Guide de CHICAGO : Arts et culture

Architecture

On distingue plusieurs phases dans la grande épopée architecturale de Chicago. La première reste souvent oubliée des livres d'histoire car elle est antérieure au Grand Feu de 1871. A cette époque, Chicago se construit petit à petit, passant d'une population de 1 000 habitants en 1837, lors de l'accession de la ville au rang d'entité administrative, à 325 000 pendant l'année 1871. Les deux grands architectes de cette période sont W.W. Boyington et John Mills Van Osdel, mais la plupart de leurs oeuvres seront détruites par le grand incendie de la ville. La très célèbre Water Tower, qui trône au nord de Michigan Avenue, est l'une de leurs plus célèbres créations et le bâtiment le plus apprécié des Chicagoans, plus par nostalgie peut-être que par goût.

La première école d'architecture de Chicago et le premier gratte-ciel

Connu sous le nom de First Chicago School of Architecture, c'est un mouvement qui commence une dizaine d'années après le grand incendie de Chicago. Le feu a rasé d'un seul coup tout le centre-ville et les zones proches, offrant par la même occasion un formidable terrain expérimental aux jeunes architectes américains et internationaux qui allaient affluer dans la ville. Au cours des années suivantes, des constructions peu élevées se multiplient dans la zone dévastée, pour répondre aux besoins de dizaines de milliers de gens alors sans abri. La population de la ville est elle aussi multipliée par trois pendant cette période, passant de plus de trois cent mille à plus d'un million. Les prix de l'immobilier deviennent exorbitants et on juge peu rentable en espace et en revenu cette prolifération de petits édifices. La ville de Chicago est prête à renouveler son centre par des constructions plus modernes.

C'est l'invention de l'ascenseur qui va permettre la formation de la First Chicago School of Architecture. Sans lui, il aurait été impensable de créer des structures de plus de cinq ou six étages. Il reste toutefois à régler un autre problème spécifique à Chicago : la ville est construite sur un lit marécageux et il est impossible de bâtir en hauteur. Burnham et Root utilisent le procédé inventé par Frederick Baumann consistant à répartir le poids des fondations sur de larges rectangles horizontaux en bois ou en métal afin de supporter le poids du bâtiment. Mais l'espace destiné aux caves et aux sous-sols s'en trouve considérablement réduit et la structure ne peut soutenir que dix étages. En 1889, Adler et Sullivan trouvent une meilleure solution en créant un treillis de poutres en bois et en métal, qu'ils utilisent pour la construction de l'Auditorium Building. Puis viennent les caissons enterrés, utilisés pour le Chicago Stock Exchange. Tous ces bâtiments sont faits en brique et en pierre, comme le Monadnock Building dans le Loop, mais cette façon de construire ne permet pas d'élever la structure bien haut : plus on veut ajouter d'étages, plus il faut que les murs des étages inférieurs soient épais afin qu'ils puissent soutenir le poids de la structure. La véritable révolution sera l'invention et l'utilisation de la structure métallique par William Le Baron Jenney, qui a étudié à l'Ecole centrale des arts et manufactures (en compagnie de Gustave Eiffel). Grâce à ce procédé, on peut facilement rajouter des étages, l'espace intérieur est plus spacieux, la structure est quasiment ininflammable et les façades, beaucoup plus ouvertes que celles de brique et de pierre, laissent entrer plus de lumière, ce qui est un avantage considérable en ces premières années de la fée électricité. Le premier gratte-ciel au monde, le Home Insurance Company, fut construit selon ce procédé.

Pour devenir un mouvement reconnu, il manque cependant encore un petit quelque chose à la First Chicago School of Architecture. Et ce petit quelque chose, c'est le style. Bien que techniquement révolutionnaire, le building de la Home Insurance Company est plutôt banal dans son exécution. L'école a besoin d'inspiration, et celle-ci lui viendra de deux sources radicalement opposées. La première se présente sous les traits de l'architecte Henry H. Richardson qui, bien qu'ayant étudié à l'Ecole des beaux-arts de Paris, rejette les styles classiques grec et romain pour ne s'intéresser qu'au style roman. En 1885, il construit, dans ce style, l'imposant magasin Marshall Fields (qui occupe tout un bloc en plein coeur du Loop). Aussitôt, les projets des autres architectes de l'époque, les Burnham et Root, Sullivan et autres, vont prendre l'exemple sur Richardson. Ainsi, l'Art Institute, le Fine Arts Building et le Rookery Building arborent des colonnades arquées. Sullivan est celui qui pousse le style roman à l'extrême, comme en témoignent l'intérieur de l'Auditorium Building et l'entrée du Chicago Stock Exchange, deux édifices remarquables dans leur réalisation. Jusqu'à l'avènement de la structure métallique et du gratte-ciel, les architectes qui construisaient en pierre s'inspiraient donc de Richardson.

La seconde source d'inspiration dérive directement du nouveau matériel utilisé : d'une part, le métal pouvait être forgé en courbes sinueuses comme c'est le cas pour la cour intérieure originelle du Rookery Building. Frank Lloyd Wright l'a par la suite entièrement rénovée pour apporter plus de lumière vers l'intérieur, mais le plafond et l'escalier en fer forgé sont toujours présents. D'autre part, le métal, notamment forgé à angle droit, pouvait devenir un élément décoratif, comme c'est le cas dans le Reliance Building, de Burnham et Root. Des formes beaucoup plus simples, aux lignes épurées, dont le style serait repris quelque cinquante années plus tard par l'architecte Mies van der Rohe. Toutefois la First Chicago School of Architecture se voit éclipsée par le style Beaux-Arts, qui fait son apparition en même temps que l'Exposition colombienne de 1893. Tout le monde pensait que l'Exposition, présidée par Burnham et Root, serait une occasion formidable de faire découvrir au monde les prouesses architecturales de Chicago. Mais John Wellborn Root meurt en 1891, et Burnham se tourne vers un architecte new-yorkais, Richard Morris Hunt, le premier architecte américain à avoir suivi la section architecture de l'Ecole des beaux-arts de Paris. Mais ne retrouvant plus l'inspiration géniale qu'il avait connue en compagnie de Root, Burnham se laisse influencer par le style Beaux-Arts, qui initie le mouvement du " City Beautiful ".

Le mouvement du " City Beautiful "

L'Exposition colombienne de 1893, qui se tient à Chicago dans Jackson Park, est un parfait catalyseur du mouvement. Surnommée " The White City ", la ville nouvelle, créée de toutes pièces pour l'Exposition, s'inspire des grandes capitales européennes : des grandes avenues, des axes routiers diagonaux convergeant vers une place centrale, des édifices néoclassiques au style lourd et chargé, de véritables temples bâtis en pierre blanche et éclairés la nuit pour un effet encore plus majestueux.

Ce retour aux styles classiques fait le bonheur de nombreux planificateurs urbains à travers les Etats-Unis, un véritable engouement s'empare des villes qui voient dans le mouvement une possibilité d'harmonie entre l'utile, le beau et la nécessité d'espace social au sein de la ville. Burnham dessine les plans de grandes villes américaines de son bureau de Chicago : Washington D.C., Cleveland et San Francisco. Pourtant Chicago elle-même reste à la traîne et a grandement besoin d'un lifting. Le mouvement atteindra son apogée seize ans plus tard, en 1903, après l'Exposition colombienne, avec le " plan de Chicago " proposé par Burnham, encore une fois inspiré par les plans des grandes villes européennes, en particulier Paris. Des grandes avenues concentriques encerclent le centre-ville, des axes routiers connectent les quartiers périphériques entre eux et un système de boulevards est mis en place.

Une seule section de ces boulevards n'a pas vu le jour, celle sur Diversey Avenue, en raison de l'entrée des Etats-Unis en guerre, en 1917. C'est à ce plan de Chicago que l'on doit les grands parcs et les espaces publics qui longent les rives du lac Michigan.

Le Shedd Aquarium et le Field Museum, au sud de Grant Park, datent également de cette époque comme on le voit à leur style néoclassique. Par la suite, plus aucune construction ne fut autorisée dans Grant Park, selon une loi longuement discutée entre les promoteurs immobiliers et des citoyens soucieux de préserver un poumon vert sur les rives du lac Michigan.

Frank Lloyd Wright et le style " Prairie " (Prairie School of Architecture)

Le style " Prairie " marque une nette rupture avec les styles néoclassiques d'influence européenne. On le doit à quelques architectes, avec à leur tête Sullivan et son jeune apprenti Frank Lloyd Wright, fatigués de recréer des styles empruntés d'autres mouvements et déterminés à élaborer un modèle architectural propre à l'environnement du Midwest.

La nature environnante sera leur modèle. Les vastes plaines du Midwest leur inspirent une architecture aux formes horizontales, des bâtiments relativement plats, avec seulement deux ou trois étages et une grande fluidité dans l'espace intérieur. Une architecture " organique ", selon les propres termes de l'architecte Wright. Le conservatisme, qui revient en force après la Seconde Guerre mondiale, va venir freiner l'élan qu'avait pris le style " Prairie ". Wright est aujourd'hui considéré comme l'un des architectes les plus importants du XXe siècle.

