Guide de Guinée : Histoire

L'histoire de la Haute-Guinée est marquée par les grands empires africains (Ghana, Mali et Songhaï), celle du Fouta-Djalon par la migration peule et celle de la Basse-Guinée par les contacts avec les premiers Européens avant que Sékou Touré n'inscrive le nom de Guinée sur l'atlas mondial. Mais le temps passe et la Guinée est quelque peu sortie des radars internationaux pour y revenir récemment avec une crise sanitaire majeure...

Origine du peuplement

Peu de recherches archéologiques ont été effectuées jusqu'à présent, mais l'origine du peuplement semble remonter à plusieurs milliers d'années. Les premiers vestiges humains, des bifaces, ont été retrouvés à proximité de Conakry dans la grotte de Kakimbo notamment. A Blandé, dans le sud-est du pays, ce sont des poteries et des outils en pierre qui témoignent d'une occupation humaine au néolithique. Les premières communautés chasseurs-pêcheurs-agriculteurs identifiées vivaient très isolées les unes par rapport aux autres, sur les plaines côtières et dans la région forestière. On suppose qu'ils étaient originaires de la boucle du Niger. A l'âge du bronze, comme ailleurs en Afrique subsaharienne, c'est le " black-out ". Le Sahara s'assèche et ce qui fut une zone fertile devient une barrière infranchissable avant l'avènement du chameau, vite indispensable pour traverser ces zones arides. Peu à peu, les communications et les liens se rétablissent et, vers l'an 900, des fermiers mandingues, venus du nord-est, viennent occuper les plaines et les plateaux. La plus grande tribu, constituée par les Soussous, s'installe en Basse-Guinée, chassant les anciens occupants, tandis que la tribu des Malinkés prend possession de la Haute-Guinée.

Chronologie

Vers 900 : apparition de la population mandingue ; les Malinkés s'installent en Haute-Guinée et les Soussous en Basse-Guinée.

Du Xe au XIIe siècle : la Guinée est vassale du royaume du Ghana.

Du XIIIe au XVe siècle : la Guinée fait partie de l'empire du Mali.

Fin du XVe siècle : les premiers Européens établissent des comptoirs de commerce sur la côte.

XVIIe siècle : arrivée des Peuls dans le Fouta-Djalon.

1814 : traité de Paris et hégémonie française sur les Rivières du Sud.

Décembre 1891 : les Rivières du Sud deviennent une colonie autonome, la Guinée française et dépendances.

1875-1898 : empire de Samory Touré en Haute-Guinée.

1895 : la Guinée est intégrée à l'AOF.

1945 : Yacine Diallo est élu à l'assemblée constituante ; naissance du PDG.

1955 : Sékou Touré est élu maire de Conakry.

2 octobre 1958 : Sékou Touré devient le premier président de la Première République.

22 novembre 1970 : échec du débarquement portugais.

27 août 1977 : révolte des femmes du marché.

26 mars 1984 : mort de Sékou Touré.

3 avril 1984 : naissance de la IIe République ; Lansana Conté en est le président. Le franc guinéen remplace le syli.

2-3 février 1996 : mutinerie et échec de la tentative de coup d'Etat.

Juillet 1996 : changement de gouvernement. Sydia Touré devient Premier ministre.

2-3 février 1997 : tentative de coup d'Etat et bombardement du Palais des Nations par les militaires.

Décembre 1998 : Lansana Conté est réélu à la présidence de la République pour 5 ans. Son principal opposant, Alpha Condé, est arrêté.

11 novembre 2001 : référendum qui porte le mandat présidentiel de 5 à 7 ans et abolit les limitations liées à l'âge ou au nombre de mandats.

23 décembre 2003 : réélection du président Lansana Conté ; l'opposition boycotte le scrutin.

5 avril 2006 : limogeage du Premier ministre Cellou Dalein Diallo pour faute lourde.

Janvier-février 2007 : manifestation populaire qui tourne à l'émeute. L'armée ouvre le feu sur les manifestants et tue environ 120 personnes.

26 février 2007 : nomination de Lansana Kouyaté, Premier ministre de consensus.

20 mai 2008 : nomination d'Ahmed Tidiane Souaré à la tête d'un gouvernement d'ouverture.

2 octobre 2008 : la Guinée fête ses 50 ans d'indépendance. Lansana Conté est absent des cérémonies publiques en raison de son état de santé.

22 décembre 2008 : mort de Lansana Conté.

23 décembre 2008 : le capitaine Moussa Dadis Camara s'autoproclame chef de l'Etat. Les putschistes, réunis en un Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD), s'engagent à organiser des élections fin décembre 2010.

28 septembre 2009 : massacre à la suite d'un meeting organisé dans le stade de Conakry, 157 morts.

3 décembre 2009 : Dadis Camara est blessé.

15 janvier 2010 : Le numéro 2 de la junte, Sékouba Konaté, succède à Dadis, nomme un gouvernement de transition et promet des élections prochainement. Il tient parole et pour la première fois une élection présidentielle en Guinée se déroule sans qu'aucun militaire ne soit candidat.

Novembre 2010 : le président Alpha Condé est élu pour un mandat de 5 ans. Le nouveau chef de l'Etat guinéen a été élu démocratiquement sur un programme de modernisation et de reconstruction progressive de la Guinée.

Octobre 2015 : de nouvelles élections présidentielles aboutissent à la réélection d'Alpha Condé.

Les grands empires

Xe-XIIe siècles. La Guinée fait partie du royaume mandingue, vassal du riche royaume du Ghana (empire de Sarakholé), qui comprenait tout le Mali actuel, ainsi qu'une partie du Sénégal et de la Mauritanie. Les Mandingues assuraient l'approvisionnement et le passage des caravanes d'or, d'ivoire, de sel, de cuivre, mais aussi d'esclaves noirs, vers les régions d'Afrique du Nord. Mais les Almoravides, attirés par toutes ces richesses et désireux d'étendre leur foi musulmane, vont entraîner le morcellement puis la chute du grand empire.

