Guide de la Manche : Histoire

<p>La statue de bronze de Napoléon Ier à Cherbourg-Octeville.</p>

La statue de bronze de Napoléon Ier à Cherbourg-Octeville.

Préhistoire

Très tôt, le département a plu. La preuve  : les gisements qui attestent d'une présence humaine précoce dans la presqu'île. On a constaté au flanc d'un promontoire des abris, foyers et différentes zones de débitage appartenant à l'Acheuléen. La mer tout à côté donne en effet galets, silex, grès, quartz... indispensables à cette activité. A Fermanville, une industrie d'âge salien présente de nombreux outils sur éclat. De plus, on a découvert un habitat néolithique près d'Herquelle - céramiques ornées, silex taillés -, qui date vers 10 000 ans av. J.-C. Il est à noter que concernant l'âge de bronze, le volume des découvertes liées à cette époque classe le département au deuxième rang français - l'allée couverte funéraire à Bretteville, 17 m de 2 000 ans avant notre ère.

Antiquité

Dans le Cotentin, on a les Unelles. Dans l'Avranchins, ce sont les Abrincates. Mais, en 56 avant J.-C., Titurius Sabinus, lieutenant de César, défait ses troupes gauloises. Le peuple est alors soumis aux lois romaines. Au Ier siècle, on assiste à l'origine du Cotentin. En effet, l'empereur Constance Chlore vient fortifier "  Cosedia  " en la rebaptisant "  Constances  " (Coutances). Jusqu'alors, elle est peuplée des Unelis, une tribu gauloise. L'occupation romaine permet aussi l'essor de cités telles que " Alauna " (Valognes), " Ingena " (Avranches), " Briovera " (Saint-Lô) et " Crociatonum " (Saint-Côme-du-Mont). Ce dernier était le plus vieux chef-lieu gallo-romain et contrôlait le pont sur l'Ouve.
La découverte de vestiges, fondations, tuiles et trésors monétaires, atteste de l'importance de la ruralité. A Alleaume, on découvre jusqu'aux vestiges d'un temple, d'un théâtre ainsi que les ruines d'un vaste bâtiment balnéaire. Vers la fin du IIIe siècle, les invasions germaniques détruisent une partie de la Gaule. " Alauna " (Valognes) est détruite. La région fait alors partie du " Littus Saxonicum ", c'est-à-dire le front de mer germanique. La Manche se trouve alors divisée en trois circonscriptions : Pagus d'Avranches, Pagus Costantini et Pagus Coriovallensis. A Réville, plusieurs nécropoles sont l'objet de fouilles, datant des VIe et VIIe siècles. Un important cimetière barbare, des armes ainsi que des bijoux, plaques, boucles de ceintures sont ainsi révélés.

Moyen Âge

Vers la fin du IVe siècle, le christianisme pénètre la région de l'Avranchin. Après son élection comme évêque d'Avranches, saint Aubert fonde la collégiale du Mont-Saint-Michel, en 708. Evêque de Coutances, de 525 à 565, Saint-Lô laissa son nom à Briovère. Saint Aubert fonde l'abbaye de Nantus, Saint-Marcouf-de-l'Isle. L'évêque de Coutances, saint Fromond, crée quant à lui une abbaye de femmes. Située au Ham, cette dernière est détruite lors des invasions normandes. Le baptistère paléochrétien de Port-Bail, de forme hexagonale, est l'un des seuls exemplaires connus au nord de la Loire. Dès 836, l'incursion des premiers Vikings commence.

Les Vikings. L'irruption des Vikings en Neustrie est vécue comme un choc. L'empire de Charlemagne s'effrite à sa mort. Sa succession est rendue difficile entre ses fils. Toutes ces circonstances rendent les frontières de l'empire carolingien, de plus en plus perméables. Aussi, les assaillants danois, norvégiens et anglo-scandinaves sont terriblement efficaces. Force physique, ruses démoniaques, bateau optimisé : tout est réuni pour leur permettre de semer la terreur et la désolation sur leur passage. Un camp est alors établi sur le territoire nord-cotentinois, à Hague Dike. Leur pénétration semble insurmontable. En 867, le Cotentin est offert aux Bretons. Il passe donc sous le contrôle d'une nouvelle "  aristocratie scandinave  ". S'ensuivent de nombreuses années de combats relayés par de véritables armées, en provenance du Nord et d'Angleterre. Pourtant, après un échec devant Chartres, un chef norvégien banni de son pays, à la tête d'une bande de Danois, accepte de traiter avec Charles le Simple. La Normandie est alors cédée par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911, à Rollon. Le Cotentin et l'Avranchin ne sont concédés, quant à eux, qu'en 933. La Normandie obtient alors ses limites à peu près définitives.

