ottomane

En 1835, l'autorité des Turcs est surtout effective à Tripoli. La ville où continuent d'affluer les caravanes parties du Bornou, du Soudan et du Nigeria redevient une base active du commerce entre les deux rives de la Méditerranée.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Turcs parviennent à soumettre le djebel Nefousa et le Fezzan, rattachés à l'administration de Tripoli.

La Cyrénaïque est une province turque, tantôt dépendante et tantôt indépendante de Tripoli.

Mais à l'intérieur du pays, la domination turque n'est qu'un vain mot et les tribus s'administrent elles-mêmes. Face à ces pouvoirs autonomes, les Turcs tentent de trouver un interlocuteur en la confrérie de la Senoussiya dont l'audience grandit.

A cette époque, la Libye, terre de passage entre le Maghreb et le Machrek et entre l'Afrique et la Méditerranée, est convoitée par la l'Italie, la France et l'Angleterre. Ces deux dernières conviennent de laisser la place à l'Italie. Lorsque les Italiens débarquent à Tripoli le 5 octobre 1911, les Turcs ont finalement unifié le pays sous une même domination, délimité en grande partie ses frontières actuelles, modernisé le système administratif des principales villes, mais ils ont peu oeuvré au développement de l'activité productive du pays.

La confrérie de la Senoussiya

Mohammed el-Senoussi naît en Algérie en 1787, dans une famille descendant de la famille du prophète Mahomet. Il suit des études supérieures à Fez, au Maroc, puis part pour La Mecque. A la mort de son maître marocain, en 1837, il entreprend de fonder une confrérie ayant pour préceptes ceux de son maître défunt : à l'origine, la Senoussiya ne prône ni le jihad ni l'entrée en politique, mais simplement l'enseignement de l'islam et la rénovation de l'interprétation juridique (ijtihad), ce qui passe concrètement par la création de zawiya. Les zawiya sont des lieux qui marquent l'implantation des missionnaires de la confrérie dans diverses localités, à la fois pension pour les voyageurs (commerçants et pèlerins) et lieux spirituels (mosquée, école, présence d'un cheikh). Mohammed el-Senoussi implante ses zawiya à chaque point stratégique des itinéraires caravaniers que la confrérie contrôle : palmeraies, oasis et points d'eau du désert égyptien jusqu'au Sahara algérien en passant par la Cyrénaïque, le Fezzan (notamment Ghadamès) et le Sud tunisien. La première zawiya est fondée en 1842-1843 à Al-Bayda. Plus tard, le siège de la confrérie recule jusqu'à Jarboub puis Koufra. A la mort du fondateur, la confrérie est bien implantée en Cyrénaïque, qui demeurera son bastion.

Elle devient un interlocuteur du pouvoir ottoman dont elle reconnaîtra longtemps l'autorité. Pourtant, malgré sa vocation commerçante, missionnaire et pacifiste, la Senoussiya va se trouver engagée dans deux affrontements militaires, tout d'abord contre les Français au Tchad, puis contre les Italiens en Cyrénaïque. En effet, c'est grâce aux tribus nomades de Koufra et Jalou qui dirigent d'importantes routes caravanières, que la Senoussiya étend son influence de Benghazi jusqu'au Tibesti en passant par Koufra. Mais cette progression vers l'Afrique centrale est stoppée au lac Tchad par les Français, qui viennent d'acquérir la zone. De 1901 à 1912, les deux parties s'affronteront. Finalement la Senoussiya devra se replier en Cyrénaïque. En 1911, le nouveau chef de la confrérie, Ahmad al-Sharif, proclame le jihad contre les Italiens, ce qui donnera lieu à une guérilla farouche dans le djebel Akhdar, en Cyrénaïque, qui s'achève par la prise de Koufra en 1931 et la dispersion des derniers ikhwan (frères) de la confrérie. Le petit-fils du fondateur de la confrérie, Mohammed Idriss el-Senoussi, deviendra roi du Royaume fédéral de Libye en 1951.

COLONISATION ITALIENNE (1911-1943)

Profitant d'un jeu diplomatique qui lui est favorable en Europe, la jeune République italienne débarque en Libye en 1911, l'année même du 50e anniversaire de l'unification de l'Italie. Les Italiens pensent arriver en libérateurs dans une Libye sous domination ottomane. Il n'en est rien et la conquête militaire du pays sera longue et sanglante.

