Histoire

L'histoire de la république du Bénin se confond souvent à tort avec l'histoire du royaume de Bénin, qui se trouvait dans l'actuel Nigeria (Ifé) et est resté célèbre pour ses sculptures en bronze (bronzes du Bénin). Mais l'histoire de l'actuel Bénin n'en est pas moins riche. Si les rois d'Abomey y occupent une place importante à cause de la traite négrière, il ne faut pas pour autant négliger l'histoire des autres peuples tels que les Fon ou les Adja. Les relations au sein de cet espace ont parfois été conflictuelles, mais l'unité nationale du Bénin, comme jadis du Dahomey, est relativement bien préservée.

Peuplement du Bénin

Le peuplement du Bénin s'est effectué en plusieurs phases et sur plusieurs siècles. Parmi les peuples qui se sont installés au Bénin, trois groupes ont joué un rôle central dans l'histoire du pays. Dans le Sud jusqu'à la latitude d'Abomey, ce sont les Adja, originaires du Togo, qui ont fondé les puissants royaumes d'Allada (1575), d'Abomey (1645) et de Porto-Novo (1688). Les Yoruba, originaires de l'actuel Nigeria, se sont implantés dans le Sud-Est et le centre du pays. Venus par vagues successives depuis le XIIe siècle (et probablement bien avant en groupes plus réduits), ils ont créé les royaumes de Savé (avant 1550) et de Kétou notamment. Enfin les Bariba, des cavaliers venus du Nigeria (Busa), ont envahi le Borgou, il y a 500 ans environ, et ont essentiellement peuplé le Nord-Est du Bénin. Moins nombreux, les Dendi sont surtout concentrés dans le Nord-Ouest du pays, tandis que les Fulani (ou Peuls) se trouvent dans le Nord et que les Bétamaribé, communément appelés Somba, peuplent les montagnes de l'Atakora.

Chronologie

Préhistoire

Présence humaine attestée par les fouilles dans le Nord-Ouest du Bénin.

La période précoloniale

Vers les Xe et XIe siècles > fondation d'Ifé au Nigeria par les Yoruba.

1471 et 1536 > premières incursions européennes sur les côtes du Dahomey.

Fin du XVe siècle > création du royaume yoruba de Kétou.

XVIe siècle > arrivée des Bariba au Bénin ; Séro Sykia fonde Nikki.

Fin du XVIe siècle > le clan des Agasuvi (Adja) quitte Tado (Togo) et migre vers l'est où il fonde Allada (1575).

1650-1680 > règne de Houégbadja, fondateur du royaume d'Abomey.

1721 > construction du fort portugais de Ouidah.

1727 > Agadja, roi d'Abomey, s'ouvre un accès à la côte avec la prise d'Allada et Ouidah. Mainmise du royaume d'Abomey sur le commerce des esclaves.

1803 > suppression de la traite par le Danemark.

1818-1858 > règne du roi Guézo à Abomey. Le commerce de l'huile de palme remplace progressivement la traite des esclaves.

1820-1835 > retour et installation des " Brésiliens ", esclaves affranchis qui reviennent en Afrique.

1858-1889 > règne de Glélé à Abomey.

1874-1908 > règne de Toffa à Porto-Novo.

1889 > Béhanzin devient roi d'Abomey.

1890 > deuxième conférence de Berlin sur l'abolition de l'esclavage en Afrique.

1882 > Porto-Novo placé sous protectorat français.

La période coloniale

1892 > début de la bataille d'Abomey.

1894 > reddition à Goho de Béhanzin et création de la colonie du Dahomey et dépendances sous le gouvernorat de Victor Ballot.

1898 > délimitation des frontières entre le Dahomey et le Nigeria avec l'Angleterre.

1897 > insurrection bariba dans le Borgou.

1904 > rattachement de la colonie à l'AOF.

1906 > mort du roi Béhanzin à Alger.

1915-1919 > nouvelle insurrection dans le Borgou et l'Atakora.

1919 > annexion du Togo.

1943 > conférence de Brazzaville.

1956 > loi-cadre Defferre, développement de l'action politique légale au Dahomey.

L'indépendance

4 décembre 1958 > création de la république du Dahomey.

1er août 1960 > indépendance du Dahomey.

31 juillet 1961 > départ des derniers Portugais d'Ouidah.

1961-1972 > période de troubles et d'instabilité politique marquée par plusieurs coups d'Etat.

26 octobre 1972 > coup d'Etat militaire, prise du pouvoir de Mathieu Kérékou.

