Guide d'Albanie : Histoire

La Citadelle de Berat.
La Citadelle de Berat.
Chronologie
Chronologie

Paléolithique. Traces d'occupation humaine des sites de Xarrë (Saranda) et du mont Dajti (Tirana).

Néolithique. Plusieurs civilisations pastorales et agricoles se développent sur le territoire.

VIIe s. av. J.-C. Début de la colonisation grecque.

Ve s. av. J.-C. Des fédérations tribales se développent au sud du territoire.

Ve-IIe s. av. J.-C. Développement du royaume illyrien de Scodra (actuelle Shkodra).

229-168 av. J.-C. Guerres entre Romains et Illyriens. Victoire de Rome.

395. Partage de l'Empire romain. La région passe sous l'autorité de Byzance.

VIe-VIIe s. Grands flux migratoires et invasions, puis colonisation slave.

Vers 800. Rétablissement temporaire de l'autorité de Byzance.

851. Invasion bulgare.

IXe-Xe s. Instauration d'un système féodal (despotes byzantins, seigneurs slaves et albanais).

XIe-XIIe s. Tentatives d'invasion des Normands.

1190. Naissance de la principauté d'Arbëria, premier Etat albanais, autour de Kruja.

1272. Charles Ier d'Anjou, frère de Saint Louis et roi de Sicile, se fait proclamer roi d'Albanie.

15 juin 1389. Défaite des peuples balkaniques au Champ des Merles (Kosovo Polje) face aux Ottomans.

XIVe et XVe s. Soumission du territoire à l'Empire ottoman.

1443-1468. Epopée de Skanderbeg, qui proclame la restauration de la principauté d'Arbëria.

1478. Chute de Kruja, berceau de la famille de Skanderbeg.

1479. Chute de la citadelle vénitienne de Rozafa (Shkodra), dernier bastion chrétien du territoire.

XVe-XIXe s. Période ottomane.

1822. Ecrasement par les Ottomans du puissant bey albanais Ali Pacha.

1829. L'indépendance de la Grèce sonne le réveil des peuples balkaniques.

1876-1878. Indépendance de la Serbie et du Monténégro. L'Albanie demeure fidèle aux Ottomans.

1878. Création de la ligue de Prizren.

1881. L'armée ottomane brise la résistance albanaise et occupe Prizren.

Fin XIXe-début XXe s. Développement d'une identité culturelle albanaise.

Mai-juin 1910. Insurrection albanaise.

Janvier-août 1912. Nouvelle insurrection.

Octobre 1912-mai 1913. Première Guerre balkanique.

21 novembre 1912. Ismaïl Qemal proclame l'indépendance de l'Albanie à Vlora.

30 mai 1913. Les Ottomans abandonnent définitivement l'Albanie.

Juin-juillet 1913. Deuxième guerre balkanique.

1913-1914. Période d'instabilité politique en Albanie.

7 mars 1914. L'aristocrate allemand Guillaume de Wied devient roi d'Albanie.

3 septembre 1914. Guillaume de Wied quitte définitivement l'Albanie.

1914-1918. Première Guerre mondiale et occupation du pays par différentes armées.

1916-1920. République de Korça fondée par les Français.

1918-1925. Principauté d'Albanie. Ahmed Zogu, futur roi, devient Premier ministre en 1922.

1924. " Révolution de Juin " et coup d'Etat d'Ahmed Zogu.

1925-1928. République ablanaise. Ahmed Zogu confisque peu à peu tous les pouvoirs.

1928-1939. Royaume albanais. Ahmed Zogu s'autoproclame roi sous le nom de Zog Ier.

1939-1944. Seconde Guerre mondiale. L'Albanie est envahie par l'Italie le 7 avril 1939.

1940-1941. Guerre gréco-italienne. Le sud de l'Albanie passe sous contrôle grec.

1941. Enver Hoxha organise les mouvements communistes albanais.

Juin 1941. L'Albanie pro-fascite annexe les territoires albanophones de Yougoslavie.

