Guide du R. D. Congo : Histoire

HISTOIRE PRÉCOLONIALE
Transmission de l'Histoire

Les historiens se sont longtemps désintéressés de l'Afrique et du Congo, à cause notamment de la conception réductrice de " sources historiques " reconnue unilatéralement aux documents écrits, et à l'absence ou à la rareté de telles sources au cours de l'histoire précoloniale. En réalité, c'est sur une multiplicité de supports, réels et virtuels, que l'homme a laissé les empreintes de ses aventures... Les traces archéologiques sont les premiers indices qui ont permis de retracer le passé du pays. Parmi les sources verbales, on dispose d'un foisonnement d'éléments oraux (récits, contes, légendes, épopées...) transmis de bouche à oreille depuis des générations.

Il faut attendre les premiers contacts des populations autochtones avec les Européens ou les Arabes pour que l'histoire du Congo commence à être véritablement consignée. Les premiers témoignages récoltés sont les récits de voyageurs comme celui de Duarte Lopez (1591), ou les écrits des premiers missionnaires tels que Matheus Cardoso (1624), Jean François de Rome (1648), Cavazzi da Montecucculi (1654). Suivis par ceux d'explorateurs comme Livingstone, Stanley et d'autres. Mais une part non négligeable de préjugés et d'arrangements caractérisent ces récits, relativisant également leur fiabilité objective... Jusqu'il y a peu d'ailleurs, l'histoire du Congo était écrite uniquement par les Européens et en particulier par les Belges, oubliant même parfois d'autres " pionniers ", tels que les Grecs, les Portugais, les Indiens...

Les premiers historiens et intellectuels congolais commenceront à écrire l'histoire de leur pays bien plus tard. À la lecture de celle-ci, on se rend compte que le Congo précolonial c'est d'abord l'histoire de lignages, de chefferies et de royaumes. Ceux-ci étaient dotés d'institutions et de structures politiques et administratives parfois complexes et qui s'appuyaient sur un ensemble de traditions diverses en fonction des régions du pays.

Première présence humaine

Les fouilles effectuées dans les régions du Katanga, du Kivu et du Kasaï ainsi qu'ailleurs dans le pays, démontrent que la RDC est l'une des plus vielles zones d'habitation de la planète. Deux fragments osseux trouvés à Ishango (au bord du lac Edouard) constituent le vestige du plus ancien système mathématique au monde... Tout cela permet d'affirmer que des hommes vivaient ici depuis la préhistoire, soit 200 000 ans avant notre ère, à la suite probable de l'assèchement de la zone sahélienne et de la pression démographique intense des populations, notamment celles de la Bénoué (Nigeria) qui auraient émigré en direction du sud... Avant d'atteindre les terres congolaises, ces migrants se seraient divisés en deux branches qui prirent des directions différentes : orientale et occidentale.

Les uns suivèrent le fleuve, surtout le rebord de l'immense bassin du Congo. Ils se seraient métissés avec les autochtones pygmées. Ceux installés à l'ouest auraient alors constitué le noyau bantou occidental couvrant tout l'ouest du Congo, le Congo/Brazza et le nord de l'Angola. Ceux qui, à travers les savanes auraient atteint les régions abordant les lacs Kisale et Upemba en empruntant l'artère navigable qu'est le Lualaba (fleuve Congo), auraient alors constitué le noyau bantou oriental. C'est dans cette même région des lacs que des squelettes datant des 7ème et 9ème siècles ont été exhumés à Sanga, et qui se rapprochent beaucoup de ceux des actuels Luba. Il est d'ailleurs à présent avéré que les ancêtres des Luba savaient parfaitement travailler le fer et le cuivre, qu'ils exportaient sous forme de croisettes jusqu'à la côte de l'océan Indien.

D'autres découvertes effectuées aux 12ème et 13ème siècles fournissent également des indications sur l'organisation sociopolitique de la région constituée de chefferies, sortes de petites principautés (royaumes ou empires) plus ou moins autosuffisantes, qui se sont constitués à cette époque, telles que le Royaume Kongo, l'Empire Luba, l'Empire Kuba et l'Empire Lunda. Ces entités sociopolitiques sont entrées en contact avec le monde extérieur vers la fin du 15ème siècle avec l'arrivée des Portugais. À partir de cette époque, ces royaumes vont éclater sous l'impulsion de la traite négrière et l'émergence de nouveaux rapports de force qui déboucheront sur la colonisation.

Royaume Kongo

Le Royaume Kongo est sans doute le plus ancien et le mieux connu des empires et royaumes de la savane. Fondé vers le 13ème siècle, à la même époque que les empires Luba, Lunda et Kuba, il s'étendait de la côte atlantique à la vallée du Kwango et de Nsele. couvrant une partie du nord-ouest angolais et du sud-est du Congo Brazzaville. Sa capitale était Mbanza Kongo, l'actuelle ville de Saõ Salvador en Angola.

En 1482, l'amiral portugais Diego Cão arrive à l'embouchure du fleuve Congo. C'est au cours d'une seconde expédition (1485) qu'il entrera en contact avec les habitants du Royaume Kongo. Et en 1487, il remontera le fleuve jusqu'aux premiers rapides en amont de Matadi. Lors de ces visites, le roi Kongo Nzinga Nkuwu nouera des contacts avec les souverains portugais, espagnol et le pape Innocent VIII. Des traités sont signés pour permettre aux Portugais de s'installer, d'abord sur la côte, ensuite plus profondément à l'intérieur des terres.

Vers 1491, le christianisme est introduit dans le Royaume avec l'arrivée des missionnaires catholiques qui parcourent le territoire. Le roi Kongo Funsu Nzinga Mbemba, rebaptisé Alfonso Ier, est converti au catholicisme et soutient cette évangélisation. À sa mort en 1543, Mbanza Kongo comptait une cathédrale et six églises dont l'église Notre-Dame des Victoires où est enterré le souverain. Pendant un temps, les relations diplomatiques sont au beau fixe entre le Portugal et le Royaume Kongo avec échanges d'ambassadeurs...

Cependant des guerres vont bientôt les opposer à cause de la convoitise des Portugais sur les mines. Entre-temps, la traite des Noirs à destination du Brésil devient la principale activité économique sur la côte. Si au 19ème siècle, ce commerce s'est interrompu sur l'Atlantique, il n'en continuait pas moins à l'intérieur des terres avec des razzias d'esclaves et d'ivoire promulguées par les traitants arabo-swahili originaires de Zanzibar. C'est à cette époque que les Français et les Belges entreprirent la colonisation de cette partie de l'Afrique, se heurtant à la résistance des Kongo farouchement opposés à la pénétration européenne, à la corvée du portage et à la collecte forcée de l'ivoire et du caoutchouc.

Chronologie

13èmè - 15ème siècle : création et organisation des Royaumes et Empires de la savane : Royaume Kongo, Royaume Luba, Empire Kuba, Empire Lunda.

1482-1483 : le navigateur portugais Diego Cão découvre l'embouchure du fleuve Congo.

1580-1625 : des guerres opposent les Portugais aux royaumes indigènes. Traite des Noirs depuis l'Angola et le Bas-Congo à destination du Brésil.

19ème siècle : début des campagnes esclavagistes menées par les Arabo-Swahilis (Tippo-Tip) venus de Zanzibar par l'est (Maniema).

1873-1878 : Stanley retrouve le Docteur Livingstone à Ujiji au bord du lac Tanganyika. Il entreprend ensuite la traversée du continent d'est en ouest et descend le Lualaba (fleuve Congo) avec l'aide de Tippo-Tip jusqu'au Pool Malebo (Kinshasa).

1878-1884 : Stanley explore le Congo et crée plusieurs stations pour le compte du Roi Léopold II de Belgique, dont Stanley Pool (Kinshasa).

1878 : arrivée à Pallabala des premiers missionnaires protestants.

1885 : la Conférence internationale de Berlin consacre le Congo comme état souverain sous la dénomination " Etat Indépendant du Congo " et le proclame propriété personnelle du Roi Léopold II.

1888 : arrivée à Boma des premiers missionnaires catholiques belges (" Pères Blancs ").

Décembre 1891 : le roi M'Siri est tué par le lieutenant belge Bodson. Avec la mort de M'siri s'éteint toute la résistance pour l'occupation du Katanga. Plusieurs expéditions (Bia, Cornet et Francqui) sont montées.

1892 : lancement de la " campagne antiesclavagiste arabe " déclenchée par l'EIC, qui verra la victoire et domination des Belges sur les Arabo- Swahilis dans le centre du pays.

1890-1898 : construction du chemin de fer Matadi-Léopoldville. La première locomotive arrive à Léopoldville (Ndolo) le 16 mars 1898.

1908 : le Roi lègue l'Etat Indépendant du Congo à la Belgique. Le Congo Belge est né.

1914-1918 et 1940-1945 : la Belgique est engagée dans les deux guerres mondiales. Les troupes congolaises de la Force Publique vont combattre sur plusieurs fronts au nom de la mère patrie. Après 1945, le mouvement pour la décolonisation commence à se mettre en place.

