Ce chapitre couvre la région allant de Mazar-e-Charif au corridor du Wakhan.

Le Nord, pour qui veut vraiment approcher l'Afghanistan dans son ensemble, est une région incontournable. De la chaîne de montagnes du Salang aux steppes d'Asie centrale, en passant par le désert de Dasht-e-Laïli, les paysages sont tellement variés qu'on croirait changer de pays. On voit bien la frontière quand on quitte les cols de Salang, où les montagnes cèdent la place à de grandes plaines cultivées, qui, plus loin, s'effacent devant les déserts du Nord-Ouest. L'habitat change également : des yourtes sur la route du Nord-Ouest, des tentes des kirghizes dans le Pamir... Le Nord, c'est aussi un voyage à la rencontre des ethnies : les Ouzbeks de Mazar-e-Charif, les Turkmènes d'Aqcha, les ismaéliens de Dochi ou encore les Kirghizes du Pamir. Costumes traditionnels, visages, un véritable inventaire de la diversité du monde. La principale grande ville du Nord, Mazar-e-Charif, a joué un rôle important dans l'histoire du pays. Sa proximité avec les autres républiques d'Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan et Turkménistan) lui a également valu un meilleur développement. Les Ouzbeks, ethnie ici majoritaire, sont également plus ouverts à la modernité que les habitants des autres villes du pays. A voir absolument : la Mosquée du vendredi de Mazar-e-Charif, magnifique joyau dans les tons bleus.

Le Nord, c'est également la route des sites bouddhiques : Takht-e-Rostam, Sukh Kotal, Balkh, de quoi satisfaire les amateurs d'histoire ancienne. La région du Nord regorge de sites antiques à visiter. Malheureusement, après 25 années de guerre, la plupart de ces monuments sont en ruine et ont souffert du pillage. Enfin, c'est le pays des élevages de chevaux, réputés depuis toujours, ainsi que du bouzkachi, ce sport national très pratiqué par les Ouzbeks. Il est indispensable d'y assister ne serait-ce qu'une fois.

Une des régions les plus accessibles aux touristes. Aujourd'hui, le Nord est considéré comme " calme " par rapport au reste du pays, même si des tensions ressurgissent entre les diverses factions. Ce sont les Allemands, contingent de l'OTAN, qui sont en charge des districts de Mazar et de Kunduz. Il est assez facile de se déplacer en voiture puisque les grands axes principaux sont asphaltés. Côté sécurité, il faut toujours se renseigner sur la situation avant de partir. Certains districts du Nord sont sujets à la criminalité. Il faut, quoi qu'il en soit, toujours rester vigilant.

Histoire. A la fin du XIXe siècle, Abdur Rahman, l' " émir de fer ", prend le contrôle du Nord et décide de peupler ces terres de colons pachtounes, au détriment des Ouzbeks. En effet, en 1886-1888, les Pachtounes se révoltèrent contre la domination d'Abdur Rahman. Pour les punir, ce dernier les déporta en masse vers le nord. En 1979, l'armée Rouge passa par le Nord lors de l'invasion de l'Afghanistan. Les populations du Nord eurent plus de difficulté à s'armer que celles du Sud, les régions frontalières avec le Pakistan. Après le départ des Soviétiques, les différentes factions qui s'étaient battues contre l'invasion russe se disputèrent le pouvoir. A la chute du gouvernement communiste afghan, en 1992, lorsque Burhanuddin Rabbani devint président et Ahmad Shah Massoud ministre de la Défense, il devint difficile de travailler entre Hazaras, Ouzbeks et Tadjiks, malgré les alliances conclues. Au début des années 1990, Ismaël Khan et Ahmad Shah Massoud tentèrent une alliance pour diriger le Nord et évincer Abdul Rachid Dostom. Et, le 6 novembre 1993, Massoud s'empara du poste frontière de Che Khan Bandar, sur l'Amou-Daria, contrôlant ainsi une des portes d'entrée du Nord. En janvier et février 1994, à Faryab, de nouveaux combats opposèrent le Djounbech (parti politique de Dostom) et le Djamiat (parti politique de Rabbani et de Massoud). Finalement, fin janvier 1995, Dostom reprit Kunduz à Massoud. Il n'y eut donc pas d'alliance à ce moment-là entre les partis de Massoud, de Dostom, de Khan et de Naderi (chef ismaélien).

