Guide de Macédoine : Histoire

L'histoire de la " République de Macédoine " est récente et compliquée. Récente, puisque le pays existe seulement depuis 1991. Et compliquée car elle s'inscrit dans la continuité d'un passé tumultueux. Cette histoire est aujourd'hui d'autant plus difficile à cerner qu'elle est l'objet d'enjeux politiques contradictoires aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Le récit national est ici un objet brûlant. Les habitants de ce pays ont besoin de se rattacher à une histoire. Oui, mais laquelle ? Selon que l'on soit slave, albanais ou turc, chacun aura sa propre version. Il faut en tout cas se méfier du " macédonisme " qui a pris ces dernières années une ampleur considérable. Né au XIXe siècle, ce courant révisionniste s'est accaparé des personnages et des faits historiques de pays voisins pour créer une identité " slavo-macédonienne ".

Géographie fluctuante. Le pays actuel s'étend sur un petit territoire de 25 000 km2, moins que la Bretagne. C'est aussi beaucoup moins étendu que la Macédoine de l'époque d'Alexandre le Grand qui atteignait environ 70 000 km2, s'étendant sur les territoires actuels de la Serbie, de l'Albanie, de la Bulgarie, de la République de Macédoine et, surtout, de la Grèce.

Histoires parallèles. Ce territoire mouvant se trouve aussi au croisement de nombreux peuples, à la croisée d'innombrables histoires parallèles. Celles des Illyriens, des Molosses, des Péoniens, des Thraces, des Grecs, des anciens Macédoniens, des Romains, des Aroumains, des Goths, des Huns et des Slaves durant l'Antiquité. Puis sont venues s'ajouter celles des Byzantins, des Normands de Sicile, des Arméniens, des Francs, des Albanais, des Mongols, des Bulgares et des Serbes au Moyen Âge. Puis encore, celles des Turcs, des Grecs, des Juifs d'Espagne, des Bosniaques ou des Roms durant la période ottomane. Sans oublier, plus tard, le passage des Sénégalais, des Bretons et des Indochinois de l'armée française d'Orient, des Russes blancs, des Austro-Hongrois, des nazis, des fascistes italiens...

Dénomination floue. Le territoire qui correspond à l'actuelle " République de Macédoine " a longtemps porté d'autres noms ou fait partie d'autres ensembles politiques. Durant l'Antiquité, ce fut l'Illyrie, la Péonie, le royaume de Macédoine, la Macedonia Salutaris et bien d'autres encore. Au Moyen Âge, il existait bien une province byzantine de Macédoine, mais elle se trouvait ailleurs, en Thrace. La région s'appelait alors la Mésie, mais elle fit aussi partie de l'Empire bulgare, puis de la Serbie du Sud et de l'éphémère Empire des Serbes, des Romains et des Albanais. Durant l'époque ottomane, le territoire fut divisé entre le pachalik de Roumélie, le vilayet de Selanik et le sandjak de Monastir. Au XXe siècle, la Banovine du Vardar fut partagée entre le protectorat d'Albanie et l'oblast de Skopje-et-Bitola, avant de devenir quelques jours la République indépendante de Macédoine, puis la République socialiste yougoslave de Macédoine. Depuis son indépendance, le pays est devenu un acronyme : Arym en français, Fyrom en anglais. À l'heure où nous écrivons ces lignes, le pays pourrait encore changer de nom pour s'appeler désormais " République de Macédoine du Nord ".

Chronologie
Chronologie

2500-2000 av. J.-C. Des peuples indo-européens, notamment les Illyriens, ancêtres des Albanais, viennent s'installer sur le territoire de l'actuelle République de Macédoine.

360 av. J.-C. Le roi Macédoine Philippe II renforce son royaume (nord du territoire actuel de la Grèce) et mène un raid dans l'actuelle République de Macédoine.

168 av. J.-C. Paix romaine. Dans la région, les Romains modernisent les villes de Stobi, Heraclea Linkestis et Skupi.

395. Division de l'Empire romain. Le territoire de l'actuelle République de Macédoine fait alors partie de l'Empire d'Orient.

VIe-VIIe siècles. Les Avars, les Slaves serbes et Slavo-Turcs bulgares s'installent dans la région.

886. L'empereur bulgare Boris Ier et saint Clément d'Ohrid fondent l'école littéraire d'Ohrid qui devient le principal centre intellectuel et religieux des Slaves pendant deux siècles.

976-1014. L'empereur bulgare Samuel Ier étend son territoire et installe sa capitale à Ohrid.

1018. Retour des Byzantins pour deux siècles.

XIVe siècle. Domination serbe.

1395. Début de la période ottomane.

1689. Insurrection bulgare contre les Ottomans organisée par Petar Karpoš.

12 septembre 1829. Indépendance de la Grèce. Début du réveil des nationalismes dans les Balkans.

3 mars 1878. Indépendance de la Bulgarie qui intègre le territoire actuel de la République de Macédoine.

13 juillet 1878. Le traité de Berlin revient sur le tracé des frontières de la Bulgarie. La Macédoine géographique est restituée à l'Empire ottoman.

23 octobre 1893. Fondation de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédono-andrinopolitaine pour la libération des territoires bulgarophones encore sous domination ottomane.

1903. Dans les régions bulgarophones encore contrôlées par l'Empire ottoman, éclate l'insurrection d'Ilinden. Création d'une république éphémère pendant 10 jours à Kruševo.

28 novembre 1912. Indépendance de l'Albanie.

1912-1913. Seconde Guerre balkanique. La Macédoine géographique est divisée entre la Grèce, la Bulgarie et la Serbie.

1914-1918. Première Guerre mondiale. L'armée française d'Orient et ses alliés combattent sur le front de Macédoine contre les Bulgares, les Allemands et les Austro-Hongrois.

1918-1941. La Macédoine dite " du Vardar " est intégrée au nouveau royaume des Serbes, Croates et Slovènes, renommé royaume de Yougoslavie en 1929. Politique de " serbisation " des populations bulgarophones.

9 octobre 1934. Attentat de Marseille : lors d'une visite officielle en France, le roi de Yougoslavie est assassiné par un militant probulgare de la Macédoine du Vardar.

1941-1945. Deuxième Guerre mondiale dans les Balkans. La Macédoine du Vardar est divisée entre la Bulgarie et l'Albanie, proallemandes. Politique de " re-bulgarisation ". Déportations massives des populations juives.

2 août 1944. Création par les partisans de Tito de la République socialiste de Macédoine, encore occupée par les Allemands, les Bulgares et les Albanais.

19 novembre 1944. Libération de Skopje par les partisans de Tito et les troupes bulgares passées dans le camp allié.

Juillet 1945. Fin de la résistance des troupes profascistes albanaises au Kosovo et dans la région de Tetovo.

29 novembre 1945. Création de la République fédérative socialiste de Yougoslavie avec six entités fédérales dont la République socialiste de Macédoine.

26 juillet 1963. Tremblement de terre à Skopje : 1 000 morts, 3 000 blessés et 120 000 sans-abri.

4 mai 1980. La mort de Tito ouvre des disputes politiques dans la Fédération yougoslave.

8 septembre 1991. La République de Macédoine devient indépendante.

16 février 1994. Début du blocus de la République de Macédoine par la Grèce à propos du nom du pays et du drapeau choisi qui est un emprunt à la culture hellénique.

15 septembre 1995. La République accepte de changer son drapeau. Le blocus grec est levé.

1998-1999. Guerre du Kosovo. Des milliers de réfugiés albanais du Kosovo affluent en République de Macédoine.

Janvier-août 2001. Guerre civile en République de Macédoine, les indépendantistes albanais se soulèvent. En août, l'OTAN, l'ONU et l'UE interviennent. Le même mois, les accords d'Ohrid sont signés, donnant davantage de droits aux Albanais et à certaines minorités.

Janvier 2002. Premier recensement prenant en compte les ethnies.

2005. La Grèce bloque l'entrée de la République de Macédoine au sein de l'OTAN. Mais le Conseil européen reconnaît à la République de Macédoine le statut de candidat à l'adhésion à l'UE.