1955 : le Roi Baudouin visite la colonie lors d'un voyage historique. Le Professeur Van Bilsen publie le plan de trente ans pour l'émancipation de l'Afrique belge, qui donne naissance en réaction au Manifeste de la conscience africaine (1956) rédigé par un groupe d'intellectuels laïcs réunis autour de l'Abbé Joseph Malula.

1957 : tenue des premières élections municipales à Léopoldville, Elisabethville et Jadotville. Les premiers bourgmestres noirs sont élus, notamment Joseph Kasa-Vubu (Abako) à Léopoldville.

4 janvier 1959 : des émeutes et pillages éclatent à Léopoldville.

20 janvier - 20 février 1960 : la Table ronde pour l'indépendance du Congo se tient à Bruxelles, avec les leaders politiques congolais ainsi et les représentants des chefs traditionnels. La date de l'indépendance est fixée au 30 juin 1960.

24 juin 1960 : Joseph Kasa-Vubu (Abako) est élu Président de la République par le Parlement. Patrice Lumumba (Mouvement National Congolais) occupe le poste de Premier Ministre.

30 juin 1960 : le Roi Baudouin de Belgique proclame à Léopoldville la fin du Congo Belge et l'indépendance du Congo qui devient République du Congo (Léopoldville). Célèbre discours de Lumumba qui fustige la colonisation.

11 juillet 1960 : le Katanga fait sécession avec l'appui de groupes financiers occidentaux. Moïse Tshombe s'autoproclame Président de l'Etat du Katanga.

8 août 1960 : Albert Kalonji, dissident du MNC, entraîne le Kasaï dans la sécession. Il se proclame " Empereur ", le Mulopwe.

5 septembre 1960 : confusion au sommet de l'Etat. Le Président Kasa-Vubu démet le Premier Ministre Lumumba sans l'avis du Parlement. S'adressant au Parlement, le Premier Ministre annonce aussi la destitution du Président de la République. Le commandant en chef des Forces armées, le Colonel Joseph Mobutu neutralise les deux protagonistes et installe le Collège des Commissaires Généraux.

17 janvier 1961 : Patrice Lumumba est assassiné à Elisabethville avec ses compagnons Mpolo et Okito.

1964 : Moïse Tshombe devient premier ministre et forme le gouvernement d'Union Nationale et de Salut Public. Les rébellions mulélistes éclatent à travers le pays. Prise d'otage et massacre d'Européens par les Simba à Stanleyville (Kisangani). Intervention de troupes belges et européennes au cours de l'opération Dragon Rouge du 24-26 novembre.

1er août 1964 : la Constitution dite de Luluabourg est adoptée par référendum. Le drapeau change, le pays devient " République Démocratique du Congo ". Le territoire est subdivisé en 21 provinces.

24 novembre 1965 : sous l'instigation du Colonel Mobutu, le haut commandement militaire prend le pouvoir dans la nuit du 24 au 25 novembre et renverse le gouvernement de Kasa-Vubu. Mobutu s'autoproclame Président de la République.

1966 : l'ancien Premier Ministre Evariste Kimba et trois de ses compagnons sont pendus publiquement à Kinshasa à la suite d'une prétendue tentative de coup d'état contre Mobutu. Ils deviendront les Martyrs de la Pentecôte. La même année, Léopoldville devient Kinshasa.

1967 : la monnaie nationale Zaïre voit le jour. Le Mouvement Populaire de la Révolution est créé par Mobutu le 20 mai après la proclamation du Manifeste de la Nsele. Le MPR devient la seule institution politique du pays jusqu'en 1990. Une nouvelle constitution est adoptée.

1971 : le pays devient République du Zaïre dans le cadre du " recours à l'authenticité " promulgué par Mobutu. Le fleuve Congo prend le nom de Zaïre. Le drapeau et l'hymne national changent également.

1973 : les mesures de zaïrianisation dépossèdent les propriétaires fonciers et commerçants étrangers de leurs biens et activités au profit de nationaux dont la majorité se révèle incapable de bonne gestion. L'économie du pays plonge dans un coma clinique et entame son lent déclin.

1974 : les " Léopards " remportent la Coupe d'Afrique des Nations et participent à la Coupe du Monde de football en Allemagne. En octobre, c'est le " combat du siècle " en boxe entre Georges Foreman et Mohamed Ali organisé à Kinshasa à l'initiative de Mobutu. BB King et James Brown s'y produisent dans le cadre du festival " Zaïre 74 ". Le Zaïre est à son apogée sur la scène internationale.

1977 : la première guerre du Shaba (ex Katanga) éclate. Orchestrée par les ex Gendarmes Katangais exilés en Angola, cette guerre durera 80 jours et causera la perte de nombreuses vies humaines.

1978 : la deuxième guerre du Shaba, dite de " six jours " éclate. 170 Occidentaux sont massacrés à Kolwezi entraînant l'intervention rapide de la légion française et des parachutistes belges qui sautent sur la ville.

1980 : première visite du Pape Jean-Paul II à Kinshasa.

1990 : sous la pression populaire, le Président Mobutu annonce la fin de la deuxième république et décrète le processus de démocratisation des institutions. Une longue période de transition commence dans le sang avec les massacres de l'Université de Lubumbashi. La coopération internationale est suspendue.

1991 : ouverture de la Conférence Nationale Souveraine présidée par Monseigneur Monsengwo.

Septembre 1991 : début de la première vague de pillages à Kinshasa et dans les grandes villes. De nombreux étrangers quittent le pays.

16 février 1992 : la marche des Chrétiens qui réclamaient la réouverture de la Conférence Nationale est réprimée dans le sang par le pouvoir.

janvier 1993 : deuxième vague de pillages. Plus de 2 000 personnes sont tuées, dont l'Ambassadeur de France. Des milliers d'étrangers sont évacués.

1994 : un gouvernement d'union nationale dit de " la troisième voie " est mis en place sous la direction de Léon Kengo wa Dondo.

1996 : les troubles consécutifs au génocide rwandais et à l'invasion dans le pays de milliers de réfugiés rwandais (dont d'anciens génocidaires) éclatent à l'Est. Ce qui déclenche la première guerre du Congo, suite à l'agression du Rwanda et de l'Ouganda portée par les rebelles " tutsis congolais " et de nombreux groupes armés en vue de " libérer " le pays.

1997 : au fil des combats, les troupes de Mobutu abandonnent le terrain et le maquisard et opposant de longue date Laurent-Désiré Kabila s'impose comme leader du camp de l'Alliance des Forces Démocratiques de Libération. Le 17 mai, les troupes de l'AFDL font leur entrée triomphale à Kinshasa et " libèrent " la ville et le pays. Le régime Mobutu tombe, le vieux Maréchal est contraint de prendre le chemin de l'exil et de fuir au Maroc où il mourra des suites d'un cancer le 7 septembre 1997.

17 mai 1997 : Laurent-Désiré Kabila s'autoproclame Président de la République, qui reprend à cette occasion son appellation originelle de République Démocratique du Congo, son ancien drapeau et hymne national.

1998 : le Président Kabila décide de congédier ses alliés rwandais et ougandais. La deuxième guerre du Congo éclate le 2 août à l'est du pays. Toute la région s'embrase avec l'implication de neuf pays africains dans le conflit et d'une trentaine de groupes armés. Au nord-ouest (Equateur), Jean Pierre Bemba installe le Mouvement de Libération du Congo (MLC).

1999 : la communauté internationale s'investit dans les négociations qui aboutissent aux accords de Lusaka et à la mise en place de la MONUC (Mission d'Observation des Nations Unies au Congo), chargée de la consolidation du processus de paix en RDC active jusqu'à ce jour.

2001 : Laurent-Désiré Kabila est assassiné dans son bureau à Kinshasa. Les raisons et les commanditaires restent flous jusqu'à aujourd'hui. Il est remplacé par son fils, Joseph Kabila Kabange, qui prête serment le 26 janvier 2001.

2001-2003 : une fois au pouvoir, Joseph Kabila relance le processus de négociation initié à Lusaka pour aboutir au Dialogue inter-congolais de Sun City en Afrique du Sud.

décembre 2002 : l'accord de Pretoria est signé, ouvrant ainsi la voie à la mise en place des institutions de la transition dite de " 1+4 ". Un Président de la République avec 4 vice présidents représentant chacun les composantes belligérantes et politiques en présence. Le gouvernement est nommé le 30 juin 2003, ce qui marque officiellement la fin de la guerre et le départ des troupes étrangères du pays. La constitution de la troisième république est adoptée le 18 décembre 2005 par référendum populaire.

2004 : début de la guerre du Kivu opposant les forces rebelles du général dissident Laurent Nkunda (CNDP) au solde du Rwanda, à l'armée congolaise avec l'appui de la MONUC. En mai 2004, l'armée de Nkunda pénètre dans Bukavu.