Septembre 1943. Le pays passe sous la coupe de l'Allemagne nazie.

28 novembre 1944. Libération. Enver Hoxha prend la tête du gouvernement provisoire.

10 janvier 1946. Proclamation de la République populaire d'Albanie dirigée par Enver Hoxha.

9 juillet 1946. Signature du traité d'amitié et d'assistance mutuelle entre la Yougoslavie et l'Albanie.

1948. Rupture avec la Yougoslavie.

1958-1961. Rupture avec l'URSS. L'Albanie se rapproche de la Chine.

1967-1976. Interdiction des religions. L'Albanie devient le premier Etat athée au monde.

1972-1978. Rupture avec la Chine. Programme d'auto-suffisance

17 décembre 1981. Suicide déguisé du Premier ministre Mehmet Shehu, plus vieil ami d'Enver Hoxha.

11 avril 1985. Mort d'Enver Hoxha. Ramiz Alia lui succède.

1990-1992. Chute du régime communiste.

3 avril 1992. Ramiz Alia démissionne. Sali Berisha devient président de la République.

25 avril 1993. Visite historique de Jean-Paul II à Tirana, accueilli par Mère Teresa.

1995-1996. Instabilité politique. Berisha est accusé de corruption et de bourrage des urnes.

1997. Crise des " pyramides ", guerre civile et intervention des troupes de l'ONU.

1998-1999. Guerre du Kosovo et instabilité politique.

2001-2005. Instabilité politique. Aucune réforme d'ampleur n'est engagée.

3 septembre 2005. Sali Beriha est désigné Premier ministre. Il restera à ce poste jusqu'en 2013.

10 juin 2007. Visite historique du président américain George W. Bush.

18 février 2008. L'Albanie reconnaît l'indépendance du Kosovo.

1er avril 2009. L'Albanie devient membre de l'Otan.

2009-2011. Instabilité politique.

2012. Centenaire de la proclamation de l'indépendance de l'Albanie.

23 juin 2013. Victoire du PSSH. Trois mois plus tard, Edi Rama devient Premier ministre.

3-6 novembre 2013. Visite historique du président de la République hellénique.

16-25 juin 2014. Démantèlement de la zone de production de cannabis de Lazarat.

27 juin 2014. Les chefs d'Etat de l'UE accordent le statut de candidat officiel à l'UE à l'Albanie.

21 septembre 2014. Visite du pape François à Tirana.

Fin 2014. Tensions diplomatiques entre l'Albanie et la Serbie après un match de football entre les deux équipes nationales.

1er mai 2015. Ouverture à la justice des archives de Sigurimi, les services secrets communistes.

Depuis 2015. La crise des réfugiés touche tous les Balkans, à l'exception de l'Albanie.

10 juin-10 juillet 2016. Euro 2016 de football. Première participation de l'Albanie.

25 juin 2017. Victoire du PSSH aux élections législatives. Rama est reconduit dans ses fonctions de Premier ministre.

Préhistoire

C'est dans le sud du pays que les plus anciennes traces de présence humaine ont été découvertes avec les sites néolithiques (de 10 000 à 1 000 ans avant notre ère) de Cakran (entre Fier et Vlora) et dans les marais de Maliq (proche de Korça). Ces populations pourraient être originaires d'Anatolie. A la fin du Néolithique, émergent les Illyriens. La culture illyrienne est très mal connue et fait souvent l'objet de raccourcis hâtifs de la part des historiens locaux qui, du fait d'années de propagande communiste, considèrent souvent les Albanais d'aujourd'hui comme les descendants directs des Illyriens. L'histoire est bien sûr nettement plus complexe que cela.

