Guide de Porto Rico : Histoire

Terre d'échange et carrefour majeur des bateaux européens qui colonisent le Nouveau Monde aux XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, Porto Rico a gardé les traces de son histoire. Un séjour sur l'île de Borinquen permet d'en apprendre beaucoup sur les Indiens taïnos, sur l'époque coloniale espagnole ou encore sur l'intérêt des Etats-Unis pour la région.

Figures historiques

Diego Salcedo (14 ? -1511)

Difficile de savoir ce qui s'est exactement passé. Mais deux choses sont sûres. Le soldat espagnol Diego Salcedo est devenu populaire bien malgré lui, et il est mort en 1511. Beaucoup d'histoires et de légendes circulent à propos de sa mésaventure. À l'époque, les colons espagnols viennent tout juste de débarquer sur l'île de Borinquen, ancien nom de Porto Rico. Et très tôt, ils réduisent les autochtones à l'état d'esclaves qu'ils envoient travailler aux divers labeurs des champs. Les indigènes taïnos se laissent plus ou moins convaincre de collaborer avec les Espagnols dans un premier temps, pensant que ces derniers ne sont autres que des dieux venus d'un autre monde. Mais devant les exactions commises, les maladies et le manque d'hygiène des Blancs, les doutes apparaissent.
Des chefs indigènes conviennent en 1511 que l'heure de la révolte contre l'occupant a sonné. Mais il faut auparavant prouver que les Espagnols ne sont pas immortels. C'est alors que le soldat espagnol Diego Salcedo se laisse entraîner à l'écart de ses camarades par un groupe de Taïnos, pour répondre à l'invitation du cacique Urayoán. Ici, la légende se mélange à l'histoire et il devient difficile d'être sûr de ce qu'il en est advenu.
Selon une première version, Diego Salcedo se serait laissé convaincre par les indigènes de les suivre, sur la promesse de se baigner dans un lac où de nombreuses femmes prendraient soin de lui. La deuxième version assure qu'ils lui auraient proposé de le porter pour traverser une rivière, avant de le lâcher. Toujours est-il que l'objectif des autochtones, le noyer pour voir s'il est immortel, est atteint. Après son décès, ils veillent trois jours pour s'assurer qu'il ne se réveille pas. Dès lors, son caractère de mortel finit de convaincre les chefs taïnos que les Espagnols ne sont en rien des dieux et qu'il faut les combattre. La révolte indienne sera contenue en quelques jours.

Urayoán (fin XVe-début XVIe)

Peu de textes ont été écrits sur sa vie. Mais Urayoán n'était pas n'importe qui à l'heure de la conquête et du massacre espagnol du peuple taïno, à la fin du XVe siècle. Chef de la tribu de Yucayeque Yagüeka, zone territoriale qui s'étendait entre Mayagüez et Añasco, il participe avec les autres caciques de l'île comme Agüeybaná II, à la réflexion sur l'immortalité supposée, puis infirmée, des conquérants espagnols en 1511. C'est Urayoán qui invite le soldat espagnol Diego Salcedo à venir passer la nuit dans son village. Le lendemain, il demandera à ses hommes de le noyer pour voir s'il peut survivre. Après trois jours à veiller autour du corps défunt de Diego Salcedo, Urayoán envoie un message à Agüeybaná II, qui déclenchera la révolte des Taïnos contre l'occupant espagnol.

Juan Ponce de León (1460 ? -1521)

Des figures historiques portoricaines, il est probablement le plus connu, presque encensé. Il n'est pas rare que les personnes de passage à Porto Rico entendent prononcer son nom à de multiples reprises, sans compter que de nombreuses rues portent son nom. Sa popularité, il la doit à son audace et à son goût pour l'exploration, qui lui ont permis entre autres, de devenir le premier gouverneur de Porto Rico.
Né dans la province de Castille et Léon au début des années 1460, il combat l'occupation mauresque du territoire espagnol, avec les troupes de son pays. C'est alors qu'il fait la connaissance de marins en partance pour le Nouveau Monde que Christophe Colomb vient de découvrir quelques mois plus tôt. Il sera du deuxième voyage en mars 1493.
Alors que le plus célèbre des navigateurs repart en Europe, Juan Ponce de León décide de rester à Saint-Domingue, où il est rapidement nommé gouverneur de la province d'Higuey. La rumeur rapporte que l'île voisine de Borinquen possède beaucoup d'or, et il décide de la conquérir au nom de la couronne espagnole. Il devient alors le premier gouverneur de l'île, car, Vicente Yañez, nommé à ce poste, ne parviendra jamais à rejoindre Porto Rico, mort avant de le faire.
Juan Ponce de León participe donc à l'établissement des premières colonies espagnoles sur l'île. Mais sa réputation, faite de violence et de discrimination, tout particulièrement à l'égard des Taïnos, le pousse vers la sortie. En 1511, Madrid le démet de ses fonctions. Avec le soutien de la royauté, il part alors en quête de l'île de Bimini, dans les Bahamas, pour y trouver la légendaire fontaine de jouvence. Le 3 mars 1513, il quitte donc Porto Rico avec 3 bateaux et 200 hommes. Un mois plus tard, sans le savoir, il touche les côtes de l'actuelle Floride et s'y repose une semaine avec l'ensemble de son équipage. Le 8 avril, il profite d'un fort courant marin qu'il dit découvrir et qui deviendra plus tard le Gulf Stream, pour rejoindre Cuba, puis se dirige vers le nord, toujours en quête de Bimini. Il trouvera à la place l'île Andros, qui constitue aujourd'hui la principale terre des Bahamas. C'est alors l'heure de rentrer en Espagne. Peu après son retour, le 27 septembre 1514, il est nommé capitaine général par le roi. Il décide de repartir, toujours en quête de Bimini. Lors de son dernier essai en juillet 1521, il débarque avec son équipage en Floride, où des combattants issus de tribus indiennes les attaquent. Juan Ponce de León se replie alors sur Cuba où il meurt quelques jours plus tard de ses blessures.

Rafael Cordero (1790-1868)

À Porto Rico, Rafael Cordero est presque une légende. Né au sein d'une famille de descendants africains, il apprend à lire et écrire seul, alors que ses parents analphabètes ne peuvent le lui enseigner. Il décide alors de pousser plus loin ses études, notamment de la littérature, et se promet d'enseigner un jour tout ce qu'il a pu apprendre. Au début du XIXe siècle, il organise dans sa propre maison une véritable petite école gratuite pour les enfants de son voisinage. Quelle que soit la couleur de peau de ses élèves, il accepte tout le monde. Au programme : écriture, mathématiques, littérature et enseignement religieux. Il maintiendra cette école en état de fonctionnement pendant 58 ans, dans la rue Luna, à San Juan. C'est ainsi qu'il devient le Père de l'éducation publique de Porto Rico. Parmi les élèves célèbres qu'il a formés, se trouvent de futurs militants de la cause abolitionniste, tel Román Baldorioty de Castro. En 2004, l'évêque de San Juan a même demandé au Vatican la béatification de Rafael Cordero.