Une conquête violente

Après le traité de Lausanne (1912) qui entérine leur défaite et la perte de la Libye, les Ottomans demandent au chef de la Senoussiya, Ahmed ash-Sherif, de continuer la lutte au nom du sultan. La confrérie de la Senoussiya devient vite l' " âme de la résistance " contre la puissance colonisatrice qui, en 1915, n'a réussi à s'imposer que dans quelques villes côtières.

La politique coloniale initialement choisie est guidée par un projet d'association partielle avec les populations locales, visant plus leur contrôle qu'une simple coercition. La Loi fondamentale de 1919 prévoit l'obtention de la nationalité italienne - sous conditions - par les Libyens et par là même leur participation à la vie politique et administrative du pays. Elle obtient l'aval des chefs des principales tribus libyennes et de la confrérie de la Senoussiya. Mais cette politique n'en est qu'à ses prémices lors de l'avènement du régime mussolinien, dont les principaux instruments coloniaux sont la conquête militaire, la répression et la coercition. La " pacification " définitive du pays (en fait l'anéantissement des mouvements de résistance) n'est proclamée que le 24 janvier 1932.

C'est la Cyrénaïque qui oppose la plus longue résistance. Le chef de guerre Omar Moukhtar y mène une guérilla farouche au nom de l'émir Mohamed Idriss el-Senoussi, réfugié en Egypte depuis 1922. Finalement capturé le 11 septembre 1931 dans le djebel Akhdar, Omar Moukhtar est pendu à Solouk le 16 septembre après un procès des plus sommaires (il est aujourd'hui le grand héros national libyen de la lutte contre l'envahisseur italien). Koufra, dernier bastion de la confrérie de la Senoussiya, tombe peu après.

Pour mettre fin à la guérilla en Cyrénaïque, le général Rodolfo Graziani n'a pas hésité à procéder à des exécutions publiques massives ni à déporter des dizaines de milliers de Libyens dans des camps de concentration sur le littoral, où environ 40 000 personnes trouveront la mort. Près de la moitié de la population de Cyrénaïque sera déportée. Quant aux ressources des habitants restants, elles sont bien maigres : les neuf dixièmes du cheptel paysan ont été perdus.

La colonisation italienne prend fin lors de la Seconde Guerre mondiale avec la retraite des troupes italiennes et allemandes d'Afrique du Nord en 1943. La Libye n'ayant été totalement " pacifiée " par les Italiens qu'en 1931, on prend la mesure d'une colonisation relativement courte et très violente. La colonisation n'a pas même contribué à l'unification du pays pourtant soumis à une même domination, si ce n'est sur le mode d'un même rejet de l'occupant par les populations.

Le projet colonial italien

Avant et pendant le régime mussolinien, la colonisation contribue fortement à entretenir le nationalisme italien. Son rôle est important dans l'affirmation de l'Italie en tant que puissance dans le jeu des nations européennes. Ancienne province de la Rome antique, la Libye devient la " quatrième rive " de l'Italie et incarne l'utopie d'une reconquête de la Méditerranée. Ces considérations historiques impulseront la valorisation du patrimoine archéologique libyen. Ainsi, à l'époque de la colonisation, les archéologues italiens entreprennent de vastes fouilles sur les sites antiques, redressent Leptis Magna et mettent au jour des sites rupestres au Sahara.

Le sol libyen conserve les marques de cette période. A l'initiative du gouverneur Balbo, les Italiens construisent le réseau routier sur la côte. Les grandes villes, comme Tripoli ou Benghazi, sont aménagées par des urbanistes italiens et les campagnes de Tripolitaine et de Cyrénaïque sont parsemées de villages de colonisation et d'exploitations italiennes.