Antiquité

A partir du VIIe siècle avant notre ère, des colonies grecques sont créées sur la façade maritime. La fondation de Dyrrhacheion (l'actuelle Durrës) est datée de 627 av. J.-C., celle d'Apollonia (proche de Fier) suivra. Ces importantes implantations permettaient aux Grecs de disposer d'une voie d'accès à l'Adriatique et de commercer avec l'intérieur du pays. Le contact avec la civilisation hellénique permet le développement de la culture illyrienne du Ve au IIe siècle avant notre ère. Le royaume de la reine Teuta (région de Shkrodra) se développe à partir du milieu du Ve siècle av. J.-C. La moitié sud du pays actuel est dominée par les tribus grecques ou gréco-illyriennes des Molosses, des Thesprotiens et des Chaoniens. Au IIIe siècle av. J.-C., le roi des Molosses, Pyrrhus, constitue un puissant royaume qui s'étend sur le sud de l'Albanie, le Péloponnèse, la Macédoine et la Sicile. Cette politique expansionniste finira par provoquer l'intervention de Rome. Après une conquête difficile, l'ensemble du territoire actuel de l'Albanie, intégré dans la vaste province romaine de Macédoine, passe sous la domination de Rome au IIe siècle av. J.-C. Des cités gréco-romaines se développent, comme l'aristocratique Apollonia et la commerçante Dyrrachium. Des villes étapes sont créées, comme Scampirus (Elbasan), sur la Via Egnatia qui relie Dyrrachium à Byzance. La propagation du christianisme est relativement rapide, il semble être venu notamment de Macédoine, évangélisée par l'apôtre Paul. Au partage de l'Empire romain, en 395 de notre ère, l'essentiel du territoire albanais actuel est placé sous l'autorité de Byzance.

Moyen Âge

L'Empire byzantin va prospérer mais va devoir composer avec l'arrivée de grandes vagues migratoires et de raids menés par les Huns, Lombards, Gépides et Avars. A partir de 580, les Slaves s'établissent dans la région durablement. Ils finissent par renverser l'administration byzantine et par imposer leur propre système reposant sur des zones auto-administrées. L'autorité byzantine est finalement rétablie au début du IXe siècle, mais disputée pendant près d'un siècle et demi par l'Empire bulgare. Une organisation de type féodal se met en place sous la domination slave avec l'émergence de chefs de tribus devenus des dynastes chargés de fonctions militaires. Entre 1081 et 1107, les Normands établis en Italie du Sud tentent, à quatre reprises, d'envahir l'Illyrie en débarquant sur les côtes Ionienne et Adriatique. L'affaiblissement de l'Empire byzantin s'accompagne de l'émergence des États féodaux serbes et de la principauté d'Arbëria, (1190-1255), considérée comme le premier État albanais. Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, les Angevins menés par Charles Ier de Sicile, fils du roi de France Louis VIII, établissent le royaume d'Albanie. L'instauration d'une hiérarchie féodale de type occidental est mal accepté par les seigneurs locaux. Et, après l'échec du long siège de Berat (1281) face aux Byzantins, Charles d'Anjou est contraint de quitter le pays en 1286. Les Angevins reviennent cependant en 1304, menés par le petit-fils de Charles d'Anjou qui laisse une large autonomie aux seigneurs locaux. Au milieu du XIVe siècle, le vaste Empire serbe de Stefan Uroš IV Dušan englobe l'Albanie et met fin à la présence byzantine dans la région. A la mort de Stefan Dušan, en 1355, deux grandes principautés se constituent : celle du clan albanais des Thopia à Durrës et celle du clan serbe des Balša à Shkodra. Leur rivalité conduit à la guerre à partir de 1382. D'abord allié à Venise, Karl Thopia finit par demander l'aide des Ottomans qui battent les seigneurs serbes alliés aux Balša lors de la bataille de Savra (entre Berat et Dürres) le 18 septembre 1385. C'est ainsi que débute l'invasion ottomane de l'Albanie.