Ramón Emeterio Betances (1827-1898)

De tous les hommes politiques portoricains qui ont marqué l'histoire de l'île, Ramón Emeterio Betances est probablement celui qui possède le lien le plus fort avec la France. Alors qu'il n'a que 10 ans, son père, richissime propriétaire terrien de Porto Rico, décide de l'envoyer dans l'Hexagone pour y recevoir un enseignement. Ramón Emeterio Betances y passe alors sa jeunesse. Il y reste 18 ans, le temps d'achever ses études de médecine, et surtout de se forger une culture politique libérale, bien décalée avec ce qui peut alors se passer dans le Nouveau Monde. Il participera d'ailleurs aux côtés de ses amis parisiens, à la deuxième révolution française, celle de février 1848. En France, il se fait également connaître pour la littérature qu'il produit dans la langue de Molière.
Dès son retour à Porto Rico, il ne tarde pas à se forger une image de héros populaire. En 1856, il vient en aide aux plus démunis, victimes du choléra dans la zone de Mayagüez. Touché par les conditions de vie des esclaves, il fonde une société secrète abolitionniste. À chaque baptême célébré à la cathédrale de Mayagüez, il offre de l'argent aux parents pour qu'ils achètent la liberté de leur enfant. Ses activités le poussent à un premier exil. Les écrits qu'il produit désormais sont principalement à caractère politique, voire révolutionnaire.
En 1868, après avoir fondé le Comité révolutionnaire de Porto Rico à New York avec Segundo Ruiz Belvis, il prend logistiquement part au Cri de Lares (El Grito de Lares). Depuis New York, il dirige les opérations. Une fois la ville de Lares conquise, il est nommé président du premier gouvernement indépendant de Porto Rico. Mais les troupes espagnoles mettent à mal cette insurrection. À New York, il fonde alors la Société Républicaine de Cuba et Porto Rico. Il y signe de nombreux articles de presse sous le pseudonyme El Antillano, appelant à l'émancipation des colonies des Caraïbes.
Il décide alors de soutenir le mouvement indépendantiste cubain, qu'il fournit notamment en armes. Pour lui, les causes cubaines et portoricaines sont liées. D'ailleurs son prochain ouvrage politique publié en 1874 sera consacré à Cuba. En 1875, de passage en République dominicaine, il rencontre un autre grand avocat de la cause indépendantiste portoricaine, Eugenio María de Hostos, avec lequel il élabore un nouveau plan.
Puis Ramón Emeterio Betances retourne en France, où il est nommé en 1880, Premier secrétaire de la légation de la République dominicaine en France. À travers ce titre, il s'opposera aux militants d'un protectorat français à Haïti. Ses activités de médecin occupent beaucoup de son temps. Et sur la fin de sa vie, il continue à se consacrer à la cause cubaine. Il devient même délégué du Parti révolutionnaire cubain, pour lequel il négocie avec les nations européennes. Il décède à Paris en septembre 1898.

Eugenio María de Hostos (1839-1903)

À Porto Rico, Eugenio María de Hostos est une telle légende que les Portoricains lui consacrent tous les ans un jour férié, le 12 janvier. Après des études secondaires à San Juan, il part étudier très jeune à Bilbao en Espagne, jusqu'à y obtenir son baccalauréat. Grâce à un brillant parcours, il entre à l'université de Madrid où il prend des cours de lettres, de droit et de philosophie. Ses activités sur le campus lui permettent de s'intéresser au monde politique et notamment à la situation de son pays natal. Devant le refus de l'Espagne d'accorder l'indépendance à Porto Rico, il part aux Etats-Unis, décidé à obtenir les contacts et le soutien nécessaires pour convaincre Madrid de laisser sa colonie libre de déterminer son statut.
Après son départ d'Espagne, il rencontre rapidement d'autres leaders de la cause indépendantiste portoricaine, comme Segundo Ruiz Belvis et Ramón Emeterio Betances. Mais à la différence de ces deux derniers, Eugenio María Hostos est persuadé de la nécessité de fonder une Confédération des Antilles, incluant Cuba et Porto Rico. Elle permettrait selon lui de défendre les droits politiques des pays qui y entreraient. Il part alors en voyage pour soutenir sa thèse. De passage en Amérique latine, il contribue beaucoup par sa réflexion, à aider les mouvements progressistes à obtenir gain de cause dans certains domaines. Il participe notamment aux mouvements qui permettent aux immigrés péruviens de recevoir une éducation, aux femmes chiliennes d'accéder à l'université, ou aux Argentins de lancer un programme ferroviaire pour le transport des masses. Il débarque ensuite en République dominicaine où il travaille dans le monde de l'éducation.
Ce n'est qu'en 1898 qu'il retourne aux Etats-Unis. Il s'engage aux côtés des mouvements cubain et portoricain de libération nationale. Alors que la guerre entre l'Espagne et les Etats-Unis éclate, il rêve d'indépendance pour son pays natal, et pour les colonies qu'il a exhorté à former la Confédération des Antilles quelques années plus tôt. Devant le refus américain de laisser Porto Rico libre, il rentre en République dominicaine où il continue son travail dans le monde de l'éducation. Il y décède en 1903.

José Celso Barbosa (1857-1921)

Il fait lui aussi partie des Portoricains les plus appréciés de ses concitoyens. Le 27 juillet, jour de son anniversaire, est un jour férié à Porto Rico, qui rend hommage à ce scientifique connu pour être le père du mouvement étatiste portoricain. Natif de Bayamón, il a la chance de faire de longues études. Il sera d'ailleurs le premier Portoricain à obtenir un diplôme de médecine aux Etats-Unis. Alors qu'il veut étudier le droit, des soucis de santé personnels le poussent finalement à étudier la médecine. En 1876, il fait alors son entrée à l'université du Michigan, pour en sortir en 1880. De retour au pays, les autorités espagnoles ne veulent pas reconnaître son diplôme, prétextant qu'il n'a pas étudié dans le royaume.
Ce problème administratif le frustre et le conforte dans l'idée que l'Espagne n'est pas à sa place à Porto Rico. Il entre d'ailleurs au Parti Autonome de Porto Rico. Mais il ne fait qu'y passer. Après de nombreuses démarches, il finit par exercer sa profession. Il soigne des patients dans toute l'île. Progressiste, il milite pour que les patrons paient les soins de leurs employés. Mieux, en 1893, il fonde la première caisse d'assurance-maladie de l'île, appelée El Ahorro Colectivo.
Toujours animé d'une forte conscience politique, il fonde le Parti Républicain de Porto Rico en 1899, alors que l'île vient de tomber aux mains des États-Unis. Il est persuadé que Porto Rico peut et doit, à terme, devenir un État de l'Union. Il devient facilement membre du cabinet exécutif pendant une quinzaine d'années, avant de rejoindre le Sénat en 1921. Il décède cette année-là.

Luis Muñoz Rivera (1859-1916)

C'est l'un des personnages clé de la transition entre la gouvernance espagnole et américaine de la fin du XIXe siècle. Nombre de politiciens reconnaissent encore aujourd'hui que sans lui, Porto Rico ne posséderait pas la même identité. Né à Barranquitas en 1859, Luis Muñoz Rivera se distingue très tôt par de brillantes études qui le poussent à entrer en politique dès 1887. Il devient le responsable principal du Parti autonomiste, fondé en 1887 par Ramón Baldorioty de Castro. En 1890, il lance son premier journal, La Democracia. Ambitieux, il imagine pour Porto Rico des élections populaires pour élire des représentants. Il décide alors de voyager en 1893 en Espagne, pour étudier le système politique en place. Dès son retour, il planche avec ses collègues sur la rédaction d'un texte, connu comme étant le Plan de Ponce. À l'intérieur de ce document, est énoncée la liste des mesures à prendre pour permettre à Porto Rico d'accéder à l'autonomie. Ses efforts ne seront pas vains, puisqu'en 1897, à la faveur d'un contexte international qui s'est dégradé pour l'Espagne, Madrid accepte une charte garantissant une certaine autonomie à l'île. Luis Muñoz Rivera devient alors chef de cabinet et secrétaire d'État du nouveau gouvernement portoricain. Mais quelques mois plus tard, la guerre avec les États-Unis éclate, et Porto Rico doit changer d'administration. Ce n'est désormais plus avec Madrid qu'il faut négocier, mais avec Washington.
Pour Luis Muñoz Rivera, peu importe. Comme il l'avait fait avec l'Espagne, il se rend dans la capitale des États-Unis pour rencontrer ses futurs interlocuteurs et se renseigner sur le système politique en place. Reste qu'il n'est pas très bien vu des autorités américaines, notamment à cause de la création du journal, El Territorio, très critique à l'égard du blocus imposé par Washington. En 1901, il s'installe quelque temps à New York, où il fonde l'un des tout premiers journaux bilingues du pays, le Puerto Rican Herald. À son retour à Porto Rico trois ans plus tard, il continue à oeuvrer pour la cause politique de son pays. En 1904, il fonde le Parti de l'union avec José de Diego. En 1906, il se fait élire à la Maison des délégués pour quatre ans, avant de devenir commissaire résident de la Chambre américaine des représentants. Luis Muñoz Rivera est connu pour avoir participé largement à la réflexion préalable à la rédaction de la loi Jones, qui offrira à tous les Portoricains la citoyenneté américaine à partir de 1917. Mais il décédera en 1916, avant de voir le résultat de son travail.