XIIIe-XVe siècles. Soundiata Keïta (règne 1230-1255), converti à l'islam, rassemble autour de lui le clan mandingue et se soulève contre l'oppression du royaume du Ghana pour fonder l'empire du Mali, dont la capitale est Niani, aujourd'hui un petit village au nord de la Haute-Guinée. Les échanges culturels et commerciaux sont alors florissants entre le monde berbère musulman et l'Empire noir, et de nombreuses caravanes partent vers le Maghreb, l'Egypte et l'Arabie, tandis que les chefs mandingues effectuent leurs pèlerinages à La Mecque. Les témoignages qu'il nous reste de cette période viennent de voyageurs arabes comme Ibn Battuta ou Al Omari qui ont évoqué le faste des empereurs et de la cour. Un des ces rois, Aboubacar Ier, conçoit l'idée avant-gardiste de partir à la découverte de l'océan qui borde l'empire : on ne le revit jamais. A sa suite, Mansa Moussa (1307-1332) mène l'empire à son apogée ; son territoire s'étend alors de la Mauritanie au Niger. Lors d'un pèlerinage à La Mecque, accompagné d'une solide escorte, ce dernier éblouit son monde en emportant et en distribuant une quantité d'or telle qu'il en fait chuter le cours pendant plusieurs années. Cependant, des vassaux dissidents s'affranchissent peu à peu ; le plus célèbre d'entre eux est Koli Tenguela, chef du Fouta-Djalon. Enfin, en 1450, les armées d'un Etat vassal, le Songhaï, prennent et brûlent Niani. Ce nouvel empire est à son tour conquis par les troupes maures du Maroc en 1591. S'ensuit dès lors une période d'instabilité et de luttes de rivalités.

Migration et arrivée des premiers Européens

XVe-XVIe siècles. Dès le dernier quart du XVe siècle, arrivent les premiers explorateurs portugais, qui installent des comptoirs de commerce d'or. Les deux obsessions des navigateurs sont l'or et, surtout, la recherche du plus court chemin pour accéder aux Indes. Au XVIe siècle, les colons ayant décimé les Indiens d'Amérique latine, une pratique se radicalise et s'intensifie (et va saigner le continent) : la traite négrière. En 1513, 505 esclaves sont transportés de Guinée vers le Portugal ; en 1514, 978 ; en 1600, 3 000. On estime - sur trois siècles - la ponction de la traite à 40 millions d'individus. Sur la côte se développent des enclaves, où les Européens qui rechignent à s'aventurer eux-mêmes à l'intérieur des terres et certains autochtones s'entendent sur la livraison du " bois d'ébène ". Ces alliances sont renforcées par les mariages mixtes qui créent des dynasties prospères, abandonnant toute autre activité pour se consacrer à la traite. En Guinée, c'est à Boffa que se développent ces dynasties dont la représentante la plus célèbre est la reine métisse Nyara Gbelli, qui gère au milieu du XIXe siècle toutes les caravanes venant du Fouta Djalon.

XVIIe-XVIIIe siècles. Au XVIIe siècle, un autre Etat, le Gabou, peuplé majoritairement de Malinkés, fonde son commerce sur la traite en effectuant des razzias chez les Peuls ; mais la donne finit par changer et l'époque où les Peuls restaient humblement en retrait est bientôt révolue. Une vague de migration peule en provenance du delta intérieur du Niger, à l'est de Massina, et du Fouta-Toro (vallée du fleuve Sénégal), déferle sur le Fouta-Djalon. Ces éleveurs réputés, islamisés, chassent les fermiers malinkés qui s'y trouvent. En 1725, la guerre sainte islamique, dirigée par Ibrahima Moussa, consacre l'hégémonie peule sur le Fouta et instaure, avec Karamoko Alpha qui prend le titre prestigieux d'Almamy (" commandeur des croyants "), un régime théocratique de type féodal. En 1751, son cousin Ibrahima Sori lui succède. Des rivalités naissent dès lors entre les descendants des deux branches mais sont momentanément réglées par l'alternance - tous les deux ans - des deux clans rivaux au poste d'Almamy. Ces dissensions facilitent la conquête française en 1896 - renforcée par les altercations entre Alpha Yaya Diallo, roi de Labé, et l'Almamy en titre, Bocar Biro. A la fin du XVIIIe siècle émerge une personnalité charismatique qui marquera l'histoire de la sous-région : Oumar Tall un Toucouleur (peuple apparenté aux Peuls) de la région de Podor, située sur les rives du fleuve Sénégal. Il étudie en Mauritanie puis au Fouta-Djalon et fait son pèlerinage à La Mecque. Il y gagne le titre de " El Hadj " et reste 13 ans en Orient, attirant partout l'attention de ses professeurs et maîtres par son intelligence aigüe et sa mémoire phénoménale. En 1833, il prend le chemin du retour, entraînant derrière lui une foule grandissante de dévots enthousiastes. L'Almany voit d'un mauvais oeil l'arrivée de ce meneur charismatique, et le prie d'aller prêcher ailleurs. Il s'installe à Dinguiraye, où il crée une forteresse, achète des fusils et, fort de son titre de khalife, déclare le djihad, la guerre sainte. Il conquiert rapidement ses voisins. Sa progression se heurte aux Français, qui prennent pieds dans la région et lui barrent la route. Qu'importe, il se taille un empire vers l'Est, jusqu'au pays Dogon, où il meurt en 1864. L'expansion foudroyante d'El Hadj Oumar Tall, saint homme et chef de guerre, ne lui survivra pas, mais bientôt un autre meneur d'hommes fera parler de lui dans la région : Samory Touré.

