Guide de MONTRÉAL : Histoire

Hochelaga, Ville-Marie, Mont-Royal
<p>Statue de Maisonneuve sur la Place d'Armes dans le Vieux-Montréal.</p>

Statue de Maisonneuve sur la Place d'Armes dans le Vieux-Montréal.

Avant l'arrivée des Français au Canada, la plupart des sites qui allaient devenir des lieux de colonisation étaient occupés par les Amérindiens, longtemps nommés Indiens puisque les découvreurs du Nouveau Monde s'étaient fixés comme objectif la découverte d'un passage vers les Indes. Premiers habitants de l'île de Montréal, établis dans le village d'Hochelaga, au pied du mont Royal, les Mohawks, appartenant à la nation iroquoise, étaient les alliés des colons français, quand ils ne choisissaient pas le camp des Anglais. Exemple de ces revirements d'alliances, l'incident qui eut lieu à Lachine et qui fut le plus sanglant qui ait marqué l'histoire du Québec : dans la nuit du 4 au 5 août 1689, les Iroquois détruisirent le village, brûlant la plupart de ses maisons et tuant, semble-t-il, 200 habitants.
À l'arrivée des Blancs se trouvait sur l'île une bourgade indienne, Hochelaga. Jacques Cartier, découvreur de la Nouvelle-France, visita l'endroit en 1535. Par ailleurs, un campement indien aurait été établi sur l'actuel campus de l'Université McGill. C'est à Jacques Cartier que le mont Royal doit son nom. L'ayant gravi, il se serait exclamé, émerveillé par le panorama : " C'est un mont réal ! ", alors que le baptême de l'île Sainte-Hélène, située juste en face de l'actuel centre-ville de Montréal, revient à Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec. Le mont Royal, seule éminence visible à des kilomètres à la ronde, était déjà, et demeure le pôle d'attraction, l'élément qui caractérise le mieux Montréal. Une première croix y fut plantée par Maisonneuve en 1643, en remerciement pour le sauvetage de la colonie menacée d'inondation.
C'est à titre de mandataire de la Société de Notre-Dame que Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, établit le 17 mai 1642 une première poignée de Français sur l'île de Montréal. Ce premier établissement, nommé Ville-Marie, était créé dans le but avoué de convertir les Indiens ou " sauvages ", comme on avait alors l'habitude de les appeler. Ce qui allait devenir bien plus tard la métropole du Canada comptait, à ses débuts, une quarantaine de colons, parmi lesquels se trouvaient Marguerite Bourgeoys et Jeanne Mance. Cette dernière allait, la même année, créer un premier hôpital, l'Hôtel-Dieu. L'institution a perduré mais changé de site.
Marguerite Bourgeoys, devenue il y a plusieurs années la première sainte québécoise, ouvrit une école de jeunes filles en 1658. C'est ainsi que les femmes imprimeront très tôt leur marque dans l'histoire de Montréal. En 1731, Marguerite d'Youville fonda la congrégation des Soeurs de la Charité. Mieux connues sous le nom de Soeurs grises, celles-ci prirent en charge l'hôpital des frères Charron et bien d'autres oeuvres.
Mais les femmes furent surtout les génitrices responsables du peuplement du pays, car le taux de natalité était très élevé au Canada. Ainsi, en 1660, Montréal comptait 400 habitants ; vingt ans plus tard, on en dénombrait 1 300, majoritairement canadiens. Vers 1700, la population atteignait 3 000 personnes.
En 1860, Montréal, communauté de 90 000 habitants, se concentrait autour de la Place d'Armes et ne débordait pas de la rue Sherbrooke. Un siècle plus tard, le Square Dominion (Dorchester) devenait le coeur de l'activité urbaine.
La Société de Notre-Dame, à l'origine de la fondation de Montréal, allait vite se ruiner dans cette entreprise mystique de conversion des Indiens : elle devra vendre la seigneurie de l'île de Montréal au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Ce changement de propriétaire s'accompagnera d'un changement de statut instauré par le nouveau roi de France, Louis XIV. Montréal deviendra ainsi un comptoir commercial. Des conflits avec Québec, le chef-lieu, ayant éclaté, Maisonneuve, gouverneur de Montréal, devra rentrer en France où il finira ses jours.