José de Diego y Benítez (1866-1919)

Pétri de talent, José de Diego est un homme aux multiples facettes. Né à Aguadilla, il passe ses premières années d'écolier sur les bancs des écoles de Mayagüez, comme beaucoup de futurs leaders de la cause politique portoricaine. Bénéficiant du soutien de sa famille et d'un bon parcours scolaire, il part pour l'Espagne pour y entrer à l'école polytechnique de Logroño dans La Rioja.
Comme nombre de jeunes étudiants portoricains de passage en Espagne, il en profite pour se forger une culture politique. Il y développe ses convictions indépendantistes au contact de journalistes espagnols qui soutiennent l'autodétermination de l'île de Borinquen. Vient alors pour lui l'heure d'étudier le droit. Il choisit Barcelone, d'où il repart avec un doctorat en 1892. Désormais sûr de ses idées politiques et de la manière de les défendre, il préfère rentrer à Porto Rico, plutôt que de travailler en Espagne, et avec un seul but en tête : obtenir l'indépendance de son pays natal.
Dès son arrivée, il ne tarde pas à s'impliquer. Il fonde un journal nommé La Republica et participe à la fondation du Parti autonome. Il y rencontre Román Baldorioty de Castro, Luis Muñoz Rivera et José Celso Barbosa. Avec ce dernier, il soutient l'idée de la création d'une Confédération des Caraïbes pour défendre les droits politiques des colonies de la région, aspirant à devenir d'ici peu des pays indépendants. L'arrivée des États-Unis dans le jeu politique portoricain à partir de 1898, change la donne. Il est nommé au Conseil exécutif, chargé de donner une direction à l'île. Mais déçu par le manque de liberté de cette entité, il décide de s'en affranchir et donne sa démission.

Avec son ami Luis Muñoz Rivera, il fonde alors en 1904 le Parti de l'union, avant d'être élu par ses concitoyens à la Chambre des représentants. Il dirigera d'ailleurs cette dernière de 1904 à 1917. Malgré tous ses efforts de persuasion, il ne parviendra jamais à convaincre les présidents américains successifs d'accorder une plus grande autonomie politique à Porto Rico. Sa dernière année de fonction est perturbée par des problèmes de santé. Il part alors pour New York en 1918 où il décède, alors qu'il y récite l'un de ses poèmes. Le 20 avril, jour de son décès, est un jour férié à Porto Rico, pour lui rendre hommage.

Pedro Albizu Campos (1891-1965)

C'est le symbole de l'indépendance de Porto Rico pour ceux qui veulent encore y croire. Pedro Albizu Campos, l'une des plus importantes figures politiques portoricaines du XXe siècle, a passé sa vie à prôner l'autonomie à l'égard des États-Unis. Certains le voient comme un extrémiste désireux de faire passer ses idées avant celles de la majorité du peuple. D'autres reconnaissent qu'il a apporté des arguments majeurs dans la réflexion sur le statut politique de Porto Rico.
Après des études de droit à Harvard, il intègre l'armée américaine et combat même au sein d'une unité de soldats afro-américains pendant la Première Guerre mondiale. Mais de retour à Porto Rico, il s'affranchit de l'exécutif américain et devient l'un des principaux leaders du mouvement indépendantiste portoricain. Au sommet du Parti nationaliste, il multiplie les rencontres avec le public, sans pour autant obtenir le soutien escompté. En 1936, il est arrêté puis emprisonné pour 6 ans, pour avoir cherché à faire tomber le gouvernement américain à Porto Rico. Il est alors torturé dans les geôles américaines.
À son retour à Porto Rico en 1947, il tente de rallumer la flamme indépendantiste, mais les élections de 1948 lui rappellent que le corps électoral ne porte que peu d'intérêt à son mouvement. Les nationalistes ne savent plus comment faire pour ranimer leur cause et séduire l'opinion publique. Une insurrection populaire en 1950 prend d'assaut la résidence du gouverneur de l'île. Jugé coupable d'incitation au meurtre, Pedro Albizu Campos retourne en prison. Il en sortira en 1953 pour des raisons de santé. Et dès l'année suivante, il fomente l'attaque armée de la Chambre des représentants à Washington. Cette fois-ci, il est condamné à la prison à perpétuité. Mais victime de nouveaux problèmes de santé, il en sort à nouveau en 1964.

Jesús Piñero (1897-1952)

Pour beaucoup de Portoricains, Jesús T. Piñero est un véritable héros. Né en 1897 à Carolina, dans les environs de San Juan, il part faire ses études à Philadelphie, après avoir obtenu un premier diplôme en 1914 de l'université de Río Piedras. Sa formation d'ingénieur achevée, il se dirige dans l'industrie de la canne à sucre et du lait, avec l'envie secrète de poursuivre le développement de Porto Rico. Dès cette époque, il nourrit de réelles ambitions pour sa terre natale. Et logiquement, il entre en politique à partir de 1928, comme simple conseiller municipal de sa ville natale de Carolina, avant d'en devenir le président. L'ascension du jeune entrepreneur est rapide, puisqu'il se voit proposer en 1935, de participer à l'administration pour la reconstruction de Porto Rico. Puis 5 ans plus tard, il fonde avec des collègues et amis, le Parti populaire démocratique, alors dirigé par Luis Muñoz Marín. Il se fait élire dans la foulée à la Chambre portoricaine des représentants.
À l'issue de son mandat, il devient commissaire en charge de l'agriculture, des affaires intérieures et insulaires, du travail et des affaires militaires. C'est lui qui introduira, quelques mois plus tard, un projet de loi, prévoyant un référendum permettant au peuple portoricain de choisir le statut politique de l'île. Pour récompenser toutes ces années de travail, le président des États-Unis, Harry Truman lui propose en septembre 1946, le poste de gouverneur de Porto Rico. Il devient ainsi le premier gouverneur de l'île à être né sur son sol. Il ne le restera que 2 ans puisqu'il décédera en novembre 1952.

