Que de miles et de ponts parcourus pour arriver à Key West ! Vous êtes presque au bout de l'US 1 et proche du Mile Marker 0. Au premier abord, cette dernière Key vous surprendra peut-être par sa taille, mais vous vous repérerez vite et apprécierez ce petit coin de paradis. Les activités sont sensiblement les mêmes que dans les autres Keys - plongée, pêche, farniente - mais plus qu'ailleurs les infrastructures ont été mises en place pour les touristes et font du site une destination à part entière. Véritable havre de paix, Key West garde le charme des vieilles cités des Caraïbes bâties par les pirates, les pêcheurs d'éponges et les contrebandiers.

Elle doit sa renommée à de nombreuses célébrités qui sont venues s'y installer : Ernest Hemingway, Tennessee Williams, Elisabeth Bishop, John Hersey, Joseph Lash, le président Truman et même les Beatles qui vinrent s'y reposer dès 1964. Extraordinaire lieu de tolérance, la ville accueille une population très diverse avec une prédilection pour les personnes hors normes. Elle n'en demeure pas moins l'une des villes les plus calmes des Etats-Unis.

Histoire

Key West s'enorgueillit d'être la Southernmost City, la ville située le plus au sud des Etats-Unis, ce qu'elle est de fait si l'on fait exception de l'archipel d'Hawaï. Key West est la plus grosse ville des Keys de Floride. Elle fut aussi la dernière Key inhabitée de la chaîne située le plus à l'ouest, mais l'origine de son nom ne vient pas de là. Pour les Espagnols, c'était Cayo Hueso, ou Bone Key (la Key de l'Os). Même si aucun archéologue ne confirme cette thèse, il semblerait que ce nom provienne des nombreux ossements trouvés par les premiers Espagnols et laissés par les féroces Indiens Calusas qui en auraient fait un sanctuaire du cannibalisme. Même si elles appartenaient officiellement à l'Espagne, les Keys restèrent longtemps inhabitées en raison du manque d'eau. Key West ne fut fondée qu'en 1823 après avoir été vendue 2 000 US$, deux ans plus tôt, par un Espagnol du nom de Juan Salas à un Américain, John Simonton. Mais c'est le 25 mars 1822 que le lieutenant Matthew Perry en a pris possession au nom des Etats-Unis. Key West a prospéré presque immédiatement. Le gouvernement américain venait de prendre possession de la Floride et, considérant son intérêt stratégique, y construisit une base navale en 1826, puis, en 1831, un avant-poste militaire.

Des wreckers aux conches. Située à 90 miles (135 km) de La Havane du temps où elle était la capitale du Nouveau Monde, Key West contrôlait les détroits qu'empruntaient les galions espagnols chargés des trésors du Mexique et de l'Amérique du Sud lorsque, ayant traversé le golfe du Mexique, ils remontaient vers l'Atlantique Nord. Comme on s'en doute, il y avait quelques pirates dans le coin. Lorsque les galions cessèrent de suivre cette ligne maritime, beaucoup d'entre eux avaient coulé au fond de la mer. Les Keys n'étaient plus qu'un cimetière de navires, et c'est pourquoi les premiers millionnaires de Key West furent connus sous le nom de wreckers. Ces pilleurs d'épaves sortaient en mer sur leurs petites embarcations pour dépouiller de leurs trésors les épaves abandonnées sur les récifs tumultueux. Key West était aussi le repaire des contrebandiers. Pour échapper aux impôts et aux restrictions imposés par l'Empire britannique, les capitaines qui résidaient aux Bahamas décidèrent de s'installer sur cette île isolée. Key West étant dépourvue de tout matériel de construction, ils emportèrent avec eux leurs maisons préalablement démontées. Celles-ci existent toujours avec leurs cloisons de bois mises à nu par les intempéries malgré les couches de peinture successives. Ces immigrants étaient connus sous le nom de conches (conques), d'après le gros escargot de mer dont ils faisaient leur ordinaire. Ce nom désigne aujourd'hui les natifs de Key West.

Du cuba libre à l'USS Maine. Lors de la guerre de Sécession, la maîtrise absolue de la mer par l'Union et la construction de Fort Taylor, à l'entrée du port, maintinrent Key West sous le contrôle des nordistes. L'échec de la révolution cubaine de 1869 entraîna un afflux de réfugiés qui firent de l'île un centre de fabrication de cigares. Tout en utilisant du tabac cubain, on évitait ainsi de payer les tarifs douaniers élevés. C'est ici également que le cuba libre fut inventé, lorsque le rhum cubain rencontra le Coca-Cola. Dans les années 1880, Key West était la plus grande ville de Floride, avec une population de 18 000 habitants, et le plus haut niveau de vie des Etats-Unis. Rappelons qu'à l'époque, les deux tiers du Sud de la Floride étaient occupés par des marécages insalubres. Miami n'était qu'une escale peu fréquentée entre les grands ports de la côte, Key West et La Havane. C'est de Key West, plus précisément de Dry Tortugas, que cingla sur La Havane le navire de guerre USS Maine, dont la destruction déclencha la guerre hispano-américaine de 1898. Lorsqu'un ouragan ruina l'industrie cigarière (qui se réimplanta à Tampa), les habitants de Key West, débrouillards comme toujours, entreprirent de cultiver l'ananas. Le chemin de fer de Flagler atteignit Miami en 1894 : on projeta très vite son extension jusqu'à Key West. Il était en effet extrêmement lucratif de transporter les fruits directement et rapidement jusqu'aux grandes villes du Nord, et c'est ainsi qu'on ouvrit de nombreuses fabriques de conserves.