30 novembre 1975 > proclamation de la république populaire du Bénin, qui fait suite à l'adoption de la doctrine marxiste-léniniste.

26 août 1977 > adoption de la Loi fondamentale.

19-28 février 1990 > tenue de la Conférence Nationale à Cotonou.

27 février 1990 > abrogation de la Constitution de 1977.

12 mars 1990 > Nicéphore Soglo devient chef du gouvernement de transition.

2 décembre 1990 > la nouvelle Constitution du Bénin est adoptée par référendum.

24 mars 1991 > élection de Nicéphore Soglo à la présidence.

Avril 1996 > élection de Mathieu Kérékou à la présidence.

22 mars 2001 > réélection de Mathieu Kérékou à la présidence.

Mars 2006 > élection de Yayi Boni à la présidence.

31 mars 2007 > les élections législatives voient la victoire de la Force Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE).

13 mars 2011 > Yayi Boni est réélu dès le premier tour de l'élection présidentielle en remportant 53,14 % des suffrages. Comme prévu par la Constitution, ce sera son 2e et dernier mandat.

14 octobre 2015 > Décès de Mathieu Kérékou, président de la République du Dahomey puis de la République populaire du Bénin (de 1972 à 1990) et enfin de la République du Bénin (de 1996 à 2006).

20 mars 2016 > L'opposant Patrice Talon est élu président de la République face au Premier ministre sortant (et candidat soutenu par le futur ex-président Yayi Boni) Lionel Zinsou.

6 avril 2016 > Patrice Talon est officiellement investi président de la République à Porto-Novo.

28 juillet 2016 > Décès de Emile Derlin-Zinsou, ancien président de la République du Dahomey entre 1968 et 1969.

1er juin 2018 > Le complexe du W-Arly-Pendjari, à cheval entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger est inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Arrivée des premiers Européens

Vers 1556, les premiers Européens débarquent à Savi (actuelle Savé), capitale du royaume des Xweda (ou Huéda). Les Portugais, les Danois, les Français, les Allemands et les Hollandais négocient avec les rois l'établissement de comptoirs à Ouidah et à Allada. La traite des esclaves commence dès la fin du XVIIe siècle pour faire face aux besoins de main-d'oeuvre apparus sur le continent américain. Ce commerce, pratiqué du Ghana au Nigeria, dépeuple progressivement les côtes du golfe de Guinée. Pour détourner à son profit les richesses procurées par la traite, en particulier une taxe sur l'exportation des esclaves, Agadja (1708-1732), le roi du Danxomè, lance une attaque contre le royaume de Savi, le 7 février 1727. L'armée du Danxomè marche d'abord sur le royaume d'Ardres (Allada) qu'elle annexe en 1724, puis sur Savi, en 1727. Dès lors, le Danxomè s'étend jusqu'à la mer, ce qui permet de commercer directement avec les Européens. La traite négrière sera très développée à Porto-Novo et surtout à Ouidah. Puis, plus tard, les descendants d'esclaves affranchis reviendront au Bénin, où ils développeront un important commerce, parfois même d'esclaves, et construiront les quartiers afro-brésiliens de Ouidah et de Porto-Novo. Entre-temps, des composantes culturelles africaines sont devenues partie intégrante du patrimoine d'Haïti, du Brésil et de Cuba. Le culte vaudou en est l'exemple le plus achevé. L'abolition complète de l'esclavage mettra longtemps à devenir effective, certaines nations privilégiant leurs intérêts économiques. En France, la traite des esclaves est abolie par décret en 1794 pour être rétablie en 1802, par Bonaparte, et elle durera encore jusqu'en 1818, date de son interdiction définitive. De même, le Brésil poursuit clandestinement le commerce des esclaves, après son abolition en 1871.