L'époque précolombienne

Comme partout en Amérique, difficile de plonger dans le passé précolombien avec exactitude, même si quelques événements se détachent. L'ensemble des connaissances actuelles sur la question provient de fouilles archéologiques encore récentes. Par exemple, c'est seulement en 1990 que des experts découvrent, sur l'île de Vieques, la trace de l'homme de Puerto Ferro, contemporain des Ortoiroides. Selon de très nombreux historiens spécialistes de la question, ce peuple a été le premier à habiter l'île. L'arrivée des Espagnols à la fin du XVe siècle est une autre source de connaissance. Très tôt, les Européens ont cherché à en savoir plus sur les nouveaux peuples qu'ils rencontraient, tout en détruisant le plus souvent une grande partie de leur culture et de leur patrimoine historique. Et dans le cas de Porto Rico, il a fallu attendre 1786 pour voir un ouvrage publié sur l'histoire de l'île, écrit par Fray Iñigo Abbad y Lasierra. Pour en revenir aux Ortoiroides, il s'agit vraisemblablement d'un peuple de pêcheurs et de chasseurs. Rien ne permet d'affirmer qu'ils connaissaient des techniques agricoles. Des poteries primitives ont par ailleurs été retrouvées. Pour les scientifiques, ils sont à classer parmi les peuples archaïques, originaires de l'actuelle Floride. S'il est difficile de savoir ce qu'il s'est passé avant l'ère chrétienne, les historiens s'accordent à dire que du IIe au IVe siècle, les Igneris dominent le territoire de Porto Rico. Originaires d'Amérique du Sud et de la tribu des Arawaks au Venezuela, ils coexistent avec les Archaïques. Mais on ignore s'ils entretenaient des relations d'échange ou d'hostilité. La plus récente découverte les concernant remonte à 1948. Ricardo Alegría a obtenu des indices dans une grotte, la Cueva María de la Cruz, lui permettant de dater leur arrivée sur l'île autour de 120. Et dès le VIe siècle, une autre tribu d'Arawaks connue constitue la troisième vague d'immigration sur l'île, participant activement à la naissance de la culture taïno qui se développera au début du XIe siècle. Ce sont les descendants de ces Taïnos que Christophe Colomb et ses hommes rencontrent à leur arrivée en novembre 1493. Personne n'a encore trouvé ce qu'il est advenu des Igneris. Ont-ils disparu ou ont-il été intégrés au peuple taïno ? Ont-ils évolué vers une autre culture ?

On dispose de plus amples informations concernant les Taïnos. Il est établi qu'ils n'ont pas uniquement vécu à Porto Rico, alors appelé île de Borinquen, mais aussi sur d'autres îles de la région comme Hispaniola (Haïti et la République dominicaine aujourd'hui) et Cuba. Les historiens estiment qu'à l'arrivée de Christophe Colomb, le peuple taïno de Porto Rico comptait entre 30 000 et 60 000 individus. On sait également qu'ils connaissaient de nombreuses cultures agricoles et que leurs villages étaient organisés sous les ordres d'un chef, le cacigazco. Les récits des premiers conquérants espagnols racontent que la domination des Taïnos sur l'île a été remise en question par l'immigration d'une nouvelle tribu venue d'Amérique du sud, les Caribs. Difficile de savoir ce qui s'est produit par la suite. Se sont-ils alliés aux Taïnos pour s'opposer aux Espagnols ou ont-ils définitivement quitté l'île à l'arrivée des Européens ? Mystère...

Chronologie

La période précolombienne

2000 av. J.-C. > Des historiens assurent que les premiers habitants de l'île sont issus de la culture amérindienne ortoiroide. En 1990, la découverte sur l'île de Vieques du reste des ossements de l'homme de Puerto Ferro, un homme ayant appartenu à ce peuple, confirme cette thèse.

De 430 à 250 av. J.-C. > Un autre peuple amérindien, les Saladoides, oblige les Ortoiroides, à quitter l'île. Se développe alors la communauté taïno, originaire du Venezuela. Les historiens estiment entre 30 000 et 60 000 le nombre de Taïnos à Porto Rico à la fin du XVe siècle.

L'heure espagnole

1493 > Christophe Colomb découvre Porto Rico au cours de son deuxième voyage dans le Nouveau Monde.

1500 > Vicente Yañez Pinzón est nommé premier gouverneur de l'île, qui est alors appelée San Juan Bautista. Finalement mort avant d'arriver sur l'île, il ne découvrira jamais le territoire.

1508 > Alors gouverneur, Juan Ponce de León introduit la première colonie espagnole sur l'île.

1515 > Les premières plantations de sucre de canne arrivent, importées de Saint-Domingue.

1518 > Les premiers esclaves venus d'Afrique sont débarqués à Porto Rico.

1519 > Les Espagnols déménagent leurs quartiers généraux de Caparra. Ils fondent alors San Juan. Ce n'est que 20 années plus tard que commenceront les constructions défensives du Morro et de La Fortaleza, autorisées par Carlos V.

1521 > La capitale prend officiellement le nom de San Juan de Porto Rico.

1589 > Des architectes espagnols débarquent à San Juan pour achever la construction du château San Felipe del Morro. La forteresse voit alors ses dernières retouches effectuées, de manière à dissuader les pirates.

1595 > Sur ordre de la reine Isabelle qui cherche à récupérer un trésor qui se trouve à bord d'un navire espagnol, les Britanniques lancent une attaque sur le territoire maritime de Porto Rico.

1598 > Nouvelle offensive britannique, terrestre cette fois. George Clifford, comte de Cumberland, attaque San Juan et parvient à s'en emparer. Mais une épidémie de dysenterie l'oblige à quitter les lieux quelques semaines plus tard.

1599 > L'année suivante, la couronne espagnole envoie près de 400 soldats et 46 canons. Elle nomme également un nouveau gouverneur, Alonso de Mercado. Plus question de se faire envahir de nouveau.

1625 > Les Hollandais font une percée significative à l'entrée de San Juan. Mais les troupes espagnoles parviennent finalement à les repousser. La ville subit des dommages importants.

1630 > Début de la construction des murailles autour de San Juan. Elle durera 48 ans.

1755 > Premières plantations de café.

1780 > Dans l'un de ses écrits, l'historien français Guillaume Raynal affirme que Porto Rico est, proportionnellement à sa taille, la meilleure île du monde.

1797 > Victoire espagnole contre les assauts britanniques soutenus par 7 000 hommes et 68 navires.

1809 > Porto Rico devient une province du royaume d'Espagne et n'est donc plus considéré comme colonie.

1815 > Le roi d'Espagne, Fernando VII ordonne plusieurs décrets qui libéralisent le commerce avec Porto Rico, dans le grand Décret royal de grâce. Cette décision entraîne une émigration notable de Français vers Porto Rico.

1843 > Construction du premier phare maritime au sommet du Morro.

1868 > Le 23 septembre a lieu El Grito de Lares, petite révolution d'une partie de la population, qui réclame l'indépendance de Porto Rico. Le mouvement est mené par Manuel Rojas.

1870 > L'administration espagnole reconnaît la création du Parti réformiste libéral et du Parti conservateur libéral comme les deux premiers partis politiques de Porto Rico.

1873 > Le 22 mars, la couronne espagnole abolit l'esclavage sur l'île.

1887 > En mars, Ramón Baldorioty de Castro lance le Parti autonomiste, avec pour objectif de créer une identité politique propre à Porto Rico.

La prise de contrôle par les Etats-Unis

1890 > Publication du livre politique d'Alfred T. Mahan, The Influence of Sea Power Upon History, 1660-1783. Cet ouvrage invite Washington à contrôler un maximum d'îles dans les Caraïbes, Hawaï et les Philippines et de créer un canal entre les océans Pacifique et Atlantique. Un seul but : garantir la suprématie commerciale des Etats-Unis.

1896 > Le 7 décembre, Washington menace d'intervenir à Cuba si l'Espagne ne parvient pas à y rétablir le calme.

1897 > L'Espagne concède une Carte d'autonomie, mais reste sous contrôle de Madrid. Cette même année, la Chambre des représentants de Porto Rico, à Porto Rico et pour Porto Rico est créée. Elle devient le premier corps législatif de l'île.

1898 > En mars, Julio J. Henna et Robert H. Todd, leaders de la section portoricaine du Parti de la révolution cubaine à La Havane, commencent à échanger des informations avec l'exécutif américain. Ils demandent notamment d'inclure Porto Rico, dans toute action menée à Cuba. Ils livreront des informations cruciales sur les positions espagnoles à Porto Rico.