La seconde école de Chicago

A la fin des années 1930, Mies van der Rohe, l'un des pionniers du développement du modernisme en Europe, chassé du Bauhaus allemand par le régime nazi, s'installe à Chicago. Son arrivée sur le sol américain marque le début de la seconde école d'architecture de Chicago. Le style reprend quelques-unes des caractéristiques de la première école et élimine les références historiques dans le design pour se concentrer sur des formes plus rectilignes et épurées. La première réalisation dans le style de la nouvelle école est la reconstitution du campus de l'Illinois Institute of Technology, dans le sud de la ville. Les bâtiments reprennent les matériaux favoris de Mies van der Rohe, les poutres de métal et le verre. D'autres projets concernent le Federal Building, un groupe de trois bâtiments au centre du Loop, les tours d'habitations sur Lake Shore Drive ou l'IBM Building sur la Chicago River, qui jouxte la future Trump Tower.

Le premier cabinet d'architectes à suivre le mouvement initié par Mies est celui de Skidmore, Owings & Merrill. Ensemble, ils construisent deux des plus célèbres gratte-ciel de Chicago, le John Hancock Center et la Sears Tower (rebaptisée Willis Tower en 2009). D'autres bâtiments à travers la ville reprennent ce style, comme l'aéroport O'Hare ou le terminal de United Airlines dans le même aéroport.

En 2007 débutèrent les travaux de construction du Chicago Spire (la Flèche de Chicago), un immense gratte-ciel en forme de spirale imaginé par l'architecte Santiago Calatrava. Cette tour devait mesurer 609 m pour 105 étages et devenir le plus haut gratte-ciel des Amériques. Malheureusement la crise financière de 2008 a stoppé net le projet qui ne verra jamais le jour. En 2015, un nouveau projet de gratte-ciel vit cependant le jour : la Vista Tower qui surplombera la Chicago River et abritera des appartements de luxe. Une fois sa construction achevée à l'horizon 2020, elle mesurera 360 m de haut.

Les grands architectes de Chicago

Daniel Burnham (1846-1912). Un des premiers architectes modernes de Chicago, Burnham s'illustre, en compagnie de son associé John Root, comme le talentueux continuateur des gratte-ciel. Il étudie chez Le Baron Jenney, l'inventeur du gratte-ciel, puis se marie avec la fille d'un grand industriel dont la fortune et le prestige lui assureront une clientèle parmi les riches familles de Chicago. Membres influents de l'école de Chicago, Burnham et Root sont connus pour avoir dessiné le bâtiment Rookery dont la conception s'inspire des deux modèles de l'époque, la maçonnerie et la structure métallique.

Dans le duo Burnham & Root, Burnham était le planificateur, tandis que Root était responsable de toute la partie technique.
Après la mort soudaine de Root en 1891, Burnham devra faire face seul à l'énorme entreprise que constitue l'Exposition colombienne de 1893. Il abandonne le style de la première école de Chicago pour s'inspirer des styles grec et romain, ce qui fera dire à Sullivan que " ce choix va altérer l'architecture moderne pour les prochaines cinquante années ". Ce retour à une architecture classique, lourde, durera une vingtaine d'années, jusqu'à l'arrivée de nouvelles idées et de nouveaux courants architecturaux avec Wright et Mies van der Rohe.
En 1909, Burnham dessine le plan de Chicago, inspiré du plan de Paris. D'ailleurs, il décrit lui-même son projet comme étant " Paris on the prairie ". Le plan prévoit des grands boulevards partant d'une place centrale et des grandes avenues pour aérer les quartiers trop fermés de Chicago. Finalement, il n'y aura pas de place centrale, mais les grands boulevards sont construits et Chicago retrouve une structure cohérente.
Ses fils, Hubert et Daniel Burnham, construiront le flamboyant Carbide and Carbon Building, non loin de la Chicago River sur Michigan Avenue.

Louis Sullivan (1856-1924). Né à Boston en 1856, Louis Sullivan suit des cours au MIT (Massachusetts Institute of Technology) et à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Initialement, Sullivan travaille pour Le Baron Jenney, l'inventeur du premier gratte-ciel. S'inspirant du style de la première école de Chicago, qui voit le jour à la suite du grand incendie de 1871, Sullivan est connu pour ses plans de l'Auditorium Building, dont l'extérieur est de style roman cher à Richardson, une autre grande figure de l'architecture de Chicago, et dont les espaces intérieurs intègrent des éléments Art nouveau.

Une autre de ses grandes réalisations, le magasin Carson, Pirie & Scott, dans le Loop, se distingue par le travail délicat du métal forgé à l'entrée du magasin. Associé à Dankmar Adler, Sullivan sera touché de plein fouet par la dépression des années 1890 et par l'arrivée du style Beaux-Arts, qui émerge lors de l'Exposition colombienne de 1893. Sullivan a par ailleurs été le maître de Frank Lloyd Wright.

Frank Lloyd Wright (1867-1959). Un des plus grands architectes américains. On compte près de cinq cents oeuvres de Wright, dont la majorité se trouve dans le Midwest, un cadre naturel en harmonie avec son architecture.

Wright, né à Richland Center dans le Wisconsin, inscrit son oeuvre dans le rejet de l'académisme et du néoclassicisme qui marquent, avec l'Exposition internationale de 1893, le reflux des idées de l'école de Chicago. Il est, dès ses débuts, un disciple de Louis H. Sullivan fort prometteur. En 1889, il construit sa première maison et atelier à Oak Park. La première époque de son parcours, la période des " Prairies houses " (1893-1909), voit s'exprimer le refus du volume compact traditionnel et la volonté de l'insérer au contraire dans la nature ou la ville environnante ; il défend une architecture " organique " qui triomphe dans la maison individuelle : en témoignent la Winslow House et la plus célèbre, la Robie House de Chicago.
On entend par architecture organique l'aménagement de l'habitat selon une démarche inspirée de la nature. La maison repose sur un point central : le foyer. Celui-ci correspond au point d'équilibre de la composition du plan qui se développe autour du foyer selon une croissance organique, inspirée de la nature.
Cependant, ni le succès rencontré ni la considérable influence qu'il exerce, en particulier en Europe, ne l'empêchent d'interrompre une carrière prometteuse et de partir en Europe. Revenu s'installer à Taliesin, dans le Wisconsin, il entame la deuxième période de sa carrière, dite " expressionniste ", où domine le travail sur les matières. Chicago en conserve la trace dans les Midway Gardens (1914) et le Wisconsin dans l'ensemble de Taliesin, à Spring Green près de Madison.
Il passe toutefois quelques années au Japon, de 1916 à 1920, où il construit l'Imperial Hotel de Tokyo. Cet édifice surprenant fut un des seuls à résister au tremblement de terre de 1923.
Avec la maison sur la Cascade (Falling Water) s'ouvre une troisième période, extrêmement féconde, voire visionnaire, où l'activité de Frank Lloyd Wright se déplace vers l'Arizona (Nouvelle Taliesin) ou New York (le musée Guggenheim). Toutefois, dans le Wisconsin, on peut aussi admirer son église " en attente de prière " (1951), à Madison.

Ludwig Mies Van der Rohe (1886-1969). Né à Aachen en Allemagne, Mies débute sa carrière en 1908 et étudie les travaux de Frank Lloyd Wright. Après la Première Guerre mondiale, il commence à travailler sur des tours de verre et d'acier très innovantes, travail où perce déjà son génie architectural qui s'épanouira dans les années 1940 et 1950. Membre actif des cercles avant-gardistes berlinois, il dessine le pavillon allemand de l'Exposition internationale de Barcelone en 1927, ouvrage très admiré pour la fluidité de l'espace, une fluidité allant jusqu'à annuler la distinction entre intérieur et extérieur. De 1930 à 1933, Mies van der Rohe est directeur du Bauhaus, lequel sera interdit par le gouvernement nazi dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, en 1933. En 1937, l'architecte s'installe à Chicago. Là, il devient directeur de la section d'architecture de l'université technologique de Chicago et dessine la quasi-totalité des bâtiments du campus universitaire. Au cours des années suivantes, il va développer son concept de structure minimaliste : " Less is more " (moins est plus), et dessiner les appartements jumeaux de Lakeshore Drive, le Federal Complex dans le centre du Loop. Il imagine vingt et un bâtiments à Chicago, mais aussi des bâtiments à Detroit, à Toronto et à New York. New York justement lui doit ce chef-d'oeuvre qu'est le Seagram Building, dans ce style caractérisé par la rigidité des formes, l'économie de couleurs et un sens extrêmement développé du fonctionnalisme. En 1962, il revient en Allemagne pour étudier le projet de la nouvelle galerie nationale de Berlin, qu'il n'aura pas le temps d'inaugurer pour des raisons de santé.

