La peinture bouddhique, gardienne de l’histoire thaïlandaise

Pendant de nombreux siècles, la peinture thaïlandaise s’est développée par le biais de la religion bouddhiste, au sein des temples et des palais, dans l’idée qu’elle devait servir à embellir les objets religieux et royaux qui l’entouraient. Ces peintures représentent le plus souvent des contes religieux, la vie de Bouddha et des scènes populaires de la vie quotidienne. Les peintres se servent alors des trois couleurs primaires, du blanc et du noir. Puis, au XIXe siècle, la palette de couleur s’élargit et de nouvelles techniques apparaissent, notamment l’usage de la feuille d’or.

La représentation la plus populaire est sans aucun doute celle du conte Ramakien, une adaptation thaïe du Ramayana (le récit mythologique fondateur de l’hindouisme, écrit il y a plus de 2 000 ans) qui raconte l’histoire d’une guerre entre les hommes et les géants, métaphoriquement de la victoire du Bien contre le Mal. Profondément ancrée dans l’histoire du pays, cette légende est devenue un récit national sacré, qui retrace les différentes phases de la construction de la nation thaïe. Il en existe une version illustrée se situant dans l’incontournable Grand Palais de Bangkok, datant de la fin du XVIIIe siècle (sous le règne de Rama Ier). Les 178 panneaux forment une fresque de 173 mètres de long sur 3 mètres de haut. La lecture se fait de gauche à droite. Une multitude de personnages légendaires peuple ces images pleines de finesse, c’est un véritable chef-d’œuvre, qui en dit long sur l’histoire et l’architecture du pays. À ne surtout pas manquer.

La sculpture bouddhique

L’histoire de la sculpture thaïe se confond avec celle de son architecture et la plupart des œuvres sont réalisées dans un but religieux, les représentations de Bouddha étant les plus nombreuses. La pierre est le matériau le plus courant, mais rien n’est trop beau pour rendre hommage au Sage, et les minéraux et métaux les plus précieux servent aussi pour son culte. Les premières sculptures sont en pierre ou en bronze et représentent les divinités bouddhiques et hindoues, les artistes étant contraints de respecter certaines règles édictées en Inde, berceau des deux religions. On ne sait pratiquement rien sur ces premiers sculpteurs puisqu’aucun nom n’a été laissé sur les œuvres.

La photographie, un art qui se popularise

Si la photographie est arrivée en Thaïlande en 1845, seulement six ans après la création du premier daguerréotype, elle reste jusqu’à la Seconde Guerre mondiale un art réservé à l’aristocratie et aux élites économique et intellectuelle du pays. Pour admirer des archives photographiques historiques de la Thaïlande, rendez-vous à la Chiang Mai House Photography, lieu de référence en la matière. Ce n’est qu’après-guerre que le médium s’ouvre réellement aux citoyens ordinaires, et devient un moyen d’expression artistique au-delà d’un instrument de documentation ou d’information.

Le père de la photographie thaïlandaise est Chitt Chongmankhong (1922-2009), né à Bangkok dans une famille modeste d’immigrants cantonais, et reconnu pour son utilisation novatrice des techniques de chambre noire. Durant sa carrière, il voyage dans toute la Thaïlande pour photographier ses paysages ruraux et urbains, et mettre en valeur ses populations les plus modestes. Mais son travail prend parfois une forme moins classique, s’approchant du collage surréaliste et portant ses interrogations sur la photographie comme médium. Impopulaire au sein de la communauté photographique thaïlandaise dans un premier temps, les nombreux prix internationaux qu’il reçoit lui ont finalement permis de légitimer son travail localement, jusqu’à devenir l’artiste le plus reconnu de cette époque en la matière. 

Aujourd’hui, nombreux sont les photographes thaïlandais à rayonner hors des frontières du pays. Manit Sriwanichpoom et Michael Shaowanasai sont deux figures majeures du genre, et sont représentatifs de l’utilisation contemporaine de ce médium pour explorer des questions politiques, en déconstruisant les représentations visuelles traditionnelles du pouvoir ou en donnant leur voix aux classes populaires et marginalisées.