Chronologie

1535> Jacques Cartier explore le Saint-Laurent jusqu'à l'île de l'actuelle Montréal. Il débarque sur l'île et se rend au village iroquoiens fortifié d'Hochelaga qui compte environ 1 500 habitants. Il nomme la colline située à proximité " Mons realis " (mont Royal en latin).

1603 > Samuel de Champlain explore le fleuve, soit près de 70 ans après Cartier. À ce moment, Hochelaga, le village décrit par Cartier, a disparu.

1611> Champlain établit un poste de traite saisonnier sur l'île, dans un lieu qu'il nomme "Place Royale" (aujourd'hui le site de Pointe-à-Callière). Il doit se résoudre à l'abandonner puisqu'il ne peut la défendre contre les guerriers Mohawks.

17 mai 1642> Ville-Marie, la future Montréal, est fondée par Paul de Chomedey. Une petite colonie s'établit sur les berges du Saint-Laurent.

1653 et 1659> Maisonneuve est contraint de retourner en France pour recruter d'autres colons. Parmi les quelque 200 colons qui débarquent à Ville-Marie se trouve soeur Marguerite Bourgeoys, la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal en 1659. Ces nouveaux arrivants permettent le développement de l'agriculture afin d'assurer la survie et le développement de Ville-Marie.

1663> La Nouvelle-France devient une province royale.

1665 > La seigneurie de Montréal est cédée au Séminaire Saint-Sulpice de Paris. Les Sulpiciens influenceront de manière significative le développement de Montréal. La même année, la traite des fourrures devient, grâce à des interventions militaires françaises, une part principale de l'économie montréalaise.

1687> La ville est fortifiée.

1689> Malgré quelques périodes de tranquillité, les hostilités franco-iroquoises font de plus en plus de ravages dans la colonie à la fin du XVIIe siècle. On compte parmi les événements sanglants à survenir à proximité de Montréal le massacre de Lachine survenu le 5 août.

1701> Le traité de la Grande Paix de Montréal est signé entre le gouverneur de Nouvelle-France, Hector de Callières, et les représentants de 39 nations amérindiennes, et met ainsi fin aux hostilités.

1760> Les troupes britanniques s'emparent de la colonie. La Nouvelle-France passe sous contrôle anglais avec le Traité de Paris en 1763. Bien que le français fut la langue presque universellement parlée, la plupart des journaux, les affiches, et jusqu'aux enseignes des marchands français étaient en anglais.

1775> Le vent de la révolution passe par Montréal, les insurgés américains gagnent l'adhésion des colons.

1804 à 1812> La vieille ville déborde de ses remparts que l'on doit démolir.

1821> Fondation de la prestigieuse McGill University.

1824> La croissance rapide de la ville est accélérée par la construction du canal de Lachine permettant aux navires de franchir les fameuses rapides, ce qui facilitera les communications entre l'Atlantique et les Grands Lacs.

Début de la construction de la Basilique Notre-Dame de Montréal. Elle sera achevée en 1829, année de l'inauguration officielle.

1831 > Montréal obtient sa première loi d'incorporation municipale. Dès lors, elle est reconnue comme entité politique. Dorénavant, Montréal est découpée en huit quartiers, lesquels doivent élire respectivement deux représentants. Ainsi sera formé le Conseil municipal. Le maire est choisi lors de la réunion des conseillers qui suit les élections.

1833> Date officielle de l'entrée en vigueur de la charte. Montréal ouvre le premier scrutin de son histoire. Seuls les hommes âgés de 21 ans et plus, propriétaires de biens immobiliers et résidant dans la ville depuis au moins douze mois, peuvent élire les nouveaux représentants. Le 5 juin 1833, le nouveau Conseil nomme Jacques Viger premier maire de Montréal.

1843 à 1849 > Le Parlement du Canada-Uni est à Montréal avant son incendie par des émeutiers anglais, appelés aux armes par un article haineux du quotidien The Gazette. Le feu se propagea également jusqu'à la bibliothèque nationale détruisant d'innombrables archives de la Nouvelle-France. Les incidents incitent les députés du Canada-Uni à transférer la capitale en alternance à Toronto et à Québec.