L'architecture de Detroit

Detroit voit se côtoyer de nombreux styles architecturaux. Ravagée par un incendie en 1805, la ville renaît de ses cendres au XIXe siècle. Le style Beaux-Arts marque tout particulièrement la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle chez les architectes qui s'attèleront à la reconstruction de Detroit. En témoigne par exemple la Michigan Central Station, construite en 1913, ou le deuxième bâtiment du Detroit Institute of Arts construit en 1927. Cette période dorée a vu aussi l'apparition de nombreux gratte-ciel. La construction de la Chrysler House, haute de 23 étages, date de 1913. Entre 1916 et 1926, la Book Tower et sa silhouette Beaux-Arts dresse ses 38 étages de bureaux. En 1924, le Book Cadillac Hotel ouvre ses portes et est alors le plus grand hôtel du monde, atteignant 106 mètres de hauteur. Le Penobscot Building construit en 1928 est alors le 8e plus grand building au monde, atteignant 172 mètres de haut.

Ces gratte-ciel sont en grande majorité construits dans le site néo-classique américain, mais le Fisher Building qui est sorti de terre en 1928 s'est démarqué par son originalité. Le très célèbre Albert Kahn et plusieurs autres architectes se sont en effet inspirés de l'architecture maya pour dessiner ce bâtiment de toute beauté. A la même époque s'élève le Guardian Building, avec ses ornementations Art déco aux motifs amérindiens, classé monument historique. Il a été construit de 1928 à 1929 et mesure 151 mètres. Dans le même style Art déco, le beau David Stott Building, construit en 1929, a été sauvé de la démolition et est en cours de restauration.

La Grande Dépression viendra frapper de plein fouet la ville de Detroit, et par la même occasion, son développement urbain fulgurant. Il faudra attendre les années 1960 pour que la ville lance la construction de nouveaux buildings. En 1977, le plus grand complexe de Detroit est construit et n'a pour l'instant jamais été égalé. Il s'agit du Renaissance Center (GMRENCEN), ensemble de 7 gratte-ciel atteignant 222 mètres de haut, siège social mondial de General Motors. Ces nouveaux buildings au style architectural moderne côtoient avec style les bâtiments d'inspirations baroque et néo-classique du XXe siècle. De nombreux projets de restauration de ces bâtiments anciens ont été lancés ces dernières années. Detroit est en effet considérée comme l'une des villes les plus intéressantes en terme d'histoire architecturale aux Etats-Unis.

Cinéma
Chicago

Pour beaucoup, New York et Hollywood ont vu naître le cinéma et ses premiers studios. Mais c'est pourtant Chicago qui, dès 1907, a vu s'implanter l'un des premiers grands studios dans le quartier d'Uptown, occupant une place non négligeable dans le septième art. Ainsi, en 1907, le studio Essanay (pour S and A, qui sont les initiales des deux fondateurs Georges Spoor et Broncho Anderson) vit le jour. La production de films muets a rapidement augmenté et s'est élargie aux films de western qui ont vu jouer de grandes stars de cette époque (comme Gloria Swanson ou Rod La Rocque). On comptait alors que quatre films sur cinq étaient produits par le studio. En 1915, Charlie Chaplin signe pour une quinzaine de films et courts-métrages et devient rapidement une des sources principales de revenu. Mais, un an plus tard, il quitte le studio qui perd alors sa poule aux oeufs d'or. Essanay ferma ses portes dix ans après ses débuts.

Malgré le déclin de la production, les habitants de Chicago ont gardé leur engouement pour le septième art et, dans les années 1920 et au-delà, la ville était dotée de la plus grande chaîne de cinémas du pays : Balaban and Katz, qui comptait plus de 50 cinémas dont le mythique Chicago Theatre. Les années 1930 marquèrent la naissance du dessin animé, représenté essentiellement par Walt Disney, né à Chicago et qui y débuta sa carrière. Blanche-Neige et les sept nains (1937) en fut le premier long-métrage, précédé par Les Trois Petits Cochons, en 1933.

Il fallut attendre les années 1980 pour que la production reprenne à Chicago, période qui vit également la réalisation de films devenus cultes comme La Folle Journée de Ferris Bueller, Les Incorruptibles, Scarface, Quand Harry rencontre Sally, Le Fugitif ou encore les inimitables Blues Brothers. L'Illinois devint le premier Etat américain en termes de dépenses pour la réalisation de films, statut qu'il a encore consolidé en 2009 en adoptant la loi de réduction fiscale de 30 % sur les coûts de production.

De nos jours, la production américaine se porte à merveille, tant en ce qui concerne ses superproductions, qui inondent le monde entier, que son cinéma d'auteur, fort heureusement toujours présent. Chicago, bien que moins puissante que New York ou Los Angeles, reste une ville très attirante pour les producteurs de cinéma, qui viennent profiter de sa splendide nature environnante facilement accessible. Depuis le début des années 2000, Chicago a été le décor des films High Fidelity, Les Sentiers de la Perdition, Public Enemies, The Dark Knight ou encore Batman vs Superman.

De nombreuses séries à grand succès ont également été tournées dans la ville ou dans ses environs : Prison Break, Urgences, La Vie à tout prix, Shameless, Empire... Une entreprise qui rapporte à l'Etat de l'Illinois plusieurs millions de dollars par épisode pour le tournage de ces séries.

La région des Grands Lacs

Les paysages des Grands Lacs ont été une source d'inspiration pour de nombreux réalisateurs, qui ont choisi d'en faire le décor de leurs films. On pense immédiatement à Fargo (1996), des frères Cohen, film à l'humour noir qui dépeint le Minnesota dans toute son immensité et qui nous plonge dans ses paysages hostiles où l'hiver semble infini. Le film, qui a gagné de nombreuses récompenses dont la Palme d'Or cannoise pour sa réalisation, a été adapté en série en 2014 par la chaîne FX.

Les villes de la région ne sont pas en reste : Minneapolis a été le décor du film semi-biographique Purple Rain, sur l'enfant du pays, Prince. On peut encore visiter certains lieux de tournage devenus emblématiques comme le First Avenue Club, où le chanteur a fait ses début.

Detroit et ses banlieues ont également inspiré plus d'un réalisateur. En 1999 sort Virgin Suicides de Sofia Coppola, drame sur la dépression et le suicide adolescent dont l'action se déroule à Grosse Pointe, dans la banlieue bourgeoise de Detroit. 8 Mile, paru en 2002 et réalisé par Curtis Hanson, se base sur l'adolescence d'Eminem, qui interprète le personnage quasi autobiographique de B-Rabbit, entre Detroit et la banlieue de Warren. En 2004, Milwaukee devient le théâtre d'une attaque de zombie dans Dawn of the Dead, film d'horreur réalisé par Zack Snyder.

Walter Elias Disney

" Walt Disney " est un producteur, scénariste et animateur, né à Chicago en 1901. Il étudie à la Art Institute de Chicago. Rapidement, il part rejoindre son frère à Hollywood et crée avec lui ce que l'on appellera le Walt Disney Studio, qui verra naître en 1928 le célèbre Mickey Mouse.

Il intègre rapidement le son à ses dessins animés, puis la couleur au début des années 1930 dans Silly Symphonies. Toutefois, Disney attendra quelque temps avant d'étendre ce procédé très coûteux à toutes ses animations.

Le premier véritable succès de Disney fut Blanche Neige et les sept nains en 1937. Pinocchio, Dumbo et d'autres lui succèdent. En 1955, Walt Disney ouvre le premier parc d'attractions Disneyland en Californie. La marque Disney devient un véritable empire, et ce même après la mort de son créateur en 1966. L'ouverture d'autres parcs d'attractions à travers le monde en est une illustration parfaite : Disney World en Floride en 1971, puis Paris en 1992, Tokyo en 2001, Hong Kong en 2005 et, enfin, Shanghaï en 2016.

Chicago au cinéma

De nombreux films se passent à Chicago, en voici quelques-uns à regarder pour se mettre dans l'ambiance.

Tucker de Francis Ford Coppola, 1973.

The Blues Brothers de John Landis, 1980.

Les Incorruptibles de Brian de Palma, 1987.

La couleur de l'argent de Martin Scorsese, 1987.

La main droite du Diable, de Costa-Gavras, 1988.

Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner, 1989.

Maman j'ai raté l'avion de Chris Colombus, 1990.

Wayne's World de Penelope Spheeris, 1992.

Le Fugitif d'Andrew Davis, 1993.

Mad dog and Glory de John McNaughton, 1993.

High Fidelity de Stephen Frears, 2000.

Ce que veulent les femmes de Nancy Meyers, 2001.

Les Sentiers de la perdition de Sam Mendes, 2002.

Chicago de Rob Marshall, 2003.

Arrête-moi si tu peux de Stephen Spielberg, 2003.

