Le guide touristique GERS GASCOGNE du Petit Futé : Histoire

Histoire

Vestiges d'un lointain passé, legs d'hommes illustres, puissance de la terre : c'est à travers ces signes que l'on découvre un Gers qui a progressivement fondé son identité dans un esprit de tradition et de loyauté. La Gascogne est à l'image des hommes qui ont incarné cet esprit guerroyant et courageux, tel d'Artagnan. Châteaux, abbayes, villages et bastides témoignent de siècles mouvementés où le pays a su s'affirmer. Cette force tranquille fait aujourd'hui partie des nombreux atouts du département, même si sa population a été plus d'une fois décimée par tant d'ardeur.

PréhistoireHaut de page

Edouard Lartet : retenez bien ce nom, puisque c'est avec lui que tout a commencé. Ce Gerseois est l'un des pères fondateurs de la Préhistoire. Né à Castelnau-Barbarens, cet avocat était avant tout un passionné de paléontologie. Contre quelques conseils juridiques, il a échangé avec un paysan une turquoise trouvée à Simorre. Turquoise qui s'est avérée être... une dent de mastodonte. Quelques années plus tard, Lartet bouscule le monde scientifique en exhumant à Sansan le fossile du premier singe connu : le pliopithèque. Deux découvertes qui laissent envisager une riche campagne, peuplée d'espèces bien différentes que celles d'aujourd'hui ! Les fouilles du fabuleux site d'1,5 ha de Montréal-du-Gers confirmeront la diversité de la faune préhistorique. La concentration de vestiges y est unique et les lieux étaient certainement un marécage où les animaux auraient été piégés il y a fort fort longtemps... Les chercheurs, eux, s'y régalent depuis 1988 et pour cause : ce vaste cimetière a mis au grand jour plus de 20 000 ossements provenant de 90 espèces dont 4 inconnues ! Quand la Gascogne était une jungle, hippopotames et crocodiles s'ébrouaient dans le lac, tandis que les éléphants profitaient d'un climat de type subtropical. Les écureuils volants laissent penser que des arbres immenses étaient courants, mais les restes les plus troublants sont ceux d'une sorte d'immense lion, le mégamphicyon giganteus, d'un rhinocéros et surtout d'un cerf-girafe, un animal jamais enregistré présentant sur un corps de girafe une tête avec des bois. Les grottes de La Romieu, notamment le gisement de la Nauterie, recèlent des ossements d'ours, de lions des cavernes et de nombreux cervidés, mais aussi des silex et des galets. L'homme n'est entré dans ces régions que bien plus tard !

A La Brette à Condom, les nomades du Paléolithique supérieur suivent le chemin migratoire des animaux et font des haltes sur ce site de -38000 à -10000 semble-t-il. Grattoirs, burins et pointes de silex en témoignent, et les ossements de rennes, chevaux, chamois, renards et loups mettent en avant un climat froid proche de la steppe. Les chasseurs magdaléniens s'installent sur les hauteurs, à l'abri des vallées inondables, et puisent dans les matériaux naturels pour fabriquer des outils en bois ou en os. Une abondance de vestiges dont le site de Navère près de Lectoure regorge et laisse envisager une forte présence humaine. Au Néolithique, vers 5000 avant J.-C., les hommes se fixent sur le territoire et ce début de sédentarisation marque l'aube d'un nouveau monde. Le climat se réchauffe, les forêts grandissent, permettant chasse et cueillette. Les prémices de l'agriculture et de la domestication marquent la période. A Viella, des fragments de meule, des flèches et des outils sont trouvés. Si les objets polis sont communs, ceux de l'âge de bronze sont moins courants dans le Gers. Après la mise au jour d'une hache et d'une gouge, à Villeneuve-d'Astarac et Montréal, un site près de Jegun a révélé un ensemble de haches en bronze, notamment à ailerons, et des petits bracelets.