1876> Création du parc du Mont-Royal, dessiné par Frederick Law Olmsted.

1880 > Montréal devient le noeud ferroviaire du pays avec l'installation du siège social du Canadien Pacifique en son sein. Le tout survient après la création de plusieurs chemins de fer, notamment celui du Grand Tronc la reliant à Toronto et aux provinces maritimes dans les années 1850, et celui du pont Victoria dix ans plus tard.

1909> Fondation du Canadien de Montréal, la plus vieille équipe de la Ligue nationale de hockey.

Première moitié du XXe siècle> Montréal devient le centre financier canadien. La ville se modernise et développe une réputation de "ville ouverte". Ce statut sera en déclin relatif dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale alors que les industries de fabrication de biens durables se déplacent vers le Midwest et le sud de l'Ontario. Le tout combiné à des changements technologiques, comme l'essor du camionnage et la mise en service de la voie maritime du Saint-Laurent, réduisent l'importance de Montréal comme centre de transbordement des marchandises.

Au cours des années 1920 > Travail, prospérité, fêtes, alcool, blues, jazz et relâchement des moeurs résument bien l'esprit de la métropole. Le redlight de Montréal est grandement visité et achalandé, non seulement par les touristes, mais aussi par les nombreux ouvriers et hommes d'affaires. Entrepôts, usines, hôtels, auberges, débarcadères, autobus, tramways et quelques clubs roulent tous à plein régime. Le Québec n'ayant pas maintenu bien longtemps sa loi sur la prohibition de l'alcool, il devient le seul territoire du continent où l'on peut consommer de la boisson en toute légalité. Ce sera donc cette période qui multipliera les voitures, bâtiments, édifices à étages, hôtels, prostituées, services publics et jeunes bourgeois.

1930 > Camillien Houde est réélu en tant que maire alors que Montréal se débat en pleine crise économique. En quête d'un emploi, les chômeurs défilent par centaines à l'hôtel de ville.

Inauguration du pont Jacques-Cartier reliant l'île à la rive sud.

Au cours des années 1940> Les femmes entrent sur la scène politique locale à titre de candidates. Au total, six femmes auront été conseillères municipales entre 1940 et 1960. Il faudra attendre près de 15 ans avant que d'autres Montréalaises s'illustrent sur la scène locale.

Les finances municipales sont dans un état critique. Les déficits budgétaires s'accumulent, et les banques refusent d'accorder de nouveaux prêts. Le gouvernement provincial revient à la charge en mettant Montréal sous sa tutelle. Pour la deuxième fois en un peu plus de 20 ans, la municipalité perd son autonomie.

Émergence de la communauté francophone de Montréal dans le domaine des arts, des sciences et du commerce.

Fin des années 1940> À l'aube des années 1950, l'administration municipale est sur la sellette. Dans une série de reportages publiés par le quotidien Le Devoir de novembre 1949 à février 1950, puis réunis dans une brochure intitulée Montréal sous le règne de la pègre, l'avocat Pacifique " Pax " Plante attaque l'intégrité du service de police. Preuves à l'appui, Pax Plante accuse les policiers de corruption et de complicité d'une série d'activités illégales. La Commission d'enquête ouvre ses audiences en septembre 1950 pour un rapport en octobre 1954 : près de 5 000 chefs d'accusation, lesquels impliquent principalement une soixantaine d'officiers du corps policier.

1955> Inauguration de l'Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, lieu culte d'importance.

1959 > Mise en service de la voie maritime du Saint-Laurent.

1960 > Début de la Révolution tranquille : le gouvernement du Québec prend d'importantes mesures économiques et sociales.

Jean Drapeau est réélu comme maire (mandat précédant de 1954 à 1957). Il se distingue nettement de ses prédécesseurs. Son style de leadership vise l'efficacité et un exercice plus réfléchi de l'activité politique. Il tire profit de sa forte personnalité : pendant 25 ans, il est réélu.

Au cours des années 1960> Drapeau souhaite donner de l'envergure à Montréal et étendre son rayonnement à travers le monde. Il encourage d'abord la croissance du centre-ville, puis en 1966, le métro est inauguré. L'année suivante, l'Exposition universelle de Montréal accueille des visiteurs de tous les continents.