Des intrépides à la conquête de l’intérieur des terres

En 1794, deux Anglais, Watt et Timberson, relient pour la première fois Freetown à Timbo, alors capitale du Fouta-Djalon. Puis, un Ecossais, Mungo Park, décide de découvrir où et comment s'écoule le Niger - l'hypothèse de l'époque étant que le fleuve se termine aux portes du désert. Lors de son premier voyage, en 1795-1797, il remarque qu'au contraire le Niger s'oriente vers le sud dans le territoire malien. Mungo Park périra noyé au cours d'une deuxième expédition, en 1806.

En 1818, le Français Gaspard Mollien, non content d'être rescapé du naufrage de la Méduse - son récit de la catastrophe est publié en 1889 -, entreprend un périlleux voyage du Sénégal au Fouta-Djalon. Il explore la presqu'île du Cap-Vert, remonte le fleuve Sénégal et va à la rencontre des Peuls. Il y retourne en 1818, chargé par le gouverneur de la colonie d'aller identifier les sources du Sénégal, de la Gambie et du Niger, lors d'un périple d'un an. Son retour en France est triomphal. Il continuera une longue carrière dans l'administration française qui le mènera en Colombie, à Haïti, en passant par La Havane.

En 1827, l'intrépide René Caillé part de Boké et traverse à pied le Fouta-Djalon pour atteindre Tombouctou, ville alors interdite aux chrétiens. Pour se faire il apprend l'arabe, se convertit et décide de partir, seul, par ses propres moyens - sans aide financière et sans escorte militaire -, se faisant passer pour un humble lettré musulman. Tombé gravement malade, il fait un séjour forcé de cinq mois à Timé, dans l'actuelle Côte d'Ivoire. Enfin, il atteint le 20 avril 1828 la cité mythique de Tombouctou, déçu de trouver une cité tombant quelque peu en ruines...

Par la suite, en 1877, alors que la lutte pour la conquête coloniale française fait rage dans le Fouta-Djalon et en Haute-Guinée, Aimé Olivier de Sanderval parcourt seul et inlassablement le Fouta et y acquiert même de nombreux domaines (40 000 ha) pour y fonder son " royaume ". Mais - ironie du sort -, l'administration coloniale lui enlèvera son territoire si chèrement gagné quelques années plus tard.

La colonisation française

Trois impérialismes coloniaux luttent pour la possession de cette riche contrée africaine : le Portugal, qui ne se maintiendra qu'en Guinée-Bissau et au Cap-Vert ; l'Angleterre, qui dominera la Gambie, la Sierra Leone et le Liberia ; et la France. C'est le traité de Paris, en 1814, qui confirme la mainmise de la France sur un territoire alors connu sous le nom de Rivières du Sud et que les Anglais nomment... les Rivières du Nord.

De 1837 à 1842, des commerçants de Bordeaux signent des accords avec les chefs locaux des régions côtières, où ils installent de nouveaux comptoirs pour l'or, l'ivoire et les bois précieux (acajou et tek). Les Rivières du Sud sont alors un territoire qui dépend de la juridiction de Dakar (Gorée) : il s'étend à la Côte d'Ivoire et au Bénin jusqu'en 1893. Les Français ne pénètrent à l'intérieur des terres qu'après la conquête militaire du Soudan (Mali actuel), organisée depuis le Sénégal. Le 5 juillet 1881, un traité de paix confère aux Français la permission de construire une voie ferrée reliant la côte au Niger, en passant par le Soudan, et leur octroie le Fouta-Djalon.

Le 17 décembre 1891, les Rivières du Sud deviennent une colonie française autonome, que l'on appelle désormais " Guinée française et dépendances " (Bénin et Côte d'Ivoire jusqu'en 1893). En 1895, elle est intégrée à l'AOF (Afrique occidentale française). Cependant, si les dissensions entre les chefs rivaux du Fouta contribuent largement à l'implantation de la France, une résistance acharnée naît dès 1882 et se regroupe autour de Samory Touré. Samory Touré, personnalité phare de l'histoire de la Guinée, est un Malinké des environs de Kérouané. Colporteur comme ses ancêtres paternels, sa vie bascule quand sa mère est enlevée par le clan des Cissé. Ne pouvant se battre contre, il va se battre pour les Cissé. Il s'enfuit avec sa mère à la première occasion et commence une carrière de mercenaire, se constituant une petite armée. Il grappille un petit territoire, s'attaque à Kankan et en profite pour se venger des Cissé ; puis c'est la course vers le Nord, où il se heurte à ses grands ennemis, les Français, qui visent comme lui Bamako. Ceux-ci prennent la ville et battent le frère de Samory, en 1883, pendant que lui-même réduit les Kamara animistes du Haut Konya. Le fait que Samory se batte contre le groupe dont il faisait parti avant de prendre le titre d'Almamy lui vaudra la rancune tenace des ethnies animistes du Sud, qui aideront les Français à le piéger. Quoi qu'il en soit, les Français décident de se débarrasser de Samory et, sur la base des traités ambigus signés avec lui, marchent sur Kankan puis Kissidougou, qu'ils prennent. Samory décide alors d'abandonner son empire sans rien laisser derrière lui et se taille un nouveau domaine dans le nord de la Côte d'Ivoire. Les razzias se succèdent, et l'Almamy se heurte encore à cette armée qu'il avait laissée à l'ouest. En tentant de revenir sur sa terre natale, ce sont cette fois les animistes qui lui barrent la route et Samory est pris au piège par le commandant Lartigue à Géoulé, en 1898. Il est fait prisonnier et est déporté au Gabon, où il meurt en 1900. Samory Touré, génie tactique et infatigable chef de guerre, demeure dans l'imaginaire ouest-africain l'une des grandes figures de la résistance à l'occupation européenne.