Les Normands. En 945, le duché est officiellement confirmé. Peu à peu, les Vikings s'intègrent à la population tout en épousant leurs coutumes et en mariant leurs filles  ! Au Xe siècle, les "  Normands  " deviennent des "  Francs  ". Hugues Capet accède au trône de France, grâce notamment à l'aide de Richard sans Peur, petit-fils de Rollon. De 1010 à 1035, c'est Robert le Magnifique, petit fils de Richard sans Peur, qui se trouve à la tête du duché. Il inspira la légende de Robert le Diable... Cet homme qui avait soi-disant la capacité de parler avec les fantômes et les démons. Il est aussi le père de Guillaume le Bâtard. Bien sûr, les féodaux se révoltent contre ce dernier qui deviendra " Conquérant ", en 1047. Cependant, l'importance foncière du domaine ducal permet de répartir les terres entre vassaux, les liant ainsi au pouvoir, au profit d'une certaine unité normande. Les ducs de Normandie étendent donc leur autorité sur le Cotentin, aux Xe et XIIe siècles. Une période très importante en terme de développement des campagnes fait suite aux troubles passés. Apparaissent de nouvelles techniques : défrichement, création de villages aux constructions en pierre comme à Pirou  au XIIe siècle, à La Haye-du-Puits, Bricquebec... Les mottes circulaires aux fortifications en bois sont alors remplacées. Les ports de Cherbourg et surtout Barfleur maintiennent la tradition des échanges commerciaux, tandis qu'on extrait le sel sur les côtes du Val de Saire, des Havres de Barneville et de Lessay. La pêche à la baleine, qui fréquente alors la Manche, était florissante sur la côte Est du Cotentin.

Et l'Angleterre. En 1066, on note un autre facteur de prospérité grâce à la présence d'une puissante "  aristocratie d'argent  ". Cette dernière s'est enrichie lors d'expéditions lointaines. Les fils de Tancrède de Hauteville s'installent alors dans le sud de l'Italie. La conquête de l'Angleterre, en 1066, génère de larges distributions de domaines qui contribuent à accroître encore plus le pouvoir de la noblesse. L'Eglise connaît un temps de reconstruction En 1024, l'évêque de Coutances regagne son diocèse, réorganisé par Geoffroy de Montbray, son successeur, de 1048 à 1093. Il fait élever la cathédrale romane de Coutances et favorise la création des abbayes bénédictines : Saint-Sauveur en 1056, Lessay en 1064. Plus tard, on relève les prémontrés de Valognes, les augustins de Notre-Dame-du-Voeu de Cherbourg. L'influence de l'abbatiale de Cerisy-la-Forêt se ressent à Chef-du-Pont, Saint-Côme-du-Mont et Saint-Germain-sur-Ay.

L'époque féodale. Les troupes du roi Philippe Auguste occupent la Manche. En 1024, elle est rattachée au royaume de France, à l'exception des îles anglo-normandes, propriété de la couronne d'Angleterre. Saint Louis est bien reçu en 1256 à Coutances, Cherbourg, Avranches et au Mont-Saint-Michel. Il se rend à Saint-Lô, en 1269, lors d'un second voyage. De nombreux chantiers sont en cours à ce moment là : les abbatiales de la Lucerne, de 1164 à 1178 et de Mortain, l'abbatiale d'Hambye, inspirée des cathédrales du Mans et de Bourges. Sous l'impulsion de l'évêque Hugues de Morville, la cathédrale romane de Coutances est entièrement rhabillée.  Deux grandes tours, très élancées, sont érigées. L'audacieuse et incomparable tour-lanterne, centre véritable de la cathédrale, perpétue la tradition de ces tours à l'architecture normande. Celle de Coutances reste la plus belle et la plus originale de toutes celles qui sont élevées, au XIIIe siècle, sur le sol normand. Plus célèbres encore, les travaux considérables entrepris à l'abbaye du Mont-Saint-Michel. En effet, ils ont permis de construire trois étages superposés sur le flanc de la colline. Ajouté à cela un réfectoire, une salle des hôtes ainsi qu'une salle des chevaliers. Un cloître est construit de 1225 à 1228. Tous ces bâtiments forment un ensemble unique, connu à juste titre sous le nom de "  Merveille  ". Elevée en vingt-cinq ans, elle s'achève sous la direction de l'abbé Raoul de Villedieu.