Public Enemies de Michael Mann, 2009.

Chi-Raq de Spike Lee, 2015.

Batman vs Superman : Dawn of justice de Zack Snyder, 2016.

Ainsi qu'une foultitude de films sur Al Capone bien sûr, à commencer par Scarface sorti en 1983.

Danse

La scène artistique à Chicago est très riche, et sur le plan de la danse, les amateurs seront comblés. Non seulement plusieurs compagnies de danse contemporaine y ont élu domicile, Joffrey Dance Company et Hubbard Street Dance Company en tête, mais en plus plusieurs festivals sont organisés durant l'été. Dance Chicago (www.dancechicago.com) et Chicago Dancing Festival (www.chicagodancingfestival.com) sont parmi les plus attendus.
Les plus grands spectacles de danse sont accueillis à l'Auditorium Theatre, dans le Loop - Joffrey Ballet est d'ailleurs hébergé dans l'Auditorium. Pour découvrir de nouvelles compagnies, rendez-vous au Harris Theater for Music and Dance.

Littérature

Il est très difficile de déterminer une littérature du Midwest. Cette zone des Etats-Unis est bien moins marquée identitairement que d'autres, comme la Côte Est, le Sud, ou la Côte Ouest. Les auteurs qui se détachent semblent finalement plus parler de leur ville/région que du Midwest en général. Ainsi, il est difficile de détacher un esprit " midwestern ", un habitant de l'Iowa ayant bien de la peine à se comparer à un habitant du Minnesota du nord. S'il fallait toutefois détacher des thématiques récurrentes, on peut citer les aventures de pionniers, les histoires de petites villes agricoles, la difficile intégration des Noirs à Chicago, la musique, l'expérience de l'immigration, ou encore la vie des Indiens.

Il paraît judicieux de relier les oeuvres des différents auteurs du Midwest à la littérature américaine d'une manière globale. Cette dernière occupe actuellement une place enviable dans le monde entier, grâce particulièrement à la fiction, qui devint le genre littéraire dominant au cours du XXe siècle alors qu'elle n'avait fait sa première apparition qu'après l'indépendance des colonies. On retrouve ce concentré d'Amérique qu'est le Midwest finalement au travers d'oeuvres célèbres, dépeignant une Amérique paradoxale, en recherche d'identité et métissée, comme celles de Mark Twain, Richard Mather ou Jack Kerouac. Des écrivains issus du Midwest se détachent pourtant bien évidemment :

On cite d'emblée Ernest Hemingway, peut-être le plus célèbre des midwesterners en France, avec L'Adieu aux Armes ou Pour qui sonne le glas. Il est né le 21 Juillet 1899 à Chicago dans le quartier d'Oak Park d'un père médecin, chasseur et pêcheur, et d'une mère musicienne. Comme son père, il adorera la pêche et racontera plus tard ses récits de pêche avec lui. Il devient rapidement journaliste au Kansas City Star. En 1917, il s'engage dans la Croix-Rouge et devient ambulancier sur le front italien. Gravement blessé à dix-huit ans, il sera hospitalisé à Milan où il va s'amouracher d'une infirmière : ce sera la trame de L'Adieu aux armes.

De retour aux Etats-Unis, il épouse Hadley Richardson et ne pense qu'à revenir en Europe. Il décroche une mission journalistique et n'est pas encore connu lorsqu'il s'établit à Paris en 1920 où il rencontre Gertrude Stein qui va lui apprendre à écrire dans un style précis, clair et dépouillé. Trois histoires et dix poèmes (1923), In Our Time (1925) où déjà les thèmes de la violence, de la guerre et de la mort sont présents. ll fréquente les intellectuels de Paris. Le souvenir de la blessure incurable est le motif obsessionnel qui parcourt son oeuvre Le soleil se lève aussi (1926). En mai 1925, il rencontre Fitzgerald à Paris au Diego Bar : ce dernier est déjà célèbre et se rendra compte de la qualité d'écrivain de Hemingway ; une relation empreinte à la fois d'amitié et de rivalité va naître entre eux. Après le suicide de son père, son divorce et son remariage, il publie L'Adieu aux armes (1919), ouvrage qui s'inspire de sa propre expérience sur le front d'Italie. En 1930, il s'installe en Floride à Key West et écrit Mort dans l'après-midi avec les corridas pour toile de fond. En 1936, il est en Espagne et s'engage aux côtés des Forces républicaines. Il devient alcoolique et écrit En avoir ou pas (1937) où il dénonce l'injustice sociale ; l'ouvrage For Whom the Bell Tolls (Pour qui sonne le glas, 1940) est quant à lui inspiré par son engagement dans la guerre d'Espagne. Il s'installe ensuite dans une grande maison à côté de La Havane et reviendra à Paris, qu'il adore, en 33, 34, 37, 44... En 1952, The Old Man and the Sea (Le Vieil Homme et la mer) dénonce la précarité du succès matériel. Il obtient le prix Nobel de littérature en 1954. Vieilli, malade et physiquement diminué, il se suicide le 2 juillet 1961 dans sa propriété de Kechtum dans l'Idaho. Trois ans après sa mort paraît Paris est une fête. On peut visiter sa maison d'enfance et le musée qui lui est consacré dans le quartier d'Oak Park, à l'ouest du centre-ville de Chicago.

Autre génie du Midwest, Francis Scott Fitzgerald, né à St. Paul, Minnesota, en 1896. Chef de file de la "Génération perdue", il découvrira notamment Ernest Hemingway et lancera sa carrière. Fitzgerald marque la littérature américaine avec Gatsby le Magnifique (1925), splendide drame considéré comme son chef d'oeuvre. Il écrira aussi L'envers du Paradis (dans sa maison de St. Paul en 1920), ou encore Tendre est la nuit (1934). Fitzgerald est aussi connu pour ses frasques sentimentales avec sa femme Zelda. Il vivra dans une certaine pauvreté à la fin de sa vie, finalement peu reconnu de son vivant.

On pense aussi à Carl Sandburg. Né en 1878 à Galesburg, Illinois, Sandburg est un des meilleurs poètes de l'ère industrielle américaine, un " poète du peuple " qui combine le patriotisme mystique de Walt Whitman et l'activisme social de Woody Guthrie. Il s'engage dans l'armée, et sert durant la guerre Espagne - Etats-Unis, en 1898. Devenu écrivain, il s'intéresse surtout aux agitations et à l'esprit du Middle West et de l'Amérique urbaine. Il a publié quatre volumes de poèmes : Chicago Poems (1916), Oke and Steel (1920), Good Morning America (1928) et The People, Yes (1936). Sandburg est également très connu pour sa colossale biographie en six volumes d'Abraham Lincoln. En 1927 est paru son American Songbag, un recueil de chansons et de poèmes folkloriques qu'il a collectés au cours de ses voyages à travers les Etats-Unis. Il a reçu à deux reprises le prix Pulitzer : en 1940, pour Abraham Lincoln : The Prairie Years and The War Years, et, en 1950, pour Complete Poems. Sandburg était marié avec Lillian Steichen. Il est mort en juillet 1967.

Dans la même veine, Hamlin Garland, né en 1860 à West Salem dans le Wisconsin, fut reconnu pour ses travaux de fiction racontant principalement la vie des fermiers du Midwest dans les années 1910-1920.

Autre grand écrivain américain du siècle dernier, Thornton Niven Wilder est né à Madison, Wisconsin, en 1897. Fils d'un diplomate américain, il passe une grande partie de son enfance en Chine. Son frère, Amos, et ses trois jeunes soeurs, Charlotte, Isabel et Janet, étaient également des écrivains reconnus.

Considéré par ses condisciples comme un surdoué, Wilder commence à écrire très tôt. En 1926, il publie son premier roman, The Cabala, et, en 1927, The Bridge of San Luis Rey lui vaut un grand succès commercial ainsi que son premier prix Pulitzer en 1928. Entre 1930 et 1937, il enseigne la littérature à l'université de Chicago. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Wilder s'élève au rang de lieutenant-colonel dans l'armée de l'air et reçoit de nombreuses décorations. Après la guerre, il devient professeur à l'université de Hawaii puis enseigne la poésie à Harvard. Il continue cependant à écrire et reçoit la " Presidential Medal of Freedom " en 1963. Il meurt en décembre 1975, dans le Connecticut, où il vivait depuis plusieurs années avec sa soeur Isabel.

Sinclair Lewis, né à Sauk Center, Minnesota, en 1885, fut le premier Américain à recevoir le Prix Nobel de Littérature en 1930, pour son roman Babitt (paru en 1922). Ce romancier décrit la société américaine moderne, ainsi que les travers parfois vulgaires des petites villes de campagne.