Août 2006. Victoire des nationalistes du VMRO-DPMNE aux élections législatives, Nikola Gruevski devient Premier ministre.

Novembre 2009. Les habitants du pays n'ont plus besoin de visa pour entrer dans l'espace Schengen.

Novembre-décembre 2010. Négociations avec la Grèce sur la question du " nom ". Athènes fait une concession en acceptant " République de Macédoine du Nord ". Le Premier ministre Gruevski refuse.

Avril-juillet 2011. Recensement de la population annulé pour irrégularités.

2012-2013. Crise politique. L'UE intervient comme médiatrice.

Avril 2014. Élections législatives anticipées : victoire des nationalistes du VMRO-DPMNE, Nikola Gruevski reste Premier ministre.

2015. Crise politique : Nikola Gruevski est poursuivi pour abus de pouvoir, corruption et écoutes illégales, mais il reste au pouvoir. Violentes manifestations. L'UE intervient comme médiatrice.

9-10 mai 2015. Attaque de l'UÇK à Kumanovo : 18 morts, 65 blessés.

18 janvier 2016. Nikola Gruevski démissionne après avoir été Premier ministre pendant dix ans. Mais le VMRO-DPMNE conserve le pouvoir.

Août 2016. Inondations : 22 morts à Skopje et Tetovo.

Décembre 2016. Élections législatives : le VMRO-DPMNE arrive légèrement en tête. La crise institutionnelle se poursuit.

Avril 2017. L'OTAN met la pression sur Skopje et Athènes pour trouver une solution sur la question du " nom ".

Avril-mai 2017. Changement de majorité : les démocrates du SDSM parviennent à former une coalition avec deux petits partis albanais. Zoran Zaev devient Premier ministre. Reprise des négociations avec la Grèce et la Bulgarie.

1er août 2017. Accord historique avec la Bulgarie : après dix-huit ans de négociations, Skopje s'engage à " réexaminer de manière objective l'histoire commune des deux pays " et à reconnaître l'existence d'une " ethnie bulgare " sur son territoire. De son côté, Sofia promet de soutenir la candidature de son voisin à l'UE.

8 février 2018. En signe d'apaisement avec la Grèce, l'aéroport Alexandre-le-Grand est renommé " Aéroport international de Skopje ".

17 juin 2018. Accord historique avec la Grèce, dit " accord de Prespa " : après vingt-sept ans de négociations, Skopje et Athènes s'entendent sur la question du " nom ". Ce sera " République de Macédoine du Nord ".

30 septembre 2018. Référendum sur le nouveau nom du pays : le " oui " l'emporte (91 %), mais le scrutin est invalidé du fait de la trop faible participation (37 %).

18 octobre 2018. Début des négociations officielles pour l'adhésion du pays à l'Otan.

19 octobre 2018. Zoran Zaev parvient à réunir une majorité des deux tiers à l'Assemblée pour modifier la Constitution et changer le nom du pays. Mais le président de la République Gjorge Ivanov (VMRO-DPMNE), soutenu par la Russie, annonce vouloir bloquer le processus.

1er novembre 2018. Les liaisons aériennes entre Athènes et Skopje reprennent après douze ans d'interruption.

12 novembre 2018. Condamné à deux ans de prison pour abus de pouvoir et poursuivi dans d'autres affaires, l'ancien Premier ministre Nikola Gruevski se réfugie en Hongrie.

Préhistoire
Néolithique

Le sud-est des Balkans a été l'un des principaux points d'entrée pour Homo sapiens en Europe, il y a environ 45 000 ans. On retrouve des traces très anciennes des premiers hommes en Bulgarie, en Macédoine grecque ainsi qu'en Thrace grecque et turque. Mais pour l'heure, les recherches tendent à prouver que le territoire de l'actuelle République de Macédoine est resté à l'écart de ces flux. Il semble n'avoir été peuplé par l'homme que très récemment, vers 7000 av. J.-C.

Vrchnik. Ce site du village de Karbinci (près de Štip) abrite le plus ancien lieu habité par l'homme en République de Macédoine, vers 7000 av. J.-C. On y a mis au jour les traces d'une ferme, des haches fines en pierre polie et des pots d'argile. Du fait des similitudes avec le site voisin d'Anzabegovo, cette société du néolithique est appelée " culture de d'Anzabegovo-Vrchnik ".

Toumba Madjari. Près de Skopje, ce site a été occupé entre 6000 et 4200 av. J.-C. Ont été mis au jour une statuette d'une déesse de la Terre-Mère, des traces d'autels religieux et d'habitation, quelques outils en os et des fragments de poteries rondes peintes de motifs blancs. On retrouve ces poteries sur les sites de Veluša et Porodin (près de la frontière grecque). Ce qui vaut à cette société d'être nommée " culture de Veluša et Porodin ".

Kokino. Vers 3800 av. J.-C., les hommes s'installent sur ce site découvert en 2001 près de Kumanovo. Présenté par un archéologue local comme un " observatoire mégalithique ", Kokino est en fait très mal connu. Mais plusieurs autres sites voisins attestent d'une occupation longue de la région, de l'âge de bronze à l'âge de fer.

Protohistoire

Du IIIe au Ier millénaire, le territoire de l'actuelle République de Macédoine devient un couloir de circulation très fréquenté. Des tribus indo-européennes remontent la vallée du Vardar de la mer Égée vers les plaines de Moravie et de Russie. Puis, lorsque ces " invasions " cessent au début de l'âge du fer, vers 1200 av. J.-C, plusieurs peuples s'installent durablement dans la région.

Illyriens. Ces lointains ancêtres des Albanais se sont développés tout au long de l'Adriatique, de l'Albanie à la Slovénie, à partir du IVe millénaire av. J.-C. Les Illyriens pénètrent ensuite vers l'intérieur des Balkans et, via l'actuel Kosovo, ils prennent pied vers 1200 av. J.-C. dans les monts Šar et dans les régions de Tetovo et Skopje. Plusieurs tribus illyriennes comme les Dardaniens et les Enchéléiens coloniseront ensuite tout l'ouest de l'actuelle République de Macédoine.

Thraces. Ce peuple très hiérarchisé est présent dans les Balkans depuis le Ve millénaire avant notre ère. Vers 1200 av. J.-C., les Thraces contrôlent le nord de la République de Macédoine, vers Kumanovo, mais leurs territoires s'étendent bien plus loin : de la vallée de la Morava (Serbie) à l'Asie Mineure en passant par la mer Noire. Ils sont aussi présents en Macédoine grecque, où la tribu thrace des Édoniens est célèbre grâce à son mythique roi Lycurgue. On assimile parfois les Thraces aux Phrygiens (ou Brigiens) d'Asie Mineure, ce qui, dans certains musées locaux, occasionne certains raccourcis hâtifs, comme le fait que les habitants du pays seraient les descendants de la mythique Troie.

Péoniens. Cité par Homère dans L'Iliade, mais très mal connu, ce peuple est tantôt assimilé aux Thraces, tantôt décrit comme thraco-illyrien. Vers 1200 av. J.-C., les Péoniens occupent toute la vallée du Vardar, de Skopje à Thessalonique, et contrôlent également des territoires à l'est de la Bulgarie. Une tribu péonienne en particulier, les Pélagoniens, est présente au sud de l'actuelle République de Macédoine, dans la région de Prilep.

Mycéniens, Ioniens et Grecs. Durant cette période, les peuples hellènes sont peu présents sur le territoire de la République de Macédoine. Mais ils commercent abondamment avec les Illyriens, les Thraces et les Péoniens. En atteste le plus vieil objet précieux du pays, une épée en bronze mycénienne du XIe siècle av. J.-C. découverte près de Tetovo. Quelques tribus grecques s'installent dans la partie ouest comme des colons venus de Thessalie ou des bergers de la tribu des Molosses d'Épire.

Antiquité
<p>Site archéologique de Stobi.</p>

Site archéologique de Stobi.