1967> Visite du général de Gaulle, qui lance "Vive le Québec libre ! ". Les états généraux du Canada français, tenus à Montréal, décident d'une orientation vers l'indépendance du Québec et le rejet catégorique du fédéralisme canadien. Exposition universelle de Montréal.

1970> Le Front de libération du Québec (FLQ), mouvement révolutionnaire prônant l'indépendance de la province, devient de plus en plus actif. Depuis 1963, il commet plusieurs actions armées à motivation politique dans la ville et ailleurs. En octobre survient la "Crise d'octobre" avec plusieurs événements d'importance historique et politique à Montréal. À la demande du Gouvernement du Québec et de l'administration municipale de Montréal, La Loi sur les mesures de guerre est déclarée le 16 octobre, à 4 heures du matin. La crise prend fin à l'aube de l'été 1971.

1976> Jeux Olympiques d'été (XXIe olympiade). Cependant, le Canada fera une bien piètre performance en se classant au 27e rang (sur 37 !) avec un total de 11 médailles : 5 d'argent et 6 de bronze.

1986> Jean Doré devient le 39e maire de Montréal, succédant ainsi à Jean Drapeau.

1992> 350e anniversaire de la fondation de Montréal. Pour souligner le tout, on inaugure le Musée Pointe-à-Callière (musée d'archéologie et d'histoire de Montréal), le Biodôme et le nouveau Champ-de-Mars. Réaménagement majeur du Vieux-Port de Montréal.

1994> Pierre Bourque et son parti Vision Montréal remportent une éclatante victoire et il devient le 40e maire de la ville. Bien connu du milieu municipal, il a été responsable ou impliqué dans la réalisation de nombreux projets d'importance dont l'aménagement paysager d'Expo 67, les Floralies internationales, le Jardin botanique et le Biodôme. Il sera réélu en 1998. Son plus grand rêve et projet : de voir un jour se concrétiser une ville de Montréal qui s'étend à l'ensemble du territoire de l'île. "Une île, une ville ! ".

1998> La tempête de verglas va partiellement paralyser la ville pendant quelques semaines au début janvier.

2001 > Gérald Tremblay, chef de l'Union des citoyens et des citoyennes de l'île de Montréal, est élu à la tête de la nouvelle Ville de Montréal et devient le 41e maire.

2002> Au 1er janvier 2002 naît officiellement cette nouvelle entité composée de 27 arrondissements et comptant dorénavant 1,8 million d'habitants, soit le double de la population de l'ancienne ville de Montréal. Chaque arrondissement est doté d'un conseil et d'un président d'arrondissement.

2004 > Le nouveau ministre québécois des Affaires municipales, Jean-Marc Fournier, dépose dès juin le projet de loi concernant la consultation des citoyens sur la réorganisation territoriale de certaines municipalités. Les citoyens de 22 anciennes villes du territoire montréalais optent pour la tenue d'un référendum. Résultat : quinze anciennes villes sont reconstituées et la Ville de Montréal compte dorénavant quelque 1 580 000 habitants.

2005> Gérald Tremblay est réélu comme maire de Montréal.

La ville est l'hôte des Championnats du monde de natation FINA. Pour ce faire, de nouvelles installations sont construites au Parc Jean-Drapeau. Malheureusement, l'organisation est un véritable fiasco avec un déficit de 4,8 millions de $.

2006> La Ville de Montréal est dorénavant constituée de 19 arrondissements et dirigée par 105 élus (le maire, 19 maires d'arrondissement, 45 conseillers de la ville et 40 conseillers d'arrondissement).

Montréal accueille les 1ers Outgames mondiaux (événement sportif et culturel d'envergure internationale organisé par l'Association internationale sportive pour gays et lesbiennes).

2009> Réélection du maire Gérald Tremblay pour un 3e mandat. La campagne électorale a surtout porté sur l'éthique et la gouvernance dans la foulée du scandale des compteurs d'eau, et de collusion dans l'octroi de contrat en infrastructure.

2012 > Lors de la Commission Charbonneau (commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction), le maire et son parti sont éclaboussés par de nombreux scandales. Le 5 novembre, il annonce sa démission et son retrait de la vie politique. Michael Applebaum est alors nommé maire par intérim jusqu'aux prochaines élections de novembre 2013.