2006 : promulgation de la constitution de la troisième république le 18 février. En juillet, tenue des premières élections présidentielle et législatives démocratiques dans le pays, qui verront Joseph Kabila reconduit à la présidence au détriment du second candidat Jean-Pierre Bemba (MLC). Kabila prête serment le 6 décembre pour un mandat de cinq ans.

Janvier 2009 : arrestation du général Laurent Nkunda au Rwanda par les troupes congolaises et rwandaises, et fin officielle de la guerre au Kivu. Démobilisation des anciens rebelles au sein de l'armée congolaise.

Janvier 2011 : révision par la majorité au pouvoir de certains articles de la constitution. À cette occasion, l'élection présidentielle est ramenée à un scrutin à un tour au lieu de deux.

Novembre 2011 : élections présidentielle et législatives. Deuxième législature de la troisième république. En décembre, Joseph Kabila prête serment pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de l'Etat, après sa réélection contestée mais validée par la Cour suprême, contre son opposant Etienne Tshisekedi (UDPS).

2012 : mutinerie au sein de l'armée congolaise d'anciens rebelles de Laurent Nkunda (CNDP) qui créent le M23 (Mouvement du 23 Mars), à nouveau appuyé par le Rwanda et l'Ouganda. Relance des conflits sanglants et crimes de guerre au Kivu. Le 20 novembre, le M23 prend le contrôle de Goma.

Octobre 2013 : dans le contexte des nouveaux conflits à l'Est et de vives oppositions, Joseph Kabila installe un gouvernement de transition et annonce des remaniements en vue d'un nouveau gouvernement de cohésion nationale.

Novembre 2013 : offensive de l'armée congolaise appuyée par la MONUSCO et défaite du M23 qui dépose officiellement les armes. En décembre, un accord de paix est signé à Nairobi (dissolution et démobilisation du M23).

Novembre 2014 : délibérations au procès du candidat présidentiel de 2006 Jean-Pierre Bemba (MLC) poursuivi et incarcéré depuis 2008 pour crimes contre l'humanité commis en Centrafrique en 2002 et 2003.

Décembre 2014 : fin du gouvernement de transition décrété par le Président Kabila en 2013 et instauration d'un gouvernement remanié, dit de " cohésion nationale ".

Janvier 2015 : des émeutes et manifestations éclatent à Kinshasa et dans le pays, suite à une tentative de modification de la loi électorale par le Président Kabila et la majorité gouvernementale, accusés de vouloir prolonger la fin de son 2ème et en principe dernier mandat. Sous la pression populaire, le Sénat et l'Assemblée Nationale finissent par amender le projet de loi contesté.

Février 2015 : offensive de l'armée congolaise suite à la fin de l'ultimatum pour le désarmement volontaire des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda). Ce groupe de rebelles hutus rwandais installés dans l'est de la RDC depuis la fin du génocide, et coupables de nombreux crimes de guerre.

Mars 2015 : verdict attendu au procès de Jean-Pierre Bemba au Tribunal Pénal International de La Haye, et libération possible de l'opposant politique.

Octobre 2015 : en principe, élections des députés provinciaux et élections locales.

Janvier 2016 : en principe, élections sénatoriales et des gouverneurs de provinces.

Novembre 2016 : en principe, troisièmes élections législatives et présidentielle de la troisième république.

COLONISATION
Explorations et évangélisation

A partir du 18ème siècle, l'Afrique commence à susciter un vif intérêt au sein des puissances européennes. Plusieurs tentatives, souvent isolées, d'exploration du continent sont entreprises par toutes sortes d'aventuriers. Vers le milieu du 19ème siècle, ces explorations prennent un caractère plus systématique et ambitieux, et de véritables expéditions sont montées pour le compte de journaux ou sous couvert de missions géographiques et scientifiques au départ de l'Europe. Le célèbre missionnaire explorateur anglais David Livingstone sillonne l'Afrique centrale de 1852 à 1873 et se rend pour le compte de la London Missionnary Society dans les régions qui subissent la traite négrière organisée par les commerçants arabes, dans un but d'évangélisation et " d'émancipation ". Il est rejoint à Ujiji sur les bords du lac Tanganyika par le journaliste anglais Henry Morton Stanley parti à sa recherche. L'oeuvre de Livingstone et les découvertes de Stanley impulsèrent les ambitions cachées et très souvent placées sous couvert d'oeuvres philanthropiques en gestation. L'objectif avoué étant d'arracher ces peuples d'Afrique de l'esclavagisme et du paganisme via l'action missionnaire, qu'elle soit protestante ou catholique. Chacune cherchant à rallier le plus d'âmes possibles, en un temps record, afin de damer le pion à sa " concurrente "...

L'AIA de Léopold II

Dès son accession au trône en 1865, Léopold II se donne l'ambition de doter le jeune Royaume de Belgique d'une colonie afin d'aligner son pays sur les grandes puissances coloniales, notamment le Portugal, la Hollande, l'Angleterre et la France dont la présence en Afrique était limitée aux côtes, sans velléités d'explorer le continent profond. Du 12 au 14 septembre 1876, Léopold II invite une trentaine de savants européens au palais royal de Bruxelles pour une conférence de géographie consacrée à l'Afrique. La conférence se conclut par la création d'une " Association internationale pour l'exploration et la civilisation de l'Afrique centrale ", mieux connue sous l'appellation d'Association Internationale Africaine (AIA), qui sera placée sous la présidence du souverain belge. C'est alors que Léopold II décide d'engager le journaliste et explorateur britannique Henry Morton Stanley, déjà rendu célèbre par une série de découvertes en Afrique centrale et pour avoir retrouvé à Ujiji (frontière tanzanienne) le Dr Livingstone porté disparu. Le souverain charge Stanley de réaliser des expéditions en son nom avec pour mission de conclure avec les chefs des tribus autochtones des traités préparatoires à la constitution d'un Etat dans le bassin du fleuve Congo. Plusieurs stations seront établies par Stanley et ses lieutenants à travers le pays, posant ainsi les jalons de l'Etat Indépendant du Congo et de l'occupation belge au Congo.

Conférence de Berlin et création de l'EIC

Le partage du gâteau africain s'arbitre entre les différentes puissantes européennes sous l'initiative du chancelier Bismarck, lors de la Conférence de Berlin qui débute en 1884. L'existence de l'Etat Indépendant du Congo y est officiellement reconnue comme propriété personnelle de Léopold II, suite aux découvertes et explorations commanditées par celui-ci (bien qu'il ne se sera jamais rendu sur place). La formule, astucieuse, fut inventée par Léopold II, trop conscient que le Congo ne pouvait devenir dans l'immédiat une colonie belge. Les puissances européennes ne l'auraient pas accepté et l'opinion publique belge n'était pas prête à apprécier à sa juste valeur un tel projet. Les 28 et 30 avril 1885, la Chambre et le Sénat belges autorisent le Roi à devenir le chef du nouvel Etat, qui prendra donc possession du territoire en son nom propre. Son organisation est tout de même fondée sur le principe d'une colonie, avec Léopold II comme souverain absolu. Tous les pouvoirs législatifs et exécutifs sont entre les mains du Roi qui administre le territoire, avec un gouvernement central en Belgique. Par un décret d'août 1888, le pays est divisé en onze districts (portés à quinze en 1895) à la tête desquels se trouvent des commissaires de district.

Exploitation

Entre 1885 et 1892, les frontières du nouvel Etat sont consolidées par une série d'accords avec les grandes puissances coloniales riveraines (la France, l'Angleterre, le Portugal et l'Allemagne), par une série de batailles menées contre les mahdistes du Soudan au nord-est du pays et par une campagne d'occupation contre les Arabes à l'est du pays. La capitale du jeune Etat est placée d'abord à Vivi, puis à Boma. La maîtrise du territoire s'achève en 1894 pour l'essentiel avec la fin de la guerre contre les Arabo-Swahili dans la partie est du territoire. L'exploitation intensive du territoire commence alors, où se côtoient tant les missionnaires catholiques que les aventuriers à la recherche de fortune facile. Pour viabiliser au plus vite cet immense état, Léopold II mise rapidement sur quelques produits d'exploitation comme l'ivoire et le caoutchouc, et crée des sociétés concessionnaires à cet effet. Le 3 juillet 1890, le gouvernement belge octroie un prêt de 25 millions de francs à l'Etat Indépendant du Congo (EIC). Mais ce prêt est assorti de deux conditions. La première condition prévoit une possibilité d'annexion de l'Etat Indépendant du Congo à la Belgique dans un terme de dix ans. La seconde condition interdisait à l'Etat Indépendant du Congo de faire appel à d'autres fonds sans l'assentiment du gouvernement.