De même, de nombreuses autres tribus n'acceptent pas le joug français et fomentent des foyers de lutte, comme les Coniaguis (1902), les Peuls du Fouta, avec Alpha Yaya Diallo (1906-1911) et les peuples de la forêt (1907-1912). En 1902, un décret soumet les gouverneurs de toutes les colonies de l'AOF à l'autorité hiérarchique du gouverneur général basé à Dakar. Ceci permet de coordonner et d'harmoniser la politique et les budgets, les colonies les plus riches (comme la Guinée) devant couvrir les déficits des moins favorisées. En 1904, l'Angleterre cède les îles de Loos à la France. Le pays vit sous l'égide d'un gouverneur dont l'autorité est relayée par vingt administrateurs, qui ont tout pouvoir dans les vingt cercles qu'ils contrôlent. Les chefferies traditionnelles sont laissées en place car, grâce à l'octroi de nombreux privilèges, elles jouent le rôle de messagères du pouvoir colonial. Les centres urbains, comme Conakry, Kindia et Kankan, sont transformés en communes en 1920 et des maires, français, sont élus. Des chefs de canton, locaux, sont aussi nommés en fonction de leurs affinités françaises ; ils sont chargés de récolter les impôts et les volontaires pour l'armée, ce qui les rend très impopulaires.

Cependant, l'économie traditionnelle est complètement bouleversée : le commerce est monopolisé par de grandes sociétés françaises d'import-export - principalement de caoutchouc jusqu'à la Première Guerre mondiale. Après celle-ci, la colonie se tourne vers les cultures de rente (bananes, café, hévéa, etc.), ce qui monétarise la population locale et fait de la Guinée une des colonies françaises les plus prospères. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que l'on commence à exploiter les riches ressources minières.

La gestation de la première République

Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une volonté d'implication politique des Guinéens, avec l'élection de Yacine Diallo qui est le premier Guinéen élu à l'assemblée constituante en 1945. Si la lutte ouverte contre le pouvoir colonial a pris fin peu avant la fin de la première guerre, elle prend une nouvelle forme avec l'éveil politique des peuples dominés. La société civile se structure : de nombreuses associations professionnelles naissent, comme celle des médecins, infirmiers et pharmaciens mise en place par Ignace Deen. En 1946, est constitué à Bamako le Rassemblement Démocratique Africain, qui ouvre en 1947 une section guinéenne. Celle-ci se transforme en 1948 en Parti Démocratique de Guinée (PDG). Parmi les syndicalistes, on remarque de plus en plus le jeune Ahmed Sékou Touré, employé aux PTT. La loi-cadre Defferre permet à Sékou Touré de jouer un rôle politique de plus en plus important, de façon totalement légale. En 1953, alors qu'il est déjà responsable de l'Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG), il prend la tête du PDG. Il est élu maire de Conakry deux ans plus tard.

En 1956-1957, de nombreuses luttes sanglantes opposent partis politiques rivaux, PDG et BAG (Bloc Africain de Guinée). Le PDG triomphe en mars 1957 aux élections de l'assemblée territoriale. Sékou Touré devient vice-président du premier gouvernement guinéen, le président étant de droit le gouverneur J. Ramadier. Dès lors, Sékou Touré et son parti, le PDG, étendent leur mainmise sur toute l'administration, court-circuitant les administrateurs français, avant même l'accès à l'indépendance.

En août 1958, le général de Gaulle (revenu au pouvoir fin mai 1958) entreprend une tournée africaine pour proposer aux colonies de choisir entre indépendance et autonomie au sein d'une communauté franco-africaine. Sékou Touré l'affronte. Le 28 septembre 1958, lors du référendum, la Guinée est le seul pays à dire non à de Gaulle. L'indépendance est proclamée le 2 octobre. Sékou Touré devient le premier président de la Ire République.

« Adieu la Guinée »

Le général de Gaulle ne connaissait pas la teneur du discours qu'allait prononcer Sékou Touré même s'il se méfiait de ce jeune leader charismatique et un peu trop remuant à son goût. Il se sentit personnellement humilié par l'allocution de Sékou Touré aussi bien que par la réaction d'une salle surchauffée. Jean Mauriac, grand reporter, était présent : " Jamais je n'avais connu pareil déchaînement lorsque le chef guinéen déclara : " Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage " [... ] Le général ne dissimula pas sa fatigue ni sa propre émotion. Plus, une immense tristesse était visible, trahie d'abord par sa voix, basse, grave, amplifiée par les haut-parleurs. Je le voyais ainsi profondément atteint pour la première fois en public. En cet instant, il se passait quelque chose de si pathétique dans cette salle de l'Assemblée de Guinée, quelque chose de si déchirant et crépusculaire que la scène n'avait plus grand rapport avec le texte même du discours du général : "... L'indépendance est à la disposition de la Guinée, elle peut la prendre en disant non, le 28 septembre, à la Constitution. La métropole n'y fera pas obstacle et votre territoire suivra la route qu'il voudra dans les conditions qu'il voudra." Bien sûr, le général prononça des paroles d'espoir. Mais personne ne s'y trompa. Son discours était un adieu à la Guinée. L'émotion était à son comble quand il déclara pour terminer, sur un ton très lent, détachant chaque mot : "Si je ne devais pas vous revoir, sachez que le souvenir que j'emporte de la Guinée, je ne l'oublierai pas. Vive la Guinée, vive la France ! " Sa voix était alors comme brisée. " Le Général et le journaliste, Ed. Fayard.