La guerre de Cent Ans. La guerre de Cent Ans fait suite aux épidémies de famine et de peste, au début du XIVe siècle. Elle marque fortement la région. Au début du conflit, Godefroy d'Harcourt, puissant seigneur de Saint-Sauveur-le-Vicomte, prend le parti du roi d'Angleterre. Pendant la seconde partie de la guerre, les Anglais occupent la totalité de la contrée, entre 1418 et 1450. En 1934, Charles le Mauvais, roi de Navarre, s'est vu offrir la plus grande partie du Cotentin, pour compenser de la perte de l'Angoumois. En fait, le Cotentin se prête facilement à un rôle défensif. Les Anglais savent l'exploiter avec efficacité, du débarquement d'Edouard III et de son fils, le Prince Noir, à Saint-Vaast-la-Hougue en 1346, au retour définitif de la place forte de Cherbourg à la couronne de France en 1450. La dernière partie du conflit se caractérise par l'engagement d'une partie de la population, hostile à la présence anglaise. Les partisans des Français, encouragés par la résistance de Louis d'Estouville au Mont-Saint-Michel, se livrent alors à une véritable "  guérilla  " jusqu'à la fin des hostilités, particulièrement dans le Saint-Lois, l'Avranchin et le Mortainais.

La fin du Moyen Age connaît une véritable catastrophe économique et démographique. Les épidémies et les conséquences de la guerre font chuter la population. S'il ne reste rien des fortifications de Carentan, Valognes et Cherbourg, l'importante forteresse de Bricquebec, construite en plusieurs étapes, demeure en place. Il en va de même pour les châteaux de La-Haye-du-Puits et de Saint-Sauveur-le-Vicomte qui sont dotés d'un nouveau donjon carré. Certaines églises sont même dotées de clochers fortifiés comme à Saint-Germain-sur-Ay et Saint-Nicolas-de-Pierrepont, Port-Bail et Barneville, où les tours sont construites. Plusieurs grandes églises urbaines sont rebâties dans un style gothique flamboyant. On note par exemple Notre-Dame de Saint-Lô, ornée d'un célèbre vitrail royal offert par Louis XI, Saint-Malo de Valognes, Sainte-Trinité de Cherbourg et Saint-Pierre de Coutances.

L’histoire du Mont  : une légende devenue merveille

L'évêque d'Avranches, Aubert, voit apparaître l'archange saint Michel. Il décide alors de construire au début du VIIIe siècle un oratoire sur le mont Tombe. Aujourd'hui, il n'en reste malheureusement rien, mais il semble que ce bâtiment de forme circulaire était situé sur une plate-forme sous le sommet du mont. Il pouvait contenir une centaine de personnes.

Dès le début du Xe siècle, cette chapelle se révèle trop petite et de nouvelles constructions sont donc décidées. Une église est édifiée au sommet du mont, composée d'une nef rectangulaire prolongée à l'est d'un choeur plus étroit, et dont l'entrée est au milieu du mur sud. De cette église, rasée lors de la construction de l'église romane, il ne reste que les fondations découvertes en 1908 et dont le tracé a été reporté sur le sol de l'église actuelle. En contrebas à l'ouest, et dans l'exact alignement de l'église, une chapelle remplace l'oratoire d'Aubert. C'est la chapelle Notre-Dame-sous-Terre.

En 966, les pèlerinages se développent. Et le projet d'une nouvelle église abbatiale, voir le jour, encouragée par les très nombreux dons. Le projet est grandiose  : construire à 80 m au-dessus de la mer une église en forme de croix de 80 m de long. Le sommet du rocher ne pouvant supporter que la croisée du transept et les deux premières travées de la nef, le reste de l'église repose sur des soubassements composés de quatre cryptes qui entourent totalement le sommet du mont. L'ensemble constitue une plate-forme à hauteur du sommet, sur laquelle va s'élever l'église abbatiale. La construction débute en 1023 par le choeur, et se fait d'est en ouest. Le monastère et le village seront construits tout autour, accrochés au rocher, suspendus entre ciel et mer.