L'âge de fer est celui où les premières peuplades celtes s'implantent. Durant le 1er millénaire avant J.-C., elles se mêlent aux autochtones pour bientôt occuper majoritairement le territoire. Organisés par les Gaulois, descendants de ces différentes peuplades, bourgs et oppidums voient le jour. Les Auscii, les Elusates, les Lectorates, les Sociates ou encore les Nitiobroges en font des axes économiques qui favorisent les échanges. Les grandes capitales commencent à se former, principalement sur les territoires qui sont aujourd'hui Auch, Eauze et Lectoure. Des agglomérations secondaires comme celles de Vic-Fesanzac ou La Sioutat, ancêtre de Roquelaure, s'organisent et sont dédiées à l'artisanat et aux activités agricoles.

AntiquitéHaut de page

Il faut pourtant attendre 56 avant J.-C. et la conquête de l'Aquitaine par Crassus, le lieutenant de Jules César, pour qu'une véritable vie sociale ne se crée, notamment avec la mise en place de voies qui prouvent un fort cheminement. La romanisation s'appuie sur la Garonne et les anciens axes gaulois. Les différentes peuplades celtes sont intégrées à ce nouvel ordre qui change de nom et les sépare du reste des Gaulois. La Novempopulanie, " province des neuf peuples ", est créée durant les IIe et IIIe siècles, sa capitale est Elusa, ancêtre d'Eauze, et elle règne sur d'importants domaines agricoles. Au vu de la richesse des vestiges retrouvés, elle était probablement une brillante civilisation de marchands et d'agriculteurs. Pour la petite histoire, il faut souligner que ce sont les Romains qui ont importé la vigne sur ce territoire ! La domus de Cieutat, riche demeure de 3 000 m², témoigne par ailleurs d'un véritable art de vivre en ville tandis que l'ancien domaine d'un aristocrate local, la villa de Séviac (commune de Montréal), est un des exemples les plus frappants du génie architectural romain. Il s'y déploie, notamment à travers un système de chauffage perfectionné, des thermes somptueux avec eau chaude ou froide et des décoration de mosaïques en trompe-l'oeil. Parmi les découvertes remarquables de cette période, citons le trésor d'Eauze : un ensemble monétaire mis à jour en 1985 et comprenant des monnaies d'or, d'argent et de bronze, mais également un lot de bijoux (bracelets en feuille d'or, colliers pourvus d'émeraudes, bagues spectaculaires et camées). En 2011, un autre trésor a été découvert à L'Isle-Jourdain : des amphores contenant des milliers de pièces frappées à la fin du IIIe siècle à Rome, Londres, Lyon, Carthage et Trèves. A Roquelaure, de splendides fresques murales en témoignent également (exposées au musée d'Auch). Construite sur l'ancien oppidum des Lactorates, la cité Lactorate abritait un lieu de culte important à Jupiter et Cybèle où de nombreux sacrifices de taureaux et de béliers étaient pratiqués. Une vingtaine d'autels, réalisés en marbre, attestent de cette dimension religieuse qui se retrouve également à travers de nombreux ex-voto disposés sur l'ensemble du territoire, à Auch mais aussi à Castelnau-Barbarens ou encore Castéra-Vivent. Le culte païen n'était pourtant pas le seul et c'est encore une fois à Lectoure qu'on a retrouvé un sarcophage décoré de poissons et de feuilles de vigne, symboles du christianisme. Cette riche période de développement connaît le même sort que l'ensemble de l'Empire romain d'Occident : il s'effondre sous l'invasion barbare. La Novempopulanie est durement touchée, Eauze est anéanti en 409 et les destructions sont massives (les Vikings porteront le coup de grâce quelques siècles plus tard). Elle est conquise par les Wisigoths, avec le statut de peuple fédéré à partir de 418 et le repli économique est alors très important.

D'intrigantes piles gallo-romaines !

Entre le Ier et le IVe siècle, les propriétaires fortunés érigeaient des monuments funéraires pour honorer leurs morts, ce que l'on appelle aujourd'hui des " piles gallo-romaines ". L'ampleur de ces édifices traduisait les moyens financiers de la famille, un peu comme certains caveaux de nos cimetières actuels... A l'intérieur se trouvait un puits où l'on déposait des offrandes (vaisselles, amphores, alimentation, argent) et les cendres des défunts (coutume païenne typiquement romaine). Il est possible de voir, au détour des routes de campagnes gersoises, ces intrigants monuments, surgissant, pour la plupart, au milieu de nulle part. En voici quelques exemples à découvrir :

La pile gallo-romaine de La Turraque : elle se trouve au milieu d'un champ pas très loin du très joli village de Biran. Haute de 11,30 m et de forme arquée, elle serait la tombe d'un très riche propriétaire du IIIe siècle. Elle possède une petite alcôve sur le haut : c'est là qu'on a déposé l'urne où se trouvaient les cendres du défunt et une statue à son effigie. Elle a été classée monument historique en 1875.

