Guide d'Italie : Arts et culture

Architecture
<p>Les trulli d'Alberobello.</p>

Les trulli d'Alberobello.

L'art de la Rome impériale

L'âge d'or de la ville éternelle nous a laissé bien des trésors architecturaux : ouvrages manufacturés, peintures, sculptures, mosaïques, fresques, colonnes, fontaines, bâtiments entiers, façades, rues, aqueducs, thermes, théâtres... autant d'oeuvres d'art qui témoignent brillamment de la vie quotidienne d'antan. Les vestiges romains abondent en Italie : des plus célèbres (du Colisée des gladiateurs au panthéon de Rome, temple de tous les dieux), à l'arc de triomphe d'Auguste à Aoste, jusqu'aux mosaïques de la villa romaine del Casale, situées sur la piazza Armerina au sud de la Sicile.

L'art byzantin

Après la chute de l'Empire romain, la persistance de la religion chrétienne a permis de sauver plusieurs monuments de la fin de l'empire et de l'époque byzantine. Un exemple grandiose d'architecture byzantine finissante nous est donné par l'imposante basilique-cathédrale Saint-Marc, située sur la place du même nom, au coeur de Venise. Les chevaux de bronze de Saint-Marc comptent parmi les ornements byzantins les plus célèbres de l'art italien.

L'art roman

Dans les Alpes italiennes, l'apport de l'art lombard est un élément important. En effet, en 493, l'Ostrogoth Théodoric élimine Odoacre en prenant sa capitale, Ravenne. Les Byzantins lui succèdent en 540, puis ce sont les Lombards qui s'emparent de Ravenne (568-571) et qui s'installent durablement dans le nord de la péninsule. Originaire de Lombardie, l'art lombard est principalement décoratif, mais l'architecture romane héritera des constructeurs lombards un élément universel  : la "  bande lombarde  ". Il s'agit d'un élément de décoration murale, où deux baies géminées soutenues par des pilastres sont légèrement creusées dans le parement. Si l'art roman est né en Italie du Nord, il a cependant franchi les Alpes, puisque bon nombre d'édifices de style roman du sud de la France sont ornés de bandes lombardes. La basilique Saint-Ambroise de Milan, érigée entre les XIe et XIIe siècles, se hisse au rang des constructions romanes les plus importantes d'Italie du Nord.

L'art gothique

Cette mouvance architecturale fait son apparition en France et s'illustre tout particulièrement avec la réalisation de la basilique Saint-Denis, sous la houlette de l'abbé Suger, en 1144. C'est le début de l'art gothique. Ce dernier se caractérise par une esthétique accentuée de la verticalité. Ceci passe par l'emploi de grandes arcades, de fenêtres hautes abritant de larges vitraux, de voûtes à croisée d'ogives, d'arcs brisés et de pilastres élancés. Si l'art gothique à la française est peu répandu en Italie, le style gothique italien du milieu du XVIe siècle se rapproche davantage du "  gothique flamboyant  ". Ses caractéristiques latines principales sont : l'accentuation de l'arrondi des angles, et une élévation moindre par rapport aux constructions françaises. Deuxième cathédrale gothique du monde, le Duomo de Milan en est le prototype parfait. La construction de cet ouvrage a duré plus de 400 ans et a exigé le concours de nombreux architectes allemands et français réunis en une institution, la Fabbrica del Duomo, créée expressément par la ville et les seigneurs de Milan.

La Renaissance

Cette période artistique fastueuse d'une richesse inouïe coïncide avec la redécouverte de l'art antique romain, hissé au rang de perfection. On s'inspire du panthéon de Rome et de sa coupole, des arcs de triomphe et de l'institution immuable des quatre  ordres architecturaux : dorique, ionique, corinthien et composite. Le plan des églises tend au plan central en croix grecque. Alberti, Michelozzi, Le Bramante (et son chef-d'oeuvre en brique, l'église Santa Maria delle Grazie à Milan), Raphaël, Michel-Ange sont les grands noms de cette époque. Sans oublier le maître Brunelleschi, à l'origine de bon nombre d'innovations architecturales (perspective, coupole), innovant à Florence avec des édifices clefs : la basilique Sainte-Marie-des-Fleurs (emblème de la ville), l'hôpital des Innocents et les deux églises San Lorenzo et Santo Spirito adoptant un plan à croix latine, mais aussi avec l'église Santa Maria degli Angeli, premier édifice à plan centré de la Renaissance. A Rome, citons d'autres monuments emblématiques de cette époque, aux façades relativement austères : la basilique Sant'Agostino, le palais Farnèse et l'imposant palais de la Chancellerie, abritant les tribunaux du Saint-Siège. Les façades se soumettent à la loi de la symétrie, aux rythmes répétés et à l'alternance logique de l'ordre et des formes : fenêtres cintrées, frontons triangulaires...

La Contre-Réforme et le maniérisme

Le style de l'époque du concile de Trente, apparu dès 1550, se prolonge aux XVIIe et XVIIIe siècles dans toute l'Europe catholique. Ce n'est pas une rupture avec la Renaissance, mais plutôt une accentuation qui fige les règles, appelé en France style jésuite. Les églises sont construites selon un plan en croix latine. Les nefs latérales tendant à disparaître alors que les coupoles se généralisent Avec le développement de la musique d'église, les orgues prennent de plus en plus de place. Sur les façades, les colonnes et les pilastres, encastrés à l'époque de la Renaissance, se détachent, créant un effet de contraste lumineux. Soucieuse d'impressionner, la religion et son expression architecturale se dramatisent, prenant des attitudes théâtrales pour impressionner et séduire. Les grands hommes de l'époque sont Sixte IV et les architectes Vignola, Giacomo Della Porta et Maderno.

Le baroque

Le baroque ou style rococo est un mouvement européen du XVIIe siècle né dans les principales villes d'Italie (Venise, Florence, Mantoue...), à commencer par Rome au XVIe siècle. A l'inverse du classicisme, le baroque est porteur de maniérisme, d'une volonté exacerbée de démonstration des sentiments et des pouvoirs (royal ou divin). C'est le retour du faste et de la théâtralité. Les ordres classiques sont toujours là, mais observés à travers des miroirs déformants. C'est le règne de l'opulence prônant l'usage d'une surenchère décorative. Les putti par exemple (angelots nus et dodus) sont fréquemment utilisés. La chiesa del Gesù à Rome est l'édifice baroque par excellence et à l'intérieur, on assiste à une véritable explosion artistique ! C'est doré, chargé, comblé. Avec Le Bernin, il est nettement plus audacieux et fantaisiste, en témoigne son baldaquin imposant disposé symétriquement sous la coupole de la basilique Saint-Pierre de Rome, en guise de maître-autel. Ou encore la chapelle abritant L'Extase de sainte Thérèse à l'église Santa Maria della Vittoria à Rome. En peinture, on l'associe également au Caravage, artiste singulier à la personnalité complexe, qui révolutionne l'histoire de l'art par sa parfaite maîtrise du clair-obscur (technique du chiaroscuro).

Architecture contemporaine et design

Si l'Italie est tellement fascinante et si ses villes sont tant visitées, c'est qu'à toutes les époques, de grands artistes les ont façonnées avec beaucoup de génie. Ce sont avant tout les vestiges antiques et les constructions du Moyen Age ou de la Renaissance qui attirent la plupart des voyageurs  : que serait Rome sans son Colisée et ses places dessinées par Le Bernin ? Que serait Pise sans sa tour, Venise sans la basilique Saint-Marc, et Florence sans son Ponte Vecchio ?

Cependant, à l'instar de leurs prestigieux aînés, les architectes contemporains ont également su imposer au pays un style purement italien. Au début du XXe siècle, à l'avènement de l'architecture moderne, Pier Luigi Nervi, un jeune ingénieur, construisit des édifices prometteurs en y intégrant de nouveaux procédés techniques et en utilisant de manière esthétique le béton armé. Au début des années 1930, ce structuraliste bâtit le majestueux stade de Florence, suivi par le Stadio Flaminio et le Palazzetto dello Sport à Rome. On lui doit également l'immeuble Pirelli de Milan (réalisé avec un confrère aussi talentueux, Gio Ponti) que tous les étudiants en architecture connaissent. A la même époque, Guiseppe Terragni jetait les bases du rationalisme italien en mêlant astucieusement le régionalisme et le modernisme. Cet architecte audacieux fut aussi un chantre du fascisme ; il dessina notamment pour Mussolini la Casa del Fascio (la Maison du Fascisme) à Côme, un ouvrage de référence très contestable. Avec Nervi et Terragni (dont les travaux trouvaient un écho en France avec Le Corbusier, en Allemagne avec Gropius et aux Etats-Unis avec Franck Lloyd Wright), le modernisme était né. Dans les années d'après-guerre, Carlo Scarpa, un Vénitien très influencé par sa ville, trouva un souffle nouveau avec des constructions rappelant celles de Franck Lloyd Wright, empreintes d'Art nouveau, et qui voulaient perpétuer les traditions gothique et byzantine de Venise. Ses réalisations, comme le cimetière de Brion à Trévise ou la Banque populaire de Vérone, se caractérisent par l'importance accordée aux détails comme les liaisons entre les matériaux. Plus tard, l'incontournable Milanais Aldo Rossi, fondateur du mouvement "  Architecture relationnelle et théoricien  " (Architectura della Città), fit appel à la tradition classique pour dessiner des bâtiments qu'on pourrait qualifier de néoclassiques. Retenons enfin deux noms d'architectes contemporains très en vogue, à la griffe différente : Massimiliano Fuksas, à la facture dépouillée et riche en symboles, et Renzo Piano, figure emblématique du high-tech, à l'origine (entre autres) du Centre Georges Pompidou à Paris.