Période ottomane

Conquête - Après la bataille de Savra, la plupart des seigneurs serbes et albanais du sud de l'Albanie actuelle deviennent les vassaux des Ottomans. Le sultan Mehmet Ier impose un découpage administratif en vilayets. Les régions du nord et du centre restent quant à elle sous la coupe des seigneurs locaux et de Venise qui tient les villes de Durrës, Lezha et Shkodra. À partir de 1430, la partie centrale tombe à son tour. Après la prise de Constantinople en 1453 et la mort de Skanderbeg en 1468, le reste de l'Albanie est peu à peu conquis. Après trois longs sièges, les Ottomans s'emparent des derniers bastions chrétiens de Kruja (1478), Shkodra (1479) et finalement Durrës (1501).

Islamisation et développement - La région est découpée en sandjaks (préfectures), les terres sont redistribuées et des colons d'Anatolie viennent s'installer. La liberté de culte est accordée aux chrétiens, mais de nombreuses églises sont transformées en mosquées. L'islamisation touche d'abord la partie sud, en particulier les seigneurs locaux, soucieux de conserver leurs prérogatives, et les paysans semi-nomades, incités à accéder à l'élevage du bétail en échange. Mais la grande vague de conversion commence véritablement à partir du milieu du XVIe siècle. Deux facteurs y contribuent. D'abord, l'arrivée des confréries soufies, notamment le bektaskisme qui partage certains traits communs avec le christianisme. Ensuite, le développement des centres urbains, dotés de mosquées et caravansérails où se mêlent intimement religion et commerce. Seules les zones les plus montagneuses défendent farouchement leurs traditions chrétiennes, notamment dans le nord. Mais, dans l'ensemble, les Ottomans considèrent l'Albanie comme la province la plus fidèle, fournissant d'ailleurs de nombreux cadres et sultans à leur empire. Ce lien entre Ottomans et Albanais perdure après la défaite du siège de Vienne (1683), lorsque le contrôle du territoire se relâche.

Emergence des pachas albanais - Au XVIIIe siècle, les pachas (gouverneurs locaux), le plus souvent issus de population locale, gagnent en autonomie au point de lutter entre eux afin d'agrandir leurs territoires. Deux pachaliks s'imposent : celui de Shkodra, dirigé par le clan des Bushati et celui de Ioannina (aujourd'hui en Grèce), gouverné d'une main de fer par le redoutable Ali Pacha. Les véritables guerres que se livrent ces gouverneurs finiront par faire réagir la Sublime Porte. En 1822, après avoir tenté de faire assassiner le sultan, Ali Pacha est tué et son pachalik est démantelé. En 1831, la citadelle de Rozafa, à Shkodra, est assiégée par les troupes de l'Empire. La dynastie des Bushati reste en place mais leur pachalik est là aussi dissous.

Déclin de l'Empire ottoman - Après ces épisodes sanglants, les Ottomans mettent en place une administration directe. En parallèle, l'indépendance de la Grèce (1829) sonne le réveil des nationalismes dans les Balkans. L'Empire ottoman s'affaiblit et des révoltes éclatent en Serbie et en Bulgarie. L'Albanie reste malgré tout fidèle à la Sublime Porte, qui la voit comme son plus solide rempart en Europe. Ce n'est qu'à partir des années 1840 que commence à naître une conscience nationale. En 1865, les territoires albanophones sont divisés en quatre vilayets (provinces) : Shkodra (au nord), Monastir (aujourd'hui Bitola, en République de Macédoine, à l'est), Janina (au sud, aujourd'hui Ioannina, en Grèce) et Kosova (Kosovo actuel, au nord-est). Les chefs de clan des hauts plateaux du nord perdent leurs pouvoirs et provoquent une révolte en 1876. La répression ottomane s'accompagne de massacres entre Albanais musulmans et catholiques. A la fin de la guerre russo-turque, en 1878, les États voisins deviennent indépendants. Toute une partie des territoires où vivent des albanophones sont intégrés à la Serbie (Kosovo), au Monténégro (Ulqin, au nord de Shkodra) et à la Bulgarie (villes de Korça, Pogradec et Dibra). Aussitôt, sous l'impulsion de l'intellectuel de Korça Abdyl Frashëri, se forme la Ligue de Prizren, au Kosovo, pour défendre les droits de la " nationalité albanaise " dans les territoires sous contrôle des nouveaux États. Faute d'être entendus par les diplomates, quelque 30 000 militants de la Ligue de Prizren se lancent dans une guerre contre les pays voisins. Dans un premier temps, l'Empire ottoman soutient les Albanais et prend part aux combats à leurs côtés. Mais craignant que le mouvement se transforme en guerre pour l'indépendance de l'Albanie elle-même, le sultan dissout la ligue et retourne son armée contre les Albanais. La ville de Prizren est finalement prise par les Ottomans le 22 avril 1881. Abdyl Frashëri et la plupart des meneurs sont arrêtés.

