D'abord, on entend le vent et le clapotis de l'eau, suivis d'un bruissement d'ailes, puis il ne se passe plus rien... Et cette absence de mouvement est tout simplement magique. C'est alors que l'on passe d'un ponton à un autre avec la même incrédulité. Lentement, cette nature morte prend vie. Certains dansent sur un pied, d'autres animent ce ballet de leurs atterrissages dans l'herbe haute, tandis que d'autres encore prennent la pose, les ailes déployées. Les yeux plissés, le nez enivré par l'odeur des marais, dans un sursaut de fascination, le cliquetis d'un appareil photo se fait entendre. Mais peut-on vraiment capturer de tels fragments de liberté ?

Le parc national des Everglades est un lieu envoûtant où la terre, l'eau et le ciel se mêlent dans un immense et vert paysage, où la végétation change selon l'altitude, et où un grand nombre d'oiseaux et d'autres formes de vie sauvage trouvent refuge. C'est presque exclusivement un parc biologique consacré à la préservation d'un mécanisme de vie complexe et précisément ordonné. L'interface entre climat tempéré et climat subtropical donne lieu à une riche diversité d'espèces qui ne se retrouve nulle part ailleurs dans le monde.

C'est le plus grand parc à l'est américain des Rocky Mountains. Il s'étend sur 137 miles de côtes et plus de 565 000 hectares. Une grande étendue d'eau coule lentement à travers le fond rocheux de calcaire poreux, et suit son cours jusqu'à la mer plutôt que d'embrasser les vallées bien définies. La plus grande partie du parc est recouverte d'eau durant la saison des pluies, tandis qu'en saison sèche l'eau se concentre dans les quelques zones ouvertes où se regroupent les animaux sauvages. Les nombreuses variétés de plantes, dont les broméliacées, constituent l'une des ressources principales du parc : mille espèces, dont vingt-cinq variétés d'orchidées et cent vingt espèces d'arbres, mais aussi plus de quatre cents espèces d'oiseaux, vingt-cinq espèces de mammifères, soixante espèces de reptiles et cent vingt-cinq espèces de poissons.

Histoire

En 1928. Ernest Coe fonde l'Association tropicale du parc national des Everglades, puis propose à Stephen Mather, directeur général du National Park Service, de créer un parc national dans les clairières de la Floride du Sud. Une rencontre a lieu à l'issue de laquelle une législation pour la création du parc national des Everglades est établie par le sénateur de Floride, Duncan Fletcher. Cette législation est approuvée et signée par le président Roosevelt en mai 1934, mais il faut attendre encore treize ans pour acquérir les terres et définir les limites du parc.

1930. A cet effet, une réunion a lieu en 1930, à Miami, à laquelle assiste, entre autres participants, Marjory Stoneman Douglas. Celle-ci écrira plus tard sur les Everglades : Une rivière d'herbe, un ouvrage qui deviendra un classique du mouvement de soutien aux Everglades.

1947. Le projet d'Ernest Coe se réalise en 1947, année où le parc est inauguré par le président Harry Truman. Toutefois, ce parc ne constitue qu'un cinquième des Everglades d'origine. Après la mort de Coe, en janvier 1951, le ministre de l'Intérieur, Oscar Chapman, a déclaré que les efforts d'Ernest Coe, soutenus pendant des années, pour sauver les Everglades, lui ont valu une place parmi les immortels du parc national. Un dernier hommage lui a été rendu en décembre 1996, lorsque le nouveau centre des visiteurs fut baptisé The Ernest Coe Visitors Center.

En 1970. Pour s'opposer aux constructions de digues, barrages et canaux, Marjory Stoneman Douglas crée une association réunissant les amis des Everglades (The Friends of Everglades). Depuis 1976, le parc est reconnu et inscrit par l'Unesco sur la Liste du patrimoine mondial dans le cadre de son programme l'Homme et la Biosphère, dont fait partie le projet international Biosphere Reserves. Face à la progression de la dégradation de l'écosystème, plusieurs instances gouvernementales se sont efforcées de travailler à la préservation du parc et ont lancé des plans de restauration.

