Art rupestre

Vestiges de cultures millénaires, les gravures rupestres découvertes au Gabon secouent nos connaissances en art pariétal. Plusieurs centaines de gravures à même la roche sont réparties dans la vallée de l’Ogooué, plus précisément dans la région d’Otoumbi, et le parc national de la Lopé. Le fruit de fouilles archéologiques a valu au parc de Lopé d’être classé site mixte, nature et culture, par l’Unesco. Au cœur du Gabon, près de 2 000 représentations sur roche ont été dénombrées. Le premier site rupestre localisé au Gabon est celui d’Elamékora. Parmi ses 250 dessins, le motif le plus remarquable est la rosace à sept pétales, entourée de piquetages, de cercles concentriques et de poissons. Le site de Kongo Boumba présente des formes plus complexes, des animaux associés à des spirales et des guirlandes. A Lopé, le sentier des œuvres pariétales de Doda serpente entre les rochers gravés : rocher soleil, rocher aux cercles, rocher aux abeilles… Pour conclure le circuit, le site d’Ibombi abrite un imposant rocher paré d’une multitude de gravures, dont 5 lézards. Chaque région propose une iconographie indépendante de ses voisines.

Masques et sculptures traditionnels

Le Gabon est célèbre pour ses masques. Savamment sculptés et peints, ils occupent des fonctions cruciales au sein des différentes ethnies gabonaises. Les masques accompagnent les rites qui célèbrent les étapes majeures d’une vie : cérémonie d’initiation, funérailles, jugements, ils sont au cœur des civilisations. Chaque type de masque correspond à une ethnie, et peut être divisé en deux grandes fonctions : protecteurs et judiciaires. Parmi, les plus connus, les masques blancs pounous arborés aux funéraires pour incarner l’âme du disparu. A l’inverse, les pounous noirs, plus rares, chassent les mauvais esprits, et participent à la justice. Le peuple fang, qui regroupe plusieurs peuples répartis au Cameroun, en Guinée équatoriale et au Gabon, réalise des masques et des statuettes en bois liés au culte du byeri, ou culte des ancêtres. La société du Ngil produit les fameux masques aux traits étirés et aux yeux mi-clos, qui sont portés par le chef pour imposer l’autorité. Le culte du byeri, qui a commencé à s’éteindre dans les années 1920, impliquait des eyema byeri, statuettes surmontant une boîte qui contenait les ossements des ancêtres fondateurs. Ces boîtes servaient à consulter les ancêtres et à guider les jeunes gens. Durant les cérémonies, les statuettes seules étaient promenées lors des parades.

Photographie

Célèbre photographe gabonais, Joseph Rogombé Iquaqua naît en 1908 dans le district de Port-Gentil. Scolarisé à Libreville, il apprend la photographie aux côtés de M. Robaky, le premier photographe gabonais. Recruté par l’Etat gabonais au ministère de l’Information, il devient photoreporter et reçoit plusieurs distinctions, dont plusieurs de la France où il est exposé à différentes reprises. Sa précieuse collection de portraits documente la vie des années 1930 et 1940 au Gabon.

Peinture

Fondée en 1982, l'Ecole Nationale d'Art et Manufacture (ENAM) a formé les premiers artistes peintres modernes, dont Jean-Baptiste Onewin-Walker, Nal Vad qui vit aujourd’hui en France et Marcellin Minkoe Mi Nzé. Certains courants européens, comme l’art abstrait ou le surréalisme, exercent une forte influence sur les artistes du pays. C’est le cas de l’artiste peintre, photographe, sculpteur Monique Ntoutoume alias Moon. Cependant, la plupart des jeunes artistes (dont Georges Mbourou, le plus représentatif de cette génération) trouvent leur inspiration dans la tradition et particulièrement dans les rites initiatiques.

Né à Port-Gentil en 1965, l’artiste peintre Georges M’Bourou vit et travaille à Libreville. Il perfectionne sa technique auprès du maître Marcellin Minkoe Mi Nze avant de se lancer. Souvent primé pour son travail, lauréat du prix spécial du Jury-Concours BICIG Amis des Arts et des Cultures, il expose en Afrique et sur d’autres continents. M’Bourou fonde les Jardins de la Création. Ces ateliers sont devenus des lieux d’échange pour les jeunes artistes gabonais. Toutes les disciplines sont les bienvenues dans les salles d’exposition. En parallèle, il dirige la galerie Efaro, dans le centre de Libreville, face au siège social de la Société nationale de bois du Gabon (SNBG) pour offrir une meilleure visibilité à ses protégés.

Son art, qui tient à la fois du figuratif, du symbolisme et de l’abstraction, puise dans le registre des motifs ancestraux. Il se définit comme un double héritier : celui des rites et des traditions initiatiques du Gabon, mais aussi de l’école gabonaise de peinture. Comme nombre de peintres gabonais avant lui, il introduit les croyances locales dans ses tableaux. En sculptant ses formes par des jeux chromatiques, M’Bourou a créé le style unique qui fait son talent. En 2019, l’Institut français du Gabon (IFG) a organisé une exposition individuelle pour fêter ses trente ans de carrière.

Art des rues

A Libreville, peindre les murs à la bombe est un acte politique qui vise à lutter contre l'insalubrité. L’artiste Régis Diyassa a compris que les inscriptions colorées étaient le meilleur moyen de diffuser largement des messages et de toucher la jeunesse. Une fresque en lettres multicolores rappelle de ne pas uriner ! Une façon originale d’alerter et d’imposer le respect. Il aime collaborer avec Blatino, dans le quartier populaire de la cité Mébiame. Là, il vient en aide aux riverains qui ne supportent plus de voir leurs façades et leurs portes souillées. Pour dissuader de déposer des ordures aux coins des rues, il ajoute des motifs traditionnels, des masques Fang. Régis Divassa n’attend pas les politiciens pour agir de la meilleure manière qui soit.

A Port-Gentil, les autorités ont choisi l’art des rues pour informer la population. Le maire Gabriel Tchango sensibilise aux questions sanitaires par le biais des graffitis. 

Un pas décisif est en cours d’accomplissement avec la création du Musée national des Arts et Traditions du Gabon. En exposant des objets culturels et des œuvres récentes, le lieu entend valoriser le génie esthétique du pays. Entre ethnographie et arts visuels, il insiste sur la double fonction, esthétique et utilitaire, des masques et des sculptures qui sont mis en relation avec l’art d’aujourd’hui et de demain.