La République de Macédoine revendique aujourd'hui l'héritage antique d'Alexandre le Grand. Mais c'est trompeur, car l'essentiel du pays actuel n'a jamais fait partie du royaume de Macédoine. Progressivement hellénisé et, dans une moindre mesure, romanisé, ce territoire est resté marqué par la présence de trois peuples : les Illyriens, les Péoniens et les Thraces.

Royaumes illyriens. Depuis le VIIIe siècle av. J.-C., les ancêtres des Albanais s'organisent en dynasties. Au VIe siècle av. J.-C., deux royaumes émergent. Il y a tout d'abord le royaume d'Illyrie qui occupe les territoires actuels de l'Albanie, du Monténégro, du sud de la Croatie et de l'ouest de la République de Macédoine, incluant Ohrid et Tetovo. Il y a aussi le royaume de Dardanie, fondé par la tribu illyrienne des Dardaniens, qui s'étend sur certaines parties du Kosovo, de la Serbie et de la République de Macédoine jusqu'à Scupi (Skopje).

Royaume péonien. Au début du Ve siècle av. J.-C., les Péoniens et les Thraces sont soumis par Darius le Grand, roi des Perses, qui tente d'envahir l'Europe. Une caste de guerriers péoniens se met en place. Ceux-ci participent aux guerres médiques contre les Grecs et fondent une dynastie. Le royaume péonien s'étend alors sur la moitié ouest de la République de Macédoine et à l'est de la Bulgarie. Il rassemble à la fois des Péoniens, des Illyriens et des Thraces. Vers le IVe siècle av. J.-C., une capitale est établie à Bylazora (aujourd'hui Sveti Nikole), puis transférée à Stobi (région viticole de Tikveš) où subsiste l'un des plus importants sites archéologiques du pays.

Royaume de Macédoine. Fondée par Perdiccas Ier de Macédoine vers l'an 600, la dynastie des Argéades règne sur un territoire qui correspond au nord de la Grèce actuelle, de la Chacidique à l'Épire avec, au centre, Pella, la capitale. Le royaume est alors peuplé de tribus grecques et de Thraco-Illyriens hellénisés. Les rois macédoniens ne chercheront jamais à s'étendre vers le nord, sur le territoire de l'actuelle République de Macédoine. Mais au IVe siècle, les Illyriens et les Péoniens lancent des raids contre la Macédoine. Face à cette menace, Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre le Grand organisent deux campagnes militaires. En 358, Philippe II s'empare de Stobi et soumet le royaume péonien. En 335, c'est au tour d'Alexandre de lancer une expédition contre le royaume de Dardanie. Ces victoires ne se traduiront pas par des annexions. La Dardanie et la Péonie resteront des États semi-indépendants qui s'ouvriront à la culture grecque, mais sans toutefois faire partie de la Macédoine. Seule une petite portion de l'actuelle République de Macédoine, autour de Bitola et des lacs Prespa, sera réellement intégrée au royaume. Une fois la " frontière péonienne " sécurisée, Philippe et son fils se tourneront vers leurs véritables objectifs : les cités de la Grèce du Sud, puis l'Empire perse. Après la mort d'Alexandre le Grand (323), le royaume de Macédoine et ses possessions grecques perdureront jusqu'à l'arrivée des Romains au IIe siècle av. J.-C.

République romaine. La plus grande partie de l'actuelle République de Macédoine est conquise à partir de 146 av. J.-C. La zone sud connaît un fort développement avec la création de la via Egnatia qui relie Rome à Byzance via le port de Dyrrachium (aujourd'hui Durrës, en Albanie). Le long de cet axe émergent deux villes : Lychnidos (Ohrid) qui est rattachée à la province d'Illyrie (Albanie actuelle) et Heraclea Lyncestis (Bitola) qui appartient à la province de Macédoine (nord de la Grèce) avec Thessalonique comme métropole. Si le sud des Balkans demeure marqué par une forte culture hellénique, c'est aussi à peu près à la même période qu'apparaît le peuple aroumain, de langue latine.

Empire romain. Le royaume de Dardanie (Serbie et nord de la République de Macédoine) est conquis en 28 av. J.-C. Il est transformé en province de Mésie avec Scupi (Skopje) comme métropole. Cette ville illyrienne se romanise avec l'installation d'anciens légionnaires. Pour faire face aux invasions des Goths, l'empereur Dioclétien réorganise les provinces vers l'an 300 de notre ère. Stobi devient la capitale de la Macedonia Secunda et Scupi, celle de la nouvelle province de Dardanie. La partie ouest de l'actuelle République de Macédoine est quant à elle rattachée à l'Epirus Nova avec Dyrrachium comme chef-lieu. Le christianisme se propage le long de la via Egnatia depuis Thessalonique (capitale de la province de Macedonia Prima) évangélisée par l'apôtre Paul dans les années 50. Lors de la partition définitive de l'Empire romain, en 395, l'ensemble de ces provinces passe sous le contrôle de l'Empire romain d'Orient (Byzance).

Moyen Âge

Le territoire de l'actuelle République de Macédoine restera officiellement byzantin pendant la plus grande partie du Moyen Âge. Mais cette période va être marquée par l'arrivée de nouveaux peuples (Wisigoths, Huns, Avares, Slaves...) et l'émergence du royaume serbe et de l'Empire bulgare.

Nouveaux peuples. Les Balkans échappent rapidement aux Byzantins. Ceux-ci sont incapables de défendre la frontière du Danube, et la vallée du Vardar voit déferler des tribus qui descendent d'Europe centrale vers la mer Égée. Sur le territoire de l'actuelle République de Macédoine, les Wisigoths (IVe siècle) et les Ostrogoths (Ve siècle) s'intègrent aux populations locales de culture gréco-romaine, de religion chrétienne et de langues illyriennes et thraco-illyriennes. Tout change avec l'arrivée des Huns venus d'Asie. Ceux-ci pillent la région en 447, puis repartent rapidement vers l'Europe occidentale. Mais ils ouvrent la voie à leurs peuples vassaux : les Slaves (d'Europe du Nord) et les Avares, Koutrigours et Outrigours (turcophones d'Asie). Jusqu'au début du IXe siècle, les Avares dominent les Balkans et soumettent les autres peuples. Le territoire de la République de Macédoine est alors occupé par des Slaves serbes et par un nouvelle ethnie turco-slave, les Bulgares. La région se déchristianise, la culture gréco-romaine disparaît et seules quelques anciennes tribus illyriennes et aroumaines se maintiennent.

Empire bulgare. Fondé en 681 au bord de la mer Noire, cet immense empire est dirigé par un khan de culture mongole et de langue turque, mais dont les sujets sont principalement slaves et roumains. En 842, le khan Pressiyan Ier s'empare de tout le territoire de l'actuelle République de Macédoine. Les Bulgares de langue slave deviennent dès lors l'ethnie dominante. Les Byzantins enrayent cette extension grâce au christianisme : en 886, les évangélisateurs Cyrille et Méthode obtiennent la conversion du khan Boris Ier. C'est un tournant majeur. Celui-ci choisit l'empereur byzantin Michel III comme parrain et prend le titre de " césar " (tsar). Il fait convertir ses sujets, bâtit des églises et fonde des écoles littéraires en langue slave. L'école d'Ohrid dirigée par saint Clément devient le principal centre intellectuel et religieux du monde slave. Elle assure la propagation de l'alphabet glagolitique (ancêtre du cyrillique) jusqu'en Russie. Un siècle plus tard, le dernier tsar bulgare, Samuel Ier, établit sa capitale à Ohrid. Mais les Byzantins reprennent en main la région en 1018.

