L'église Saint-michel de N'Kembo © mtcurado - iStockphoto.com.jpg
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Passé colonial

La Cathédrale Sainte-Marie de Libreville a été fondée en 1864, ce qui en fait l’un des plus anciens édifices religieux d’Afrique Centrale. Son clocher construit avec les 4 mâts d’un vieux navire et son toit de tuiles plates sont autant d’éléments qui rappellent l’architecture navale qui inspira la construction de nombreux édifices religieux dans les diverses colonies françaises. A côté des églises, les missions jouèrent aussi un rôle clé dans le quadrillage du territoire. Dès la fin du XIXe siècle, cette utopie missionnaire consistait à créer des postes et stations dans des zones reculées afin de convertir les populations autochtones. Cela s’accompagnait d’une nécessaire domestication de la nature. Il fallait « couper la forêt pour avoir de la lumière, de l’air et des matériaux de construction ». Les édifices phares de la mission étaient l’église, la maison missionnaire, les dortoirs et la cuisine. Au départ, les bâtiments étaient réalisés en planches de bois, puis, les missionnaires développèrent la construction en briques de terre séchées et employèrent des techniques de maçonnerie occidentale (équilibre, rectitude et verticalité des murs, cimentage des briques entre elles avec de la boue). Dans certaines missions, la pierre pouvait être utilisée pour la maison missionnaire, mais elle restait rare. La nature hostile du Gabon a également nécessité un travail d’adaptation au climat et à la géographie du terrain, à l’image de la mission de Talagouga, construite sur les rives du fleuve Ogooué, puis déplacée plus en hauteur et munie d’édifices sur pilotis de fer maçonnés afin de protéger les structures de bois. Il ne reste que très peu de témoins de ces missions religieuses, mais les infrastructures de l’Hôpital Schweitzer à Lambaréné, qui fut en son temps également une mission, peuvent donner une idée de ce que furent ces sortes de villages occidentaux recréés au cœur de la nature gabonaise.

Richesses vernaculaires

Au Gabon, les Pygmées sont célèbres pour leurs huttes de formes arrondies entièrement réalisées en matériaux végétaux et périssables, ne laissant donc qu’une empreinte minime sur l’environnement. Ces dômes sont faits de branchages entrecroisés enfoncés dans le sol et sur lesquels on ajoute une couverture de feuilles. Cette forme hémisphérique est unique au Gabon, les autres formes d’habitat traditionnel privilégiant un plan rectangulaire… tout en conservant l’emploi de matériaux naturels. Les habitations sont alors généralement composées d’écorces de bois ou de longues feuilles de palmier raphia fixées à une armature de piquets fichés dans le sol. Chez les M’Pongwé, c’est le bambou qui est privilégié. L’espace entre les planches est comblé par des feuilles de palmier, donnant aux murs un aspect lisse. La charpente est faite de palme ou de bambou et couverte de tuiles de raphia. Chez les Obamba et les Akélé, la porte principale en bois est entièrement sculptée. La vannerie, ou art de tresser les fibres végétales, se retrouve dans nombres d’ethnies où murs, portes et fenêtres sont finement travaillés en palmier de rotin. De façon générale, le village traditionnel est à l’origine conçu comme un moyen de protection et de défense. Les cases sont collées les unes aux autres et alignées le long de la rue unique du village, dont les deux extrémités étaient originellement protégées par des tours de garde. Les cases possèdent plusieurs espaces organisés autour de la pièce centrale et séparés entre eux par des cloisons de bambou. La cuisine, elle, se trouve à l’extérieur, dans une cour aménagée. Chez les Fang, un autre bâtiment clé s’ajoute à la structure du village : le temple-hangar réservé au rite du bwiti. Sa façade ouverte est précédée d’un mât symbolique sculpté ou peint. Le reste de sa structure est similaire à celle des cases.

L’habitat traditionnel a ensuite évolué au gré des influences extérieures. Se sont d’abord développées des maisons dites en terre battue, comprenant une armature en pieux et lattes de palmes entrecroisées, créant un clayonnage ensuite rempli et consolidé à la terre glaise. La toiture, originellement à 2 pans, devient le plus souvent à 4 pans et des auvents apparaissent pour protéger la maison. Les missionnaires, eux, répandent la construction en brique de terre dans les villages voisins des missions. Le développement des chantiers forestiers s’est accompagné d’une nouvelle technique de construction : celle de la planche de bois usinée. Les planches sont clouées à partir du sol vers le toit, chacune d’elle chevauchant la planche inférieure. Pour protéger la base des maisons, on peut enduire le bois d’un enduit noir ou même de gasoil pour repousser les termites, ou bien créer une dalle de ciment dans laquelle on encastre les planches, ou bien encore, disposer des rangées de canettes enfoncées en partie dans le sol, goulot vers le bas, sur lesquelles viendront se poser les planches… une technique insolite très utilisée dans la région de Libreville. Autre habitat original : celui de la zone des lacs où se multiplient les maisons sur pilotis, que ces derniers soient en rondins de bois ou en béton. Avec leurs vérandas fermées par une balustrade et courant tout autour de la case, ces habitations disposent d’une excellente aération. Si la plupart des constructions aujourd’hui sont réalisées dans un mélange de planches usinées ou contreplaqué et tôle ondulée, les coutumes, elles, restent les mêmes !