La première République : le prix de l'indépendance et le désenchantement

Après sa prise du pouvoir, Sékou Touré exprime l'espoir que la France sera la première nation à reconnaître la jeune République, et qu'elle l'aidera à entrer dans l'ONU. Mais de Gaulle, " qui n'oublie pas ", ne répond à aucun message guinéen et s'abstient de voter lors de l'entrée de la Guinée au sein de l'ONU, en décembre 1958. Sa réponse, il la donne en entreprenant le démantèlement de tout ce qui venait de la présence coloniale : personnel de l'administration, équipement militaire, archives, infrastructures, etc. On envoie en douce les paras récupérer les réserves de billets de banque à Conakry... Cet équarrissage entraîne une fuite massive de devises, et l'effondrement économique du pays. Toutefois, la plupart des autres pays occidentaux décident de tisser des relations diplomatiques avec la Guinée et cette audace vaut au régime de Conakry la sympathie de leaders nationalistes, d'enseignants, de journalistes d'Afrique ou de France, qui lui apportent leur soutien ou s'y réfugient telle la diva sud-africaine engagée Miriam Makéba et son compagnon Stokely Carmichael, figure des Blacks Panthers, ou encore le célèbre psychiatre et essayiste Frantz Fanon, fondateur du mouvement tiers-mondiste, et bien d'autres encore...

Sékou Touré crée le syli (qui signifie " éléphant ", symbole de force et de résistance) en remplacement du franc CFA, indexé au franc français. La ligne politique du PDG, qui était socialiste, évolue vers le modèle soviétique à idéologie totalitaire de type marxiste. Sékou contrôle alors les partis (le PDG devient parti unique), les groupes ethniques et les individus. Bien que souhaitant créer une nation guinéenne au-delà des appartenances ethniques, il place des Malinkés, comme lui, aux postes clés de son administration. En 1967, il instaure une révolution culturelle sur le modèle chinois, et crée des fermes d'Etat et des unités révolutionnaires. Tous les opposants au régime, accusés d'impérialisme, sont emprisonnés, torturés et jugés arbitrairement. Certains sont pendus et abandonnés en pâture aux vautours sur le pont de l'autoroute, maintenant connu sous le nom de " pont des pendus ". De nombreux détenus sont entassés dans le tristement célèbre camp Boiro.

Cette dictature populaire et révolutionnaire entraîne un exode massif de Guinéens - plus d'un million de personnes - vers les pays voisins.

La Guinée, qui était exportatrice de nombreuses denrées agricoles avant la révolution, sombre dans une misère proche de la famine, suite au démantèlement des traditions agraires ancestrales et à la mise en place des fermes d'Etat et d'impôts, au point que les Etats-Unis envoient des tonnes de nourriture pour éviter le désastre.

C'est à cette époque qu'est tentée la motorisation des cultures. Cependant, par manque de main-d'oeuvre qualifiée et de pièces de rechange, les tracteurs seront rapidement abandonnés dans les champs, témoins rouillés de ces années, que l'on peut encore apercevoir dans de nombreux villages. Sur le plan diplomatique, après la séparation de la France et un refroidissement passager avec l'URSS (en 1961, l'ambassadeur russe est expulsé de Guinée pour ingérence), le pays se replie sur lui-même. Il rompt avec le Sénégal et la Côte d'Ivoire, liés à la France, et échoue à mettre en place un panafricanisme avec le Mali et le Ghana.

La tentative d'invasion par les Portugais le 22 novembre 1970, visant en fait à libérer les prisonniers issus des conflits avec la Guinée-Bissau, va développer la paranoïa du dictateur. Ainsi, 1971 sera l'année de la grande purge, qui frappe la population de terreur. La Guinée est alors le pays pour lequel Amnesty International doit intervenir le plus souvent. En 1976, Sékou Touré, après avoir été victime d'une tentative d'attentat, accuse toute la population peule de comploter contre le gouvernement, et leur pseudo-chef, arrêté, mourra de faim en prison, alors qu'un quart de la population s'exile.

Le 27 août 1977 éclate la révolte des femmes du marché, à la suite de nouvelles mesures visant à décourager le petit commerce privé (toute la production agricole devait revenir aux coopératives d'Etat). L'émeute, qui éclate à Conakry, s'étend bientôt à de nombreux villages, et les gouverneurs de Kindia, Faranah et Boké sont massacrés. Cette révolte cesse avec le rétablissement du commerce privé et elle conduit Sékou Touré à un assouplissement de sa politique. En 1978, il tente un rapprochement avec la France. Giscard d'Estaing est le premier président des pays occidentaux à venir en Guinée. Sékou entreprend parallèlement de renouer des liens avec les pays africains voisins, dont le Sénégal et la Côte d'Ivoire. En 1982, il est reçu à Paris par François Mitterrand. En 1983, il fait fermer tous les bars, restaurants et night-clubs sous prétexte que ce sont des établissements qui pervertissent la société et l'incitent à la délinquance. Le 26 mars 1984, il meurt dans un hôpital américain de Cleveland, où il avait été transféré par le roi du Maroc après un malaise cardiaque, quelques mois avant la tenue d'une conférence de l'OUA (Organisation de l'unité africaine), qui devait avoir lieu à Conakry... Quelques jours après des funérailles impressionnantes, les dissensions familiales au sujet de la succession persistant, éclate un coup d'Etat militaire fomenté par les colonels, dont Lansana Conté et Diarra Traoré.

La deuxième République : le règne du général paysan

Dans la liesse générale, toutes les structures politiques et partisanes sont symboliquement abolies : l'ancien régime est dénoncé et les prisonniers politiques du camp Boiro sont libérés. Un CMRN (Comité militaire de redressement national) de 18 membres est instauré. Il promet de rétablir la liberté d'entreprise, et de respecter les droits de l'homme. Le nouveau chef d'Etat est Lansana Conté ; il nomme comme chef du gouvernement, Diarra Traoré. Tous deux sont d'ethnie soussou. Ils font appel à la France et à de nombreux bailleurs de fonds pour aider à la reconstruction du pays. L'enseignement se fera dorénavant en français, et non plus dans les langues vernaculaires.