Parallèlement à l'architecture, le design italien jouit d'une notoriété qui ne se dément pas. Alessi, Artemide ou Baleri gardent un quasi-monopole sur un marché de plus en plus convoité. Trois grands noms se détachent, à commencer par Ettore Sottsass, l'un des plus importants designers du XXe siècle (dont le travail est comparable à celui de Philippe Starck en France), puis Achille Castiglioni qui revisita tous les objets de la vie courante avec des formes ergonomiques, silhouettes épurées, matériaux bruts et couleurs primaires... Enfin, plus récemment, Alessandro Mendini a assis sa notoriété par des couleurs affirmées et de grands classiques revus et corrigés (le fauteuil Louis  XV "  Proust  ", avec un tissu taché). Egalement très polyvalent, Mendini a créé le groupe Alchemia, dirige la rédaction de prestigieuses revues telles que Modo, Casabelle ou Domus et conseille en tant que directeur artistique chez Alessi et Swatch. Il semblerait donc que la créativité italienne n'ait jamais faibli et qu'elle demeure une référence échappant aux modes et aux tendances éphémères.

Cinéma

Quand il s'agit d'art, le génie italien trouve toujours à s'exprimer, avec finesse et créativité. Le cinéma fait figure d'exemple en la matière. Si le septième art est né en France, la première pellicule italienne Umberto et Marguerite de Savoie se promènent dans le parc, de Vittorio Calcina, date de 1896. Ce film court aux allures de documentaire met en scène le réel, à l'image des expérimentations des frères Lumière. Progressivement, les premiers scénarios apparaissent, doublés de l'envie de raconter une histoire, à commencer par la grande Histoire, avec l'apparition des péplums, un genre né à Rome (reconstituant les événements historiques de manière spectaculaire) et produit par les studios Cines en 1905. Puis la littérature devient une source d'inspiration. Le premier film avec bande sonore, La Chanson de l'amour, est tiré d'une nouvelle de Pirandello.
Au temps du fascisme mussolinien, les studios Cinecittà étaient de véritables instruments de propagande, suscitant chez la jeune génération du cinéma italien l'envie de prendre son envol... A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le néoréalisme, fruit du travail de jeunes réalisateurs, apparaît. Le nouveau cinéma italien est une référence absolue à l'échelle mondiale. Luchino Visconti, Roberto Rossellini et Vittorio De Sica, pionniers du genre, ont réussi à créer un style moderne (regard critique, nouveauté de langage, beauté du genre), tout en conservant une structure narrative classique. Les tournages se font de nouveau en extérieur et le plus souvent sans acteurs professionnels, comme au début du siècle.

En parallèle, dans les années 1950, le cinéma expérimental se développe. Les chefs de file en sont les célébrissimes Michelangelo Antonioni et Federico Fellini. Réfutant les structures classiques de la fiction cinématographique, ils proposent chacun leur propre vision du cinéma. Un rêve onirique et poétique pour Fellini ou Pasolini, d'avant-garde pour Mario Bava et Sergio Leone, ou politiquement polémique pour Bellocchio et Ferreri.

Dans les années 1970, le cinéma italien traverse une période de crise, notamment à cause du manque de moyens, de la concurrence économique de l'industrie hollywoodienne, et de la déferlante Nouvelle Vague française. Bertolucci reste cependant sur le devant de la scène, et tourne à Hollywood, tout comme Sergio Leone. Incarnant le renouveau, les frères Taviani s'illustrent dans les années 1980, mais cela ne suffit pas à assurer la relève.

Aujourd'hui, la nouvelle génération de cinéastes italiens compte des personnalités aussi originales que diverses. Depuis la fin des années 1980, Nanni Moretti jongle entre un regard acide sur la société, des oeuvres autobiographiques et une réflexion sur le processus de création. Roberto Benigni, artiste caméléon, reprend le flambeau du traditionnel style comique italien avec son jeu d'acteur plein d'humour. Giuseppe Tornatore le Sicilien a pour sa part ému le public du monde entier avec son Cinema Paradiso à la fin des années 1980. Ces dernières années ont vu fleurir des talents hétéroclites dans le cinéma italien. Plusieurs films, après un gros succès dans la péninsule, ont été distribués en France. C'est le cas de Juste un baiser (2001) et Souviens-toi de moi (2003), qui ont ouvert les portes d'Hollywood à leur réalisateur, Gabriele Muccino. Respiro (2002) d'Emanuele Crialese ou encore L'Ami de la famille (2006), réalisé par Paolo Sorrentino, puis Il Divo (2008), film retraçant le parcours de Giulio Andreotti, ont eux aussi séduit tant la critique que le public. Chaos Calme, adaptation du roman à succès de Sandro Veronesi, marque, en décembre 2008, le retour comme acteur de Nanni Moretti. Enfin, comment ne pas mentionner deux films coups de poing  : Romanzo criminale (2006), de Michele Placido, qui traite du terrorisme rouge des années de plomb et en 2010, Michele Placido continue à traiter les heures sombres de l'Italie contemporaine avec Vallanzasca (Les Anges du mal), qui raconte l'histoire du criminel Renato Vallanzasca, interprété par l'acteur Kim Rossi-Stuart. Le film a créé la polémique dans la péninsule, notamment en raison de la collaboration du criminel lui-même à la réalisation de l'oeuvre.
Enfin quelques réalisateurs, comme Ferzan Özpetek, offrent des instantanés de la société italienne d'aujourd'hui : l'amour et la mort dans Saturno contro, et le tabou de l'homosexualité dans les familles italiennes dans Mine vaganti.
Quant à Matteo Garrone, après Gomorra, il change de style avec Reality, une comédie napolitaine qui renoue avec les classiques de la comédie italienne, grand prix du jury du festival de Cannes 2012. Autre réalisateur primé : Paolo Sorrentino a cherché à s'inscrire dans une filiation claire avec les grands maîtres des années 1960. Il filme Rome avec amour et intimité. La ville en devient son héroïne principale dans le film La Grande Bellezza qui obtient l'Oscar du meilleur film étranger en 2013.

Le cinéma italien, c'est aussi ses figures mythiques (Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Anna Magnani...), actrices et acteurs qui ont marqué le paysage cinématographique par leur grâce et leur talent. La liste des personnages éminents du cinéma italien qui suit revient sur ces personnalités, ainsi que sur les compositeurs des musiques originales des chefs-d'oeuvre italiens, dont les mélodies restent gravées à tout jamais dans les mémoires.

Grandes figures du cinéma italien

Michelangelo Antonioni (1912 - 2007). L'incommunicabilité entre les riches oisifs serait-elle passée de mode ? Toujours est-il que les grands films d'Antonioni, malgré leur pittoresque (les costumes de Mastroianni, le mobilier high-tech sixties des appartements de luxe), ont aujourd'hui un peu vieilli (pas mal vieilli, juste un peu). Pourtant ces études de moeurs ont une forme réellement personnelle, un ton aimablement désespéré sur l'inexorable sentiment de vacuité et la force du non-dit. Moins distancié et moins humoristique que Buñuel, Antonioni n'a pas non plus le même cynisme vis-à-vis de ses personnages  : il se contente, sans les juger, de filmer leur désarroi. Ses films en noir et blanc ont indiscutablement plus de force, grâce à la qualité de la photo, les contrastes, la luminosité (les cheveux blonds au vent de Monica Vitti sur l'île dans L'Avventura), mais chaque oeuvre échappe à la banalité, de La Dame sans camélia jusqu'à Identification d'une femme. A voir, en classique, La Notte (Mastroianni, Moreau), L'Avventura, puis, suivant l'ordre chronologique, Blow up (qui fut Palme d'or à Cannes) et Profession reporter.