Effervescence contemporaine

L’indépendance du Gabon s’est accompagnée à Libreville d’une fièvre constructrice voyant sortir de terre des édifices monumentaux faisant la part belle au béton. Ces bâtiments étaient conçus tout à la gloire du nouveau pouvoir. Parmi les plus représentatifs de ce courant entre brutalisme et monumentalisme, notons le ministère des Mines et son étrange structure cylindrique posée sur une base pyramidale tout en verre et béton ou bien encore le palais présidentiel surnommé « Palais du Bord de Mer », rectangle monumental aux intérieurs tout en marbre et dorure. La Cathédrale Saint-Pierre avec ses volumes géométriques en saillie participe aussi de cette frénésie moderniste. Véritable contrepoint architectural à ce modernisme, l’église Saint-Michel de N’Kembo, avec ses colonnades de bois sculptés par l’artiste Zéphirin Lendogno, ferait presque figure d’ovni architectural ! Mais cette fièvre constructrice s’est aussi accompagnée d’un grand nombre de projets pharaoniques dont la réalisation n’a jamais été achevée ou dont les structures sont aujourd’hui à l’abandon. Les deux plus célèbres exemples en sont le Stade Omar Bongo (qui fait l’objet depuis 2021 d’une opération de sécurisation… à défaut de réhabilitation) et le Centre International des Civilisations Bantoues  dont les imposantes défenses de béton ne protègent guère plus que des ruines. Pour éviter que de tels échecs se reproduisent, le gouvernement gabonais a lancé un grand plan d’accélération et de transformation du pays dont les projets urbains ne pourront plus être lancés sans avoir reçu un budget validé et un financement préalable. Parmi les grands projets en chantier : la « Baie des Rois » ou la nouvelle marina de Libreville qui prévoit à l’horizon 2025 la création de 3 immeubles et d’un centre-commercial, et d’ici à 2023, la création d’une « promenade de la corniche » avec kiosques et port de plaisance. Autre grand projet, celui de la création d’un grand complexe gouvernemental à Libreville, dont le plan directeur a été dessiné par l’un des grands starchitects africains, David Adjaye, qui cherche à faire dialoguer tradition bantoue, modernité et respect de l’environnement. Un dialogue pas toujours évident à maintenir lorsque l’on sait que nombre d’édifices de la capitale sont aujourd’hui construits par la Chine, à l’image du stade d’Angondje, dont la structure en arc de cercle de 320 m de long (la plus longue d’Afrique) représente le pont d’amitié entre le Gabon et la Chine, ou bien encore les Palais de l’Assemblée nationale et du Sénat aux silhouettes mêlant architecture futuriste et éléments classiques. La préservation des traditions et de l’identité du Gabon n’est pas si simple… fort heureusement le secteur de l’écotourisme est en plein développement et fait de cette préservation l’une de ses missions. Des écolodges existent déjà tel le Dounia Park à Cap Estérias. Et depuis 2021, une vaste campagne a été lancée par la filiale gabonaise Luxury Green Resorts afin de créer une chaîne d’écotourisme dans les grands parcs nationaux, en commençant par la réhabilitation des lodges de Pongara et la création du lodge de Loango, réalisé par Sylvio Rech et Lesley Carstens, architectes de quelques-uns des plus beaux lodges du continent.

Escapade à São-Tomé-et-Príncipe

Les grands espaces urbains du pays possèdent encore le dessin en damier imaginé par les colons portugais. Le point central de la ville coloniale est l’église, autour de laquelle viennent se greffer les bâtiments administratifs clés. Les constructions coloniales sont réalisées en ciment et se distinguent par leurs balcons et élégantes ferronneries de façade, leur structure à deux étages, leur hauteur sous plafond, leur toit de tuiles et surtout leurs silhouettes colorées. En parallèle de ces villes, les colons portugais ont également développé le système des roças, plantations de cacao et caté, qui s’organisent autour d’une grande place centrale (roça-terreiro), le long d’une avenue (roça-avenida) ou qui sont pensées comme des villes (roça-cidade). Elles sont dominées par la casa principal, la maison de maître, que l’on reconnaît à sa position centrale et en hauteur et à son architecture typiquement coloniale (galerie à colonnes courant le long de la maison, large escalier en bois, toit de tuiles à 4 pans et auvents, décoration faisant la part belle aux azulejos et aux frises et lambrequins en bois ciselé). Autre bâtiment phare de la roça : l’hôpital. Pour déjouer les critiques concernant les terribles conditions des travailleurs, les Portugais érigent des hôpitaux aux allures de palais. Flanqués de majestueux escaliers et kiosques d’entrée, et ornés d’éléments de décor inspirés de l’Art nouveau, ces hôpitaux impressionnent, à l’image de celui de la roça Agostino Neto auquel on accédait via une avenue pavée bordée de balustrades. Les sanzalas ou quartiers de travailleurs, offrent un contraste saisissant avec ce faste. Au départ composés de simples huttes, ces quartiers voient ensuite apparaître des maisonnettes en briques puis les fameux « comboios » ou « trains », longs bâtiments étroits où l’intimité est inexistante. Longtemps laissées à l’abandon, ces roças font aujourd’hui l’objet de réhabilitations (transformation en hôtels, restaurants…) et d’intégration à des projets d’écotourisme… Ces derniers permettront également de découvrir la richesse de l’habitat autochtone, les jolies maisons en bois sur pilotis en tête !