Laura Ingalls Wilder, née en 1867 dans le Wisconsin, est l'auteur de la série de romans pour enfants La Petite Maison dans la Prairie (publié à partir de 1932), dont sera issu le programme télévisé bien connu. Les Ingalls déménagent sans cesse et s'installent dans plusieurs Etats du Midwest dont le Missouri, le Kansas, le Wisconsin, l'Iowa et le Minnesota. Inspirée par ses expériences et sa propre famille, Laura Ingalls dépeint dans ses romans la vie dans les fermes du Midwest dans les années 1870. En 1929, elle écrit son autobiographie, Pioneer Girl, qui sera publié bien après sa mort, en 2014.

Plus récemment, Jane Smiley, originaire de l'Iowa, s'est démarquée avec A Thousand Acres et Moo. De nos jours, Garrison Keillor, né à Anoka dans le Minnesota, est connu pour ses romans, mais aussi ses shows humoristiques à la radio. Egalement, Thomas McGuane, né à Wyandott, Michigan en 1939, raconte la vie en plein dans le Michigan. Ecrivain de la nature et des grands espaces, il a publié neuf romans, dont Ninety-two in the Shade (33° à l'ombre, 1973) est le plus célèbre. On notera aussi la plume de Joseph Coulson, né à Detroit, Michigan en 1957. Romancier, poète, il est célèbre pour ses satires sociales et sa critique acerbe de la société américaine. Il a écrit plusieurs pièces et poésies, ainsi que deux romans, Le déclin de la lune (2004) et Le blues des Grands Lacs (2007). Autre natif du Michigan et chantre des grands espaces, Jim Harrison est l'auteur de Nord Michigan ou encore Légendes d'automne. Enfin, des auteurs comme Chad Harbach avec L'Art du jeu (paru en français en 2013) ou Nickolas Butler avec Retour à Little Wing (paru en français en 2015) nous font découvrir le Wisconsin profond contemporain.

Que rapporter de son voyage ?

Les Grands Lacs ont accueilli au XIXe siècle plusieurs vagues d'immigrations, principalement allemandes et suisses (Wisconsin) et scandinaves (Minnesota et Illinois). On pourra donc découvrir en partie l'artisanat de ces pays et ramener plusieurs spécialités. Et bien sûr quelques spécialités 100 % américaines.

Du fromage, du Wisconsin, l'Etat des produits laitiers.

Des bretzels par kilotonnes, au fromage, au yaourt, au sel, aux cerises, tout est possible !

Des meubles de designers à chiner dans le quartier d'Andersonville à Chicago.

Un maillot ou une casquette des grandes équipes sportives locales : Cubs ou White Sox de Chicago et Tigers de Detroit pour le baseball ; Chicago Bulls, Detroit Pistons ou Minnesota Timberwolves pour le basket, Chicago Blackhawks, Minnesota Wild ou Detroit Red Wings pour le hockey ; Minnesota Vikings, Green Bay Packers, Chicago Bears ou Detroit Lions pour le football américain.

Du matériel technologique, comme les dernières nouveautés Apple et Microsoft.

Ceintures et sacs faits à partir de ceintures de voiture recyclées ou encore de la poterie Pewabic, tout cela made in Detroit.

Des vêtements et chaussures, si vous êtes dans le Minnesota, il n'y a pas de taxes à l'achat.

Médias locaux

Voici quelques grands médias américains reconnus comme nationaux, en plus des médias locaux. On verra d'ailleurs que le Chicago Tribune en fait partie. Côté presse, The Wall Street Journal, USA Today, The New York Times, Los Angeles Times, The Washington Post, Daily News (New York), New York Post, San Jose Mercury News, Oakland Tribune sont une référence. Côté télévision, deux grands axes se dessinent. D'un côté, les chaînes généralistes : PBS (la chaîne publique), ABC, CBS et NBC arrivent en tête, suivies de Fox et CW. De l'autre, les chaînes thématiques, comme Showtime ou HBO, connues pour leurs séries à succès. Enfin, la radio est dans une situation particulière car les ondes ne traversent pas entièrement ce pays-continent. On retrouve donc une chaîne publique, NPR, mais les autres fréquences restent locales, au mieux régionales.

Musique
<p>La maison qui hébergeait le fameux Studio A du label Motown à Detroit.</p>

La maison qui hébergeait le fameux Studio A du label Motown à Detroit.

Chicago

Le jazz est une musique afro-américaine. Ce sont les chants de travail (les " worksongs ") des esclaves noirs du sud des Etats-Unis qui ont donné naissance à cette musique. Au début du XXe siècle, on assiste à une arrivée massive de Noirs américains venus s'installer à La Nouvelle-Orléans et à Chicago.

Le jazz s'officialise en 1917 lorsque le groupe Original Dixieland Jazz Band, composé de musiciens blancs, enregistre le premier titre de jazz Livery Stable Blues à Chicago. Ce ne sont que quelques années plus tard, en 1922, que les musiciens noirs arrivent à s'imposer sur le devant de la scène et à se faire accepter par un public blanc. Le groupe King Oliver's Creole Jazz Band, originaire de La Nouvelle-Orléans et dans lequel Louis Armstrong fait ses débuts en tant que trompettiste, rencontre un succès important apportant ainsi à Louis Armstrong un véritable tremplin pour sa carrière. Il est aujourd'hui l'un des chanteurs de jazz les plus célèbres. L'arrivée du swing dans les années 1930 transforme le jazz en une musique plus rythmée. Des orchestres d'une dizaine de personnes, appelés " big bands " jouant du saxophone, de la clarinette, du piano, de la guitare se développent. New York succède à Chicago et Duke Ellington jouant pour le Cotton Club conquiert le public.

Cette période du swing est remplacée au milieu des années 1940 par le be-bop, et les musiciens jouent en petits groupes, s'offrant une plus grande liberté rythmique et d'improvisation. Charlie Parker, connu également sous le nom de " Bird ", devient la référence de ce nouveau mouvement. Miles Davis, originaire de l'Illinois, qui a collaboré avec Charlie Parker, revient avec Birth of the cool a un jazz plus calme et surtout plus accessible. Ce mouvement prend alors le nom de " jazz cool ". C'est également lui qui sera le précurseur de l'évolution vers le jazz rock et notamment dans ses albums In a Silent Way et Bitches Brew.

Le jazz a donc su évoluer au rythme des influences musicales aussi larges que le rock, le blues ou encore l'électro aujourd'hui.

A Chicago, le groupe Earth, Wind and Fire s'est formé en 1969 pour donner naissance à un mélange de jazz et funk, avec des rythmes afro-jazz.

Blues. Impossible de passer à côté du blues de Chicago. Les nombreux clubs de la ville sont parmi les meilleurs des Etats-Unis. Tout comme le jazz, le blues est une musique afro-américaine dont l'éventail de styles musicaux et d'émotions est très large. " Feeling blue " s'exprime dans des chansons dont les paroles font référence à la dure réalité de la vie, à la perte d'un amour, d'un travail ou d'argent, et où l'injustice est souvent montrée du doigt. Mais le blues est aussi une musique avec pour thèmes le plaisir et le succès, et sur laquelle on danse de façon joyeuse en oubliant ses problèmes. Historiquement, la popularité du blues coïncide avec la montée de l'industrie d'enregistrement du disque dans les années 1920 et à l'émigration des Noirs américains du Sud rural vers le Nord urbain, émigration rendue possible par la construction de liaisons ferroviaires entre le Sud et le Nord. Les premiers grands chanteurs noirs américains étaient ainsi des chanteurs de blues. Les premiers morceaux enregistrés étaient souvent appelés les " classic blues ", et puisaient leur influence dans le jazz. Ces chansons étaient chantées par des femmes noires américaines, comme Gertrude " Ma " Rainey, Bessie Smith, et accompagnées par des petites formations de pianistes, guitaristes, et parfois de jazz bands.

Dans les années 1930, la culture urbaine, dont la pop musique et le jazz, influença grandement les chanteurs de blues. Des groupes de blues incorporant guitare, piano et batterie firent leur apparition, sans pour autant changer l'âme de ce nouveau genre musical. Tampa Red, Big Bill Broonzy, Little Brother Montgomery, Leon Carr, et Memphis Minnie furent tous des bluesmen de cette époque.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'utilisation d'instruments électriques devint inévitable. Pendant les années 1940, certains groupes de blues utilisèrent même des saxophones, bien que la plupart d'entre eux préféraient les harmonicas amplifiés, et ce surtout à Chicago qui devint le plus grand centre d'enregistrement de la musique blues dans les années 1950. Le blues de cette période est souvent appelé " urban blues ", " electric blues ", ou tout simplement " Chicago blues ". Muddy Waters, Little Walter, Elmore James, Howlin' Wolf, T-Bone Walker, et B.B. King firent tous partie de cette période.