La traite négrière

L'utilisation d'une main-d'oeuvre servile d'origine africaine est attestée dès l'époque pharaonique. Elle connaît un premier essor lors du développement du commerce avec les pays arabes. Toutefois, au début du XVIIe siècle, ce commerce prend une ampleur considérable. De nouveaux besoins sont nés avec la conquête du Nouveau Monde, où la population locale est largement décimée. Un important commerce triangulaire se met en place entre les ports européens (Londres, La Haye, Nantes, La Rochelle, Lisbonne...), les côtes africaines (la côte des Esclaves au large de l'actuel Bénin, l'île de Gorée face au Sénégal ainsi que les côtes angolaises) et la côte Est du continent américain (de la Louisiane au Brésil). Ce commerce, pratiqué avec la bénédiction de l'Eglise et la collaboration active des monarques africains, se déroule en trois temps. En Europe, les navires négriers sont chargés de pacotille (verroterie, tissus...), mais aussi de fusils. Puis, ils mettent le cap sur la côte des Esclaves. Là, sont achetés les esclaves qui ont été capturés par les guerriers à la solde des monarques qui règnent le long du littoral. Le " bois d'ébène " est alors acheminé vers les côtes américaines, où il est négocié contre des produits tropicaux qui seront, in fine, vendus en Europe et qui rapporteront des bénéfices confortables. On estime à plus de 15 millions le nombre d'hommes et de femmes déportés vers le Nouveau Monde, sachant que pour un esclave capturé, plusieurs personnes étaient tuées lors des razzias à l'intérieur du continent.

Le Danxomé : royaume d'Agbomé

Fondation du royaume d'Agbomè (Abomey). A l'arrivée des premiers Européens, le territoire de l'actuel Bénin était divisé en royaumes et chefferies. De tous ces royaumes, nous nous intéresserons ici à celui d'Abomey, qui a véritablement influencé l'histoire du sud du Bénin, et nous reviendrons, dans la seconde partie du guide, sur les autres royaumes. Le royaume d'Agbomè (ou Abomey), encore appelé Danxomé ou Dan-Homé, est fondé vers la fin du XVIe siècle par Houégbadja (1645-1685), qui a quitté le royaume d'Allada où régnait une autre branche des descendants d'Agusuvi, des Adja originaires de Tado (Togo). Houégbadja met alors en place les bases d'une administration politique et administrative, et affermit son autorité sur les peuples établis dans la région. A la succession de son père, Houessou deviendra le roi Akaba (1685-1708). Il élargira le royaume d'Agbomè jusqu'à l'Ouémé. L'héritier d'Akaba étant trop jeune pour gouverner, son oncle Dossou gouverne à sa place et se fait sacrer roi sous le nom d'Agadja (1708-1732), autrement dit le roi conquérant. Il étend la souveraineté du royaume jusqu'à Ouidah, mettant en place les bases d'un important commerce avec les Européens qui fera la richesse du royaume. Le règne exceptionnellement long de Tegbessou (1732-1774) est marqué par des affrontements avec les Yoruba d'Oyo et les Houéda. Il installe à Ouidah un yovogan chargé des relations avec les Européens. A sa mort, son frère Kpingla (1774-1789) engage les hostilités avec le roi de Porto-Novo, qui a créé un avant-port à Ekpè, concurrençant le commerce d'esclaves de Ouidah. Les guerriers d'Abomey pillent et brûlent la ville. Agonglo (1789-1797), qui succède à Kpingla, entreprend des réformes importantes dans le royaume. Son successeur Adandozan (1797-1818) se distingue en revanche par sa cruauté. Il malmène les Européens de Ouidah et jette en prison Francisco de Souza, un métis brésilien grand commerçant. Aidé par le prince Gakpé, le futur roi Ghézo (1818-1858), de Souza s'échappe et aide à son tour le prince à monter sur le trône. Ghézo sera l'un des plus grands rois d'Abomey. Déployant une stratégie de conquête, il réorganise l'armée pour en faire une structure permanente, comprenant un corps d'amazones (femmes guerrières) qui se distinguent au cours de nombreuses batailles. Il relance les hostilités contre les Yoruba d'Oyo, dont il triomphe à la bataille de Kpanhouignan, en 1821. Durant la guerre contre les Mahi de Savé, deux de ses frères sont capturés et balafrés comme des esclaves. Ghézo attaque alors le Pays mahi et capture plusieurs chefs qui seront étranglés à Abomey, devant la foule. Désormais, son trône repose sur les quatre crânes de ces chefs. Plus tard, il attaque le royaume de Savé, dont le roi Ekotchoni sera décapité. Excellent guerrier, Ghézo se montre aussi sage administrateur. Il développe dans son royaume la culture du palmier à huile ainsi que de plantes importées du Brésil, comme le manioc, le maïs, le bananier, l'oranger et l'arachide. Il instaure une justice équitable et signe un traité d'amitié avec les Français. Ce grand roi succombera à une blessure mortelle qui lui sera infligée par un Yoruba, près de Kétou. Glélé (1858-1889), le fils de Ghézo, accède alors au trône et décide de venger son père en attaquant le royaume yoruba de Kétou, dont il brûle la ville. Glélé laisse les Français s'installer à Cotonou et, dans le même temps, se brouille avec le roi Toffa de Porto-Novo. Quand Jean Bayol, le représentant de la France, tente d'obtenir des garanties à propos de Cotonou et de Porto-Novo, le roi est malade, et il se heurte à une fin de non-recevoir de la part du prince Kondo, le futur roi Béhanzin (1889-1894). A la mort de Glélé, Béhanzin monte sur le trône. Il sera le dernier roi à régner sur le royaume d'Abomey. Plein d'ambition, il engage rapidement les hostilités avec la France. Son yovogan de Ouidah capture des commerçants français et les fait emprisonner à Abomey. La présence française à Cotonou est remise sérieusement en cause. Béhanzin ne tarde pas à attaquer les faubourgs de Cotonou, où il est toutefois mis en échec. Il se lance ensuite sur Porto-Novo. Là, les armées françaises reculent. Pour éviter l'escalade, des émissaires sont dépêchés auprès de Béhanzin afin de négocier un accord de paix. Le roi demande alors un tribut important à la France pour la laisser commercer depuis Cotonou, mais refuse qu'elle maintienne sa présence à Ouidah. A la suite de quoi, les Français se préparent à reprendre la guerre et construisent le wharf de Cotonou destiné au débarquement des troupes.