De l'Overseas à la Pan Am. La mise sur rails du chemin de fer Overseas dura quatorze ans et causa la mort de 150 ouvriers. Ces travaux, qui incluaient la construction, au terminus, d'un grand hôtel dans la plus pure tradition Flagler, furent finalement achevés en 1912. Entre 1913 et 1935, on pouvait prendre l'Overseas Express de Miami à Key West, puis un paquebot pour La Havane pour 24 US$ aller-retour, repas compris. La destination devint si populaire que la compagnie d'aviation Aero-Marine, rebaptisée par la suite la Pan-American Airlines, ouvrit une ligne entre Key West et La Havane dès 1918. Lorsque l'irruption sur le marché américain des ananas d'Hawaï, plus sucrés et moins chers, ruina l'industrie fruitière de l'île, Key West réussit à conserver une certaine prospérité grâce au grand boom de la spéculation foncière en Floride et au développement du tourisme. La Dépression força cependant la ville à se mettre en faillite ; ses employés ne furent plus payés qu'en reconnaissances de dettes. Mais le pire était encore à venir. En septembre 1935, l'ouragan Labor Day frappait les Keys, détruisant une grande partie du chemin de fer Overseas. Lors des réparations, la voie ferrée fut remplacée par une autoroute, la Overseas Highway, qui devint par la suite la US 1. La Seconde Guerre mondiale ramena la prospérité à Key West, dont la position stratégique en faisait le centre de la défense anti-sous-marine. A cette fin, le gouvernement fit construire un pipeline depuis le continent, assurant pour la première fois à Key West un approvisionnement sûr en eau potable. Auparavant, les habitants recueillaient l'eau de pluie dans de grandes citernes.

De Truman aux drop-out. Après la guerre, Key West, qui n'est qu'à 159 miles (environ 240 km) au sud-ouest de Miami, devint une destination touristique d'autant plus prisée que le président Truman y avait établi sa Maison Blanche d'hiver. La révolution cubaine en fit à nouveau une base militaire stratégique. " Ils ne sont qu'à 90 miles de nous ! ", devint le cri de ralliement des conservateurs parlant des communistes dans les années 1960. Petit à petit, hippies et autres drop-out découvrirent le climat tropical, l'ambiance détendue, la relative indépendance et l'éloignement de cette île détachée de l'Amérique, de ses normes et de ses moeurs. Une importante et très visible communauté gay vint s'établir sur l'île où ses membres trouvèrent la quiétude qui leur était refusée par une Amérique traditionnellement rigoriste et puritaine.

Key West est devenue la capitale du Do Your Own Thing (chacun son truc). D'ailleurs, ici, tout le monde a l'air de faire exactement ce qui lui plaît, et la principale responsabilité civique des habitants consiste à aller musarder sur les quais à temps pour contempler le coucher de soleil. Venus par la suite, les artistes, les artisans et les écrivains contribuèrent à faire de la Key l'un des hauts lieux de la création d'avant-garde. On a même parlé à un moment - une plaisanterie certes, mais à moitié - de déclarer l'indépendance de l'île, rebaptisée Conch Republic.

Key West aujourd'hui. Tous les habitants de Key West vous raconteront la même histoire : " Je suis venu en vacances il y a 5 ans, et je suis resté ". Key West produit ce genre d'effet sur les gens. Après quelques heures à Key West, vous vous surprendrez à fantasmer sur une charmante petite maison de bois peinte en jaune, et sur la manière dont vous aménageriez la terrasse. Ici, une seule industrie : le tourisme. Et Duval Street, qui traverse l'île à partir des quais, est une rue ultra-touristique assez typique. Mais il y a pire ailleurs, et Duval ne déborde pas sur les rues environnantes. Fanas de pêche, givrés de plongée, dragueurs gays, soixante-huitards attardés, étudiants en goguette, poivrots professionnels, écrivaillons frimeurs, musiciens rocks en cure de désintoxication..., ils viennent tous ici. Key West est un petit monde à lui seul. Il s'en dégage un vent de jovialité qui ne laisse personne indifférent.

À voir / À faire à KEY WEST

Organiser son voyage à KEY WEST

Photos de KEY WEST

Il n'y a actuellement pas de photos pour cette destination.

13.95 €
2019-01-09
432 pages
Ailleurs sur le web
Avis