House music. C'est à Chicago qu'est née la house music, dans un club appelé The Warehouse, d'où le nom... Au début des années 1980 et suite à la fièvre de la disco, les D.J. de Chicago, en particulier ceux appartenant au milieu homosexuel, cherchent à rendre la musique moins orientée vers la pop music. Le rythme devient plus mécanique, la ligne de basse plus profonde, et des éléments de pop joués au synthétiseur électronique font leur apparition. Du reggae, du rap et du jazz sont incorporés à ce " beat " dont le schéma rythmique est invariablement 4x4. La musique est purement instrumentale, et quand la voix fait son apparition, c'est sous la forme de voix de femmes dont les paroles n'ont que peu de signification. A la fin des années 1980, la house music déborde des frontières de Chicago pour atteindre New York, Londres, et l'Europe où elle s'installe rapidement en tête des ventes. Des variations sont créées, comme la hip-house, ou encore la acid-house. A la fin des années 1990, la house music a fini d'être aussi populaire, mais des groupes tels que Daft Punk et Basement Jaxx lui redonnent toute sa vitalité.

Soul et hip-hop. Ces musiques n'ont pas été inventées à Chicago, mais à une certaine période, elles ont puisé leur inspiration dans la grande ville du Midwest. On parle par exemple de soft soul dans les années 1970, lorsque Curtis Mayfield et ses acolytes chicagoans explorent plus subtilement les variations de cette musique née du black gospel. A la même époque, les labels de R&B et Soul, Chess Studios, Vee-Jay, Curtom et ABC Paramount s'installent à Chicago.
Depuis les années 2000, c'est le hip-hop qui est au devant de la scène, que l'on appelle ici Chi-Town. L'inévitable Kanye West, Lupe Fiaco et Yung Berg en sont les principaux artisans.

Rock. Dans les années 1970, plusieurs groupes de rock font parler d'eux dans Second City : The Buckinghams (qui s'enregistrent d'ailleurs aux Chess Studios), Cheap Trick ou encore Chicago. Les années 1980 voient émerger des artistes plus alternatifs, comme les célèbres Smashing Pumpkins. Le groupe du Chicagoan Billy Corgan fait connaître internationalement le rock indie de Chicago ; son deuxième album, Siamese dream, consacre véritablement le groupe tandis que Mellon Collie & The Infinite Sadness et ses tubes imparables sera l'album de la consécration.

Le festival Lollapalooza en août en est un des promoteurs. Quelques artistes de punk rock s'illustrent également dans les clubs de la ville. C'est le cas de Patti Smith, native de la ville, qui s'envolera pour New York pour mener une vie artistique florissante jusqu'à aujourd'hui. Le folk indé a aussi ses représentants avec Wilco.

Plus récemment, dans les années 2000, c'est le heavy metal chicagoan qui fait parler de lui.

Minnesota et Twin Cities

Folk. L'Etat de l'étoile du Nord a donné naissance à de nombreux artistes qui s'expriment notamment à travers la folk music, empreinte de simplicité et de grands espaces. Bob Dylan, né à Duluth, est peut-être l'artiste le plus connu de cette région. Ecouter ses chansons, inspirées de la folk traditionnelle, en conduisant le long du lac Supérieur paraît soudainement naturel. La folk music a trouvé ses racines dans les chants des Indiens natifs de la région, qui ont transmis leurs rythmes aux premiers immigrants venus de Scandinavie. On parle même de musique ethnique. Ces sons nostalgiques, venus du Vieux Monde, résonnent d'ailleurs aussi dans le Wisconsin et l'Iowa.

Blues, gospel et jazz sont aussi très présents dans cette partie du Midwest, à l'instar de Chicago. Minneapolis s'illustre d'ailleurs par la présence de nombreux studios d'enregistrement.

Minneapolis est aussi devenue le centre du Rhythm & Blues dans les années 1980, grâce au succès d'un enfant du pays, Prince. Le chanteur est devenu l'architecte du Minneapolis Sound, un mélange de funk, R&B et disco. Par la suite, on se souvient de l'album Funkytown, enregistré par Steven Greenberg et Cynthia Johnson, numéro un des charts disco.

Côté rock'n'roll, il y a finalement peu à signaler avant les années 1970. Certains soupçonnent que le Minnesota n'inspire pas la rébellion... Pourtant au milieu des années 1970, quelques groupes de punk-rock commencent à émerger. Paul Westerberg ou encore Vixen secouent les Twin Cities. Suivis dans les années 2000 par des artistes cette fois plutôt hip-hop, mais toujours alternatifs.

Michigan

Soul et Rythm & Blues ont bercé le Detroit des années 1950. Mais c'est avec la création du label Motown (Motor Town) en 1959 par Berry Gordy Jr que la ville devient la capitale mondiale de la soul music. Cette maison de disque enregistra d'innombrables tubes planétaires, allant jusqu'à créer son propre style musical, le Motown Sound. La maison de disque est relocalisée à Los Angeles en 1970, mais sa grande histoire s'est bien écrite à Detroit. Le Michigan a d'ailleurs vu naître des artistes ou des groupes tels que Diana Ross, Marvin Gaye, The Supremes, Stevie Wonder ou encore les Temptations, sans oublier la "Queen of Soul", Aretha Franklin.

Techno. Né à Detroit à la fin des années 1980, ce style de musique électronique a été initié par un groupe de trois lycéens connu sous le surnom du trio de Belleville, petite ville près de Detroit. Juan Atkins, Kevin Saunderson et Derrick May écoutent alors la house de Chicago, mais inspirés par leur environnement post-industriel et futuriste, ils y intègrent des sonorités plus lourdes, y font disparaitre les voix, et donnent une importance jusqu'alors inégalée à la ligne de basse. Rapidement suivie par une deuxième vague de pionniers, cette nouvelle musique s'exporte rapidement. Des figures de proue du mouvement émergent telles que Jeff Mills et Carl Craig. Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de la techno à Detroit, une visite de l'exposition Exhibit 3000 dans les locaux du label Submerge s'impose. Pour l'achat de vinyles et CD, c'est chez Detroit Threads qu'il faut se rendre, et pour se déhancher, rien de tel qu'une virée au festival Movement qui se tient tous les ans à la fin mai.

Hip-Hop. Detroit compte dans ses rangs de nombreux rappeurs, DJ et producteurs de Hip-Hop. Outre Eminem, qui n'a plus besoin de présentation, des artistes tels que Big Sean, Danny Brown, Dej Loaf, Elzhi, Proof et Royce da 5'9'' ont fait leurs preuves dans le domaine. Une figure incontournable de Detroit est sans nul doute le défunt DJ, compositeur et producteur J Dilla. Il a collaboré avec un nombre incalculable de rappeurs et a fait partie notamment des groupes Slum Village et Jaylib. Autre compositeur/producteur à découvrir absolument : Apollo Brown. Pour l'achat de vinyles de Hip-Hop et découvrir les artistes de Detroit, nous vous recommandons Paramita Sound (en attente d'un local permanent - nouvelle adresse à venir). À savoir qu'une superbe exposition de photographies prises par Jenny Risher, le projet D-CYPHERED axé sur la scène locale de Hip-Hop, s'est tenue au Detroit Institute of Arts de début août 2017 à fin février 2018 (www.dcyphered.com).

Rock. De nombreux artistes et groupes de rock reconnus proviennent du Michigan. Le chanteur et compositeur de rock Bill Haley a, quant à lui vu le jour, à Highland Park en 1925. Il est largement considéré comme le musicien ayant popularisé le rock'n'roll, avec son groupe Bill Haley & His Comets. Alice Cooper, chanteur et leader du groupe de hard rock éponyme, est né à Detroit. On le surnomme souvent " The Godfather of Shock Rock " (le parrain du Shock Rock), terme associé à plusieurs styles de rock qui se définit surtout par des prestations provocantes, voire choquantes, sur scène. Jack White, ancien membre du groupe The White Stripes responsable, entre autres, du tube planétaire Seven Nation Army, est lui aussi originaire de Detroit.

Folk. Le Minnesota est peut-être à l'origine du plus grand artiste folk de tous les temps, mais le Michigan compte lui aussi quelques groupes et chanteurs intéressants. Parmi les plus populaires, le groupe Frontier Ruckus, qui s'est formé à Detroit et dont le répertoire peut être qualifié de folk rock.

Peinture et arts graphiques
<p>Street art dans les environs du Eastern Market.</p>

Street art dans les environs du Eastern Market.