Le 29 mars, Washington lance un ultimatum demandant à l'Espagne de quitter Cuba. Madrid le rejette le 1er avril.
Le 11 avril, le président américain William McKinley demande l'autorisation au Congrès d'intervenir à Cuba entre les révolutionnaires et l'armée espagnole. Le Congrès formulera une résolution le 19 autorisant l'armée américaine à intervenir, sans avoir pour objectif d'administrer Cuba à l'issue du conflit.
Le 12 mai, une flotte américaine bombarde San Juan, dans le cadre de la guerre avec l'Espagne.
Le 25 juillet, les troupes américaines débarquent sous les ordres du général Nelson Miles.
Le 10 décembre 1898, le Traité de Paris assure le transfert de la souveraineté de Porto Rico de l'Espagne aux Etats-Unis.

1899 > Réorganisation des partis politiques, sous surveillance américaine.

1900 > Nomination du premier gouverneur civil états-unien. Il est choisi par le président de l'époque, William McKinley.

L'heure américaine

1900 > Le café devient la culture qui génère le plus de profits à Porto Rico.

1903 > Fondation de l'université de Porto Rico à Río Piedras.

1906 > Le 11 novembre, le président américain Theodore Roosevelt est en visite officielle à San Juan, et dans un discours, il recommande aux Portoricains de devenir des citoyens des Etats-Unis.

1912 > 4 militants fondent le Parti pour l'indépendance. Il s'agit du premier parti qui ne souhaite rien d'autre que l'indépendance de Porto Rico. Même s'il ne dure que peu de temps, il a le mérite d'inspirer de nombreux courants idéologiques défendant l'autonomie de Porto Rico.

1916 > Le 5 décembre, le président américain Wilson invite le Congrès à rédiger rapidement une loi donnant la citoyenneté américaine aux Portoricains, à travers le Jones-Shafroth Act.

1917 > Implémentation de la loi Jones qui donne la citoyenneté américaine à tous les Portoricains. Ces derniers n'ont cependant ni le droit de voter, ni le devoir de payer les impôts fédéraux.

1920 > 75 % de la population travaille pour l'industrie du sucre.

1922 > À l'issue du procès Balzac contre Porto Rico, la Cour suprême des Etats-Unis déclare que Porto Rico est un territoire, plutôt qu'une part de l'Union. Cette décision insinue que la constitution américaine ne peut pas s'appliquer à Porto Rico.

1937 > Massacre de Ponce, 17 militants indépendantistes sont abattus par les forces de l'ordre.

1932 > Les femmes acquièrent le droit de voter aux élections portoricaines.

1942 > En pleine Seconde Guerre mondiale, l'exécutif américain fait renforcer la structure du Morro. Un niveau souterrain et un poste d'observation plus moderne sont notamment ajoutés.

1947 > La loi Jones est amendée. Les Portoricains peuvent désormais élire leur gouverneur.

1948 > Mise en place de l'opération Bootstrap, censée assurer la transition entre une économie basée sur l'agriculture, à une économie basée sur l'industrie.

Porto Rico en tant qu'État libre associé

1949 > Luis Muñoz Marín devient le premier gouverneur élu par le peuple de Porto Rico. Porto Rico devient un État associé.

1950 > Le 13 mai, Antonio Fernos Isern, commissionné par le gouvernement portoricain, présente, devant la Chambre des représentants des États-Unis, un projet de loi pour autoriser la rédaction d'une constitution. La même année, est adoptée la loi Publique 600 qui reconnaît à Porto Rico le droit de choisir son gouvernement et établit la ligne de conduite de la rédaction de la constitution.

1951 > Par 76,5 % de suffrages favorables, le peuple de Porto Rico approuve la relation constitutionnelle entre Porto Rico et les Etats-Unis.

1952 > Le 3 mars, approbation de la constitution par référendum. Le 25 juillet, Porto Rico devient un Etat libre associé des Etats-Unis. Le drapeau portoricain est officiellement reconnu.

1954 > Attaque du Congrès américain à Washington par un commando suicide composé de 4 militants indépendantistes portoricains.

1967 > 60 % des Portoricains proclament par les urnes qu'ils ne souhaitent pas voir changer le statut d'Etat libre associé de Porto Rico. Ils refusent ainsi l'indépendance.

1969 > Crise de l'industrie du sucre.

1973 > Début des négociations entre San Juan et Washington, pour garantir au maximum la libre détermination de l'Etat portoricain.

1974 > La crise économique internationale entraîne une forte augmentation du chômage. Il concerne désormais 21 % de la population active.

1976 > Pour aider Porto Rico à sortir de la crise économique, le Congrès américain adopte la clause 936 de la loi des Impôts, offrant de nombreux avantages fiscaux aux compagnies nationales souhaitant aller s'installer à Porto Rico et employant des travailleurs sur place. La même année, un sommet international est organisé à San Juan par le président américain Gerald Ford. Il y invite les leaders des principaux pays industrialisés pour les inciter à investir sur l'île.

1978 > Le 25 juillet, un groupe de policiers portoricains tue 2 militants indépendantistes au mont Maravilla. Les forces de l'ordre seront félicitées quelques jours plus tard par le gouverneur de l'époque, qui va jusqu'à les qualifier de héros. Une enquête publiée quelques mois plus tard conclura à l'assassinat et servira à la justice pour condamner les policiers à de lourdes peines de prison.

1989 > Le gouverneur Rafael Hernández Colón appelle le peuple à un plébiscite pour décider du statut politique de l'île.

1991 > San Juan demande au Congrès américain une résolution autorisant la tenue d'un plébiscite pour savoir si le peuple souhaite voir Porto Rico être converti en Etat fédéral. Mais la Chambre des représentants refuse, allant contre l'avis même du président américain George Bush.

1992 > Le chômage concerne 16 % de la population active. Des mesures fiscales sont adoptées pour attirer des compagnies des secteurs industriels de l'électronique et de la biologie à s'installer à Porto Rico.

1993 > Le 24 janvier, une manifestation monstre envahit les rues de San Juan. Le Parti néoprogressiste qui vient de gagner les élections deux mois plus tôt, et qui est favorable à l'incorporation de Porto Rico au sein des Etats-Unis, émet l'idée de faire de l'anglais la seule langue officielle. Grave erreur, la rue le fera savoir à San Juan, mais aussi dans toutes les autres villes importantes de l'île. Au finale, l'anglais et l'espagnol sont reconnus comme les deux langues officielles de Porto Rico. La même année, un plébiscite sur le statut politique de l'île révèle que 48 % des votants sont en faveur du maintien de Porto Rico comme Etat libre associé, alors que 46 % des électeurs souhaitent voir Porto Rico devenir un Etat fédéral des Etats-Unis.

1996 > Le Congrès américain n'accorde plus d'avantages fiscaux aux compagnies américaines qui s'installent à Porto Rico. Il explique même qu'il compte faire disparaître peu à peu les avantages en cours.

1997 > Bill Clinton assure qu'il respectera le choix des Portoricains issu d'un éventuel référendum sur le statut politique de l'île.

1998 > La Chambre des représentants des Etats-Unis autorise Porto Rico à lancer le processus pour savoir si les Portoricains préfèrent l'indépendance, le statut d'Etat libre associé ou celui d'Etat fédéral. Le 13 décembre, le plébiscite populaire confirme le statut de Porto Rico comme Etat libre associé. 50,3 % des votants y sont favorables, alors que 46,5 % auraient souhaité que Porto Rico devienne le 51e Etat des Etats-Unis. Seuls 2,5 % des votants désirent que Porto Rico devienne un pays indépendant.

2000 > Sila María Calderón devient la première femme gouverneur de Porto Rico.

Cette année-là également, des manifestations ont lieu pour protester contre les activités navales militaires de l'armée américaine autour de l'île de Vieques.

2003 > La marine américaine abandonne ses bases de l'île de Vieques.