La pile gallo-romaine de Peyrelongue : on l'aperçoit sur un flanc de colline au hameau de Larroque, à Ordan-Larroque. C'est la plus haute de toutes avec ses 12 m. Elle est impressionnante par ses dimensions. Classée monument historique en 1976, elle possède, entre autres, une niche ajoutée au XIXe siècle : elle aurait été christianisée.

La pile gallo-romaine de Betbèze : on la trouve à Mouchès, au milieu d'un champ. Malheureusement, elle n'est aujourd'hui plus entière, n'ayant pas résisté aux affres du temps et du climat.

La pile gallo-romaine d'Ortolas : sur une colline près du village de Lamazère, elle se dresse sur presque 6 m de haut. En partie abîmée, on aperçoit encore les particularités de sa structure. Appartenant aujourd'hui à un particulier, elle est inscrite sur la liste des monuments historiques depuis 1963.

La pile gallo-romaine de Montjoie : à l'extérieur du village de Roquebrune, moins haute que les autres, elle est voûtée en berceau si bien qu'on lui a attribué rapidement une fonction de temple. Elle a été classée monument historique en 1925.

Moyen ÂgeHaut de page
Statue de D'Artagnan à Auch
Statue de D'Artagnan à Auch

Au Ve siècle, les cités de Gascogne se christianisent peu à peu grâce à la présence d'évêques. Au début du VIe siècle, en 507, le roi wisigoth Alaric II est tué par Clovis. Les Francs poussent de plus en plus les Wisigoths vers le sud et dominent provisoirement l'Aquitaine qui voit la fin d'un siècle à peu près stable. Tandis que Clotaire règne sur la région d'Eauze et que Childeric Ier a la main haute sur Auch et Lectoure, une alliance se trame entre les Vascons, venus de l'autre versant des Pyrénées, et les Aquitains. En 561, cette union empêche la complète domination franque des territoires et permet même de la vaincre. La Vasconie, qui donnera son nom à la Gascogne, remplace définitivement la Novempopulanie et entre sous l'égide des ducs d'Aquitaine au VIIIe siècle. Charlemagne lui-même eut fort à faire avec les Gascons... Les périodes de troubles et de conflits ne commencent à se calmer qu'à partir de l'an 800, départ d'une nouvelle ère de progrès avec la saga des Sanche de Gascogne, dont le père - dit " le Courbé " - partage entre ses fils l'Armagnac, l'Astarac et le Fezensac. Leur autorité s'affaiblit au cours des IXe et Xe siècles même si la descendance d' Arnaud, le fils de la maison d'Astarac, jouera un rôle important dans l'histoire méridionale et arrivera à conserver ses terres jusqu'au XVIe siècle. Du XIe au XIIe siècle, le morcellement féodal entraîne l'indépendance des seigneuries et des abbayes locales par rapport à la tutelle princière, mais aussi royale. C'est le temps des châteaux, des castelnaus, des sauvetés et - bientôt - des bastides. En Gascogne, c'est un temps à la richesse infinie. Avec les collines, nul besoin de pics ou de pog et les bâtiments d'exception, d'abord en terre ou en bois puis en pierres et en briques, prolifèrent. Si la plupart seront modifiés au XVIe siècle dans une volonté de moderniser la défense, de Castet-Arrouy à Maignaut-Tauzia en passant par Lartigue, les bâtiments médiévaux embellissent le paysage. Bassoues en est un bel exemple : pour se protéger, les archevêques d'Auch y font élever