Juin 2013> Le maire par intérim est arrêté par l'Unité permanente anticorruption (UPAC), le 17 juin. Il fait entre autres face à 14 chefs d'accusation de fraude envers le gouvernement, de complot et d'actes de corruption. Il démissionne le lendemain. Laurent Blanchard le remplace jusqu'aux prochaines élections municipales.

3 novembre 2013> La province vote pour élire les nouveaux maires des villes et municipalités du Québec. Avec tous les déboires de la dernière année dans la métropole, les Montréalais espèrent un changement. C'est Denis Coderre, ancien député libéral fédéral, qui remporte les élections avec 32 % des voix.

2017> Montréal célèbre le 375e anniversaire de sa fondation. Plusieurs projets d'envergure sont mis en chantier, sans compter les activités spéciales présentées tout au long de l'année.

Le 5 novembre, Valérie Plante est élue mairesse de Montréal, première femme de l'histoire à occuper ce poste.

La foi et la France

Les premières rues de Montréal sont tracées en 1672 par le supérieur du séminaire, Dollier de Casson, un fort gaillard de près de 1,92 mètre qui avait été d'abord soldat. Si le clergé et les communautés religieuses jouaient un rôle important dans le développement de la ville, créant des établissements hospitaliers et scolaires, la foi aidait à préserver la langue et la culture françaises face aux différentes vagues d'immigration et tentatives d'assimilation du Canada anglais.
Les guerres, menées à la fois contre les Indiens (en 1644, Maisonneuve avait dû tuer d'un coup de pistolet un Iroquois lors d'une confrontation à Pointe-à-Callière) et contre les Anglais, contraindront les autorités à fortifier la ville et ce, malgré la signature en 1701 par les Sulpiciens, seigneurs de l'île, d'un traité de paix avec les Iroquois. Les vestiges d'un mur de pierre ont été mis au jour, derrière l'hôtel de ville, pour les célébrations du 350e anniversaire de la fondation de Montréal, en 1992. La ruelle des Fortifications témoigne encore de l'emplacement des murs du côté nord. Ces mesures de protection ne freineront cependant les convoitises ni des Anglais (signature de la capitulation de la Nouvelle-France à Montréal, en 1760), ni des Américains qui s'installeront à Montréal pour une brève période en 1775 et 1776. En fait, ces murs ne protégeaient pas vraiment dans la mesure où les maisons, construites sur un terrain en dos d'âne, les surplombaient.
C'est un Français, ami des Américains, Fleury Mesplet, qui créera, en 1778, le tout premier journal du Québec, La Gazette du commerce et littéraire pour la ville et le district de Montréal. Imprimé au Château Ramezay, ancienne résidence du gouverneur de Montréal et aujourd'hui musée historique, cet hebdomadaire bilingue est devenu The Gazette. Ainsi, le plus vieux journal de Montréal est aujourd'hui le seul quotidien anglophone de la ville.
Située à l'extrémité navigable du fleuve Saint-Laurent et au confluent des voies fluviales donnant accès à l'intérieur du continent et menant jusqu'à la Louisiane et au Pacifique, Montréal fut longtemps le centre économique, militaire et administratif du nouveau pays. Les premières institutions parlementaires y ont vu le jour. La première activité commerciale florissante fut celle de la fourrure.

Personnalités marquantes

Jacques Cartier (1491-1557). Né à Saint-Malo, ce navigateur, surnommé le " découvreur du Canada ", parti à la recherche d'une nouvelle route vers les Indes, atteint, en 1534, Terre-Neuve et la côte du Labrador (déjà découvertes par Jean Cabot en 1497), avant de débarquer à Gaspé pour prendre possession du Canada au nom du roi de France, François Ier. Il entreprendra encore deux ou trois autres voyages (1535, 1541 et peut-être 1543) au Canada. Il est immortalisé par un buste trônant fièrement à l'entrée de l'île Sainte-Hélène, sur le pont qui porte son nom. Une statue de Jacques Cartier avait aussi été érigée, en 1896, dans le Square Saint-Henri. Ce parc, caractéristique du début du siècle, se distingue des autres en ce qu'il fut conçu dans une ville aujourd'hui disparue. Dans le parc de l'université McGill, au 805 Sherbrooke Ouest, une plaque commémorative rappelle que Jacques Cartier se rendit à cet endroit pour visiter le village indien d'Hochelaga, abandonné en 1600.