Lansana Conté prend aussi conscience de la nécessité de réformes économiques urgentes. Il établit le franc guinéen, en remplacement du syli, ferme les anciennes banques, ainsi que de nombreuses entreprises d'Etat qu'il privatise, réduit massivement le nombre des fonctionnaires, sur les instances du FMI. Cependant, quelques tensions internes subsistent, à l'origine de la tentative du coup d'Etat avorté du 4 juillet 1985 par le Premier ministre, alors que le président est en déplacement.

Le 2 octobre 1989, l'Etat de droit est instauré, avec rédaction d'une loi fondamentale et mise en place d'un régime biparti. Les militaires retournent dans les casernes. En octobre 1991 : le multipartisme est reconnu. Le nombre de partis va alors s'accroître pour atteindre le chiffre de 34 en 1992. La plupart des formations sont constituées sur des bases ethniques, deux grands partis se détachent : le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP) sur lequel s'appuie Lansana Conté et l'Union des Forces Républicaines (UFR).

Des élections présidentielles anticipées sont tenues en décembre 1992. Huit candidats se présentent, dont Lansana Conté. Les frontières sont fermées, les dates changées de nombreuses fois. Conté sort vainqueur, avec un peu plus de 50 % des voix, son principal opposant Alpha Condé, du RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée), recueille 20 % des voix.

Les 2-3 février 1996, des militaires, n'ayant pas reçu leur solde depuis des mois, fomentent une mutinerie, à Conakry. Dans le feu de l'action, ils vont bombarder le palais présidentiel, et forcent le président à se mettre à l'abri. Mais personne ne voulant vraiment prendre la tête de l'Etat à sa place, des négociations aboutissent au règlement de leurs soldes et à l'impunité des mutins.

Le 10 juillet a lieu un changement de gouvernement. Le nouveau Premier ministre est Sidya Touré.

En 1998, Conté remporte une nouvelle fois les élections dès le premier tour avec 56,12 % des voix et, dans la foulée, son principal opposant Alpha Condé est arrêté et jugé pour " atteinte à la sûreté de l'Etat ". Il en sortira en 2003, au gré d'une loi d'amnistie votée par l'Assemblée nationale. En 2003, Conté gagne encore une fois la présidentielle avec le score stalinien de 95,6 % face à un seul candidat.

La population quant à elle souffre, si bien qu'elle répond aux appels des syndicats, soutenus par le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG), qui décrètent une grève générale et réclament la démission du président Lansana Conté. La grève est aussi un ras-le-bol général des Guinéens qui s'insurgent contre le coût de la vie, qui ne cesse d'augmenter face à des salaires restés les mêmes : ce mouvement entraîne tout de même la chute du gouvernement. A cette époque, le président est à l'agonie. Il souffre d'une leucémie et d'un diabète aigu qui font dire à son médecin marocain en 2002 qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre...

Malheureusement avant de mourir, Conté a anéanti les acquis de son règne : il laisse une économie en lambeaux, une agriculture quasi morte, une industrie à la dérive et un immense sentiment de gabegie. Un raccourci cruel de son règne : en 1984, à son arrivée au pouvoir, ayant fait de la lutte contre la corruption un de ses chevaux de bataille, il affirmait que si un de ses ministres se faisait construire une villa, il saurait que ce dernier a volé et le punirait en conséquence. Fin 2006, il déclarait : " S'il fallait tuer tout ceux qui ont volé, il faudrait tuer tous les Guinéens, et je ne suis pas un tueur "... avant d'ordonner la répression des manifestations de 2007 qui fit plus d'une centaine de morts. Il est vrai qu'à cette époque, Lansana Conté n'était déjà plus en possession de tous ses moyens, en proie à des comas diabétiques, victime de troubles répétés de la mémoire et insomniaque. Il passera les dernières années de sa vie à supporter la souffrance et meurt le 22 décembre 2008.

La guerre qui ne veut pas dire son nom

" Comment qualifier la situation d'un pays qui serait attaqué pratiquement tous les deux jours, un pays dont le président aurait fait rappeler la garde et l'arrière-garde de son armée pour l'envoyer sur la frontière, un pays dont le ministre de l'Intérieur aurait imposé une " censure " sur toute information à caractère militaire, un pays dont les plus hautes autorités auraient appelé la population à s'enrôler dans des " comités d'autodéfense populaires ", ou des " comités de vigilance ", un pays où, pour parcourir trois cents kilomètres par la route, on serait contrôlé une bonne centaine de fois, ici par des militaires, là-bas par des civils ? Comment ? " Afrique Express N° 215. La Guinée a été impliquée dans le système complexe de conflits dans les pays voisins - en Sierra Leone entre 1991 et 2002 ainsi que dans les conflits du Liberia entre 1990 et 1997. Le pays faisait partie de l'ECOMOG, le groupe surveillant l'application de cessez-le-feu, créé par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui devint partie prenante des conflits en Sierra Leone et au Liberia surtout. On sait que Charles Taylor et Lansana Conté se vouaient une haine tenace. La Guinée forestière fit les frais de nombreuses razzias et autres opérations " terre brûlée " de l'armée libérienne. Taylor reprochait avec raison à Conté d'abriter sciemment ses ennemis au premier rang desquels Alhaji Kromah, le président du Mouvement Uni de Libération pour la Démocratie au Liberia (ULIMOK). L'Angleterre, les Etats-Unis ou l'Ukraine furent également les acteurs (directs ou non) de ce conflit à huis clos ; la France, elle, s'en lava les mains. Quoi qu'il en soit, le sud-ouest de la Guinée pâtit des attaques régulières autour des villes de Macenta, N'Zérékoré ou encore Guéckédou tandis qu'au sud-est le front était sous le contrôle de dissidents guinéens, un groupe hétéroclite composé d'opposants et d'ex-militaires guinéens ayant réchappé aux purges successives de l'armée. Il faut ajouter à cela les ressortissants libériens et sierra-léonais qui affluèrent et que l'on estimait au début des années 2000 à environ 700 000. Le grand mérite de Conté fut peut-être de ne pas laisser les chaos ambiants contaminer son pays. En revanche, cet état de guerre non déclarée a certainement achevé de saigner un pays en panne.