Congo belge

Le 18 octobre 1908, Léopold II, à cours de moyens et sous le feu des critiques (suite à la polémique liée aux fameuses mains coupées et au travail forcé des populations autochtones), se voit dans l'obligation de léguer l'Etat Indépendant du Congo à la Belgique qui en fait sa colonie. Les pouvoirs législatif et exécutif deviennent belges. Le pays se mue ainsi en Congo belge et une colonisation plus classique se met en place. La situation de la population s'améliore graduellement : un réseau d'institutions sanitaires est mis en place, ce qui permet de faire reculer les maladies et la malnutrition, tandis que l'enseignement se développe sous l'impulsion des missionnaires. L'exploitation du pays s'intensifie avec notamment la découverte d'exceptionnelles ressources minières au Katanga et au Kasaï. Mais l'extraction des matières premières se fait moins féroce. La récolte de caoutchouc touche à sa fin et le transfert de ces matières n'est plus une priorité pour le nouvel état colonisateur.

Système colonial

La Belgique va mettre en place un système colonial qui se démarque des autres nations coloniales riveraines du Congo, avec un territoire à administrer vaste comme près de 80 fois la taille de la métropole. Le Congo devient donc partie intégrante du Royaume de Belgique mais ne sera jamais une colonie de peuplement, à la différence des colonies françaises, portugaises, britanniques... Le système colonial est basé sur un principe hiérarchique et paternaliste. La colonie étant gérée depuis Bruxelles qui assure son administration et veille à son autonomie économique. Par contre, les tâches non administratives comme l'enseignement, la médecine ou les travaux d'infrastructures sont concédées. C'est ainsi que se consolide une structure coloniale à trois piliers déjà amorcée sous Léopold II : l'Etat, qui veille à l'administration de la colonie, au maintien de l'ordre et au développement des infrastructures ; l'Eglise qui se charge d'une mission " civilisatrice " via l'enseignement de la population et la santé notamment ; le Capital derrière lequel se profile essentiellement la Société Générale qui appuie le développement économique de la colonie.

Le territoire du Congo est divisé à la veille de l'indépendance en six provinces : Léopoldville, Equateur, Province Orientale, Katanga, Kivu et Kasaï. Chaque province est placée sous l'autorité d'un gouverneur de province, secondé par des commissaires provinciaux. Le pouvoir législatif est assuré par le conseil de province. Le système judiciaire comprend deux ordres de juridiction : le premier est réservé aux Européens et se base sur les lois écrites ; le second, réservé aux indigènes, se base essentiellement sur la coutume et est confié aux Africains, sous tutelle de l'administration coloniale. Le maintien de l'ordre se fait avec le concours de la Force Publique dont les officiers sont tous Européens. Ce système restera en vigueur, avec des adaptations mineures, pendant toute la période de la colonisation. Par ailleurs, dans les années cinquante, un projet de révision de la constitution belge (1953-1954) proposera d'inclure le Congo comme dixième province de la mère patrie. Diverses initiatives iront en ce sens, appuyées par la visite triomphale du Roi Baudouin au Congo en 1955.

Au lendemain de la guerre


Lors de la première guerre mondiale, la Force Publique congolaise participe à la campagne contre l'Afrique orientale allemande sous le commandement belge. C'est à la suite de la défaite allemande que la Belgique obtient le protectorat sur le Ruanda-Urundi voisin. Au cours de la seconde guerre mondiale, le Congo belge contribue grandement à l'effort de guerre aux côtés des alliés, d'une part, en intensifiant la production des matières premières (caoutchouc, uranium servant pour la bombe atomique...) et, d'autre part, avec la participation des troupes de la Force Publique à plusieurs expéditions victorieuses contre les troupes allemandes et italiennes. Se trouvant dans le camp des vainqueurs, les troupes de la Force Publique reviennent avec le sentiment d'avoir rempli un devoir patriotique. Mais quelque chose a changé dans leur regard, non seulement vis-à-vis de l'homme blanc qu'ils ont vu tomber sous les balles de l'ennemi alors qu'on le croyait tout puissant, mais aussi à l'égard du système colonial belge et de ses méthodes pas toujours très humaines. L'effort de guerre demandé aux Congolais pour soutenir la métropole finit par leur faire comprendre qu'ils ont aussi des droits à faire valoir.

Dans la métropole, des voix se lèvent également pour dénoncer les abus de la colonisation et souligner les faiblesses du système belge. La guerre terminée, des réformes sont envisagées. Cependant ces premières idées d'évolution visent principalement l'élite congolaise urbaine pour laquelle on ébauche des aménagements à caractère social et culturel sans qu'il soit encore question de politique. C'est le concept assez hallucinant des " évolués ", ceux-ci se voyant attribuer un titre et une carte les identifiant comme tels, et à qui l'on demande de recopier par mimétisme le modèle familial belge des années 50 sur des critères aussi précis que l'éducation des enfants, la gestion de son ménage, la décoration de son intérieur, la propreté...

Au coeur des ténèbres

"Heart of darkness"... Célèbre roman paru en 1902 par Joseph Conrad, l'un des écrivains anglais les plus notoires du 20ème siècle qui a travaillé pour l'EIC de Léopold II en 1896, et s'est rendu au Congo en tant qu'officier de la marine marchande. Conrad a donc puisé dans sa propre expérience et ses propres réflexions, sur les pratiques coloniales à l'oeuvre qu'il dénonce notamment, pour écrire " Au coeur des Ténèbres ". Le livre relate le voyage d'un jeune officier de la marine marchande britannique qui remonte le cours du fleuve Congo pour le compte d'une compagnie belge avec pour mission de rétablir des liens commerciaux avec le directeur d'un comptoir d'ivoire au coeur de la jungle, un certain Kurtz, dont on est sans nouvelles. Le périple se présente comme un lent éloignement de la civilisation, au travers d'une nature impénétrable et menaçante, et la découverte progressive de la fascinante et très sombre personnalité de Kurtz. En plus de sa propre expérience, Conrad se serait inspiré du récit " In darkest Africa " de Stanley relatant l'expédition pour retrouver l'aventurier Oscar Schnitzer, dont Conrad avait eu connaissance au Congo... Le récit a fait l'objet de nombreux projets d'adaptation cinématographique. Orson Welles avait projeté un temps de l'adapter et d'interpréter lui-même le rôle de Kurtz... Mais c'est surtout le film " Apocalypse Now " de Francis Ford Coppola qui en est la transposition la plus significative, dans le contexte de la guerre du Vietnam.

DÉCOLONISATION
Un souffle nouveau

Au cours de la décennie 1950, alors que le Congo vit une période économique et sociale florissante, plusieurs facteurs précipitent son évolution. Les partis politiques Abako (Joseph Kasa-Vubu) et le Mouvement National Congolais (Patrice Lumumba) sont créés. De même que les universités catholique et laïque de Léopoldville et Elisabethville... En 1955, le Roi Baudouin visite le Congo au moment où tout se bouscule dans la métropole. Le professeur Jeff Van Bilsen publie le " Plan de trente ans pour l'émancipation politique de l'Afrique belge ". Ce plan suscite des réactions diverses tant à Bruxelles que dans la colonie. Pour les Congolais, l'indépendance n'est qu'un lointain rêve tandis que la Belgique, contrairement à la France de de Gaulle, n'entrevoit même pas la possibilité d'une émancipation de la colonie.

Toutefois, ce Plan est entrevu comme une brèche dans la politique coloniale belge et sert de catalyseur à plusieurs mouvements d'émancipation, notamment l'Abako avec en tête de file un certain Joseph Kasa-Vubu, futur Président du Congo indépendant. En 1956 paraît " Le Manifeste de la Conscience Africaine " publié par Joseph Ngalula, Joseph Ileo et Cyrille Adoula, des jeunes catholiques proches de l'abbé Joseph Malula, futur premier cardinal congolais et archevêque de Kinshasa.

Le manifeste épouse les thèses de Van Bilsen sans toutefois faire allusion au délai. L'Abako réagit par contre plus énergiquement : il réclame l'indépendance immédiate. Il faudra alors faire vite pour les Belges, qui lâcheront quelque peu du lest pour ne pas perdre totalement le contrôle de la situation. En décembre 1957, l'administration coloniale organise les premières élections au Congo belge. Même s'il ne s'agit encore que d'élections communales limitées à Léopoldville (Kinshasa), Elisabethville (Lubumbashi) et Jadotville (Likasi). A Léopoldville, l'Abako obtint 133 sièges sur 170 dans les communes africaines avec 46% du total des voix. Joseph Kasa-Vubu, président de l'Abako et futur premier Président du Congo, sera nommé bourgmestre de la commune de Dendale le 20 avril 1958.

Les martyrs de l'indépendance

En août 1958, le Général de Gaulle déclare à Brazzaville que la France ne s'opposera pas à l'indépendance du Congo-Brazzaville. En décembre de la même année, le leader ghanéen Kwame Nkrumah déclare lors de la Conférence Panafricaine organisée à Accra que tous les pays africains ont droit à l'indépendance. Parmi les délégués présents à la conférence, on trouve Patrice Lumumba, futur Premier Ministre, qui représente le Mouvement National Congolais (MNC). Dès son retour d'Accra, Patrice Lumumba canalise les foules qui se rassemblent à l'appel du MNC. De son côté, la Belgique met en place un groupe de travail autonome dans la colonie pour évaluer la situation. Les conclusions des experts préconisent la voie de l'émancipation. Le 4 janvier 1959, un rassemblement prévu par l'Abako est interdit. La foule proteste, les autorités répliquent et c'est le début d'une vaste émeute populaire. Des voitures sont incendiées, des magasins pillés...

