Un effroyable passé hante cette petite ville de 6 000 habitants située en République serbe, à quelques kilomètres de la Serbie. En apparence, Višegrad a tout de la carte postale. La Drina coule ici au milieu d'une large vallée verdoyante, enjambée par le magnifique pont Mehmed Pacha Sokolović. C'est lui qui inspira en 1945 le roman Le Pont sur la Drina du prix Nobel de littérature Ivo Andrić. C'est aussi l'un des deux seuls monuments du pays classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Autre atout pour Višegrad : depuis 2010, le réalisateur Emir Kusturica s'est pris de passion pour la ville. Il y a tourné ici son film adapté du roman d'Andrić. Pour cela, il a fait construire sur la rivière, en plein centre de la ville, un énorme décor en pierre aujourd'hui transformé en complexe touristique. A peine terminée, cette cité idéale appelée Andrićgrad (la " ville d'Andrić ") attire déjà les touristes. Que d'attraits pour cette riante petite ville.

Les massacres de Višegrad. Oui, mais voilà, Višegrad fut le théâtre d'un des pires massacres de la guerre de 1992-1995. Dans la ville et ses environs, plusieurs centaines de civils bosniaques furent tués : 3 000 morts selon le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Pendant plusieurs jours, à partir de la fin du mois de mai 1992, les forces paramilitaires serbes locales massacrèrent méthodiquement hommes, femmes, enfants, vieillards et nouveau-nés. Comment ? Le plus souvent en les égorgeant ou en les exécutant d'une balle sur le pont Mehmed Pacha Sokolović avant de jeter les corps dans la Drina. Autre fait sordide, environ deux cents femmes bosniaques ont été détenues à l'hôtel Vilina Vlas (7 km au nord-est) où elles furent violées et torturées pendant des semaines avant d'être achevées ou de se suicider. A peine une dizaine a survécu. D'autres crimes ont été commis dans les forêts voisines. Tous ces faits ont été confirmés par le TPIY et les principaux coupables, condamnés.

Une histoire effacée. A Višegrad, comme dans bien d'autres endroits de Bosnie-Herzégovine, on préfère oublier, et même transformer l'histoire. Presque sans surprise, on découvre près du pont une statue en l'honneur des paramilitaires serbes " défenseurs martyrs " (palih boraca) de la ville. Mais ici, on est allé encore plus loin dans le négationnisme. Le très controversé Kusturica a apporté tout son poids à cette réécriture du passé. Il a voulu Andrićgrad comme le symbole d'un certain idéalisme serbe. Le souci, c'est que le projet a vu le jour en plein centre de ce qui fut pendant des siècles une ville musulmane. Cette volonté d'effacer la mémoire s'est concrétisée en janvier 2014, quand la municipalité a fait retirer le mot " génocide " du petit monument érigé en souvenir des victimes dans le cimetière musulman. L'hôtel Vilina Vlas, est quant à lui toujours ouvert. Aucune mention de ce qui s'y est déroulé en 1992 n'y figure. Si bien que certains guides touristiques continuent de vanter le charme de son environnement.

Les touristes trompés. On peut donc venir ici, en se contentant de lire les dépliants remis par l'office du tourisme de Višegrad ou avec les images en tête du film de Kusturica, c'est-à-dire sans rien savoir. Avant la guerre, la population était bosniaque à 63 %. Les deux mosquées et la plupart des maisons qui avaient été incendiées pendant les massacres ont été reconstruites. Mais désormais quasiment toute la population est serbe. En 2011, la touriste australienne Kym Vercoe a séjourné à l'hôtel Vilina Vlas. Pour elle, ce lieu n'évoquait rien de spécial. Mais, soudain, une nuit, seule dans sa chambre, elle a compris le drame qui s'y était déroulé. Elle racontera plus tard l'angoisse à s'être retrouvée, sans le savoir, comme piégée, dans un endroit où furent torturées des femmes. L'histoire de cette touriste et de sa terrifiante découverte ont été portées à l'écran en 2014. Il s'agit d'un film appelé Les Femmes de Višegrad. Aujourd'hui, grâce à ce long-métrage et au travail d'historiens, de magistrats et d'associations de victimes, il est difficile de venir à Višegrad sans connaître au moins une partie de la véritable histoire.

Sur les traces d'Ivo Andrić Outre le pont Mehmed Pacha Sokolović, personnage central " de son roman, et le récent complexe touristique d'Andrićgrad, censé rendre hommage à l'écrivain, le souvenir d'Ivo Andrić est présent à différents endroits de Višegrad.

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