Dadis, le salut ou le précipice ?

Dans la foulée de l'annonce de la mort de Lansana Conté, le capitaine Moussa Dadis Camara aidé du lieutenant-colonel Sékouba Konaté et du général Mamadouba " Toto " Camara sécurise les points stratégiques de Conakry. S'ensuit une communication annonçant la dissolution du gouvernement et de toutes les institutions. Les 23 et 24 janvier, les putschistes rallient à leur cause presque tous les généraux et élisent à la tête du Comité National pour la Démocratie et le Développement (CNDD), qu'ils ont créé, Dadis Camara. La population approuve ; la communauté internationale pas du tout. Dadis Camara tente de convaincre cette dernière en lui demandant de le juger sur ses actes et en promettant de quitter le pouvoir en 2010 à l'issue " d'élections libres et transparentes ". Deux semaines après sa nomination, le 30 décembre, le Premier ministre, Kabiné Komara, annonce la composition de son gouvernement : sur vingt-sept ministres, le président a réussi à imposer dix militaires. Le nouvel homme fort de la Guinée commence son action par un audit pour définir les priorités, ou plutôt les degrés d'urgence, dans un pays à l'économie exsangue. Il se présente comme un champion de la lutte anti-corruption et anti-drogue, et interroge parfois lui-même les anciens tenants du pouvoir lors d'audits destinés à renflouer les caisses, parfois retransmis par la télévision d'Etat depuis le camp Alpha Yaya Diallo - le quartier général de la junte, où le nouveau président s'est fait installer un studio. Ce déballage de linge sale mené par un Dadis volubile et parfois erratique est nommé le " Dadis show " par les Guinéens. En attendant, le " capitaine président " continue sa croisade contre les fléaux sociaux en Guinée : Ousmane Conté, fils aîné du défunt président et l'un des plus gros dealers de la sous-région, est arrêté et interrogé, et de manière plus démagogique, les rafles de " prostituées " et de " drogués " semblent s'intensifier à mesure que les vrais problèmes (économiques) s'amoncellent. Dadis devient de plus en plus vague sur sa promesse de ne pas se présenter aux élections. Le lundi 28 septembre a lieu une manifestation pacifique de l'opposition dans un stade de Conakry, dans le but, entre autres, de demander à Dadis de réitérer solennellement sa promesse. Les " bérets rouges " de la garde présidentielle interviennent : tirs dans la foule, opposants tabassés, au moins 156 personnes tuées ou disparues, 109 femmes violées ou mutilées. Dadis aurait malgré ses dénégations donné le feu vert à la répression, menée par deux de ses proches : son aide de camp Aboubacar " Toumba " Diakité, et le capitaine Claude Pivi, dit Coplan, l'exécuteur des basses oeuvres du régime ainsi que des gendarmes d'élite placés sous le commandement du capitaine Moussa Tiégboro Camara, le ministre d'Etat chargé de la lutte anti-drogue et du grand banditisme. L'onde de choc est à la mesure du massacre et la Guinée revient sur le devant de la scène internationale pour de sordides raisons. L'envoi d'une force d'interposition est évoqué et le président burkinabé Blaise Compaoré est nommé médiateur dans la crise guinéenne par la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). La menace pour poursuite de crime contre l'humanité brandie par l'ONU à l'encontre de certains de ces cadres fragilise encore un peu plus une junte isolée, et le 3 décembre Aboubacar " Toumba " Diakité tire sur Dadis Camara lors d'une dispute. Ce dernier, vraisemblablement touché à la tête, est évacué au Maroc et Sékouba Konaté, le numéro deux de la junte, prend alors le pouvoir. Ce général taiseux sort de sa réserve le 7 janvier au cours d'un discours où il tend la main à l'opposition et ouvre la voie au retour à un pouvoir civil dans le pays. De manière encore incertaine, s'esquisse début 2010 un après-Dadis, le " capitaine président " qui n'aura pas été le salut du pays.

Les héros guinéens

Soundiata Keïta (1230-1255)

Né à Niani, de famille princière, sa paralysie le sauve de la mort alors infligée à tous les jeunes valides Malinkés par le roi des Sosos, Soumangourou, depuis qu'il a conquis la cité en 1200. En 1235, il venge son peuple et bat les troupes royales sosos à Kirina. C'est le fondateur mythique de l'empire du Mali, symbole de l'unité du Soudan médiéval autour du clan mandingue.

Almamy Samory Touré (vers 1830-1898)

Fondateur d'un empire comprenant toute la Haute-Guinée de 1875 à 1898, il symbolise la résistance acharnée contre les colons français. Il meurt en exil au Gabon, en 1898, mais ses cendres ont été rapatriées au mausolée Camayenne, à Conakry.

Alpha Yaya Diallo (vers 1830-1912)

Alors qu'il souhaite tirer profit des Français pour rivaliser avec l'Almamy, chef du Fouta-Djalon, il favorise l'emprise coloniale dans le Fouta et se proclame roi de Labé. Mais, gênant pour les Français, il est déporté au Dahomey en 1905. Lorsqu'il revient, c'est pour lutter cette fois contre l'oppresseur. Il devient alors un symbole de la résistance, avant d'être à nouveau exilé en Mauritanie.

Fodéba Keïta (1921-1969)

Né à Siguiri, dans le nord de la Haute-Guinée, il est surtout connu pour avoir été le directeur des Ballets africains. Mais c'est aussi un excellent poète et un homme politique. Accusé de complot par Sékou Touré, il a été condamné à mort. Ses recueils de poèmes exaltent la beauté des paysages et des personnages africains. En 1950 est paru Poèmes africains, en 1952 Le Maître d'école et en 1965 Aube africaine.