Bernardo Bertolucci. Prima della Rivoluzione fut un coup de tonnerre asséné par un metteur en scène de 23 ans (né à Parme en 1941 et décédé à Rome en 2018). Le film étonnait par la solidité de sa construction et l'exigence de son auteur. Ces qualités allaient perdurer tandis que le trait s'affirmait. En trois ans, entre 1970 et 1973, Bertolucci prend place dans le concert mondial. Il impressionne en adaptant Borges (La Stratégie de l'araignée), mystifie avec Le Conformiste d'après Moravia (Trintignant dans un de ses plus grands rôles) et choque avec Le Dernier Tango à Paris, qui restera dans les annales. Son plus grand film, et aussi le plus ambitieux, décidera, par son échec, de la suite de sa carrière  : 1900 est un film magistral, lyrique, puissant, italien, majestueux... mais long (il est généralement projeté en deux parties) et pas facile à suivre. Bertolucci ne tournera plus beaucoup pendant dix ans et retiendra la leçon. Il continue à faire grand, mais il a appris l'efficacité et mise le Dolby  : moins de souffle, plus de lissage. Le Dernier Empereur, Un thé au Sahara, Little Bouddha remplissent les salles et reçoivent d'excellentes critiques.

Plus récemment, Bertolucci a tourné Beauté volée avec Liv Tyler et Shandurai en Italie, qui restent des films hollywoodiens. Son avant-dernier film Les Innocents (2003), tourné à Paris, a fait couler beaucoup d'encre en raison des scènes érotiques. Il revient sur les thèmes de la révolution de 1968, sujet qui lui est très cher.

Claudia Cardinale. La beauté et le charme en plus. Née à Tunis en 1938, elle est remarquée par Monicelli, qui lui donne un petit rôle dans Le Pigeon, alors qu'elle n'a que vingt ans. Sa carrière suivra son évolution physique, tour à tour sauvageonne, beauté fatale et femme épanouie. Elle traverse les cinémas français et italiens des années 1960 à 1990 de son regard de séductrice et de sa voix légèrement éraillée, enchaînant comédies d'action (Cartouche, Le Ruffian), grands classiques (Le Bel Antonio, Huit et demi, Le Guépard, La Storia) et même les westerns (Les Professionnels, Il était une fois dans l'Ouest).

Vittorio De Sica. Né à Sora en 1901, il est mort en 1974. Ce seigneur du cinéma, à son aise dans tous les registres (Il signor Max, Le Général della Rovere) est, par son élégance et son aura, l'une des figures les plus séduisantes du cinéma italien. Il a également réalisé certains des films les plus caractéristiques du néoréalisme italien  : Le Voleur de bicyclette, Sciuscià, Umberto D.

Federico Fellini. Federico est né à Rimini en 1920 et mort à Rome en 1993. Adulé des cinéphiles français, Federico est l'image d'un certain cinéma de la démesure et de l'hyperréalisme où le cirque, avec ses acrobates et ses clowns, n'est jamais très loin. C'est d'ailleurs dans un de ses films évoquant cet univers culte, La Strada, que Giulietta Masina, son épouse, fut révélée. Dans son choix (très) démonstratif, il s'apparente autant à Chaplin qu'à Kubrick, dans un style évidemment personnel. La plupart de ses films sont mondialement connus et nous ne citerons donc que nos préférés  : La Dolce Vita (1960), Huit et demi (1963), Amarcord (1975), Fellini-Roma (1972). Du rire aux larmes, Fellini pose un regard tendre et profond sur ses contemporains, un peu plus désabusé dans ses dernières oeuvres.

Vittorio Gassman. Né à Gênes en 1922, il est mort en 2000. Vittorio était grand et chacune de ses apparitions, un plaisir. Humain, élégant, passionné, il a incarné une des plus belles périodes du cinéma italien et ses comédies modernes, avec l'éclosion (ou la confirmation) des Scola, Risi, Monicelli. Il se fait connaître dans Riz amer (1949), apparaît dans Guerre et Paix de King Vidor (1956), et tourne des comédies historiques (Brancaleone). Il parvient au sommet avec Parfum de femme (1974), dans une hallucinante composition d'aveugle face à la jolie Agostina Belli, Nous nous sommes tant aimés, La Terrasse et La Famille avec Scola. Egalement très bien de l'autre côté de l'Atlantique avec Altman (Mariage) ou en France avec Resnais (en motard charismatique dans La Vie est un roman). Son fils Alessandro, qui a tourné plus d'une vingtaine de films, est aussi une grande vedette en Italie.

Sergio Leone. Bien sûr, sa carrière se fit aux Etats-Unis, du moins pour ses films les plus connus (Il était une fois...). Mais ce Romain pur sucre (né dans la capitale en 1929) a tourné des dizaines de films à Cinecittà, en particulier les péplums qui le rendirent célèbres et où il affirme sa maîtrise du mouvement et de la construction filmique. A la fin des années 1960, il invente le western-spaghetti en renouvelant complètement le genre (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand). Après Il était une fois dans l'Ouest, gros succès mais pas le meilleur de ses westerns, il signe deux grands films  : l'un d'aventures (Il était une fois la Révolution), à l'entêtant refrain de Morricone, et, surtout, Il était une fois en Amérique (1984), grandiose fresque des années 1930, patchwork éblouissant qui est au cinéma ce que La Vie mode d'emploi de Perec est à la littérature.

Gina Lollobrigida. Elle a fait craquer bien des coeurs, et plus, par sa plastique et ses compositions bouillonnantes. Cette plantureuse actrice italienne, figure emblématique de Cinecittà est née le 4 juillet 1927 à Subiaco. Elle arrive à Rome en 1945 pour poursuivre des études dans un lycée préparatoire aux carrières artistiques. Elle prend des leçons de chant et débute comme beaucoup de vedettes italiennes des années 1950, par le roman photo alors en pleine vogue. Gina qui alors se faisait appeler Diana Loris, a la chance d'être remarquée. Riccardo Freda lui confie un tout petit rôle dans L'Aigle noir en 1946. A la même époque, Gina participe au concours de Miss Italie et prend la troisième place ! Les années passent peu à peu des cinéastes tels Lattuada. Costa, Zampa, Lizzani, Camerini, Blasetti, et Germi lui offrent des rôles qui confirment son talent et sa fulgurante beauté. Mais c'est finalement le Français Christian-Jaque qui l'impose en faisant d'elle la partenaire de Gérard Philipe dans Fanfan la tulipe. René Clair, d'emblée, l'engage pour être l'une de ses Belles de nuit. La même année, Soldati fait d'elle La Provinçiale (marchande d'amour). En 1954, Gina Lollobrigida retrouve Comencini et De Sica dans Pain, amour et jalousie. La même année elle est l'héroïne du remake du Grand jeu. Enfin après La Belle Romaine, elle tourne aux côtés de Bogart dans Plus fort que le diable de John Huston. En 1956, elle campe une inoubliable Esmeralda dans Notre-Dame de Paris. Dès lors les portes des studios américains s'ouvrent toutes grandes devant elle. Il faudra attendre 1971 et Les Aventures de Pinocchio, conçu à l'origine pour la TV, pour la retrouver dans un rôle digne d'elle, celui de La Fée turquoise. A la fin des années quatre-vingt dix, l'actrice se lance alors dans la politique italienne et européenne et multiplie les activités avec l'Unesco et l'Unicef.

Sophia Loren. Sophia Scicolone ensuite appelée Sophia Lazzaro finalement Sophia Loren est née à Naples le 20 septembre 1934. A l'âge de 16 ans, elle quitte sa ville natale et arrive à Rome en compagnie de sa mère avec l'intention de faire du cinéma. Elle débute en faisant de la figuration dans Quo vadis, puis elle pose pour des magazines et des romans-photos. Pour perdre son accent napolitain, elle suit des cours de diction et prend un autre nom  : Sophia Lazzaro. Elle tourne Quelles drôles de nuits de Vittorio Metz et Marcello Marchesi. C'est avec L'Or de Naples en 1954 que sa carrière prend un grand départ. Quatre ans après son arrivée à Rome, la petite figurante anonyme est déjà devenue l'une des plus grandes vedettes italiennes. En 1955, elle reprend le personnage créé par Gina Lollobrigida dans Pain, amour, ainsi soit-il de Dino Risi. Loin de se contenter de cette gloire si vite acquise, elle continue avec l'aide de Carlo Ponti à travailler avec acharnement. Sophia Loren apprend l'anglais et le français et part aux Etats-Unis dès 1956. Elle est l'une des rares actrices européennes qui réussit à travailler avec les plus grands réalisateurs. C'est toutefois grâce à Vittorio De Sica qu'elle sera définitivement consacrée comme l'une des plus grandes actrices internationales en recevant l'Oscar en 1961 pour son interprétation dans La Ciociara. En 1977, elle tourne sous la direction d'Ettore Scola Une journée particulière pour lequel, elle retrouve pour la huitième fois l'un de ses partenaires privilégiés, Marcello Mastroianni.