En fait, la merveille est un ensemble de six salles reparties sur trois étages bâtit entre 1204 et 1228. La construction eut lieu en deux étapes  : suite à l'incendie de 1204, les bâtiments nord du monastère roman dont il ne restait que les murs sont progressivement réparés. L'arrivée de Raoul-des-Iles - abbé de 1212 à 1228 - relance la construction. Le projet est ambitieux  : élever un ensemble composé de trois bâtiments de trois étages chacun et regroupant toutes les fonctions du monastère. De ces trois corps, seuls les deux premiers furent achevés dans un temps record de dix-sept ans - de 1212 à 1228. Le troisième bâtiment devait prolonger vers l'ouest cet ensemble avec une salle de tribunal en bas, une infirmerie au premier et une salle du chapitre en haut. Cette construction, dont les soubassements existent toujours et datent de la première moitié du XIIIe siècle, a été abandonnée en raison d'une réorganisation totale des accès au monastère.

La première dénomination de "  Merveille  " pour désigner cet ensemble de bâtiments date de 1691, dans la description d'un voyageur. Auparavant, c'est l'ensemble du mont qui était qualifié de "  Merveille  ".

De la Renaissance à la Révolution

Renaissance et classicisme. 1532 : le monarque François Ier entreprend un voyage dans la Manche. Il est reçu à Saint-Lô, Hambye, Coutances, Cherbourg et au Mont-Saint-Michel. Cette excursion symbolise grandement le rattachement définitif de la Normandie au royaume de France. Cependant, le répit qui suit la guerre de Cent Ans prend fin avec la Réforme protestante. Elle atteint Avranches, dès 1528. Elle gagne rapidement une partie de la noblesse et de la bourgeoisie, alors que le peuple des campagnes, dans sa grande majorité, est peu touché par les idées nouvelles.

Une histoire de nom. Le mot "  Viking  " signifie "  guerriers de la mer  " ou "  guerriers du Nord  " car ils venaient de là-haut et par les mers. Quant au nom "  Normand  ", il vient des "  gens du Nord  ", autre nom donnés aux Vikings. Après déformation, les " North Men " donne "  normand  ". Au début, une certaine tolérance prévaut. Ainsi, en 1561, les catholiques et les huguenots se partagent l'église Notre-Dame de Saint-Lô. Mais bientôt, les destructions puis les mises à mort se répandent. Les églises et la cathédrale d'Avranches sont alors mises à sac en 1562, puis l'abbaye de Cerisy. Saint-Lô, la cathédrale de Coutances et l'abbaye de Cherbourg sont, elles aussi, saccagées. Deux personnages se retrouvent alors au premier plan : Gabriel, comte de Montgomery, rallié au parti protestant, et Jacques Goyon, baron de Matignon et comte de Torigni. En 1572, la Saint-Barthélemy désorganise le parti protestant. Matignon prend Saint-Lô, en 1574. La même année, Montgomery est exécuté à Paris. Les émeutes se prolongent. De 1636 à 1639, a lieu une forte augmentation de la pression fiscale. La Normandie a la réputation d'être une très riche province où l'impôt est très mal réparti. Par conséquent, on dénote la crise du commerce et de l'industrie. Ajoutées à cela, les épidémies de peste ont lieu de 1619 à 1639. On comprend alors mieux que le projet d'assujettir la Basse-Normandie à la gabelle, dont elle est jusqu'alors exemptée, ne peut qu'exaspérer les populations. La révolte des "  nu-pieds  " débute dans l'Avranchin mais ne dépasse pas Coutances à cause de la répression du pouvoir. Chargé par Richelieu de réprimer toute la province, le chancelier Séguier se rend en personne à Saint-Lô et Coutances. Il y fait exécuter bon nombre de personnes. En 1649, François de Matignon prend le château de Valognes, défendu par Bernardin Gigault de Bellefonds, futur maréchal de France, et met la ville au pillage. A Coutances, l'évêque Claude Auvry met en échec les frondeurs, mais il va se réfugier à la Cour.