La bataille d'Abomey. En 1892, les guerriers d'Abomey envahissent les territoires sous protectorat français. Le roi Toffa demande alors assistance à la France, qui dépêche Victor Ballot, lequel est accueilli par des coups de fusil sur la plage de Danko. La guerre reprend. Nommé commandant supérieur des établissements français du Dahomey, le colonel Dodds part à la tête d'une armée de 3 000 soldats. Il débarque en 1892 et envoie une missive à Béhanzin. Celui-ci y répond en libérant les ressortissants français, mais il refuse de retirer ses troupes des territoires qu'il a conquis. Dès le 19 septembre 1892, les Dahoméens attaquent les troupes du colonel Dodds, causant de part et d'autre de nombreuses pertes. Finalement les Français sortent victorieux de la bataille et prennent Abomey, le 17 novembre 1892. Entre-temps, Béhanzin s'est réfugié dans l'arrière-pays avec ses troupes, qui retiennent des mois durant l'armée de Dodds. Puis, le 25 janvier 1894, sur la place de Goho à Abomey, Béhanzin se rend au colonel Dodds. Il est alors exilé, avec quelques-uns de ses proches, à la Martinique puis en Algérie, où il meurt en 1906. Son frère accède au trône d'Abomey, sous le nom d'Agoli-Agbo (1894-1900), mais le pouvoir lui est arraché au bout de six ans de règne. Dès lors, le Dahomey est dirigé par les Français et Victor Ballot est nommé gouverneur de la colonie.

Origine de Dahomey : Dan-Homè

Au temps du roi Houégbadja, vivait dans le voisinage un chef hostile du nom de Dan. Pour s'en débarrasser, Houégbadja envoie son fils Houessou lui demander une parcelle de terre, avec l'espoir de pouvoir le châtier en cas de refus. Or Dan accepte. Houessou construit alors de nombreuses cases sur ses terres pour sa famille, ses amis et, quand il n'a plus de place, il redemande des terres. Furieux, Dan lui tend un piège, mais Houessou, averti par les tam-tams, parvient à l'éviter et revient redemander des terres. Moqueur, Dan lui demande s'il veut construire des maisons dans son ventre. Houessou se fâche, tue Dan et lui enfonce dans le ventre un pieu destiné à soutenir sa case. Cette maison devient Dan-Homè, c'est-à-dire " dans le ventre de Dan ".

Francisco de Souza (1754-1849)

Né au Brésil en 1754, Don Francisco de Souza incarne le passé sombre de la traite négrière. Créole descendant de négrier, lui-même marchand d'esclaves, il joue un rôle de premier plan dans le développement du Danxomé, en organisant le coup d'Etat qui destitue le roi Adandozan, puis comme conseiller à la cour du roi Ghézo, qui le nomme vice-roi (yovogan) de Ouidah. Il entretenait de nombreuses femmes, plus de cinquante, dit-on, aussi on lui attribue la lointaine paternité de tous les dénommés de Souza du Bénin et du Togo.