Dans les Grands Lacs, c'est sans conteste Chicago qui attire tous les regards sur le plan artistique, avec l'Art Institute notamment, qui a d'abord réuni des oeuvres classiques, avant de s'ouvrir à l'art contemporain, dans un climat intellectuel américain pourtant défavorable à la peinture. On peut voir les oeuvres d'artistes ayant travaillé ou vécu à Chicago entre 1870 et 1930, au Chicago History Museum. Plus de cent portraits de grands hommes américains réalisés entre 1850 et 1869 à Chicago par George P.A. Healy ; une trentaine d'oeuvres d'Alonzo Chappel, de Thomas Hicks, ou de Charles Bird King, présentant des figures historiques comme Abraham Lincoln ou les architectes Louis Sullivan, Dankmar Adler ou Daniel Burnham, ou des éléments typiques des Grands Lacs - scènes de chasse et de nature - ; et puis de nombreuses représentations du grand incendie de 1871.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, la peinture américaine se limitait à l'exécution de portraits, et ce n'est que vers la première moitié du XIXe siècle qu'est apparu le paysage, sous forme de scènes romantiques ou de vastes panoramas. Les peintres de l'époque se nommaient James Whistler - le premier grand peintre américain - Mary Cassatt, John Singer Sargent. L'inauguration de l'Art Institute à Chicago en 1879 réunit des oeuvres classiques jusqu'au début du XXe siècle. Ce musée, ouvert cinq ans après le MET de New York est le second plus grand musée d'art des Etats-Unis et il place définitivement la ville sur la carte culturelle. A l'époque, c'est sous le nom de Chicago Academy of Art qu'il accueille ses premières collections. Très vite, les étudiants affluent et les collections augmentent, le musée doit s'agrandir. L'exposition universelle de 1893 pousse à nouveau Chicago sur le devant de la scène artistique.

Au début du XXe siècle, la peinture américaine est dominée par des tendances réalistes et des soucis d'ordre social : c'est ainsi qu'apparut une école nationale réaliste à dimension nettement documentaire (le peintre le plus connu appartenant à ce courant fut George Bellows).

L'art contemporain occidental commença à pénétrer en Amérique à partir de la grande exposition " Armory Show ", qui eut lieu à New York en 1913. Dès lors, deux styles vont se développer parallèlement : une peinture orientée vers le témoignage social et une peinture abstraite issue des tendances cubistes.

Quelques années plus tard, une école, appelée " American Scene ", réunissait certains artistes (Grant Wood, Edward Hopper...) dont le commun désir était de redécouvrir une réalité familière et provinciale propre à leur pays, en réaction à des courants expressionnistes véhiculés par des artistes venus d'Europe centrale comme Max Weber, Gorky, John Marin... Grant Wood présentera son oeuvre American Gothic en 1931 à l'Art Institute de Chicago.

Dans les années 1930, la peinture américaine moderne, dont les représentants étaient réunis autour de l'école du Pacifique, créée par Clyfford Still, Motherwell, etc., fut fortement teintée d'orientalisme.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Amérique accueille de nombreux artistes étrangers (dont les Français Max Ernst, Yves Tanguy, André Masson, Fernand Léger, Salvador Dali, Marc Chagall) chassés par le nazisme : c'est ainsi que le pays devint le foyer international des arts. L'avant-garde occidentale fut très bien accueillie, le surréalisme connut un nouvel essor. Nombreux ont été les adeptes de la tendance européenne.

La réaction ne se fait pas attendre : las du poids de l'influence européenne et de son envergure, quelques peintres américains - expressionnistes abstraits, comme Jackson Pollock, Willem De Kooning, Mark Tobey et Franz Kline - fondèrent l'école de New York, qui donna à la ville une importance internationale en matière artistique. Dans les années 1960, cette école a tenté de se renouveler en ressuscitant le dadaïsme : ce néodadaïsme (Rauschenberg, Jasper Johns, Louise Nevelson...) allait engendrer une peinture inspirée de la bande dessinée, des héros de cinéma ou des personnages de science-fiction. Originaire d'Angleterre, le pop'art s'est propagé aux Etats-Unis, et particulièrement à New York, à la fin des années 1950. Dans cet art, qui intégrait aux oeuvres des débris d'objets de la vie quotidienne et des images tirées de la publicité ou des magazines, se sont distingués Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Claes Oldenburg...

Mais, bientôt, une nouvelle génération d'artistes crée des oeuvres en trois dimensions, genre renouvelé dans les années 1990 par la notion du cadre sortant de sa fonction traditionnelle et devenant une oeuvre d'art à part entière : James Rizzi et Charles Fazzino (tous deux New-Yorkais) en sont les principaux précurseurs. D'autres, comme Terry Fugace Wilcox, inventent cependant l'art réel (Actual Art), qui exige que l'artiste prenne en compte les changements naturels engendrés par le facteur temps, comme la rouille ou l'usure, et qu'il les intègre dans ses tableaux. Nombre d'artistes, à la fin du XXe siècle, ont totalement révolutionné la notion d'art même, en composant des installations et/ou en recourant à la vidéo, laquelle devient de plus en plus une forme d'art à part entière.

Aujourd'hui, si Chicago est toujours en tête de file sur le plan artistique, d'autres villes se démarquent. Le Minneapolis Institute of Arts possède en effet une belle collection d'impressionnistes et organise régulièrement de grandes expositions temporaires. Le Milwaukee Art Museum, inauguré en 2001 et imaginé par l'architecte Santiago Calatrava, est devenu l'emblème contemporain de la ville. Le Detroit Institute of Arts est aussi très réputé, et la fresque immense de Diego Rivera intitulée Detroit Industry, mérite à elle seule la visite. Detroit se démarque aussi par sa scène artistique contemporaine très active, notamment dans le domaine du street art. Des visites guidées sur ce thème sont d'ailleurs organisées et il ne faut pas manquer une promenade dans les environs du Eastern Market qui regorgent de murales. Le street art y est tellement populaire que Dan Gilbert, richissime homme d'affaires américain, a chargé Shepard Fairey en 2015 de réaliser une fresque de 56 mètres de haut, sur le Compuware Building, en plein centre-ville de Detroit. Shepard Fairey, aussi connu sous le nom d'Obey, est notamment très célèbre pour l'affiche Hope qu'il avait dessinée durant la campagne d'Obama.

Quelques artistes notables

Georgia O'Keeffe (1887-1986). O'Keeffe naît à Sun Prairie, dans le Wisconsin, de parents producteurs laitiers. Elle s'intéresse très tôt à l'art et, à l'âge de 10 ans, elle apprend les bases de la peinture auprès d'une aquarelliste locale. A 18 ans, elle intègre la prestigieuse Ecole de l'Institut d'art de Chicago puis l'Art Students League de New York où elle remporte sa première récompense pour sa nature morte, Dead Rabbit. Pendant qu'elle se trouve à New York, elle visite des galeries d'art dont la galerie 291, qui appartient à son futur mari, le photographe Alfred Stieglitz. Après sa formation, elle abandonne un temps l'art et retourne à Chicago, où elle devient artiste commerciale. En 1912, elle reprend des cours d'art à l'université de Virginie, où elle découvre de nouveaux modes d'expression et commence à développer un style personnel, en s'éloignant du réalisme et en expérimentant avec des compositions abstraites. Ses tableaux sont exposés pour la première fois à la galerie 291, à New York, où elle s'installe. Elle fréquente Alfred Stieglitz, qui l'a fait entrer dans son cercle où gravitent de nombreux artistes reconnus comme Charles Demuth et Paul Strand, qui auront une grande influence sur son art. C'est à cette période qu'elle s'essaie à la peinture à l'huile. Dans les années 1920, la nature tient une place prépondérante dans ses oeuvres. Elle peint plus de 200 tableaux de fleurs, qui la rendront célèbre, comme Oriental Puppies (1928) et Jimson Weed (1932). Puis ce sont les gratte-ciel de New York, qu'elle peint dans un style précisionniste, qui deviennent sa plus grande source d'inspiration. En 1929, elle part pour le Nouveau-Mexique où elle découvre le désert et les montagnes, paysages à la beauté brute qui lui inspirent l'une de ses oeuvres les plus célèbres, The Lawrence Tree. En 1943, l'Art Institute de Chicago lui consacre une rétrospective. Le MoMa, à New York, fera de même trois ans plus tard, pour sa première rétrospective consacrée à une artiste féminine. En 1949, trois ans après le décès de son mari, elle s'installe de manière définitive au Nouveau-Mexique, où elle continue de peindre. Dans les années 1970, elle commence à perdre la vue. Son autobiographie sortie en 1976 remporte un vif succès. Georgia O'Keeffe s'éteint en 1986, à l'âge de 98 ans, laissant derrière elle près de 900 tableaux.