Marcello Mastroianni. Né à Fontana Liri en 1924, il est mort en décembre 1996. Qui incarne mieux que lui ce siècle de cinéma italien ? Marcello a tout connu, des rôles de jeune premier à ceux du grand-père sage, toujours amoureux de la vie, toujours juste, épousant ses personnages avec tant de facilité que l'on avait l'impression de le connaître intimement. Marcello a suivi les modes, porté le costume sombre et la chemise blanche, puis les cheveux dans le cou et, enfin, la moustache du papy. Il a été l'ambassadeur d'un art qui ne se limite pas au cinéma italien, commençant sa carrière très jeune, avec De Sica et Visconti, et affichant une filmographie immense  : La Dolce Vita, Le Bel Antonio, La Nuit, Huit et demi, Une journée particulière (un tournant à la cinquantaine), La Terrasse, Macaroni (une excellente comédie de Jack Lemmon), Les Yeux noirs (de Mikhalkov).

Pier Paolo Pasolini. L'empêcheur de tourner en rond, le poète maudit, le marginal qui finit assassiné, bref le Rimbaud du septième art et du vingtième siècle a laissé des marques indélébiles dans le cinéma mondial. Il reste une vraie folie, un esprit visionnaire et une puissance baroque pas toujours optimiste peignant la déliquescence, voire la décomposition de la société. Briseur de tabous - sexuels, religieux, sociaux -, il invente des personnages hors normes, des situations pour le moins originales (le séducteur maléfique de Théorème), une ribambelle de cinglés d'époque dans Les Contes de Canterbury ou Le Décaméron, une cohorte de clowns décadents et pathétiques dans Salò ou Les cent vingt journées de Sodome, adapté de Sade dont il est, sous plusieurs aspects, assez cousin. Né à Bologne en 1922, il a été assassiné en banlieue de Rome, dans un terrain vague, près d'Ostia, en 1975.

Roberto Rossellini. Entre fiction et documentaire, Rossellini (1906 - 1977) a tracé la voie du réalisme et de la justice juste après la guerre. Il fallait être fort pour régler les comptes du fascisme dès 1945. Il s'y attela avec une grande détermination dans Rome, ville ouverte, enchaînant avec Allemagne année zéro, Voyage en Italie, sorte de journal de vacances d'un cinéaste amoureux (il venait de rencontrer Ingrid Bergman, ce qui provoqua un scandale car il était marié), et Europe 51. Son intransigeance, son désir de s'en tenir à un récit strict et sobre confine parfois à la sécheresse. Dans une démarche bien différente, on peut en France l'apparenter à Bresson ou à Rivette. A voir encore, le très brillant General Della Rovere et Vanina Vanini, d'après les Chroniques italiennes de Stendhal.

Lino Ventura. Figure bien connue du cinéma français, Lino Ventura est pourtant italien - et n'a jamais renoncé à sa nationalité transalpine. De son vrai nom Angiolino Giuseppe Pasquale Borrini Ventura, il est né en 1919 à Parme. A l'âge de sept ans, il quitte l'Italie avec sa mère pour rejoindre son père parti travailler à Paris. Ils ne retrouveront jamais leur père et mari. Il quitte rapidement l'école et commence à travailler très jeune, faisant divers petits boulots jusqu'à devenir lutteur professionnel et champion d'Europe poids moyens en 1950. C'est par hasard qu'il tombe dans le cinéma. D'abord cantonné à des seconds rôles de gangsters ou de brute, il devient une vedette à la fin des années 1950. Des films comme Les Tontons flingueurs, Les Barbouzes ou L'Aventure c'est l'aventure le rendent célèbre, de même que Le Clan des Siciliens ou L'Armée des ombres. Plus tard, il donnera notamment la réplique à Isabelle Adjani dans La Gifle. Il se distinguera également dans Les Misérables de Robert Hossein, incarnant un Jean Valjean tout en nuances. Sympathique, rustre et sensible à la fois, Lino Ventura est mort le 22 octobre 1987 à Saint-Cloud, d'une crise cardiaque.

Luchino Visconti. Né à Milan en 1906, il est mort à Rome en 1976. Si Pasolini est l'enfant terrible, et Fellini le chef d'orchestre, Visconti est évidemment le prince, le Lampedusa du cinéma italien. Grandiose et en même temps intimiste, un mélange de Proust et Balzac qui aurait tout compris à la chose cinématographique. La musique, la peinture et l'écriture, tous les arts dans un art. Visconti a tout maîtrisé, son oeuvre est puissante et unique. Il faut se représenter le choc que provoqua la vision du Guépard en 1964 ou celle de Mort à Venise en 1971 ! Impossible que de tels événements se reproduisent aujourd'hui. Décidément, la mort d'Aschenbach face à la lagune de Venise, sous les puissantes et implacables envolées de la Cinquième symphonie de Mahler, nous a rendus irrémédiablement orphelins. Il a laissé quelques chefs-d'oeuvre à la postérité, toujours entre esthétisme et réalisme, entre poésie et chronique, entre Violence et passion, selon le titre symbolique de son avant-dernier film. A voir, bien sûr, également Rocco et ses frères, Senso, Le Crépuscule des dieux, Les Damnés.

Littérature
L'Antiquité

Durant la République et l'Empire romain, le monde littéraire, influencé par les grands noms (auteurs et historiens) de l'Antiquité grecque, voit naître de nouveaux talents. Le célèbre Plaute (254-184 avant J.-C.), s'illustre dans la comédie (et puise les sujets chez les auteurs grecs), sa plus célèbre pièce étant L'Amphytrion. Aux racines de la Comedia dell'arte italienne, Plaute inspirera plus tard les farces de Molière. Outre la littérature comique, Rome connaît les premiers historiens du monde occidental.

Tite Live (59 avant J.-C., 17 après J.-C.) réalise l'oeuvre titanesque de l'histoire de Rome depuis ses origines, bien que quelque peu romancée au vu du peu de sources maîtrisées à l'époque.

Pline le Jeune (61-114), neveu du naturaliste Pline l'Ancien, parcourt l'Empire en tant que consul, et livre des Lettres qui témoignent de la vie en son temps ainsi qu'un panégyrique de l'empereur Trajan dont il est contemporain. Ces écrits, comme ceux de Suétone (La Vie des douze Césars) ou Tacite (La Vie d'Agricola) sont des sources importantes pour tous les chercheurs en histoire romaine.

Ovide (43-18 après J.-C.) est l'un des plus grands poètes du monde latin. Ses vers rapportent tantôt des récits mythologiques, tantôt des histoires légères de moeurs. De même, Virgile (70-19 avant J.-C.) pour ses épopées romaines, Cicéron (106-43 avant J.-C.) pour ses discours brillants, et Marc Aurèle (121-180 après J.-C.) pour ses écrits philosophiques constituent les fondements de la culture écrite occidentale.

Moyen Age et époque moderne

La littérature italienne (et non plus latine) n'apparaît qu'au XIIIe siècle, avec Le Cantique des Créatures de saint François d'Assise, datant de 1225 et écrit en dialecte d'Ombrie. Le XIVe siècle est bien entendu celui de Dante (1265-1321), l'initiateur de la littérature en langue vulgaire et de la poésie italienne avec sa Divine Comédie. Pétrarque (1304-1374) écrit comme Dante en toscan (qui sera bientôt le parler de toute l'Italie). Le lyrisme de ses poèmes donnera son nom au "  pétrarquisme  ", style qui franchira les frontières italiennes. Ces deux auteurs incarnent les premiers grands humanistes de la Renaissance. Boccaccio, leur contemporain, invente le genre de la nouvelle, avec Décaméron écrit en prose. Au travers de 100 récits courts, il dépeint une société de marchands. Les écrits politiques sous forme de traités se développent aux XVe et XVIe siècles (Le Prince de Machiavel), succédant aux poèmes chevaleresques du Moyen Age (avec Boiardo par exemple). L'époque moderne est en marche...

La montée du protestantisme couplée à la fragilité temporaire de l'Eglise inspire à Tasso (Le Tasse) des considérations spirituelles avec sa Jérusalem libérée. Dans ce sillon, Galilée entend sortir l'étude des sciences du giron de l'Eglise. Reconsidérant le savoir antique légué par Aristote et Archimède, ses écrits qualifiés " d' hérétiques  " n'échapperont pas à l'Inquisition, qui conçoit la création du monde comme seul acte divin uniquement. Le XVIIIe siècle s'ouvre à un tout autre registre, celui de la littérature théâtrale, des comédies sociales du Vénitien Goldoni aux tragédies d'Alfieri mettant en scène des tyrans.