Il faudra six jours aux autorités pour reprendre le contrôle de Léopoldville. On déplore des morts et plusieurs blessés. Ce jour dédié aux martyrs de l'indépendance est toujours célébré chaque année sur toute l'étendue du territoire national. À la suite de ces incidents, l'Abako est dissoute par l'administration coloniale et Joseph Kasa-Vubu emprisonné. Le mouvement est toutefois réhabilité en juin. Le 13 décembre 1959, le Roi Baudouin annonce solennellement que la Belgique veut conduire le Congo à l'indépendance et le gouvernement belge annonce la tenue d'une " table ronde " à Bruxelles pour en négocier les termes.

La Table ronde

Le 20 janvier 1960, on trouve autour des ministres et députés belges, les délégués des partis politiques les plus en vue au Congo comme le MNC, l'Abako, le PSA, le Cerea et la Conakat (Confédération des associations du Katanga) ainsi que certains chefs coutumiers. Parmi les participants congolais, on retrouve notamment Patrice Lumumba, Joseph Kasa-Vubu, Cléophas Kamitatu, Jean Bolikango, Moise Tshombé et Albert Kalonji. D'entrée de jeu, les intervenants congolais font front et prennent les Belges par surprise en insistant sur la fixation de la date de l'indépendance, qui est finalement arrêtée au 30 juin 1960 à l'issue de la conférence le 20 février.

Les dés sont jetés, il est temps pour la Belgique selon la formule consacrée de remettre les clefs de la maison Congo aux Congolais. Ce qui se fera en l'espace de quelques mois dans une certaine confusion et précipitation. Cette table ronde politique sera suivie quelque temps après d'une seconde table économique... La conférence de la Table ronde de Bruxelles adopte également les principes de la loi fondamentale congolaise, c'est-à-dire la constitution qui va régir le Congo indépendant, et l'organisation structurelle du futur état. Elle institue ses structures sur le modèle belge. Les élections législatives sont organisées au mois de mai 1960. Le 24 juin, à l'issue d'un vote au parlement, Joseph Kasa-Vubu est élu chef de l'Etat et devient le premier Président de la République. Patrice Lumumba, leader de la majorité parlementaire, occupe le poste de Premier Ministre et chef du gouvernement. Il forme son gouvernement avec 35 membres dont six issus du MNC, ce qui donne un parlement national très divisé.

30 juin 1960

Le Roi Baudouin proclame l'indépendance du pays à Léopoldville le 30 juin 1960, en présence de Joseph Kasa-Vubu en sa qualité de Président, et de Patrice Lumumba en tant que Premier ministre. Celui-ci prononce à cette occasion, et à la surprise générale, un discours resté célèbre et jugé provoquant, dénonçant les mauvais traitements infligés aux Congolais sous la colonisation, ce qui provoquera la colère des Belges. Cinq jours plus tard, les soldats de la nouvelle armée congolaise, héritière de la Force Publique, se mutinent suite à l'opposition d'officiers belges, dont le général Janssens, à l'africanisation de l'armée. Et le 11 juillet, la province du Katanga fait sécession, plongeant le nouvel état dans un chaos qui va durer trois ans, précurseur de nombreuses autres crises et conflits qui déchireront le pays au cours de son histoire récente...

PREMIÈRE RÉPUBLIQUE (1960-1965)
Mainmise occidentale et sécessions

L'indépendance du Congo est apparue comme une opération de liberté et de prospérité. C'est le début d'une décennie d'espoir et de tâtonnement, au cours de laquelle une nouvelle page d'histoire commence à s'écrire... Mais les " alliés " occidentaux, dont la Belgique au premier plan, ne sont pas loin et veillent afin de conserver une série de prérogatives et de garder une certaine mainmise sur la situation et les nouveaux dirigeants. De plus, l'indépendance ne tardera pas à s'enliser dans les clivages politiques. Les rivalités entre leaders s'accentueront dans la lutte pour la définition de la ligne fondamentale à donner au pays et aux institutions. Les événements iront tellement vite qu'en moins de cinq ans, le Congo sera considéré comme un cancer dont souffrirait l'Afrique, des sécessions et des rebellions se déclenchant partout dans le pays...

A commencer par la riche province minière du Katanga, dont Moïse Tshombé proclame le 11 juillet 1960 la sécession, alors qu'à Léopoldville et dans d'autres villes c'est la débâcle. Appuyé par les grandes sociétés dont l'Union Minière et la Belgique qui envoie des soldats, Tshombé s'autoproclame Président du Katanga et forme un gouvernement. De son côté, le 8 août 1960, Albert Kalonji, un dissident du MNC, annonce l'indépendance du Sud-Kasaï et s'autoproclame " Mulopwe ", c'est-à-dire Empereur. Lumumba et Kasa-Vubu sillonnent le pays pour tenter de maîtriser la situation, et appellent les Nations Unies à intervenir pour agir contre " l'agression extérieure " par l'envoi de casques bleus, et renvoyer les troupes belges présentes au Katanga.

Lumumba

Dans le contexte de ces graves troubles, le Premier Ministre Lumumba envoie fin août, dans la précipitation, l'armée congolaise au Katanga et Sud-Kasaï pour mater les rébellions et consolider l'union nationale. Mais dans la province diamantifère, l'équipée de l'armée nationale se transforme en massacre de civils. Le 5 septembre, le Président Kasa-Vubu, poussé par les Occidentaux qui voient en Lumumba un présumé communiste et souhaitent sa neutralisation, annonce la révocation de Lumumba à la radio. Le même soir, le Premier ministre parle à trois reprises sur la même antenne que le Président, et déclare que Joseph Kasa-Vubu n'est plus le chef de l'Etat.

La confusion est totale. Le 14, le colonel Mobutu, chef d'Etat-major de l'armée et ami de Lumumba, prend le pouvoir afin de " neutraliser " les deux rivaux. Mais l'opération tourne à l'avantage de Kasa-Vubu. Lumumba est assigné à résidence mais réussit à s'enfouir dans la nuit du 27 novembre 1960 et tente de rejoindre Stanleyville par la route. Le 2 décembre, l'armée l'arrête au Kasaï. Ramené à Léopoldville, il est ensuite enfermé au camp militaire de Thysville au Bas-Congo où il est torturé avec ses compagnons d'infortune Okito et Mpolo. Avant d'être expédiés au Katanga le 17 janvier 1961 où ils seront fusillés et leurs corps dissous dans de l'acide sulfurique, suite aux injonctions étrangères principalement belges et américaines. Le mythe du martyr Lumumba, héros national panafricaniste, est en marche...

Rébellions mulelistes

A la suite d'un conclave organisé en juillet 1961 par les Nations Unies à l'université de Lovanium et auquel participent les différents mouvements sécessionnistes et le gouvernement central, Cyrille Adoula est nommé Premier Ministre à la tête d'un gouvernement d'union nationale dans lequel toutes les tendances politiques sont représentées. Antoine Gizenga occupe le poste de Vice-Premier ministre. En 1962, après une nouvelle tentative de sécession à Stanleyville, Antoine Gizenga est arrêté et emprisonné. Ses partisans réclament sa liberté et enflamment les foules. Kasa-Vubu décide alors de dissoudre le Parlement en septembre 1963. Les lumumbistes se coalisent à Brazzaville et forment le Conseil de Libération du Congo (CLC) avec comme objectif de renverser le gouvernement Adoula et de destituer Kasa-Vubu. Pierre Mulele, de tendance marxiste et nationaliste, déclenche, depuis le Kwilu (Bandundu), une lutte armée sous la forme d'une guérilla pour prendre le pouvoir et dont ses adeptes " les mulelistes " se font connaître pour leur cruauté et l'engagement d'enfants dans leurs troupes. De son côté, une autre rébellion lumumbiste " les simbas " conduite par Christophe Gbenye se manifeste en avril 1964 à l'est du pays. Il installe son état-major à Stanleyville (Kisangani) où il se proclame Président de la République Populaire du Congo, le 5 août 1964. Avec l'appui de l'OTAN, l'armée congolaise met en échec toutes ces tentatives sécessionnistes. En janvier 1963, la sécession katangaise prend fin et Tshombé s'exile en Europe. Après quelques mois d'exil, il revient à Léopoldville en juin 1964 où il est accueilli par Mobutu, Adoula et Kasa-Vubu dans le cadre d'une réconciliation nationale. En juillet, il est nommé Premier Ministre en remplacement de Cyrille Adoula.