Retour des Byzantins. Pendant près de deux siècles (1018-1197), l'Empire romain d'Orient contrôle l'intégralité de l'actuelle République de Macédoine. Un archevêché bulgare est créé à Ohrid, mais celui-ci dépend directement du patriarcat de Constantinople. Dans les années 1081-1083, les Normands de Sicile conduits par Robert Guiscard ravagent la région avant d'aller assiéger Constantinople. Profitant de l'affaiblissement des Byzantins, des princes serbes et bulgares occupent certaines villes. D'autres seigneurs locaux gagnent en autonomie. En 1197, Dobromir Chrysos obtient l'indépendance de la partie orientale avec Prosek (Demir Kapija) comme capitale d'un éphémère État bulgaro-aroumain. L'ensemble du territoire passe ensuite sous le contrôle du second Empire bulgare de 1202 à 1277 avec de brèves périodes d'occupation par les Mongols (alors installés sur le Danube) et les Byzantins.

Royaume serbe. Née en 1166, la dynastie serbe des Nemanjić étend progressivement son royaume au Kosovo, à la Bosnie et à la Dalmatie. À partir de 1277, le roi Stefan Milutin entre en guerre contre les Bulgares et les Byzantins. En 1282, ils règne sur la quasi-totalité des territoires actuels de l'Albanie et de la République de Macédoine. Pendant un siècle, les Nemanjić vont contrôler la région et y ériger les plus somptueuses églises. Le royaume atteint son apogée avec Stefan Dušan. Celui-ci établit sa capitale à Skopje, où il est couronné empereur en 1346. Il étend ensuite son empire au nord de la Grèce. Mais après sa mort (1355), débute une guerre entre les héritiers qui provoque la fin de la dynastie (1371). Les seigneurs serbes de la région finiront par s'allier aux Ottomans. En 1395, ces derniers contrôlent tout le territoire de la République de Macédoine.

Période ottomane

L'Empire ottoman a duré plus de sept siècles et contrôlé le territoire de l'actuelle République de Macédoine de 1395 à 1913. Dirigée par des sultans le plus souvent turcs, cette superpuissance islamique a été fondée en 1281 par Osman (ou Othman), dont le nom a donné " ottoman ". Elle a dû sa longévité à sa capacité à intégrer des peuples de langues et de religions très variées, ce dont témoigne aujourd'hui la mosaïque ethnique qui compose la République de Macédoine.

Organisation de l'espace. L'arrivée des Ottomans s'est faite entre 1350 et 1395 par une série de victoires militaires et d'alliances de circonstance avec des seigneurs chrétiens. Ensuite, le même pragmatisme a été appliqué pour le contrôle du territoire. Au niveau local, la présence ottomane s'est surtout ressentie au travers de l'urbanisme avec la charchia (çarşı en turc, čaršija en slave), dont le nom vient du persan chahârsû (" carrefour "). Ce quartier est conçu comme une étape pour les commerçants itinérants avec une mosquée, des entrepôts et des caravansérails, des échoppes et des ateliers, des fontaines et des bains, parfois un imaret (hospice) et une médersa (école coranique). Cela a profondément modifié l'aspect des villes médiévales. Skopje et Bitola conservent ainsi les meilleurs exemples de charchias des Balkans. Ce sont d'ailleurs ces deux villes qui serviront de capitales aux deux grandes entités administratives créées pour gérer le territoire : les vilayets d'Uskub (Skopje) et de Monastir (Bitola). Pour le reste, les Ottomans interviennent assez peu. Il existe bien des incitations fiscales pour la conversion à l'islam, mais la liberté de culte est respectée. Certaines églises sont transformées en mosquées, mais c'est plus par souci d'économie que pour déplaire aux chrétiens. Ce qui leur déplaît en revanche beaucoup, c'est le pouvoir confié au patriarcat de Constantinople. C'est en effet au clergé orthodoxe grec que revient d'encadrer les communautés chrétiennes, notamment en collectant l'impôt. Et ce qui passe encore plus mal auprès des fidèles, essentiellement slaves, c'est que la liturgie (messe) se fait uniquement en grec. Aussi, si des tensions existent entre chrétiens et musulmans, elles sont encore plus vives entre orthodoxes slaves et grecs.

Mouvements de population. Les débuts de l'ère ottomane ne s'accompagnent pas de grandes modifications démographiques. Mais l'attitude des sultans change après la rébellion chrétienne menée par le seigneur albanais Skanderbeg entre 1443 et 1468 : des villes comme Ohrid sont presque complètement vidées de leur population orthodoxe, contrainte à l'exil, et repeuplées par des colons turcs musulmans d'Anatolie. Cela s'accompagne aussi d'une islamisation des peuples autochtones, en particulier les Albanais, mais aussi des communautés slaves comme les Torbèches, les Pomaks et les Mijaks. L'autre grande évolution intervient en 1492-1497, lorsque les Juifs sont chassés d'Espagne et du Portugal par les rois catholiques. Le sultan Bayazid II prend sous sa protection des centaines de milliers de Séfarades de langue judéo-espagnole qui vont s'implanter dans tout l'Empire, en particulier à Thessalonique et à Sarajevo, mais aussi à Bitola, à Skopje, ou encore à Štip. Troisième " ville juive " des Balkans, Bitola comptera près 20 % d'habitants juifs et jusqu'à neuf synagogues.

Révoltes. À l'exception de rébellion de Skanderbeg (XVe siècle) et de l'insurrection bulgare de Karpoš (1689), les révoltes contre les Ottomans sont peu nombreuses jusqu'au XIXe siècle. Ce sont les Albanais, pourtant réputés proches des Ottomans, qui vont ouvrir les hostilités. En 1843, la région de Tetovo se soulève lorsque les pachas (gouverneurs) albanais sont remplacés par des fonctionnaires turcs. Les Bulgares, eux, prennent les armes à partir de 1878. Cette année-là, le traité de Berlin reconnaît la quasi-indépendance de la Bulgarie, mais sans lui adjoindre la " grande Macédoine ottomane ", qui figurait pourtant dans les premiers projets des diplomates européens. Les Bulgares, qui représentent la majorité des chrétiens de la région, s'indignent. Certains intellectuels d'Ohrid, de Skopje et de Bitola ont pourtant été en pointe dans le combat pour la " Renaissance bulgare ". En 1893, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO) voit le jour pour obtenir le rattachement des Bulgares encore sous domination ottomane à la principauté de Bulgarie. Les komiti (" rebelles ") mènent des actions contre les Ottomans. Mais ils luttent aussi contre des groupes grecs et serbes qui combattent, eux, pour que la Macédoine ottomane soit partagée entre les royaumes de Grèce et de Serbie. Massacres et représailles se succèdent. La VRMO lancera finalement une révolte générale en 1903 qui se traduira par quelques coups d'éclat, dont la création de l'éphémère République de Kruševo. Ces actions feront plus tard l'objet de réinterprétations de la part des historiens et politiciens yougoslaves cherchant à contrer les revendications territoriales de la Bulgarie (un débat toujours d'actualité). Toujours est-il que ce sont les Albanais qui auront le dernier mot. En 1912, ils se soulèvent à travers tous les territoires ottomans. Leur mouvement ne vise pas à l'indépendance, mais à davantage d'autonomie et, surtout, à empêcher le Monténégro de récupérer des territoires albanophones. Toutefois, cette révolte intervient alors que l'Empire est plus faible que jamais. Elle provoquera le déclenchement des guerres balkaniques de 1912-1913, qui elles-mêmes entraîneront le départ définitif des Ottomans des Balkans et la partition de la Macédoine ottomane entre la Grèce et la Serbie yougoslave.

XXe siècle

Le XXe siècle est la période charnière pour comprendre l'actuelle République de Macédoine. Constamment disputé, ce petit territoire est devenu une zone tampon entre les quatre nations voisines : Serbie, Bulgarie, Grèce et Albanie.

Royaume de Serbie

En 1913, à l'issue de la seconde guerre balkanique, la Grèce et la Serbie se répartissent la " Macédoine ottomane ". Le territoire de l'actuelle République de Macédoine devient une province serbe.

Traité de Bucarest. Le 10 août 1913, le traité signé dans la capitale roumaine met fin à la seconde guerre balkanique et organise la division de la " Macédoine ottomane ". La Grèce récupère la moitié sud (51 %), dite " Macédoine de l'Égée " avec notamment Thessalonique. Le territoire de l'actuelle République de Macédoine (38 %), appelé " Macédoine du Vardar ", est rattaché au royaume de Serbie. La Bulgarie ne récupère que la " Macédoine du Pirin " (11 %).