La volonté de faire de la Libye une colonie de peuplement agricole est en effet l'un des facteurs qui motive dès le début le projet colonial, afin d'apporter une solution à la forte émigration italienne vers les Etats-Unis et l'Europe. Mais dès 1912, il apparaît aux experts italiens que les possibilités d'implantation de petites fermes coloniales sont très limitées. Jusqu'à la fin des années 1920, l'option retenue est donc la valorisation d'une agriculture capitaliste sur des périmètres de grande dimension utilisant la main-d'oeuvre libyenne bon marché. En 1923, seuls 93 Italiens travaillent dans le secteur agricole en Libye. Les choses changent sous le régime mussolinien. L'agriculture capitaliste employant de la main-d'oeuvre libyenne bon marché laisse place à une agriculture subventionnée par l'Etat italien, qui cherche à fixer le plus de colons sur les terres agricoles. Pourtant, malgré de fortes incitations financières et la prise en charge de la construction et de la gestion des projets par des organismes spécialisés publics ou semi-publics, les dirigeants italiens ont du mal à convaincre les Italiens de s'installer en Libye. Italo Balbo, gouverneur de la Libye à partir de 1934, tente de relancer le processus. En 1938, un plan de colonisation démographique intensive de la Libye fixe l'objectif à 30 000 nouveaux colons en deux ans, objectif qui sera atteint. La superficie des terres coloniales s'étend au point de repousser les agriculteurs et les pasteurs libyens aux marges des terres les plus incultes. En Cyrénaïque, les Libyens n'ont plus droit qu'à l'exploitation agricole de l'étroite bande côtière, tandis que les pasteurs sont repoussés aux marges du plateau en bordure du désert : aux colons italiens toutes les terres fertiles du djebel Akhdar, la montagne Verte ! L'entrée en guerre de l'Italie met fin aux entreprises agricoles de l'Etat fasciste en Libye.

Les résidents italiens de la Cyrénaïque sont évacués en 1942, tandis qu'en Tripolitaine certains agriculteurs italiens demeurent sur les terres dont ils sont devenus propriétaires jusqu'au lendemain du coup d'Etat des officiers libres de 1969, qui marque le début des grandes nationalisations et l'expulsion des colons.

SECONDE GUERRE MONDIALE ET L’INDEPENDANCE (1940-1951)

La guerre du désert, qui oppose les forces de l'Axe aux Alliés, prend la Lybie pour théâtre. Dans cette guerre de mouvement où les problèmes de ravitaillement jouent un rôle prépondérant, de brillants stratèges se sont illustrés.

Les hostilités sérieuses sont lancées par le général Graziani qui, fort de 300 000 hommes, envahit l'Egypte britannique le 13 septembre 1940. L'enjeu stratégique est de taille  : occuper le canal de Suez, point névralgique du ravitaillement allié. L'offensive tourne au désastre  : avec seulement 30 000 hommes, le général Wawel résiste aux troupes italiennes et parvient à conquérir la Cyrénaïque en février 1941. L'Allemagne nazie envoie alors l'Afrika Korps avec, à sa tête, le général Rommel pour assister son allié. Au printemps 1941, Rommel parvient à reconquérir toute la Cyrénaïque, à l'exception de Tobrouk, qui endure un long siége. La contre-attaque des forces alliées de la fin 1941 relève le siège de Tobrouk, mais l'explosion de la guerre dans le Pacifique force les Britanniques à retirer de nombreuses troupes. Rommel en tire profit et lance une vaste offensive. Il s'empare de Tobrouk mais est stoppé en juin 1942 à El-Alamein.

Les Forces françaises libres sont saluées par tous lors du siège qu'elles tiennent contre les Allemands à Bir Hakeim jusqu'au 11 juin 1942 et qui permet à la VIIIe armée britannique de se retirer en Egypte en bon ordre. Mais l'Afrika Korps prend Tobrouk le 20 juin et pénètre en Egypte. En novembre 1942, avec à leur tête le général Montgomery, les Alliés contre-attaquent à El-Alamein (sur la côte égyptienne). L'issue de la guerre du désert bascule alors définitivement à leur profit. En février 1943, toute la Libye est conquise et la guerre se déplace en Tunisie. Les forces de l'Axe se retirent définitivement d'Afrique du Nord en mai 1943.

Les premiers faits d'armes des Forces françaises libres ont eu lieu en Libye. Dès 1941, elles s'illustrent dans le Fezzan et à Koufra contre les troupes italiennes, puis, comme nous l'avons vu, à Bir Hakeim au printemps 1942. Les troupes françaises menées par le général Leclerc conquièrent le Fezzan en janvier 1943.