Dodds envoie une missive à Béhanzin

" Nommé par Monsieur le président de la République au commandement supérieur des établissements français situés sur la côte des Esclaves, je suis arrivé à Cotonou le 28 mai. Mon étonnement a été grand d'apprendre en débarquant que, au mépris du droit des gens, vous déteniez illégalement trois commerçants français à Ouidah et que vous aviez de nouveau violé les engagements librement consentis par vos représentants le 3 octobre 1890, en envahissant le territoire du protectorat français, que vos troupes occupent encore aujourd'hui à Cotonou, à Zablo et dans le Décamé... "

La colonie du Dahomey

Organisation administrative. Créée en 1894 et placée sous l'autorité du gouverneur Victor Ballot, la colonie du Dahomey et dépendances réunit l'ancien royaume d'Abomey, les territoires du Sud déjà occupés et les régions du Nord. Mais, dès 1897, de sérieux troubles déchirent le nord du pays, où les Bariba de Kouandé, Nikki et Kandi prennent les armes contre l'occupant français. Les villes de Kandi et Kouandé sont incendiées. Puis les troupes françaises, qui s'étaient repliées sur Parakou restée neutre, reprennent Nikki et Kandi, et le tracé des frontières fait l'objet d'un accord avec l'Allemagne (1897) et l'Angleterre (1898). En 1915, la révolte gronde parmi la population. Beaucoup d'hommes ont été enrôlés de force dans les armées engagées en Europe, et Bio Guéra, un chef bariba, décide de reprendre les hostilités. Il blesse l'administrateur de Parakou et soulève les villes de Nikki et de Bembéréké, mais il sera finalement capturé et décapité en 1919. Dans l'Atakora, les Somba, avec Kaba à leur tête, se rebellent également contre les Français, et Kaba sera, lui aussi, tué avec ses guerriers, en 1918, alors qu'ils étaient réfugiés dans une grotte.

A partir de 1896, l'administration du Dahomey revêt diverses formes. Les royaumes de Porto-Novo et d'Abomey sont des protectorats. Le nord du pays est divisé en cercles, tandis que Cotonou, Ouidah et Grand-Popo notamment sont des territoires annexés. Dès 1904, la colonie est rattachée à l'Afrique-occidentale française (AOF), dont le gouverneur général réside à Dakar, au Sénégal. Le Dahomey est alors réorganisé administrativement en 8 cercles découpés en cantons et villages, en 13 cercles en 1934 et, enfin, 9 cercles en 1938. Le gouverneur réside à Porto-Novo, d'où il dirige la colonie avec l'aide d'administrateurs français et de quelques Dahoméens. Après Victor Ballot, 23 gouverneurs se succéderont et, à la fin de la Première guerre mondiale, R. Cornevin sera nommé gouverneur du Dahomey et du Togo, annexé à la colonie.

Les missions catholiques. Dès le XVIIe siècle, des missions d'évangélisation du Dahomey sont menées à partir de Ouidah, mais face à la vive réaction des marchands d'esclaves tout-puissants et des " féticheurs " (comme les appelaient alors les missionnaires catholiques), elles échouent. A la fin du XVIIe siècle, les premières implantations catholiques sont réalisées par des esclaves affranchis qui ont quitté le Brésil et se sont établis sur la côte, notamment à Ouidah et Porto-Novo. Sans prêtre et relevant de l'autorité de l'évêché de Goa aux Indes, ils sont tolérés et protégés de l'hostilité des prêtres animistes par le roi d'Abomey, ami des marchands portugais installés à Ouidah. En 1860 est fondée la mission du Dahomey (vicariat apostolique), à l'initiative du séminaire des missions africaines de Lyon. Ce territoire, qui est prélevé sur celui du vicariat des deux Guinée fondé en 1842, englobe toute l'ancienne côte des Esclaves et celle du Bénin jusqu'à Lagos. La farouche hostilité des féticheurs et, plus tard, des rois d'Abomey en guerre contre la France, va marquer, jusqu'à la fin du XIXe siècle, l'oeuvre missionnaire des prêtres catholiques. En 1895, après la guerre du Dahomey (1892-1894), les pères Schenckel et Steinmetz entreprennent un voyage d'exploration du vicariat du Dahomey, dans le sud du pays. Ils assoient durablement les missions sous le protectorat de la France, missions à partir desquelles partiront les éléments fondateurs des nouvelles implantations dans le nord du pays. En 1906, le père Steinmetz est nommé vicaire ; il assurera jusqu'en 1934 l'évangélisation du pays face aux religions animistes et à l'islam venu principalement du Nord. Dans un ultime hommage au travail considérable qu'il a accompli, son nom sera donné, en 1941, à un boulevard de Cotonou. Autres dates marquantes : 1928, ordination du premier prêtre dahoméen à Ouidah et, en 1940, une mission est fondée à Natitingou en Pays somba, scellant l'ultime pénétration du territoire par les missionnaires.