L'époque contemporaine  : du XIXe siècle à nos jours

Au XIXe siècle, le courant romantique va naître en Italie, plus tardivement qu'ailleurs. Manzoni (1785-1873) ouvre la voie avec le premier roman, Les fiancés. Le mouvement du vérisme (proche du naturalisme français) met l'accent sur le temps présent et la vie quotidienne. Le plus grand "  vériste  " est sans nul doute le romancier Giovanni Verga. A l'aube du XXe siècle, le décadentisme se répand en Italie (avec d'Annunzio et Pascoli). A l'apogée de la psychanalyse, Italo Svevo se penche sur les mécanismes du cerveau dans ses oeuvres (La Conscience de Zeno), et une recherche introspective similaire anime Pirandello pour ses pièces de théâtre. Après la guerre et la période fasciste, l'engagement politique devient indispensable pour les auteurs italiens. Malaparte est l'un des leurs. Les grandes questions du siècle sont posées et le néo-réalisme qui s'exprime déjà au cinéma, caractérise la littérature d'après-guerre. Alberto Moravia, Cesare Pavese, et Italo Calvino, Rigoni ou Vittorini sont les grands noms de l'époque contemporaine. Primo Levi, martyr juif des camps de concentration, trouve comme thérapie l'écriture pour échapper à l'horreur de sa destinée, un soulagement temporaire puisque l'auteur de Si c'est un homme mettra finalement fin à ses jours en 1987. Depuis les années 1960, après les oeuvres fantastiques de Dino Buzzati, Umberto Eco s'impose avec ses romans historiques aux accents ésotériques (Le Nom de la rose, Le Pendule de Foucault). Enfin, Dario Fo obtient le prix Nobel de littérature en 1997 pour son oeuvre iconoclaste. Plus récemment, la saga d'Elena Ferrante connaît un succès mondial. Les quatre tomes de L'Amie prodigieuse, de la romancière originaire de Naples (et qui refuse toute apparition médiatique), ont été traduits en plusieurs langues, dont en français. Le quatrième tome est sorti en France en janvier 2018.

Mode

Depuis plusieurs années, couturiers et créateurs italiens reviennent sur le devant de la scène. Parmi eux, cinq grands noms se distinguent  : Gucci, Prada, Armani, Versace et Dolce & Gabbana.

Gucci, après l'assassinat de son héritier, a été repris par l'américain Tom Ford. Le couturier texan, bien qu'ayant mis la marque sous le feu des projecteurs, quitte Gucci en 2004. Désormais propriété du groupe français PPR, la griffe italienne a engagé la jeune styliste romaine Frida Giannini pour le remplacer. Cette marque, autrefois connue pour sa maroquinerie et ses fameux mocassins à mors en nubuck, est aujourd'hui célèbre pour sa sobriété dépouillée. C'est l'une des marques fétiches des rédactrices de mode et des top models.

Giorgio Armani n'est pas en reste puisque nombre de ses articles (maillots de bain, ceintures, jeans) sont frappés du sigle E.A., Emporio Armani (signifiant non pas empire mais bazar Armani. Armani, lui, se situe plutôt dans le chic discret, habillant Claudia Cardinale ou Isabella Rossellini. Il a lancé des lignes bis un peu moins chères, comme Armani Jeans. A Paris, l'ouverture de l'Emporio Armani boulevard Saint-Germain (à la place du drugstore) avait provoqué à l'époque des remous dans le quartier. Fief littéraire et intellectuel, le voici devenu nouveau repaire des créateurs.

Prada, c'est d'abord une histoire de famille qui débute dans la maroquinerie. Miuccia Prada, la créatrice, après avoir donné ses lettres de noblesse à l'imprimé Deschiens, est aussi devenue la papesse de la sobriété luxe  : votre chino est en toile beige comme celui de Steve MacQueen mais les coutures intérieures sont gansées de soie.

Gianni Versace, à l'opposé du chic de bon ton, souhaite se démarquer radicalement des tons uniformes (beige, blanc, noir). En proie au "  too much  ", il développe à outrance un style show-biz bling-bling. Il est à la mode ce que le néoclassique et le néo-Empire sont à la décoration. En juillet 1997, Gianni Versace a tristement fait la une de l'actualité  : son assassinat à Miami a endeuillé toute l'Italie. A la place des traditionnels "  chiuso per ferie  ", les boutiques Versace ont fermé leurs portes et c'est désormais Donatella, la soeur de Gianni, qui est à la direction artistique de la marque. A Rome, les fameux escaliers de la Trinità dei Monti, piazza di Spagna, où avait lieu le défilé annuel Show Alta Moda avec Gianni Versace en personne, furent, après son assassinat, recouverts de roses et de mots d'adieu. On pouvait y lire "  La moda sei tu  " (La mode, c'est toi).

Dolce & Gabbana sont les rois d'une mode qui ne manque pas d'allure... Look sexy et féminin à la clef ! Ils parent Madonna, Demi Moore, Chiara Mastroianni ou encore Monica Bellucci... avec des robes à imprimés fleuris, et des manteaux en mousseline ou en léopard, ornés d'immenses cols en fourrure. Bien que séparés en 2005, Domenico Dolce et Stefano Gabbana restent proches collaborateurs dans la sphère professionnelle, assurant ainsi la sortie de nombreuses collections de prêt-à-porter et accessoires en tout genre (sacs, lunettes).

Valentino, dans un style plus classique, plus couture, est aussi l'ami des stars, habillant Claudia Schiffer et Sharon Stone. Il crée un look hollywoodien sophistiqué : robes brodées de paillettes et incrustées de dentelle... Quand le couturier prend sa retraite en 2007, c'est la styliste Alessandra Facchinetti qui reprend les rênes des prestigieuses collections de prêt-à-porter féminin.

Enfin, Krizia, officiant depuis longtemps, connaît un regain d'intérêt parmi les stars, tout comme Missoni, pour ses tops aux imprimés célèbres, Cerruti, classique décalé avec une touche top tendance (robes transparentes brodées...) et Trussardi, dans le même esprit que Cerruti mais avec des articles en cuir (pantalons, jupes...) de qualité.

Musique
Musique classique

En Italie, musique rime avec religion. A commencer par les chants grégoriens et autres mélodies empruntées à un répertoire en latin... Guy d'Arezzo invente les notes et la lecture musicale, les troubadours se produisent hors frontières pour promouvoir madrigaux et chansons épiques. La Toscane est le berceau d'une profonde évolution musicale. A la cour florentine de Laurent le Magnifique, les musiciens rivalisent pour mettre en accords les plus belles poésies ; à Sienne est fondée la première académie. Mais le XVIe siècle voit l'avènement d'un pape très mélomane, Léon X, et c'est Rome qui donnera à la Renaissance italienne son plus grand musicien, Palestrina. A la fin du siècle, c'est encore à Florence que naît un genre qui va révolutionner la composition  : l'opéra. Un compositeur natif de Crémone, Monteverdi, lui donnera ses lettres de noblesse avec Orfeo, joué pour la première fois en 1607. Monteverdi est le premier d'une liste prestigieuse. Parallèlement, la musique instrumentale se développe. Les luthiers lombards mettent au point le violon. Comme à Crémone, avec la dynastie des Amati. Niccolo Amati, sera le maître de deux facteurs de génie, Guarnieri et Stradivarius, dont les instruments vont donner encore davantage de relief aux oeuvres des Scarlatti et bientôt Vivaldi.

Sonates et concertos apparaissent à la fin du XVIIe siècle, ce qui ne ralentit pas la production de musiques religieuses et d'opéras (Albinoni, Pergolèse, Cavalli). Dans le courant du XVIIIe siècle, "  l'opera buffa  " donne de la fantaisie à l'opéra en le popularisant. Le grand opéra romantique italien, celui dont la popularité va gagner toutes les scènes du monde, coïncide avec l'esprit de liberté du Risorgimento. Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi et, plus tard, Puccini composent le quintet magique du XIXe siècle. Les grandes salles italiennes acquièrent une renommée mondiale (la Scala de Milan, le San Carlo à Naples, la Fenice à Venise). Le XXe siècle est marqué par quelques musiciens importants tels que Respighi et, pour les contemporains, Nono, Berio ou Bussotti.

La variété

Refrains populaires et chansons douces envahissent les premières radios. Come Prima date des années 1950, bientôt repris par Dalida. Un peu plus tard, Domerico Modugno (Volare, repris par les Gipsy Kings), Toto Cutugno (L'italiano) ou le crooner Adriano Celentano (24 000 baci, également chanté par Dalida). Des années 1970, on retiendra Drupi (Vado via, Ricchi e Poveri, Sara perché ti amo), Umberto Tozzi Tu et le lancinant Ti amo (Ah ! que de slows nous reviennent en mémoire !). Puis, dans les années 1980-1990, Gianna Nannini (l'amazone à la voie rauque qui chantait I maschi), Marco Masini (Perché lo fai), Giorgia (la Whitney Houston italienne), Laura Pausini (La Solitudine, gros succès commercial) et le latin lover dans toute sa splendeur, Eros Ramazzotti le bien nommé. Au début des années 1980, le disco marche bien avec Fizzi Contini, on entend et on regarde de près les formes avantageuses de Sabrina, on écoute Pino d'Angelo et Raf (Self Control).