Constitution de Luluabourg


Dès son investiture, Tshombé s'entoure de conseillers belges et s'engage dans son discours à redresser le Congo en un temps record. Sa capacité à convaincre, ses moyens financiers et surtout son potentiel humain (mercenaires et gendarmes katangais à sa solde) lui permettent en moins d'une année d'engager une action de pacification à travers le pays. Ainsi, les rébellions sont liquidées une à une et le calme réinstauré. Cette situation rend possible la reprise du jeu démocratique des institutions : la constitution dite de Luluabourg est adoptée par référendum le 1er août 1964 en remplacement de la loi fondamentale de 1960 avec comme conséquence l'organisation d'élections législatives au cours du premier semestre de 1965. Désormais, le pays s'appelle République Démocratique du Congo, reconnaissable à son drapeau bleu avec une diagonale rouge bornée de jaune et une étoile jaune.

Mobutu

Mais à l'approche des élections présidentielles prévues en 1965, les relations se détériorent entre Kasa-Vubu et Tshombé. Kasa-Vubu voit en effet la popularité de son Premier Ministre lui faire de l'ombre. De fait, lors du scrutin législatif de mai/juin 1965, la CONACO de Tshombé obtient 122 des 167 sièges au Parlement. Dans la précipitation et l'incertitude, Kasa-Vubu décide d'évincer son puissant rival. Il démet le gouvernement Tshombé et nomme Evariste Kimba comme formateur. Si Tshombé accepte son éviction pour se préparer aux élections présidentielles, le Parlement, quant à lui, refuse la nomination d'Evariste Kimba. Une fois encore, les instances dirigeantes sont neutralisées et le pays sombre dans l'anarchie politique. Du côté belge on s'inquiète vivement de l'éviction de Tshombé pour la sécurité des ressortissants belges. Le colonel Mobutu, qui est au centre de toute cette machination poussant Kasa-Vubu à la dérive et Kimba au suicide, se prépare avec la bénédiction des puissances occidentales à prendre le pouvoir, un mois après ce carambolage politique. Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1965, le haut commandement militaire s'empare donc du micro de la presse nationale et annonce la prise du pouvoir par l'armée. Sans effusion de sang, le colonel Mobutu est chargé d'assumer les prérogatives de chef d'Etat. Kasa-Vubu est assigné à résidence, puis exilé à Boma où il meurt en 1969. Tshombé s'exile en Espagne d'où il sera enlevé en 1967, puis emprisonné en Algérie où il meurt également en 1969.

DEUXIÈME RÉPUBLIQUE (1965-1997)

Le colonel Mobutu s'empare du pouvoir par un coup d'Etat en 1965, après cinq années de guerre civile ponctuées par l'assassinat de Patrice Lumumba, les sécessions katangaise et kasaïenne, et le retour de Tshombé à Léopoldville à la tête du gouvernement d'union nationale. Ce faisant, Mobutu donne naissance à la deuxième République et instaure un régime présidentiel autoritaire qui durera jusqu'à sa chute en 1997.

Coup d'état

La nuit du 24 novembre 1965, le haut commandement prend le pouvoir. Il est composé de plusieurs officiers (" les compagnons de la révolution ") sous le commandement du colonel Joseph Désiré Mobutu, chef d'état major général de l'armée nationale congolaise qui devient Président de la République avec la promesse de rendre le pouvoir en 1970, après des élections démocratiques. Il nomme le général Léonard Mulamba en qualité de Premier Ministre. À la surprise générale, Mobutu s'octroie des pouvoirs étendus. Il suspend la constitution et décrète l'interdiction des partis politiques. Le 30 novembre 1965, il signe une ordonnance qui lui attribue des " pouvoirs spéciaux " et le 22 mai 1966, il s'accorde les pleins pouvoirs. Le 26 octobre de cette même année, il évince Mulamba et devient de fait également Premier Ministre. En 1970, comme promis, Mobutu autorise des élections présidentielles qui consacreront assez logiquement sa victoire, en tant que seul candidat en lice. Le régime de Mobutu se muscle graduellement pour devenir un pouvoir autoritaire, s'appuyant sur la terreur selon une tactique bien établie. C'est ainsi que de nombreux prétendus complots sont orchestrés par Mobutu, lui permettant de se débarrasser de soi-disant conjurés qui en veulent à l'Etat. En 1966, le " complot de la Pentecôte " sert de prétexte à Mobutu pour exécuter publiquement quatre anciens dignitaires politiques dont Evariste Kimba, dans ce qui sera rebaptisé plus tard le " stade des martyrs de la Pentecôte ".

Fuite en avant

Au début des années 70, les cours des matières premières sont très hauts, ce qui permet aux pays producteurs de matières premières de réaliser de juteuses affaires. Cette ère de prospérité apparente et l'abondance des ressources naturelles du Congo poussent son nouveau président mégalo à une folle fuite en avant, dans ce qui sera qualifié de " Révolution comparaison " : une sorte de défi se traduisant par de grands travaux prenant modèle ailleurs, dans un but de prestige et pour impressionner les puissances occidentales. Toutes les folles dépenses (dont l'organisation du " combat du siècle " entre Ali et Foreman) et grandes réalisations (barrage d'Inga, sidérurgie de Maluku, Gbadolite et autres " éléphants blancs " à Kinshasa...) se situent à cette époque-là. Ayant goûté au pouvoir suprême qu'il a pris cinq ans auparavant, Mobutu et ses acolytes ne sont plus disposés à assurer le changement promis. Le fonctionnement du régime a d'ailleurs été organisé de sorte que tous les contre-pouvoirs soient écartés, et de nouvelles réformes monétaire et constitutionnelle sont adoptées. Le congrès extraordinaire du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) qui se tient à La Nsele en mai 1970 désigne le président-fondateur du parti comme candidat unique aux élections présidentielles prévues au cours du second semestre de la même année. Elu en 1970 avec 99,99 % des suffrages exprimés, le Président Mobutu constitue le bureau politique du MPR qu'il institutionnalise au sein de l'appareil de l'état, en désignant les députés et écartant du pouvoir ceux-là même qui l'avaient aidé à prendre le pouvoir en 1965.

Institutionnalisation du pouvoir

Assez rapidement, le MPR imprime sa marque au sein de toutes les structures du pays qui fonctionnent sous son contrôle, et tout Zaïrois est par définition membre du parti, à l'image du fonctionnement politique et militant à l'oeuvre dans les pays communistes. Le message idéologique initial du MPR qui visait notamment à libérer les Congolais de leur dépendance vis-à-vis de l'étranger (ce qui se traduira par le recours à l'authenticité) s'effiloche bien vite. Le MPR devient une arme de propagande de l'Etat et un prétexte à la confiscation des entreprises privées pour l'enrichissement personnel de quelques parvenus du régime. Confondu avec l'Etat, le parti développera toute une série d'instruments de propagande : concours de la chanson révolutionnaire, spectacles à la gloire du régime, rituels comme le salut au drapeau national (initialement l'emblème du MPR) accompagné du chant de l'hymne national " la Zaïroise ", etc. Le MPR, sacralisé, devient la seule institution du pays. Les autres organes politiques (parlement, gouvernement) deviennent de simples déclinaisons du parti. Du fait de ces aménagements, la constitution de juin 1967, dite révolutionnaire, se vide de sens. Le bureau politique s'attellera à la façonner en fonction de l'intérêt du " guide de la révolution ", alias Mobutu.

Zaïrianisation

Sur décision du bureau politique du MPR, le pays change de nom le 27 octobre 1971 et devient République du Zaïre. Le fleuve Congo devient fleuve Zaïre tandis que la monnaie, qui s'appelait déjà Zaïre depuis la réforme monétaire de 1967, complète la boucle pour consacrer ce qui est désormais appelé " les 3 Z ". Dans la foulée, en 1972, Mobutu lance la politique de recours à l'authenticité, qui incite à une rupture totale avec les influences coloniales et étrangères, et prône désormais l'africanisation des moeurs par le nationalisme zaïrois. Le drapeau est également changé (emblème du MPR) et l'hymne national devient " la Zaïroise ". Mais le recours à l'authenticité ne n'arrête pas à ces symboles de la nation. Tout un programme social et politique est également mis en place. Les fêtes religieuses sont supprimées, tandis qu'est instauré un nouveau calendrier de jours fériés. Le cours de religion est remplacé par un cours de civisme dont le programme est rédigé par les instances dirigeantes du MPR...

Tous les Zaïrois deviennent des " citoyens ", Mobutu étant le " citoyen Président-Fondateur ". Le port du costume pour les hommes et du pantalon pour les femmes est sévèrement proscrit en faveur de nouveaux costumes nationaux : l'abacost et le pagne. Les Zaïrois sont également tenus d'abandonner leur nom chrétien pour adopter des noms zaïrois qu'ils doivent ajouter à leur patronyme. Joseph-Désiré Mobutu devient ainsi en 1972 Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa za Banga ou " le guerrier qui va de conquête en conquête sans avoir peur ".