Samuel de Champlain (vers 1567-1635). Né à Brouage, en Saintonge, cet explorateur et colonisateur est envoyé par Louis XIII, en 1603, en mission de reconnaissance au Canada où il explore le Saint-Laurent jusqu'aux rapides de Lachine. Lors d'un second voyage, il explore la côte Atlantique du Canada (1604-1607), avant d'établir une colonie française à Québec en 1608, s'alliant aux Algonquins et aux Hurons contre les Iroquois. Durant son séjour au Canada, il explore une partie des Grands Lacs (lacs Nipissing, Huron, Ontario et Champlain) en 1615-1616 mais se consacre surtout à l'organisation de la colonie dont il est nommé lieutenant-gouverneur par le duc de Montmorency en 1619.

Jeanne Mance (1606-1673). Véritable pionnière de la Nouvelle-France, elle s'embarque comme missionnaire afin d'y fonder puis diriger l'hôpital Hôtel-Dieu grâce à la donation de Mme de Bullion et de la Société Notre-Dame de Montréal. On la considère également comme cofondatrice de Ville-Marie (Montréal) aux côtés de Paul de Chomedey de Maisonneuve en 1642. L'Église catholique la reconnaît comme Vénérable et on la célèbre chaque année le 18 juin.

Paul de Chomedey de Maisonneuve (1612-1676). C'est à titre de mandataire de la Société de Notre-Dame que Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, établit le 17 mai 1642 une première poignée de Français sur l'île de Montréal. Ce premier établissement, nommé Ville-Marie, fut créé dans le but avoué de convertir les Indiens ou " sauvages ", comme on avait alors l'habitude de les appeler. Ce qui allait devenir bien plus tard la métropole du Canada comptait, à ses débuts, une quarantaine de colons. Le fondateur de Montréal, debout, brandissant la bannière de la France, se dresse sur la place d'Armes, face à la basilique Notre-Dame, rendez-vous des touristes. Au pied de ce monument, chef-d'oeuvre de Louis-Philippe Hébert, un guerrier iroquois, Jeanne Mance, Le Moyne et Lambert Closse, personnages historiques de Montréal, lui tiennent compagnie.

Marguerite d'Youville (1701-1771). En 1731, Marguerite d'Youville fonda la congrégation des Soeurs de la Charité. Mieux connues sous le nom de Soeurs grises, celles-ci prirent en charge l'hôpital des frères Charron et bien d'autres oeuvres. La fondatrice des Soeurs grises a donné son nom à la place d'Youville où s'élève un obélisque portant les noms de tous ceux qui vinrent s'établir dès les débuts de la fondation de Montréal.

Reine Victoria (1819-1901). Elle fut la reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du 20 juin 1837 jusqu'à sa mort. Suite à la Confédération canadienne de 1867, à laquelle elle était non seulement favorable mais elle utilisait en plus son influence comme élément rassembleur au sein des provinces, elle devint également reine du Canada, la toute première dans l'histoire du pays. Elle ne se rendra toutefois jamais en sol canadien. Sa statue se dresse dans le Square Victoria, près de la tour de la Bourse. À noter, l'une des bouches de la station de métro Square-Victoria est typiquement parisienne : c'est un don de la Ville de Paris. La reine Victoria a aussi donné son nom au plus vieux pont reliant Montréal à la rive sud.