En 1972. Le pouvoir législatif de Floride vote plusieurs lois sur l'environnement, dont le Land Conservation Act, qui autorise notamment la protection de l'environnement en danger.

En 1983. Le gouverneur de Floride, Bob Graham, lance le programme Sauvons nos Everglades, un partenariat entre le South Florida Water Management District et les instances fédérales et gouvernementales. Le but de ce programme était de travailler à la restauration de l'écosystème, afin qu'il soit dans un meilleur état en 2000. Le programme concerne 13 000 km2, qui incluent Kissimmee, le River Basin, le lac Okeechobee, les Everglades, le Big Cypress Swamp, les estuaires de la baie de Floride, de Biscayne Bay et les Ten Thousand Islands. Fort d'un soutien politique et populaire, ce programme a permis l'expansion de la Big Cypress National Preserve, en 1988, et celle du parc national des Everglades en 1989.

En 1985. L'Etat de Floride renforce les lois existantes en adoptant le Local Government Comprehensive Planning and Land Development Regulation. Cette régulation visait à faire respecter les décisions de l'Etat sur le plan local.

En 1987. Le Surface Water Improvment and Management Act (SWIM) demande à chaque instance de contrôle de l'eau de Floride de mettre en place des programmes de nettoyage et de préservation des rivières, lacs, estuaires et baies gérés par le district.

En 1993. Le South Florida Restoration Task Force est fondé par un accord entre les six départements fédéraux impliqués dans la protection de l'écosystème. Le Congrès établit formellement laTask Force en 1996. Dirigée par le ministère de l'Intérieur, elle coordonne et développe des politiques, stratégies, plans et programmes pour restaurer l'écosystème de Floride du Sud. La Task Force a mis au point le Management and Coordination Working Group pour l'assister dans ses travaux.

Aujourd'hui. Pendant votre visite, gardez bien à l'esprit que le parc national des Everglades est un lieu unique au monde, où coexistent de multiples formes de vie sauvage et qui représente une richesse inégalée pour la Floride et que les efforts pour résoudre les problèmes doivent être maintenus. Respectez les règles du parc ! Les programmes de restauration sont engagés, mais la partie est loin d'être gagnée ! Contre ces programmes, il existe un fort lobbying associé à l'urbanisation, à l'industrie et à l'agriculture. La population de Floride s'accroît d'environ 1 000 personnes chaque jour. Ce développement rapide fait entrer en concurrence la population et l'écosystème des Everglades pour l'approvisionnement en eau car les ressources naturelles ne suffisent plus à subvenir aux besoins de chacun. De plus, le développement de l'agriculture nuit à l'écosystème, notamment à cause de l'utilisation parfois exagérée de pesticides, herbicides et fongicides. Malgré les problèmes importants que rencontre le parc national des Everglades, tout n'est pas perdu. Le soutien des habitants, des législateurs et des pouvoirs publics est nécessaire pour assurer la mise en oeuvre d'une politique de sauvegarde de ce magnifique parc. La qualité de la vie et la survie d'un héritage national sont en jeu.

Géologie

Avant la dérive des continents, la Floride faisait partie de la portion africaine du super continent Gondwana. Il y a 200 millions d'années, une poussée volcanique sur la côte orientale de la Floride a recouvert les terrains sédimentaires d'une importante couche de roche magmatique. Au fil du temps, l'Amérique du Nord s'est éloigné de la Pangée. A cause du refroidissement planétaire, les sédiments se transformèrent en calcaire tandis que des plates-formes plus épaisses se formèrent dans la partie méridionale de la Floride. A la fin de la dernière période interglaciaire, il y a environ 100 000 ans, les Everglades sont redevenues des terres émergées. Leur dernière émersion a dépassé d'environ 30 m de hauteur leur niveau actuel. C'est sur le plateau calcaire de Miami, formé au cours de cette période, que se situe la plus grande partie du parc.