Administration étrangère et désirs d’indépendance

Les forces alliées prennent alors la place de l'administration italienne avec mandat des Nations unies : Britanniques en Cyrénaïque, Français qui espèrent bien prolonger durablement leur mandat au Fezzan et à Ghadamès, et administration libyenne sous tutelle étasunienne en Tripolitaine. De son côté, l'Italie, dont l'administration est toujours présente, continue quelques années durant à espérer prendre en charge un Etat tripolitain. Finalement, en 1947, elle renonce officiellement à toute revendication sur la Libye.

Dans cette situation délicate où s'entremêlent des visées impériales et des espoirs d'indépendance, le changement viendra de Cyrénaïque. Idriss, le petit-fils du fondateur de la confrérie de la Senoussiya, en exil en Egypte depuis 1922, avait été nommé émir de la Cyrénaïque. Dès l'entrée en guerre de l'Italie avec l'Allemagne, il avait formé une force arabe pour la libération du pays, la force sénoussie, sous le commandement de l'armée britannique, et avait invité les leaders tripolitains à s'y joindre, ce que certains avaient refusé. Cette force prit part à certaines opérations pendant la guerre.

Avec le soutien des Britanniques, Idriss revient en Cyrénaïque dont il déclare l'indépendance le 1er mars 1949. En novembre 1949, une résolution des Nations unies fixe la date limite de l'indépendance de la Libye au 1er janvier 1952. Malgré de fortes réticences en Tripolitaine, tout le pays finit par se rallier à Idriss et, le 24 décembre 1951, l'indépendance de la Libye est officiellement proclamée par Idriss, qui devient Idriss Ier, roi de Libye. La Libye est le premier pays d'Afrique du Nord à accéder à l'indépendance.

Finalement, en l'absence d'Etat constitué en Libye et face à des pouvoirs tribaux morcelés, la confrérie religieuse de la Senoussiya - parce qu'elle était organisée et rassembleuse - a joué le rôle d'interlocuteur à la fois avec les Turcs, les Italiens puis les Alliés, avant de devenir la base du nouvel Etat libyen sous la forme d'une royauté.

ROYAUTE (1951-1969)

Malgré les contestations du parti national de Tripolitaine à propos de la composition et des compétences de l'Assemblée nationale, la Constitution du royaume est adoptée à l'unanimité le 7 octobre 1951.

La Libye opte pour le fédéralisme : la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque bénéficient chacune d'une large autonomie. Celle-ci ne fait qu'entériner un état de fait dans des régions qui restent dominées par des élites bourgeoises et tribales. Le rapport de force tourne tôt à l'avantage de ces dernières : les partis politiques sont interdits suite à des émeutes provoquées par la dénonciation par le Parti du Congrès de Tripolitaine de fraudes électorales à l'issue des élections du premier Parlement en février 1952.

découverte de l’or noir

Des prospections menées dans tout le pays aboutissent à la découverte d'un premier gisement pétrolier en 1956, par la Libyan American Oil. Le premier grand gisement est découvert en 1959. La Libye indépendante est alors l'un des pays les plus pauvres du monde et vit de la rente procurée par la concession de bases militaires britanniques et américaines. Dans la première moitié des années 1960, l'avènement de l'économie pétrolière va donc totalement changer la donne économique, mais aussi déstabiliser la jeune monarchie.

Tout d'abord le fédéralisme devient un sérieux handicap au maintien des équilibres régionaux, la majorité des sites d'exploitation se trouvant en Cyrénaïque. L'Etat est donc unifié en avril 1963, préservant les équilibres régionaux sans que les rouages du pouvoir et la classe dirigeante ne se renouvellent, malgré les demandes pressantes de nouvelles forces politiques. L'assise de la vie sociale et politique repose toujours sur l'appartenance tribale et le Parlement se fait d'abord l'écho d'intérêts locaux. Les partis politiques étant interdits, le champ politique est verrouillé, ce qui accroît le clivage entre le pouvoir et la société qui traverse alors une profonde crise économique et identitaire.

En effet, à l'heure du pétrole, une grande partie de la société libyenne vit bien pauvrement et nourrit un ressentiment croissant à l'égard des Occidentaux, principaux bénéficiaires des découvertes pétrolières. Les Libyens sont également confrontés à une occidentalisation des moeurs socialement problématique.