un château avec des remparts et un donjon monumental qui reste un chef-d'oeuvre d'art militaire. Depuis cette tour de 43 m, la région est surveillée et le dessin du village est caractéristique des bastides avec ses rues droites qui se coupent en angle. Une des plus belles est certainement Fleurance, édifiée selon les règles très précises d'urbanisme du XIIIe siècle et ce sont d'abord les rues qui y ont été tracées avant que les maisons ne soient construites. Les bourgs et villages, nés pour la plupart dans le courant du XIe siècle se développent et s'étendent aux faubourgs. A Cologne ou Pessan, vous pouvez encore admirer des maisons à pans de bois et colombages. Les villes sont administrées par les consuls ou syndics, et ces magistrats assurent le fonctionnement des foires et des marchés où vins et céréales sont échangés par des paysans en plein essor. La Gascogne profite également du grand élan religieux de ce temps et de la découverte du tombeau de Saint-Jaques-de-Compostelle. Ce lieu de pèlerinage draine sur le territoire de nombreux voyageurs, car, pour le rejoindre, il faut emprunter la voie de Provence ou celle du Puy-en-Velay, deux pistes qui traversent ces terres et font connaître l'armagnac, " plus ancienne eau-de-vie d'Europe ", à travers tout le continent. Ils sont généralement accueillis dans prieurés et hôpitaux. Partout les abbayes prospèrent et une des mieux conservée est celle de Flaran, fondée en 1151 à proximité de la bastide de Valence-sur-Baïse, elle est au coeur d'un ensemble monastique cistercien qui a progressé jusqu'au XIIIe siècle (avant d'être remaniée au XVIIIe). Les Cisterciens ont joué un grand rôle dans la mise en culture des terres. Dans les églises, l'art roman est délaissé au profit de l'art gothique. Mais la contrée n'échappe pas aux pestes endémiques, notamment en 1348, année redoutable qui voit une partie de sa population décimée. Les XIVe et XVe siècles sont sans conteste ceux de l'apogée de la maison d'Armagnac qui, en 1304, fait l'acquisition du comté de Rodez et en 1405 achète le comté de L'Isle-Jourdain. A la mort de Louis d'Orléans, assassiné, Bernard VII d'Armagnac prend la tête de ses partisans en 1410 fonde, pour soutenir le roi de France, le parti (légitimiste et loyaliste) des Armagnacs contre les Bourguignons qu'il chasse des environs de Paris. Son successeur Jean IV d'Armagnac se rapproche du roi d'Angleterre et tente, tout comme les comtes de Foix et vicomtes de Béarn (Gaston Fébus a plus d'une fois défait ses puissants voisins de Gascogne, comme à Launac par exemple) de maintenir une indépendance qui échappe au roi de France, Charles VII. Il trouvera la mort lors de son emprisonnement et son fils, Jean V, reprend le flambeau. En 1473, lui aussi décède, après la prise de Lectoure par l'armée royale de Louis XI qui crée la sénéchaussée d'Armagnac. Alors qu'Auch se devait de l'être, elle est frappée par la peste et c'est finalement Lectoure qui aura le titre. Mais pour la maison d'Armagnac c'est l'heure de la fin. Brisée par cet affrontement et déclaré confisqué, le comté est réuni à la couronne de France en 1481. A la Renaissance, avec la révolution protestante, la Gascogne et la Guyenne redeviennent un champ de bataille.