Renaissance albanaise - La Ligue de Prizren est anéantie, mais son action donne naissance au mouvement culturel de la Rilindja Kombëtare (" la renaissance nationale "). Dans les années qui suivent, un groupe d'intellectuels mené par Naïm et Sami Frashëri, les frères d'Abdyl Frashëri, lance toute une série d'initiatives pour promouvoir la langue albanaise : choix de l'alphabet latin (et non plus les alphabets grec ou arabe), diffusion de livres et journaux, création des premières écoles en langue albanaise à Korça et Elbasan. Des clubs albanais se créent en Europe, en particulier à Bucarest (Roumanie) et Monastir (aujourd'hui Bitola, en Rép. de Macédoine). Cette grande ville multiethnique cristallise de nombreux espoirs pour les peuples sous domination ottomane. C'est là que naît en 1889 le groupe des Jeunes Turcs inspiré par la Révolution française. Formé par des officiers qui souhaitent sauver l'Empire en pleine déliquescence, ce mouvement est d'abord soutenu par l'élite albanophone. En 1908, la Révolution des Jeunes Turcs permet de rétablir la Constitution ottomane, appliquée de 1876 à 1878. Celle-ci accorde davantage de droits aux chrétiens, permet aux peuples d'élire des représentants au parlement d'Istanbul, remplace l'alphabet arabe par l'alphabet latin pour la rédaction de la langue turque, etc. Mais le changement est de courte durée. Craignant que les réformes favorisent l'autonomie des peuples, les Jeunes Turcs se radicalisent et abrogent la Constitution. Leur révolution prend une tournure nationaliste qui aboutira au génocide arménien en 1915-1916. Pour l'heure, l'interdiction d'utiliser l'alphabet latin provoque l'incompréhension des Albanais. En 1910, une révolte éclate au Kosovo et dans la région de Shkodra. Elle est rapidement matée. Les Jeunes Turcs relâchent cependant un peu la pression et permettent la tenue d'élections. Le scrutin est falsifié et déclenche l'insurrection générale des Albanais en avril 1912. Les Jeunes Turcs acceptent de négocier et accordent notamment une administration en langue albanaise. Mais c'est déjà trop tard. La Serbie, la Grèce, la Bulgarie et le Monténégro déclenchent la Première Guerre balkanique (octobre 1912-mai 1913) pour s'emparer des dernières possessions des Ottomans en Europe. Après cinq siècles de présence, les Ottomans abandonnent définitivement l'Albanie.