La république du Dahomey. Avec la Constitution de 1946, le pouvoir des gouverneurs diminue et les Dahoméens sont de plus en plus impliqués dans la direction du pays.

La conférence de Brazzaville. En 1943, lors de la conférence de Brazzaville, la France en guerre se penche sur la question des droits des Africains. La création de l'Union française est envisagée en lieu et place de l'empire colonial. En 1946, sont institués le travail libre, le droit de vote, qui n'est pas encore universel, ainsi qu'une représentation démocratique au sein du Parlement français. De 1946 à 1956, le grand conseil de l'AOF (Afrique occidentale française), les assemblées territoriales et nombre de municipalités élues prennent en main les affaires locales. La politique d'association se met en place. En 1956, l'AOF est un territoire de 46 300 km2 qui compte 18,7 millions d'habitants et est divisé en 8 territoires : la Côte-d'Ivoire, le Dahomey, la Guinée, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Soudan français (actuel Mali). Cette année-là est adoptée une loi modifiant en profondeur les relations entre la métropole et les colonies. C'est la Loi-cadre Deferre, qui instaure en Afrique le suffrage universel et dote les territoires d'un régime de semi-autonomie, prélude à l'autonomie interne. Elues par tous les citoyens, les assemblées territoriales ont le pouvoir de nommer les ministres. L'accès aux plus hauts postes de direction est facilité aux Africains. Des collectivités rurales sont mises en place dans les campagnes. L'Etat transfère aux gouvernements des territoires plusieurs de ses prérogatives. Enfin, la loi Defferre crée les conditions légales de l'action politique. Sourou Migan Apithy fonde le parti républicain du Dahomey (PRD), Hubert Maga le Regroupement démocratique dahoméen (RDD) et Justin Ahomadegbé l'Union démocratique dahoméenne (UDD). A l'issue des premières élections à l'assemblée territoriale en 1957, Apithy devient vice-président. Quand la république est proclamée le 4 décembre 1958, Hubert Maga devient Premier ministre et chef du gouvernement, mais le Dahomey fait encore partie de la Communauté française. Il n'accède à l'indépendance que deux ans plus tard, le 1er août 1960. Hubert Maga devient le premier président du Dahomey, tandis qu'Apithy est nommé vice-président. Il forme alors le Parti dahoméen de l'unité (PDU), qui remporte les élections législatives de décembre 1960. Cependant, le Dahomey indépendant est un Etat fragile où la cohésion nationale fait défaut, et une longue période d'instabilité politique va s'ouvrir.

En 1963, des grèves et des manifestations d'étudiants provoquent la chute du gouvernement, qui est confié au colonel Christophe Soglo. En décembre, l'armée remet le pouvoir à Apithy et à Justin Ahomadegbé qui, entre-temps, ont créé le Parti démocratique dahoméen (PDD). Nouveau coup d'Etat militaire, le 22 décembre 1965. Puis, le 17 décembre 1967, de jeunes militaires, dirigés par le commandant Maurice Kouandété et constitués en Comité militaire révolutionnaire, portent l'un des leurs au pouvoir. Celui-ci interdit par décret aux anciens leaders politiques de briguer un mandat électif. En 1968, à l'issue d'élections organisées à la hâte, les militaires nomment le docteur Emile-Derlin Zinsou à la tête de l'Etat. Il n'y reste pas longtemps. Le 10 décembre 1969, il est renversé par les militaires. Appelés à diriger le pays, les leaders historiques Maga, Ahomadégbé et Apithy trouvent alors un terrain d'entente, et instaurent un Conseil présidentiel avec présidence tournante. En mai 1970, Maga forme le premier gouvernement du nouveau régime, mais il doit gérer une situation agitée. Un groupe de militaires tente d'assassiner Paul-Emile de Souza, le garant du régime. Puis vient le tour de Justin Ahomadégbé, qui est investi le 7 mai 1972 comme chef de l'Etat... pour un mandat éphémère.