Mais ce recours à l'authenticité prend aussi une dimension économique sans précédent par la nationalisation des entreprises appartenant aux étrangers, décrétée en novembre 1973. Avec la zaïrianisation et la spoliation de ces biens au profit de proches du pouvoir, la plupart des commerçants étrangers quittent le territoire, ce qui déstructure rapidement le système d'approvisionnement du pays. En quelques années l'économie zaïroise s'effondre littéralement. En 1976, le pouvoir lance alors le Plan Mobutu censé renouer avec la croissance économique, notamment en rétrocédant les avoirs spoliés. Mais les entrepreneurs restent frileux. De plus, les détournements de fonds publics, la corruption généralisée et la dette extérieure qui croît, anéantissent tout effort de redressement économique. Avec la signature entre 1981 et 1986 de plusieurs programmes d'ajustement structurel avec le FMI et ses restrictions budgétaires imposées, le secteur social, de l'éducation et de la santé ne sont pratiquement plus financés. Avec pour conséquence que la population, qui subit de plein fouet ces restrictions économiques, s'enfonce dans un dramatique processus de paupérisation.

Nouveau règne


Le Sud-Shaba (Katanga) s'embrase en mai 1977 : les ex gendarmes katangais venus d'Angola envahissent le pays. C'est le début d'une guerre qui durera 80 jours. À la suite des massacres des Occidentaux dans la région, les armées française et belge interviennent et volent au secours de Mobutu, avec l'appui d'armées africaines. En mars 1978, une nouvelle guerre se déclenche à partir de Kolwezi. Elle ne durera que six jours suite à l'intervention musclée de la légion française et des paras belges. Dès 1978, après les deux guerres du Shaba visant à renverser le pouvoir en place, un revirement spectaculaire de la politique de Mobutu s'opère, à travers un processus de réforme de l'Etat qui prévoit sur papier la libéralisation du système politique.

Dans les faits, il n'en sera rien... Mais Mobutu se désolidarise tout de même de la politique directe pour entamer une sorte de règne depuis sa résidence de Gbadolite, dans la province équatoriale. Il nomme un Premier Ministre et fait mine d'ouvrir le jeu démocratique à l'assemblée nationale, le système politique étant verrouillé par son parti, le MPR. Il s'entoure d'une cour de fidèles et de courtisans qui, bénéficiant de ses largesses, s'imposent comme potentats locaux dans l'administration, l'industrie et l'armée avec l'aval du chef. Ce qui lui permet d'asseoir son pouvoir sur la corruption généralisée et d'instaurer un système de " redevabilité " qu'il incarne complètement. Toutes les entreprises d'état sont dirigées par des fidèles qui puisent largement dans les caisses pour s'enrichir individuellement au détriment de l'intérêt national. Par ailleurs, entre 1970 et 1978, l'armée nationale congolaise, devenue entre-temps " Forces Armées Zaïroises " (FAZ), est réorganisée et restructurée. En 1975 la Division Kamanyola est créée, dont la mission consiste en la protection du Guide de la nation. Ce qui instaure définitivement un volet militaire et sécuritaire au régime.

Démocratisation

Fin des années 1980, les relations internationales sont marquées par la chute du Mur de Berlin qui débouche sur la désintégration de l'empire soviétique et la fin du communisme. L'ordre international qui s'instaure s'articule désormais sur le triangle Europe-Japon-Etats-Unis. En Afrique, pour les dictatures qui survivaient jusque là grâce à la protection octroyée par les acteurs de la guerre froide, c'est désormais le temps de la démocratisation forcée. De par sa position géostratégique et le rôle qu'il a joué dans la confrontation Est-Ouest, le Zaïre ne pouvait échapper à cette nouvelle configuration du monde. Mais le Président Mobutu refuse de se rendre à l'évidence et feint de ne pas voir le mouvement devenu irréversible en faveur du changement. Il déclare devant le corps diplomatique à Kinshasa début 1990 que la Perestroïka ne concerne pas le Zaïre. Cependant, l'impulsion de la rue est telle que le 14 janvier 1990, le Président Mobutu annonce sa volonté d'organiser un large débat national sur le fonctionnement des institutions politiques de la 2ème République. Ce débat débouchera sur un rejet absolu de son régime caractérisé par le parti-état, le MPR, et la confiscation des biens et richesses du pays par ce dernier au détriment du peuple congolais engoncé dans la misère la plus totale. Commence alors une longue période de transition forcée, et initiée par l'ouverture de la Conférence Nationale Souveraine en 1991.

Fin de la 2ème République

Le 24 avril 1990, le chef de l'Etat est forcé d'annoncer la fin de la seconde République, du parti unique et l'avènement de la démocratie. Les opposants politiques sont libérés, la presse recouvre sa liberté et plus de 300 partis politiques sont créés. Après plusieurs manoeuvres politiciennes entre les tenants du régime et les autres forces du changement, la Conférence Nationale Souveraine s'ouvre le 7 août 1991. Elle est censée définir les grandes orientations politiques et économiques du pays. Environ 1 500 délégués sont invités à prendre part aux travaux de la Conférence au Palais du peuple à Kinshasa, travaux qui sont retransmis dans la presse et à la télévision. Monseigneur Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani (et actuel cardinal du Congo) est nommé président de la Conférence. 
En septembre 1991, le pays connaît parallèlement une vague de violence et de pillages sans précédent, suite à la dégradation totale des conditions de vie de la population. À Kinshasa d'abord, dans le reste du pays ensuite, les militaires mais aussi des dizaines de milliers de civils se mettent à piller les usines, commerces et résidences, démolissant pratiquement toute l'infrastructure économique du pays. De nombreuses entreprises ferment, la plupart des commerçants installés depuis plusieurs générations au Congo quittent le territoire, précipitant un peu plus le déclin du pays et de son chef suprême dans la foulée.

Transition avortée

En novembre 1991, Mobutu nomme Nguza Karl-i-Bond Premier Ministre qui s'empresse de suspendre la Conférence Nationale. La population réagit avec la " marche de l'espoir " (marche des Chrétiens) pour réclamer la reprise des travaux, qui sera réprimée dans le sang le 16 février 1992. Le 20 juillet, sous la pression de Mgr Monsengwo, la Conférence rouvre ses portes et le 4 août 1992, elle adopte un projet de nouvelle constitution qui prévoit une période de transition de 24 mois au terme de laquelle de nouvelles institutions démocratiquement élues seront mises en place. Le 15 août, Etienne Tshisekedi est élu Premier Ministre. Fin janvier 1993, une nouvelle vague de pillages frappe le pays, ce qui accentue encore davantage l'état de délabrement total du Congo, et au cours de laquelle l'Ambassadeur de France, Philippe Bernard, est tué. En mars 1993, Mobutu limoge Etienne Tshisekedi pourtant élu souverainement.

Deux tendances s'affrontent désormais et le pays dispose de deux gouvernements : l'un issu de la Conférence Nationale, l'autre imposé par les forces alliées à Mobutu. En janvier 1994, sous les auspices de l'ONU, un compromis est signé entre les deux parties et le 9 avril, le Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT) est mis en place avec à sa tête Mgr Monsengwo. En juin, le Parlement élit Kengo wa Dondo Premier Ministre dans un gouvernement d'union nationale dit de "la troisième voie". Mais la transition n'aboutit pas et le pays s'enfonce dans des luttes intestines de pouvoir. Mobutu, affaibli politiquement et physiquement par un cancer de la prostate, s'exile dans sa résidence de Gbabolite au nord du pays, où il n'exerce plus qu'un pouvoir de fonction sans vision ni cohérence. Et ce, alors que démarre en avril 1994 un autre événement majeur non loin de là, qui va marquer durablement le devenir du Congo et entraîner Mobutu dans sa chute : le génocide rwandais.

GUERRES DU CONGO ET TRANSITION
Première guerre du Congo

En 1994, à la suite du génocide au Rwanda, les forces génocidaires hutus fidèles à l'ancien régime allié d'Habyarimana, se replient au Zaïre sous l'oeil complaisant de Mobutu, affaibli, qui laisse faire et n'a pas la capacité militaire de lutter... En 1996, pour venir à bout des camps de réfugiés où s'étaient mêlés des génocidaires, mais aussi pour d'autres desseins stratégiques comme le pillage des ressources du Congo, le Rwanda s'allie avec l'Ouganda et les rebelles banyamulenge (Tsutsi congolais) de l'est du Zaïre. C'est le début de la première guerre du Congo. Cette coalition militaire, avec le maquisard congolais Laurent-Désiré Kabila comme porte-parole, met en place l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), qui recrute de nombreux enfants soldats et s'empare rapidement du pays, ne trouvant comme adversaire qu'une armée zaïroise désorganisée et plus prompte à piller qu'à se battre. L'AFDL fait son entrée triomphale le 17 mai 1997 à Kinshasa, mettant ainsi fin au long règne de Mobutu qui s'exile au Maroc où il mourra des suites de son cancer le 7 septembre 1997 dans l'indifférence la plus totale. Depuis Lubumbashi, Kabila, communément appelé " Mzée " en swahili (" sage "), s'autoproclame Président et arrive à la tête d'un pays totalement détruit. La pauvreté y a en effet atteint des sommets inimaginables, la corruption et la débrouille faisant office de système économique. La dette extérieure du Congo étant alors évaluée à 17 milliards de dollars. À cette occasion, le Zaïre redevient République Démocratique du Congo et le drapeau reprend ses couleurs d'origine. Mais en dépit des déclarations d'intentions et de plusieurs mesures rencontrant le consentement général, le régime de Kabila dérive vite vers l'autocratie. En mai 1998, Kabila congédie ses anciens alliés rwandais et ougandais. Le 2 août 1998, des coups de feu éclatent à Kinshasa et à l'est du pays. C'est le début d'une nouvelle guerre d'agression : la deuxième guerre du Congo qui durera officiellement jusqu'en 2003 (suivie par la guerre du Kivu). Et qui verra toute la région s'embraser avec l'implication de neuf pays africains dans le conflit et d'une trentaine de groupes armés, provoquant la mort de millions de personnes dont de nombreux civils (certains analystes parlent même de génocide congolais). D'où son appellation de " première guerre mondiale africaine ", avec des conséquences sur l'instabilité à l'est du pays toujours bien actuelles aujourd'hui.