Mouvements de population. Le traité entraîne d'immenses mouvements de population qui sont les premiers exemples de " nettoyage ethnique " à grande échelle dans les Balkans. Environ 1 million de Bulgares de Macédoine de l'Égée sont chassés par les Grecs et trouvent refuge en Bulgarie et en Macédoine du Vardar. Dans le même temps, la Macédoine du Vardar perd les trois quarts de sa population turque. Elle voit aussi arriver des colons serbes, mais les Bulgares sont désormais le premier groupe ethnique de la nouvelle province serbe. Le traité de Bucarest est vécu comme une humiliation par la Bulgarie qui ne renonce pas à ses vues sur la Macédoine du Vardar.

Première Guerre mondiale

De 1915 à 1918, le " front de Macédoine ", le long de la frontière actuelle avec la Grèce, est le deuxième plus grand théâtre d'opérations pour l'armée française.

Occupation bulgare. Dans la région, le conflit est perçu comme la suite des guerres balkaniques. Pour récupérer la Macédoine du Vardar, la Bulgarie se range du côté des puissances centrales. En 1915, elle déclare la guerre à la Serbie, elle-même alliée à la France, à la Russie et à la Grande-Bretagne. L'invasion de la province de Macédoine du Vardar commence le 14 octobre. Pour la population, la guerre est une déchirure : certaines familles se retrouvent avec un fils enrôlé dans l'armée serbe et un autre portant l'uniforme bulgare. Toute la province serbe est occupée par la Bulgarie et ses alliés en décembre et, dès lors, le " front de Macédoine " se fixe le long de l'actuelle frontière avec la Grèce.

Front de Macédoine. L'invasion bulgare vise non seulement à s'emparer de la Macédoine du Vardar, mais aussi à couper la retraite des troupes serbes qui tentent de rejoindre l'armée française d'Orient débarquée à Thessalonique le 5 octobre 1915, après l'échec des Dardanelles. Un total de 400 000 soldats " français ", principalement issus des troupes coloniales (Algériens, Sénégalais, Indochinois...), viendront combattre ici aux côtés des troupes serbes, italiennes, russes, grecques et de celles de l'Empire britannique. Après les sanglantes batailles de Dojran et de Monastir (Bitola) en 1916, puis celle du lac Prespa en 1917, le front est finalement enfoncé en septembre 1918 lors de la " manoeuvre d'Uskub " qui donne lieu à la dernière charge de cavalerie française près de Skopje. Les troupes de l'Entente remontent ensuite rapidement le Danube et pénètrent en Hongrie le 10 novembre. Cette percée oubliée fut un des éléments qui contribua à la signature de l'armistice du 11 novembre.

Royaume de Yougoslavie

De 1918 à 1941, l'actuelle République de Macédoine est une province serbe au sein d'un grand royaume yougoslave. La population, en majorité bulgare et albanaise, doit supporter une politique de " serbisation ".

" Serbie du Sud " et " Banovine du Vardar ". Après la Grande Guerre, la Macédoine du Vardar redevient une province serbe sous le nom de " Serbie du Sud ". En 1919, le royaume de Serbie intègre la nouvelle Yougoslavie, alors appelée " royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes " et renommée " royaume de Yougoslavie " en 1929. La " Serbie du Sud " change quant à elle de nom en 1922 pour devenir la " Banovine du Vardar ".

Serbisation. Tout est mis en oeuvre pour faire disparaître le caractère albanais et, surtout, bulgare de la province. Une politique d'assimilation est lancée : serbisation des noms de famille et des toponymes, expulsion du clergé bulgare remplacé par des prêtres serbes, installation de 10 000 familles serbes et interdiction de l'usage des dialectes bulgares et albanais dans la vie publique. La population tente de résister. Au sein de la minorité albanaise, naissent des bandes armées de kachak (" rebelles " en turc). Côté bulgare, l'ancienne VMRO née en 1878 reprend du service et lance des attaques contre l'armée yougoslave et les colons serbes.

Attentat de Marseille. Le coup le plus célèbre de la VMRO a lieu le 9 octobre 1934. Ce jour-là le roi de Yougoslavie Alexandre Ier et le ministre français des Affaires étrangères sont assassinés sur la Canebière, à Marseille, par Vlado Černozemski. Ce dernier est membre de la VMRO et pense avoir agi pour le rattachement de sa province à Bulgarie. En fait, il a été manipulé par les oustachis croates, qui veulent provoquer la fin de la Yougoslavie. Cet assassinat eut un immense retentissement. Ce fut en effet le premier meurtre d'un responsable politique à être filmé. Mais il aura surtout des conséquences durables et inattendues.

Début d'une conscience " slavo-macédonienne ". La mort du roi entraîne un affaiblissement du royaume de Yougoslavie qui n'osera désormais plus s'opposer aux oustachis soutenus par les nazis arrivés au pouvoir en Allemagne en 1933. L'attentat de Marseille provoque aussi un rapprochement de la Yougoslavie avec la Bulgarie, qui, du coup, rompt tout lien avec la VMRO. Dès lors, les militants de l'organisation commencent à lutter non plus pour un rapprochement avec la Bulgarie, mais pour l'indépendance de la province. C'est à cette période que naît pour la première fois une conscience " slavo-macédonienne ".

Seconde Guerre mondiale

Cet page d'histoire n'est pas la plus glorieuse de l'actuelle République de Macédoine : l'occupation par la Bulgarie et l'Albanie proallemandes est bien perçue par la majeure partie de la population, les actes de résistance sont rares et l'immense majorité de la communauté juive est exterminée sur ordre d'Hitler.

Occupation bulgare et albanaise. Du 6 au 17 avril 1941, l'Allemagne nazie envahi la Yougoslavie. Le royaume est aussitôt démantelé. La Macédoine du Vardar est elle-même coupée en deux : le tiers ouest revient à l'Albanie, alors elle-même sous contrôle de l'Italie fasciste, tandis que la Bulgarie pronazie annexe le reste, renommé " oblast de Skopje-et-Bitola ". Les Bulgares, accueillis en libérateurs, mettent en place une politique de " rebulgarisation " de la langue et des toponymes.

Négociations avec Tito. Alors que des mouvements de résistance émergent rapidement dans le royaume occupé, la Macédoine du Vardar, elle, vit l'occupation comme une libération. Les communistes locaux refusent de prendre les armes contre les troupes bulgares. Ils ne veulent pas non plus dépendre de Tito, mais du PC bulgare clandestin. S'ensuivent deux ans de tractations. En novembre 1943, les partisans de la Macédoine du Vardar se rangent sous les ordres de Tito. En échange, ils obtiennent qu'à l'issue de la guerre leur territoire ait le statut de république fédérale. Ils bénéficient en outre d'une large autonomie avec la création de la NOV (" Armée populaire de libération de Macédoine "). Dans les faits, les partisans de la NOV agiront peu. En particulier, rien ne sera fait pour protéger les populations juives de la province.

Shoah. Chose unique dans l'histoire de la Shoah, en 1942, Hitler a émis un ordre direct pour l'extermination d'une communauté juive d'Europe : " les Juifs de Bulgarie ". Cet ordre vise tous les Juifs vivant dans des territoires sous contrôle de la Bulgarie pronazie et en particulier ceux de Thessalonique, la " Jérusalem des Balkans ". Mais la Bulgarie se retrouve dans une étrange position. D'un côté, elle fait preuve d'une étonnante humanité en épargnant la plus grande partie des 50 000 Juifs vivant sur son sol. De l'autre, elle met tout en oeuvre pour ne pas déplaire davantage à Hitler. Et c'est avec un zèle particulier que les 70 000 Juifs des territoires occupés par la Bulgarie seront ciblés. La Macédoine du Vardar elle-même comptait environ 7 800 Juifs en 1941. Le 11 mars 1943, 7 215 hommes, femmes et enfants des villes de Skopje, Bitola et Štip sont rassemblés à Skopje par des policiers bulgares et des SS allemands. Ils sont envoyés en train au camp de Treblinka (Pologne) où ils sont tous gazés le 26 mars. C'est avec le même acharnement que seront détruites les communautés de Grèce du Nord. À travers les territoires occupés par les Bulgares, plus de 98 % des Juifs sont ainsi assassinés. Avec la Pologne, c'est le taux le plus élevé de toute l'Europe.