Le régime marxiste-léniniste

Le 26 octobre 1972, l'armée prend le pouvoir et dissout le Conseil présidentiel ainsi que l'Assemblée nationale. Le commandant Mathieu Kérékou prend la tête du nouveau gouvernement, appelé gouvernement militaire révolutionnaire (GMR). Le 30 novembre, il présente son programme politique qui engage le pays sur une nouvelle voie. Une nouvelle institution est alors créée en 1973 : le Conseil national de la révolution. La formation idéologique et patriotique devient obligatoire. Puis, en 1974, la réforme de l'administration territoriale supprime les structures traditionnelles. Les maires et les délégués se substituent dès lors aux chefs de village, couvents et prêtres animistes. Enfin, le gouvernement adopte officiellement, le 30 novembre 1974 à Abomey, la doctrine du marxisme-léninisme et passe ainsi dans le camp soviétique. En 1975, un parti unique est créé : le Parti de la révolution populaire béninoise (PRPB). La même année, le Dahomey devient la République populaire du Bénin. Les grandes entreprises - banques, assurances et hôtels - sont nationalisées. Le 21 juin 1975, à la suite de l'élimination du ministre de l'Intérieur, les syndicats et les étudiants déclenchent une grève générale qui sera violemment réprimée. De nombreux Béninois se réfugient à l'étranger. Deux ans plus tard, une tentative de coup d'Etat dirigée par la France, avec le soutien du Maroc et du Gabon et menée par Bob Denard, échoue. Le régime se radicalise et, en août 1977, le Conseil national de la révolution adopte la Loi fondamentale qui conforte le règne du parti unique, avec l'instauration d'un système de candidature unique aux élections. L'opinion est muselée, les prisonniers politiques sont internés des années durant à Parakou, sans être jugés. Pour toutes ces raisons, les scores enregistrés aux scrutins organisés en 1979, puis en 1984 dépassent les 90 %, mais la mauvaise gestion des finances du pays et la corruption de l'administration aidant, le pays se retrouve plongé dans une grave crise économique en 1986. Restant malgré tout bien éloigné du modèle dont il s'inspire, le système politique est qualifié avec dérision de " laxisme-béninisme ".

A partir de 1988, les difficultés ne font que s'aggraver. Le régime est soumis à la pression de la rue ainsi qu'à la vindicte des évêques du Bénin. Le président échappe à un complot en mars et à un putsch militaire en juin. Quand une grève générale illimitée est décrétée, en avril 1989, le pouvoir est aux abois. Finalement, le 29 novembre, Mathieu Kérékou décide d'organiser une Conférence nationale réunissant tous les acteurs politiques et des représentants de la société civile, afin de trouver une issue à la crise. La Conférence nationale, la première du genre en Afrique, se tient à Cotonou du 19 au 28 février 1990, sous la présidence de l'archevêque de Cotonou, Monseigneur Isidore de Souza. Elle décide de suspendre la Loi fondamentale en attendant l'adoption de la nouvelle Constitution, qui doit instituer un véritable Etat de droit et autoriser le multipartisme. Les bases de la démocratie et d'une économie libérale sont alors jetées. Nicéphore Soglo est nommé Premier ministre par les participants de la Conférence nationale. Il forme un gouvernement de transition sous la présidence de Mathieu Kérékou, pour appliquer les résolutions de la Conférence nationale. Remettre le pays au travail, restaurer l'autorité de l'Etat, moraliser la vie publique et préparer les élections : telles sont ses missions prioritaires. Un référendum est ainsi organisé le 2 décembre 1990, à l'issue duquel la nouvelle Constitution est adoptée.

Un missionnaire visite sa paroisse à 300 km

" J'arrive dans la matinée à Nikki. J'y trouve un solide noyau de chrétiens. Ces bons chrétiens et l'administrateur insistent pour me garder. J'en profite pour voir les indigènes et leur parler des vérités de notre sainte religion. Mon succès est médiocre, car il y a là beaucoup de musulmans. Semons quand même ; peut-être qu'un jour la semence germera et portera des fruits. "