De la Renaissance à la RévolutionHaut de page

Si c'est la fin d'une dynastie de prestige, une autre s'apprête à fonder une lignée d'exception. Le dernier comte d'Armagnac s'éteint sans héritier et sa veuve - Marguerite d'Angoulême - apporte, en 1525, le territoire comme dot à Henri II d'Albret, son nouvel époux. Leur fille, Jeanne d'Albret, jouera un rôle majeur dans les guerres de Religion. Désormais rattachée à la Navarre, la région ressort très affaiblie de cette période de conflits incessants. Comme partout en France, les thèses réformistes commencent à sévir et, au XVIe siècle, les hérétiques passent à l'attaque. Les idées luthériennes puis calvinistes apparaissent à Condom ou à Lectoure, des foyers protestants mettent à bas les églises catholiques qu'ils pillent, sous l'influence d'Antoine de Bourbon et de son épouse Jeanne d'Albret. Celle-ci milite en faveur de la réforme tandis que les défenseurs de la cause catholique sont représentés par la reine Catherine de Médicis. En 1569, le raid de Montgomery à travers la Gascogne marque la violence de ces guerres de religion : il détruit sur son passage tout ce qui n'est pas de son bord. La mise à sac de l'abbaye de Faran, les stigmates de la cité épiscopale de Condom et des destructions multiples témoignent comme autant de cicatrices de la barbarie qu'est cette sombre période. En 1589, Henri III de Navarre, fils de Jeanne d'Albret, devient roi de France sous le nom d'Henri IV. Il se convertit au catholicisme et, en 1598, l'édit de Nantes est signé, mettant fin aux guerres de Religion proprement dites. Henri IV rattache l'Armagnac au domaine royal en 1607, de nouvelles institutions et élections sont mises en place. Auch, après d'âpres batailles, obtient enfin le statut de sénéchaussée capitale tandis que Condom et L'Isle-Jourdain en deviennent des petites. Lectoure ne conserve que la Lomagne et le Brulhois. Les révoltes antifiscales sont nombreuses au XVIIe siècle, et beaucoup de paysans aisés jouent aux faux nobles. En 1645, l'Armagnac est donné au comte d'Harcourt et ses descendants le gardent jusqu'en 1751, date où il est définitivement réuni à la couronne, les grandes familles gasconnes ayant perdu tout pouvoir face à une bourgeoisie consulaire. Un intendant est alors nommé et c'est l'illustre Antoine Mégret d'Etigny qui gère une nouvelle généralité de 30 000 km². Jusqu'à sa mort, en 1767, il fait figure d'un des plus grands administrateurs de la monarchie française en province. Sa politique d'urbanisme et de développement de l'agriculture transforme la Gascogne qui entre dans le monde moderne et connaît, en plus, un renouveau catholique. L'Ancien Régime est bel et bien terminé et les évêques se succèdent à Auch, Condom, Lectoure et Lombez amenant une véritable impulsion de constructions mais aussi leur lot de réformes entre les XVIIe et XVIIIe siècles. Les archevêques d'Auch aménagent leurs quartiers d'été au château de Mazères et c'est le temps de l'enrichissement pour les producteurs d'armagnac et de vins, visible à travers les hôtels particuliers de Condom ou Lectoure. Les grandes familles du Gers mettent leurs cadets au service du roi de France et le vivier est tel qu'il crée une appellation, aujourd'hui légendaire : la compagnie des cadets de Gascogne. Réputés charismatiques, coureurs de jupons mais surtout sans peur, ces têtes brûlées à la forte loyauté se distinguent auprès du roi sur lequel ils exercent une réelle influence. On retiendra l'illustre Jean-Louis de Nogaret, favori d'Henri III, Antoine Nompar de Caumont, capitaine des gardes du corps du roi ou encore Charles de Batz de Castelmore fait " comte d'Artagnan ", certainement le plus emblématique des mousquetaires.

D'Artagnan, le cadet de Gascogne

Entre faits réels, romance et fantasmes, le plus illustres des mousquetaires du roi est sans conteste Charles de Batz de Castelmore plus connu sous le nom de d'Artagnan ! Ce cadet de Gascogne était avant tout un homme de guerre et fut un vrai héros qui brilla pour ses exploits. Né dans sa demeure familiale à Lupiac vers 1611, il rejoint Paris en 1630 et s'engage chez les cadets des Gardes françaises, en prenant un patronyme de la lignée de sa mère, une Montesquiou-Fezensac. Après de nombreuses opérations militaires, le protégé de Mazarin entre chez les mousquetaires du roi. Après leur dissolution, Louis XIV lui conserve toute sa confiance et elle se traduit à travers nombreuses missions. Lorsque la garde est reconstituée, il en assure le commandement officieux malgré un grade de sous-lieutenant et porte la robe typique des mousquetaires gris. Il se distingue lors de l'arrestation de Nicolas Fouquet puis celle de Lauzun ou encore dans la répression de la révolte de Roure. Devenu gouverneur de Lille, il ne songe qu'à retourner au champs de guerre et en voulant aider les jeunes officiers contre les Provinces Unies, il est tué à Maastricht en 1672. Sa vie palpitante et héroïque inspire encore aujourd'hui les oeuvres littéraires ou cinématographiques, mêlant fiction et histoire. A Auch, sa statue marque fièrement l'escalier monumental.

