Des tortues, des chauves-souris, des lézards, des oiseaux... et des chiens en liberté plus ou moins surveillée (gare aux crocs !), mais pas le moindre cervidé sur cette île au Cerf, qui tire son nom de la frégate Le Cerf, laquelle mouilla devant la future capitale en 1756, le capitaine Corneille Nicolas Morphey, chef de l'expédition française, ayant le 1er novembre officiellement pris possession des Seychelles. De ce jour historique reste d'ailleurs cette symbolique pierre de possession, conservée au Musée national d'histoire. Se déployant à 5 km de Victoria sur environ 1,7 km de long et 800 m de large, au sein du parc marin national, cette île verdoyante est parcourue par trois ruisseaux qui dégringolent de ses hauteurs (108 m au sommet). Dotée d'une végétation abondante et alimentée en eau et en électricité, depuis une vingtaine d'années, par des câbles sous-marins, elle est habitée par une soixantaine de personnes, dont une dizaine d'enfants, les de La Fontaine et les Calais représentant encore un tiers de la population. Ces familles pérennisent ainsi deux noms attachés à cette île depuis plus d'un siècle. " Originaire de Bretagne, mon ancêtre Calais s'est marié à Bourbon et s'est ensuite installé aux Seychelles. A Cerf, les La Fontaine sont venus un peu plus tard et les mariages ont suivi ", nous racontait il y a quelques années Marcel Calais, le doyen de Cerf. Maillot de corps blanc et short colonial beige, le port encore altier, l'ancien exploitant forestier d'Afrique noire revenait volontiers sur ses jeunes années : " J'ai sept ans de plus que ce gros kapok avec ses immenses racines, puisque c'est moi qui l'ai planté, bien involontairement, à l'âge de 5 ans. Ma mère m'avait dit de jeter dehors des graines qu'elle venait de trouver dans du café : je les ai jetées sans me douter que l'une d'elles donnerait cet arbre de 40 m, sous lequel j'aimerais bien reposer le jour venu ", s'étonnait encore Marcel qui, écolier, devait comme tous les autres enfants se rendre à l'école en bateau : " Il fallait ramer trois quarts d'heure matin et soir, sauf quand le vent permettait de mettre la voile. " " Entre les deux guerres, mon père était là un gros producteur de coprah. Il faisait aussi un peu de vanille et était responsable de cent trois personnes ", poursuivait le vieil homme, " pas encore " marié : " J'ai eu trop de girl friends et je n'ai pas voulu choisir. "

En sillonnant l'île, on peut toujours bavarder avec certains de ses habitants, telle Anne Netcalf, qui a aussi grandi là et qu'un Anglais a épousé, à 5 125 miles de Londres, ainsi que le mentionne un panneau indicateur planté devant chez eux. Elle tonne contre les Mahélois envahissants qui, le dimanche midi, débarquent de leurs bateaux privés alentour pour y pique-niquer, rompant la quiétude ambiante : " Ils mettent la musique à tue-tête et boivent jusqu'au soir. Et en plus, ils laissent sur place leurs déchets. " A deux pas de là, son frère, Harold de La Fontaine, préfère parler de leur grand-père : " C'était un Suisse français. Il a amené la religion protestante sur l'île. " Cet ancien charpentier habite d'ailleurs tout près de l'église St-James, qui se résume à un autel et à quelques bancs, et où le curé anglican de Victoria célèbre encore quelques offices, y compris pour un enterrement catholique. Cerf n'a, il est vrai, jamais beaucoup compté de catholiques, ainsi qu'en témoigne le discret cimetière, situé sur les hauts et dont bien peu des quelque cinquante tombes figurent une croix. Certaines ont déjà de la bouteille, la plus ancienne et la plus grosse étant celle de " Marie Hellene décédée en 1809 ". On y constate aussi qu'une certaine Agnès de La Fontaine mourut en 1991 à 101 ans.

Enfouies dans la verdure pour certaines et proches des plages pour la plupart, les maisons ne sont certes pas toutes habitées, mais rares sont celles abandonnées, nombre d'entre elles étant en fait des résidences secondaires, telle la charmante villa Vallée des Lys, propriété d'Ermance, cette Seychelloise de Perth venant parfois se ressourcer sur ce domaine plein de charme, avec son arbre à pain et son badamier, ses palmiers et frangipaniers (dont l'un donne de superbes fleurs roses). En bord de plage, un lieu délicieux sur lequel on tombe après avoir traversé l'île par le seul sentier qui permette de passer du village principal à celui, plus nonchalant, de l'autre versant. Ici et là sur le littoral, s'élèvent des maisons plus solitaires, dont celle, plantée sur des rochers et tout en bois, d'architectes sud-africains, tout près de la propriété transparente et parfaite pour la plongée avec masque et tuba : un véritable aquarium ! Au loin, la belle église de Cascade se détache au-dessus de la vieille route de la côte est. On aura compris que cette île, dont on peut se risquer à faire le tour à marée basse (si l'on accepte de crapahuter dans les rochers et de se mouiller un peu), ne manque pas d'intérêt, même si l'on peut déplorer qu'elle n'offre qu'un seul vrai chemin.

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2018-09-19
312 pages
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