Deuxième guerre du Congo

Suite à la volte-face du Président L.D. Kabila vis-à-vis de ses anciens alliés rwandais et ougandais, le pays est à nouveau à feu et à sang. À Kinshasa, les troupes loyalistes fidèles à Kabila parviennent à renverser une tentative de coup d'état mal préparée. Mais au Kivu, quelques troupes de l'armée congolaise appuyées par le Rwanda font sécession et s'emparent de Goma et de Bukavu. Le nouveau mouvement rebelle se fait appeler Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD). Aidées par les anciens alliés de Kabila, les troupes du RCD ne tardent pas à s'emparer des principales villes de l'est du Congo. Toutefois, derrière ce mouvement se cache en réalité un objectif stratégique et économique visant à prendre la main sur les provinces orientales qui regorgent de ressources minières importantes. Ces armées d'invasion pillent systématiquement le territoire, éliminant la population locale, pour prendre possession de ces richesses. En s'emparant, grâce à un détournement d'avion, de Kitona, une base militaire proche de Kinshasa, les rebelles se retrouvent aux portes de la capitale, sans avoir eu à traverser le pays. Depuis Kitona, ils s'emparent de Matadi et de son port qui permet d'achalander Kinshasa, ainsi que du barrage d'Inga qui alimente en électricité la capitale. L'assaut de Kinshasa se solde toutefois par un échec cuisant des agresseurs. La population organisée chasse les rebelles et entame une chasse aux sorcières dans la ville contre les Rwandais. De son côté et suite à la défaite de Kinshasa, plusieurs dissensions s'opèrent au sein du RCD.

Par ailleurs, Kabila, qui a pu compter sur l'opiniâtreté des Kinois, sauve son régime grâce à une alliance avec son voisin angolais dont les troupes, aidées par des soldats du Tchad, du Zimbabwe et de Namibie, viennent à la rescousse des Forces Armées Congolaises. Finalement, six armées étrangères se battent sur le sol congolais. Les rébellions se multiplient. De son côté, le RCD se scinde en deux branches, l'une implantée à Goma et appuyée par le Rwanda (RCD-Goma), l'autre à Kisangani (RCD/KML) avec l'appui de l'Ouganda. Cette ville fera d'ailleurs l'objet d'un affrontement sanglant entre les deux factions pour son contrôle lors de la guerre des six jours opposant Rwandais et Ougandais. Dès novembre 1998, un autre mouvement rebelle rival dirigé par Jean-Pierre Bemba et appuyé par l'Ouganda et d'anciens proches de Mobutu, le Mouvement de Libération du Congo (MLC) est créé dans la Province de l'Equateur avec comme quartier général, la ville de Gbadolite, ancien fief de Mobutu. Les troupes du MLC sont en partie composées de soldats des Forces Armées Zaïroise et d'anciens mobutistes. Dans une partie de l'Equateur, l'ancien drapeau du Zaïre flotte à nouveau. C'est dans ces circonstances de guerre civile et d'ingérence de plusieurs pays africains dans les affaires du Congo que Kabila accepte, le 31 août 1999, de signer à Lusaka en Zambie les accords de cessez-le-feu qui amorcent une difficile période de transition vers la paix dans la région.

Kabila père et fils

Sur ces entrefaites, un événement tragique survient : le Président Laurent-Désiré Kabila est assassiné le 16 janvier 2001 dans des circonstances encore mal connues, par un de ses jeunes gardes du corps aux mobiles (et commanditaires) pour le moins flous. Il est remplacé par son fils Joseph Kabila alors âgé de 30 ans, qui hérite du pouvoir et se retrouve à la tête d'une nation en proie à la guerre civile, occupée à l'Est par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) ainsi que ses appendices, et par le Mouvement de Libération du Congo (MLC) au Nord. Sans parler de toutes les autres armées et milices régulières et irrégulières, étrangères et congolaises confondues, impliquées dans les multiples combats. Dans son discours d'investiture le 26 janvier 2001, le nouveau Président de la République promet l'ouverture du régime hérité de son père. Il rappelle les liens historiques avec la Belgique et affirme vouloir normaliser ses rapports avec la nouvelle administration américaine. Il réitère son engagement dans l'application des accords de Pretoria et de Luanda, accepte le déploiement de la MONUC (Missions des Nations Unies pour le Congo) dans l'Ituri et dans l'est du pays, et renoue avec la communauté financière internationale.

Dialogue inter-congolais et transition " 1+4 "

Ainsi s'amorce et se met en place le fort mal nommé " dialogue inter-congolais " rassemblant des ennemis d'hier et intégrant des criminels pilotés par des puissances étrangères antagonistes, au sein des institutions du pays en charge de sa reconstruction. Et ce, suite aux négociations entre les différents protagonistes (armés et non armés) de la crise congolaise à Sun City en Afrique du Sud, sous la houlette de la communauté internationale. Le dialogue inter-congolais aboutit en décembre 2002 à la signature de l'accord de Pretoria qui met en place et consacre en 2003 la nouvelle transition dite de 1+4 : soit un gouvernement dirigé par le Président Kabila assisté de quatre vice-présidents issus respectivement des composantes belligérantes et politiques en présence. Le gouvernement est nommé le 30 juin 2003, ce qui marque officiellement la fin de la guerre et le départ des troupes étrangères du pays. Cinq composantes et trois entités sont institutionnalisées pour le partage du pouvoir en vue de préparer les élections générales devant conduire à la mise en place des institutions de la troisième République. La nouvelle constitution est adoptée le 18 décembre 2005 par référendum populaire.

TROISIÈME RÉPUBLIQUE (2006)

La constitution de la troisième République promulguée le 18 février 2006 a ouvert la voie aux élections législatives et présidentielles de juillet et octobre 2006. Ces élections, considérées comme les premières élections libres en 30 ans, ont consacré la victoire de Joseph Kabila comme Président de la République, et de sa famille politique le PPRD-AMP (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie - Alliance de la Majorité Présidentielle) à la tête du parlement (Sénat et Assemblée nationale). S'en sont suivies des émeutes très violentes à Kinshasa opposant les partisans du candidat malheureux Jean-Pierre Bemba du MLC aux supporters de Kabila. La première législature et le premier mandat officiel de Kabila fils - qui ont marqué la fin de la guerre d'agression au Kivu avec l'arrestation du chef rebelle Laurent Nkunda - se sont achevés en novembre 2011, à l'occasion de nouvelles élections législatives et présidentielle. À l'issue de ce scrutin présidentiel à un tour, Joseph Kabila a été réélu pour un deuxième et, en théorie, dernier mandat de cinq ans, face à l'opposant historique Etienne Tshisekedi et son parti l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), qui ont largement condamné le processus électoral entaché d'irrégularités.

Ce qui a tout de même contribué à fragiliser Joseph Kabila au cours de ce second mandat présidentiel qui s'achève, et au cours duquel les troubles à l'Est ont repris de plus belle avec l'apparition du mouvement rebelle pro-rwandais M23 neutralisé fin 2013. Au terme d'une fin de mandat chahutée, et à l'heure où les risques d'instabilité à l'Est sont toujours bien réels malgré une accalmie, les nouvelles élections législatives et présidentielle sont programmées pour novembre 2016. D'ici là, les scrutins provincial et local, promis de longue date et jamais mis sur pied, devraient enfin avoir eu lieu, suivis de l'élection des sénateurs et gouverneurs de provinces. Ces scrutins, s'ils se déroulent comme prévu, devraient réserver leur lot de surprises et faire entrer la RDC dans une nouvelle ère politique, avec l'arrivée probable d'un nouveau président à la tête de l'Etat et élu au premier tour tel que prévu constitutionnellement, après les quinze années au pouvoir de Joseph Kabila. Un nouveau président à priori, qui aura assurément fort à faire pour garantir l'unité territoriale du Congo, plus que jamais mise à mal et menacée de par l'énorme convoitise que le pays n'a cessé de susciter au cours de son histoire mouvementée.

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