Libération. Menacée par l'arrivée de l'Armée rouge, la Bulgarie, jusqu'alors pronazie, change soudain de camp, le 9 septembre 1944. Après de rudes combats en Roumanie, les soldats russes traversent donc rapidement la Bulgarie et entrent en Macédoine du Vardar le 14 septembre. Mais les Soviétiques se heurtent alors aux Allemands qui évacuent la Grèce. Deux mois plus tard, le 19 novembre 1944, les partisans de Tito, avec les Russes, leurs nouveaux alliés bulgares et une participation symbolique de la NOV, sont maîtres de toute la Macédoine du Vardar, à l'exception de Tetovo.

Révoltes. Début 1945, le reste de la Yougoslavie est loin d'être libéré. Le 7 janvier, lorsque les partisans de la NOV reçoivent l'ordre de rejoindre le front, ils se révoltent. Ils refusent d'aller se battre contre les Allemands et leurs alliés oustachis (croates) et tchetniks (serbes). Ils disent vouloir reprendre Thessalonique d'où les habitants bulgares ont été chassés en 1913. La rébellion se propage et, en avril, la NOV est dissoute. L'armée yougoslave doit quant à elle se battre aussi à Tetovo où les forces albanaises fascistes du Balli Kombëtar (Front national) bénéficient d'un large soutien de la population. Les habitants turcs et albanais redoutent un retour des Serbes. La minorité albanaise, en particulier, est très attachée aux écoles en langue albanaise, les premières créées dans la province. Tetovo combattra les partisans jusqu'en avril 1945. Tito s'en souviendra et restera toujours méfiant à l'égard des Albanais et des Turcs de la province.

Fin de la guerre. Les combats en Yougoslavie cessent officiellement le 15 mai 1945, soit une semaine après la capitulation allemande en Europe. Mais des indépendantistes et fascistes albanais se battent jusqu'en juillet 1945 au Kosovo et dans les environs de Tetovo. Le bilan humain est effroyable : sur les 15 millions d'habitants que comptait la Yougoslavie en 1939, on dénombre 1 million de morts, dont 500 000 en Serbie et 200 000 en Croatie. La nouvelle " République socialiste de Macédoine " est, elle, la moins touchée par la guerre. Mais sur les 17 000 morts, près de la moitié sont des civils juifs.

Yougoslavie socialiste

De 1945 à 1991, la " République socialiste de Macédoine " fait partie des six entités fédérales du nouvel État yougoslave, avec les républiques socialistes de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Monténégro, de Serbie et de Slovénie.

Projet d'union balkanique. Dès 1944, la République socialiste de Macédoine occupe une place centrale dans le projet de Tito de créer une " union balkanique " entre la Yougoslavie, l'Albanie, la Bulgarie et la Grèce. Des coopérations se mettent en place avec Sofia et Tirana. C'est aussi par la frontière sud que transite l'aide aux communistes grecs en lutte contre le gouvernement probritannique d'Athènes. Mais comme les grandes puissances se sont entendues sur un découpage de l'Europe à Yalta, Staline ordonne à Tito de plus se mêler de la guerre civile grecque (1946-1949). La Yougoslavie accepte toutefois d'accueillir les communistes grecs et leurs familles qui trouvent refuge en République socialiste de Macédoine. Puis, le 29 janvier 1948, intervient la rupture Tito-Staline. Le rêve d'une union disparaît, et, aussitôt, les frontières se ferment avec la Bulgarie et l'Albanie. La République socialiste de Macédoine se retrouve soudain isolée. Économiquement, elle en paiera longtemps les conséquences.

Création d'une identité " slavo-macédonienne ". La rupture avec Sofia entraîne une " débulgarisation " de la République socialiste de Macédoine. Cela passe notamment par la création d'une nouvelle langue unique : le " macédonien " ou " slavo-macédonien ". Celui-ci est le résultat d'un savant dosage entre le bulgare, les dialectes bulgares de la République et le serbo-croate. L'alphabet qui sert de référence est le cyrillique serbe que l'on modifie légèrement en lui ajoutant trois lettres (Ѓ, Ќ, Ѕ). Pour la langue elle-même, on utilise le dialecte bulgare de la région de Bitola, préféré à celui de Skopje, trop proche du serbe. Pour résumer, certains linguistes décrivent la nouvelle langue comme " du bulgare tapé sur une machine à écrire serbe ". La religion est l'autre outil mis en place pour forger une " identité macédonienne " en rupture avec le passé bulgare. Si Tito lutte contre l'influence des cultes en Yougoslavie, il va permettre la création d'une " Église orthodoxe macédonienne " semi-indépendante dès 1958. Tout cela est critiqué par Sofia. La Bulgarie dénonce le révisionnisme historique (" macédonisme ") qui accompagne ces changements. Les historiens yougoslaves sont en effet mobilisés pour minimiser l'héritage bulgare. De son côté, Athènes redoute que l'accaparement du terme " Macédoine " dissimule une volonté de la Yougoslavie et des communistes grecs qu'elle accueille d'envahir la Macédoine historique située en Grèce. La vieille entente entre les Serbes et les Grecs, ainsi que les nouvelles relations, plutôt amicales, entre Tito et le gouvernement d'Athènes feront momentanément taire ces craintes.

Développement économique et social. Si la République socialiste de Macédoine a été épargnée par les destructions de la Seconde Guerre mondiale, elle souffre d'un manque criant en termes de développement économique et social. Des combinats industriels sont créés à Skopje, Tetovo, Prilep, Veles et Bitola. Mais la République demeure surtout tournée vers l'agriculture : c'est elle qui fournit l'essentiel du tabac et du vin consommés au sein de la Yougoslavie. Il faut aussi mettre en place des structures scolaires, favoriser une presse et une culture nationale, des routes goudronnées, etc. En 1944, la population est illettrée à 64 % et l'ouverture d'écoles est un des premiers objectifs du nouveau régime. Alors qu'il n'y avait que 843 établissements en 1939, il y en a 1 487 en 1951. Les lois communistes permettent mêmes aux enfants des minorités serbe, albanaise et turque d'accéder à un enseignement dans leur langue maternelle. L'illettrisme baisse constamment : en 1953, 40,3 % de la population ne sait pas lire ; en 1988, le chiffre tombe à 10,9 %. Ce résultat est médiocre comparé à celui de républiques riches comme la Slovénie, mais il est meilleur que ceux de la Bosnie-Herzégovine (14,5 %) et du Kosovo (17,6 %). Le réseau ferré créé par les Ottomans et les Bulgares s'améliore progressivement. En 1953, les paysans gagnent le droit de quitter les fermes collectives. Mais la République socialiste de Macédoine restera l'entité fédérale la plus pauvre de l'ensemble yougoslave. Paradoxalement, le tremblement de terre qui détruit Skopje en 1963 va permettre à la République de rattraper son retard. Grâce à l'aide yougoslave et internationale, la capitale et la région se dotent enfin d'infrastructures modernes : hôpitaux, routes, services publics, distribution d'eau et d'électricité, lieux de culture, etc.