De la Révolution au XXIe siècleHaut de page

Un an après la prise de la Bastille, en 1790, le département d'Armagnac prend le nom de " Gers " et les Gascons deviennent alors, pour l'administration, des " Gersois ". Le premier conseil général du Gers est formé et compte des lettrés (juristes, médecins, professeurs, propriétaires terriens, ecclésiastiques). Alors que de nombreux événements agitent le Gers (émeutes, troubles religieux, problèmes monétaires), la vague révolutionnaire profite à la franc-maçonnerie. Mais, très vite, le conseil perd de son influence et, après une période d'insurrection royaliste suite au coup d'Etat du 18 Brumaire, les Gersois se rallient au nouveau régime napoléonien avec sa pacification. Parallèlement, les petits cadets de la Révolution deviennent de véritables maréchaux d'Empire et le Gers se place en seconde position des départements du Sud-Ouest en fournisseur d'officiers (amiraux, généraux). Plusieurs généraux des guerres révolutionnaires et napoléoniennes sont ainsi des Gersois comme, par exemple, Jean Lannes, originaire de Lomagne (né à Lectoure en 1769), maréchal de France et duc de Montebello, remarqué par Napoléon lors de la campagne d'Italie. La bonne condition physique des Gascons les prédestine à fournir des soldats nombreux pour cette période, qui marque une profonde saignée démographique : entre 1793 et 1815, des communes comme Condom, Lectoure et Fleurance perdent la moitié de leurs habitants !

Le Gers se positionne en département bonapartiste. Le Second Empire met ainsi au devant de la scène la famille des Granier de Cassagnac, farouches défenseurs du régime impérial et très influents dans la vie politique gersoise d'alors : des agents les secondaient même afin de quadriller entièrement le département !

Grâce à une prospérité économique certaine, de grands travaux sont menés dans le Gers : transformations de la ville d'Auch (escalier monumental de 370 marches reliant la ville haute et la ville basse au XIXe siècle), chantier de restauration d'églises, renouveau des châteaux transformés ou agrandis, débuts du chemin de fer, etc. De nombreux musées (musée des Jacobins à Auch) sont, en outre, créés dans le courant du XIXe siècle.

Les années 1890 sont marquées par l'émergence des républicains dans les bourgs et villes face à l'alliance des royalistes et des bonapartistes, plus appréciés des ruraux attachés au réel.

La Grande Guerre. Le Gers n'est pas un territoire de combats mais, comme partout durant la Grande Guerre, la mobilisation est générale et nombreux les soldats gascons parmi les poilus. Sur le territoire lui-même, les informations d'une presse qui se veut rassurante et celles officielles volontairement erronées masquent un temps la réalité de ce qui s'avère une boucherie. Les pertes humaines meurtrissent très vite les foyers et les morts se comptent par milliers. Après la période révolutionnaire, c'est une seconde saignée démographique d'envergure. Parmi les disparus, on relèvera celle d'Alain-Fournier, lieutenant du régiment de réserve du 88 RI de Mirande, resté dans les mémoires, non pas pour ses faits d'armes, mais pour son oeuvre littéraire, Le Grand Meaulnes. Tandis que le conflit dure et s'enlise, la solidarité s'organise dans le département et les hôpitaux militaires provisoires marquent différents sites. Partout les établissements sont transformés en lieux d'accueil pour blessés et des lits sont installés dans les écoles, les lycées, les couvents, les thermes et même au Grand Hôtel de Barbotan ou au château de Mazères, transformé en hôpital sanitaire numéro 36. Lorsque la guerre se termine, on en déplore les conséquences démographiques qui sont catastrophiques. Un recensement établi en 1911 montre que 221 114 personnes vivent dans le Gers... En 1921, il n'y en a plus que 194 406. Face à ce dépeuplement, un appel d'air agricole fait venir des Italiens en nombre. Mais la suite des générations est brisée, et cela s'en ressentirait plus tard, comme partout en France. L'immigration italienne est encouragé par les élites confrontées aux pertes de la Grande Guerre, l'exode rural et la faible natalité. Elle se trouve même un nom et le " rush vers la Gascogne " attire plus de 40 000 Italiens qui fuient la pauvreté en Italie, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, soit autant d'ouvriers agricoles inespérés. Le village de Blanquefort fait même office de véritable " petite Italie ". En 1939, des républicains espagnols arrivent dans une région qui se prépare, comme d'autres grandes nations, à un conflit armé douloureux : la Seconde Guerre mondiale.