2008 > Après 2 ans d'enquête et deux procès, le gouverneur de Porto Rico Anibal Acevedo Vila est accusé de corruption et de 12 autres délits par le gouvernement fédéral. C'est la première fois dans l'histoire de Porto Rico qu'un tel scénario se produit.

2009 > L'île est en récession et à cours de liquidités. Elle s'endette et plonge dans une profonde crise économique et financière. Des entreprises déposent le bilan, les taxes augmentent. L'île tente de rembourser ses dettes avec de nouveaux emprunts, un cercle sans fin. L'état d'urgence fiscale est déclaré.

2011 > Barack Obama était en visite le 14 juin 2011 à Porto Rico. Le dernier locataire de la Maison Blanche qui avait fait le déplacement était Kennedy en 1961.

2012 > Le gouverneur de Porto Rico organise un référendum pour prolonger jusqu'en 2020 le statut actuel d'Etat libre associé. 65 % des votants sont en faveur d'un changement de statut qui permettrait à Porto Rico de devenir un Etat des Etats-Unis.

2013 > Alejandro García Padilla est élu gouverneur de Porto Rico.

2014 > Le gouvernement se déclare en défaut de paiement. Ce qui génère le début d'un exode massif des Portoricains vers les Etats-Unis avec un départ de plus de 70 000 personnes en 2015, aggravant la crise économique. Depuis, les chiffres ne cessent de s'accroître.

2017 > Le 2 janvier 2017, Ricardo Rosselló est élu gouverneur de Porto Rico. Il est membre du Nouveau Parti progressiste.

Le 11 juin 2017 le nouveau gouverneur organise un référendum consultatif non contraignant en vue d'appuyer le désir des Portoricains de faire de leur île le 51e Etat des Etats-Unis. Boycotté par la population et l'opposition il réunit seulement 23% des électeurs.

Au même moment, le militant indépendantiste Oscar López Rivera est libéré de prison des Etats-Unis après un séjour de 36 ans derrière les barreaux.

2017 > Le 20 septembre 2017, Porto Rico subit un ouragan majeur de catégorie 5 dénommé Maria. Son passage plonge l'île dans le chaos et provoque des tensions avec la Maison blanche. Donald Trump, Président des Etats-Unis, désole les Portoricains par son comportement déplacé lors de sa visite, le 3 octobre 2017.

La conquête espagnole

À la fin du XVe siècle, l'heure est à l'exploration et la Découverte de l'Amérique par les Européens. Lors de son deuxième voyage, Christophe Colomb emprunte une route plus au sud que lors de son premier voyage, afin d'éviter la mer des sargasses. Décision qui lui vaut la découverte de nouvelles terres des Caraïbes, comme Porto Rico. Il débarque par le nord-ouest sur la plage de la ville actuelle d'Aguadilla, et prend possession de l'île au nom de la couronne espagnole. À l'époque, l'île porte officieusement le nom de Borikén, mot indigène traduit en espagnol par Borinquen et qui signifie " Terre des êtres courageux ". Christophe Colomb la nomme San Juan Bautista. L'île est peuplée d'Indiens taïnos qui dans un premier temps, restent non hostiles aux Blancs. En 1508, Juan Ponce de León reçoit la permission d'explorer l'île, suite au décès du gouverneur désigné pendant son voyage depuis l'Espagne. Ainsi il renomme officiellement l'île Puerto Rico, en devient le premier gouverneur et introduit les premières colonies espagnoles. Il nomme le port principal de l'île par son nom, San Juan.

Le quotidien des Taïnos ne convient guère aux aspirations des premiers colons, qui très vite les soumettent à l'état d'esclaves. Comme sur le continent, beaucoup ne supportent pas les charges de travail, et surtout les maladies et autres infections venues d'Europe. La première révolte importante des autochtones n'intervient qu'en 1511. Pour vérifier si les Espagnols sont vraiment immortels, le cacique Urayoán ordonne à ses hommes de noyer le soldat Diego Salcedo. Ils l'observent alors trois jours après sa mort, pour s'assurer qu'il ne retrouvera pas la vie, puis se soulèvent contre les Espagnols qui s'avèrent donc ne pas être des Dieux. Malheureusement la révolte est très vite réprimée par les hommes de Juan Ponce de León, qui depuis 1508 officie en tant que premier gouverneur de l'île. En quelques années seulement, la population indienne de l'île est décimée par les maladies, la violence et aussi par des suicides, comme le rapportent certains manuscrits rédigés par des colons de l'époque. En compensation du manque de main-d'oeuvre, les conquérants ramènent des esclaves venus d'Afrique à Porto Rico dès la deuxième partie du XVIe siècle. Très rapidement, Porto Rico, tout particulièrement San Juan, devient un port important de l'Empire espagnol. De nombreuses constructions défensives, comme la Fortaleza, le château San Felipe del Morro ou encore le château de San Cristóbal, sont érigées pour défendre la ville des assauts des ennemis européens. À plusieurs reprises, Anglais et Hollandais tenteront de s'en emparer, en vain.

L'esclavage à Porto Rico

Plusieurs historiens datent le début de l'esclavage à Porto Rico dès 1509. Une fois débarqués, les Européens soumettent vite les autochtones taïnos à de lourdes tâches de travail. Mais devant la fragilité des organismes (des milliers d'Indiens meurent à cause des maladies et des heures de labeur forcé), les Espagnols sont obligés de se rendre à l'évidence : il va falloir compter sur d'autres travailleurs pour établir la colonie. Surtout que le frère Bartolomé de Las Casas, de retour en Espagne après une visite des colonies, défend la cause des indigènes devant la Justice à Burgos. Bientôt, les Taïnos recouvrent la liberté. L'homme d'Eglise proposera lui-même de substituer des hommes originaires d'Afrique à la population indigène. En 1517, Madrid autorise alors chaque sujet vivant à Porto Rico à compter jusqu'à 12 esclaves. Très tôt, la couronne espagnole envoie des esclaves africains originaires des différentes parties du continent pour travailler dans les mines, les champs de sucre et la construction des forts. C'est ainsi que commence l'une des plus tragiques déportations d'hommes de l'histoire de l'humanité. La plupart des esclaves sont originaires d'Afrique Centrale et de l'Ouest, plus particulièrement des Yoruba et des Igbo du Nigeria, ou des Bantous de la Guinée. Alors que leur nombre est de 1 500 en 1530, il atteint rapidement le chiffre de 15 000 à partir de 1555. Officiellement, ils sont autorisés à vivre avec leur famille dans une hutte ou bohio, toujours établie sur la terre du propriétaire. Un lopin de terre leur est accordé pour assurer des cultures vivrières.

Comme partout sur le reste du continent, les cultures se mélangent alors. Les maîtres apprennent peu à peu l'espagnol à leurs hommes qui sont par ailleurs forcés à la conversion au catholicisme. Beaucoup de femmes africaines et taïnos sont violées par les Espagnols. Difficile dans ces conditions pour les esclaves de trouver une ascension sociale quelconque, visant à augmenter leurs libertés. Mais rapidement, Madrid se rend compte que Porto Rico ne rapporte pas assez d'or. Au début des années 1570, les mines ferment les unes après les autres. Près d'un siècle plus tard, en 1664, un décret espagnol offre la liberté et un lopin de terre à tout Africain originaire d'un pays de la région autre qu'une colonie espagnole. L'objectif est de trouver de nouveaux employés pour supporter le développement de Porto Rico. Des centaines d'esclaves de Jamaïque et d'Haïti débarquent alors sur l'île à la fin du XVIIe siècle. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui il n'est pas rare de rencontrer à Porto Rico des personnes portant des noms français ou anglais. A partir de 1789, et selon un décret de la couronne espagnole, les esclaves des colonies peuvent acheter leur liberté ou l'obtenir dans des cas bien précis, comme un viol. Reste à le prouver ! Dans les faits, y parvenir reste mission impossible pour des milliers d'hommes et de femmes qui ne peuvent posséder de biens, ou si peu. Certains profiteront de leur temps libre pour économiser un peu d'argent en fabriquant des chaussures, en travaillant sur d'autres terres ou en vendant les récoltes de leur propre lopin de terre. Beaucoup d'hommes libres tendent à rejoindre l'armée espagnole et participent activement à repousser les assauts hollandais et anglais, dont la célèbre offensive de Sir Ralph Abercromby en 1797. Mais alors que l'esclavage semble de plus en plus contestable dans cette petite île des Caraïbes, un décret royal va venir anéantir les premières idées d'émancipation.