De Louis XIV à Louis XVI. Sous le règne du Roi-Soleil, les guerres civiles s'arrêtent et l'on note une certaine stabilisation. Louis XIV souhaite restaurer Jacques II d'Angleterre. En 1692, il fait rassembler des troupes à La Hougue en vue d'un débarquement, sous le commandement du maréchal de Bellefonds. Anne-Hilarion de Costentin, comte de Tourville, est chargé, quant à lui, de l'armée navale. Malgré la victoire remportée devant Barfleur, il ne peut éviter ce qu'on nommera le "  désastre de La Hougue  ". Cependant, le roi conserve son estime à Tourville, seul coupable d'avoir obéi aux ordres reçus. Il le fait maréchal de France. Lors de cette époque de renaissance religieuse, le diocèse de Coutances a des évêques de grande valeur, tel monseigneur de Briroy. A la tête du diocèse d'Avranches, on relève le nom de monseigneur de Péricart. Il soutient un long siège contre les troupes d'Henri IV, et ce n'est que contraint par la force qu'il accepte de reconnaître l'autorité de ce roi. Si les anciennes abbayes sont en déclin, on crée de nouvelles communautés  : capucins à Coutances en 1617, à Avranches en 1618, à Valognes en 1630. Les dominicains sont créés au Mesnil-Garnier en 1619, les pénitents du Tiers-Ordre de Saint-François à Saint-Lô en 1630. L'enseignement est favorisé et le résultat obtenu est remarquable. A la fin de l'Ancien Régime, la population se positionne parmi les plus alphabétisées et les plus instruites de France. La révocation de l'édit de Nantes, en 1685, met en échec le protestantisme, encore très actif à Saint-Lô. Des procès en sorcellerie troublent les populations. Au XVIIIe siècle, une nette amélioration du sort de la paysannerie est constatée. Si la pêche occupe les ports de Barfleur, et Saint-Vaast-La-Hougue, Carteret et Carentan sont en déclin. A Cherbourg, on prépare quelques gros navires de 200 à 300 tonneaux pour les Amériques, en particulier, les Antilles. Du côté de Granville, on arme au long cours, pour la pêche à la morue, sur les bancs de Terre-Neuve. À cette époque, les familles de l'Avranchin émigrent vers la Nouvelle-France. Quant à l'occupation de Cherbourg par les Anglais, en 1758, elle a pour conséquence principale de détruire le port de commerce, achevé peu de temps auparavant. Le duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, confie à Le Couldre de la Bretonnière la charge d'étudier la défense du site. Il propose alors la création d'une digue implantée en pleine mer qui protégera la rade. Ces travaux gigantesques suscitent un engouement général et attirent de nombreux visiteurs. De simple bourgade qu'elle était auparavant, Cherbourg devient une ville. En 1786, Louis XVI décide même d'y venir en personne. Il assiste à l'immersion du neuvième cône, et est accueilli avec ferveur par la population. Néanmoins, une crise profonde vient frapper la région. Aux pluies diluviennes de 1787, succède la sécheresse de 1788 et un hiver très rigoureux, entre 1788 et 1789.

De la Révolution au XXIe siècle

La Révolution. 27 février 1790 : le département de la Manche est créé par décret. Au début, la Révolution est la bienvenue. Mais la crise religieuse se montre déterminante. Il faut noter que les districts de Saint Lô et Cherbourg comptent 59 % d'ecclésiastiques assermentés alors que Mortain n'en relève que 41 % et Avranches 37 %.

1793 : Le représentant Lecarpentier engage des poursuites envers les possibles opposants à la Révolution. En ligne de mire, on trouve notamment les émigrés rentrés en France. A cette époque, les îles anglo-normandes deviennent le refuge de nombreux nobles et ecclésiastiques.
14 novembre 1793 : l'armée vendéenne est battue à Cholet. Elle pénètre à Granville sans parvenir à prendre la ville. La réaction thermidorienne engendre le retour des notables au pouvoir. "  Le Rocher de la Liberté  " reprend son nom - Saint-Lô - et "  Pierre-Ferme  " le sien - Saint-Pierre-Eglise.
1795 : le représentant Dentzel, plus modérateur que Lecarpentier, s'adresse au peuple de Coutances en le mettant en garde contre les chouans. Avranches et Mortain devenant des terres d'élection pour la chouannerie, des affrontements se sont succédé.
Entre 1792 et 1800, ce sont environ 500 habitants de la Manche qui ont été violemment tués ou condamnés.

Napoléon Ier. Durant le Consulat et l'Empire, le département bénéficie d'excellents administrateurs : les préfets Montalivet, Costaz, Bossi. C'est à ce moment que l'assèchement des marais de Carentan est ordonné et il a été effectué par des prisonniers de guerre espagnols.