Mécontentements. Depuis 1945, la région de Tetovo demeure un foyer d'insurrection. La population, majoritairement albanaise et turque (musulmane), s'intègre mal au nouveau modèle " slavo-macédonien " (orthodoxe) imposé par les autorités socialistes. Elle réclame une meilleure reconnaissance mais aussi le rattachement à la province autonome du Kosovo. En 1957 et 1961, Tetovo est le point de départ de deux révoltes turco-albanaises. La répression qui s'ensuivra provoquera le départ de nombreux habitants albanais vers les États-Unis. Mais surtout, la République voit fuir plus de la moitié de ses habitants turcs vers la Turquie. Alors que ceux-ci étaient 204 000 en 1953 (15,6 % de la population), les Turcs ne sont plus que 78 000 aujourd'hui (4 %). Lors des soulèvements de 1981 et 1989 au Kosovo, Tetovo sera placé en état de siège pour éviter toute " contagion ". En 1989, la République change sa Constitution : elle ne se définit plus comme " l'État du peuple macédonien et des minorités turques et albanaises " mais comme " l'État-nation du peuple macédonien ". En 1990, alors que la Yougoslavie est sur le point d'éclater, 2 000 Albanais de Tetovo descendent dans la rue pour réclamer, cette fois, le rattachement à l'Albanie. Au sein de l'ethnie " slavo-macédonienne " majoritaire dans la République, c'est la tutelle de l'Église orthodoxe serbe qui est remise en cause. Cela avait débouché en 1967 sur la création d'une " Église orthodoxe de Macédoine " autocéphale, c'est-à-dire indépendante du patriarcat serbe. Mais cette autocéphalie n'est, à ce jour, toujours pas reconnue par les autres Églises orthodoxes.

Éclatement de la Yougoslavie. Comme dans toute la Yougoslavie, la République de Macédoine connaît une montée des nationalismes après la mort de Tito (1980). Ici, la crise est attisée par les revendications des Albanais, mais surtout par une situation économique catastrophique : faute d'investissements, le taux de chômage atteint 27 % en 1988, contre seulement 1,7 % en Slovénie, par exemple. Lors des premières élections libres de 1990, les nationalistes slavo-macédoniens du VMRO-DPMNE arrivent en tête et réclament l'indépendance. On craint un temps que l'armée yougoslave contrôlée par les Serbes intervienne. Mais le nouveau président du Parlement, Kiro Gligorov (1917-2012), parvient à négocier un retrait en douceur de la Fédération. La République socialiste de Macédoine sera la seule partie de la Yougoslavie à échapper aux guerres qui secouent les Balkans jusqu'en 1999. Elle proclame son indépendance le 25 janvier 1991.

L'indépendance

Indépendant depuis 1991, le pays est un laboratoire pour les spécialistes du nation building. Mais la construction de cette nouvelle nation a été émaillée par toute une succession de crises internes et externes qui semblent avoir pris fin en 2017 seulement.

1991-2001 : des débuts difficiles

La création de la République de Macédoine se fait dans le contexte des guerres de Yougoslavie et sans transition aménagée avec l'ancien système socialiste. Le nouveau pays est en outre très mal accueilli par la plupart de ses voisins.

Des bases fragiles. S'il échappe aux guerres de Yougoslavie (1991-1999), le pays s'engage sur la voie démocratique sur des bases fragiles. Lors de son indépendance, en 1991, il hérite d'importantes dettes contractées par la République socialiste de Macédoine durant la période yougoslave, d'une économie trop dépendante de celles de l'ex-Yougoslavie, mais aussi de tensions entre communautés. La nouvelle Constitution du pays est en effet calquée sur celle de 1990 qui le définit comme " l'État-nation du peuple macédonien " sans statut pour les minorités qui représentent 40 % de la population. Ce sera modifié en 2001 par l'accord d'Ohrid. Pour le reste, la République de Macédoine demeure, aux yeux de nombreux observateurs, comme un État " non viable " d'un point de vue économique.

Isolement. Sans réelles ressources naturelles et sans accès à la mer ou à un grand fleuve navigable, la République de Macédoine est dépendante de ses relations avec ses voisins. Or, elle a perdu la plupart de ses débouchés naturels avec ceux-ci. Elle n'a repris que récemment des relations économiques avec l'Albanie et la Bulgarie dont elle est restée coupée de 1948 à 1991. Elle a perdu l'accès privilégié au marché yougoslave en particulier pour écouler les ressources de son principal secteur, l'agriculture. Ceci a été aggravé par une série de trois embargos. De 1991 à 1992, la Serbie, encore appelée Yougoslavie, impose un blocus au nouvel État pour tenter de le faire revenir au sein de la Fédération. Puis, de 1992 à 1999, la Serbie est elle-même l'objet d'un embargo décrété par les Nations unies du fait de la responsabilité de Belgrade dans les guerres de Yougoslavie. Pour la République de Macédoine, l'impact est énorme, puisque la Serbie était son principal partenaire économique. Enfin, la Grèce s'oppose à l'usage du nom " Macédoine " et au choix du drapeau du nouvel État. Athènes impose un embargo de dix-huit mois (février 1994-octobre 1995), jusqu'à ce que Skopje renonce à son drapeau reprenant le " soleil de Vergina ", emblème du royaume antique grec de Philippe II de Macédoine. Plus tard, le pays va encore souffrir de nouvelles fermetures de ses frontières liées au conflit yougoslave (1999) et à la " crise des migrants " (2015).

Manque de reconnaissance. En entrant en conflit diplomatique dès sa naissance avec la Grèce, la République de Macédoine s'est non seulement aliéné Athènes, mais aussi de nombreuses institutions internationales dont sont membres la Grèce et des nations soutenant la Grèce. Ainsi, à ce jour, l'ONU, la France, l'Espagne ou l'Albanie ne reconnaissent le pays que sous la dénomination " Ancienne République yougoslave de Macédoine " (Arym). Jusqu'à 2018, l'Otan et l'UE ont bloqué toute possibilité d'adhésion de la République de Macédoine tant que le conflit sur le nom du pays n'était pas réglé. Ce bras de fer avec la Grèce a fait perdre un temps considérable pour le développement du pays, notamment en freinant les investissements. Il ne saurait toutefois faire oublier que la République de Macédoine entretient aussi des amitiés en dents de scie avec la Serbie et la Bulgarie. Ainsi, Belgrade a déjà rompu deux fois ses relations diplomatiques avec Skopje du fait de la reconnaissance du Kosovo par la République de Macédoine. Les relations avec Sofia devraient quant à elles s'améliorer grâce à un accord signé en 2018 après dix-huit ans de blocage. Enfin, c'est avec le Kosovo et l'Albanie que les liens diplomatiques sont les moins mauvais. Mais ces deux pays constituent des partenaires économiques de second ordre comparés à la Grèce, la Serbie et la Bulgarie. Tout cela a contraint la République de Macédoine à nouer de nouvelles " alliances " : tandis que l'Allemagne est devenue le premier partenaire économique, la Russie et, surtout, la Turquie, exercent désormais une influence considérable sur la classe politique du pays.

Insurrection albanaise de 2001

Si le pays a échappé aux guerres de Yougoslavie, il a été secoué par une " miniguerre civile " qui marque un tournant dans sa courte histoire.

Contexte. La situation difficile dans laquelle a évolué la République de Macédoine depuis sa naissance a eu pour conséquence de favoriser le parti nationaliste VMRO-DPMNE. Celui-ci a largement dominé le paysage politique national de 1990 à 2018. Défendant les intérêts de la majorité ethnique, les Slavo-Macédoniens, il a gouverné en s'alliant au Parlement avec différents petits partis représentant la principale minorité, les Albanais. Ces alliances de circonstance n'ont donné lieu à aucune réelle réforme sur la reconnaissance des minorités. Mais elles ont permis de préserver un statu quo jusqu'à la fin des années 1990. Toutefois, le mécontentement des habitants, en particulier des Albanais, est réel. C'est un élément extérieur qui va changer la donne : la guerre du Kosovo.

Guerre du Kosovo. En 1998, au Kosovo, les indépendantistes albanais de l'UÇK (Armée de libération du Kosovo) prennent les armes pour se défaire de la tutelle serbe. La province est alors majoritairement peuplée d'Albanais, mais elle est le berceau historique de la nation serbe depuis le Moyen Âge. S'ensuit une très dure répression engagée par le président serbe Slobodan Milošević. De janvier à juin 1999, l'Otan lance une campagne de bombardements aériens contre la Serbie et l'armée yougoslave (sous contrôle serbe). Cela entraîne le retrait de l'armée yougoslave engagée au Kosovo et le début du processus d'indépendance de la province. Entre-temps, 250 000 civils albanais du Kosovo ont trouvé refuge en République de Macédoine, principalement autour des villes de Skopje et Tetovo. Malgré l'aide internationale, des problèmes d'intégration et d'accueil se posent. D'autant que le pays constitue aussi la base arrière de l'UÇK.