En 1815, Madrid approuve le Décret Royal de Grâce qui libéralise l'économie et encourage l'immigration à Porto Rico. De nombreux Européens débarquent sur l'île dans le but de faire des affaires. Le secteur agricole est alors revitalisé et la main-d'oeuvre esclave reste la moins chère du marché. Malheureusement, de nouvelles arrivées d'Africains viennent alimenter les champs. L'idée d'abolition de l'esclavage est alors très loin de la préoccupation des nouveaux hommes d'affaires venus s'installer dans le Nouveau Monde. En 1834, un recensement de Madrid établit que la population de Porto Rico est composée de 11 % d'esclaves, d'un tiers d'hommes et de femmes libres, et le reste de Blancs. Devant le manque d'amélioration de leurs conditions de vie, les esclaves de Porto Rico se joignent aux premiers mouvements indépendantistes, comme le célèbre El Grito de Lares de 1868. Mais ils manifestent également leur frustration dans de nombreuses révoltes locales depuis les années 1820. Deux leaders indépendantistes d'importance, Segundo Ruiz Belvis et Ramón Emeterio Betances, décident de créer la Société secrète abolitionniste. Leur objectif premier est de rendre libres tous les enfants nés d'esclaves, grâce au sacrement du baptême. Par ailleurs, à Madrid, des textes soutenant l'abolition de l'esclavage sont également présentés par certains représentants officiels de Porto Rico. Pour faire entendre leur voix et celles de milliers d'abolitionnistes, ils bénéficient d'un contexte international favorable. L'Espagne a perdu dans la première moitié du XIXe siècle l'essentiel de ses colonies sud et centraméricaines. Aussi, la couronne craint que la rébellion des esclaves d'Haïti de 1803 contre la France ne puisse se propager à Porto Rico et Cuba. Ce ne sera finalement que le 22 mars 1973, que la loi Moret décrétant l'abolition de l'esclavage sera votée. Elle garantit la liberté à tous les esclaves de plus de 60 ans, de tous ceux nés après le 17 septembre 1868 et à tous ceux appartenant à l'Etat. Peu à peu les autres esclaves sont libérés de leur condition et, dans l'ensemble, restent travailler sur la terre de leur ancien maître.

Un XIXe siècle en quête d'identité

Au XIXe siècle, Porto Rico est devenu une colonie très prospère. Le port de San Juan compte parmi les plus influents de la région, et les fortifications militaires semblent pouvoir défendre le territoire pendant de longues années encore. En 1809, Porto Rico reçoit les honneurs de la couronne espagnole qui vient de décider de son rattachement au royaume. Mieux, l'île enverra désormais des représentants au parlement de Madrid pour défendre ses intérêts. Porto Rico bénéficie d'autant mieux de son nouveau statut que ce rattachement renforcé à l'Europe lui garantit de nombreux contrats économiques. Reste qu'après les indépendances gagnées de l'ensemble des pays sud et centraméricains jusqu'au milieu des années 1960, Porto Rico et Cuba sont les deux derniers territoires de la région appartenant encore à l'Espagne. Et des idées d'indépendance s'agitent dans les têtes de certains Portoricains, prêts à la lutte armée comme les Chiliens ou les Péruviens l'avaient fait. Après tout, l'économie de l'île de Borinquen est suffisamment développée pour assurer les premiers pas d'un nouveau pays. Reste que depuis quelques années, la couronne espagnole fait payer de lourdes taxes sur les produits importés de Porto Rico et de Cuba, ce qui n'est pas sans agacer les commerçants des Caraïbes. Beaucoup d'historiens estiment d'ailleurs que Madrid a besoin de ces taxes pour financer le maintien de l'ordre en République dominicaine. Quant à la délégation représentant Porto Rico au parlement de Madrid, elle est jugée peu efficace par les militants indépendantistes. Il faut dire que la majorité de ses membres est native d'Espagne. C'est alors qu'y est nommé Segundo Ruiz Belvis, originaire de Mayagüez. Ce dernier participera à la rédaction de textes proposant de donner plus d'autonomie à l'île et de limiter le pouvoir du gouverneur de Porto Rico nommé par Madrid. Ces essais ne seront jamais soutenus par l'ensemble de la junte. De retour sur l'île en 1865, des membres de la junte favorables à l'indépendance, rencontrent différents leaders indépendantistes, lors d'un sommet secret à l'hacienda El Cacao, à Carolina, près de San Juan. A cette occasion, l'indépendantiste Ramón Emeterio Betances, déjà exilé à deux reprises, rencontre Segundo Ruiz Belvis. Lors de cet entretien, il décrète cette phrase restée célèbre au sein du mouvement indépendantiste portoricain : " Personne ne peut donner ce qu'il n'a pas ! ", renvoyant directement au manque de volonté de réforme de la couronne espagnole, alors connue à travers le monde pour son haut degré de conservatisme. Il suggère de lancer une révolte, afin de proclamer le plus tôt possible l'indépendance du pays. Ramón Emeterio Betances et Segundo Ruiz Belvis fondent alors le 6 janvier 1868 le Comité révolutionnaire de Porto Rico. Las du manque de libertés politiques et économiques, des centaines de Portoricains rejoignent le mouvement. De mieux en mieux organisé, il rassemble des hommes et des femmes de catégories socioprofessionnelles différentes.C'est dans ce contexte qu'éclate le 23 septembre 1868, le fameux El Grito de Lares (Le Cri de Lares). La révolte est d'abord prévue le 29 septembre à Camuy, mais les soldats espagnols ont vent des intentions du mouvement indépendantiste. Environ 500 rebelles se rassemblent donc le 23 à l'hacienda du leader régional Manuel Rojas, située à Pezuela dans les alentours de Lares. Les boutiques des propriétaires nés en Espagne, ainsi que la mairie, sont prises d'assaut quelques heures plus tard à Lares. Les révolutionnaires investissent ensuite l'église du village pour y faire flotter le drapeau de la révolution, symbole de la proclamation de la République de Porto Rico. Le mouvement en marche décide de s'emparer de San Germán, deuxième plus ancienne ville de l'île. Les rebelles essuient une première défaite et doivent se replier sur Lares. Très vite, les soldats de la couronne encerclent Lares et l'insurrection touche à sa fin. Officiellement quelque 475 rebelles sont faits prisonniers, dont le leader Manuel Rojas. Tous sont alors condamnés à mort, mais le nouveau gouverneur nommé en 1869, José Laureano Sanz les amnistie et les fait relâcher. Malgré l'échec, d'autres petites révoltes auront lieu les mois suivants. Selon de nombreux indépendantistes, El Grito de Lares reste positif dans la mesure où il a apporté, à l'époque, plus d'autonomie à Porto Rico. En 1897, Luis Muñoz Rivera et d'autres militants convainquent la couronne espagnole de respecter la nouvelle chartre d'Autonomie reconnaissant, désormais, Cuba et Porto Rico comme des provinces espagnoles d'outre-mer. En mars 1898, un nouveau gouvernement est partiellement élu à Porto Rico, selon les termes du traité. Mais dès la fin de l'année, l'Espagne entre en guerre avec les Etats-Unis. L'identité portoricaine sera alors totalement remise en cause.