1811 : Napoléon Ier et l'impératrice Marie-Louise viennent visiter le port militaire de Cherbourg, nouvel arsenal. Son creusement est tout juste ordonné et l'ingénieur Cachin le dirige. Les corsaires granvillais et cherbourgeois sont très actifs. L'un d'eux, François Médard Racine, a même créé et donné son nom au port de Saint-Germain-des-Vaux. Des personnalités marquantes s'imposent pendant cette période, comme Charles François Lebrun. Il fait une très belle carrière, de la fin de l'Ancien Régime à la Restauration. Alors que la mémoire du général Valhubert, mort à Austerlitz, est honorée à Avranches, Bricquebec voit naître un autre grand nom : Jean-François Léonor Le Marois.

De la Restauration au Second Empire. 1826 : la démographie du département est à son apogée. La Manche compte 600 000 habitants ! Ensuite, la population n'a cessé de décroître. Grâce aux travaux du port et de la construction navale, Cherbourg attire les populations du Nord Cotentin. Preuve en est : de 16 147 habitants en 1816, Cherbourg en compte 22 980 en 1845. Une fois l'équipement rénové, le port de Cherbourg compte 11 millions de francs de marchandises importées pour 29 millions d'exportations, de 1816 à 1828.

1858 : Napoléon III et l'impératrice Eugénie viennent célébrer l'achèvement des travaux de la digue et du port militaire. La reine Victoria est reçue avec faste. D'un point de vue politique, la noblesse se rallie plus ou moins au régime. Cependant, il y a des exceptions, et non des moindres, comme Alexis de Tocqueville. À Cherbourg, les idées nouvelles gagnent la population ouvrière, se positionnant favorablement à la Révolution de 1848.

Mais la région a bien d'autres avantages. En effet, il faut souligner la prédominance du secteur agricole, sans cesse en évolution. Certains grands propriétaires se permettent d'innover, notamment avec l'utilisation de la charrue ou en ayant recours à la technique de bonification des terres. A Martinvast vit le général comte du Moncel. Polytechnicien, il dispose d'un domaine de 1 000  hectares fait de terres, de bois, et d'une usine ! Dès 1820, il décide d'y bâtir une ferme. Elle servira de modèle puisqu'elle figure parmi les plus modernes de France.
A Granville, c'est la grande pêche qui connaît un nouvel essor. 77 navires sont recensés en 1840 contre 58 en 1820. Mais attention, on parle de la pêche aux huîtres ! En 1832, 90 bateaux et 700 hommes sont dédiés à la pêche de 59 millions d'huîtres ! Indirectement, cette activité génère environ 700 autres personnes employées, dont des femmes et enfants. Ils sont en charge du triage et du parcage des huîtres.
Dès 1839, Alfred Mosselman révolutionne la navigation fluviale. Canal de Vire et Taute en 1839, canal de la Soulle (de Coutances à la mer) en 1840, il réactive même le port de Carentan, relié à Saint-Lô par bateaux-postes. De son côté, Fontenilliat crée des filatures de coton au Vast. 600 ouvriers au milieu du siècle et, à Gonneville par Séhier, 200 ouvriers.
Malheureusement, le Second Empire voit apparaître de nouvelles difficultés. Cette fois, elles sont d'ordre économique. Malgré cela, cette période reste déterminante puisqu'elle connaît la révolution des transports. Les lignes de chemin de fer Paris-Cherbourg, en1858 et Paris-Granville en 1870 sont ouvertes. Ainsi, elles favorisent l'écoulement des produits. Les conditions de vie du monde agricole s'en trouvent améliorées. L'enrichissement est général !

La IIIe République. Très densément peuplée dans le premier tiers du siècle, la Manche connaît une véritable chute démographique ! Ce phénomène est expliqué par un faible taux de natalité accompagné d'une forte mortalité. À cela vient s'ajouter une forte émigration vers Caen, Rouen et la capitale. L'élevage des chevaux permet la création de haras prestigieux comme Martinvast et Pépinvast, reconnus dans le monde des courses. Lors de la Belle Epoque, de nombreuses coopératives laitières se multiplient, notamment dans la Hague et le Val de Saire. Mais, globalement, la Manche apparaît comme un département à l'industrialisation limitée et éparse.

1914-1918. Peu touchée par la Grande Guerre, du fait de sa position géographique, la Manche le sera néanmoins au niveau de sa population. Pendant cette guerre, 20 538 Manchois sont tués, soit plus de 23 % des mobilisés. Au moment du recensement de 1921, la population départementale chute à 425 512 habitants. Dans l'agglomération cherbourgeoise, les préoccupations sociales sont à l'ordre du jour et l'on s'efforce de combler un retard important en constriusant des cités ouvrières. Le trafic transatlantique, quant à lui, reste très florissant. Afin de répondre aux exigences de cette activité, l'ingénieur Minard dirige le creusement d'un port en eau profonde. Il rend ainsi possible l'accès permanent des navires. Parallèlement, on procède à la mise en chantier d'une vaste gare maritime.