Climat

La plus grande partie de la péninsule connaît un climat subtropical humide. Seule l'extrémité méridionale (et notamment l'archipel des Keys) bénéficie d'un climat tropical.

Durant la saison sèche, qui dure de décembre à avril, les insectes sont moins nombreux et le climat est agréable, avec des températures variant entre 12 et 25 °C et un faible taux d'humidité. Les niveaux de l'eau étant faibles à cette période, les animaux sauvages se rassemblent dans des endroits plus reculés et rares, mais qui deviennent des lieux privilégiés pour l'observation de la faune. Toutefois, c'est aussi la période favorite des touristes et les attractions font leur plein de visiteurs.

Pendant la saison humide, de mai à novembre, les températures sont constamment au-dessus de 33 °C et le taux d'humidité dépasse les 90 %. Les insectes se passent alors le mot pour devenir un véritable cauchemar, sans oublier les plantes vénéneuses qui, à cette période, connaissent leur plein épanouissement. Chaque tempête peut apporter jusqu'à 300 mm d'eau, soit l'équivalent de la moitié des précipitations annuelles moyennes (152 cm) obtenues en deux mois. Attention, en raison de la montée des eaux, les pistes piétonnes ou carrossables sont impraticables de juin à octobre.

Nature

S'élevant tout juste à 3 m au-dessus du niveau de la mer, les Everglades sont un océan d'herbes hautes à perte de vue, de petites îles, des arbres, des marécages où la vie foisonne, et une faune et une flore rarissimes dont la diversité et l'abondance n'ont pratiquement pas d'égale sur notre Terre.

Alimentées par la rivière Kissimmee et par le lac Okeechobee, les Everglades sont un lent système mouvant d'eau s'écoulant vers le sud-ouest au rythme d'environ 400 m par jour.

Cet immense habitat abrite une trentaine d'espèces considérées comme menacées, dont la panthère de Floride, le crocodile américain à longues mâchoires et le lamantin des Caraïbes. Il sert également d'asile à plus de 350 espèces d'oiseaux, 300 espèces de poissons d'eau douce ou salée, 50 espèces de reptiles et une quarantaine de mammifères.

Le marécage d'eau douce est certainement l'écosystème le plus commun du parc des Everglades, constituant un habitat idéal pour la reproduction et attirant une grande variété d'échassiers, comme ces cigognes, les seules vivants aux Etats-Unis. La présence de nombreux poissons, amphibiens et jeunes oiseaux enchante les célèbres alligators au museau court, tortues d'eau douce, mocassins d'eau et crotales. Les marais de Shark River et de Taylor sont parmi les plus significatifs. Immergées quelques mois dans l'année, les prairies de marne sont similaires aux marécages. On y retrouve les mêmes animaux. Pendant la saison sèche, les alligators creusent dans la boue, traçant ainsi des sentiers à travers les zostères et la végétation, utilisés par d'autres animaux pour migrer à travers le parc.

La baie de Floride constitue la plus grande étendue d'eau à l'intérieur du parc. Plus de 200 000 hectares d'écosystème marin peuplé de requins, de barracudas, de raies pastenagues mais aussi de coraux, d'herbiers marins et d'éponges, servant d'abri et de nourriture aux crustacés et aux mollusques, s'étendent depuis les mangroves de la pointe sud du continent jusqu'aux Keys de Floride. Le parc contient le plus grand écosystème de mangrove du monde. Cette zone où les arbres poussent dans l'eau salée est très propice au développement des moustiques. Vous les rencontrerez sûrement, forts de leur nombre et piquants  ! Ici, les palétuviers mènent un perpétuel combat contre l'érosion marine et progressent vers le large grâce à l'accumulation des débris sédimentaires que retiennent leurs racines aériennes. D'autre part, depuis plusieurs dizaines d'années, ce vaste milieu naturel est menacé par la diminution du volume d'eau qui est détourné afin d'alimenter la région, ce qui a entraîné une diminution de la population des espèces limicoles de 90 %. L'urbanisation et la pollution achèvent actuellement de détruire l'un des plus beaux trésors naturels des Etats-Unis. Près de 220 espèces différentes de poissons vivent dans les mangroves ainsi que plusieurs variétés de crabes, écrevisses, crevettes et autres invertébrés servant de nourriture. On y voit également pélicans, pigeons à croix blanche, goélands, sternes, éperviers, grèbes, aigrettes tricolores...