Camara Laye (1928-1983)

L'évoquer vous attirera sans aucun doute la bonne grâce de vos interlocuteurs, car les Guinéens sont vraiment fiers de leur écrivain chéri, qui a atteint une renommée internationale. Camara Laye est né à Kouroussa, une petite préfecture de la Haute-Guinée ; comme il est doué pour les études, il part poursuivre son apprentissage à la capitale, Conakry. Il terminera ses études en France. Il rentre en Guinée en 1958, lors de l'indépendance, mais, déçu par le régime, il s'exile au Sénégal en 1965, d'où il dénonce la dictature de Sékou Touré. Il meurt à Dakar en 1983. Le roman qui l'a rendu célèbre est un récit autobiographique, L'Enfant noir, porté à l'écran il y a quelques années. Il a aussi écrit Le Regard du roi en 1954, Dramouss en 1966 et Le Maître de la parole en 1978.

Boubacar Diallo Telli (1925-1977)

Il fut le premier Secrétaire général de l'OUA. Il mourut tragiquement des suites d'une " diète noire " dans un des sinistres camps créés par Ahmed Sékou Touré. Diallo Telli est né en 1925 à Porédaka en Guinée et il passe son baccalauréat, en 1946-1947, à Dakar. Il choisit la section " Magistrature ", lors de ses études à l'école nationale de la France d'outre-mer dans laquelle il s'avérera être un élève brillant. Après le fameux référendum du 28 septembre 1958 au cours duquel la Guinée dira " non " à de Gaulle, accédant ainsi à l'indépendance, Diallo Telli va se mettre au service de son pays, malgré le grand amour qu'il avait pour la France. De 1958 à 1964, la carrière de Diallo Telli se déroulera aux Etats-Unis où il sera ambassadeur de Guinée d'avril 1959 à juin 1961. Il sera un des représentants permanents de la Guinée à l'ONU de 1958 à juin 1964, avec une interruption entre juin 1960 et mars 1961. Comme à son habitude lorsqu'il souhaitait se séparer d'opposants ou de personnalités gênantes, Sékou Touré n'a pas hésité à monter de toutes pièces un " complot peul ", totalement inventé, dont les protagonistes étaient tous peuls - mouvement imaginaire qui aurait mis Diallo Telli à la tête du pays. Diallo Telli décède après plusieurs jours de torture et de diète noire, le 1er mars 1977 au matin, dans cette sinistre cellule 52 du Camp Boiro.

Sékou Touré (1922-1984)

Né officiellement en 1922 (en fait en 1919) à Faranah, il fait ses études à l'école coranique et à l'école primaire, d'où il est renvoyé plusieurs fois ! Après son certificat d'études, il suit les cours de l'école professionnelle Georges-Poiret, à Conakry, dont il sera exclu ! Il finira alors ses études par correspondance, pour entrer dans les PTT en 1941. En 1945, il crée le premier syndicat du personnel affilié à la CGT française. Après la grève de juin 1950, il est emprisonné. En 1952, il devient secrétaire général du PDG. Il va alors jouer un rôle politique de plus en plus important, devenir maire de Conakry en 1955, et diriger toute l'administration, en court-circuitant les administrateurs français, avant même la proclamation de l'indépendance. Puis son parcours se confond avec celui de la Ire République...

Alpha Condé, l'espoir d'un nouvel avenir ?

En octobre 2010, lors du premier scrutin libre depuis l'indépendance, le pays choisit le candidat RPG/Arc-En-Ciel et donne sa confiance à un programme de modernisation et de reconstruction de la Guinée. Avec 52,5 % des suffrages, Alpha Condé l'emporte sur le candidat UFDG/Alliance des bâtisseurs, Cellou Dalein Diallo. Malgré les soupçons d'irrégularités évoquées par l'opposition, la Cour suprême confirme la victoire d'Alpha Condé le 7 novembre 2010 et son mandat de président pour une durée de 5 ans. Une " ère nouvelle " est annoncée pour ce pays qui souffre de désunion et de retard dans son développement.

Le premier mandat d'Alpha Condé est marqué par des difficultés pour remettre en marche le pays dans toutes ses composantes mais aussi plus positivement, par la reprise des relations avec les institutions financières internationales, une nette amélioration de l'état des finances publiques et des performances macro-économiques, l'organisation d'élections législatives plusieurs fois reportées. Par ailleurs de grands projets sont lancés notamment pour apporter l'électricité à tous les Guinéens (le barrage de Kaléta est inauguré en 2015, le projet de barrage de Souapiti est lancé). Plusieurs accords miniers sont renégociés, devant être plus favorables à la Guinée.

Malheureusement l'élan impulsé par la nouvelle équipe dirigeante est stoppé net par la plus grave crise sanitaire qu'ait connue l'Afrique de l'Ouest. L'épidémie d'Ebola, qui débute fin 2013, se prolonge jusqu'en 2016 et fait plus de 2 500 morts, et plusieurs milliers de malades. Le pays, avec deux de ses voisins le Liberia et la Sierra Leone, est isolé du reste du monde. Conséquence directe, la progression du PIB est fortement réduite jusqu'à devenir quasi nulle.

Malgré ces difficultés, lors des nouvelles élections organisées en octobre 2015, le RPG est reconduit à la tête du pays pour 5 ans. L'épidémie d'Ebola enfin terminée, l'horizon s'éclaircit un peu mais la tâche à accomplir pour répondre aux attentes de la population reste immense.

Pour Alpha Condé, dont c'est le deuxième et " dernier " mandat, le temps est compté pour réaliser ses promesses et mettre la Guinée sur la voie de la croissance bénéficiant à tous, en tout cas au plus grand nombre.

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