La Seconde Guerre mondiale. Le second conflit mondial constitue une coupure radicale dans l'histoire de la Manche. Lors de l'offensive de 1940, les défenseurs tentent de s'opposer à la rapide avancée allemande, mais en vain. On s'efforce d'opérer un maximum de destructions possibles. Mais, le 19 juin 1940, Rommel prend la place de Cherbourg. A l'automne 1942, les côtes voient fleurir de nombreux blockhaus, dans le cadre du "  Mur de l'Atlantique  ". Le but de cette entreprise d'envergure ? S'opposer à toute tentative de débarquement. La pose de mines sur le rivage complète d'ailleurs ces barrages. Malgré ces efforts, les forces alliées parviennent à pénétrer sur le sol français.

Le Débarquement. Dès la première défaite de l'Europe face à Hitler, on commence à réfléchir à la possibilité de débarquer en France. Cependant, ce n'est qu'à l'entrée en guerre des Etats-Unis qu'on approfondit le sujet. Un premier plan, le plan "  Cossac  " reçoit l'aval de Churchill pour l'Angleterre et de Roosevelt pour les Etats-Unis. Ce plan prévoit non pas une invasion sur les côtes du Pas-de-Calais, du fait du grand nombre des forces ennemies, mais il imagine une invasion sur les côtes du Calvados... Jusqu'au bout, on fait croire aux Allemands que le débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais et on se donne les moyens d'entretenir cette certitude. Cependant, ce n'est qu'en 1943 que la décision définitive d'un débarquement allié sur les plages normandes est actée. D'où la naissance du plan "  Overlord  ". Le général Eisenhower est nommé chef des forces expéditionnaires. Au début, le débarquement est prévu au plus tard pour le 1er mai 1944. Et, il doit avoir lieu entre Grandcamp et Ouistreham. De plus, est lancée l'idée d'une division aéroportée sur Caen. Sur place, le général Montgomery commande les forces, c'est-à-dire lorsque les hommes touchent pied sur le sable, et il réprouve cette répartition. En effet, Il élargit la surface de l'assaut jusqu'au Cotentin et porte à cinq, le nombre des divisions. La date de l'opération est alors fixée, par l'état-major, dans les premiers jours du mois de juin 1944. Pendant l'hiver 1943-1944, en Angleterre, on construit des bateaux aussi divers les uns que les autres mais tous d'une grande utilité pour le débarquement. On bombarde les lignes de chemin de fer françaises et l'opération "  Fortitude  " commence. Elle a pour vocation de faire croire à l'Allemagne que le débarquement a lieu dans le Nord. Et cela fonctionne  puisque le plan de défense allemand reste inchangé ! Initialement prévu au 5 juin 1944, le débarquement est repoussé au jour suivant, c'est-à-dire, le 6 juin, la faute à une météo exécrable. Depuis la veille, on bombarde les dix batteries allemandes qui auraient dû être réduites à néant. Mais les 6 000 tonnes de bombes ne suffisent pas, par manque de précision. Massées en Angleterre, les forces alliées embarquent enfin dans la nuit du 5 au 6 juin. Cette même nuit, trois planeurs atterrissent difficilement à côté du pont de Bénouville. Plus tard, on le nommera " Pegasus Bridge " en l'honneur des hommes de la "  Pegasus Division  ". Deux autres planeurs touchent le sol de Ranville, premier village français libéré. Pendant ce temps, a lieu le massacre de parachutistes, à Sainte-Mère-Eglise. En effet, des troupes aéroportées les ont précédés dans la nuit. Elles ont pour mission de couper les routes d'accès au front de mer et d'isoler ainsi les forces allemandes de leurs renforts. Et voilà, le plus grand débarquement jamais vu a enfin lieu  : 15 000 appareils, 10 000 sorties, 12 000 bombes, 7 000 bateaux et près de 200 000 hommes. Divisées en cinq parties bien distinctes, les plages attendent d'être libérées. Vers 6h30 du matin, le 6 juin, 135 000 hommes se lancent à l'assaut de cinq plages normandes. Aux noms de code Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword, elles se trouvent dans les départements de la Manche et du Calvados. Au soir du 6 juin, les objectifs fixés ne sont pas atteints, mais les Alliés ont réussi à installer une solide tête de pont, en Normandie.