Skanderbeg, le héros national

Gjergj Kastriot Skanderbeg (1405-1468), parfois francisé en Georges Kastriote, est le grand héros des Albanais. C'est le fils d'une famille catholique qui s'était déjà illustrée dans la résistance face aux Ottomans alors que ceux-ci, installés dans le Sud, convoitaient la partie nord de l'Albanie. Comme beaucoup d'enfants de seigneurs locaux, il est envoyé (de 10 à 23 ans) auprès du sultan, pour servir d'otage, mais aussi pour être formé et endoctriné. A l'issue de ce " stage ", il est nommé fonctionnaire du sultan (vali) sur les terres paternelles. Rapidement, il proclame la principauté d'Albanie et réussit, en 1444, à réunir les seigneurs albanais au sein de la Ligue de Lezha, qui dispose de fonds communs et d'une armée dont il est le chef. Skanderbeg affronte victorieusement les armées ottomanes à quatre reprises, entre 1444 et 1450. La dernière victoire de cette série, remportée face à une armée menée par Mourad II, connaît un retentissement en Europe, mais Skanderbeg ne retirera de cette notoriété que des renforts limités du seul roi de Naples. La prise de Constantinople, en 1453, permet aux armées ottomanes de concentrer leurs efforts sur l'îlot de résistance albanais et, en 1455, pour la première fois, de mettre Skanderbeg en échec lors de son siège de Berat. Ce succès sera effacé par une nouvelle victoire de Skanderbeg en 1457, suivie par de nouveaux succès en 1462, en 1464, en 1465. En 1466 et en 1467, les sièges des Ottomans contre Kruja se soldent par des échecs. Skanderbeg s'éteindra le 17 janvier 1468, à Lehza, terrassé par la fièvre, après avoir combattu avec succès les armées ottomanes pendant plus de vingt ans. Sur un plan historique, la lutte de Skanderbeg a eu deux effets importants : elle a sans doute interdit aux armées ottomanes de traverser l'Adriatique et a conforté pour le futur le sentiment national. L'actuel drapeau national albanais porte ainsi l'aigle à deux têtes de la famille Kastriot adopté par la principauté d'Albanie de Skanderbeg.

XXe et XXIe siècles

Indépendance - Le 28 novembre 1912, le grand leader indépendantiste Ismaël Qemal profite de l'état de guerre pour proclamer l'indépendance de l'Albanie à Vlora (voir la partie sur Vlora dans le chapitre " Sud-Ouest ") et devient le premier chef de gouvernement. Le 29 juillet 1913, la conférence de Londres refuse cette indépendance mais reconnaît " la naissance d'une principauté souveraine sous la tutelle des grandes puissances ". La moitié des territoires albanophones sont intégrés à la Serbie et au Monténégro. Ismaël Qemal est rapidement écarté. En 1914, les grandes puissances imposent l'aristocrate allemand Guillaume de Wied. Arrivé le 7 mars, celui-ci fait de Dürres sa capitale. Mais, incompétent, maladroit et contesté de toutes parts, il abandonne le pays le 3 septembre sous la pression de la rue. Son Premier ministre Essad Pasha prend le pouvoir et établit un régime dictatorial jusqu'en février 1916. Au cours de la Première Guerre mondiale, le nord du pays est occupé par les Serbes et les Monténégrins, puis par les Austro-Hongrois à partir de 1915. Le sud passe sous contrôle des Bulgares et des Grecs avant l'arrivée des Italiens et de l'Armée française d'Orient qui établit la République de Korça en 1916 (voir la partie sur Korça dans le chapitre " Sud-Est "). L'ensemble du territoire reste sous protectorat italien jusqu'en 1920. Cette année-là, l'indépendance du pays est officiellement reconnue sous la pression de la diaspora albanaise implantée aux États-Unis. Les Albanais nomment un gouvernement qui s'établit à Tirana. Toutes les troupes étrangères se retirent, les Italiens conservant uniquement des bases sur l'île de Sazan et dans la baie de Vlora. En décembre 1920, grâce à l'action de l'évêque orthodoxe américain albano-américain Fan Noli, l'État albanais devient membre de la Société des Nations. Le 9 novembre 1921, la Conférence des ambassadeurs établit les frontières du pays qui correspondent au tracé actuel à quelques exceptions près : en 1925, le monastère de Saint-Naum, sur le lac d'Ohrid sera restitué au Royaume de Yougoslavie et l'armée grecque se retirera des derniers villages qu'elle tenait encore dans la région de Korça.