Pinèdes rocheuses. De nombreuses espèces animales trouvent aussi leur nourriture, abris ou nids dans les pinèdes rocheuses du parc. C'est également un lieu de reproduction recherché par de nombreux échassiers. Malheureusement, ces refuges font partie des habitats les plus menacés de Floride. On dénombre 36 espèces animales qui pourraient disparaître, dont la panthère de Floride et le crocodile américain.

Plaines côtières. Entre mangrove et pinèdes s'étendent les plaines côtières, appelées aussi prairies humides. La faune de cette zone varie selon le niveau de l'eau, alternant périodes inondées ou sèches. Petits mammifères, milan des marais, bruant sauterelle et tantale d'Amérique sont ses principaux occupants. Attention, dans le parc des Everglades, il existe 27 espèces de serpents. Quatre sont venimeux  : le mocassin, le crotale diamondback, le crotale pygmée sombre et le serpent corail.

Dominées par de grands chênes, qui se comptent par milliers, ce sont souvent les seules zones de terre ferme dans le parc. Sous la canopée formée par les arbres, les animaux prospèrent au milieu de buissons de café sauvage, d'arbre empoisonné et de chou palmiste. Dans cette végétation impénétrable, reptiles et amphibiens ont élu domicile. Quant aux palmiers, servant par le passé et lors des intempéries d'abri à provisions des populations amérindiennes, ils abondent dans les plaines marécageuses. Pour le plaisir des yeux, des orchidées (une vingtaine d'espèces dans le parc) géantes fleurissent en pleine nature, sous les hauts fûts des majestueux palmiers royaux.

Attention : écosystème très fragile ! Près de 99 % des Everglades ne sont pas exploitées, selon Rick Cook, chargé des relations publiques pour le parc. Les Everglades sont gérées de manière assez drastique par le gouvernement américain, et pour une fois, on ne saurait que trop encourager son intransigeance. La gestion de l'eau demeure le plus important problème. De nombreux canaux ont été creusés artificiellement pour subvenir aux besoins des nouveaux habitants, une détérioration qui détourne le cycle naturel de l'écoulement des eaux. La saison sèche s'étalant de novembre à avril, ces actions de l'homme ont un fort impact sur une nature sauvage où chaque élément vivant dépend de cet écosystème si particulier, et dont chaque changement peut provoquer des dégâts considérables. Quatorze espèces sont aujourd'hui menacées à l'intérieur même du parc, et ces dernières années, les rangers ont vu disparaître de nombreux oiseaux, alligators... Le second souci vient des expèces exotiques, poissons relâchés par des propriétaires peu scrupuleux ou espèces réintroduites dans le parc afin de fortifier le taux de natalité. Ces derniers se sont en effet accoutumés plus vite que prévu à cet écosystème, et commencent à dévorer les espèces locales. Enfin, si aucun visiteur n'a été blessé ces dernières années par une attaque de crocodiles, Rick rappelle que le premier commandement de tout invité consiste à bien garder ses distances avec cette faune sauvage. Car nombre de visiteurs débarquent de Disneyland et vivent encore dans un monde factice, où les panthères s'appellent Bageera, vivent avec leur copain Mowgli et sont supercâlines !

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