Côté français, deux tubes décrivent parfaitement la douceur et l'art de vivre à l'italienne, où légèreté rime avec désinvolture, liberté et amour naissant. Etienne Daho et son célèbre Week-end à Rome (1984) extrait de son album La Notte, La Notte, puis l'incontournable tube rétro de Lilicub avec Voyage en Italie en 1996. De retour à nos artistes italiens, citons deux chanteurs populaires au succès international, d'un genre très différent  : Zucchero, l'énergique bluesman rock, et, Andrea Bocelli, le ténor aveugle qui chante aussi bien le classique que la variété ou le folklore napolitain (Con te partirò...). Plus jazzy et mélancoliques, deux auteurs interprètes de talent venus assez tard à la musique et malheureusement plus connus en France que chez eux  : Paolo Conte et Gian Maria Testa.
Pour le jazz proprement dit, on citera les trompettistes Enrico Rava, Paolo Fresu et le batteur Aldo Romano. On peut parler encore de la musique populaire engagée et polyphonique de Giovanna Marini, de la musique régionale avec le Milanais Walter Valdi et le Napolitain Edoardo Bennato. Le plus gros tube de la chanson napolitaine a cent ans  : O sole mio, que son auteur vendit 25 lires avant de mourir dans la misère. Pour vous mettre vraiment dans le bain actuel, écoutez Ligabue, Litfiba et Carmen Consoli pour le rock, Pitura Freska et Ska-j pour le reggae, Caparezza, 99 Posse et Anticolo 31 pour le rap et l'inclassable Elio e le Storie tese, spécialisé dans le pastiche et l'humour subversif au second degré.

Peinture et sculpture
<p>Dozza.</p>

Dozza.

L'art italien puise ses racines dans la Grèce antique, avant même l'Empire romain. Du temps des Etrusques, des échanges s'opèrent déjà avec les cités grecques. L'art romain, celui de la Rome antique est aussi celui du Principe (prince) et s'attache tout d'abord à servir la politique et la religion de l'Empire romain. Mais, les fresques murales, les représentations de scènes mythologiques ou de la vie quotidienne en mosaïques (comme dans les églises de Ravenne) restent un héritage direct de l'art byzantin. La chute de l'Empire romain marque ensuite le progressif abandon des techniques byzantines, pour permettre l'avènement d'un art plus chrétien. En effet, Rome qui avait d'abord condamné le christianisme naissant finit par en faire sa "  religion d'Etat  " dès la fin du IVe siècle, sous le règne de Théodose. Les églises, lieu crucial du culte, se construisent, et pour les orner, la peinture chrétienne se développe. L'art pictural médiéval met en scène les valeurs religieuses et les croyances à l'aide du symbolisme, sans se soucier de réalisme dans la figuration.

La pré-Renaissance ou le naturalisme

A partir du XIIIe siècle commence le mouvement de "  conquête de la réalité  " qui va bouleverser l'histoire de la peinture occidentale. Désormais les artistes s'appliquent à restituer les apparences de la réalité sensible. Pour franchir cette étape, des avancées techniques picturales sont nécessaires. Cimabue et son élève Giotto, l'artiste phare du XIVe siècle qui a réalisé le Campanile de Florence et les fresques de la Basilique Supérieure de Saint-François à Assise, sont les premiers à vouloir sortir de la représentation d'icônes à la byzantine. Insérant de la vie, des émotions, des paysages dans la peinture, cet artiste de la pré-Renaissance lance le courant du "  nouveau naturalisme  ", représentant pour la première fois des personnages divins avec humanité. Pendant ce temps, les artistes de l'Ecole de Sienne, qui restera à l'écart de la Renaissance, ont troqué les traditions byzantines pour un art gothique animé par Simone Martini et les frères Lorenzetti, remarquables pour leur travail sur la précision et le détail.

La première Renaissance

Puis vient le XVe siècle et ses grandes familles princières des cités italiennes. Le mécénat bat son plein  : les Médicis à Florence, les Sforza à Milan... C'est d'ailleurs dans la ville toscane avec l'Ecole florentine que les premiers peintres de la Renaissance s'exprimeront. L'âge de la première Renaissance italienne appelée "  Quattrocento  " est arrivé. Parmi ses acteurs, Masaccio, l'inventeur du point de fuite unique, axe son travail sur la perspective, les volumes et les proportions, ou encore Brunelleschi, architecte hors pair qui conçoit la première coupole, et peintre de génie cherchant les proportions parfaites que Donatello le sculpteur a trouvées dans ses statues. A cette époque décisive d'ouverture sur le monde et à la connaissance l'art religieux se trouve bousculer. Reflétant la sécularisation de la société, les arts plastiques s'étendent de plus en plus à des sujets profanes. Dans ce contexte, la représentation vise aussi à une compréhension profonde de la nature.

La haute Renaissance

Jusqu'à présent, la révolution des arts en Italie avait été portée essentiellement par la bourgeoisie, et Florence en était la capitale incontestée. Cependant à partir de 1500, le mouvement se déplace vers Rome et Venise. La cité romaine souhaite retrouver sa place de foyer culturel occidental, au travers de la papauté qui commande aux plus grands artistes la construction des établissements de la chrétienté. Bramante est nommé par la Curie Papale pour la conception de la nouvelle Saint-Pierre de Rome, et Michel-Ange réalisera la décoration de chapelle Sixtine. Peinture, sculpture, architecture, mathématiques, les génies de la Renaissance qu'on ne présente plus (Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange...) possèdent tous les savoirs et savoir-faire qu'il s'agisse de sciences, de techniques ou de leur incroyable talent artistique. Léonard de Vinci était même musicien ! L'âge d'or de la Renaissance s'incarne dans l'oeuvre de Raphaël, dont l'aboutissement au seuil de la perfection regroupe tous les idéaux d'harmonie de l'époque. A Venise, Bellini développe une peinture lumineuse et inspirée à partir du naturalisme, avec une touche plus intime qu'à Rome. Ses successeurs seront Titien avec ses portraits célèbres, Véronèse et Le Tintoret.

Le maniérisme

Après l'apogée de la Renaissance, l'Italie connaît une crise brutale qui se répercute dans les arts. Alors que les Espagnols (sac de Rome en 1527) prennent le pas sur le pays, la Réforme qui progresse prodigieusement menace l'intégrité de l'Eglise romaine. Dans ce climat tendu qui contraste avec la sérénité du début du siècle, le Maniérisme apparaît. L'âge d'or passé, les héritiers des grands maîtres élaborent une peinture plus abstraite. Leurs oeuvres prennent des accents irréels, les proportions se déforment. Dans l'ombre de leurs grands frères, les peintres du maniérisme tels Jules Romain de Mantoue et le Parmesan à Parme, cherchent à exprimer leur originalité à travers des oeuvres qui suscitent le malaise. Instrument de la Contre-Réforme catholique, le maniérisme est imprégné de plus de sévérité et moins d'hédonisme que durant la Renaissance. C'est le retour du classicisme qui s'effectue à Rome.

La période baroque

Une fois enrayée la crise politique, et la menace protestante réglée par le concile de Trente dans la deuxième moitié du XVIe siècle, un style très particulier s'exprime à Rome  : l'art baroque. Les trois grandes figures de ce mouvement inspiré par l'étrange et le non-respect des arts sont l'architecte Borromini, le sculpteur Le Bernin et le peintre le Caravage. Figurant souvent des scènes dramatiques et inspirant la terreur, les peintures baroques jouent sur des contrastes puissants entre ombre et lumière. Outre exprimer l'originalité de ses artistes, le but de l'art baroque est aussi de réinspirer la foi aux catholiques, au besoin par la peur, et de réaffirmer la puissance de l'Eglise au travers une architecture monumentale. La Rome d'aujourd'hui reste très marquée par cette période, beaucoup d'oeuvres réalisées durant la Renaissance ayant été recouvertes à l'âge baroque. Venise, Turin, Naples, Gênes et la Sicile seront touchées par le style baroque jusqu'au XVIIIe siècle. Un style qui se propagera aussi dans toute l'Europe, et jusqu'au Nouveau Monde avec des spécificités propres à chaque région.