Porto Rico à l'heure américaine

À peine le temps de profiter de la charte de l'Autonomie du territoire de Porto Rico promulguée par l'Espagne, que l'île de Borinquen doit déjà changer de drapeau. Le traité de Paris du 10 décembre 1898 qui met fin à la guerre nord-atlantique entre les Etats-Unis et l'Espagne, impose à Porto Rico un nouveau colonisateur. Cette fois-ci ce sera le géant voisin d'à côté.

Et les premières heures sont rudes, puisqu'à San Juan, c'est un gouvernement militaire qui officie. Les plaintes des habitants de Porto Rico mettront longtemps à se faire entendre. C'est seulement en 1901 que la loi Foraker accorde un premier statut sous l'administration américaine. Porto Rico devient le premier territoire américain non incorporé au territoire national, mais ne deviendra jamais un Etat de l'Union. Cette loi marque le début d'une longue quête d'identité. Conséquence fâcheuse, les Portoricains ne sont plus citoyens d'aucun pays, si ce n'est de leur île, qui n'est pas reconnue comme une nation.

Pour administrer Porto Rico, un Conseil exécutif et une Chambre des représentants sont peu à peu mis en place. Le dollar devient la monnaie officielle, et la Cour suprême des Etats-Unis, la plus haute juridiction de l'île.

Devant le non-respect de leurs droits fondamentaux et leur faible représentation au Congrès de Washington (un seul délégué sans aucun droit de vote), les Portoricains protestent. C'est alors que Luis Muñoz Rivera, commissaire résident à la Chambre américaine des représentants, fait parler de lui. Il participe activement à la rédaction d'une loi offrant la citoyenneté américaine aux Portoricains. C'est également lui qui, à la tête du Parti de l'union, appelle à un plébiscite permettant aux Portoricains de s'exprimer sur la citoyenneté qu'ils désirent acquérir.

Finalement, la loi Jones est votée et mise en application en 1917. Tous les Portoricains deviennent alors citoyens des Etats-Unis. Quant au territoire, il reste propriété de Washington sans être incorporé à l'Union.

Si les habitants de l'île y voient plus clair sur leur identité, l'économie nationale est à l'agonie. Les politiques venues de Washington poussent le secteur agricole à ne pas privilégier la canne à sucre. Le cours de cette dernière s'écroulant sur les marchés internationaux, les salaires baissent et le chômage augmente. Comme pour beaucoup de colonies, les grandes entreprises sont originaires de métropole, en l'occurrence des Etats-Unis. Lorsque des profits sont réalisés, ils repartent dans le système bancaire américain, loin des poches des ouvriers ou de San Juan. Porto Rico n'étant pas un Etat américain, aucune loi sur le travail ne protège les salariés. Les Portoricains ont désormais besoin de trouver des institutions et une représentation politique à Washington pour les défendre.

L'oubli de l'indépendance

En 1917, l'attribution de la nationalité américaine à l'ensemble des Portoricains représente une grande victoire des hommes politiques et des militants des droits des habitants de Porto Rico. Mais il faudra attendre 1947 et d'interminables discussions, pour que le peuple portoricain soit autorisé et invité à élire lui-même son gouverneur. Les pourparlers sont en place pour octroyer à San Juan plus d'autonomie et le 25 juillet 1952, Porto Rico devient un Etat libre associé des Etats-Unis, d'où son nom de Commonwealth de Puerto Rico. Le drapeau portoricain est officiellement reconnu.
Mais " autonomie " continue d'être un bien grand mot pour ce petit territoire. Washington, par ces très nombreuses incitations fiscales, invite des compagnies états-uniennes à venir s'installer à Porto Rico. En quelques mois, l'île de Borinquen devient la première île de la région dont l'économie ne dépend plus majoritairement du secteur agricole. Les Portoricains bénéficient de nombreux avantages sociaux nouveaux, notamment une couverture sociale plus large. Et devant l'afflux massif d'argent sur l'île, la population se laisse séduire par ce nouveau statut. Très vite, les idées indépendantistes semblent appartenir à une époque révolue, d'autant plus que les Etats-Unis sont de mieux en mieux perçus. Entre 1950 et 1960, environ un million de Portoricains quittent l'île de Borinquen pour s'installer aux Etats-Unis, d'où ils enverront beaucoup d'argent aux proches restés sur l'île, véhiculant ainsi une image idéaliste de l'Amérique.
Histoire de ne pas être à la merci constante du bon vouloir de l'administration américaine, de nombreux hommes politiques portoricains se sont battus et se battent encore pour obtenir plus d'autonomie. Mais l'étroite relation instaurée entre Washington et San Juan à cause ou grâce, c'est selon, aux aides sociales américaines, permet de façonner la réalité. Aujourd'hui, la très large majorité des Portoricains refuse l'idée d'une nation indépendante. La population est partagée entre le désir de devenir le 51e Etat des Etats-Unis ou de maintenir le statu quo d'Etat libre associé, et cette dernière option domine légèrement.

Une économie en déclin

Le débat sur l'identité politique de l'île de Borinquen est toujours dans l'air, d'autant que Washington ne semble plus très intéressé par la possession à vie de Porto Rico. L'industrie pharmaceutique, qui s'était exportée sur l'île pour bénéficier d'une fiscalité attractive et de lois environnementales plus souples, stagne. Pire, ce secteur voit certains centres fermer leurs portes. En 2004, dans leur livre intitulé, Pay to the Order of Puerto Rico : The Cost of Dependence, Alexander Odishelidze et Arthur Laffer expliquent que le coût pour entretenir Porto Rico est de 22 milliards de dollars chaque année. Selon eux, chaque contribuable américain paie en moyenne 400 dollars tous les ans pour les aides financières accordées par les Etats-Unis au Commonwealth de Porto Rico. D'où les idées de plus en plus avancées que, dans un proche avenir, soit les Etats-Unis octroieraient sa totale indépendance à Porto Rico, l'abandonnant à son propre sort... ou au contraire, l'île deviendrait le 51e Etat. Il est alors facile de comprendre pourquoi le débat est loin d'être clos, même si un référendum organisé en 2012 par la gouverneur de Porto Rico a donné 65 % des votes en faveur d'un changement de statut pour permettre à Porto Rico de devenir un Etat des Etats-Unis comme les autres. L'un des meilleurs indices de la baisse de l'intérêt américain pour Porto Rico se trouve au niveau de l'implantation militaire américaine qui n'a cessé de décroître depuis 15 ans. Pendant les années George Bush, un comité a été créé à Washington pour évaluer l'intérêt actuel de conserver Porto Rico comme territoire non incorporé.

Depuis la fin des années 2000, les dettes ne cessent de s'accroître. Le gouvernement a creusé une dette publique de 73 milliards de dollars, ce qui pousse l'île à déclarer sa faillite en mai 2016 et mettre en place des mesures radicales pour tenter de diminuer sa dette. 180 écoles en font les frais et voient leurs portes fermer. C'est le début d'un exode en masse vers les Etats-Unis. Le 2 janvier 2017, Ricardo Rosselló, membre du nouveau parti progressiste, est élu Gouverneur de Porto Rico. Pour Ricardo Rosselló, devenir le 51e Etat des Etats-Unis réglerait le problème de la dette. Il organise un référendum politique le 11 juin 2017. Boycotté par 97 % de la population, c'est un échec. Maria, cyclone de catégorie 5, frappe les côtes de Porto Rico le 20 septembre 2017 et ravage l'île. Depuis, la population tente de se relever et engage sa reconstruction. Toujours en quête d'identité, les Portoricains penchent de plus en plus pour l'indépendance, indignés par le manque d'intérêt du géant américain envers leur petit territoire et révoltés par le comportement du président Trump lors de sa visite en octobre 2017, suite au passage de l'ouragan Maria.

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