Le deuxième port des Amériques

La situation insulaire de Montréal sur ce grand fleuve s'ouvrant sur une riche portion de l'Amérique industrielle contribuera au développement économique de la ville. L'année 1824 sera, à cet égard, une date importante : l'ouverture du canal de Lachine permettant en effet de contourner les tumultueuses rapides du même nom. Des industries s'implantent aux abords de cette voie de navigation, qui lance l'ère de l'industrialisation. Sur le site aujourd'hui abandonné, on a aménagé des sentiers pédestres et une piste cyclable. Le développement immobilier actuel s'affaire également à convertir en condos luxueux les nombreux entrepôts en bordure du canal. Ce dernier est devenu un lieu de plaisance alors que depuis 1959, c'est par la voie maritime du Saint-Laurent que les bateaux transocéaniques peuvent remonter le fleuve jusqu'aux Grands Lacs.
Au fil du temps et avec la croissance économique, le port va accaparer toutes les berges du fleuve. Le Vieux-Montréal est progressivement délaissé, ses bâtiments historiques sont convertis en entrepôts, tandis que la ville se répand de tout côté. Seule la montagne pourra résister aux assauts des spéculateurs et des constructeurs. Source majeure du développement de la ville en 1880, le port de Montréal ne cède qu'à New York le titre de plus grand port d'Amérique. Montréal est alors le terminus canadien du vaste réseau ferroviaire nord-américain. L'essor industriel a amené d'abord les Irlandais, puis les Italiens et les Juifs qui vont composer les importantes minorités culturelles de cette jeune métropole, redevenue francophone de plein droit beaucoup plus tard.
Une décision administrative prise en 1792 aura un impact important sur la ville, qui sera alors divisée en deux parties, est et ouest, à partir du boulevard Saint-Laurent. Traversant l'île du sud au nord depuis le début de son histoire, ce boulevard constitue aujourd'hui la démarcation entre l'ouest et l'est de la ville, et sert un peu de frontière entre francophones et anglophones, alors que les communautés ethniques se sont établies le long de cet axe, au fil de leurs migrations.
Montréal sera administrée par des gouverneurs qui se succéderont jusqu'à ce que le roi William IV donne son accord au projet d'incorporation de la ville. En 1833, un premier maire, Jacques Viger (1787-1858), est élu par le premier conseil de ville. En 1844, Montréal devient, pour quelques années, la capitale du Canada-Uni. En 1849, l'édifice du Parlement est la proie d'un incendie criminel.
L'année 1824, qui a vu l'ouverture du canal de Lachine, est également marquée par le début des travaux de construction de la basilique Notre-Dame qui, après avoir longtemps dominé le paysage urbain, est aujourd'hui un indispensable rendez-vous pour les visiteurs. On y apprécie les qualités des artisans québécois tout en retrouvant sur les vitraux l'histoire de la ville. En face, sur la Place d'Armes, un monument représente le fondateur de Montréal, Maisonneuve.