Le néoclassicisme

Le rococo, qui concerne les arts décoratifs prendra le relais du baroque, tandis que par réaction à ce courant peu orthodoxe, le néo-classicisme sous l'influence des Lumières et de la redécouverte de l'Antiquité, entame une nouvelle recherche de beauté absolue, d'équilibre et de clarté. C'est l'époque de l'Italie napoléonienne. Le peintre Andrea Appiani (Milan 1754-1717) et le sculpteur Antonio Canova (Possagno 1757-Venise 1822) sont les artistes officiels de l'empereur, roi d'Italie. En témoigne par exemple la toile d'Appiani, Napoléon, roi d'Italie portrait de l'empereur devant un décor à l'Antique. Le néoclassicisme prône le retour aux valeurs de la grande Rome, dans des scènes historiques de l'Antiquité. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'art italien vit cependant une récession et son influence lumineuse des siècles passés se tarit significativement.

Les XXe et XXIe siècles

Au XXe siècle, l'art italien reprend une envergure internationale. En 1909, le courant futuriste (1910-1930) prend naissance à Milan, par la publication du Manifeste du futurisme. Pensé par le poète italien Filippo Marinetti (1876-1944), il paraît d'abord dans un quotidien français  : Le Figaro. Dès 1910, le courant fait des adeptes, avec le Manifeste des peintres futuristes rédigé par des artistes tels Boccioni ou Severini. Le futurisme prend ses racines dans le néo-impressionnisme et dans le cubisme français. Ce mouvement artistique, qui ne se limite pas aux seuls arts graphiques souhaite faire table rase des traditions passées, prônant une esthétique nouvelle fondée sur le progrès, la machine, la vitesse. C'est un art avant tout urbain. Evoqué par la modernisation des villes ou l'invention de nouveaux moyens de transport (avion, voiture...), le futurisme figure des cités imaginaires ou le mouvement stylisé des machines dans des couleurs vives. Dans ses rangs, on compte Sant'Elia, Balla, Cara ou Russolo. Le courant connut ensuite un grand essor en Russie.
En 1915, en réaction contre le futurisme, Giorgio De Chirico, ami de Picasso et d'Apollinaire, fonde la peinture métaphysique (pittura metafisica), avant-garde du surréalisme. Suivant les techniques classiques, ses peintures sont cependant empreintes de mystère et d'illogisme dont l'atmosphère onirique inspirera André Breton et le mouvement surréaliste. Un parcours à contre-courant pour l'initiateur de cette peinture métaphysique puisqu'il préféra revenir dans les années 1930 vers une peinture académique. Jusqu'à l'époque fasciste, le retour aux critères classiques alliés à ceux de la peinture métaphysique forme en Italie le courant du "  Novecento  ". La deuxième guerre marque une rupture brutale dans l'art. Désormais, les supports vont se diversifier. L'art contemporain s'ouvre sur l'expérimental, la conceptualisation devenant parfois le centre de l'oeuvre. Resté dans un style figuratif, Modigliani est sans conteste l'artiste phare du XXe siècle (même s'il a vécu à Paris) avec son oeuvre largement consacrée au visage humain.

Grands noms de l'art italien

Jacopo (1396-1470) et Giovanni Bellini (1430-1516). Peintre vénitien du XVe siècle, spécialisé naturellement dans la peinture religieuse, Jacopo intègre, avec un bonheur évident, les différentes influences de l'époque. Il fut le beau-père d'Andrea Mantegna avec lequel on lui trouve en effet une certaine filiation. Gentile et Giovanni, se montrent des successeurs dignes, Giovanni surpassant son père en notoriété (portraits, retables, oeuvres à Venise et dans tous les grands musées).

Botticelli Sandro Filipepi (1445-1510). Maître de la peinture religieuse du XVe siècle, il est né à Florence et incarna, avec la précision du dessin, la douceur de tons et le velouté des formes (anges rondouillards, madones pleines de grâce, jeunes filles voluptueusement voilées), un courant majeur de son siècle. Quelques-unes de ses oeuvres sont mondialement connues  : L'Adoration des Mages, La Naissance de Vénus, Le Printemps. On le trouve, de façon incontournable, à la galerie des Offices à Florence. Botticelli a travaillé sur les fresques de la chapelle Sixtine et a également illustré La Divine comédie.

Bramante (1444-1514). Aussi à l'aise dans l'architecture religieuse que dans la peinture, cet artiste délicat, de son vrai nom Donato di Pascuccio, est né à Pesaro et mort à Rome. Il s'illustre dans sa jeunesse en Lombardie, avant d'être admis à la cour des grands. Presque aussi visionnaire qu'un Léonard de Vinci, il réinvente les espaces et les formes, et peut être considéré comme un des premiers "  urbanistes  " modernes (Sforza, puis le pape Jules II font appel à lui pour la cour du belvédère du Vatican, notamment). Il réalisa le premier plan de Saint-Pierre de Rome au début du XVIe siècle.

Filippo Brunelleschi (1377-1446). Un des plus fameux architectes de son temps, florentin de naissance, il dessina la célèbre coupole du dôme de sa ville et fut un des précurseurs de la Renaissance. Ami des humanistes, mais aussi des scientifiques, il a su inscrire son art dans un courant artistique et philosophique majeur. C'est aussi un sculpteur très estimable.

Le Caravage (1571-1610). Un sacré numéro et un tempérament bouillant. Michelangelo Merisi, dans sa vie comme dans son art, fut souvent à la lisière du droit chemin, et parfois nettement au-delà. Son talent, néanmoins, est incontesté. Il sut d'ailleurs, malgré son caractère ombrageux, trouver des mentors et protecteurs pour le placer sur le devant de la scène artistique. Au tournant du siècle, sa notoriété est considérable, et les belles familles romaines apprécient son style et sa fougue dans des oeuvres qui empruntent aux peintres flamands comme aux maîtres de la peinture religieuse italienne tout en faisant preuve d'une grande personnalité. Ses frasques deviennent malheureusement trop nombreuses pour être étouffées et, après avoir tué un joueur dans un tripot, il doit fuir à Naples, puis à Malte (uniquement parce que le premier bateau qui accepta de le transporter était celui des chevaliers), où son passage, mémorable, sème le désordre sur l'île de l'Ordre. Pourchassé par de nombreux ennemis, il continue pourtant à produire  : on le voit en Sicile, puis à nouveau à Naples, puis à Porto Ercole où il vient mourir d'une crise de délire. Ses oeuvres se trouvent dans les plus grands musées du monde, aux Offices à Florence comme au musée du Vatican ou à la galerie Borghèse à Rome, au Louvre, à l'Ermitage ou à la National Gallery.

Les Frères Carrache. Une famille en or de la peinture italienne de la deuxième moitié du XVIe siècle. D'origine bolognaise, les deux frères Annibal (1560-1609) et Augustin (1557-1602) et leur cousin Ludovic constituent la tribu. Le premier est le plus célèbre, pour ses tableaux religieux allégoriques dans lesquels s'épanouit le maniérisme classique post-Renaissance. Sur la fin de sa vie, la maturité lui apporte davantage de force et de recul, ainsi qu'une certaine sobriété. Son frère Augustin, même s'il produit lui-même quelques toiles, s'occupe davantage des relations publiques pour le clan, avant de se brouiller avec Annibal. Ludovic, le cousin, est aussi l'aîné (mais il survit dix ans au benjamin Annibal). Son style est simple et net  : on pourrait presque dire qu'il est dépoussiéré, qu'il marque comme un retour aux sources, sans artifices rococo, de la peinture religieuse. Ses oeuvres sont visibles dans les musées de Bologne, de Parme ou de Milan.

Donatello (1386-1466). Une oeuvre immense et un accès direct au top ten de la sculpture mondiale. Donatello est un précurseur et un génie, qui a su interpréter le style gothique pour ouvrir la voie des siècles suivants. De son vrai nom Donato di Betto Bardi, il naît et vit à Florence, où ses premiers travaux voient le jour vers 1408. Il intègre, dans des scènes vivantes et stupéfiantes de précision, la mythologie antique ou l'hagiographie, et se montre aussi éblouissant dans l'illustration religieuse que dans le portrait. Nombre de ses oeuvres sont des classiques absolus, comme son David en bronze, au musée Bargello de Florence, ou Marc Aurèle devant le Capitole. On peut voir également quelques-unes de ses oeuvres (autels, crucifix) à la basilique de Padoue, ainsi que sa statue équestre de Gattamelata, installée en plein air.

Giotto (1265-1337). Un siècle avant Andreï Roublev, 150 ans avant Fra Angelico, Giotto a mis la couleur et l'émotion dans la peinture religieuse. Né vers 1265, il est mort à Florence en 1337 et, loin de se laisser enfermer dans une époque (le Moyen Age, le gothique), il se montre unique, précurseur et intemporel. On admire autant les fresques de l'abbatiale Saint-François à Assise que ses oeuvres de jeunesse, habitées de la plénitude qui transparaît déjà dans celles de l'église Santa Croce (chapelles Peruzzi et Bardi) à Florence ou à Padoue (chapelle Scrovegni). On peut voir ses oeuvres dans les plus grands musées italiens et mondiaux.