P. Cousteix, " Mission de Kandi " dans Dahomey, numéro historique et documentaire. Namur, Grands Lacs, 1946.

Le Bénin démocratique

Les élections législatives ont lieu en février 1991. L'assemblée qui sort des urnes compte 64 députés représentant 21 partis politiques. Elle est présidée par Adrien Houngbédji. L'élection présidentielle est l'ultime scrutin de la nouvelle ère démocratique. Organisée le 24 mars, elle est remportée par Nicéphore Soglo, avec 67,7 % des voix. Toutefois une situation économique difficile attend le nouveau gouvernement et, bien que l'aide internationale soit de retour, la population ne perçoit guère les fruits des réformes économiques menées par le président Soglo. Les élections législatives de mars 1995 et présidentielles de 1996 se tiennent ainsi dans un contexte socio-économique difficile, et c'est le gouvernement " Kérékou II ", autrement dit celui d'un Mathieu Kérékou rallié à la cause démocratique et élu président de la République, qui deviendra également Premier ministre, après la démission, en 1998, d'Adrien Houngbédji. Puis l'alternance joue de nouveau aux législatives de 1999, les partis de l'opposition dirigés par Soglo et Houngbédji remportant 38 des 83 sièges que compte le Parlement et devenant la première force politique du pays. Kérékou néanmoins ne s'avoue pas vaincu et brigue un second mandat présidentiel en 2001. Il sort de nouveau vainqueur du scrutin, en recueillant 84 % des voix au second tour, mais c'est une bien curieuse démocratie que l'on a pu voir à cette occasion ! Nicéphore Soglo, le rival de toujours, et Adrien Houngbédji, le président du Parlement, déclarent forfait à l'issue du premier tour qu'ils qualifient de " mascarade ", et Bruno Amoussou, qui se retrouve face à Kérékou au second tour, appelle les électeurs à voter pour... Kérékou.

En mars 2006, Mathieu Kérékou a finalement décidé de quitter la scène politique, la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels. Certes, la tentation a été grande de suivre l'exemple d'autres chefs d'Etat africains, à savoir modifier la Constitution pour rester au pouvoir en sauvegardant les apparences de la légalité. Des pressions notamment de son entourage n'ont pas fait fléchir le vieux Lion. Ainsi, ces élections qui, selon les observateurs internationaux, se sont déroulées dans la légalité, ont vu l'élection de Yayi Boni, candidat " neuf " sur la scène politique béninoise, avec des idées novatrices et une vraie volonté de bousculer l'establishment. Selon Maurice Mahounon, éminent journaliste à l'ORTB, " quelques mois après son élection le bilan est encore mitigé, si ce n'est quelques actions d'éclat, avec l'arrestation d' " intouchables " sous le régime Kérékou, des tentatives vaines de supprimer la vente de carburant de contrebande au bord des routes, et la relance du secteur du coton ". Si le bilan économique de son mandat reste mitigé, la stabilité poilitique du pays a été maintenue. Un point important pour la population béninoise qui l'a réélu dès le premier tour (avec 53,14 % des suffrages exprimés) pour un second mandat, le 13 mars 2011. Un second mandat marqué par une ambiance tendue dans le pays. Yayi Boni soupçonnant ses opposants, l'homme d'affaires Patrice Talon en tête, de vouloir l'atteindre. Boni accuse Talon d'avoir voulu l'empoisonner en 2012 puis d'avoir tenté un coup d'Etat en 2013 depuis Paris (où il est en exil). Après une demande d'extradition de la justice béninoise, Talon bénéficiera de six non-lieux. Dans le même temps, le peuple béninois redoute que Yayi Boni modifie la Constitution pour briguer un 3e mandat et des voix commencent alors à s'élever dans le pays. Une partie de la population se posant des questions sur la réelle avancée démocratique du Bénin. Finalement, Boni sera contraint de respecter la Constitution et Talon va pouvoir revenir au Bénin et se présenter à l'élection présidentielle.

Des élections présidentielles qui vont voir pas moins de 48 candidats sur la ligne de départ ! Après des débats enflammés, c'est sans grande surprise que Lionel Zinsou, le Premier ministre sortant et candidat soutenu par le pouvoir, et Patrice Talon sortent vainqueur du premier tour (avec respectivement 28,43 % et 24,73 % des voix) le 28 février 2016. Si Talon accuse du retard, le soutien du 3e homme Sébastien Ajavon (22,96 % des voix au premier tour) va être décisif et lui permettre d'être élu président de la République au soir du 20 mars. L'homme d'affaires, qui a fait fortune dans le coton, est investi officiellement à Porto-Novo le 6 avril. Un camouflet pour le président sortant Yayi Boni mais surtout une élection qui a été une leçon de démocratie donnée au continent. Deux ans plus tard, en 2018, de très nombreuses réformes on été lancées par le président de la " rupture " et du " nouveau départ " : assainissement des finances publiques, grands projets touristiques, asphaltage des rue dans neuf communes, l'eau potable pour tous d'ici 2021, lutte contre la corruption, etc... Mais pour beaucoup de Béninois, elles tardent à produire leurs effets.

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