Alors qu'entre 1963 et 1969 le budget libyen devient excédentaire et que la Libye devient l'un des premiers pays pétroliers et l'un des pays arabes les plus riches, toute une frange de la population, issue de l'exode rural, vit dans la plus grande misère aux abords des grandes villes de Tripoli et Benghazi. Les campagnes, paupérisées, se vident à mesure que leur population part chercher emplois et promesses d'une vie meilleure près des compagnies pétrolières de ces deux villes. En quelques années, la moitié des populations de Cyrénaïque et du Fezzan s'exile vers le littoral. Le secteur pétrolier ne pouvant fournir un emploi stable qu'aux plus qualifiés, bien rares, les chômeurs sont légion et l'on assiste à l'apparition de bidonvilles autour de Tripoli et de Benghazi.

En définitive, plutôt que d'améliorer le quotidien des Libyens, dans un premier temps, l'économie pétrolière fait naître et révèle l'ampleur de problèmes sociaux et économiques et d'aspirations qui ne peuvent, à terme, qu'affecter la vie politique. Les émeutes et manifestations des différentes mouvances politiques, les protestations contre les hausses de prix dénoncées par les syndicats et les manifestations étudiantes sont toutes sévèrement réprimées. En l'absence de partis politiques légaux, de petits groupes clandestins se forment.

Ils réclament de nouvelles élections, l'épuration de l'administration gangrenée par la corruption, plus de libertés politiques et sociales. Les courants prônant l'unité arabe, baassisme ou Frères musulmans trouvent un écho en Libye, et bien plus encore le nassérisme. Ils reprochent aussi au régime d'être inféodé aux puissances étrangères, dans un pays où vivent encore près de trente mille étrangers (Italiens principalement). Le déclenchement de la guerre des Six-Jours donne lieu à de grandes manifestations qui se soldent par le départ de la plupart des Juifs de Libye et de nombreux Américains et Européens.

Le premier septembre 1969, alors que le roi est parti faire une cure en Turquie, un petit groupe d'officiers s'empare du pouvoir par un coup d'Etat.

LIBYE DE KADHAFI

Qui sont ces jeunes officiers qui prennent le pouvoir et quelles sont leurs idées ? Plus d'un se pose la question au lendemain du coup d'Etat. Ils forment un " Conseil de commandement de la Révolution " (CCR) formé de douze membres dont le chef est le jeune colonel Kadhafi.

Ils prônent l'égalité des citoyens et la juste répartition des richesses nationales, ainsi que la réorientation de la politique étrangère de leur pays sur une ligne reflétant mieux l'appartenance de la Libye à la nation arabe.

République arabe libyenne

Une nouvelle Constitution est adoptée le 11 septembre 1969 qui crée la République arabe libyenne, chapeautée par le CCR. En 1971 apparaît un parti unique calqué sur le modèle nassérien, l'Union socialiste arabe (USA).

inspiration nassérienne

Kadhafi suit la voie tracée par son père spirituel, Gamal Abdel Nasser (mort en septembre 1970), en tentant de mettre en oeuvre le panarabisme au travers de nombreuses tentatives d'unions avec les pays frères arabes : Egypte, Algérie, Syrie et Maroc, mais aussi avec le Tchad de Goukouni Weddeye et le Soudan. Menées principalement dans les années 1970, un peu moins dans les années 1980, toutes ces tentatives se solderont par des échecs.

Second axe d'action du nouveau régime, la lutte contre la domination occidentale, qui se traduit par l'expropriation des banques, compagnies d'assurances et compagnies pétrolières étrangères, la fermeture des bases militaires britanniques et américaines en Libye en 1970, l'arabisation de l'enseignement et des mass média, l'interdiction de l'alphabet latin dans l'espace public et l'interdiction de la musique occidentale.

Kadhafi et l’islam

Kadhafi traduit rapidement sa religiosité en actes : dès ses premières années au pouvoir, il procède à la réislamisation du droit positif (en octobre 1971 est créée une commission chargée de conformer la législation libyenne avec le droit musulman) : la consommation d'alcool est interdite et, en 1977, le pays se dote d'un nouveau drapeau national, intégralement vert, la couleur de l'islam.