Guerre de 1939-1945. En septembre 1939, les soldats sont à nouveau mobilisés contre un ennemi qui semble devenu traditionnel. C'est l'heure de l'exode vers le sud. Les réfugiés du Haut-Rhin affluent dans les trains de marchandises et les établissements communaux sont transformés en dortoirs, tandis que de nombreux foyers ouvrent leurs portes. Rien qu'à Lectoure c'est 1 500 repas journaliers qu'il faut assurer ! En juin 1940, la France fait face à sa défaite et le maréchal Pétain fait de Vichy la capitale du nouveau régime. Dans le Gers, situé alors en zone non occupée, les premiers mouvements d'opposition voient le jour de façon désorganisée. À Auch comme dans la plupart des villes du territoire, le refus de céder est plus fort : dès 1941, la résistance se met en place. Le tract Liberté est porté par de nombreux gersois, de l'exploitant terrien au quincaillier. En 1942, les résistants gersois se comptent par centaines, mais la majorité de la population reste fidèle à Vichy, jusqu'à ce que l'invasion du territoire fasse basculer l'opinion. " Liberté " se joint au mouvement " Vérité " qui devient " Combat ". Sa tête garde de nombreux activistes gascons qui l'appuient sur de nouveaux points d'ancrage. L'heure est au rationnement, mais, grâce à ses activités agricoles, le Gers souffre un peu moins que le reste de la population. Tandis que la répression s'intensifie, l'année suivante sera celle du rassemblement des groupes résistants et 1943 reste charnière dans leur organisation. Les préludes du dernier maquis sont là et, en 1944, la France se rebelle : sabotages, embuscades, attentats et combats rythment l'année. Les attaques sont nombreuses et les victoires se succèdent aux défaites, la plus meurtrière restant celle du mamelon de Priou où, en deux heures, les Allemands fusillent 74 personnes. Avec le débarquement, les maquisards multiplient les opérations de libération et ceux du bataillon d'Armagnac se distinguent notamment lors de la bataille de L'Isle -Jourdain qui fait 192 prisonniers ennemis, plus de 60 morts et permet la confiscation d'armements. Cette opération finale est la plus réussie. Il faut souligner que, dans cette période terrible, si le Gers n'a pas échappé à pas à la mise en place de lieux d'internement, il a fait preuve d'un élan de courage et d'humanisme remarquable. Les lieux de sauvetage ont permis à de très nombreux Juifs et personnes traquées de survivre, comme au château de Montéléone à Condom, celui de Seignebon à Dému, au centre Bégué de Cazaubon ou encore l'Immaculée-Conception de Lectoure. Défiant l'autorité et la peur, 32 Gersois ont accueilli et caché des familles entières : ils ont été reconnus " Justes parmi les nations ". Et il y en a sans doute eu beaucoup d'autres !

Lannes, un général d'exception

Campagnes d'Egypte, d'Italie et d'Allemagne, et siège de Saragosse : Lannes est de tous les combats et gravit les échelons de manière fulgurante. Un portrait en pied est visible au musée de Lectoure : tenue de parade et port de tête altier et sauvage montrent la détermination de l'homme, l'un des plus célèbres maréchaux d'Empire, passionné par Napoléon dont il dira : " Personne ne l'aime de coeur comme moi ".

Il meurt le 31 mai 1809 à Ebersdorf (Autriche), après la bataille d'Essling, où il fut blessé par un boulet de canon à la fin des combats.