Dictature du roi Zog - Sur le plan politique, le pays est dominé par une personnalité de droite, Ahmet Zogu. Neveu d'Essad Pacha, il devient pour la première fois ministre de l'Intérieur en 1920. Ambitieux, il s'appuie sur les chefs de clan du nord et profite de son poste pour servir ses intérêts. Devenu Premier ministre, ses méthodes expéditives (assassinat et fraude électorale) provoquent la Révolution de Juin en 1924. Soutenu par le camp démocrate, Fan Noli devient brièvement Premier ministre. Mais Ahmet Zogu reprend le pouvoir par la force le 24 décembre 1924 avec l'aide du Royaume de Yougoslavie. Début 1925, il parvient à se faire élire par les députés président pour un mandat de sept ans. Le 1er septembre 1928, il se fait proclamer roi sous le nom de Zog Ier. Son règne durera jusqu'en 1939 et sera marqué par une soumission économique et politique de plus en plus grande vis-à-vis de l'Italie. Véritable dictateur, Zog aura toutefois permis quelques avancées avec la création d'un système de santé publique et la reconnaissance de l'égalité entre hommes et femmes.

Seconde Guerre mondiale - Le 7 avril 1939, l'Italie fasciste de Mussolini envahit le pays. Dans les jours qui suivent, Zog Ier abdique, Victor-Emmanuel II d'Italie est proclamé roi des Albanais et un gouvernement pro-italien se met en place. En octobre 1940, l'Italie et l'Albanie déclarent la guerre à la Grèce. L'armée grecque résiste à l'invasion lancée de l'Albanie, refoule les Italiens et pénètre dans le sud du pays. En avril 1941, l'Allemagne nazie vient en aide à l'Italie et envahit la Grèce. En juin 1941, l'Albanie annexe les territoires albanophones de la Yougoslavie occupés par les troupes de l'Axe (au Kosovo, en Macédoine du Vardar et au Monténégro). Dans la clandestinité, Enver Hoxha organise les mouvements communistes autour de lui et lance une guerre de résistance contre les forces de l'Axe et les autres mouvements armés albanais. En septembre 1943, après la chute de Mussolini, le pays passe sous la coupe des Allemands. Ceux-ci mettent en place un régime pro-nazi dirigé par Mehdi Frashëri (issu du même village que les frères Frashëri mais sans lien de parenté) qui apporte son soutien aux opérations menées contre les résistants à l'hiver 1943-1944. Finalement, à partir d'octobre 1944, les Allemands se retirent de Grèce, puis d'Albanie. Le 28 novembre 1944, les partisans libèrent le pays et Enver Hoxha prend la tête du gouvernement provisoire. Les dirigeants des mouvements de résistance nationalistes ou soutenant le retour du roi Zog sont soumis à une sévère épuration.

Dictature communiste - Le régime mis en place par Enver Hohxa a été la plus dure dictature communiste d'Europe au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle fut marquée par l'orthodoxie marxiste, la répression brutale de toute forme d'opposition, l'isolationnisme économique, une paranoïa aiguë quant aux supposées menaces d'invasion par la Yougoslavie et l'Otan et une interdiction progressive de toutes les religions. La république populaire d'Albanie est proclamée en janvier 1946, et l'essentiel de l'économie passe sous le contrôle de l'État. Enver Hoxha est d'abord Premier ministre de 1944 à 1954. La période allant de 1944 à 1948 verra l'Albanie se rapprocher de la Yougoslavie socialiste, un rattachement à la Confédération yougoslave est même envisagé. En 1948, Tito est banni par Moscou, ce qui marque pour l'Albanie la rupture avec la Yougoslavie, la prise en main totale du pouvoir par Enver Hoxha, et ouvre une période de relations étroites avec l'URSS. A la mort de Staline en 1953, les relations avec Moscou vont se distendre. La rupture avec l'URSS en décembre 1961 suivra de peu l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, Enver Hoxha s'en tenant à une ligne marxiste-léniniste pure. Cela entraîne la perte brutale de la moitié des débouchés du commerce extérieur albanais. Un rapprochement avec la Chine est opéré. Il n'est pas qu'économique, certaines pratiques maoïstes étant également importées : envoi des cols blancs à la production, collectivisation accrue des terres, abolition des grades dans l'armée, interdiction de toute pratique religieuse en 1967. La fin du maoïsme et la visite de Tito en Chine (1977) sont très mal perçues par Enver Hoxha, les relations se détériorent, et la Chine cesse brutalement ses relations commerciales (les relations diplomatiques seront cependant maintenues). En 1978, c'est la rupture avec la Chine. L'Albanie s'ouvre alors vers certains pays occidentaux. Après la mort d'Enver Hoxha, qui décède le 11 avril 1985, le pays rompt avec l'isolationnisme, renoue des relations diplomatiques avec la Grèce (qui renonce à ses vues sur Gjirokastra), l'Allemagne, le Canada et la France. La véritable rupture avec le communisme se fait sous la pression des étudiants, et l'autorisation d'autres partis est acquise en décembre 1990. Au début de l'année 1991, les libertés fondamentales sont retrouvées (liberté de culte, liberté de circuler, liberté de la presse...). Les élections de 1992 conduisent à la chute du régime et à l'élection de Sali Berisha à la présidence de la République.