Frederick Carl Frieseke (1874-1939). Né à Owosso, en plein coeur du Michigan, Frederick Carl Frieseke est grandement influencé par sa visite de l'Exposition universelle de 1883 à Chicago, alors qu'il est âgé de 11 ans. Plus intéressé par les arts que le sport, il est encouragé par sa grand-mère à poursuivre ses envies artistiques et il rejoint l'Art Institute de Chicago avant de déménager à New York pour intégrer l'Art Students League. Pendant un temps, il devient illustrateur et vend ses dessins à d'importantes publications, dont le New York Times. L'année suivante, il déménage en France où il vivra jusqu'à la fin de sa vie. A Paris, il étudie à l'Académie Julian où il devient l'élève d'artistes déjà reconnus, dont James Abbott Whistler, le fondateur du mouvement tonaliste, dont on retrouve les influences dans les premières oeuvres de Frieseke. En 1899, ses tableaux sont exposés pour la première fois à la Société Nationale des Beaux-Arts. Il se dirige peu à peu vers l'impressionnisme. En 1905, il se rend à Giverny, QG des artistes impressionnistes où il passera désormais tous ses étés, lieu qui sera le décor d'un grand nombre de ses oeuvres, notamment The House in Giverny (1912) et Hollyhocks (1913), qui représente une femme vêtue d'une robe rose se promener dans un jardin. En 1909, la Biennale de Venise expose dix-sept de ses oeuvres. L'année suivante, il s'installe avec sa femme et son fils dans une ferme en Normandie, où il peint des nus de femme et expérimente avec une palette de couleurs plus sombres, comme le montre le tableau Nude in Dappled Sunlight (1915), avec son superbe jeu de lumière. En 1923, il co-fonde avec d'autres artistes le Salon des Tuileries. Frieseke meurt en 1939 en Normandie, alors qu'il est largement considéré comme l'un des artistes américains les plus influents de l'époque.

LeRoy Neiman (1921-2012). C'est à St. Paul, dans le Minnesota, que naît LeRoy Neiman, et où il passe la plus grande partie de son enfance et adolescence. Après avoir passé quelques années dans l'armée américaine, il étudie à la Saint Paul School of Art puis à l'Ecole de l'Institut d'art de Chicago, où il enseignera pendant dix ans après l'obtention de son diplôme. Il expose en parallèle certains de ses tableaux et réalise des illustrations. En 1954, il rencontre Hugh Hefner, le fondateur de Playboy, magazine pour lequel il dessinera pendant près de cinquante ans. Loin de se cantonner à un seul procédé artistique, Neiman s'essaie à la peinture à l'huile, à l'aquarelle, à la sérigraphie, à la lithographie. Dès 1960, il voyage beaucoup et assiste à de nombreux événements sportifs, qu'il retranscrit dans des peintures semi-abstraites aux couleurs vives, qui le rendront célèbre. Il peint également des portraits, essentiellement de sportifs, et représente le divertissement sous toutes ses formes. Parmi ses oeuvres les plus célèbres, on retrouve Olympic Tracks (1970), Bistro Garden (1977), Franck Sinatra Duets (1994), et Mohamed Ali (2001).

Six œuvres emblématiques à voir à l'Art Institute de Chicago

L'Art Institute est le plus beau musée d'art de Chicago et il renferme plusieurs chefs-d'oeuvre imprégnés d'histoire américaine et chicagoan. Morceaux choisis - subjectivement :

American Gothic - Grant Wood, 1930. Ce portrait d'un paysan et de sa fille au XIXe siècle est aussi austère que célèbre. Wood y dépeint une ère victorienne empêtrée dans sa peur des sexes et du changement des rôles établis.

Ceres - John Bradley Storrs, 1928. C'est la réplique miniature de la statue qui orne l'immeuble du Chicago Board Exchange dans le Loop. Ceres veille sur les affaires, sa puissance étant symbolisée par le sac de grain et l'épi de blé qu'elle tient à la main.

America Windows - Marc Chagall, 1977. Des vitraux réalisés par le peintre à l'occasion du bicentenaire américain. Il y célèbre son pays d'accueil (pendant les années 1940) et notamment sa liberté sociale et artistique.

Fragments of Chicago - Louis sullivan, Frank Lloyd Wright, Daniel Burnham, années 1890-1920. Dans la galerie Henry Crown, on pourra voir plusieurs ouvrages réalisés par les plus grands architectes de Chicago au XXe siècle - les anciennes portes d'ascenseur en fer forgé du Board Exchange, des vitraux imaginés par Wright. L'occasion de voir en détail l'architecture chicagoan.

Rise up ye mighty race - Kara Walker, 2013. Réalisée pour l'Art Institute, cette fresque dépeint la tragique histoire américaine de l'esclavage au moyen de silhouettes découpées, et d'une technique narrative enfantine. Une oeuvre intrigante et saisissante.

Nighthawks - Edward Hopper, 1942. Cette peinture à l'huile représente quatre personnes dans un diner américain, au beau milieu de la nuit. Les thèmes de l'ennui et de la solitude, prépondérants dans les oeuvres de Hopper, sont repris une nouvelle fois dans ce tableau réaliste, qui est l'un des plus emblématiques de l'art américain.

Dessinateurs de comics célèbres

Charles Schulz (1922-2000). Il s'agit sans doute du dessinateur humoristique le plus connu de la région. Créateur et dessinateur de la série de BD Peanuts, Schulz est né en novembre 1922 à Minneapolis, Minnesota. Enfant timide, il prend des cours d'art par correspondance, puis sert dans l'U.S. Army pendant la Seconde Guerre mondiale, et par la suite poursuit sa carrière de dessinateur. Sa BD de Minneapolis, Li'l Folks, est rebaptisée Peanuts et éditée au niveau national. Au milieu des années 1960, Peanuts devient l'une des séries de BD les plus connues au monde. Les personnages de Schulz - le petit Charlie Brown et son chien fantastique Snoopy - figurent également dans une série télévisée, You're a good man, Charlie Brown. Schulz meurt en février 2000, la veille de la parution du dernier épisode de la série qu'il avait créée cinquante ans plus tôt, mais les journaux continuent encore de publier les anciens épisodes des Peanuts. Il est en outre possible de croiser les personnages de la BD de Schulz dans les Twin Cities (Minneapolis - St. Paul), qui comptent une centaine de statues à leur effigie.

Chester Gould (1900-1985). Gould n'est peut-être pas un natif de Chicago, mais il a consacré la majeure partie de son travail à la Windy City. Après avoir fréquenté la Northwestern University à Evanston, dans l'Illinois, il rejoint l'équipe de Chicago Evening American, où il réalise ses premières planches. L'une d'elles, Why It's a Windy City, est entièrement dédiée à Chicago. En 1931, il commence à travailler pour le quotidien Chicago Tribune, pour lequel il crée le personnage désormais célèbre de Dick Tracy, brillant détective dans le Chicago, souvent brutal, des années 1930. En 1977, Gould réalise le dernier épisode de Dick Tracy, qui prend sa retraite après 46 ans de bons et loyaux services, à l'instar de son dessinateur. Dick Tracy a depuis été adapté au cinéma, sur le petit écran et en jeux vidéo.

Sculpture
<p>La Cloud Gate, une statue publique dans le Millennium Park, construite par l'artiste Indien britanique Anish Kapoor</p>

La Cloud Gate, une statue publique dans le Millennium Park, construite par l'artiste Indien britanique Anish Kapoor

Les rues de Chicago sont devenues de véritables galeries d'art où se disputent les oeuvres d'artistes locaux ou internationaux sous formes principalement de sculptures. Direction le Loop pour découvrir les sculptures les plus célèbres : Flamingo d'Alexander Calder, La Bête de Dubuffet ou La sculpture sans nom de Picasso, appelée également " The Chicago Picasso ". Les premières oeuvres datent du milieu du XIXe siècle. La majorité d'entre elles furent détruites par le feu qui ravagea la ville en 1871. L'Exposition universelle apporta un second souffle à l'art public. On y compte parmi les oeuvres de cette époque le mur de Mary Cassatt situé au Pavillon des Femmes.

Une période particulièrement fleurissante fut celle précédant la Première Guerre mondiale, pendant laquelle de nombreuses statues furent érigées à la mémoire de personnages célèbres comme Franklin ou Shakespeare ou d'événements historiques. Ainsi, à Des Plaines, au croisement de Lake Street et Randolph Street, se trouve la sculpture en bronze de Mary Brogger, qui commémore la journée tragique du 4 mai 1886, au cours de laquelle des manifestants qui protestaient suite à la mort de travailleurs ont lancé une bombe pour éviter les représailles de policiers venus pour disperser la foule. De nombreuses victimes furent à déplorer dues à l'explosion et au mouvement de panique qui suivit. La sculpture est le symbole des travailleurs et de la Justice.

L'âge d'or de cet art de la rue date des années 1960 avec l'apparition de nombreuses sculptures. Des artistes européens furent sollicités par la ville. Ce fut le cas de Pablo Picasso, Marc Chagall, Claes Oldenburg... La sculpture sans nom de Picasso, haute de 15 mètres et baptisée The Chicago Picasso, fut la première à intégrer le Loop. Alors que son arrivée en 1967 a été source de conflits et de controverses, elle est devenue aujourd'hui un vrai symbole pour la ville et représentative de la période cubiste de l'artiste. En 1978, une ordonnance a même été votée à l'unanimité stipulant qu'un pourcentage du coût de construction et de rénovation des bâtiments publics servirait à l'achat de futures oeuvres afin d'améliorer l'environnement des Chicagoans en leur procurant des oeuvres de qualité.

Adresses Futées de CHICAGO

Où ?
Quoi ?
Avis