De nos joursHaut de page

Le Gers reçoit de nos jours de nouveaux arrivants, des citadins mais aussi des retraités, des touristes, des amateurs de ruralité, des Français, des Anglais, des Hollandais et des Belges, qui s'adonnent pour certains à la rénovation de vieilles bâtisses voire à l'ouverture de gîtes. Le département a su garder un charme gascon avec ses beaux paysages, ses vieilles pierres et ses bonnes tables, offrant de la sorte un repos et une qualité de vie convoités. Agriculture, thermalisme et industrie agroalimentaire occupent une bonne partie du paysage gersois qui séduit aussi aujourd'hui par ses manifestations culturelles actuelles et, pour certaines, ancrées dans les traditions, comme les courses landaises et les corridas.

Côté politique, la majorité du département est largement dominée par la gauche, malgré quelques foyers de droite comme Mirande et Eauze.

Le Gers est devenu un département symbole de paradoxes : entre tradition et modernité, on voit s'y développer un mélange entre les lieux du passé et des manifestations délibérément jeunes, dynamiques, contemporaines et en marche vers l'avenir...

En ce début du XXIe siècle, le territoire reste contrasté, avec l'image d'un extérieur qui semble bouger : aménagement des bourgs et des villages, constructions individuelles qui se développent, etc. De nombreux projets sont menés pour contribuer au désenclavement du département. L'esprit rebelle et conquérant de d'Artagnan perdure ainsi en Gascogne et, face aux difficultés économiques, certains n'ont pas hésité à gagner d'autres contrées, en France ou ailleurs dans le monde. Sur place, ceux qui restent continuent d'honorer l'esprit des mousquetaires en usant de nouvelles armes. C'est dorénavant le pari de la haute technologie et des médias qui occupe la place, mais aussi l'authenticité des traditions.

Après la houle des périodes tumultueuses du passé, le Gers baigne aujourd'hui dans la sérénité, tel une grande mer calme où l'on cultive le bien-vivre, un territoire où le temps semble apaisé, presque suspendu. Le département a compris que pour séduire il devait miser sur une ouverture mais aussi et surtout sur la constante valorisation et la préservation des biens du passé.

Les sources de découvertes sont ainsi nombreuses et profitent à tout type de visiteurs : monuments anciens, sports et loisirs, séjours gastronomiques ou de bien-être notamment. Tous les moyens sont bons pour honorer la culture et les traditions du pays gascon.

Le Gers cultive une denrée de nos jours très convoitée : le goût du bonheur ! Il remplit avec brio son rôle, en faisant sien ce slogan révélateur, " Gers, le complice des jours heureux ".

Parmi les personnalités connues du public et liées elles aussi à cette terre gersoise, citons l'acteur Jacques Dufilho, le rugbyman Jacques Fouroux, le cuisinier André Daguin, l'industriel et patron de presse Jean-Luc Lagardère et le couturier Jean-Charles de Castelbajac.

Le Gers, terre d'accueil

Avec ses 366 000 habitants, le Gers était vers 1850 le département le plus peuplé de Gascogne. La population n'a cessé de diminuer depuis cette date pour se situer aux alentours de 180 000 habitants à la fin du XXe siècle. Plusieurs causes sont à considérer. La terrible hémorragie des guerres, de l'époque révolutionnaire puis de la Grande Guerre, cette dernière ayant décimé les régiments gersois d'élite en particulier le 9e, le 11e et le 88e régiment d'infanterie. Enfin, les départs vers les villes comme fonctionnaires, employés de chemin de fer, etc. La main-d'oeuvre manquait et, dès 1875, il a fallu faire appel à des étrangers. A partir de 1920, l'immigration se fait plus importante : les Italiens venus par villages entiers de Vénétie et du Piémont, les Espagnols fuyants la guerre civile rejoignent les Espagnols déjà dans le Gers depuis la fin du XIXe siècle. L'arrivée du nord et de l'est de la France avec l'exode de 1940 classait le Gers parmi les huit départements ayant le plus de réfugiés (soit 12 % de la population), puis l'arrivée des rapatriés d'Afrique du Nord (4 500 personnes) arrivés entre 1962 et 1964. Aujourd'hui, on recense quelque 6 000 étrangers dans le Gers : Britanniques, Hollandais et Allemands ont choisi notre département pour sa qualité de vie, son climat, sa gastronomie et surtout l'accueil des Gascons qui permet une rapide intégration dans le Gers qui ne compte que 30 habitants au km², ce qui le classe 91e au rang national.

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