Utah Beach est le secteur le plus à l'ouest du débarquement. Les Américains sont en charge de la zone et doivent prendre Cherbourg le plus rapidement possible. A l'aube du 6 juin, les premiers éclaireurs américains sont parachutés autour de Sainte-Mère-Eglise La 82e division aéroportée du général Ridgway est prise à 4h30. Parallèlement, la 4e division d'infanterie débarque à Sainte-Marie-du-Mont. Les pertes sont importantes et l'avance s'avère difficile. A 4h, les Alliés prennent pied sur les îles Saint-Marcouf, en face d'Utah, et à 5h30, elles sont occupées. Au même moment, 600 hommes se jettent à l'eau pour gagner la plage. Seulement voilà, les troupes ne sont pas débarquées à l'endroit prévu, mais 600 mètres plus au sud. Malgré cette erreur, on décide néanmoins de débarquer tout le monde au même endroit. Le même jour, débutent les bombardements de Valognes, Saint-Lô et Coutances. En deux jours, Saint-Lô en subira cinq vagues successives. Le chef-lieu du département manchois est anéanti. Petit à petit, les hommes progressent à l'intérieur des terres, en direction des dunes de Varaville. Ils ne rencontrent pas de grande résistance de la part des Allemands, mais perdent du temps à la traversée des zones inondées. Aussi, tous les objectifs ne sont atteints. Les Allemands tiennent encore une poche, située au nord des Forges, où doivent atterrir les planeurs. A 15h, toute la 4e division est battue. Au soir du 6 juin, 20 000 hommes et 1 700 véhicules sont débarqués. On ne compte "  que  " 197 victimes.

Et après ce D-Day... Le 14, les positions sont consolidées à Carentan et la prise de Montebourg nécessite de violents combats, du 12 au 19. Valognes est libérée le 21, alors que la capitulation de la garnison de Cherbourg est signée au château de Servigny, à Yvetot-Bocage, le 26 juin. L'arsenal est pris le 27. Dans la Hague, les dernières poches de résistance allemandes cessent le combat le 29. Dès la libération de la presqu'île, reste a conquérir la plus grande partie du département. Les ruines de Saint-Lô sont atteintes le 19 juillet. Trois jours plus tard, débute l'opération Cobra. Une puissante artillerie se trouve appuyée par 2 000 bombardiers et parvient à anéantir les troupes allemandes, entre Saint-Lô et Lessay. Coutances est prise le 28 juillet, et Avranches le 31. Le général Patton dirige la percée d'Avranches, par la 3e armée. C'est la dernière grande offensive américaine que connaît la Manche. Du 3 au 13 août, la bataille de Mortain voit la fin des opérations, après une violente contre-attaque allemande. Au 15 août, la totalité du département est libérée, au terme de sanglants combats et de multiples destructions.

De nos jours

Aujourd'hui, la Manche est un département ambivalent, profondément marqué par la terre, mais qui, peu à peu, se tourne vers la mer qui le borde sur plusieurs centaines de kilomètres. Le déclin agricole progressif depuis de nombreuses décennies est ici moins marqué, et les exploitations sont encore nombreuses. Mais la bordure côtière entre Agon et le Mont-Saint-Michel, démographiquement dynamique, est aussi économiquement en expansion, tirée par le tourisme, des axes de communication routiers efficaces et une position géographique avantageuse. Tout au nord, l'agglomération cherbourgeoise, après des années de marasme, semble mieux se porter, tirée par de nombreux projets industriels, principalement dans le cadre des énergies renouvelables. L'opération de renouvellement urbain, engagée depuis près d'une dizaine d'années, a transformé le visage de la ville, qui s'impose désormais, depuis la fusion avec les communes limitrophes, comme la seule ville d'importance d'un département qui reste constellé de petites villes, chefs-lieux de cantons et bourgades. Outre les sites du débarquement, le reste du département, des marais du centre aux confins sud-est de l'ensemble, est paisible et calme. Difficilement, la Manche vient de repasser la barre des 500 00 habitants, principalement en raison de l'arrivée de retraités, attirés par la faiblesse des coûts de l'immobilier et la tranquillité. Car c'est bien ici l'ambivalence de la Manche : elle a tout pour plaire, mais les plus jeunes n'y trouvent que peu de débouchés, et doivent s'exiler vers Paris et, dans une moindre mesure, Rennes ou Caen.

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