Depuis 1992 - Depuis le retour à la démocratie, le pays a été marqué par une guerre civile (janvier-août 1997) causée par la banqueroute des sociétés d'épargne pyramidales. L'état insurrectionnel est tel que le gouvernement perd le contrôle du pays. L'intervention d'une force de l'ONU de 7 000 hommes permet de retrouver le calme. La vie politique est dominée par deux formations, le Parti socialiste (issu de l'ancien parti communiste) et le Parti démocrate de Sali Berisha (ancien cardiologue d'Enver Hoxha). Régulièrement, tous deux s'accusent mutuellement de corruption, de clientélisme et de bourrage d'urnes. Mais les deux partis ont aussi en commun l'objectif d'arrimer leur pays à l'Europe en intégrant l'UE.

Enver Hoxha, le dictateur communiste

Le redoutable dictateur albanais est né en 1908 à Gjirokastra. Il fait une partie de ses études au lycée français de Korça et rejoint quelque temps les universités de Montpellier et de Paris, puis devient secrétaire à l'ambassade albanaise de Belgique où il collabore secrètement avec le journal communiste français L'Humanité. En 1936, il est nommé professeur au lycée français de Korça, mais doit quitter ce poste pour avoir refusé d'adhérer au Parti fasciste albanais après que l'Italie a envahi l'Albanie en 1939. En 1941, les représentants communistes de Korça, de Shkodra et de Tirana décident de créer le Parti communiste albanais et nomment Enver Hoxha (prononcer " hodja ") secrétaire général. Ce parti est résolument tourné vers la lutte contre le fascisme. Aidé par Tito, il sera la véritable force d'opposition albanaise à l'occupation. En novembre 1944, Enver Hoxha, qui symbolise la résistance, devient Premier ministre. Dans l'après-guerre, il réussit à maintenir l'Albanie à distance de Tito. L'arrivée de Khrouchtchev le conduit progressivement à quitter le camp de l'URSS et à rapprocher son pays de la Chine. En 1967, il décrète la révolution culturelle albanaise en interdisant toute religion. Mais les relations se détériorent là aussi rapidement, en raison de la non-acceptation par Enver Hoxha du rapprochement entre la Chine et les Etats-Unis (symbolisé par la visite, en 1972, de Nixon en Chine). La rupture intervient brutalement en 1978 et, du jour au lendemain, l'Albanie doit faire face à la fin de l'aide chinoise et à un isolement quasi total (la France maintiendra cependant des relations diplomatiques). Partisan d'un communisme radical incarné pour lui par Staline, Hoxha restera au pouvoir jusqu'au début des années 1980. Le dictateur meurt en 1985, laissant un pays farouchement indépendant, mais exsangue, en retard y compris par rapport à ses voisins du bloc de l'Est, et non préparé à affronter les bouleversements des années 1990.

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