Depuis le XIXe siècle, le contrôle du Nord est devenu la clé de la construction de l'Etat et du développement économique, car environ 60 % des ressources agricoles du pays et 80 % de ses anciennes industries et de ses ressources minières et énergétiques s'y trouvent. Le Nord est une région stratégique ; d'ici, on peut rejoindre la route pour Termez et l'Asie centrale. Pour les talibans, il était donc indispensable de réduire à néant les autonomies des chefs de guerre du Nord. En 1996, profitant du chaos, les talibans prirent le pouvoir, et les diverses factions moudjahidines décidèrent de s'unir pour les combattre. C'est ainsi que les hommes de l'Alliance du Nord sont pour la plupart issus des groupes de résistance antisoviétique. Ils s'étaient battus ensemble contre l'invasion russe entre 1979 et 1989. Créée le 13 juin 1997, cette alliance fut dirigée par Ahmad Shah Massoud jusqu'au 9 septembre 2001, date de sa mort. Mazar-e-Charif fut choisie comme capitale.Pendant plusieurs années, faute de moyens, ils établirent leur camp dans le nord-est du pays, sans trop en bouger. Mais, le 8 août 1998, les talibans prirent Mazar-e-Charif. En représailles à une révolte de 1997 où les habitants avaient massacré près de 3 000 soldats talibans, ces derniers exterminèrent plusieurs hommes, femmes et enfants hazaras lors de leur retour dans cette région. Petit à petit, ils s'emparèrent des territoires environnants, pour finalement contrôler 80 % du pays. En 2001, le Nord fut repris par l'Alliance du Nord, soutenue par les Etats-Unis désireux de voir la fin du régime taliban. Aujourd'hui, le Nord, région réputée assez calme, est de plus en plus sujet à l'insécurité et aux tensions entre les diverses factions. Le Hezb-i-Islami, le parti d'Hekmatyar, est très influent dans certaines poches de la région.

Géographie. Le Nord de l'Afghanistan est frontalier avec le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan et la Chine : au total, 1 700 km de frontières. Nous sommes en pleine Asie centrale. Un vent froid venu de Sibérie souffle sur ces steppes glacées du Nord et les hivers sont très froids (jusqu'à -30°).

La neige recouvre toutes les zones où l'altitude est supérieure à 600 m. Alors qu'en été les températures peuvent grimper très haut. L'Afghanistan a la forme d'un quadrilatère, avec un prolongement étroit à l'est. Un corridor d'une géographie exceptionnelle s'avance vers la Chine : c'est le Pamir et le Wakhan. Dans le Nord, on trouve des collines douces et des plaines, verdoyantes au printemps et désertiques et sèches le reste de l'année. Ces terres sont irriguées par les affluents de l'Amou-Daria : le Kunduz, le Kokcha, le Ab-i-Wakhan et le Balkh. Le Nord a les plaines les plus fertiles du pays : il bénéficie de précipitations entre avril et juin.

Les grandes villes de cette région sont Mazar-e-Charif, Kunduz, Maïmana, Baghlan, Pul-e-Khumri et Faizabad. Les provinces sont Faryab, Baghlan, Balkh, Badakhshan, Takhar, Samangan, Sari Pul et Jawzjan. L'agriculture pratiquée dans le Nord du pays est une agriculture sèche, dite " lalmi ". Elle dépend des pluies. C'est dans cette région qu'on élève le mouton astrakan, qui est la principale production bétaillère. Sa laine sert notamment à la confection des fameux chapeaux que porte le président Hamid Karzaï. Sur la route entre Mazar et Maïmana, on rencontre très souvent des caravanes de chameaux et des ânes. Le coton est une des cultures pratiquées, notamment dans la région de Pul-e-Khumri.

Diverses ethnies peuplent le Nord : les Ouzbeks et les Turkmènes, ainsi que les Tadjiks et les Pachtounes. Les Turkmènes vivent principalement à Andhoy, à Aqcha, à Sari Pul, à Balkh, à Badakhshan, à Sheberghan et à Maïmana. Ils vivent du commerce de l'astrakan et des tapis. Les Ouzbeks sont très nombreux à Mazar-e-Charif, à Kunduz, à Sheberghan et à Maïmana. Les Pachtounes qui vivent dans le Nord y ont été déportés volontairement par Abdur Rahman afin de repeupler ces régions. Ils y sont donc disséminés un peu partout.

Les lieux incontournables du Nord

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