Cent clochers et quelques ponts

Montréal a été marquée par la construction de tant d'églises qu'on l'a surnommée " la ville aux cent clochers ". Mgr Bourget qui " régna " durant cet âge d'or de la foi (et de la croissance de la cité) voulut même que sa cathédrale, Marie-Reine-du-Monde, fût érigée en plein fief anglophone, à l'ouest de la ville, et qu'elle fût une réplique, à plus petite échelle, de Saint-Pierre de Rome. Autre lieu culte d'importance, l'Oratoire Saint-Joseph, construit dans les années 1930, sur le flanc nord-ouest du mont Royal, résulte de l'ardente vision d'un thaumaturge, le frère André, béatifié depuis et finalement canonisé en 2010. Haut lieu de pèlerinage, l'Oratoire reçoit des visiteurs du monde entier, et son dôme est le troisième plus grand au monde. Du parvis, vous découvrirez une vue grandiose sur une partie de la métropole.
Le premier pont à traverser le fleuve Saint-Laurent fut construit entre 1854 et 1859. Le pont Victoria était alors considéré comme l'une des sept merveilles du monde. Bien des immigrants irlandais sont morts au cours des travaux. Ce pont est encore parcouru par les trains et les automobiles, et les Irlandais forment toujours une communauté locale importante. Récemment restaurée, la cathédrale Saint-Patrick témoigne bien de leur participation à l'évolution de Montréal.
En 1876, le mont Royal est aménagé en parc. Pour ce faire, la ville se porte acquéreur de terrains au coût d'un million de dollars, ce qui était une somme énorme pour l'époque. De l'aspect original de ce haut lieu montréalais, on n'a conservé que le sommet de Westmount, situé dans la ville du même nom, tout juste derrière l'Oratoire Saint-Joseph. L'année suivante, on inaugure l'hôtel de ville.
Vers la fin du XIXe siècle, le développement de Montréal est marqué par l'annexion de plusieurs villes et villages voisins, qui n'en conservent pas moins leurs caractéristiques. Toutefois, les vieux quartiers ouvriers ont été transformés depuis par le réaménagement urbain (construction de logements sociaux et de tours d'habitation) et par le retour d'une partie des citadins dans le centre-ville, tandis que les banlieues hors de l'île continuent d'attirer les industries et les jeunes ménages.
C'est avec l'inauguration, en 1887, de la première ligne de chemin de fer transcontinentale que s'amorce le début d'un âge d'or pour Montréal. Les résidences-palais qui surgissent témoignent de la richesse d'une ville qui concentrait alors plus de 70 % des fortunes du pays.
Durant la prohibition américaine, Montréal est très courue par les Américains. C'est le début des grands cabarets de nuit qui vont lui faire une joyeuse réputation. Montréal accueille des artistes venus de partout, et quelques Français choisissent de s'y établir lors de la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, le développement d'un authentique show business québécois amènera la consécration de vedettes telles que Félix Leclerc, indéniablement le père de la chanson québécoise (un monument lui est dédié dans le parc La Fontaine), et, plus récemment, Roch Voisine, Céline Dion, Isabelle Boulay et Garou, pour ne nommer que ceux-ci.
En 1967, Montréal accueille l'exposition internationale Terre des Hommes, ce qui lui permet de marquer à nouveau sa vocation internationale, alors qu'elle est en passe de perdre son titre de métropole du Canada. À la faveur d'un renouveau nationaliste, les francophones occupent plus de place dans les administrations ; on se bat (les débats se poursuivent encore) pour le fait français. On ira jusqu'à légiférer sur la langue d'affichage des commerces. La montée du nationalisme est marquée par des attentats terroristes, culminant avec l'enlèvement d'un diplomate britannique et l'assassinat d'un ministre québécois lors de ce qu'il est convenu d'appeler la Crise d'octobre. Cela se passe en 1970, au lendemain de la commission d'enquête sur le biculturalisme et le bilinguisme, commission qui a constaté la situation d'infériorité économique des francophones, et au début de la réforme de l'enseignement collégial.
Résultat : le Québec va changer d'allure avec la venue au pouvoir à Québec du Parti québécois. Aux réformes sociales qui aboutissent à la nationalisation de l'électricité et de l'assurance-santé s'ajoute une loi sur la langue qui fait encore parler. Le visage de Montréal devient de plus en plus français ; les francophones accèdent à des postes de direction dans les grandes entreprises et les anglophones sont de plus en plus nombreux à quitter la ville pour l'ouest du Canada. Tel est le résultat de la Révolution tranquille amorcée dans les années 1960. Mais les enfants de l'après-guerre n'ont pas suivi les traces de leurs parents en matière de naissances et, depuis les années 1970, ce sont les immigrants qui font croître la population. Les statistiques concluent à une baisse de la population anglophone et à une augmentation des allophones (du grec allos = autres), principalement à Montréal.
Quatrième ville francophone au monde, Montréal a longtemps été la deuxième plus grande ville anglophone du Canada. Elle était administrée par des anglophones qui tenaient les commerces et les industries, et c'est en anglais qu'on affichait partout en ville. Autour du mont Royal, on avait vu s'implanter, d'un côté, l'Université McGill (anglophone) et de l'autre, l'Université de Montréal (francophone). Parallèlement, les riches résidences des anglophones se concentraient à Westmount et celles des riches francophones à Outremont. Les choses ont bien changé depuis : des francophones habitent dans le bastion anglophone de Westmount, tout comme dans les villes de l'ouest de l'île, longtemps désigné comme le West Island.

De nos jours, Montréal est un véritable melting-pot de communautés culturelles provenant des quatre coins du monde et est également reconnue comme l'une des meilleures villes étudiantes au monde, sans oublier sa qualité de vie fort enviable. À cela s'ajoute une métamorphose de plusieurs secteurs et artères de la ville où la culture, le design et les aires piétonnes urbaines ont la cote, plusieurs de ces projets étant des legs du 375e anniversaire de la métropole, fêté en 2017.

Adresses Futées de MONTRÉAL

Où ?
Quoi ?
Ailleurs sur le web
Avis