Le sentiment religieux du chef politique ne rime pourtant pas avec l'intégrisme. Opposé à un pouvoir de type théocratique et refusant toute forme d'opposition de type islamiste à son pouvoir (des Frères musulmans jusqu'à certains prédicateurs de son pays), il se pose lui-même, dans une certaine mesure, comme une autorité religieuse réformiste : il affirme que seul le Coran est source des lois islamiques et non les traditions de droit musulman et les hadith (faits et gestes du Prophète relatés). Il impose son propre calendrier musulman (commençant à la mort du prophète Mahomet et non à partir de l'Hégire), n'hésite pas à puiser dans le Coran des arguments contre la polygamie à l'heure actuelle ni à promouvoir en 1980 le modèle de la rahibat, religieuse révolutionnaire. Si la monarchie du roi Idriss a partie liée avec la confrérie musulmane de la Senoussiya qui avait étendu son champ d'action vers les pays africains sahariens, le régime de Kadhafi favorise quant à lui l'association de la dawa islamiya, fondée en 1972, chargée de propager l'islam et de mener des actions caritatives en Afrique mais aussi en Asie ou en Europe.

Kadhafi « féministe »

Sa position sur la condition féminine est par ailleurs très progressiste dans une société libyenne vigoureusement patriarcale. Elle marque profondément le statut de la femme libyenne : remaniement des lois sur le mariage et la famille (mariage autorisé à partir de 18 ans, droit au divorce, droit au travail pour l'épouse et de décision dans le foyer, droit de participer aux comités populaires, etc.), promotion de l'éducation féminine (accès à l'éducation obligatoire pour les deux sexes jusqu'à 16 ans, bourses accordées aux deux sexes, centres ruraux de formation pour les femmes, etc), création d'une Union des femmes libyennes en 1975, planning familial, etc. Elle s'affiche aussi de manière spectaculaire par sa garde rapprochée féminine et par le modèle de la " femme en armes ", avec entraînement militaire obligatoire pour les garçons et les filles jusqu'à 15 ans et l'ouverture de l'Académie militaire pour les femmes (au rond-point de Gargarech à Tripoli), une première dans le monde arabe.

discours de Zouara

Le 15 avril 1973, une importante étape est franchie lors du discours de Zouara. Kadhafi y prône le " pouvoir des masses " appelées à prendre d' " assaut " tous les échelons de l'appareil administratif, politique et économique par le biais de congrès et de comités. C'est la formule proposée dans le Livre vert, à base de congrès et de comités populaires (voir chapitre " Politique "). Les trois chapitres du Livre vert sont publiés entre 1975 et 1979.

L'Union socialiste arabe (USA), le parti unique, principalement formé de fonctionnaires opposés aux réformes socialistes, est supprimé en 1975.

Naissance de la Jamahiriya

En avril, les sections locales de l'USA sont transformées en congrès populaires, présents dans chaque district et dotés de comités populaires, leurs branches exécutives. En 1976 a lieu la première réunion du Congrès général du peuple (Parlement). Le 2 mars 1977, le Congrès général du peuple proclame l' " instauration du pouvoir du peuple ", qui donne naissance à la Jamahiriya, néologisme signifiant l' " Etat des masses ", à distinguer du mot arabe joumouhiriya signifiant " république ". Officiellement, la Libye prend alors le nom de Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste.

Mesures sociales

Le volet socialiste et redistributif de la Jamahiriya devient central. Des crédits pour l'accès à la propriété sont octroyés, tandis que le droit de posséder plusieurs logements, et donc de louer, est aboli : " La maison à celui qui l'habite ", slogan qui s'affiche sur nombre de pancartes urbaines, est de mise. (Le propriétaire d'une maison secondaire peut se retrouver du jour au lendemain dépossédé par une famille venue s'y installer.) Après le choc pétrolier de 1973, le niveau de vie des Libyens ne cesse de croître. Il devient le plus important d'Afrique et l'un des plus élevés de la région. Les services sociaux se développent et les retraites sont augmentées, des routes, des cliniques, des hôpitaux, des écoles, des logements sociaux sont construits dans chaque ville et village de Libye. Des pans entiers du vaste territoire libyen sont ainsi désenclavés, conférant une dimension proprement nationale au pays.

Une économie étatisée

Les mesures économiques prévoient une planification nationale très étatisée, visant à créer de toutes pièces une économie productive dans les secteurs agricole et industriel. En parallèle, on assiste à l'emploi massif des Libyens dans la fonction publique.