L’art contemporain thaïlandais, entre tradition et modernité

Aujourd’hui, l’art thaïlandais oscille entre tradition et modernité, la religion occupant une place encore importante malgré de nombreuses évolutions ces dernières décennies. La fin des années 1980 est généralement considérée comme le début de cette période de changement remarquable, qui a atteint son apogée créatif au cours des années 2000 et voit se développer des genres variés, de l’installation à l’art vidéo. Des artistes novateurs se sont alors affirmés en osant rompre avec les styles et les normes traditionnels et proposant de nouvelles approches radicales, tant sur le plan artistique que politique.

L’une des figures les plus importantes de cette période est Vasan Sitthiket, très engagé politiquement, et dont quelques œuvres sont exposées au musée d’Art moderne de la ville de New York. D’autres grands noms de l’art contemporain thaïlandais sont Jirapat Tatsanasomboon, Rattana Salee ou Rirkrit Tiravanija par exemple. En parallèle à cette effusion créative, de nombreux espaces d’art ont émergé, ce qui a fortement contribué à l’établissement d’une certaine unité de la scène contemporaine thaïlandaise. On pense par exemple au Bangkok Art & Culture Centre, au Thailand Creative Design Centre, au MOCA ou à la Bangkok University Gallery. L’activité artistique se concentre principalement à Bangkok, qui cherche à s’affirmer comme un véritable carrefour culturel de l’Asie du Sud-Est avec ses musées, ses galeries et les évènements de l’université Silpakorn, spécialisée dans les arts – sans oublier bien entendu la toute jeune biennale de Bangkok, dont la première édition s’est tenue en 2019. Dans une moindre mesure, de nombreuses galeries d’art se trouvent également à Chiang Mai, qui petit à petit devient aussi la capitale thaïlandaise du street art.

Le Street Art, un nouveau moyen d’expression artistique

Dans un pays où les rassemblements politiques sont interdits, le street art constitue un moyen privilégié d’expression politique pour les artistes, qui tentent par son intermédiaire de faire évoluer les consciences. Très populaire, on le retrouve dans de nombreux lieux de la capitale – véritable galerie à ciel ouvert, qui lui dédie même des évènements officiels. Par exemple, depuis 2013 se tient le festival de street art appelé Bukruk Urban Arts Festival, qui se déroule généralement au mois de janvier et rassemble des artistes du monde entier. La ville leur met à disposition des espaces propres – il ne faut pas hésiter à consulter le plan des manifestations sur le site internet pour découvrir les fresques impressionnantes qui apparaissent à cette occasion. C’est un excellent moyen de découvrir la ville hors des sentiers battus !

Les sites les plus connus du street art à Bangkok sont les sites où a lieu le festival : le quartier Bangrak et Chalerm La Park (graffiti parc), mais il existe de nombreuses autres œuvres dans d’autres quartiers. Pour découvrir les œuvres de Bangrak, il faut partir de la route Charoen Krung, l’une des principales artères de Bangkok (toute première route goudronnée de la ville !), puis explorer les ruelles qui l’entourent, connues pour leur vitalité culturelle. L’allée Charoen Krung Soi 32, située juste après le Centre de création et de design de Thaïlande, est l’une des plus visitées pour ses graffitis ! L’Alliance française est elle aussi active dans le domaine et soutient de nombreux évènements liés au street art dans la capitale, comme le Street-Urban Culture Highlight par exemple – n’hésitez pas à demander leur programme. Parmi les grands noms à retenir du street art local, voici les figures les plus populaires : Headache Stencil, Alex Face, MueBon et Bonus TMC.

Mais Bangkok n’est pas la seule ville thaïlandaise à rayonner dans le domaine : Chiang Mai abrite également des artistes locaux reconnus, comme Sanchai, Mauy, Waris ou Kanaet, pour n’en nommer que quelques-uns. Nombre des fresques de la ville sont le fruit de collaborations entre plusieurs artistes, une particularité de la ville. À l’inverse de ce à quoi on pourrait s’attendre, la vieille ville, où se trouvent la plupart des temples importants ainsi que de nombreux sites historiques, est également un des lieux de prédilection des street-artistes, accueillis avec tolérance par les habitants locaux. Chiang Mai ne fait peut-être qu’une petite fraction de la taille de Bangkok et est avant tout réputée pour son patrimoine historique, mais ne vous y trompez pas : la capitale a de plus en plus de mal à rivaliser avec elle du point de vue du street art !