Propagation du conflit kosovar. Les militants indépendantistes kosovars installés en République de Macédoine trouvent alors un écho favorable au sein de la minorité albanaise locale (25-30 % de la population) qui ne se sent pas soutenue, y compris par les partis proalbanais. Une branche locale de l'UÇK voit le jour en 2000, l'UÇK-M. Forte d'environ 6 000 membres, la plupart armés, celle-ci dit vouloir défendre les droits des Albanais de la République de Macédoine mais sans nuire à la stabilité ou à l'intégrité territoriale du pays. Toutefois, certains de ses militants réclament un rattachement des territoires du nord-ouest au Kosovo. En janvier 2001 ont lieu les premiers accrochages avec la police à la frontière avec le Kosovo et l'Albanie. Skopje déclare l'état de guerre, ferme les frontières avec l'Albanie, mobilise des réservistes et déploie 15 000 policiers et militaires (en très large majorité des Slavo-Macédoniens). Une véritable guerre s'engage principalement à Tetovo, mais aussi autour des villes de Gostivar, Skopje et Kumanovo ainsi que dans la région du Mavrovo. Les combats font 75 morts parmi les forces gouvernementales, 63 morts chez les insurgés.

Fin du conflit. En juillet 2001, l'Otan et l'ONU parviennent à imposer un début de négociations. Un cessez-le-feu intervient le 5 juillet. Le 13 août, les belligérants signent l'accord d'Ohrid (lire ci-après). Puis le 26 août, l'Otan déclenche l'opération Essential Harvest (" Moisson indispensable ") avec 4 800 soldats, dont 550 français et 700 britanniques, qui sont chargés de sécuriser les zones de combat et de collecter les armes des militants de l'UÇK-M. Une force de pacification sera maintenue jusqu'en 2003 avec les missions Concordia et Proxima dirigées par l'UE.

De 2001 à nos jours : nationalisme et nouveaux espoirs

Après l'insurrection albanaise, le pays cherche un nouveau souffle économique et social. Mais les tentations nationalistes vont le plonger dans un nouveau conflit, cette fois institutionnel, qui va durer jusqu'en 2017. Toujours fragile, la République de Macédoine semble désormais engagée sur une voie plus constructive.

Accord d'Ohrid. Ce texte a été signé le 8 août 2001 à Ohrid entre les représentants des partis albanais et slavo-macédoniens sous les auspices de l'ONU et de l'UE. Préparé par l'ancien ministre de la Justice français Robert Badinter, l'accord met fin au conflit qui a secoué le pays pendant sept mois. En théorie, il prévoit une représentation ethnique équitable dans les principaux organes du pouvoir et la décentralisation. Subtilité juridique, seule la minorité albanaise est concernée mais sans être nommée dans les accords. L'albanais est reconnu comme langue officielle au côté du slavo-macédonien dans toutes les municipalités qui sont peuplées d'au moins 20 % d'Albanais. L'usage de l'albanais est autorisé au Parlement. Les effectifs de la police doivent comporter au moins 23 % d'Albanais. La Constitution est amendée pour permettre aux députés albanais de s'opposer à toutes les décisions parlementaires concernant leur minorité, si elles sont " adoptées contre leur gré ". Les lois doivent être officiellement écrites en slavo-macédonien et en albanais. Une université albanophone, l'université de l'Europe du Sud-Est, est créée à Tetovo. L'État doit la financer en partie. Si l'accord permet de pacifier le pays, de nombreux points ne sont pas complètement mis en oeuvre et suscitent toujours des tensions entre communautés.

Espoirs déçus. L'accord d'Ohrid suscite enfin un peu d'espoir. En 2002, après une forte récession économique causée par le conflit, la croissance atteint les 5 %. Les démocrates du SDSM arrivent au pouvoir et s'allient à un nouveau parti albanais. Des négociations avec la Grèce s'engagent. Si un accord est trouvé sur le nom du pays, Athènes ne bloquera plus la candidature de la République de Macédoine à l'UE et l'Otan. Par ailleurs, conformément à l'accord d'Ohrid, un recensement est organisé. Sur 2 millions d'habitants, le pays compte 64 % de Slavo-Macédoniens, 25 % d'Albanais, 3,9 % de Turcs, 2,7 % de Roms, 1,8 % de Serbes. Le résultat n'est pas contesté et permet d'accorder une meilleure représentation des Albanais. Mais les autres minorités ne seront quasiment pas prises en compte. En outre, le recensement montre une progression de la proportion des Albanais (25 % contre 22,5 % en 1994) qui inquiète les nationalistes slavo-macédoniens. Dans les années qui suivent, les affaires de corruption minent le pays. En 2006, le parti nationaliste VMRO-DPMNE revient au pouvoir.

Dérive nationaliste. De 2006 à 2016, le chef du VMRO-DPMNE Nikola Gruevski est Premier ministre. Il annonce trois priorités : la lutte contre la corruption, l'adhésion à l'UE et une réforme de la fiscalité pour attirer les investisseurs. Mais aucun de ces dossiers n'avance. Non seulement les relations avec la Grèce se dégradent, mais des tensions naissent avec la Bulgarie, nouvel État membre de l'UE depuis 2008. L'espoir d'entrer dans le club européen s'éloigne à grands pas. Nikola Gruevski se montre de plus en plus autoritaire et agite le risque d'une menace d'éclatement du pays causé par la minorité albanaise. L'économie stagne et le taux de chômage se maintient au-dessus de 20 %. Pour faire oublier ces échecs, Nikola Gruevski lance le grand projet nationaliste " Skopje 2014 " : une marée de statues et monuments inonde le centre-ville, glorifiant un passé remodelé et emprunté à la Grèce, à la Serbie et à la Bulgarie. Fort de son succès aux élections suivantes, il poursuit sur sa lancée. Les scrutins sont toutefois émaillés de soupçons de fraude. Lors du nouveau recensement de 2011, plusieurs organisations représentatives des minorités appellent au boycott et le résultat est annulé. Le pays est régulièrement paralysé par des grèves et manifestations violentes. Plusieurs attaques meurtrières sont attribuées à l'UÇK par le gouvernement, comme celle de Kumanovo qui fait 18 morts en 2015. L'opposition dénonce un manque de transparence. Des scandales de corruption, d'écoutes illégales et de conflits d'intérêt éclatent, aboutissant à une crise institutionnelle à partir de 2013. Plusieurs fois, l'UE doit intervenir comme médiatrice. Enfin, en 2016, Nikola Gruevski accepte de quitter le pouvoir. Poursuivi dans plusieurs affaires, il est condamné en appel à deux ans de prison, mais il s'enfuit en Hongrie en 2018.

Accords historiques. Le départ de Nikola Gruevski ouvre une nouvelle ère. En mai 2017, la nouvelle majorité dirigée par les démocrates du SDSM porte au pouvoir Zoran Zaev. Aussitôt celui-ci relance les négociations avec la Grèce et la Bulgarie. Elles aboutissent à deux accords historiques. En janvier 2018, après dix-huit ans de blocage, un traité d'amitié est signé avec Sofia. Puis, le 12 juin 2018, l'accord de Prespa est signé avec la Grèce. Pour la première fois depuis l'indépendance de 1991, les deux pays sont parvenus à un compromis sur le nom : ce sera la " République de Macédoine du Nord ". Plusieurs obstacles institutionnels sont encore à franchir, mais la reconnaissance officielle par la Grèce semble désormais en bonne voie. L'Otan pourrait accepter le pays comme nouveau membre. Quant à la candidature à l'UE, elle a déjà le soutien de la Bulgarie, et la Grèce pourrait lever son droit de veto.

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