Certaines mesures concernant le secteur privé, comme la participation des employés à la direction de l'entreprise ou la forte concurrence des coopératives commerciales, découragent l'investissement et l'initiative individuelle. En août 1978, le premier supermarché d'Etat est inauguré, tandis que le commerce extérieur est devenu monopole public. Dans les grands bâtiments des supermarchés d'Etat, les produits sont subventionnés, et l'on y paie sa farine, son pain, le riz, le sucre, le thé, les pâtes, etc., bien en dessous du prix du marché. Finalement, le commerce privé est interdit au début des années 1980. Les souks arabes traditionnels comme ceux de la vieille ville de Tripoli doivent ainsi fermer entre 1982 et 1987.

Ces mesures sont loin de recueillir tous les suffrages, de même que certaines pratiques et discours " révolutionnaires " du régime dans le domaine politique ou même social (promotion d'une nouvelle place de la femme aux antipodes des pratiques traditionnelles patriarcales par exemple), mais en définitive les ressentiments sont en règle générale atténués ou compensés par l'ampleur du programme d'équipement du pays et de redistribution dans le secteur social, financé par les recettes pétrolières.

crise des années 1980 et les réaménagements

Les années 1980 et le contre-choc pétrolier de 1985 provoquent une chute brutale des revenus pétroliers. En outre, l'activisme libyen sur la scène extérieure entraîne les premières sanctions internationales. La Libye se voit alors confrontée à une crise économique qui impose de nombreux réajustements, à commencer par le ralentissement des politiques redistributives qui avaient constitué l'assise de la légitimité du régime.

Sur le plan politique, l'impopularité croissante du régime entraîne une montée de l'opposition interne et laisse dans les mémoires le souvenir douloureux des exécutions d'opposants présumés retransmises à la télévision. Les derniers feux d'une opposition au régime de Kadhafi remontent à la seconde moitié des années 1990, lorsque des mouvements islamistes se forment en Cyrénaïque ; ils sont rapidement éradiqués. Les voix de l'opposition au régime jamahiriyen ne s'élèvent désormais plus qu'en exil.

ouverture économique et le retour de la Libye

En 1987, l'ouverture économique est décidée. L'Etat se désengage dans une certaine mesure de l'économie, les petits commerces sont autorisés à rouvrir, le secteur touristique à se développer et le monopole sur le commerce extérieur est levé. On assiste à des formes de privatisation de certaines activités. Un clivage se dessine alors en Libye entre les partisans d'une privatisation et d'une ouverture de l'économie, dont l'ancien Premier ministre Choukri Ghanem s'est fait le fer de lance, et les caciques du régime, notamment bien représentés au sein du Congrès général populaire.

Sur le plan politique, en 1988, une " charte verte de la liberté et des droits de l'homme en Libye " a posé quelques jalons pour un Etat de droit.

Après 15 années troubles (de 1986 à 2001) pendant lesquelles la Libye a fait figure d'ennemi public n° 1 pour son soutien et sa participation active au terrorisme anti-occidental (voir la rubrique " Politique "), le début du XXIe siècle aura été l'occasion d'un retour en grâce du pays, conséquence de changements profonds dans sa diplomatie. Cessation du soutien au terrorisme et de la production d'armes chimiques, normalisation des rapports avec l'ONU et les Etats-Unis, fin du rôle d'agitateur du monde arabe pour celui de moteur de l'Union africaine. Beaucoup de chemin aura été parcouru en très peu de temps. Une spectaculaire et pragmatique métamorphose qui ouvre de belles perspectives à la Libye.

Slogans

" Pas de démocratie sans comités populaires ", " Des comités populaires partout ", " La maison à celui qui l'habite ", " Associés, pas salariés ", " La Révolution d'El-Fateh pour toujours "... des slogans pour la plupart tirés du Livre vert ont rapidement envahi l'espace public, murs et pancartes, à Tripoli et dans l'ensemble du pays au cours des années 1970. A présent, lorsqu'ils n'ont pas disparu, leurs supports d'affichage (autrefois verts, couleur de la Jamahiriya, aujourd'hui bien rouillés) tombent en ruine, signe d'une page qui se tourne...

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