Leonardo da Vinci (1452-1519). Son apport à l'art pictural aurait probablement suffi à le faire entrer dans l'Histoire, malgré un nombre relativement réduit de tableaux. Comme ce n'est que la moitié de son talent, le reste lui garantit un accès direct à la légende, avec une place acquise au firmament des génies de l'humanité. Avec lui, les grands de son époque s'offraient un artiste génial, un ingénieur (notamment militaire) de premier ordre et même un extraordinaire organisateur de fêtes. Pas étonnant qu'ils se le soient arraché. Léonard apprend les bases de son art (ou de ses arts  : peinture, sculpture, etc.), mais aussi ses premières notions de science, à l'atelier de Verrocchio, à Florence, à partir de 1469. De cette première période toscane, on retiendra de sa production L'Adoration des Mages et La Vierge aux Rochers, tableaux dans lesquels il impose une organisation pyramidale des personnages et l'effacement du contour par le procédé du sfumato. Il part ensuite pour Milan (1482) où il se met au service de Ludovic le More (il y restera 20 ans). Là, il se remet sans cesse en question, sous la pression des défis qu'on lui lance, multiplie les recherches et, génie oblige, les découvertes. Il noircit d'innombrables cahiers sur les sujets les plus divers, de la mécanique à l'anatomie. Il se passionne d'ailleurs pour cette dernière au point d'opérer, en toute illégalité (la pratique est interdite par l'Eglise), des dissections sur des cadavres volés dans les cimetières. Au début du XVIe siècle, il est de retour à Florence et, au milieu d'études scientifiques auxquelles il consacre l'essentiel de son énergie, il prend quand même le temps de peindre la Joconde, un des plus célèbres tableaux de l'histoire de la peinture et une étape essentielle dans l'art du portrait. Après un bref passage à Rome, il accepte l'invitation de François Ier et s'installe en France en 1517. Il meurt au Clos-Lucé deux ans plus tard. L'héritage qu'il laisse est composé pour l'essentiel de dessins  : considérant l'art pictural comme complémentaire de la science, il l'a mis au service de ses recherches. Inversement, ses connaissances scientifiques lui permettaient de renouveler de façon spectaculaire les notions de perspective et d'organisation de ses tableaux. Parmi ses dessins, on a trouvé les plans d'engins aussi révolutionnaires que le sous-marin, l'écluse à sas, l'ancêtre du cardan, du parachute et d'autres machines volantes qui prouvent que Léonard a été un très grand ingénieur en mécanique.

Michel-Ange (1475-1564). La Toscane, qui a déjà vu naître Léonard de Vinci, s'enorgueillit quelques années plus tard d'un génie d'une dimension au moins équivalente avec Michel-Ange. On connaît le sculpteur et le peintre, mais l'homme est aussi poète ou architecte. Il fait son apprentissage dans l'atelier des Ghirlandaio, puis avec Bertoldo di Giovanni, dans les jardins du palais des Médicis. Il découvre ainsi la statuaire antique, dont la famille possède une abondante collection, et s'assure la protection de Laurent le Magnifique. Il fréquente les plus grands esprits de l'époque et est notamment séduit par les idées de Platon, alors fort commentées. Peut-être trop jeune pour être déjà génial, Michel-Ange est bouleversé par la mort de son protecteur et les prédications de Savonarole, et s'enfuit à Bologne, puis à Rome. C'est là que l'artiste mûrit et frappe un premier grand coup avec la pietà de la basilique Saint-Pierre. On lui reconnaît (à juste titre) toutes les qualités  : la perfection technique et l'inspiration heureuse, l'énergie et la précision anatomique. Il navigue entre Rome et Florence, travaillant pour les plus grands (les Médicis à Florence et les papes à Rome) et semant les chefs-d'oeuvre comme d'autres les petits cailloux  : le David ou la chapelle funéraire des Médicis à Florence, la chapelle Sixtine à Rome. A partir de 1534, il choisit définitivement Rome, et son art devient de plus en plus tourmenté, que ce soit en peinture, en sculpture ou en poésie. Cette évolution est particulièrement frappante dans son Jugement dernier qui orne la chapelle Sixtine. Il se rapproche du mouvement réformateur des spirituels et ses interrogations métaphysiques transparaissent dans les rares travaux de la fin de sa vie, période qu'il consacre essentiellement à l'architecture. Il devient d'ailleurs architecte officiel du Vatican et travaille à la coupole de Saint-Pierre ou encore à la place du Capitole. A sa mort, son génie est largement reconnu, et lui a valu maintes biographies.

Le Pérugin (1450 environ-1523). Comme beaucoup d'artistes de cette époque, Pietro Vanucci doit son nom à sa ville natale, Pérouse, où il apparut au milieu du XVe siècle et mourut en 1523. Le style classique du Pérugin ne surprend guère, mais il utilise les ressources de l'époque avec bonheur et améliore la perspective. On trouve ses oeuvres dans les plus grands musées européens et à la pinacothèque de Pérouse. Le Pérugin a illustré de nombreuses églises toscanes ainsi qu'une partie de la chapelle Sixtine.

Raphaël (1483-1520). Chaque musée d'importance met Raphaël en vitrine. L'effet est assuré, car Raphaëlo Sanzio est une référence mondiale. L'étoile d'Urbino naquit fils de peintre  : cela aide l'inspiration, et surtout la technique. Sa carrière est pourtant de courte durée  : une vingtaine d'années pour former ce génie de la lumière et de l'expression. Il travaille d'abord dans sa ville natale, puis dans de nombreuses églises et cathédrales de son pays.

Des oeuvres connues de tous, parmi lesquelles le fameux Songe du chevalier ou la Transfiguration, ainsi qu'une série de Madones. Parmi ses nombreuses qualités, on peut distinguer la puissance expressive de ses portraits. Si vous passez par Rome, ne manquez pas ses Stanze du palais du Vatican.

Jacopo Sansovino (1486-1570). Après avoir travaillé dans l'atelier d'Andrea Sansovino, Jacopo Tatti, sculpteur et architecte, prit le nom de fabrique de son entreprise, comme c'était courant à l'époque. Ayant approché les meilleurs à Rome (Raphaël et Michel-Ange notamment), il fut chargé de l'aménagement de la place Saint-Marc qu'il réussit avec bonheur à harmoniser et à mettre en scène. Ses sculptures, qui se caractérisent par des jeux d'ombres et de lumières, sont également estimables.

Le Tintoret (1518-1594). Maître incontesté du XVIe siècle, Jacopo Robusti étonne par la variété de ses compositions, de l'allégorie d'influence gothique au maniérisme post-Renaissance. Il est vrai que sa longue carrière lui a permis de traverser tout le XVIe siècle en s'enrichissant de divers courants, mais c'est bien son génie propre qui a permis à cet artiste vénitien d'exprimer sa diversité et la puissance de ses compositions, dans des mises en scène véritablement théâtrales. Tableaux religieux, portraits, illustrations quasiment cinématiques d'épisodes historiques  : le Tintoret est bien davantage qu'un illustrateur, et ses Noces de Cana ou son Christ devant Pilate occupent une place de choix dans le patrimoine artistique mondial. Nombre de ses travaux sont visibles dans divers bâtiments vénitiens (dont San Rocco et San Marco), à la galerie de l'Académie et autres grands musées.

Titien (1488-1576). Un dessin précis et dynamique, une remarquable utilisation de l'espace, des jeux de lumières et de sublimes portraits, dont ceux du Jeune Anglais, de François Ier, de Charles Quint à cheval, ou de l'Homme au Gant. Elève de Bellini puis de Giorgione, Tiziano Vecellio, né près de Venise vers la fin du XVe siècle, prend de l'ampleur au fil du temps et devient l'un des peintres vénitiens les plus demandés  : des réalisations grandioses, au souffle presque palpable, et des succès grandissants, partout en Europe, qui inspireront nombre de peintres des générations futures. On trouvera ses oeuvres à la galerie de l'Académie, au palais Pitti à Venise, aux Offices et dans tous les grands musées du monde.

Véronèse (1528-1588). Du grand classique au siècle de la Renaissance  : Paolo Caliari est bien né à Vérone, et meurt à Venise soixante ans plus tard. Entre-temps, il aura déployé son talent pour divers princes et cardinaux, à Bologne, à Mantoue, avant de s'installer à Venise les vingt dernières années de sa vie. Ses grandes oeuvres religieuses ou mythologiques sont, malgré leur académisme, très facilement identifiables par leurs teintes douces, leur velouté et leur richesse. On peut les voir à la galerie de l'Académie et dans les grands musées européens.

Adresses Futées d'Italie

Où ?
Quoi ?
Ailleurs sur le web
Avis